Bonjour à tous,
Comme je vous l'avais dit au début de cette fiction, n'hésitez pas à me signaler les fautes qui auraient pu m'échapper.
Merci de continuer à suivre cette histoire.
Bonne lecture et bon week-end.
Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
Chapitre vingt-sept
Bella
Je suppose que j'étais naïve. J'aurais dû savoir qu'il ne serait pas si facile de quitter la communauté, mais l'offre de Norah de m'emmener en ville m'avait prise par surprise. Peut-être que j'étais juste une adolescente stupide et immature après tout.
J'étais tellement impatiente d'être partie avant le retour de Luke, que j'étais montée avec Norah sans hésiter. Je ne voulais pas qu'il essaie de me persuader de rester ou de me convaincre de lui donner un peu plus de temps. Je craignais qu'il arrive à me persuader de revenir sur ma décision, après tout, je l'aimais encore beaucoup. Mais j'étais sûre de ne pas l'aimer assez pour risquer de me retrouver dans la communauté. Il y avait quelque chose dans cet endroit que je n'aimais pas. Les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être, et je ne voulais pas m'engager dans quelque chose que je ne pouvais pas comprendre ou approuver entièrement. Pourquoi, dans la vie, les choses ne pouvaient-elles pas être telles qu'on les voyait ? Est-ce que c'est en acceptant ce fait qu'on grandissait ?
Comme elle engageait le véhicule dans le chemin étroit qui servait à faire demi-tour, j'essayai de trouver la meilleure approche pour reprendre contact avec mes parents. Ils seraient furieux contre moi après la façon dont je m'étais comportée, puis ma fugue, mais je savais aussi qu'ils seraient soulagés de me retrouver saine et sauve. Ils m'avaient peut-être menti, mais ils avaient aussi été des parents bons et aimants. Je suppose qu'il fallait que quelque chose d'aussi radical arrive pour que je puisse m'en apercevoir. Je savais que je ne pouvais pas ignorer ce qui s'était passé, mais quand je les reverrai, je leur en parlerai comme une personne rationnelle. Cette petite aventure m'avait certainement forcée à mûrir rapidement.
Je suppose que j'aurais dû être plus attentive parce que quand je levai les yeux, je n'avais aucune idée de l'endroit où nous étions. Le camion avait fait demi-tour et j'avais supposé que Norah se dirigeait vers la route principale, mais au lieu de ça nous étions sur une piste encore plus étroite avec des arbres de chaque côté. Si étroite en fait, qu'il aurait été impossible d'ouvrir la portière du camion si je l'avais voulu. J'étais piégée avec Norah.
"Où sommes-nous ?"
Norah se tourna vers moi avec un sourire étrange sur le visage et je commençai à me sentir inquiète.
"C'est bon Bella, c'est juste un raccourci. On fera environ 10 kilomètres de moins, mais c'est un peu cahoteux, alors accroche-toi."
À ce moment-là, la camionnette passa dans un trou plus profond et je fus projetée vers l'avant, ayant oublié de boucler ma ceinture de sécurité, et je me cognai la tête sur le tableau de bord assez fort pour être momentanément étourdie.
"Aïe ! Ralentis, s'il te plaît."
Je commençai à me redresser, me frottant le front là où une bosse commençait à apparaître, quand je fus à nouveau catapultée en avant mais cette fois-ci assez fort pour être sonnée et confuse. On avait dû toucher une autre ornière profonde. Pourquoi Norah allait-elle aussi vite ?
Ce voyage en enfer dura des heures, ou peut-être seulement une demi-heure, avant que le pick-up ne s'arrête dans un petit espace ouvert entouré d'arbres et que je puisse en sortir, malade et un peu étourdie.
Je regardai autour de moi, mais tout était flou. Puis Norah me prit par le bras et me guida sur le sol inégal alors que la chaleur intense semblait aspirer ma vie.
Je clignai encore une fois des yeux, mais je n'arrivais pas à éclaircir ma vision et quelques secondes plus tard, je me retrouvai dans une autre cabane, ou du moins, dans ce que je pensais être une cabane, car il n'y avait pas de fenêtre, et il y faisait tout noir.
"Où est-ce que je suis ?"
Quand Norah parla, sa voix était complètement différente, froide et dure.
"Là où est ta place. Dans la nature sauvage des marais. Pensais-tu vraiment que je te laisserais aller voir les autorités et ruiner tout ce qu'on a construit ici ? Pourquoi ne pouvais-tu pas être reconnaissante que Luke soit tombé amoureux de toi et veuille que tu te joignes à nous ? C'est un privilège accordé à si peu d'entre vous, salope ingrate."
Je clignai encore rapidement des yeux, mais tout ce que je pouvais voir, c'était sa silhouette, là où elle se tenait, dans l'embrasure de la porte.
