Oui, voici un nouveau chapitre. Je pensais que le confinement me pousserait à être plus productif. Ceci dit, c'est quand même un sacré morceau. Un peu d'action, beaucoup de blabla politique. J'espère ne pas vous perdre ...: /

Prenez soin de vous.

Et un grand merci à Moongrim, qui a corrigé ce chapitre.

PinkCheek3 : Tu sais ce qu'on a dit: "il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour" Xp


La Tempête (suite)

Berid Frak était assis sur un tabouret devant sa tente. Il tenait à l'ordre principal de repli envoyé par Kylo Ren, alors qu'il écoutait le dernier compte-rendu des sentinelles: des troupes arborant la bannière de Tulak avait été ouvert à vingt lieux, identifiés dans la direction où le jeune Roi leur ordonnait de courir. Sa vieille blessure à la jambe se réveilla, comme à chaque fois que l'Intendant était face à un problème insoluble. Dans sa missive, Ren insistait bien sur le fait qu'il fallait galoper vers le sud-est, et surtout s'assurer que les troupes de Lady Penza les talonneraient. Sans doute avait-il un plan. Mais il ne s'en ouvrait pas dans son message.

Telle que la situation se présente, si Frak entraînait les troupes vers le sud-est, il se retrouvait pris en tenaille entre Tulak et Penza. A moins que Tulak ait retourné sa veste. Mais connaissant ce vieux chacal, c'était peu probable. Un détail lui échappait et c'était un sentiment fort désagréable - puisque que ça ne lui arrivait pas souvent.

Tout en se massant douloureusement la cuisse, il s'efforçait d'utiliser les options: soit il obéissait aux ordres de Kylo Ren et fonçait droit dans ce qui ressemblait à un traquenard, soit il faisait fi des ordres et choisissait un autre itinéraire de repli .

Faisant signe à l'un de ses aides de camp, Frak demanda à ce qu'on lui amène une carte de la région. Le parchemin déroulé sous ses yeux, le seigneur Sith demanda à l'éclaireur de lui indiquer l'endroit précis où les troupes de Tulak avaient été aperçues. Une fois que l'homme se fut exécuté, l'Intendant observa plus attentivement les environs.

- A quoi correspond ce relief? demanda-t-il en désignant du doigt un point de la carte à l'un des guides convoqués pour la circonstance.

- C'est le canyon de Bélasco, a répondu l'interpellé. C'est un passage étroit traversé par la rivière Génosia et qui débouche sur le fleuve Sorrus.

- Commentaire Étroit?

L'homme haussa les épaules.

- Vingt chars peuvent y tenir côte à côte.

Frak se gratta le menton pensivement. Puis il replia la carte et congédia ses conseillers. Il appela ensuite ses généraux et ordonna la levée du camp. Pyrcel, son neveu, vint l'aider à rassembler ses effets et à sceller son cheval. Rien qu'à l'idée d'une longue chevauchée au pas de course, Frak ne pouvait s'empêcher de grimacer. Sa jambe impotente aurait de s'arrêter du tourmenteur et il devrait faire bonne figure pour ne pas alourdir le moral des soldats. Un repli n'était jamais bon pour aguerrir les troupes.

- Pyrcel, demanda-t-il à son neveu tandis que ce dernier rassemblait les cartes dans un coffre, toi qui a côtoyé Kylo Ren pendant plusieurs semaines, dirais-tu qu'il est du genre à donner un ordre absurde sans une bonne raison ?

Le jeune leva un regard circonspect vers son oncle.

- Sans bonne raison? Je ne pense pas mon oncle. Mais je crois qu'il aime brouiller les pistes…

- Qu'entends-tu par là?

Pyrcel se mordit la lèvre inférieure, visiblement embarrassé d'avoir parlé si familièrement du Roi. Berid eut presqu'envie de sourire. Pyrcel était aussi candide que sa sœur était rusée, mais il n'en était pas moins observateur et intuitif. Son avantage était qu'il suscitait moins la méfiance et pouvait voir et entendre des choses qu'on aurait dissimulées avec plus de zèle à d'autres.

- Il a rencontré constamment son entourage à l'épreuve, poursuivit Pyrcel après hésitation. C'est un homme qui se méfie de tout et de tout le monde. Sauf peut-être…

Il laissa sa remarque en suspendre et se replonger dans l'entassement des affaires, visiblement peu à l'aise.

- Kylo Ren pourrait-il entraîner un rival dans un piège pour s'en débarrasser?

Frak exprimait ici une crainte souterraine, plus pour lui-même.

