Merci à Shadedwords pour sa dernière review.

Bonne lecture !

DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.


Problème

Mélanie

La punition de Jeb n'avait pas été levée, j'étais toujours interdite de sorite, mais Jared venait souvent me voir dans ma chambre, quand il n'avait pas du travail à faire.

Avant que Gaby revienne, je m'en fichais. J'étais trop déprimée pour penser à me rebeller. Je ne cessais de penser à mon amie qui était dehors, seule et prisonnière de la Traqueuse.

Et depuis son retour, je m'en fichais encore plus. Sauf que cette fois, j'étais heureuse. Gaby était revenue, nous nous étions réconciliées, elle avait même renoué avec Ian et ramené Espérance. Quand je repensais à son récit sur la façon dont elle l'avait sauvée et ramenée ici, au péril de sa vie, je me sentais à la fois inquiète et fière d'elle. La petite âme timide et effacée que j'avais connue à l'époque avait bien changé. On aurait dit… moi version âme !

Assise sur mon matelas, je berçais Espérance qui dormait dans mes bras en repensant à tout ça. Elle était en sécurité ici, avec les siens. Grâce à Gaby, elle ne serait jamais effacée, et elle grandirait parmi nous en tant qu'humaine.

« Mel ? »

Je levai les yeux vers Jared, qui vint s'asseoir près de moi. Il avait les cheveux mouillés et des vêtements propres, signe qu'il s'était lavé avant de me rejoindre.

Je lui fis signe de baisser d'un ton, pour ne pas réveiller la petite. Il acquiesça, puis regarda l'enfant avec attendrissement.

« Je n'aurais jamais cru que Gaby ferait ça. »

« Quoi ? »

« Sauver un bébé humain. »

« Eh ! Elle m'a sauvée, moi ! Et Jamie… »

« Et Kyle. »

Ce nom m'arracha une grimace. Celui-là, il me sortait toujours par le nez, même après tout ce temps ! Et ce n'était pas demain la veille que ça changerait. Mais oui, Gaby était douée pour sauver la vie des gens.

« Et ça m'inquiète un peu, j'avoue », dit Jared.

« Comment ça ? »

« La Traqueuse. Pour nous, son sort est plus qu'évident. »

En effet, nous pensions tous la même chose : elle méritait la mort. Sauf que certaines choses nous arrêtaient, à commencer par le fait qu'elle était de la même espèce que Gaby. Beaucoup n'avaient pas eu affaire à cette Traqueuse en personne, et pensaient d'office qu'elle devait avoir des points communs avec notre amie. Mais moi, je savais qu'il n'en était rien. Jeb, Ian, Aaron et Brandt le savaient aussi, pour l'avoir escortée de force jusqu'à une cellule, dans une grotte isolée.

Je connaissais Gaby. Même si elle détestait profondément la Traqueuse, elle ne voudrait pas qu'elle meure. Elle penserait qu'elle avait son sang sur les mains. Déjà qu'elle avait souffert de la mort des autres âmes que nous avions ramenées ici pour tenter de les détacher de leurs hôtes…

Lorsque Jamie arriva, je décidai d'agir. Je lui confiai le bébé, puis je sortis de la grotte avec Jared.

« Où tu vas ? »

Pure question rhétorique. Il me connaissait, il savait très bien ce que j'avais en tête.

Je marchai jusqu'à la cellule de la Traqueuse. Nous venions d'atteindre le dernier coude avant d'arriver à l'entrée quand j'entendis son horrible voix nasillarde.

« Je me demande comment vous pouvez être encore en vie en mangeant cette nourriture infecte ! Berk ! »

Il y eut le bruit d'un objet plastique rebondissant par terre.

« J'ignorais que les humains avaient la patience de faire mourir quelqu'un en l'affamant ! C'est une méthode un peu trop sophistiquée pour des créatures primaires telles que vous ! »

Jeb m'intercepta alors que je marchais vers l'entrée. Il n'avait pas l'air surpris de me voir. Évidemment, il me connaissait, lui aussi.

« Tu es sûre de vouloir lui parler ? Elle n'est pas… de très bonne compagnie. »

« Je vous avais prévenus ! » lui dis-je, lui rappelant les nombreuses fois où j'avais tenté de les convaincre que Gaby était la vraie gentille, et pas cette garce.

Je m'approchais de l'endroit où on l'avait installée. Je fus choquée en voyant qu'on lui avait donné un matelas et un oreiller. Je l'avais plutôt imaginée au fond d'un cachot ou d'un trou. Elle avait jeté un bol contenant les restes d'une soupe de racines de jicama par terre. Elle avait quand même eu la politesse d'en manger une bonne partie avant de jeter le reste.