"Je ne comprends pas. Pourquoi sommes-nous ici ? Tu as dit..."
J'avais mal à la tête et j'avais des difficultés à aligner deux mots correctement. De quoi parlait-elle ? Qu'est-ce qu'elle faisait ? Avait-elle l'intention de me retenir dans cette cabane ? Me garder prisonnière jusqu'au retour de Luke ? Que se passerait-il alors ? Pensait-elle qu'il pourrait me parler ? Ou alors, elle était folle à lier et elle agissait de son propre chef ? Je l'espérais, pour moi et pour Ashley. Parce que sinon, la communauté était un endroit beaucoup plus dangereux que je ne le pensais.
"Ramène-moi, Norah. Laisse-moi en parler avec Luke."
Elle recula encore et fit un geste vers l'extérieur.
"Retournes-y toi même, mais tu devrais faire attention. L'endroit grouille de tortues serpentines, de crocodiles et de serpents, sans parler des moustiques. Il vaudrait peut-être mieux que tu restes ici. Bien sûr, il n'y a ni nourriture ni eau, mais tu mérites de souffrir pour ta trahison, Bella."
Avant que je ne puisse l'arrêter, elle était remontée dans le camion, avait fait demi-tour et avait disparu dans le chemin par lequel nous étions arrivées.
J'essayai de courir après elle en lui criant d'arrêter, mais je perdis l'équilibre sur la piste pleine d'ornières et tombai lourdement, essoufflée et m'écorchant les paumes des mains.
M'asseyant et frottant mes mains qui saignaient sur ma chemise, je pris soudain conscience de la situation difficile dans laquelle je me trouvais. J'étais seule. Norah m'avait abandonnée sans nourriture dans un abris à peine digne de ce nom. Ça voulait sûrement dire qu'elle ou Luke reviendraient. Peut-être pensait-elle que cela me ferait changer d'avis, mais tout ce qu'elle avait fait, c'était de renforcer mon ressenti à l'égard de la communauté, ils étaient tous fous !
Tout en giflant les moustiques qui descendaient prendre un dîner de bienvenue, je décidai que je serais mieux à l'intérieur jusqu'à ce que la chaleur se calme un peu et, avec une peu de chance, les insectes aussi.
Je me repliai donc vers la cabane et fermai la porte, puis je m'affaissai sur le plancher de bois qui commença immédiatement à s'affaisser de façon alarmante. Super ! Tout ce dont j'avais besoin, c'était que la cabane s'effondre et m'enterre vivante. C'était comme un de ces jours où les choses ne font qu'empirer.
Je fermai les yeux et tâtai avec précaution la zone douloureuse sur mon front. Il y avait bien évidemment une bosse qui était aussi grosse qu'un œuf de poule, mais les vertiges s'estompaient et mon mal de tête était supportable.
Maintenant, tout ce que je voulais, c'était trouver Norah et une batte de base-ball, mais pas nécessairement dans cet ordre, puis utiliser l'une pour frapper l'autre. Mes poings se serrèrent alors que la colère montait en moi. Ça ne me ressemblait pas, je n'étais pas une personne violente par nature. J'avais le tempérament placide de ma mère à l'opposé du tempérament plus explosif de papa. Mais sur le moment ? Disons que quelques unes de ses plus belles insultes m'échappèrent.
J'étais dans le pétrin, sans parler du danger d'être mangée vivante par des insectes ou peut-être quelque chose de plus gros, mais je ne pouvais pas rester assise passivement et attendre que quelque chose se passe. Je me calmai et essayai de réfléchir à ce que papa ferait dans des circonstances similaires. En y réfléchissant bien, c'était assez ironique. J'avais fait de mon mieux pour haïr papa et maman, et pourtant, ici, je m'en servais comme modèle.
Après y avoir réfléchi une minute ou deux, je me relevai, ma chemise collant à mon dos, en sortant encore quelques jurons au passage.
Je partais du principe que Luke, Norah ou quelqu'un d'autre de la communauté viendrait me voir plus tard. Dans ce cas, le moins que je pouvais faire était de m'assurer d'être prête à les accueillir.
Avec un gémissement, je rouvris la porte et la chaleur me frappa et me vida un peu plus de mes forces.
En serrant les dents, je me dirigeai vers le marais, juste assez loin pour trouver des bâtons minces et flexibles et quelques pierres tranchantes. Je m'étais souvenue que papa m'avait montré comment fabriquer des bâtons de jet quand j'étais enfant et que j'étais devenue assez douée pour atteindre la cible. Eh bien, maintenant la cible serait plus difficile à atteindre, elle serait probablement en mouvement, mais j'étais sûre que si j'avais le temps de perfectionner la fabrication, je pourrais encore toucher quelque chose ou quelqu'un.
