Chapitre 24 :

Un chapitre qui j'espère, vous fera plaisir ! Je le poste très tôt par rapport au précédent, petit cadeau parce que la fin est assez stressante et qu'il est prêt depuis un petit moment déjà ;-)

Merci pour vos reviews, et merci pour suivre cette histoire et pour m'ajouter en favoris/follows !

Bonne lecture à tous !


Harry reprit connaissance un plus tard dans un canapé particulièrement confortable duquel il ne voulait plus jamais ressortir et il pouvait entendre et sentir les flammes d'un feu non loin… une cheminée… Les crépitements… C'était bon, cette chaleur. Mais quelque chose le dérangeait, l'extirpant de force de sa douce torpeur. Quelque chose de désagréable…

- Vous revenez à vous.

Une voix glaciale, tranchante. Snape. Ce fut une douche froide aussi soudaine qu'agressive et il se redressa si vite que sa tête se mit à tourner. Drago, Drago, Ron, Drago… oh, non. Non non non non.

Il ne leva même pas la tête vers Snape. Les yeux exorbités, il fixait l'âtre de la cheminée, assis sur le rebord, prêt à s'enfuir, et il aurait bondit si sa poitrine voulait bien lui laisser un peu de répit…

- Qu'est-ce qui s'est passé ? On est où, là ? Qu'est-ce que… qu'est-ce vous faites-là ?!

La dernière chose dont il se rappelait, c'était Ron s'acharnant sur Drago et puis il avait perdu connaissance…

- Nous sommes dans mes appartements, répondit la voix de Snape. Si le directeur, votre directrice de maison et moi-même ne vous avions pas retrouvé tous les trois…

Il y avait dans sa voix une colère latente qui forçait Harry à garder les yeux au sol.

- Drago, Ron, est-ce qu'ils… ?

- Ils s'en remettront, le coupa Snape d'un ton particulièrement froid.

Harry leva les yeux juste une seconde. L'homme lui tournait le dos, l'avant bras appuyé contre le rebord de la cheminée et il ressemblait à un héro ténébreux d'une vieille romance anglaise. Harry regarda ses poings. Ils étaient bandés. Il expira nerveusement, fermant les yeux un instant. Bon sang.

- Ce n'est pas ce que vous croyez, osa-t-il d'une voix tremblante.

- Ah oui ? Et que dois-je croire, d'après-vous ?

Il se retourna, le confrontant. Le sang monta à la tête d'Harry qui finit par détourner les yeux.

- Je ne sais pas.

Il savait, mais répondre, à l'instant, semblait être un affront passible d'une mort certaine. Snape passa devant lui et Harry put l'entendre se servir un verre, qu'il but aussitôt avant de lui faire face de nouveau.

- Vous voulez mourir, Potter ? C'est ça que vous voulez ?

Il était en colère. En colère, et aussi terriblement déçu.

- Vous ne comprenez-pas, ce n'est pas…

- Je ne comprends pas ? Expliquez-moi, dans ce cas ! Expliquez-moi comment je peux vous retrouver les poignets ouverts - et je ne doute pas que je retrouverais votre corps dans le même état lamentable si je vous déshabillais à l'instant même - dans les bras de Drago Malfoy qui, d'après votre meilleur ami, a tenté de vous violer !

Harry se releva, un peu brusquement quoi qu'encore un peu chancelant.

- Merci de m'avoir soigné. Bonne nuit, professeur.

- Oh, non, Potter, hors de question que vous quittiez cette pièce avant de m'avoir donné une explication !

Une force brutale le rassit instantanément.

- Par Merlin, Potter, Malfoy ! Malfoy ! Qu'est-ce qui ne va pas, chez vous ?

Un éclair traversa les yeux d'Harry et il se releva d'un bond pour faire face à Snape, les poings serrés.

- QU'EST CE QUI NE VA PAS CHEZ MOI ?! C'EST VOUS QUI ME DEMANDEZ CA ?!

Sa tête tournait beaucoup trop et il se laissa retomber dans un grognement sur le canapé, se prenant la tête dans une main.

- J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Depuis des mois, ne plus vous approcher. C'était çà le deal, non ? Maintenant, vous avez pas le droit de me dire ce que je dois faire, vous avez pas le droit de me reprocher quoi que ce soit et certainement pas… le droit d'être jaloux.

Il leva la tête. Snape était blême et frémissant de rage et ses poings serrés autour d'une fiole de potion vide.

- C'est ça, alors ? Demanda Harry d'un petit ton insolent. Vous êtes jaloux, professeur ?

La fiole explosa, se rependant sur le sol en éclat de verre tranchants que Snape nettoya d'un coup de baguette habile.

- Vous faites ce que vous voulez avec qui vous voulez, Potter. Si vous voulez vous faire prendre comme une chienne par Drago Malfoy dans les toilettes, c'est votre choix. Mais si vous vous ouvrez les veines, voyez-vous, ce n'est plus simplement votre choix mais celui du monde sorcier tout entier.

Harry éclata d'un petit rire acerbe en frottant son front douloureux. Pendant un long moment, il n'échangèrent plus rien et Harry finit par se réinstaller plus confortablement dans le canapé tandis que Snape vaquait à diverses occupations, derrière, sans aucun doute pour s'éloigner de lui.

- Professeur, si vous ne dites plus rien, je vais m'endormir…

- Hé bien, dormez. Au moins, je n'aurais plus à supporter votre insolence et votre bêtise.

Allongé dans le canapé, la tête contre l'accoudoir, enveloppé dans la bulle de chaleur bienfaitrice de la cheminée, Harry laissa un souffle chaud et plein s'échapper de sa bouche.

- Vous voulez dire… ici ? Marmonna-t-il, yeux clos.

- Oui, ici ! A moins que vous ne souhaitiez retourner à votre dortoir dans cet état et devoir répondre de vos actes devant vos camarades ?!

Mais Harry dormait déjà.

Dumbledore ne tarda pas à le rejoindre. Harry dormant profondément sur le canapé, Severus voulut métamorphoser le mobilier restant en fauteuils plus confortables mais le vieil homme refusa d'un signe de main fatiguée et s'assit seulement sur une chaise. Sans ajouter quoi que ce soit ou dire seulement un mot, il jeta un sort de silence autour du canapé, de façon à ce qu'Harry n'entende aucun mot de ce qu'ils disaient.

- Il dort, fit remarquer Severus en haussant un sourcil.

Mais Dumbledore ne s'expliqua pas, fixant sa main noire posée sur la table. Il avait l'air vieux, si vieux, d'un seul coup…

- Mon garçon… j'ai quelque chose à vous dire. Je voulais attendre le dernier moment mais… je crains que les derniers événements me contraignent à vous le révéler maintenant.

- Quoi ? Me révéler quoi ? Où est Drago ?

