En toute logique,on en arrive au point où la précédente fic s'était arrêtée. Donc, pour les anciens, c'est du tout frais et du tout nouveau.
Helena cligna plusieurs fois des yeux et bailla, fatiguée d'avoir tant parlé. Par les fenêtres du salon, le soleil s'était définitivement couché et elle avait terminé son récit alors qu'Alphonse descendait leur chercher de quoi diner. Elle ne se sentait pas de se mêler à la foule pour ce soir et lorsqu'elle s'étira, son dos protesta vivement.
Devant elle, Edward déplia lui aussi ses jambes, qu'il avait fini par ramener contre lui à un moment de l'histoire, trop obnubilé par ce qu'elle racontait. Il avait gardé pendant un temps invraisemblablement long cette posture d'enfant attentif devant un conte merveilleux et Helena s'étonnait même qu'il soit capable de se lever et marcher sans manifester le moindre inconfort.
_ Pourquoi « Eurus », demanda-t-il en faisant référence à son nom d'Alchimiste. Helena haussa les épaules, un peu surprise que la question ne soit pas venue plus tôt que le tapis.
_ Ça vient d'un vieux conte, où les vents étaient personnifiés. Eurus, c'est le vent de l'Est, célèbre pour ses tempêtes, disait-on. Je pense que le Président trouvait ça amusant. Et pour nous montrer qu'il n'était pas complètement dupe non plus. Cet homme en sait toujours bien plus qu'il ne veut bien le laisser paraître.
Edward approuva silencieusement, songeant à son propre nom de code, aux questions que personne n'avait jamais posées… Il secoua la tête.
_ Tu étais tout de même foutrement têtue, se contenta-t-il de dire en se levant tout à fait, faisant jouer ses muscles avant d'aider sa collègue à faire de même. Mais comme tu l'as dit : tu es une Mustang, ça ne devrait pas m'étonner plus que ça.
_ Les Elric ne sont pas mieux lotis que nous, plaisanta-t-elle en tanguant un peu sur ses jambes devenues trop longues. Edward l'amena jusqu'au sofa où ils attendirent que le plus jeune revienne avec leur pitance du soir.
Et de les voir tous les deux à papoter gentiment, comme des êtres humains normaux et civilisés, dans un silence des plus apaisants, aurait même pu lui tirer des larmes.
Finalement, une fois les assiettes vides, les médicaments ingurgités, dans le cas d'Helena, et les panses à peu près remplies, l'Ishbal se passa une main lasse sur le visage.
_ On est dans la merde, déclara-t-elle à brule-pourpoint, les deux frères lui lançant un regard surpris.
_ A quel sujet ?
_ Au sujet qu'il fait déjà nuit, et qu'à cause de moi, nous avons perdu une journée. Je ne pense pas être capable de faire grand-chose demain non plus.
_ Simple : tu restes ici et on se charge du reste. Problème résolu.
_ Je ne vous laisse pas aller dans ces foutues mines sans moi. Trop dangereux.
_ Sauf qu'on a un délai à respecter, et qu'il est presque écoulé, remarqua fort judicieusement Edward en lui lançant un regard quelque peu dur. Je suis désolé, mais si ton état de santé doit nous ralentir : la logique veut que tu restes sur place pendant qu'on s'occupe de cette merde.
_ On ne sait pas à quoi ou à qui nous avons véritablement à faire. Vous ne me laisserez pas sur le banc de touche.
_ Et tu proposes quoi, alors ?
_ …
_ C'est bien ce que je pensais, souffla Fullmetal en croisant les bras. Ecoute, voilà ce qu'on va faire. Tu vas te reposer pour cette nuit, et dès demain matin, Al et moi irons en repérage. Juste en repérage, ajouta-t-il en voyant l'autre déjà protester vivement contre l'idée. On rentre pas et on s'approche autant que possible sans se faire voir. Et on revient te chercher dès qu'on a quelque chose. Deal ?
_ Est-ce que j'ai seulement le choix ?
_ C'est soit ça, soit Al et moi y allons maintenant et on te laisse en plan ici.
Helena ronchonna, laissant flotter sur les lèvres d'Edward un sourire un rien narquois. Il avait fini par comprendre, au fil de ses paroles et de ses souvenirs, que ses instincts protecteurs n'étaient que ceux d'une sœur, terriblement inquiète pour ses plus jeunes. Il n'était pas bien différent d'elle à cet égard, toujours prêt à se mettre sur la ligne de feu si cela pouvait protéger Alphonse. Helena avait perdu ses cadets mais hérité de deux autres têtes blondes, aux dépends des principaux intéressés et même d'elle-même.
Quelque part, Edward appréciait cette sensation, de ne plus être… le seul, à se soucier de la famille. Al et lui avaient été seuls depuis tellement longtemps, et malgré la présence de Pinako, Winry ou encore leur maitre… Il y avait chez Helena quelque chose de profondément rassurant. Il ne pouvait pas mettre le doigt dessus et n'était pas certain de vouloir plus d'explications à ce sujet. Le sentiment était là et allait rester, il pouvait composer avec.
Bon sang, si on lui avait dit, au début de leur voyage qu'il finirait par apprécier sincèrement la fille du Colonel Bâtard, il n'y aurait certainement pas cru. Et aurait pété la gueule de l'impudent avec beaucoup de satisfaction, en plus de ça.
La jeune femme soupira lourdement, soufflant par le nez dans une attitude qui lui rappela grandement Winry et qui l'amusa outre-mesure. Helena, au moins, n'avait pas de clé de 12 à lui jeter au visage pour manifester son agacement.
_ Très bien, très bien. Mais si jamais je me rends compte que vous avez été—
_ Oui, maman, se moqua-t-il éperdument avant de faire un bref signe de tête à Alphonse. Ce dernier ramassa l'Alchimiste du Vent comme si elle ne pesait rien. Et de fait, c'était un peu le cas.
Helena protesta vivement, pour la forme plus qu'autre chose et se laissa presque border comme une fillette. La seule chose qui retint les deux frères de le faire véritablement fut le regard de pur défi qu'elle leur lança, empli de tant de promesses de représailles toutes plus inventives les unes que les autres, qu'ils préfèrent reculer et la laisser s'occuper d'elle-même.
Sitôt la porte refermée, toutefois, Edward ramassa son manteau et ses bottes, sous l'œil circonspect de son petit frère.
_ Tu n'attends même pas qu'elle soit au moins endormie pour te faufiler en catimini ? demanda-t-il, profondément las et habitué au comportement de son frère aîné. L'Alchimiste d'Etat haussa les épaules, tirant sa tresse blonde des replis de son manteau.
_ Nope. Elle est loin d'être en capacité de me courir après. Tu vas rester ici pour la surveiller et t'assurer qu'elle ne nous claquera pas dans les pattes.
_ Tu croyais vraiment que j'allais te laisser partir seul, contra immédiatement l'armure en croisant les bras, semblant gagner trois tailles supplémentaires. Il chuchotait, pour ne pas alerter Eurus dans la pièce voisine. Ils commençaient à la connaitre suffisamment, désormais, pour savoir qu'elle n'hésiterait pas une seule seconde à se relever, même dans son état, et partir à la poursuite des vilains.