Lorsqu'elle me vit, la Traqueuse fit une moue dédaigneuse. J'avais du mal à l'imaginer comme une âme. Gaby n'avait jamais eu ce genre d'expression, elle. Soit elle souriait doucement, soit elle avait l'air neutre ou triste. Tout chez elle n'était que douceur et légèreté. L'exact opposé de cette peste.

« Tiens, voilà Mélanie ! Tu te décides enfin à me rendre visite ? Pourquoi t'a-t-il fallu tout ce temps ? »

Je restai silencieuse et immobile. Mon corps vibrait de haine, mais je pris sur moi pour rester calme.

« Tes petits copains pensent que je vais te parler ? Te dire tous mes secrets ? »

Elle conclut ses paroles par un rire de crécelle.

« Alors ? Que veux-tu me demander ? La permission de me tuer de tes propres mains, c'est ça, Mélanie ? »

« Ne me tentez pas », lui répondis-je d'une voix calme, mais vibrante de colère.

Elle cligna des yeux, puis parut légèrement se calmer, avant de relever la tête avec mépris.

« C'est pourtant bien ce que tu comptes faire, non ? Vous n'êtes bons qu'à ça : tuer ou vous entretuer. »

« Ce n'est pas vrai, vous n'en savez rien ! »

« Vraiment ? »

« Comment pouvez-vous nous juger ? Si j'étais vraiment une meurtrière, j'aurais tué Gaby depuis longtemps ! »

« Oh, mais tu as fait pire : tu lui as lavé le cerveau et tu l'as domestiquée ! »

« Et vous, vous l'avez trahie. »

Surprise par mon argument, elle cligna des yeux. Je ne lui laissai pas le temps de répliquer et poursuivis.

« Vous n'avez pas arrêté de lui répéter qu'elle était faible et inutile, que le seul service qu'elle pouvait rendre à votre espèce était de se tuer pour créer de nouvelles âmes ! Vous l'avez encouragée à mourir. »

Cette fois, elle ne dit rien. Elle avait toujours l'air choquée, mais ça ne dura pas.

« Je ne l'ai pas enlevée aux siens pour l'amener ici et vivre dans ces conditions déplorables. »

« Oh, vraiment ? Vous l'avez aussi retenue prisonnière chez un couple d'âmes, je vous signale ! Elle avait peut-être une jolie chambre et de bons repas, mais quelle différence ? Votre cage était dorée, mais c'était quand même cage ! Et vous l'avez laissée souffrir dans le désert avec un bébé, vous les avez regardées mourir de soif sans réagir, à attendre que des humains se pointent. Alors qu'ici, jamais nous ne ferions ça ! Elle est libre d'aller où elle veut et de faire ce qu'elle veut. C'est notre amie et nous l'aimons ! »

« Vous l'aimez ? Peuh ! »

Elle m'offrit une nouvelle salve de son rire affreux.

« Elle est bonne ! Vous êtes doués pour le mensonge, mais là… Ridicule ! »

Maintenant, j'en avais assez. À quoi bon perdre mon temps avec elle ? Cette âme ne nous était d'aucune utilité. Jamais elle ne pourrait comprendre notre situation. Elle n'était pas Gaby. Elle était une menace.

Je n'attendis pas plus longtemps et je sortis de la grotte. Jared et Jeb m'interrogèrent du regard, et je leur fis signe que non. Le sort de la Traqueuse était sans espoir.

La mort était la seule solution. Mais même si je la haïssais de tout mon être, je ne me sentais pas prête à la tuer moi-même. Gaby ne me le pardonnerait pas !

Non, je devais plutôt la préparer à cette éventualité. C'était le mieux que je puisse faire pour mon amie.


Vagabonde

Prendre un bain dans la grotte des chutes d'eau m'avait manqué.

C'était si agréable ! Je n'avais plus peur de cet endroit sombre depuis longtemps. Je savais qu'il n'y avait aucun monstre tapi dans l'obscurité.

Lorsque je me sentis propre, je sortis de l'eau, m'habillai puis ramassai ma serviette et pris le chemin de la sortie.

Je venais de traverser la moitié du couloir quand je vis une silhouette s'avancer. Je crus d'abord que c'était Ian, avant de me figer en voyant que c'était Kyle !

Paralysée par la peur, je le regardai en silence. Était-il revenu pour finir ce qu'il avait commencé ?

Son visage n'était pas furieux ou menaçant comme d'habitude, il avait l'air… confus. Comme s'il ne s'était pas attendu à me trouver là.

« Ah… Tu es là », dit-il.

Je clignai des yeux sans rien dire. Sa voix était plate. Impossible de deviner ce qu'il avait en tête.