- Drago est à l'infirmerie, balaya le vieil homme d'un geste de la main comme si cela n'avait aucune importance, il s'en remettra, assayez-vous, Severus.

Était-ce le ton si épuisé du directeur ? Severus se laissa tomber sur un tabouret et attendit la sentence.

- Voyez-vous, quand Jedusor a tenté de tuer Harry il y a 16 ans de cela et que son propre sort s'est retourné contre lui, emportant une partie de lui-même… cette partie de lui-même… n'est pas réellement morte. En fait, elle s'est raccroché… hé bien… à ce qu'elle a pu.

Il regarda Severus droit dans les yeux, avec douceur, et il pouvait presque voir la vague d'effroi envahir lentement l'homme jusqu'à ce que la vérité fasse jour dans son esprit.

- Non, dit-il en se levant d'un seul coup, trébuchant contre les pieds du tabouret qui tomba à terre. Non, non, Albus, non.

Albus se leva, s'approchant lentement de l'homme comme une vérité implacable qu'on ne peut éviter, affrontant l'horreur, la dégoût, la rage, la terreur qui naissaient, explosaient dans les yeux de son jeune collègue.

- Pourquoi croyez-vous qu'Harry est capable de parler aux serpents ? Comment pensez-vous qu'il puisse lire dans son esprit et voir toutes ces choses ? Ne me dites pas que vous n'y avez jamais songé...

Il voulut poser sa main sur l'épaule de l'homme mais Severus se dégagea dans un haut-le-coeur en se retournant, s'appuyant contre un meuble en renversant des fioles qui y étaient posées.

- Mon ami…

- Je ne suis pas votre ami ! Qu'est-ce que vous êtes en train de me dire, exactement ?!

- Vous savez fort bien ce que je suis en train de dire, Severus. Si nous voulons défaire Voldemort, Harry doit mourir de sa main après avoir tué toutes les autres. C'est impératif. S'il se suicide avant...

Un sanglot échappa à Severus, un sanglot qui ressemblait à un cri et dans un élan de rage, il renversa tout le contenu de la table.

- Vous l'avez élevé comme un porc… laissa-t-il échapper, le dégoût faisant trembler chaque mot, vous l'avez élevé comme un porc destiné à l'abattoir !

Disant cela, il avait fait volte-face, baguette brandie vers Dumbledore qui était là, sans défense et le sourire blême.

- Severus… mon cher ami…

- C'est pour ça ! C'est pour ça, cette drôle d'expression que vous avez eu à noël ! C'est lui le condamné à mort, lui ! Depuis le début… Ca n'a jamais été moi…

Moi, je suis le gosse.

Albus s'avança et posa sa main sur sa joue et Severus voulait lui cracher au visage, il voulait le défigurer jusqu'à ne plus voir cet ignoble sourire. Il se dégagea, fermant les yeux.

- Dégagez.

- Severus, s'il y avait une autre issue, croyez-moi…

- Dégagez !

- Vous devez d'abord me promettre que vous ne lui révélerez la vérité qu'au dernier moment. C'est crucial, vous devez me le promettre, Severus.

Severus voulait vomir. Il voulait vomir… se vomir lui-même tout entier jusqu'à ne plus exister.

- Je le ferai, cracha-t-il du bout des lèvres, la tête tournée, et le mur qu'il fixait avait une couleur de nausée.

- Vous devez me le promettre !

- JE VOUS LE PROMETS ! DEGAGEZ !

Alors, après un dernier long regard, Dumbledore obéit. Et lorsqu'il referma la porte, de longs cris de rage éclatèrent derrière lui, le fracas de verre que l'on casse, et de longs sanglots déchirants qu'Harry n'entendrait jamais.

Il ne pouvait pas lui dire. Lui dire qu'il aurait le choix de vivre ou de survivre et que le fait que Voldemort ne tue que cette partie de lui-même en Harry ne tenait, en fait, qu'au rapport qu'Harry entretenait avec la mort. Severus aurait fini par le lui révéler, et alors, tout serait tombé à l'eau…


Harry se réveilla dans une pièce blême, silencieuse et froide. Les cendres mourantes dans l'âtre crépitaient encore faiblement et Harry écarta la couverture qui le recouvrait pour se lever, regardant autour de lui. La pièce était dans un état de désordre épouvantable qui ne pouvait même plus s'appeler désordre et il déglutit. Bon sang, il n'aurait jamais dû le provoquer de la sorte… Maintenant, il était seul dans la pièce complètement vide et aucune trace de Snape. C'est alors que son regard heurta un morceau de parchemin posé sur un bout de couverture au sol et qui avait dû tomber lorsqu'il s'était levé. Il se pencha et le déplia.

« Potter,

si vous touchez quoi que ce soit avant de sortir de cette pièce, je le saurais. Je ne pense pas que vous ne vouliez plus jamais toucher à une seule de mes affaires, après l'affront de l'an passé. Je me suis absenté. Prenez vos affaires et sortez. Retournez à votre dortoir. Les elfes vous y apporteront votre petit déjeuner. Votre présence en cours n'est pas requise aujourd'hui.

Ce papier se détruira après lecture.

S.S. »

Pas même un bonjour ni un aurevoir ni bonne journée à vous, Potter. C'était… terriblement froid, constata Harry en regardant le papier se consumer entre ses mains. « Votre présence en cours n'est pas requise aujourd'hui » ? Si Snape lui autorisait un jour de congé, c'est que leur dispute de la veille devait être plus grave qu'il ne le pensait. Certes, il avait failli se donner à Drago et à cette seule pensée tout son être se révulsait. Il avait failli… Il ferma les yeux. Le souffle féroce du blond prêt de son oreille. Sa poigne emprisonnant, blessant d'avantage ses poignets ensanglantés… son halètement, son halètement qui disait tout…

Tu m'appartiens, Potter. Tu m'as toujours appartenu, depuis le premier regard, la première insulte, tu es à moi ! A moi et à personne d'autre ! Et je vais te faire mien avant que tu crèves, tu peux me croire.

Il eut un haut le coeur inachevé et après un instant d'immobilité, il ramassa ses chaussures et s'enfuit.


Dans le dortoir tout aussi silencieux, comme après un combat à mort, Ron l'attendait. Apparemment, lui aussi avait été exempté de cours aujourd'hui. Il était assis en tailleurs sur son lit, un peu pâle et le regard fuyant et Harry doutait qu'il redoutait autant que lui cette confrontation. Il lui adressa un faible sourire et Harry, figé sur le seuil, rentra finalement pour s'asseoir sur son lit.

- Les elfes viennent de t'apporter un plateau, dit seulement Ron en esquissant un geste vers une table basse ronde prêt des fenêtres, de l'autre côté du lit d'Harry.

- Oh, je n'avais pas vu.