_ Je ne vais pas entrer dans les mines, expliqua patiemment Edward en soutenant le regard et l'attitude de son frère, essayant lui aussi de se grandir, sans y parvenir. Je vais faire du repérage, histoire de nous préparer le terrain pour demain. Eurus a raison, plus on attend, plus la situation se dégrade.
Ils se mesurèrent de longues minutes du regard et non sans une certaine satisfaction, Alphonse sentit son frère craquer lentement, mais sûrement. Après une bataille plus longue qu'elle ne l'aurait dû, Edward se dégonfla, pliant les épaules et le dos, la main sur le visage.
_ Biiiiien, marmonna-t-il. Tu viens avec moi. Mais si jamais elle meurt —il pointa la porte de la chambre en chuchotant furieusement— je considère que ça sera de ta faute.
_ C'est atroce, et tu sais bien qu'elle ne mourra pas.
_ Je sais. Les Mustang sont increvables. Allez, si on veut profiter de la nuit.
₪. ₪. ₪
Helena sursauta, si violemment qu'elle se dressa sur le lit et se tordit la colonne en une position qui n'aurait pas dû être possible. Désorientée et gagnée par une douleur sourde dans le creux du dos, elle éructa une toux désagréable dans sa paume. La chaleur rayonnait encore de son corps comme un petit four, la fièvre ayant visiblement décidé de refaire une apparition fortuite et pendant quelques secondes, elle crut que c'était ce qui l'avait réveillé.
Elle allait appeler ses nouvelles infirmières malgré elle avant que de violents coups sur la porte de la suite ne se fassent entendre, suivis de quelques hurlements et appels de choix.
Et il n'y avait personne pour répondre.
Helena se tira difficilement du lit, s'écroulant presque au sol alors que ses jambes refusaient de faire correctement leur travail. Ses poumons flambèrent et son cœur protesta sous l'effort qu'elle leur demanda à chacun. S'agrippant aux murs et aux meubles, ne prenant ni le temps de se recoiffer —le tressage d'Alphonse, une composition simple mais pratique, avait tenu le coup— ou de se changer, elle traversa le salon.
Vide. Putain, ces sales petits matharphakars [1]—
_ Ouvrez ! Ouvrez immédiatement ! Vous, vous ! Allez chercher ces satanés clés de rechange et ouvrez moi cette por—
Helena ouvrit à la volée, mettant le plus de force possible dans son geste. Elle avait reconnu les cris, la voix désagréable de Mme Ackermann, dont elle se prit le postillonnage vindicatif au visage. Surprise par le brusque mouvement, alors qu'elle frappait encore du poing sur la porte une fraction de seconde plus tôt, elle se figea en une parfaite statue de sel. Dans son dos, elle voyait la mine contrite et enfantine de l'inspecteur Landers et le visage, plus fermé mais néanmoins terriblement contrarié, du réceptionniste. Dans le couloir, elle sentait les rares clients se presser à leurs portes pour connaitre la raison d'un tel grabuge à une heure aussi impie. Du peu que son cerveau épuisé avait pu en retenir : le soleil pointait à peine le nez par-dessus la ligne d'horizon.
_ Miss Ackermann. Que puis-je faire pour vous ?
Sa voix était rauque, usée et gorgée de sommeil autant que de maladie. Malgré le bain qu'elle avait pris quelques heures auparavant, Helena savait qu'elle sentait de nouveau la sueur et que le spectacle qu'elle offrait ne devait pas être le plus agréable, et certainement pas le plus professionnel. Si elle avait été dans de meilleures conditions, elle aurait même pu se sentir rougir sous le regard vaguement intrigué —pour ne pas dire intéressé— de Landers.
_ Je viens vous retirer votre enquête, cracha immédiatement la haute femme sans perdre plus d'une seconde, envoyant paitre les banalités et la politesse. Helena, la douleur battant contre ses tempes au même rythme que son cœur, se redressa autant que possible.
_ Bien qu'étant, j'en suis sûre, une personnalité très respectée dans votre ville, madame : vous n'avez pas l'autorité pour faire une telle chose.
On ne lui ferait certainement pas ce coup-là, tant qu'elle respirait encore et avait suffisamment de lucidité pour lui tenir tête. A l'air profondément triomphal qu'affichait la femme du maire, Helena sentit le retour de flammes arriver bien plus vite que prévu. Bon dieu. La prendre au saut du lit, après deux nuits de tourmente ; elle avait dû savamment calculer son affaire pour être certaine qu'elle ne lui opposerait qu'une faible résistance.
_ Ce pourquoi j'ai avec moi l'inspecteur Landers, qui est à l'origine en charge de cette enquête. Elle lui a été officiellement attribuée, en vertu de la loi de ce pays et nous vous avions seulement demandés en tant que consultants. N'ayant pas pu prouver votre capacité à faire avancer cette affaire, nous ne voulons plus de vos services.
Elle souriait, mettant toutes ses dents en avant, lui donnant des airs de cheval heureux des plus désagréables. Helena retint sa remarque au sujet de sa dentition, voulut contrer son argument —l'armée les avait envoyés ici, nuance— mais la toux la prit à la gorge et manqua de l'étouffer. Se retenant au chambranle de la porte d'une main tremblante, elle porta l'autre à sa bouche pour limiter les dégâts et sentit le goût du sang envahir sa bouche.
_ Major Lewin !
Les doigts de Landers se refermèrent sur son bras, l'aidant à se stabiliser, charitable et inquiet au possible. Encore une fois, en d'autres circonstances, Helena aurait pu en être touchée mais son esprit tournoyait sans cesse pour tenter de trouver une parade qui ne venait pas. Ackermann, en retrait, laissa son sourire s'étirer en une grimace odieuse.
_ Compte tenu de votre état de santé, Major, je doute qu'il soit bon pour vous de poursuivre cette mission. Vous n'êtes clairement pas à la hauteur, et je vous conseillerai de vous rendre à l'hôpital de North City. Inspecteur, ramassez les documents dont elle dispose et reprenez cette affaire en main.
Landers acquiesça, jetant un rapide coup d'œil à la femme qui se retournait pour partir, princière au possible, avant de reporter son attention sur Helena. Elle avait envie de vomir.
Où était ce maudit Fullmetal quand on avait besoin de lui, vraiment !
Anton la soutint jusqu'au canapé, se précipitant à la salle de bain pour lui quérir un verre d'eau. Helena toussa dans son poing à plusieurs reprises avant de parvenir à accepter cette offrande bienvenue. Landers poussa un petit glapissement lorsqu'il vit le sang maculer ses doigts et un peu de son menton.
_ J'avais entendu dire que vous vous sentiez mal, mais je ne pensais pas que c'était à ce point-là ! Mme Ackermann a raison, vous devriez vous rendre à l'hôpital…
_ J'ai l'habitude, gronda immédiatement la jeune femme en se redressant, une flamme mortelle dans les yeux. Qu'est-ce que c'est que ce délire, inspecteur ! Elle nous avait donné trois jours !
L'homme bafouilla, eut l'extrême diligence de se montrer atrocement contrit et se gratta la nuque, les pommettes rouges.
_ C'est que… avec la nouvelle de votre maladie, et tout le boucan qu'a fait la découverte du corps… Les gens sont terrifiés, et les familles des victimes s'impatientent. Je suis désolé, je ne remets pas en doute vos capacités ou celles de vos collègues mais…
_ Mais depuis que nous sommes arrivés, les choses vont de plus en plus mal, c'est ça ? Claqua Eurus en sentant la colère lui échauffer les sens et lui monter au visage. La mine, le corps, les interrogatoires.