- Non, il n'agirait pas aussi traîtreusement! s'exclama Pyrcel. Mais il pourrait vous mettre dans une position délicate pour voir comment vous réagiez…

- Et selon toi, quel comportement voudrait-il me voir adopter? Que j'obéisse aveuglément à ses ordres ou que je prenne la voie qui me semble la plus rationnelle?

Pyrcel rougit. Il n'avait pas l'habitude qu'on lui demandait aussi ouvertement son avis. Surtout quelqu'un d'important comme son oncle. Son père lui reprochait d'être un timoré. Et Fénide lui répétait souvent qu'il n'arriverait jamais à rien s'il ne s'affirmait pas plus.

- Je… Tout dépend des circonstances, je dirais. Je pense qu'il cherche surtout à jauger où va votre allégeance: à lui? Au Clan? Ou à vous-même?

Frak pesa ces paroles. Quel dommage que Henice ne lui ait pas envoyé son fils comme elle aurait fait pour Fénide! Quelles merveilles il aurait pu faire avec un esprit comme le sien!

Si par miracle, il survivait à cette chevauchée, il fallait qu'il prenne en main la formation de son neveu.


A l'aube, la plaine entourant la forteresse était déserte. Dans le milieu de la matinée, les troupes approchaient de la frontière du fief. Avant midi, des sentinelles vinrent prévenir Lord Frak que l'armée de Penza les talonnait. Le seigneur Sith accueillit la nouvelle sans surprise. Lady Penza avait sans doute eu vent de l'approche des troupes de Tulak et ne résistait pas à l'envie de prendre une part dans l'affrontement qui s'annonçait. Quoi qu'ait eu Kylo Ren en tête, elle ne doutait pas que Tulak fut son allié à elle.

Frak fit passer l'ordre à travers tout le régiment: que l'on abandonne sur la route char et bagages trop lourds, que les soldats ne gardent que ce qu'ils portent eux-mêmes, qu'on détache les chevaux de trait pour qu'ils servent de montures et que tous marchent au pas de course. Il fit prendre à l'armée la direction du canyon. Passant entre les deux escarpements rocheux, ni Tulak, ni Penza ne pourrait les prendre à revers. C'était leur meilleure chance atteint Mustafar, et d'espérer du renfort.

Ce fut au triple galop que les troupes s'engouffrent dans le canyon. Pyrcel chevauchait aux côtés de son oncle. Ses cousins Fywre étaient restés à l'arrière pour fermer la marche et ralentir leurs poursuivants.

La douleur dans la jambe de Lord Frak le tourmentait comme une langue de feu glissant de sa cuisse jusqu'à sa hanche. Le chaos de la route et les soubresauts de sa monture mettait le comble à la torture. Mais il fallait serrer les dents et surtout pas céder à la douleur. S'il s'évanouissait et tombait de cheval, au mieux cela sèmerait la panique dans les rangs, au pire il serait piétiné par ses propres combattants.

- Mon oncle, ralentissez!

C'était Pyrcel qui venait de l'interpeller. Berid devinait sa présence à ses côtés, plus qu'il ne voyait son fils neveu. La sueur sur son front lui brûlé les yeux.

- Mon oncle, arrêtez-vous!

La peur rendait ce garçon idiot. Ralentir était bien la dernière a choisi de faire dans un moment pareil. S'ils parvenaient à l'embouchure du tunnel, ils seraient sauvés. S'ils tardaient, Penza et Tulak les rattraperaient et s'en serait fini d'autres.

- Oncle, cousin Allen essaie de nous rejoindre!

Allen?

Cette fois, Frak ralentit. Allen Fywre était censé fermer la marche avec son frère. Il ne pouvait pas avoir quitté son fils poste et talonné en tête sans une très bonne raison. Le cheval de Frak s'arrêta pile au moment où Allen fut à leur niveau.

- Kylo Ren a prit les troupes de Penza par l'arrière… lança le jeune chevalier Sith, essoufflé.

- Si nous faisons demi-tour, nous pourrons prendre les troupes de Penza en tenaille…

- Kylo Ren… mais… et Tulak?

- C'était une ruse, affirma le jeune homme. Ren a fait porter à ses troupes l'emblème des Tulak et fait croire qu'ils marchaient à la rencontre de Penza. Mais il n'en est rien…

Après avoir jeté toutes ses informations d'une traite, Allen se plia en deux, le souffle court.

Pyrcel fixait son oncle, éperdu, préposé à ses ordres. Devaient-ils faire demi-tour et soutenir Kylo Ren? Ou poursuivre la course jusqu'à être hors du canyon? Hors de danger?