D'un coup de baguette, il fit voler le plateau jusqu'à lui et sans plus attendre, tartina un toast de beurre et de confiture, mangeant un peu tout en même temps, tartines, jus de citrouilles, chocolat chaud… Ron eut un faible sourire en le regardant.

- Désolé, dit Harry en lui jetant un regard coupable.

Ron s'adossa contre le sommier de son lit, ramenant ses jambes contre lui.

- T'excuse pas, mec. C'est que moi. Fais ce que tu veux.

Harry dévora littéralement tout ce qu'il put avant de reposer le plateau, s'essuyant la bouche dans un soupir de contentement, gardant sa tasse de chocolat chaud dans les mains et lui aussi, il s'adossa contre son lit dans la même position que Ron. Ce n'est pas que le silence était pesant, pour dire la vérité ça faisait bien longtemps qu'un silence n'avait pas été aussi reposant, mais Ron avait… bon sang… il l'avait vu… et… comment… comment expliquer… ils se reparlaient à peine depuis ce qui s'était passé en juin et voilà qu'il assistait à une autre…

Harry ferma les yeux et de son crâne, donna un coup nerveux dans le bois du lit.

- Pour ce qui s'est passé hier je...

- Harry, je suis vraiment désolé.

Harry, qui s'était redressé pour sortir une longue tirade d'explications maladroites, se figea. Le rouquin le fixait, une lueur tellement fragile dans le regard qu'Harry crut qu'il allait pleurer. Peut-être que c'était le cas. Peut-être qu'il avait pleuré, avant qu'il ne vienne. Harry laissa ses jambes basculer du bord du lit du côté de Ron qui esquissa une drôle d'expression qui ressemblait à un sourire nerveux.

- Ce que je t'ai dit je… je crois que je pourrais jamais me le pardonner. J'ai toujours cru… je t'en ai toujours voulu parce que je pensais… qu'Hermione te préférerait à moi.

Il rit légèrement, gêné, puis rejeta la tête contre le lit, brisant leur échange visuel. Harry avala sa salive. Il n'était pas prêt pour cette conversation.

- J'ai jamais vraiment réfléchi. J'avais jamais vraiment réfléchi… C'est marrant, tu vois, ta vie, de mon point de vue, c'était comme une histoire pleine d'aventures et de gloire et j'ai cru que c'était tellement bien, d'être toi. J'avais jamais envisagé… la réalité des choses. Et je l'avais sous le nez, pendant toutes ses années, moi plus que quiconque, et j'ai pas été à la hauteur, j'ai pas…

- Ron, arrête...

Harry se leva comme pour s'approcher mais un regard de Ron l'en empêcha et il s'immobilisa, son geste avorté.

- J'ai pas été là, mec. T'avais besoin de moi et j'ai pas été là.

Ron n'avait jamais été plus grave, plus sincère, plus fragile qu'à cet instant. Et Harry ne voulait pas, il ne voulait vraiment pas entendre tout ça, pas de la bouche de Ron, ce n'était pas comme ça que c'était sensé se passer.

- Je t'ai dit des choses horribles, Harry. J'ai été monstrueux. Et vraiment très très con. T'avais besoin de moi, plus que jamais, putain, et je t'ai laissé tombé exactement comme en quatrième année et je…

Ils se dévisagèrent. Intensément.

- … je suis vraiment, vraiment désolé.

Harry se mit à haleter. Ron se leva d'un coup, ne s'attendant visiblement pas plus qu'Harry a cette réaction.

- Harry, putain, je pensais pas… je voulais pas...

Il était là, bras ballant, grand dadais maladroit aux bras trop longs et Harry éclata de rire en se laissant tomber sur son propre lit, dos à Ron. Il y eut un instant d'immobilité parfaite puis Ron monta sur le lit et après un instant d'hésitation, s'allongea derrière lui, sans contact.

- T'as pas peur que te viole, Ron ? Demanda Harry d'un petit ton sarcastique.

Ron sourit.

- Non, mec. C'est toi. C'est toi, putain. Je suis désolé d'avoir seulement pu… Et merde, bordel. Je suis un vrai con.

Et liant le geste à la parole, il passa ses bras sous les siens et l'enlaça fermement. Harry ferma les yeux dans une longue expiration, laissant la tension le quitter et la torpeur l'envahir. Ron était grand, plus grand que lui et plus épais aussi et être dans ses bras avait quelque chose d'incroyablement réconfortant.

- T'as du mal, n'est-ce pas ?

- J'ai du mal à quoi ? Demanda Harry en rouvrant les yeux.

Ron ne répondit pas tout de suite et Harry pouvait sentir son hésitation.

- A… A te calmer. A respirer quand il n'y a plus personne, à supporter quand c'est trop grand et trop vide, à…

Il avala sa salive et ses bras qui le maintenaient comme un étau bienfaiteur se tendirent légèrement. Son souffle, près de son oreille, était trouble.

- Merde, putain, Harry. Maintenant que j'ai vu tout ça, je crois que je peux te le dire, hein ? T'as du mal à te toucher, mec. Ton corps ou tes... fantasmes ou... je sais pas quoi… tu sais bien ce que je veux dire. T'y arrives plus. C'est pour ça… ce qui s'est passé hier… c'est à cause de ça. Il t'as pas violé, n'est-ce pas ? Tu voulais qu'il le fasse, parce que t'arrive plus à le faire toi-même depuis que Sna… depuis juin. Enfin, je crois, ajouta-t-il comme pour se protéger d'une vague qui ne vint pas.

Harry se passa la langue sur les lèvres.

- Hermione t'as aidé à faire tes devoirs, on dirait.

- Non, mec. J'en ai parlé avec Hermione, mais j'avais compris ça tout seul. C'est moi qui suis là, tous les soirs, juste à côté. Pas Hermione. Je sais pas tout, mais je suis pas idiot ni aveugle, sans vouloir te vexer...

Harry fixait le plateau vide et le mur de la cheminée qui ainsi baigné par la lumière du jour paraissait clair et pur. Fut un temps où ça aurait été horrible, de parler de ça, là, dans cette position, clairement, mais après ce qui s'était passé en juin, franchement, il était anesthésié. Le monde entier semblait-il connaissait déjà ses secrets les moins avouables, c'est un peu comme s'il s'était masturbé devant Poudlard tout entier en gémissant le nom de Snape pendant que le dit Snape l'insultait de la pire des façons, alors... Ron...

- Non, t'es pas stupide du tout, en fait, Ron… t'as à peu près tout compris.

Il parlait d'un ton un peu sarcastique, comme pour rire de lui-même, comme pour se dédouaner, s'excuser de ses propres émotions et Ron s'il comprit ne lui en fit aucune remarque. Ils restèrent silencieux pendant un moment.