_ Major Lewin…
_ Je suis venue ici en me jurant de faire la lumière sur toute cette histoire, je ne compte certainement pas repartir comme ç—
A nouveau, la maladie lui coupa la chique, l'envoyant dans des spirales de souffrance et Landers la contempla, désolé.
_ Vraiment, Helena… dit-il à voix basse, comme si user de son prénom pouvait déchainer des forces inconnues. Vous devez prendre soin de vous, et ce n'est pas ici que vous y parviendrez. Je ne tiens pas à ce que votre santé se dégrade encore plus ou bien qu'il vous arrive malheur, encore une fois.
_ Je ne suis pas…
Impuissante, elle le regarda se lever et commencer à amasser les notes que les garçons et elle avait laissé sorties sur la table, la veille. Il contempla, incertain, le mur de post-it et de feuilles punaisées, avant d'entreprendre de tout enlever, aussi rapide que possible.
En l'espace d'un battement de paupière, l'entièreté des recherches d'Helena et de ses comparses s'était volatilisée, soigneusement entassée entre les bras de l'inspecteur qui se trouvait déjà sur le seuil. Hésitant à la laisser seule, estomaquée et encore choquée de la tournure si rapide des choses, il fit un pas en sa direction avant de se raviser.
_ S'il vous plait, plaida-t-il encore une fois. Rentrez rapidement et prenez soin de vous. Mes gars et moi-même, nous allons nous occuper de la suite.
Il sortit sans plus se retourner et Helena resta vautrée comme une loque sur le sofa, sonnée et la tête bourdonnante. La porte grande ouverte, le réceptionniste —et très probablement le propriétaire de l'hôtel, bien qu'elle n'ait jamais fait les connexions et s'en foutait royalement— passa la sienne dans l'encadrement.
Il plissa le nez, en constant le chaos qui régnait dans la pièce et entra, ses grandes mains sèches jointes devant lui. Helena leva à peine les yeux pour le regarder.
_ Je tiens à porter à votre attention que votre réservation touche à sa fin, lança-t-il mine de rien. Et n'étant plus missionnés par l'armée pour aider nos policiers, le tarif repasse à une somme normale, pour les voyageurs. Est-ce que vous souhaitez prolonger votre séjour, mademoiselle ?
Mon dieu, c'était trop. Helena voulait mourir un peu, dormir beaucoup et retourner s'entourer de ses couvertures en priant pour que la nuit ne se termine jamais. Elle secoua la tête.
_ Non… Non, nous allons partir dès que possible.
_ Merci de déposer les clés à l'accueil.
Il repartit lui aussi, fermant toutefois dans son sillage et le silence revint sur la suite, béni autant qu'oppressant.
₪. ₪. ₪
Helena les attendait dans la voiture, garée sagement au bas de la route qui sortait du village et montait vers les mines. Il s'agissait là du seul accès praticable en véhicule et personne, à l'heure actuelle, n'aurait pu échapper à sa vigilance.
Alphonse se raidit dans un couinement strident et Edward lui emboita le pas, le regard fixé sur le parebrise de leur tacot, n'osant plus faire un mouvement. Il avait la curieuse et désagréable impression de se retrouver face à un fauve, qui attendait le moindre faux pas de sa part pour se jeter sur lui. Il déglutit bruyamment.
La nuit avait été… Intéressante, à défaut d'être particulièrement fructueuse mais à crapahuter tout autour de la montagne jusqu'au petit matin, ils avaient fini par dénicher quelque chose. La carte qu'Edward avait fignolé pendant qu'Helena se reposait avait finalement été utile, puisqu'elle les avait mené —un peu laborieusement, mais le résultat comptait plus que le temps qu'ils y avaient passé— jusqu'à une entrée latérale, oubliée depuis des lustres et clairement inutilisée, si l'on se fiait à la végétation qui leur avait barré la route. Ed avait laissé quelques marqueurs discrets afin qu'ils puissent retrouver rapidement leur chemin, le soir venu et la première inspection du tunnel d'entretien avait été rapide, mais prometteuse. La voute semblait stable, la structure paraissait saine et ce genre de bouche devait fatalement rallier, à un moment ou un autre, le tunnel principal.
Ils avaient trouvé leur porte d'entrée et revenaient au bercail avec de bonnes nouvelles, pour une fois.
Sauf que le bercail était venu à eux. Et il n'était pas de bonne humeur.
Helena baissa sa vitre. Dans le soleil levant et les ombres qui se découpaient encore sur les alentours, ses traits paraissaient plus tirés, les cernes dévorant ses joues comme deux énormes insectes noirs.
_ Montez, ordonna-t-elle d'une voix froide qui ne souffrait d'aucune réplique.
Avec la sale impression d'être revenus à l'âge de 5 ans, quand leur mère les réprimandait pour une de leur bêtise, les frères Elric s'empressèrent d'obtempérer.
Helena les laissa faire en silence, se contentant de s'assurer d'un rapide coup d'œil qu'Edward était bien sanglé à son siège. Elle redémarra brutalement, sortie de la route tout aussi sèchement et engagea la voiture sur la voie qui sortait définitivement du village.
_ Tu… as l'air d'aller mieux, hasarda Alphonse, mal à l'aise au possible.
C'était faux, bien entendu, et la jeune femme le savait parfaitement. Elle s'était habillée à la va-vite, portait encore les traces de son sommeil agité sur le visage et ses cheveux ébouriffés. Elle donnait l'impression d'être passée dans une tornade.
_ Je vous avais demandé d'attendre, claqua-t-elle entre ses dents serrées, à tel point qu'elle devait en souffrir le martyr. En réponse, Alphonse se tassa sur lui-même.
_ Nous voulions seulement aid—
_ Je vous avais demandé une seule putain de chose ! Oṇṭi, est-ce que c'est trop vous demander de m'écouter, pour une fois !?
Sa réprimande était montée en un cri guttural et rageur, et Ed aurait pu jurer qu'il avait ressenti l'écho d'un début de transmutation ratée, en réponse à sa colère. Il étudia sa collègue du regard, fronça immédiatement les sourcils.
Il pouvait comprendre sa frustration, l'agacement de découvrir qu'ils n'avaient, en effet, pas suivi ses ordres. Mais une réaction aussi viscérale… Et pourquoi venir les trouver ici, alors qu'elle aurait tout à fait pu attendre à l'hôtel pour leur passer un savon. Dans son état, il n'était pas prudent de sortir et il comprit qu'elle n'avait très certainement pas eu le choix.
_ Eurus. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Etait-ce l'effet de son titre, le ton étrangement calme de sa voix ou la question simple mais lourde de sens ? Toujours était-il qu'Helena arrêta la voiture sur le bas-côté, haletante comme si elle avait couru un marathon et ses mains s'étaient crispées, presque blanches, sur le volant.
_ Cette nīti d'Ackermann a débarqué sans prévenir pour nous retirer l'enquête, voilà ce qui s'est passé.
Dans la colère, —et sans doute parce que le voile avait été levé— il semblait qu'Helena glissait plus facilement vers sa langue maternelle. Ed n'avait toutefois pas besoin de lui demander une traduction pour comprendre ce qu'elle impliquait et il se redressa, courroucé.