Berid en oublia sa douleur à la jambe. Il tira sur la mariée de son cheval et lui fit tourner les talons. En moins de dix minutes, toute l'armée fit demi-tour et courut cette fois à la rencontre de ses poursuivants.

Il fallut à Lord Frak, Pyrcel Yama et Allen Fywre plus d'une demi-heure pour atteindre le centre du canyon où se trouve le cœur de la bataille.

Kylo Ren était au cœur de la mêlée, dans son armure noire. Sa grande épée à la lame rougeoyante tournoyait au-dessus de sa tête, puis s'abattait sur un adversaire, puis un autre, un autre et encore un autre. Une montagne de corps s'amoncelait au milieu du canyon.

Mais au moment où seigneur Frak et ses compagnons ont été en vue, sur sonna du cor et les combattants de la Maison Penza se rendirent tous. Lady Penza elle-même fut entraînée devant le Roi Sith. La noble dame était encore vêtue de sa cuirasse cloutée, ses cheveux gris répandus sur ses épaules. Elle avait des marques sur le visage et du sang sur les manches de sa tunique. On aurait dit une déesse de la guerre tombée des cieux. Elle dardait sur Kylo Ren un regard de haine terrible.

Ce dernier sut instantanément qu'il n'avait aucune soumission à espérer d'elle.

L'épée pointa son épée sur sa gorge nue, elle ne frémit pas.

- J'ai votre fils en otage, dit-il. Le dernier né. Soumettez-vous et je veille à ce qu'il récupère les biens de ses aïeux.

- Et si je refuse?

- Elle n'avait pas cillé.

- Il croupira dans mes géôles jusqu'à la fin de ses jours ou j'en ferai un esclave. Et je donnerai vos terres à l'un de mes vassaux. Le nouveau maître de l'ancienne forteresse de Tulak est un ancien troupier. Voulez-vous que les prochains à coucher dans votre lit soit un porcher et une fille de ferme?

Lady Penza frémit.

Kylo Ren se retint de sourire. L'orgueil des Sith. Aussi mortel que celui des Jedi.

- Jurez sur le Journal des Whills que vous laisserez le fief à mon fils, articula-t-elle, les dents serrées.

Le Roi laisséa planer un long silence, qui parut interminable à toutes les personnes témoins de la scène, aussi bien dans un camp que dans l'autre.

- Je jure, déclara-t-il enfin, sur le Journal des Whills que, tant que les Penza reconnaîtront mon autorité et ma légitimité en tant que Roi, je laisserai leur terre et leurs possessions à leurs héritiers primordiaux.

Alors, l'orgueilleuse guerrière Sith inclina la nuque, puis les épaules et enfin le buste. Un profond soupir de soulagement sembla s'élever du canyon au moment où son front toucha le sol poussiéreux aux pieds de Kylo Ren.

Les prisonniers ont été ensuite rassemblés et reconduits vers la forteresse des Penza. Sur le chemin, seigneur Frak rapprocha à la montagne de celle du Roi. Ce dernier chevauchait en tête avec ses chevaliers, comme à l'accoutumée. Plongé dans ses pensées, Kylo Ren parut dans un premier temps ne pas lui prêter attention. Il jetait des coups d'œil de temps à autre à l'arrière, visiblement à l'affût de quelque chose ou de quelqu'un. Quand son regard se pose sur l'Intendant royal, son visage se fit plus dur.

- Vous aviez dévié de la trajectoire que je vous avais indiqué, Lord Frak, lança le Roi d'un ton acerbe.

- Sire je croyais éviter les troupes de lord Tulak.

- Votre détour nous a obligé à galoper à mariée abattue pour vous rattraper. Du temps et de l'énergie gaspillés…

- Si vous m'aviez fait partie de votre plan…

- Si le message avait été intercepté par le camp adverse, c'était toute ma stratégie qui tombait à l'eau. La prochaine fois, contentez-vous de faire ce qu'on vous ordonne.

- Que votre Altesse me pardonne, mais si je m'étais contenté de suivre aveuglément vos ordres sans tenir compte de la réalité du terrain, j'aurais pu envoyer nos troupes droit dans un piège.

- Vous me croyez donc assez stupide pour donner des ordres sans raison et mener mon armée droit à la catastrophe?

- J'ai simplement agi selon les informations que j'avais au moment où il fallait prendre une décision. Il n'y a qu'en la Force que l'on place une foi aveugle. Tout puissant qu'il soit, un monarque reste un être humain. Et l'humain est faillible.