- T'es pas tordu, Harry, Souffla Ron comme si ça devait rester secret. Tes moldus, c'est eux les tordus. Tout ça... ça fait pas de toi quelqu'un de tordu.

- Tu sais… personne ne m'a fait quoi que ce soit, Ron. C'est pas comme si… j'avais été frappé avec un tisonnier chauffé à blanc. Ils ne m'ont jamais fait quoi que ce soit, pas vraiment, tu vois.

Sur le mur, il y avait des dessins, et des visages. Des tas, des tas de visages biscornus, sympathiques et grotesques qui le regardaient.

- C'est bien le problème, mec. Je crois pas seulement pourvoir imaginer ce que c'est, de ne jamais avoir été pris dans les bras ou caressé, pas sexuellement je veux dire juste … bordel Harry. Tu comprends ce que je veux dire ?

Harry hocha la tête.

- Alors je crois que si je peux pas comprendre ça… je suis loin de pouvoir juger ce que tu traverses en ce moment ou ce que tu peux ressentir pour… pour lui.

Alors, pour la première fois depuis des mois, alors, Harry sentit un poids s'envoler de sa poitrine et il se sentit bien, là. Ces draps dans lesquels il avait sué, tremblé, pleuré, lui semblait si frais, à l'instant, si parfaitement accueillants.

- Mais pitié, mec, pas Malfoy, merde. Ce mec est une pourriture !

Harry esquissa un sourire ensommeillé, yeux clos.

- Pas Malfoy, ok. Pigé.

Et c'est le calme, sans doute, le silence presque total qui régnait dans le dortoir auquel vint s'ajouter le fredonnement de la pluie contre les vitres qui le tirèrent doucement vers le sommeil. Ca, et les doigts de Ron qui parcouraient doucement son bras en caresses incessantes et pour la première fois Harry prit conscient à quel point, tout ce temps, il avait juste fait semblant d'être fort. A quel point Ron avait toujours fait semblant d'être faible. Et ça ne le dérangeait pas, car il avait besoin de Ron comme Ron avait besoin de lui. Il sombra dans un sommeil profond qu'aucun cauchemar ne vint perturber.


Ces vacances-ci, ni Ron ni Hermione ne quittèrent Poudlard. C'était le vendredi, après les cours, ça faisait quelques jours depuis ce qui s'était passé dans les toilettes. Finalement, seul Ron et Drago avaient été punis, Harry ignorait pour quelle raison. Ils avaient écopé de pas mal d'heure de colle desquelles Harry se sentait coupable, du moins en ce qui concernait Ron mais le jeune roux ne s'en plaint jamais. Il avait fait ce qu'il devait faire, disait-il, et il le referait s'il le devait. Depuis, Harry avait assisté à deux cours de Snape et celui-ci ne l'avait pas regardé une seul fois, ni même adressé la parole et s'il l'ignorait de toute façon copieusement depuis les événements de juin, les choses s'étaient empirées en quelques jours. Alors, ce vendredi soir, prenant son courage à deux mains, Harry alla toquer à la porte des appartements de Snape.

A l'intérieur, il y avait du bruit, et de la lumière filtrait sous la porte et Harry savait qu'il ne pouvait qu'être ici.

- Qui c'est ? S'écria une voix bourrue, prête à mordre.

Mais Harry était préparé à toutes les tempêtes, à présents.

- C'est moi, Harry. Ouvrez.

Le bruit continua sans aucun changement et Harry devinait qu'il devait travailler. Sa main donna un petit coup presque silencieux contre le bois en retombant, lasse.

- Snape, s'il vous plait... soupira-t-il, ouvrez-moi.

Silence. Harry toqua derechef, plus fortement, plus par frustration qu'autre chose.

- Bon sang, ouvrez-moi ! Ouvrez-moi, ou je reste là à crier toute la nuit !

Il y eut le bruit de pas vifs et énervés et la porte s'ouvrit d'un seul coup.

- N'apprendrez-vous jamais ? C'est professeur Snape, Monsieur Potter, professeur.

Il ne lui accorda qu'un bref regard courroucé avant de retourner à ces occupations. La pièce avait été rangées et quelques petits changements y avait été apporté. Elle semblait plus vide, plus aérée, l'atelier posé au milieu de la pièce. Harry se laissa tomber sur un tabouret, les bras ballants entre ses cuisses, regardant Snape travailler, en gestes secs qui auraient pu être des insultes si c'était des mots.

- Je n'ai jamais voulu coucher avec Malfoy, avoua-t-il d'une petite voix, je n'ai jamais... je n'ai jamais voulu ça. Il est arrivé à l'improviste et...

Il haussa les épaules.

- Je n'avais pas la force de me débattre, je n'en avais pas très envie, non plus, vous pouvez comprendre ça, je le sais. Après tout ce que vous m'avez dit, vous devez comprendre. Je n'ai jamais eu l'intention de vous faire du mal...

A cette dernière phrase, Snape braqua son regard dans sa direction, suspendant tout mouvement et pendant un instant, Harry se sentit littéralement transpercé. Pas une expression, pas une seule émotion, seulement l'intensité.

- C'est ça qui vous perturbe, Potter ? Le mal que peut me causer cet événement stupide ?

Harry haussa les épaules une fois de plus.

- Hé bien, enfin... oui, bien sûr. Pourquoi ? Je me trompe ? Ce n'est pas à cause de ça que vous êtes en colère contre moi ?

Pendant quelques instants, Snape resta là, figé, à le transpercer d'un regard livide et terrifiant de neutralité sans qu'aucun mot ne sorte de sa bouche. Un peu trop longtemps, à vrai dire.

- Hé bien, euh... dit Harry en se relevant. Je vais vous... laissez. Oui. C'est ça. Je vais retourner à mon dortoir, on parlera un autre jour, vous semblez très occupé.

Il avait la main sur la poignée, la porte à demi ouverte, lorsqu'elle se referma d'un coup sec devant lui, lui arrachant un cri de surprise.

- Potter, ne partez pas...

Sa voix était lasse, lente. Harry fit lentement demi-tour. Snape fixait les herbes devant lui, tête baissée, et il finit par laisser fioles, herbes et chaudrons en plan pour se diriger vers un meuble au coin de la pièce.

- Je vous sers quelque chose ?

Visiblement, c'était une question rhétorique car il avait déjà sorti une bouteille précise et des verres précis en disant ça et Harry ne put qu'émettre un " eeeeuuuuh " fort inintelligent.

- Installez-vous, je vous en prie.

Harry s'avança de quelques pas vers le canapé, s'asseyant prudemment sur le rebord tandis que Snape leur servait deux verres de Whisky. Du bon whisky, visiblement

- Professeur, je ne suis pas certain d'avoir le droit de boire de l'alcool aussi fort à...