_ Comment ça, elle nous retire l'enquête ?! Il nous restait encore du temps !
_ Eh bien, pas suffisamment, c'est certain !
_ Elle n'a pas l'autorité pour faire ça !
_ Landers l'a, lui.
_ Et tu l'as laissé faire ?!
_ Pardon de ne pas avoir été en état de lui tenir tête très longtemps ! cracha immédiatement la jeune femme en se tournant vers son jeune collègue, du venin dans la voix et les veines. Ça aurait été bien plus simple si vous aviez été là tous les deux pour me soutenir, comme je vous l'avais demandé !
Le silence tomba brutalement sur le véhicule, ponctuait des respirations toujours plus saccadées d'Helena, qui ne parvenait pas à reprendre son calme. Finalement, Alphonse se porta à nouveau en avant pour prendre la parole.
_ Excuse nous, Helena. On voulait simplement prendre de l'avance et pouvoir enfin résoudre ce cas.
_ Je sais, je sais, râla la jeune femme sans conviction, se laissant retomber contre le dossier de son siège. Mais bon sang, on n'avait pas besoin de ça…
_ Qu'est-ce qui s'est passé ? redemanda encore une fois Ed. Lewin soupira lourdement.
_ Rien. Tout. Je ne sais pas, j'étais à moitié dans les vapes, Ackermann est venue frapper à la porte en exigeant que je lui rende l'enquête et nous conseillait de partir rapidement. Landers a ramassé toutes nos recherches, le réceptionniste est venu me dire qu'il passait désormais au tarif « touriste », et… J'ai pris toutes nos affaires, j'ai fourré ça dans le coffre et je suis venue vous attendre ici. Je me doutais bien que vous seriez dans les parages.
_ Putain de merde… Attends, non mais on peut pas partir comme ça. On doit… téléphoner au Colonel, le prévenir, il fera en sorte qu'on récupère notre affaire.
_ Le problème c'est que Ackermann a raison sur un point, grimaça Helena en remettant le contact. Ils nous ont appelés en tant que consultants et en ce cadre, la police locale peut décider ou non de poursuivre l'enquête, indépendamment de nos envies ou de nos avancements.
_ Viens pas me dire qu'il n'y a pas des procédures pour ça…
_ Il y en a, mais c'est long et le temps qu'on obtienne toutes les autorisations pour mettre la main sur l'entièreté des preuves, des témoignages et tout le reste…
_ Donc, on va rentrer la queue entre les jambes, et c'est tout ?!
_ C'est tout, trancha Eurus un peu vertement, face à l'entêtement de Fullmetal. Elle savait qu'il n'était pas vraiment responsable de toute la situation mais il n'avait clairement pas contribué à la rendre meilleure et elle avait trop mal à la tête pour argumenter davantage avec lui.
_ De toute façon, reprit-elle en braquant un peu fort le volant pour éviter un nid de poule qui faisait presque la moitié de la route. Ils n'ont pas tort : mon état de santé nous freine plus qu'autre chose et à la longue, rester sans soins adaptés pourra m'être fatal.
_ Alors nous rentrons en ville ? S'enquit doucement Alphonse, qui n'avait pas pipé mot après s'être fait rembarrer sèchement, quelques minutes plus tôt. Helena lui jeta un bref coup d'œil dans le rétro.
_ On va s'arrêter à North City. C'est la plus proche, j'aurai de quoi trouver une partie des médicaments qu'il me faut et leur hôpital est bien quotté, au besoin. On reprendra le train à partir de là et on reviendra à East City.
_ Putain, râla une nouvelle fois Edward en croisant les bras, calé contre la portière et la vitre, le visage fermé. Quelle putain de merde.
Helena ne pouvait être plus d'accord.
₪. ₪. ₪
Ils atteignirent North City en un temps record, Helena pressant l'allure et n'hésitant pas à pousser la voiture au-delà des précautions qu'elle avait prises à l'aller. Le trajet s'était fait dans un silence tendu et désagréable, chacun méditant sur cette semaine éprouvante et l'échec cuisant qui leur brûlait encore les joues.
La logique aurait voulu qui s'arrêtent immédiatement au QG Nord, histoire de faire un rapport —peu glorieux— avant de se poser quelques jours et d'attendre leur ordre de rapatriement mais après avoir constaté le teint et la fatigue d'Helena, Edward avait insisté pour qu'ils se rendent à l'hôpital dans un premier temps.
Ça n'avait pas loupé ; les médecins avaient tenu à la garder en observation pour la journée, alors qu'elle s'esquintait la voix à leur faire comprendre qu'elle allait bien et qu'elle voulait juste renouveler sa putain d'ordonnance. Les Elric avaient profité de sa brève hospitalisation forcée pour dégoter un hôtel correct, avec deux chambres mitoyennes, cette-fois ci, et à leurs frais. C'était bien la moindre des choses, après le fiasco qui venait d'avoir lieu.
Finalement, Helena les rejoignit, maussade et encore un peu trop pale à leur goût, en milieu d'après-midi et elle ne perdit pas une seule seconde à s'affaler sans cérémonie dans le petit salon de l'hôtel. Pour une fois, ils l'avaient attendue et elle aurait presque pu les en féliciter, si ça n'était pas arrivé un peu trop tard dans la journée.
_ T'as tes médocs ? demanda immédiatement Fullmetal en levant les yeux de son livre, fronçant les sourcils avec un air de mère en colère. Helena leva la main en réponse, ses doigts agitant les nouveaux flacons de cachets qu'on lui avait fournis.
_ Est-ce qu'on se rend à la base, maintenant ? demanda Alphonse en la regardant, un rien navré. La tête enfoncée dans les coussins du sofa, étalée telle une loque, Eurus grogna.
_ Non. J'irai demain. Je n'ai pas la force d'affronter les gratte-papier aujourd'hui et on est plus à un jour près. Il faut que je réfléchisse à comment mettre en forme et présenter mon rapport.
_ Jusqu'à preuve du contraire, on est au moins deux dans cette histoire, Eurus.
_ Et j'étais responsable de notre fine équipe. Elle se redressa, se massant les joues. Ses cheveux étaient lâchés et tombaient tout autour d'elle en un épais rideau brun. Ecoutez, je sais que ça n'est pas l'idéal pour vous deux et que vous voulez aider, vraiment. Je sais. Mais là, maintenant, tout de suite, je crois que j'ai juste besoin que vous me laissiez gérer la suite des évènements.
Ils avaient vraisemblablement tous besoin d'espace et d'air, ne serait-ce que pour respirer et se vider l'esprit. Edward n'insista pas davantage, se notant distraitement dans un coin de la tête de jeter un œil sur le rapport d'Helena avant qu'elle ne le soumette à leurs supérieurs et chacun profita finalement du reste de l'après-midi pour vaquer à ses propres occupations. Il ne l'aurait pas admis à haute voix, mais il appréciait ce temps partagé seulement avec son frère, à poursuivre leurs propres recherches et à ne pas se soucier de ce qu'il allait bien pouvoir dire à sa collègue en rentrant à l'hôtel.
Pour une fois qu'il n'avait aucune obligation envers elle, pas la moindre nécessité de lui faire un état des lieux de la journée comme ils en avaient pris l'habitude au cours de la dernière semaine, Edward débarqua dans sa chambre tout juste avant le diner, avec le même effet qu'une petite tornade rouge et blonde.