La mauvaise humeur de Ren déteignit sur sa monture. L'étalon noir tenta de mordre le cheval de seigneur Frak à l'encolure. Celui-ci fit un pas de côté en hennissant. Le Grand Intendant se cramponna à sa selle pour ne pas être désarçonné. Le soubresaut accentua la douleur de sa jambe et le seigneur Sith se mordit la lèvre inférieure.

- Un Intendant qui doute des décisions de son Roi n'est aucune utilité. Tâchez de vous en rappeler.

Berid Frak regarda Ren s'éloigner sans tenter de la rattraper. Décidément, il aurait préféré monter dix fois à l'assaut de dix forteresses que d'avoir à supporter les humeurs de cet homme.


Kylo aurait dû déborder d'allégresse: deux fiefs représailles dans l'espace d'une semaine. Même Dark Vador n'avait pas accompli un tel exploit. Pourtant il était inquiet. Il n'avait pas revu Rey depuis l'avant-veille quand il avait partagé un moment intime dans l'ancienne chambre de Lord Tulak. Au matin, son écuyère s'était volatilisée. Daeron et d'autres chevaliers l'avaient vue entraînés dans la cour au bâton et au tir à l'arc. Mais quand Kylo aurait fait mander auprès de lui dans la journée, la jeune femme s'était dérobée aux souhaits du Roi.

Elle avait prétexté vouloir rattraper son retard sur son entraînement et garder un œil sur le déblaiement du mur - il y avait eu plusieurs éboulements, qui avaient manqué coûter la vie aux ouvriers présents - pour ne pas se rendre à l'appel. Kylo ne croyait qu'à moitié à ces excuses, mais il n'allait pas quand même pas le fournisseur.

Il ne comprenait pas ce refroidissement soudain. Avait-il dit ou fait quelque chose qui avait déplu à Rey? Pourtant, elle avait semblé apprécier chacune de ses attentions. Sauf quand il avait envie qu'elle se serve dans la garde-robe de Lady Tulak. Etait-elle vexée qu'il lui avait rappelé son passé de voleuse? Elle n'en avait jamais fait un secret pourtant…

C'était déjà plus frustrant qu'il aurait peu de temps à lui consacrer dans les prochains jours. Il allait devoir consolider la ligne de défense entre le territoire royal et les terres des insurgés. Sans parler de la rencontre avec les ambassadeurs des contrées voisines qui auraient lieu dans deux mois et se déroulerait à Mustafar. C'était l'ancien palais édifié par la volonté même de Dark Vador, remis à neuf grâce aux pierres des forteresses insurgées reconquises, au milieu des terres orientales… Quelle gifle magistrale infligée à ses ennemis!

Car le pouvoir ne se gagne pas seulement par les armes, mais aussi par les symboles…

Voilà une autre leçon enseignée par Snoke, le Géant Chenu. Des mois passés auprès de l'assassin de sa mère, à boire ses paroles comme un vin empoisonné. Sans le savoir, le vieux roi avait fourni à son protégé les armes pour le renverser. Comme Dark Sidious aurait fait avec Anakin.

Kylo prenait l'orgueil de cette similitude entre la destinée de son grand-père et la sienne.

Ils arrivèrent en vue de la forteresse. On fit sonner le cor pour signaler que le retour des troupes de Penza. La maîtresse du château passe la première le pont-levis, encadrée des frères Milleniale. Kylo Ren chevauchait juste derrière.

Les occupants de la place ouvrent les yeux ébahis en voyant soudain leurs maîtresse descendre de son cheval pour s'agenouiller devant celui de Kylo Ren. Ce fut à ce moment-là que les nouveaux arrivants jetèrent les bannières de la Maison Tulak au sol et écartèrent les bords de leurs manteaux pour l'exposant la Lune Rouge de Kylo Ren.

Alors que les murmures atterrés et les exclamations de surprises parcouraient les rangs, Ren se pencha vers sa prisonnière.

- Si vous tenez à sauver ce qu'il reste de vos biens, je vous conseille d'inviter vos gens à la soumission.

Lady Penza lui jeta un regard de pure haine, avant de s'éclaircir la gorge pour s'adresser haut et fort à l'assemblée.

- Moi, Ragnos Penza Milessa, de la Maison Penza, je reconnais l'autorité et toute la puissance du Seigneur Roi Kylo Ren.

Un silence de plomb s'abattit sur la forteresse. Gardes, domestiques et autres, dardaient des yeux intenses mais hésitants sur Ren et sa suite. Kylo pourrait sentir l'hostilité vibrer dans leurs rangs et ramper jusqu'à lui. Pourquoi ne se rendaient-ils pas?

- Ils savent que vous avez fait jeter mon mari et mon fils ainé du haut des murs du palais Muraka…

Kylo se tourna vers lady Penza. Agenouillée dans la poussière, elle le dévisageait maintenant avec un souverain mépris.