- Au diable le droit et la moralité, Potter ! Le coupa Snape en se laissant tomber sur un fauteuil adjacent avec son verre, jambes écartés et un peu avachi, buvez si vous en avez envie.

Harry attrapa son propre verre par pure politesse, le surveillant d'un oeil prudent. Il s'éclaircit la gorge.

- Euh... professeur, quelque chose ne va pas ?

Snape fixait les flammes, sans répondre, et Harry se passa nerveusement la langue sur les lèvres.

- Il s'est passé quelque chose ? Volde... pardon. Vous-savez-qui. Il est arrivé quelque chose ? Quelque chose de grave ? Je peux peut-être... vous aider.

Snape eut un demi sourire amer qui disparut l'instant d'après, lorsque son regard vrilla dans sa direction.

- Il n'y a rien que vous ne puissiez faire pour moi, Potter, dit-il d'un ton où douceur et exaspération se mêlaient.

Harry faisait tourner le liquide dorée au fond de son verre, sans le boire, tête baissée.

- Depuis combien de temps est-ce que vous faites ça ?

Le liquide s'immobilisa.

- Ca quoi ?

- Vous scarifier.

Harry reposa le verre un peu brutalement et se leva du canapé, se sentant un peu stupide, après coup, planté là, debout, sans savoir quoi faire de son corps maladroit.

- Depuis... depuis que... bordel, Snape, vous savez très bien depuis quand.

Ils se dévisagèrent. Harry, debout, dans ses vêtements trop grands, ses manches qui tombaient sur ses mains que ses doigts serraient, ses clavicules saillantes que le col de son large haut de pyjama dénudait. Et Snape, assis face à lui, quelques mètres entre eux deux. le silence, et la cheminée crépitante d'un printemps frileux.

Snape avala une longue gorgée, brisant pour un bref instant le contact visuel, assez pour qu'Harry reprenne un peu son souffle. S'enlaçant lui même d'un bras, le regard perdu sur les flammes, il finit par murmurer :

- Votre voix, vos mots à ce moment là. Je les entends...

Sa voix mourut, soudain trouble et hachurée. Ses yeux se brouillèrent. De vraies larmes pleines qui roulèrent le long de ses joues. Il s'essuya nerveusement de sa manche, en colère contre lui-même, et c'était inutile, car d'autres coulaient par dessus.

- J'entends votre voix, poursuivit-il, la voix branlante. Ce que vous m'avez dit, tout ce que vous m'avez dit à ce moment là. Je l'entends... quand ça me prend et que je deviens.. je vous entends... me le dire.

Ses yeux se révulsèrent et il recula jusqu'à s'adosser au bureau, plus loin. Il ferma les yeux un instant, sa tête tournait. Mais ils n'en étaient plus à ça prêt, n'est-ce pas ? Snape le dévisageait intensément, parfaitement silencieux.

- Par moment, j'y pense encore. A... à vous. A nous. Pardon. Je le veux pas, je vous jure, c'est juste... ça arrive. Putain, je suis désolé. C'est juste... comme ça et quand ça vient alors j'essaie de me toucher mais... j'entends votre voix. Et ça me dégoûte tellement.

- Qu'est-ce qui vous dégoûte ?

Harry laissa échapper un rire. On se serait cru dans une séance de psy bizarre d'un film de seconde zone sur lequel on tombe, le soir, tard, quand il n'y a plus personne.

- Moi. Mon corps. Ce qu'il y a dans ma tête... Tout.

Ses mots chancelaient les uns contre les autres, c'était à peine un souffle, à peine audible, à peine compréhensible, même.

- Vous aviez raison. J'aime ça.

Snape l'observait avec la neutralité que l'on accorde à un cas de psychiatrie particulièrement complexe, ce qui ne lui plaisait pas vraiment et en même temps, l'aidait étrangement.

- Qu'est-ce que vous aimez ?

C'est peut-être ce qu'il était, à près tout. Un cas de psychiatrie complexe qui tombe amoureux de son psy. Harry le regarda dans les yeux.

- Ce qui fait mal, Snape - un rire lui échappa, qu'il ravala - j'aime ça. Les Dursley, tout ça... vous. Vous aviez raison. J'aime ça.

Le regard de Snape se troubla et lui échappant, il se leva à son tour, faisant face à la cheminée, une main sur une hanche, l'autre se frottant le visage avec une lassitude évidente.

- Oh, bon sang, Potter.

Sa main retomba et sa poitrine se souleva lentement, s'abaissa. Il fixait le feu, des plis soucieux le long du front.

- Non, vous n'aimez pas ce qui fait mal, Potter ! Par Merlin ! Vous êtes juste... vous avez des séquelles. Et c'est normal.

Harry haussa les épaules, commençant à jouer avec ses pieds. Non, il ne pensait pas être normal, mais il n'avait pas envie d'argumenter.

- Montrez-les moi.

Il redressa la tête sous le ton vif et autoritaire.

- Quoi ? De quoi vous parlez ?

Snape était sérieux. Incroyablement sérieux.

- Non, pas vos fantasmes, abruti ! Les coupures que vous vous faites dans ces cas-là.

Harry avala trop d'air d'un seul coup.

- N-non.

Snape lui lança un regard sévère.

- Enlevez vos vêtements.

Harry laissa échapper un gloussement involontaire.

- Et, quoi, vous allez me demander de vous sucer, après ?

C'était totalement inapproprié et honnêtement, il s'en fichait. Il était épuisé. Tellement épuisé qu'il se sentait un peu saoul. Et Snape, d'ailleurs, ne lui dit pas de se taire. Ce soir, devina Harry avec une soudaine lucidité, ce n'est pas au professeur qu'il veut que je pense. Il ne répondit rien, d'ailleurs. Il se contenta d'un haussement de sourcils profondément supérieur.

- Pourquoi vous voulez voir ça ? Poursuivit Harry d'un ton plus sérieux. C'est immonde.

Snape, lui fit face.

- Parce que j'en suis responsable.

- Oh.

Harry ne s'y attendait pas, pas vraiment. Il fit passer son pyjama par dessus ses épaules en faisant quelques pas pour se laisser tomber sur le canapé tandis que Snape se dirigeait vers le bureau pour saisir un petit flacon de potion. Il fit apparaître un tabouret et s'assit en lui lançant un drole de regard, comme si les marques exposées sur son torse, ses bras, son ventre, n'étaient qu'un détail. Harry regarda ailleurs tandis que Snape débouchait le flacon de potion. Ne penser à rien, s'ordonna-t-il en fixant le mur, ne surtout penser à rien. Laissez faire. Ca va passer. Il ne va pas te faire de mal. Ce n'est que...

Il frissonna lorsque les mains se posèrent sur sa peau, appliquant la potion épaisse et gluante en cercles continus.