Installée sur son lit en tailleur, occupée à rédiger ce foutu rapport, Helena sursauta violemment et jura lorsque sous le coup de la surprise, son automail brisa son stylo et déchira presque sa feuille.
Alphonse suivait son frère de près, lequel avançait d'un pas déterminé et posa sans ménagement son carnet de notes soigneusement ouvert sur les feuilles d'Helena.
Elle haussa un sourcil.
_ Qu'est-ce que je regarde, au juste ?
_ Un indice plus que conséquent sur notre affaire.
_ Edward…
_ Non, non, attends ! Regarde ! Regarde ça !
Du doigt, il tapait les pages avec virulence, à tel point qu'elle se résigna à suivre son index et survoler rapidement les gribouillis penchés qu'était l'écriture de Fullmetal. Elle resta silencieuse quelques instants, prenant le temps de lire et écarquilla les yeux.
_ Où est-ce que tu as eu ça ?!
Edward ramassa son calepin, tournant les pages aussi vite que possible.
_ On s'est renseigné au QG Nord, expliqua-t-il en lui mettant de nouvelles informations sous les yeux. On a pris l'habitude, avec Al, de se renseigner sur les Alchimistes recensés. L'armée est censée tenir un registre, en cas d'astreinte, réquisition, tout le bordel, bref ! C'est comme ça qu'on est tombé sur lui !
_ Philippe Ackermann, compléta Alphonse en opinant vivement du chef, tressautant presque sur place tant l'excitation de la découverte le secouait. Il s'était inscrit pour obtenir une licence d'Alchimiste d'Etat, et des fonds pour ses recherches, mais il a été refusé à l'examen, parce que ses théories étaient trop instables et… pas franchement légales, si je puis dire.
_ Regarde le sujet de ses recherches ! reprit Ed, si vif qu'Helena en avait presque la tête qui tournait. Il travaillait sur le transfert des esprits ! Le changement de corps, une espèce de résurrection des tissus ! Ca touchait trop à la transmutation humaine pour que la commission valide toute cette merde, et les théories sont bien trop éloignées de la réalité pour fonctionner.
_ D'accord, mais quel est le rapport avec —
_ La fille ! La fille qu'on a retrouvée ! Ses blessures ! Tu es revenue en nous disant qu'elles n'avaient pas été causées par le feu, rien de thermique, peut-être chimique, c'était notre première hypothèse.
_ Oui, mais…
_ La deuxième. C'était l'Alchimie.
Helena se tut. Se tut et réfléchit, alors que les explications d'Edward se faisait une lente place dans son esprit et tentaient de trouver une certaine cohérence entre elles. Il trépignait.
_ Les blessures qu'elle a reçu, c'était à cause d'une transmutation. On a essayé de reproduire les recherches de Philippe Ackermann en se servant de ces pauvres filles.
_ … Fullmetal, est-ce que tu te rends compte de ce que ça implique ?
Il grimaça et l'euphorie qui avait gagné Helena, durant les dernières minutes, se ternie quelque peu. Ils avaient finalement trouvé leur homme, aussi improbable que cela puisse paraitre et sur un coup de chance des plus incroyables. Il y avait de quoi se réjouir et envoyer immédiatement bouler le rapport sur ses genoux, pour en écrire un nouveau et demander à une nouvelle équipe de procéder à l'arrestation de cet homme.
Homme qu'ils n'avaient jamais vu, ni même entendu parler. Elle voyait le problème.
_ Le truc, exposa Alphonse. C'est qu'en cherchant un peu plus loin, on s'est aperçus que Mr Ackermann Jr, était décédé depuis plusieurs années, déjà. Donc, peu de chance qu'il soit à l'origine de toutes ces disparitions.
_ Il reste sa mère, objecta Edward en ramassant son carnet. Elle pourrait être suffisamment dérangée pour ça.
_ Tu la penses suffisamment douée en Alchimie pour ce genre de procédure ? Suggéra Helena en croisant les bras, l'esprit tournant à dix mille à l'heure pour fomenter de nouvelles théories. Ed se renfrogna légèrement.
_ Non, peut-être pas assez bonne pour ça.
_ D'autant que sa fille fait partie des disparues.
_ ... Et si elle n'avait pas disparu.
Les frères Elric se jetèrent un rapide coup d'œil avant de reporter leur attention sur Eurus, qui s'était levée du lit et marchait désormais en rond, comme Ed avait l'habitude de le faire, pour poser ses pensées.
_ Comment ça, « pas disparu » ?
_ Elle a été la dernière à disparaitre et depuis, plus rien, énuméra Helena en comptant sur ses doigts. La seule à nous mettre des bâtons dans les roues se trouve être sa mère, surtout depuis que nous avons retrouvé le corps d'une des victimes. Des mines fermées, mais en état, qui s'écroulent alors que j'essaye d'y mettre mon nez, le fils qui était un alchimiste travaillant sur le transfert d'âme, d'esprit, tout ce… truc. Landers m'a dit « je ne veux pas qui vous arrive malheur encore une fois », ce qui sous entendait que quelque chose d'autre pouvait arriver, ou bien était déjà arrivé auparavant et—
_ On a trouvé une ouverture pour pénétrer dans les mines.
_ Quoi ?
Edward secoua la tête. Il n'avait pas tenu à garder l'information pour lui, mais dans la confusion des dernières heures, l'attitude un tantinet froide d'Helena, cela lui était presque sorti de la tête et il était persuadé qu'ils n'auraient pas pu faire grand-chose de plus à ce sujet, puisque l'enquête leur avait été retirée. Il l'aurait ajouté au rapport, pour les prochaines équipes.
_ Avec Alphonse, on a réussi à trouver un tunnel de service, qui doit mener aux galeries principales. On n'a pas trouvé de traces qui indiquaient que le coin était fréquenté, ou bien récemment utilisé, mais la voute avait l'air sain, et les parois solides.
Helena battit des paupières. Une fois, puis deux. Elle finit par bondir si rapidement vers ses affaires qu'Edward crut qu'elle était possédée.
_ On y retourne.
_ Quoi ?
_ On repart ! Maintenant !
Ils la suivirent au pas de course, laissant l'entièreté de leurs bagages sur place. La réception s'occuperait bien de les faire rapatrier au QG ou ils ne savaient trop où, l'heure n'était pas aux détails.
_ Je croyais qu'on avait été dépossédés de l'enquête ! glapit Alphonse alors qu'Helena le jetait presque de force à l'arrière du véhicule, grimpant au volant avec la nervosité hystérique d'un écureuil sous stéroïdes. Edward se prit la portière dans le coude alors qu'elle démarrait sans plus attendre.
_ Je suis une foutue traitre d'Ishbal, rétorqua-t-elle en klaxonnant vivement après avoir grossièrement coupé la route et enfreint, en l'espace de quelques secondes, plusieurs lignes du code de conduite. Un moment donné, va bien falloir que je sois un peu digne de mon titre !
₪. ₪. ₪
_ Plus. Jamais. Tu ne me conduis nulle part.