Il regarda autour de lui avant de fourrer les mains dans ses poches.

« Je croyais que mon frère serait dans le coin, vu qu'il… enfin, vous… »

Il secoua la tête, comme si l'idée que nous soyons en couple lui semblait difficile à admettre. Évidemment, ce n'était plus un secret depuis longtemps.

Il me regarda droit dans les yeux, puis s'avança de quelques pas. Je reculai aussitôt et me plaquai contre le mur en tremblant. Il parut étonné, puis eut un sourire amusé.

« Relax, je ne vais pas essayer de te tuer. »

Je refusais de le croire ! C'était un humain, il était doué pour mentir. Et il était toujours si violent et haineux à mon égard.

« Tu sais, l'autre jour, après mon… "procès", j'ai essayé de te parler. »

Ah oui, je m'en souvenais. Sauf que Mélanie l'avait fait taire, pendant que Ian m'emmenait en sécurité dans sa chambre.

« Je ne sais pas pourquoi tu m'as sauvé la vie, ce jour-là, mais tu l'as fait. Et je ne comprends pas non plus pourquoi, quand Mélanie t'a larguée, tu es revenue ici avec un humain en plus. Tu pouvais laisser les tiens l'effacer, mais au lieu de ça, tu as failli y rester avec ce bébé humain dans le désert… »

Je me surpris à ressentir de la colère en l'entendant dire qu'il ne comprenait pas le sens de mes actes. Pour moi, c'était plus qu'évident !

« Je vais te répondre, Kyle ! » dis-je en me redressant.

Mon changement d'attitude le surprit, mais je n'en fis rien et poursuivis sur ma lancée.

« Je ne t'ai pas laissé tomber dans le trou parce que… parce que je ne suis pas comme toi. Et je n'ai pas dit : "Comme les humains." Car il y en a plusieurs ici qui auraient réagi de la même façon que moi. Il y a des gens bien ici. Des gens comme ton frère, comme Mélanie, comme Jeb, comme Doc. Et c'est pour ça aussi que j'ai sauvé Espérance. Parce que c'est une enfant innocente qui mérite de vivre. Je dis que ne suis pas comme toi en tant qu'individu. »

Il me regarda une minute, puis gloussa.

« Houla ! »

Il me contourna pour se diriger vers la salle. Sans se retourner, il me lança :

« Une vie contre une vie. On est quittes ! »

Je m'éloignai de mon côté sans le lâcher des yeux, jusqu'à ce que je ne le voie ni ne l'entende plus.

Je ne le croyais pas. Même s'il n'avait rien fait ce coup-ci, alors que nous étions seuls dans le couloir, je ne lui faisais pas confiance. Il était mon plus grand ennemi et un humain, donc doué pour le mensonge.

Lorsque je rejoignis la chambre de Ian, ce dernier dut voir que quelque chose n'allait pas, car s'il s'approcha de moi avec l'air inquiet.

« Quelque chose ne va pas ? » me demanda-t-il.

« Non, tout va bien. »

« Gaby… »

« Non, je t'assure que ça va. C'est juste que j'ai encore des soucis en tête. »

Ce n'était pas un mensonge, donc ça allait. J'évitais juste d'entrer dans les détails.

« Tu penses à la Traqueuse ? » devina Ian.

« Entre autres choses. Je ne sais pas quoi faire, ni même si je peux faire quoi que ce soit. »

« Tu n'as rien à faire ou à décider ! Tu sais ce qu'a dit Jeb : "Ma maison, mes règles." »

« Oui, je sais, mais c'est de ma faute si elle est arrivée jusqu'ici. Je l'ai conduite jusqu'aux grottes, je vous ai tous mis en danger ! »

Il m'attira par la taille contre lui et me serra doucement dans ses bras.

« Elle est venue seule, nous avons bien vérifié. Nous avons déplacé sa voiture loin des grottes et déchiré ses affaires pour qu'on croie que des coyotes ont fait le coup. Peu importe ce qu'ils croient, ses collègues ne nous trouveront jamais », me dit-il.

Je n'en étais pas entièrement sûre, mais la douceur et la conviction dans sa voix apaisèrent mes craintes. Il avait raison, au fond. Même si les autres Traqueurs se doutaient de quelque chose, les chances qu'ils nous trouvent étaient très minces.

Au bout du compte, même s'ils lançaient d'autres recherches, jamais ils ne nous trouveraient.

Ma famille était sauve. Mon nid d'humains était en sécurité.

Alors, pourquoi est-ce que je ne suis pas tranquille ?

Parce que certains problèmes demeuraient. En particulier le plus grave d'entre eux : que faire de la Traqueuse ?