- Vous pouvez pas faire ça autrement, dit Harry entre ses dents, soudain bien réveillé et rigide, fixant le mur comme s'il espérait que l'intensité de son regard n'en transperce un point précis. Avec un sortilège.

Snape leva le regard vers lui un bref instant avant de se concentrer de nouveau sur sa tâche.

- Le préféreriez-vous ?

Harry déglutit, les mâchoires si contractées que ça en faisait mal.

- Vous n'allez pas me faire mal.

Ce n'était pas vraiment une affirmation, ni vraiment une question. Peut-être une sorte de crainte exprimée à voix haute et qui lui avait échappé. Les mains s'écartèrent momentanément et Snape le dévisagea, sans qu'Harry ne lui rende son regard. Tout son corps était contracté, ses cuisses, ses fesses, son ventre. Comme si ses muscles bandés se préparaient à l'attaque.

- Est-ce que je vous fait mal ?

Harry ne répondit pas. Les mains se reposèrent sur sa peau, dessinant de nouveau ces petits cercles terriblement délicats.

- Potter, regardez-moi. Est-ce que je suis en train de vous faire mal ?

Très lentement, Harry tourna la tête vers Snape et secoua la tête, raide.

Non, ça ne faisait pas mal. Ca ne faisait pas mal du tout. Il s'autorisa à se passer la langue sur les lèvres.

- Vous pouvez pas... finalement... ce verre. J'en prendrais bien un peu.

Sans rien dire, Snape agita sa baguette d'une seule main et le verre atterrit entre ses mains.

- Merci.

Snape eut un petit sourire. Il n'avait pas levé les yeux une seule fois.

- Au fait, c'est... ?

- Du whisky.

Ah, oui, c'est vrai, du Whisky. Harry acquiesça en silence, se demandant pourquoi Snape lui accordait de boire ça.

- Je n'ai jamais bu de Whisky, avoua-t-il en regardant les glaçons flotter dans le liquide doré.

Snape ne répondit rien et lui lança un regard impénétrable en plongeant de nouveau une main dans le flacon pour en reprendre.

- Ce soir, vous en avez besoin. Buvez. Doucement. Pas tout d'un seul coup.

Lui-même d'ailleurs, saisit son verre de sa main valide pour en boire une longue gorgée avant de reprendre sa tâche et Harry se demanda si lui aussi, il en avait besoin. Il avait fini un bras, et s'occupait du torse. Harry but une gorgée, découvrant la sensation si particulière qui brûle un peu la trachée. Il toussa. En reprit une autre gorgée.

- C'est plutôt... bon.

Severus eut alors un drôle de sourire un peu carnassier et Harry, gêné, rougit.

- Je... je parlais du Whisky.

L'homme ne répondit rien. Le silence se fit et Harry but plusieurs gorgées sans même s'en rendre compte avant de laisser sa tête retomber contre le dossier, puis tout son corps se relâcher dans le canapé. Il poussa un soupir sonore. Snape le regarda, regarda sa gorge offerte, ses yeux clos, son torse pâle, maigre et balafré. Il détourna le regard, s'attaqua au second bras. Puis, il avait terminé. Toutes les blessures s'étaient résorbées et Harry avait posé son verre presque vide.

- Vous en avez ailleurs ? Sur le bas du corps ?

Brutalement ramené à la réalité, Harry releva la tête et planta son regard dans celui de Snape, désarçonné par la question.

- Euh... n... non.

Snape haussa un sourcil.

- Vous mentez, Potter. Déshabillez-vous.

Sa voix était presque douce. Harry se mordit les lèvres, sans arriver à trouver quoi répondre. Alors, il hocha la tête, renfila son haut d'un geste maladroit et se relevant, abaissa son pantalon avant de se rassoir, regardant ailleurs, même l'alcool ne parvenait cette fois à détendre ses muscles contractés ni sa mâchoire crispée. Snape posa très doucement le pouce sur sa cuisse. L'intérieur des cuisses était l'endroit où Harry s'était le plus laissé aller. Il savait à quel point c'était laid et monstrueux.

- Bon sang, Potter...

Ne dites rien.

La main de Snape s'aplatit. Il ne dit rien, reprit de l'onguent et commença à l'appliquer. C'était pire, en un sens. Snape commença vers les genoux pour remonter très lentement. Ses doigts, sur sa peau, en geste concentriques, à peine appuyé, presque une caresse. Un frisson parcourut Harry. Il tenta malgré lui de le réprimer. Les mains de Snape remontaient, s'attaquant de plus en plus à la peau fragile et meurtrie entre ses cuisses. La jambe d'Harry tressaillit, sa chaussure qui dérapa sur le tapis rompa le silence et bientôt, un léger cri lui échappa. A peine un gémissement, presque un râle. Les mains de Snape s'arrêtèrent une seconde et reprenant de l'onguent, en appliquèrent plus haut, sur le dessus des cuisses, comme si de rien n'était. Harry serra les points, les yeux crispés, la tête rejetée vers l'arrière. Les mains se posèrent à plat, les pouces massant en cercles parfaitement symétriques et plus appuyé l'endroit très précis entre l'aine et la cuisse. Il donna un nouveau coup dans le sol.

- Snape !

Sa voix était rauque, avertissement étranglé. Il était si dur, soudain, si dur que ça en faisait mal.

- Vous ne me dégouttez pas, dit Snape à voix basse. Vous n'êtes pas monstrueux et vous toucher ce soir-là, chez votre oncle et votre tante, comme je vous touche là maintenant ne me dégoûte en aucune façon.

Harry redressa la tête. Le regarder dans les yeux était assez difficile, étant donné l'érection qui se dressait entre eux, tendant le tissus de son sous-vêtement. L'homme massait toujours ses cuisses et son regard était mortellement sérieux. Harry ferma les yeux, les rouvrit, forçant sa vision à s'éclaircir. Il devait rester sérieux, il le devait, c'était... sérieux. Et c'était là, tellement prêt, ça faisait tellement longtemps et bon sang... là, maintenant, pourquoi fallait-il que ce soit maintenant ?! Oh, bon sang, il en avait besoin... tellement besoin... Le regard de Snape était voilé de quelque chose de fragile qui ressemblait à de la compassion.

- Potter, je veux que vous entendiez ma voix. Je veux que vous m'entendiez, là tout de suite. Rien d'autre que ma voix qui vous parle.

Les yeux révulsés, Harry le fixa. Alors, Snape lâcha ses cuisses et d'un geste lent, baissa son caleçon.

- Snape- Snape ! Non-non je...je vais pas pouvoir...me contrôler.

La main saisit la base de son sexe érigée, remonta très lentement pour s'abaisser de nouveau, d'une lenteur à mourir. Et Harry rejeta momentanément la tête en arrière, le corps tendu sur le canapé, appuyé sur un coude. Il siffla entre ses dents serrées inspira, expira, avant de relever de nouveau la tête.