Edward descendit, chancelant et se retint au capot pour ne pas tomber alors que ses jambes flageolaient dangereusement. Il était un homme d'action, le cœur bien accroché et les tripes solides, avec tout ce qu'il avait pu vivre et voir au cours de sa courte vie. Mais bon dieu, la conduite impétueuse d'Helena, sur les kilomètres qui les séparaient à nouveau de Yadrov ? Plus jamais. C'était même un miracle que la voiture ait tenu le choc, avec le traitement qu'elle venait de subir.
Par-dessus l'habitacle, il vit Helena sortir à son tour, scruter la lisière de la forêt auprès de laquelle ils s'étaient garés et elle avala un comprimé avant de contourner le véhicule et de se diriger vers les arbres.
Devant eux, la montagne se dressait, imposante masse noire sur un fond de ciel sanguinolent, éblouie des lueurs mourantes du soleil couchant. Alphonse, tout comme son frère, était secoué d'un tremblement incoercible et bénissait le fait de ne pas avoir d'estomac pour en répandre le contenu directement à ses pieds.
_ Tu te débrouilleras pour rentrer à la maison. Allez. La nuit ne va pas tarder à tomber et je ne veux pas qu'on se fasse surprendre. Tu me disais que vous aviez balisé le terrain ?
_ On a mis des repaires, ouais. Al et moi, on a appris ça avec notre maitre, en entrainement.
_ Est-ce que c'est bien le moment de parler de ça, grand-frère… ?
_ T'as raison. Viens là, Eurus. On ouvre la voie, cette fois.
Aussi silencieux que possible —Helena l'était étrangement, se fondant entre les arbres avec la même grâce qu'un félin, les branches craquant à peine sous son passage— le trio avala les mètres de pente, Edward ouvrant la marche. Alphonse, dans son sillage, tentait de minimiser le bruit qu'il faisait en marchant et regardait sans cesse par-dessus son épaule, craignant qu'ils ne soient suivis.
Finalement, ils retrouvèrent le sentier qu'ils avaient tous deux arpenté le matin même et alors que le soleil disparaissait entièrement derrière la montagne et les arbres, parvinrent à l'entrée du tunnel. Dans la pénombre ambiante, la bouche béante de l'ouverture était encore plus impressionnante et Helena s'arrêta, déglutissant légèrement, indéniablement mal à l'aise.
_ Ça va aller ? S'inquiéta immédiatement Alphonse en posant sa grosse main sur son épaule. Elle acquiesça.
_ Il va falloir que ça aille. Parce que si on a raison… Qu'est-ce que tu fais, Fullmetal ?
_ Une torche, rétorqua l'autre en brisant une grosse banche sèche, y enroulant la manche déchirée de son manteau. Ca n'était pas la première fois qu'il sacrifiait le vêtement dans ce genre de circonstances et il aurait tout le temps de le réparer une fois toute cette affaire terminée. Helena comprit et fouilla dans les replis de sa propre veste longue —elle avait laissé sa sacoche dans la voiture, ne souhaitant pas être encombrée plus que nécessaire— en sortant un élégant briquet chromé.
Edward ricana et lui présenta la torche.
_ Une Mustang avec un allume-feu, on aura tout vu.
_ Je ne maitrise pas les cercles de Roy, et Havoc ne cesse de répéter que n'importe qui devrait en permanence avoir un briquet et un couteau dans son sac.
_ Et tu as un couteau ? Plaisanta l'aîné Elric en élevant sa torche désormais flamboyante, éclairant l'entrée du tunnel. Pour toute réponse, Helena se baissa, glissant la main le long de sa lourde botte de combat pour en tirer un couteau à cran d'arrêt à la lame dentelée.
Edward la fixa quelques secondes, un rien interdit, puis secoua la tête en marmonnant pour lui-même. Définitivement, les Mustang étaient des gens étranges et dangereux. Se serrant les uns contre les autres, ils pénétrèrent dans le tunnel.
₪. ₪. ₪
Pendant de longues minutes d'angoisse, Helena avait craint qu'ils ne parviendraient jamais jusqu'à la galerie centrale et pire encore ; qu'Alphonse et sa masse volumineuse resteraient coincés dans les boyaux obscurs de la mine. Le malheureux tentait par tous les moyens de se faire le plus petit possible et le moins bruyant, mais son armure raclait fatalement contre les parois de pierre et Edward ne voulait pas se risquer à une transmutation pour agrandir le couloir taillé.
Finalement, au bout d'un chemin interminable, avançant à la file indienne —Edward ouvrait la marche, malgré les protestations d'Helena, qu'il avait rapidement mis au rebut en arguant que son alchimie était plus pratique que la sienne, dans ce genre de circonstances— ils débouchèrent, non sans un certain panache, sur la galerie centrale.
Ici, l'air sentait le renfermé et la mort, une impression humide et poisseuse, alors que les murs et la voute autour d'eux étaient parfaitement secs. Ils avaient atterrit derrière un groupe de caissons emplis de débris de roche qui attendaient d'être déblayés plus loin. Farfouillant dans la pénombre, Helena dégota une lampe tempête brisée qu'un claquement de main lui fit retrouver sa grandeur et son efficacité d'antan. L'huile, fort heureusement, était restée à sa place et bientôt, ils arpentaient lentement les alentours.
_ D'accord, chuchota Helena, comme si parler à voix haute pouvait réveiller les antiques dieux de la montagne. Et maintenant ? Je n'ai pas eu le temps de regarder la carte que tu avais faite. Est-ce que tu penses qu'on peut s'en servir pour se repérer ?
Edward s'arrêta, le temps de passer sa torche à son frère et d'étaler ladite carte sur le sol. Accroupis en cercle, ils scrutèrent les dessins de Fullmetal avec attention. Les lignes et les gribouillis s'entrecroisaient tout sens et n'avait aucune véritable signification aux yeux de Eurus. Fullmetal, semblant se repérer plus facilement qu'elle, posa son index ganté sur le papier.
_ A priori, c'est par ici que nous sommes entrés. Si on veut rester logique, et s'il y a vraiment des gens qui se cachent dans ces mines, ils ont dû installer leur labo, ou je ne sais quoi, dans une grande pièce. La transmutation qu'ils tentent de faire demande de l'espace, le cercle doit être énorme.
Il suivit les lignes du doigt avant de tapoter une poche, grossièrement dessinée.
_ Sur les rapports de l'époque, j'ai vu que plusieurs équipes étaient tombées sur des grottes naturelles, en creusant. Mais on va devoir descendre d'un niveau ou deux, pour les trouver.
_ Ils ne peuvent pas être trop profondément installés, surenchérit Alphonse, par-dessus son épaule. Ils auront besoin de puits d'aération ou de cheminées, pour évacuer les toxiques dégagés par la transmutation et pour un apport en oxygène correct.
_ Bien vu. Donc on peut déjà éliminer celle-ci, et celle-ci. Si on part du principe que la jeune fille dont nous avons retrouvé le corps s'est bien enfuie, c'est qu'il y a des accès directs vers l'extérieur. Donc rien de trop avancé dans la montagne…
_ Ce qui nous laisse ces deux salles, conclut Alphonse en acquiesçant. Helena les avait regardés faire en silence, impressionnée par leur vivacité d'esprit et la complémentarité de leurs réflexions. Elle ne regrettait plus autant d'avoir autorisé Alphonse à les accompagner : les Elric allaient par paire et leurs cerveaux travaillant de concert étaient bougrement efficaces.