Assise à l'ombre de la cabane, je commençai à frotter soigneusement l'extrémité du bâton jusqu'à ce que l'écorce s'en aille et puis je la façonnai en une pointe. Le bois était vivant et donc humide, et il me fallut beaucoup de temps et de patience pour façonner le bout en quelque chose qui ressemblait à une pointe opérationnelle. Les bâtons, j'en avais fait trois, étaient tous un peu plus petits que moi, mais cela ne devrait pas être très important.
Ce qu'il fallait vraiment que je fasse ensuite, c'était de durcir les pointes en les séchant sur une flamme, mais c'était plus que je savais faire alors il faudrait faire avec. De plus, je n'avais pas l'intention d'essayer de tuer quelqu'un, mais de le menacer juste assez longtemps pour qu'il me remette les clés du véhicule dans lequel il serait arrivé, ou si ça ne marchait pas, de le blesser suffisamment pour que je puisse récupérer les clés.
Mais contrairement à Norah, je n'abandonnerai pas ma victime, qui qu'elle soit. Je la ramènerai avec moi, ou j'enverrai de l'aide dès que je serrai en sécurité.
Maintenant, y avait-il autre chose que je pouvais faire pour me protéger ? Je décidai de me faire une cachette toute simple en utilisant des planches pourries provenant du plancher, au milieu des arbres et des broussailles sur le côté de la cabane. Ce ne fut pas difficile, car il était pourri à l'endroit où il avait été cloué et fut donc facile à enlever. Les disposant comme un tipi, je les recouvris ensuite de végétation, laissant juste assez d'espace pour se faufiler à l'intérieur et tirer un camouflage supplémentaire au-dessus de l'entrée. Au moins ici, j'étais à l'abri des moustiques, bien que je n'osais même pas penser aux autres bestioles rampantes qui pourraient se cacher à proximité, y compris aux serpents que Norah avait mentionnés. Une raison de plus de prier pour que ce soit elle qui revienne. J'aimerais bien poignarder cette salope avec une de mes lances.
C'est alors que je réalisai que ma cachette était inutile. J'avais besoin d'espace pour projeter mes lances, alors en jurant, je me tortillai pour sortir. Cela pourrait encore être utile comme cachette en dernier recours. Je cherchai alors un arbre qui puisse servir de point d'observation.
A l'heure actuelle, j'aurais tout donné pour avoir papa à mes côtés. Je savais que quoi qu'il se soit passé, il aurait été là pour moi, prêt à protéger sa petite princesse. Ce qui était dingue, c'est que j'avais aussi envie de voir Jasper, et je ne pouvais pas expliquer pourquoi, sauf que je savais sans le comprendre, que malgré tout ce que j'avais dit et fait, lui aussi serait là, se tenant à côté de papa et qu'alors personne ne me ferait jamais de mal.
Soudain, je me sentis très jeune et stupide en pensant aux combines que j'avais montées. Les raisons délirantes que j'avais trouvées pour provoquer des disputes avec ceux qui m'aimaient le plus et j'en étais maintenant convaincue, il m'aimaient vraiment quoi qu'ils aient fait. Je sentis des larmes me piquer les yeux et je les essuyai avec colère. Je ne m'effondrerais pas comme une idiote, pas maintenant. J'allais rendre papa fier de moi en me battant jusqu'au bout.
Luke
Norah n'était toujours pas revenue à la tombée de la nuit, alors laissant Timothy garder le fort, je pris la camionnette restante et je partis à leur recherche. Tout ce que Martha avait pu me dire, c'est que Norah avait pris la route habituelle pour faire demi-tour avant de se rendre en ville.
"Tu l'as vue partir ?"
"Non, au moins je les ai vues s'éloigner. Norah était très malheureuse, mais tu sais combien elle est loyale envers le pasteur Daniel. Elle est partie beaucoup trop vite, j'ai pu voir que Bella n'était pas bien installée, elle a été projetée en avant quand le camion s'est éloigné. Où vas-tu Luke ?"
"Je dois trouver Norah. Je veux parler à Bella et Norah est la seule à savoir où elle est."
Martha fronça les sourcils.
"Mais si Bella a décidé de partir, ne devrais-tu pas l'accepter et passer à autre chose ? Je suis sûre que c'est ce que ton père dirait s'il était là. Elle n'en vaut pas la peine, Luke."
Je luttai pour contenir mon impatience malgré le fait que je savais que Martha avait raison.
"J'en suis conscient, mais je voulais lui dire au revoir. J'aimais beaucoup Bella et je ne veux pas qu'on se sépare comme ça. Timothy sera là si quelqu'un a besoin d'aide et je reviendrai bientôt. Si Norah revient pendant mon absence, demande-lui de m'appeler. Je prends un des portables pour qu'on puisse me contacter."