- Je ne veux pas que vous vous contrôliez.

Harry se passa la langue sur les lèvres tandis son corps, comme surchargé d'un trop plein de tout, s'agitait en petits tremblements nerveux.

- Pourquoi vous faites ça ? Vous m'aimez même pas...

- Qu'est-ce que vous en savez, Potter ?

C'était trop, beaucoup trop, et Harry tombait dans le piège, une fois de plus, incapable de résister. Il laissa échapper un petit cri qui ressemblait à de la souffrance. C'était bon, tellement bon, rien à voir avec la souffrance qu'il avait pu ressentir durant le peu de temps qu'il avait passé en contact physique avec Drago Malfoy.

- C'est ça, criez. On ne vous entendra pas. Vous êtes parfait. Vous m'entendez ? Vous êtes parfait et j'ai menti ce jour-là. J'ai dit ce qui pouvait le plus vous blesser pour convaincre Lucius. C'est tout.

Harry faisait un tel effort pour se contenir que des larmes perlaient au bord de ses yeux alors qu'il le fixait, les poings si serrés que ses ongles devaient s'enfoncer dans sa peau. Severus retira sa main un instant pour la poser simplement sur sa cuisse et Harry laissa échapper un sifflement de frustration incontrôlable. Le bras sur lequel il s'appuyait tremblait et ils se dévisagèrent, leur regard se mesurant l'un l'autre, s'affrontant. Mais il n'y avait plus de colère dans ceux de Snape. Seulement de la souffrance.

- Potter, quel est le problème ?

Harry semblait si vide, si inerte, et il détourna la tête pour regarder le mur.

- Vous le savez bien.

Ce n'était qu'un souffle.

- Non. Je veux que vous me le dites.

Le jeune homme se mâcha l'intérieur des joues.

- Vous vous moquez de moi, ou vous avez pitié, j'en sais rien, mais je suis juste Harry, je suis...

Il ferma les yeux.

Un monstre. Non, moins qu'un monstre. Un truc hideux et informe enfermé dans un placard. Un truc qu'on ne peut pas avoir envie de toucher. Un truc qui ne mérite même pas d'être regardé, d'exister.

Il méritait d'être fouetté. Il méritait qu'on l'insulte et qu'on le traîne sur le sol, il méritait d'être un objet sexuel sans désir, sans volonté, à exécuter les ordres. Lui, il n'avait pas de désir. Il ne pouvait pas en avoir. Et le plaisir... ça faisait tellement mal. Snape referma de nouveau sa main sur lui, reprenant tout doucement.

- Potter, regardez-moi.

Harry n'obéit pas. Il était là, les bras bandés, repliés, prêt à sauter du canapé pour s'enfuir.

- Regardez-moi !

Le ton, plus autoritaire, lui fit tourner la tête. Il plongea ses yeux paniqués dans ceux de Snape.

- Je vais continuer à vous toucher parce que vous en avez envie et moi aussi. Et vous allez prendre le plaisir que je vous donne, Potter. Vous allez vous détendre et le prendre parce que vous le méritez comme n'importe quel être humain.

Harry se relâcha un peu, à peine. L'étau sur son sexe se fit plus intense et il ploya, laissant échapper un gémissement plus franc. Snape ouvrit les lèvres dans une sorte de sourire.

- C'est ça, Potter, c'est ça.

Il le toucha longuement, sans rien dire. Ca venait, ça repartait, en vagues successives qui se confrontaient, se combattaient perpétuellement. Douloureuses, frustrantes. Snape laissait sa main aller et venir lentement, compressant en gestes répétitifs et réguliers. Mais il n'y arrivait pas. Et c'était tellement gonflé, tellement pressant que le plaisir en l'incendiant devenait insupportable. Il serra les dents et regarda Snape.

- Je vous en supplie... osa-t-il d'une voix incertaine. Faites-moi venir. S'il vous plaît.

C'était une supplication qui ressemblait à un défi et les sourcils de Snape se froncèrent en une expression de pure compassion. Il le saisit avec plus de force et se penchant soudainement, le prit dans sa bouche. Le corps d'Harry s'arqua et ses hanches s'animèrent soudain, s'enfonçant en geste répétitifs et de plus en plus rapides dans cette bouche offerte qui l'avalait. Son corps fut parcourut d'une vague de chaleur, de surcharge d'émotions entremêlées, de peines, de désir inassouvis, de frustrations, de rage, de tout, qui s'amassèrent dans sa tête jusqu'à ce qu'elle bourdonne et qu'il en ait la vision trouble. Une main entoura la base de son sexe, rejoignant la bouche.

- Oh oui. Putain oui. Comme ça. Oui ! Continuez !

Des mains saisirent ses fesses, intensifiant la pression et le plaisir augmenta d'un cran supplémentaire, faisant exploser quelque chose à l'intérieur de sa tête, relâchant d'un seul coup toutes les émotions qui s'y amassaient.

Il poussa un premier râle bas avant d'hurler complètement, la délivrance le traversant de part en part. Il hurla si fort que ça se confondait à de la rage, ses hanches le frappant avec une hargne violente. Il crut entendre un autre cri se mêler au sien, mais ne pouvait dire avec certitude si c'était la vérité. Il retomba, vidé d'énergie. Snape à genoux devant lui s'essuya la bouche. Il était rouge et légèrement essoufflé. Harry planta son regard incertain dans le sien, la bouche ouverte, la poitrine palpitante. Il avait toujours la tête qui tourne.

Snape agita sa baguette, relevant le caleçon d'Harry et, se relevant, lui tourna un instant le dos. Harry, jambes écartées, le regarda.

- Vous... vous regrettez.

- Non, Potter, je ne regrette pas.

Il soupira d'un air embêté et s'éclaircit la gorge. Harry devina alors qu'il était venu, et il lui tournait le dos pour se nettoyer d'un coup de baguette qui se voulait discrèt. Il était venu en le regardant venir. Comme lui, dans sa vision. Harry se redressa, étonné et maladroit tout à coup. Il se pencha pour renfiler son pantalon.

- Snape... Merci. Je... je sais vraiment pas quoi dire. C'était...

Il éclata d'un petit rire, le seul vrai rire depuis des mois. Snape se retourna et le transperça du regard. Ce regard intense, obscur et si particulier.

- Potter, je ne vous aurais jamais forcé à vous agenouiller devant moi en vous laissant dans cet état. Jamais.

Harry acquiesça lentement. Il ne savait pas vraiment s'il avait le droit de s'avancer pour l'embrasser. Alors, il restait là. Pantelant, maladroit, inutile. Snape se passa la main sur le visage et éclata d'un petit rire nerveux. Harry le regarda un instant, un peu mal à l'aise.

- Je suppose, lança Snape en reprenant son sérieux, que vous n'avez rien mangé de la soirée ?