Les laissant à leurs délibérations à mi-voix, Helena se redressa, sa lampe tempête brandit vers l'avant, partant à la recherche d'éventuelles traces de vie ou de passage, qui auraient pu les orienter davantage. Passant une main prudente sur les parois et le matériel qui gisait là, profilant ses ombres menaçantes sur la pierre, elle avançait lentement, laissant à ses yeux le temps de s'accoutumer à l'obscurité ambiante et les reliefs du terrain.
Quelques tunnels partaient de la galerie centrale et forte des indications des deux frères, elle s'arrêta finalement devant celui qui lui jetait au visage, des relents d'air vicié.
_ Hey, appela-t-elle en levant sa lampe un peu plus haut, espérant dissiper les ombres au mieux. Il y a du vent, par ici.
Les Elric relevèrent la tête avant de la rejoindre, Edward pliant soigneusement sa carte entre les pages de cet étrange petit carnet qui le quittait rarement —et qu'il prenait toujours soin de cacher dans les replis de son manteau— et se tinrent à ses côtés.
_ Une sortie ? Suggéra Alphonse à voix basse. Ed leva le nez et inspira profondément, comme un limier en chasse.
_ Non. C'est pas assez frais pour provenir de l'extérieur. Allons-y, on verra bien où ça nous mène. Au pire…
D'un claquement de main, il effleura la roche du bout des doigts alors que la transmutation, discrète et rapide, illuminait brièvement les murs et le plafond. A l'entrée du tunnel se détachait désormais une petite formation rocheuse, une tête aussi ronde qu'une poignée de porte et pourvue d'une mèche, comme une curieuse parodie de son propre visage. Helena fixa la création une seconde avant de se tourner légèrement vers Fullmetal, qui arborait un air de profond contentement.
_ C'est… intéressant.
_ C'est efficace. Allez, j'ouvre la marche et Al, tu couvres nos arrières.
Helena ne chercha pas à protester ou prendre les devants. Elle avait conscience que dans un espace aussi réduit, l'utilisation de son alchimie causerait plus de dégâts qu'autre chose. Les Elric, aussi étrange que cela pouvait paraitre en cet instant, étaient plus… fins.
Helena esquissa un sourire un rien ironique et suivit le mouvement.
₪. ₪. ₪
Il semblait à Edward qu'ils marchaient depuis des heures. Perdu dans le noir, son horloge interne était plus que déréglée et il aurait été incapable de dire s'il faisait encore nuit à l'extérieur, ou bien si le jour s'était finalement levé.
Dans son dos, il sentait le souffle discret d'Helena et les grincements rassurants d'Alphonse, dont le heaume crissait de temps à autres sur les parois trop étroites et les voutes trop basses. Il ne l'aurait certainement pas avoué à haute voix —fierté oblige— mais il était heureux de leur présence à ses côtés. Helena, malgré tout ce qu'il avait pu en penser et ce qu'il en pensait encore, parfois, était fiable et une force qu'il était plus qu'appréciable de trouver dans son camp plutôt qu'à l'opposé. Il ne doutait pas qu'elle saurait réagir rapidement et avec discernement, lorsqu'ils trouveraient… Ce qu'ils devaient trouver. Edward pouvait bien le cacher à ses camarades mais son cerveau et ses entrailles étaient moins dupes. A mesure qu'ils avançaient le long du tunnel, il sentait l'angoisse l'envahir doucement.
Il avait eu son lot d'horreurs et de visions cauchemardesques, c'était un fait. Cela ne signifiait pas pour autant qu'il devait s'y faire et son esprit anticipait déjà des scènes terrifiantes, où le sang et la mort étaient bien trop présents. Lorsque l'on prenait en compte l'état dans lequel ils avaient retrouvé le corps de cette jeune fille, il ne pouvait qu'extrapoler sur les tortures et les sévices qu'elle avait subis et cela lui retournait le cœur et le mettait hors de lui. Si ce putain d'alchimiste était un tant soit peu intelligent, il prendrait la poudre d'escampette aussi rapidement que possible. Ed ne répondrait certainement plus de ses gestes s'ils mettaient la main dessus.
Finalement, après une marche interminable dans un silence devenant de plus en plus pesant, le trio découcha sur une ouverture plus large, où Alphonse pu se redresser. Le couloir s'était agrandit, le plafond gagnait en hauteur et sur les murs, on distinguait clairement des traces d'outils et de présence humaine. L'air laissait un arrière-goût étrange sur la langue d'Edward, un grain métallique qui ne lui plaisait pas le moins du monde. Il déglutit, alors qu'Helena profitait du nouvel espace pour se porter à ses côtés. Elle toucha distraitement son coude, le jeune homme croyant un instant qu'elle l'avertissait de quelque chose mais il constata à la lueur faiblarde de sa lampe tempête que son teint était pâle et ses yeux, incroyablement durs.
Il n'était visiblement pas le seul à être affecté par l'atmosphère ambiante.
_ Avançons, souffla-t-elle à voix basse, à peine plus haute qu'un inaudible murmure. J'ai l'impression d'entendre quelque chose.
Les frères acquiescèrent, tendant à leur tour l'oreille. Il y avait bien une rumeur, là-bas, comme un grondement lointain qui n'avait pas grand-chose d'humain. Helena baissa la flamme de sa lampe et Edward éteignit définitivement sa torche. Un peu plus loin dans le corridor, une lueur se découpait faiblement, vacillante, un trait qui contourait une porte, sans doute.
_ On doit être dans un tunnel de maintenance ou de service, déclara Alphonse à mesure qu'ils avançaient, dépassant des caissons et autres bacs de fournitures vides. Aux murs apparaissaient désormais des tuyaux et des traces d'occupation humaine, une série de petites ampoules se balançant tristement au plafond. L'odeur quant à elle, se faisait plus prégnante et il était impossible de ne pas reconnaitre les effluves du sang. Ed serra les dents.
Ils atteignirent finalement la porte, une épaisse plaque de taule aux chevrons massifs, râpée par le temps. Helena, prudente, posa une oreille attentive contre le métal, fermant brièvement les yeux comme pour se concentrer davantage. Une petite bouche d'aération, juste au-dessus du montant supérieur, charriait à eux des odeurs terribles.
La jeune femme s'assura que ses mitaines étaient bien place, éteignant leur dernière source de lumière et s'accroupit au niveau de la serrure. Pendant un instant, Edward se demanda si elle allait bêtement la crocheter —et cela ne l'aurait pas surpris— mais elle se contenta de tracer un cercle simple et apprit par cœur, au-dessous de la poignée, avec la pointe de son couteau.
Lorsque la transmutation, discrète et presque silencieuse, s'éteignit, elle ne relâcha pas sa lame et poussa prudemment la porte.
Ses muscles étaient tendus, gardant pourtant une certaine souplesse, prêts à bondir au moindre signe de danger. Ses yeux, braqués sur la pièce qui se dessinait à peine par-delà la fente qu'elle n'osait agrandir, trahissaient une intensité sans pareille. A tel point que Fullmetal cru reconnaitre un félin, ramassé devant lui, une illusion qui perdura une seconde plus, alors qu'elle se coulait finalement dans la salle en un mouvement fluide et pratiqué.
Il attendit un temps de plus avant de lui emboiter le pas.