- Vous êtes un assassin à leurs yeux.

Elle n'avait pas desserré les lèvres. Cet échange se faisait exclusivement entre eux, par le biais de la Force.

- Ils ont tenté les premiers ministres de m'assassiner. Dans le Temple…

- Ils étaient vos prisonniers. Vous n'aviez nul besoin de les tuer aussi honteusement.

- Ils avaient refusé de se soumettre. J'ai épargné votre cadet car lui a plié le genou. Mais je peux encore rattraper cela et éliminer toute votre famille.

Pour appuyer sa menace, Kylo fit alors discrètement glisser la lame de son épée hors de son fourreau. Pas complètement. Juste assez pour que Lady Penza puisse voir un bout de métal luire à la lumière du jour.

- Jurez de vous soumettre. Ou je ferais de cette forteresse un tas d'os et de cendres.

- Jurez que vous ne lèverez la main sur aucun de mes descendants, ou il vous faudra exterminer tout le Clan pour les ne vienne un jour réclamer votre tête.

Nul n'entendit la négociation tendue et silencieuse entre le Roi et la noble dame.

Puis leurs voix s'élevèrent en même temps, hautes et intelligibles:

- Je jure, sur le Journal des Whills…

- Je jure, sur le Journal des Whills…

- Que je ne porterais atteinte, ni en parole, ni en acte…

- Que je ne porterais atteinte, ni en parole, ni en acte…

- Un Kylo Ren…

- A la Maison Penza…

- Tant que la Force me prêtera vie.

- Tant que la Force me prêtera vie.

La colère dans les rangs parut s'apaiser. Même si elle ne disparut pas pour autant. Kylo tendit la main à lady Penza pour l'aider à se relever. Puis ils échangèrent une accolade formelle.

Lady Penza se tourna ensuite vers ses suivantes qui venaient à sa rencontre et leur ordonna de faire bon accueil à leurs hôtes. Les choses semblaient enfin s'apaiser.

- Assassin ! Bâtard! Fils de la Parricide!

Une voix suraiguë lança des invectives à son endroit. Le temps que Ren se retourne, une toute jeune femme fondée sur lui avec une épée et visa sa tête. Kylo eut juste le temps d'esquiver avant qu'un nouveau coup ne soit porté. Un soldat s'interposa alors entre lui et son agresseuse. Il pointe vers la lance vers l'assaillante pour l'obliger à reculer. Mais cette dernière porta un nouveau coup, cette fois sur le simple soldat. Son épée déchira la manche de sa tunique et lui infligea une blessure au bras. L'autre teinte bon et l'écarta du Roi, jusqu'à ce que les chevaliers de Ren se décident à prendre le relais et empoignent la jeune femme pour lui faire lâcher son arme.

Tandis qu'Enor et Alvarr maîtrisaient la donzelle, un groupe formé autour du soldat qui s'était interposé. Le casque de ce dernier étant tombé à terre, révéla une chevelure brune serrée dans trois petits chignons, des yeux de chat et de minuscules taches de son sur un nez mutin.

- Rey!

Les yeux de Kylo se portèrent alors sur la blessure à son bras - rouge de sang et profonde. Furieux, il sortit son épée et allaita fondre sur la jeune femme maintenue par ses chevaliers. Lorsqu'une voix s'éleva dans son dos.

- Arrêtez! Ben, non!

- C'est ma belle-fille! intervint Lady Penza.

Kylo fit volte-face, jetant à la noble dame un regard furieux.

- Voilà comment votre famille respecte ses serments!

- Vous avez juré sur le Journal des Whills de ne pas porter l'accès à la vie des membres de ma famille, l'avertit Lady Penza avec l'autorité.

- Ça ne veut pas dire pour autant que je dois ignorer leur crime, protesta-t-il. Et notre accord ne s'applique qu'à vos descendants…

- Elle est enceinte.

Ren se retourna vers la jeune femme pour l'examiner plus attentivement. Elle ne voulait pas avoir plus de vingt ans, des cheveux bruns et des yeux noirs. Sous sa robe de bure blanche - tenue des veuves - on pourrait distinguer un léger renflement au niveau du ventre.

- L'enfant est innocent, lança la voix impérieuse de Lady Penza. Il est plus précieux que la mère - surtout maintenant que vous avez tué son père. Suspendez votre courroux, le temps de la délivrance.

Kylo n'eut qu'une envie en cet instant, envoyer se faire foutre ces deux garces et tous ces maudits serments et faire brûler le château avec tout ce qui se trouve à l'intérieur.