Harry secoua la tête, se forçant à retrouver son calme.

- Non.

D'un coup de baguette, Snape fit apparaître un repas des cuisines. Rien d'extraordinaire à cette heure tardive, du jambon, du pain, un peu de soupe et du fromage, mais franchement, ça avait l'air du meilleur repas qu'Harry ait jamais mangé. Snape se laissa tomber à ses côtés sur le canapé.

- Allez-y, Potter. Ce n'est pas là pour la décoration. Mangez.

Il soupira, se resservant un verre en regardant le jeune homme accroupi sur son canapé, en train de tout dévorer en même temps, à pleine bouche. Bon sang, ce gosse avait passé bien trop de temps sans manger.

- Oh, putain, laissa échapper le jeune homme entre deux bouchées, c'est bon.

C'était tellement sincère, tellement enfantin. Severus s'autorisa un petit sourire et Harry lui lança un regard.

- Oh. Pardon, c'est vrai, j'ai la bouche pleine.

Severus but une gorgée, sans répondre. Harry dévorait avec tant d'appétit qu'il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. A vrai dire, en le regardant assis là, dans son tee-shirt trop large, ses cheveux en bataille... il avait eu raison de faire ce qu'il avait fait. Et s'il le pouvait, il le ferait encore. Il le ferait encore jusqu'à ce que le brasier d'incrédulité voilant le bonheur ne devienne qu'une bouleversante étincelle. Enfin, Harry reposa son assiette vide sur la table et avala un grand verre d'eau avant de s'asseoir plus confortablement dans son coin du canapé, les jambes ramenées contre lui, les bras croisés.

- Merci. C'était vraiment bon.

- Vous direz ça aux elfes de maison.

Harry ne répondit pas. C'était tellement silencieux, soudain. Snape agita sa baguette et une couverture douce et épaisse, d'un vert serpentard, atterrit, pliée, sur les genoux d'Harry qui la saisit avant de jeter un regard au profil immobile de l'homme. Il ne l'avait même pas regardé. Alors, il se calfeutra dans la grande couverture sans rien dire et contempla le feu, lui aussi. Il s'apprêtait à s'allonger de son côté du canapé, arrangeant un coussin lorsque...

- Venez ici, crétin.

Harry rougit et profondément mal à l'aise, regarda Snape, assis, immobile.

- Vous voulez dire... contre vous ?

Snape se retourna pour le regarder, et l'exaspération dans son regard, la douceur qu'Harry y lit le terrifia pendant une seconde. Il obéit et s'allongea en chien de fusil, la tête reposant sur ses genoux, et Snape referma un bras sur lui, lui caressant les cheveux, la gorge.

- Vous êtes sûr que ça va, professeur ?

- Je pense qu'à ce stade, Potter, vous pouvez laisser tomber le "professeur".

Harry se tut pendant une seconde.

- Je ne crois pas arriver à vous appeler "Severus" un jour.

- Ce n'est pas grave, Potter. Moi non plus, je ne pense pas m'habituer à "Harry".

- Alors, ça veut dire que je peux vous appeler Snape ?

- Seulement quand on est tous les deux... Le reste du temps, vous serez gré de m'appeler professeur.

Harry ne sut pas à quel moment il avait fermé les yeux, bercé par les crépitements du feu et les caresses si délicieuses de Snape que ça ressemblait à un rêve.

- Vous êtes déjà parti en vacances, Potter ?

Harry papillonna à peine des yeux, à moitié endormi.

- Hum... non...

- Si vous aviez le choix, où voudriez-vous partir ? Qu'est-ce que vous voudriez voir ?

Cette fois-ci, Harry rouvrit les yeux et sourit béatement.

- Hum... Je ne sais pas trop. C'est pas comme si je connaissais quoi que ce soit. Je... je pense... j'aimerais visiter plein d'endroits. Sentir la chaleur du soleil, l'immensité des montagnes. J'aimerais voir des cascades très très hautes et... la mer. Oui, j'aimerais voir la mer. Mais là où il fait chaud. J'en ai marre d'avoir froid.

Il fit une pause. Les doigts de Snape, chauds et légers, dessinaient tendrement sa mâchoire et sa gorge.

- Tous ces endroits... tu sais... sur les cartes postales. C'est tout turquoise et y a la mer partout... je voudrais partir là-bas... et plus jamais... revenir... Vous avez pas ... répondu... y a... problème ?

La fin de sa phrase ne fut qu'un marmonnement à peine audible alors qu'il sombrait dans le sommeil. Il ne sentit pas la main s'accrocher à lui, désespérément.

- Je vous emmènerais là où il fait chaud, Potter. Je vous le promets.

"Vous êtes jeune et vous ne savez pas ce que vous voulez. Vous croyez me désirer... mais dans quelques années, vous dépasserez vos peurs et vous n'aurez plus besoin de moi. Et je redeviendrais celui que j'ai toujours été pour vous, un monstre. Et alors, vous regretterez. Et moi aussi, je regretterais. Je ne suis pas un profiteur, et encore moi un violeur de gosse."

Voilà ce qu'il aurait dit. Voilà ce qu'il pensait. Si Potter vivrait, il finirait pas se lasser, par guérir, par le laisser tomber. Il l'aimait comme on aime sous l'effet d'un symptôme d'une maladie immonde. Mais Potter ne guérirait jamais de cette maladie. Il n'en aurait pas le temps. Et c'est entre ses mains, entre ses mains de traîtres, de bourreau, de tueur, d'agent double, de mangemorts, que résidait le reste d'un bonheur possible. Et s'il devait mettre en jeu la guerre pour la promesse faites à Lily... il le ferait. Chaque seconde lui était comptée. Ce soir, il pouvait le passer dans le lit de n'importe quel étudiant, étudiante de ce château. Il était l'élu, il était sublime, il pouvait avoir tout le monde, en même temps ou seul à seul et il était là, avec lui, incapable de jouir et le suppliant de le faire venir comme un gosse supplie de ne plus avoir mal, à cause de pourriture qui lui avaient fait croire qu'il ne méritait rien de bon. Il était là, endormi dans ses bras, ignorant de sa propre beauté, ignorant que chaque seconde le rapprochait d'une fin irrévocable.


Et voilà, j'espère que ça ne vous a pas déçu :)

Le prochain chapitre sera ambiance fluffly, paillette et mignonnerie pour finir surement sur une notre un peu plus Potteresque de guerre, car au moment où on en est, ça approche dangereusement.

Je ne suis pas encore décidée sur la manière de terminer cette partie-là.

Alors, qui d'entre vous pense qu'Harry ( de manière globale ) était fait pour mourir ?

Et qui pense l'inverse ? Et pourquoi ? Et dans cette fic, honnêtement, que pensez-vous qu'il choisira ? :-)

Des bisous !