Martha fronça un peu plus les sourcils.
"Un des téléphones portables ? Ton père est d'accord avec ça ? Tu sais à quel point il déteste qu'on les utilise si près de la colonie. Il dit que c'est dangereux. Sommes-nous en danger, Luke ? Devrais-je m'inquiéter ? Je pourrais rassembler la communauté et les emmener dans les caves s'il y a des problèmes en vue."
La dernière chose dont j'avais besoin était que Martha panique, c'était exactement la réaction que craignait mon père après la fuite de Bella.
"Non, Martha, il n'y a pas de danger et je te promets que je ne l'allumerai qu'une fois sur l'autoroute. Vous n'avez rien à craindre, personne ici ne craint rien. Maintenant, va dire à Margaret et à Francis que je serai de retour demain matin et embrasse les petits pour moi, s'il te plaît. On se revoit bientôt."
Cela sembla l'apaiser, elle sourit et m'embrassa sur la joue.
"Je le ferai, et je suis vraiment désolée que ça n'aie pas fonctionné, Luke. Je sais à quel point la fille comptait pour toi."
Je la remerciai et m'éloignai, plus convaincu que jamais que quelque chose clochait. Si Norah avait emmené Bella en ville, elle serait revenue à la colonie depuis longtemps et si elle avait décidé d'emmener Bella plus loin pour l'empêcher de savoir exactement où se trouvait le village, elle nous aurait contactés mon père ou moi pour nous faire savoir ce qu'elle faisait, surtout qu'elle savait que mon père n'aimait pas que les femmes quittent le village.
Les empreintes de pneus de son camion étaient faciles à voir, la piste au-delà de la ferme était rarement utilisée et la végétation écrasée indiquait qu'un véhicule était passé là récemment.
Je ralentis lorsque j'atteignis le virage, mais je pus voir grâce à mes phares que le camion avait continué tout droit, alors où diable Norah emmenait-elle Bella ? Cette piste s'enfonçait profondément dans les marais, pour autant que je m'en souvienne. Il n'y avait pas de voie d'accès vers les routes menant au nord.
Un sentiment de profond malaise m'envahit. Norah était une femme étrange, rendue amère par le refus de son propre corps de porter des enfants. Je savais qu'elle était proche de mon père, je la soupçonnais même d'être mariée avec lui, même si, dans ce cas, ils étaient extrêmement discrets.
J'attendis d'être à au moins quinze kilomètres de la colonie avant d'allumer mon portable, bien que je doutais que quiconque soit intéressé par les appels que je passais ou soit même susceptible de remarquer son utilisation ici. Après tout, nous n'étions pas sous surveillance, nous n'avions rien fait pour le justifier.
Martha répondit rapidement, elle était dans un état terrible de nervosité.
"Luke ? Où es-tu ?"
"Pourquoi ? Norah est revenue ?"
"Oui et elle est vraiment bouleversée. Elle dit que Bella l'a attaquée et a volé le camion. Elle s'est enfuie dans les marais en pensant que Norah allait lui faire du mal. Ça a l'air dingue, non ? Norah l'a perdue de vue, mais elle a entendu un bruit terrible et un énorme plouf. Elle a dit que Bella avait dû heurter un arbre et tomber à l'eau. Norah ne l'a pas vue sortir du camion. Je suis désolée, Luke. Elle a dû se noyer. Rentre à la maison, s'il te plaît. Ton père a appelé et il était furieux que tu sois parti. Il est sur le chemin du retour et il m'a dit de te dire que tu ferais mieux d'être là quand il rappellera à minuit."
Je regardai ma montre, minuit ? Cela me donnait un peu plus d'une heure et demie pour trouver le lieu de l'accident et rentrer.
"Où est-ce que ça s'est passé. Martha ?"
"Norah a dit que c'était à environ 3 kilomètres dans le marais, Bella l'a poussée hors du camion quand elles ont atteint l'embranchement et a foncé à toute vitesse hors de la piste. S'il te plaît, Luke. Ne mets pas ton père en colère plus qu'il ne l'est déjà."
"Je serai de retour à temps, ne t'inquiète pas."
Je raccrochai et éteignis le téléphone, convaincu que Norah, ou Martha, ou peut-être les deux, avaient menti. Il n'y avait aucun signe de lutte au niveau du virage et la piste était si étroite que Bella n'aurait pas pu pousser Norah dehors aussi facilement. Il n'y avait aucun signe non plus d'un camion roulant à grande vitesse en zigzagant et avec une piste dans un si mauvais que celle-là, Bella se serait certainement battue pour garder le camion en ligne droite. Ce qui m'amena à me demander ce qui se passait vraiment. Où Norah avait-elle emmené Bella ?