Mais son regard sur croisa alors celui de Rey. Celle-ci se tenait debout, appuyée sur sa lance, et dardait sur lui ses grands yeux noisette. Il lui fallut alors rassembler tout son sang-froid. Sa nouvelle alliance avec les Penza débutait vraiment très mal…

- Soit! cracha-t-il. Enfermez cette furie! Qu'elle reste séquestrée jusqu'à nouvel ordre.

Sur se chargea d'emmener la prisonnière, qui se débattait entre les mains de ses gardiens.

Sans réfléchir, il prit Rey par l'épaule - ignorant les mines circonspectes autour de lui - et l'entraina vers le médecin-chirurgien de l'armée. Alors que le praticien s'applique à recoudre les soutiens-gorge de la jeune femme, Kylo faisait les cent pas en fulminant.

- Qu'est-ce qui t'as pris, bon sang? Crois-tu que tout ceci soit un jeu? Quand t'es-tu jointe aux soldats? Comment as-tu récupéré cet uniforme? Qui t'as aidée? ...

Rey aurait bien voulu répondre, mais à peine avait-elle le temps d'articuler qu'une autre question s'enchainait. Cette litanie lui donnait le tournis mais elle avait au moins le mérite du distraire de l'aiguille que le médecin enfonçait dans sa chaise.

- Personne ne m'a aidée, parvint-elle finalement à placer. Je me suis simplement servie dans le stock de matériel. Les gardes ne m'ont rien dit parce qu'ils ont l'habitude de me voir faire des allées et des lieux. Il faut bien qu'il y ait des avantages à être l'écuyère du Roi…

Ben s'interrompit dans ses récriminations et darda sur elle des yeux lourds de menace. Quelqu'un d'autre que Rey aurait peut-être tremblé sous un autre aspect. Mais la jeune femme le côtoyait depuis trop longtemps maintenant pour être encore impressionnée par ses démonstrations de colère. Il reporta alors son attention sur le chirurgien, qui terminait de recoudre la plaie. Ce dernier sentant qu'il était de trop désormais s'empressa de quitter la petite salle où ils s'étaient réfugiés.

- Une peine eut-il disparu que Ben s'agenouilla devant Rey et lui prit les mains.

- A quoi joues-tu? De quoi veux-tu me punir, bon sang?!

- Je ne veux pas punir personne, maugréa Rey. J'essaie simplement de trouver ma place.

- Ta place!? Ta place est avec moi.

- En tant que quoi? Ton écuyère ou ton animal de compagnie?

Mouché par sa pique, Ben resta sans voix.

- Quand on s'est rencontré pour la première fois, tu as accepté de m'emmener avec toi à condition que je fasse mes preuves. Tu as dit que je devrais mériter ma place…

Ben ne dit toujours rien.

En vérité, il ne se rappelait plus de ce qu'il avait dit ce jour-là. Tout ce qui s'était passé, tout ce qu'il avait pu dire avant d'embrasser Rey pour la première fois - et qu'elle lui rende son baiser -, lui paraissait sans importance, sans intérêt.

- Les choses ont peut-être changé entre nous , poursuivit Rey. Mais aux yeux des autres, je suis restée ton écuyère. La place d'une écuyère est sur le champ de bataille avec son maître. Ce sont les princesses et les courtisanes qui restent à l'arrière et je ne suis ni l'une ni l'autre.

- Alors c'est pour me punir. Parce que je ne t'ais pas donné de statut officiel…

Rey poussa un soupir exaspéré et se leva de son siège.

- Il ne s'agit pas de toi, mais de moi , insista-t-elle. Si je veux que les autres m'acceptent, je ne peux pas seulement exister à travers toi. J'ai eu une formation de Jedi, je sais me battre. J'ai appris: auprès de toi et de Daeron. A quoi bon avoir fait tout cela, si je me cache sous ta tente dès que sonne l'heure de la bataille? Aujourd'hui, j'étais aux côtés de tes soldats. J'ai fait couler le sang avec eux. Et je t'ai sauvé la vie!

- Tu aurais pu mourir!

- Tout comme toi!

La peur le disputait à la colère dans le cœur de Ben. Ne pouvait-elle pas comprendre que mourir était plus tolérable que de la perdre? Elle était plus précieuse que lui. Tellement plus précieuse.

Rey sentit sa détresse irradier sur elle comme la chaleur d'un feu. Spontanément, elle se rapprocha de lui pour prendre son visage entre ses mains et l'inciter à regarder face à face. Ce n'était pas simple, car elle aurait dû se tenir sur la pointe des pieds pour espérer atteindre sa hauteur. Et lui devait enfoncer son menton entre ses clavicules.