L'odeur explosa. Mélange odieux d'hémoglobine, sèche et fraiche, et d'excréments. Il y avait de la sueur et de l'urine, la puanteur infecte de la maladie et de la décrépitude.
Sous les fragrances si fortes qu'elles en devenaient entêtantes, Fullmetal manqua de s'étouffer dans son propre dégoût, portant vivement sa manche à son nez. Devant lui, toujours un peu voutée sur elle-même, Helena avait fait de même. Ses yeux s'étaient écarquillés sous l'horreur de la scène, son visage tordu par le malaise et la colère. Alphonse hoqueta.
Devant eux, rangées en enfilade se tenaient des cages grossières, dont les barreaux étaient plantés du sol au plafond rocailleux et séparées chacune par des planches et des étais de bois vermoulus, qui sentaient la moisissure. Sur le sol battu, des corps immobiles, trop affaiblis pour même faire un mouvement à leur approche. La blondeur de leurs cheveux était ensevelie sous la crasse et le sang, la blancheur de leur peau, rayée par des blessures qui suppuraient encore.
L'air puait la mort et le désespoir.
Edward dut se faire violence pour ne pas vomir mais fut secoué par plusieurs hauts le cœur. Helena, pour sa part, avait enlevé la protection rudimentaire de sa manche et approchait désormais des cages, sans plus marquer d'inconfort. Comment pouvait-elle résister à cet ignoble spectacle sans tourner de l'œil ? Puis il se souvint de ce qu'elle leur avait raconté et comprit. Les tueries d'Ishbal avaient été leur propre boucherie et malheureusement pour Eurus, elle avait fini par devoir s'y habituer, à un moment de sa vie.
Elle s'accroupit devant la cellule la plus proche.
_ Fullmetal, sa voix était chuintante. Aide-moi à ouvrir, s'il te plait. Il faut que l'on s'assure qu'elles sont encore en vie.
Edward se secoua, obtempéra en vitesse alors qu'Alphonse le suivait, de l'autre côté de la pièce. Aussi discrets que possible, les frères Elric transmutèrent les barreaux, laissant l'accès à leur collègue afin qu'elle s'applique à vérifier l'état des blessées.
Il y avait sept filles, étendues à mêmes des paillasses miteuses, à peine couvertes de leurs vêtements en lambeaux. Sur leurs bras et leurs jambes se dessinaient les mêmes marques vives qu'ils avaient pu inspecter sur le corps de la première victime. Seulement cinq d'entre elles respiraient encore, un faible souffle humide et laborieux. Et si Helena devait se fier à la rigidité froide des deux autres jeunes femmes, elles n'étaient pas mortes depuis très longtemps.
Eurus ferma un instant les yeux alors que sa main se perdait dans le cou d'une des disparues, à la recherche d'un pouls. Elle repoussa la vague de culpabilité qui cherchait à ronger ses défenses, s'arcboutant de toutes ses forces. Plus tard, elle se flagellerait en silence pour celles qu'elle n'avait pas pu sauver mais pour l'heure, elle avait besoin d'être en pleine possession de ses moyens pour agir au mieux.
De quoi avaient-ils besoin ?
_ Qu'est-ce qu'on fait ? Chuchota Alphonse, comme en écho à ses pensées tourmentées.
_ Il faut qu'on les sorte de là, trancha immédiatement son frère en se redressant, cherchant déjà du regard de quoi transmuter un chariot de fortune. Helena se mordit les lèvres et secoua la tête.
_ Il y a un risque que nos alchimistes nous échappent, si jamais on leur prend leur source de transmutation, contra-t-elle. Ils savent peut-être déjà que nous sommes ici et sont en train de fuir.
_ Alors quoi ? On va leur courir après et prendre le risque que ces pauvres filles y restent, pendant notre absence. Eurus, regarde-les, elles ont besoins de soins en urgence !
_ Je sais, je sais. Elle réfléchit une seconde avant de se tourner vers l'armure qui tenait son côté, mal à l'aise et détournant le regard. Alphonse. Je vais avoir besoin de toi. Tu es en droit de refuser, je ne t'en voudrais pas.
Mais elle espérait franchement qu'il marcherait avec son plan et qu'Edward ne pinaillerait pas de son côté. Mais le blond avait le visage dur, le regard déterminé et elle sut qu'elle pouvait lui faire confiance pour suivre ses ordres sans protester. Le plus jeune Elric se redressa, se mettant presque au garde-à-vous.
_ Tu vas emporter les jeunes filles avec toi. Vous allez transmuter un brancard, quelque chose, avec les matériaux que nous avons à notre disposition, ici. Tu es le plus à même de supporter une telle charge sans être ralenti. Une fois dehors, tu remontes jusqu'à l'entrée principale des mines. Dans la loge du gardien, il y a un téléphone.
Elle fouilla un instant dans ses poches avant d'en extirper un morceau de papier fripé d'avoir été trop souvent manipulé.
_ Dans un premier temps, lui indiqua-t-elle en lui tendant. Tu contactes Roy, à East City, en te servant de mon numéro d'identification pour passer sur une communication privée et en urgence. Tu lui expliques aussi brièvement que possible la situation et tu lui demandes de contacter la garnison de North City, pour nous envoyer du renfort au plus vite. Aszamem est la ville la plus proche mais je ne sais pas s'ils ont beaucoup d'hommes là-haut.
_ Je n'appelle pas l'inspecteur Landers ?
_ Non. Je ne sais pas à quel point il peut être impliqué. Une fois que tu as fait ça, tu descends au village et tu te rends immédiatement auprès du médecin. Il pourra aider, dans un premier temps. Surtout, ne contacte personne d'autre. Tu te sens capable de faire une telle chose ?
C'était beaucoup lui demander. Après le choc de leur découverte et le fait qu'il n'était certainement pas un militaire assermenté —il n'était encore qu'un foutu gamin, bon sang— elle se sentait mal de simplement lui donner un ordre pareil. Mais Alphonse, affichant cette force qui sommeillait en lui et qui l'avait aidé à traverser bien des obstacles depuis la mort de sa mère, n'hésita pas une seule seconde avant de lui assurer sa pleine participation à l'opération.
Par réflexe, Helena se tourna vers Edward, qui n'avait plus ouvert la bouche depuis le début de l'échange. Il adressa un regard à son frère, par-dessus l'épaule de la jeune femme, puis acquiesça à son tour.
Quelque part, il était soulagé de voir Alphonse s'éloigner le plus possible de cet enfer. S'ils devaient se battre, Helena et lui, il préférait de loin savoir son petit frère en sécurité à attendre des renforts. Même s'il savait pertinemment que ces derniers ne pourraient pas intervenir avant deux bonnes heures, s'ils étaient chanceux. Jusque-là, ils allaient devoir se débrouiller seuls. Helena leur adressa un sourire satisfait et se releva.
_ Bien. Alors dans ce cas, allons péter des nez et casser des genoux.
[1] Enfoirés
Je ne vous le cache pas, on arrive sur la fin dans très peu de temps. Avec du recul, ce sera peut-être un peu abrupt, sortit de nulle part (et vous auriez probablement raison), mais je n'ai plus la force de modifier encore une fois la fin. Et je doute que ce soit bien constructif, aussi ^^ Un moment donné, faut en finir !
Et puis bon, il reste encore deux chapitres, hein.