Elle aurait aperçu sur le champ de bataille, se battant avec la force et la rage d'un démon. Sa mâchoire ouverte serait fuir des cris de guerre et entrevoir des dents carnassières. Mais entre ses mains, son visage prenait l'expression d'un enfant timide.

- Si je peux accepter de te voir aller devant la mort, dit-elle. Si je peux te laisser te dérober à mes yeux et passer de longs. Sans savoir où tu es, si tu es vivant ou mort, alors tu dois faire de même. Si j'arrive à endurer cela, alors tu peux aussi.

- Mais ... ce combat est le mien. Pas le tien, protesta-t-il la gorge serrée.

Rey soupira, prise d'un doute. Quel moment avait-elle décidé de prendre parti? Elle savait que son geste n'était pas anodin: dès lors qu'elle avait vu les armes contre les ennemis de Kylo Ren, elle ne pouvait plus rester neutre. Elle ne pouvait pas faire comme les Jedi et se retrancher dans un temple ou un monastère et prétendre que les querelles du Clan ne la préoccupaient pas.

- A partir du moment où j'ai accepté de te suivre, dit-elle, puis d'être ton écuyère. J'ai lié mon destin au tien.

C'était sa seule vérité. La seule a choisi à laquelle elle pouvait se raccrocher. Elle se fichait du Clan, du trône et de toutes ces inepties. Mais elle ne pouvait ignorer Ben. Il était ce qu'elle avait de plus tangible, le seul socle sur lequel elle pouvait s'appuyer au milieu du chaos qu'était devenu sa vie. Elle s'agrippa à ses épaules, respira l'odeur de ses cheveux et se laissa emprisonner entre ses bras solides. Son souffle chaud sur sa nuque, l'épaisseur de sa poitrine, puis le goût de sa bouche sur l'étienne étaient les seules choses réelles pour elle. Tout le reste n'était qu'illusion.


Lord Frak usa de toute sa diplomatie pour convaincre Kylo Ren d'organiser une réunion afin de faire état de la situation. Ils furent tous réunis dans la grande salle. Ren avait choisi de siéger sur l'estrade où le seigneur rendait habituellement la justice, dans un fauteuil de chêne massif, ses chevaliers au grand complet réunis autour de lui. Tandis que Berid Frak, Pyrcel Yama, Allen et Kartrak Fywre, Sir Traya et Sir Quinlan, tous deux vassaux de Muraka, ainsi que d'autres barons des fiefs de Bane, Adanar et Voren demeuraient debout, alignés devant lui. Tous les officiers de son armée étaient rassemblés autour d'une tapisserie étalée au sol, représentant les territoires du Clan. Des figurines en bois avaient été disposées pour matérialiser l'avancement des troupes.

- Avec la reprise des forteresses de Tulak et de Penza, nous avons repoussé l'adversaire dans ses retranchements, commenta Lord Frak. Il serait rentable d'engager des pourparlers afin de négocier leur reddition.

- Parce que vous pensez qu'ils auraient disposé de le faire? demanda Kylo Ren d'un ton voyou.

- Il serait dans la logique de la diplomatie d'offrir une porte de sortie à nos adversaires, tant que nous avons reçu.

- J'ignorais que les Sith avaient pour habitude de suivre la voie de la diplomatie. Je croyais que c'était une lubie réservée aux Jedi.

La remarque acerbe du Roi fit rire les seigneurs et chevaliers présents. Lord Frak laissa cette boutade glisser sur lui. Il avait trop pratiqué les intrigues de la cour et enduré la félonie de Snoke pour être déstabilisé par les moqueries d'un jeune homme arrogant.

- Que votre Altesse me pardonne. J'avais cru comprendre que vous aviez hâte d'en finir et que la situation redevienne stable. Si nous n'offrons pas de fin pacifique aux renégats, ils n'auront pas d'autre choix que de continuer à se défendre. Votre audace tactique vous permet de gagner deux forteresses en un temps record. Mais Tulak et Penza représentent peu de choses en comparaison des moyens dont dispose Azrakel. Le conflit au sein du Clan pourrait perdurer encore des mois avant que nous obtenions la victoire…

- Et je devrais pour cela tendre la main à l'homme qui a tenté de m'assassiner, dans le Temple, en pleine messe et qui est de surcroit responsable de l'assassinat félon de Lord Muraka? Devrais-je me présenter devant Lady Muraka et lui dire que j'ai offert l'armistice aux meurtriers de son frère?

Des grognements approbatifs accompagnèrent ses paroles. Frak les ignora encore. Il n'était pas concentré que sur Ren. Il aurait payé cher pour saisir les motivations du Roi. Voulait-il véritablement se venger d'Azrakel? Ou bien avait-il peur de passer pour un tendre s'il montrait trop d'empressement à offrir la paix à ses ennemis?

- Rien ne vous force à négocier directement avec Azrakel.

Tous se retournèrent vers le jeune Pyrcel Yama. L'adolescent avait fait un pas en avant et, de sa voix encore chevrotante, s'était adressé directement à Ren.

- D'autres seigneurs orientaux pourraient se laisser convaincre de se désolidariser des renégats. Vazarii, Dakhan et Kressh représentent des territoires moins importants. Ils auraient bien plus à perdre dans une guerre civile.

- Sans parler des conflits que certains bannerets entretiennent avec leurs propres suzerains, intervint un autre chevalier. Contre la promesse de terres plus vastes ou de sommes d'or conséquentes, beaucoup n'hésitent pas à retourner contre leurs maîtres.

- Pour d'autres, les négociations seront encore plus avantageuses.

C'était Sir Quinlan, de la Maison Muraka, qui venait de prendre la parole.

- Cette jeune furie, que vous avez graciée tout à l'heure, est Bazine Ventress. Les Ventress sont vassaux de la Maison Hux. Je suis certain que Lord Ventress serait prêt à retourner sa veste contre la garantie qu'on ne touchera pas à un cheveu de sa fille.

- Mais officiellement, les Hux n'ont plus de chef depuis que Lord Hux Armitage a pris la fuite.

- Je crois savoir qu'Azrakel à fait main basse sur ce domaine. Après la disparition de son cousin, il a envahi le fief avec ses troupes. Il a agit ainsi selon le droit Sith, qui permet de prendre possession d'un domaine par la force, s'il n'y a pas d'héritier légitime direct.

- Mais il n'a pas fait ratifier cette prise par la Couronne. Comme l'exige la loi. En conséquence, votre Altesse, vous êtes en droit de contester cette possession et de la revendiquer au nom de la Couronne.

Kylo Ren avait écouté attentivement chacune de leurs remarques. Il se gratta le menton, semblant méditer. Puis il se tourna vers l'un de ses chevaliers.

- Alvarr !

Un grand blond au nez aquilin se détacha du groupe et s'agenouilla devant le Roi.

- Rassemble une escorte d'une dizaine de gardes. Tu porteras à Lord Ventress une missive que je te remettrai. Avec une mèche de cheveux de Lady Bazine.

- Une mèche de cheveux seulement ?

- Cela suffira dans un premier temps. En fonction de sa réponse, nous verrons si nous lui envoyons d'autres morceaux.

- Sur ce, le chevalier se leva et quitta la pièce.

Un silence, que personne n'osa rompre, était tombé sur le reste de l'assistance.

- Voilà comment je vois les choses, reprit alors Kylo Ren: Sir Allen et Sir Kartrak, vous irez avec un détachement de dix mille soldats assiégés le château de Vazarii. Pendant que vous ravagerez le domaine, tentez de sonder les hobereaux pour voir ceux qui seraient susceptibles de trahir leur suzerain. Pour les convaincre, dites-leur que j'offre mille pièces d'or et le droit de conserver les taxes sur leurs paysans pendant trois ans. Et à ceux qui m'aideront à renverser les Vazarii, j'en ferai les nouveaux maîtres du fief.

Les frères Fywre comprirent qu'on les congédiait et partirent à leur tour après s'être inclinés devant Kylo Ren. Peu à peu la salle se vida des officiers à qui le roi confie telle ou telle mission, divisant progressivement son armée sur le territoire Ouest du Clan. Bientôt, il ne resta plus que Lord Frak, Pyrcel Yama, Messire Vos, Messire Karness et Sir Nadd.

- En dernier lieu, énonça Kylo Ren, j'ai décidé que toutes les places fortes qui ne sont pas directement placées aux frontières des territoires du Clan se verraient supprimer leurs remparts.

Un frémissement d'étonnement et de consternation à travers le groupe.

- Mais… majesté, les remparts représentent la principale défense des châteaux.

- J'en ai bien conscience. Mais il me parait aberrant que des remparts soient dressés à l'intérieur même de notre Royaume. Contre qui se protègent ceux qui érigent ces remparts, si ce n'est pas de leur voisin, de leur Roi. Voilà de quoi encourager les rébellions quand chacun peut se retrancher chez soi. Je veux mettre un terme à cela. Qu'il n'y a pas un lieu, pas une demeure où je ne peux entrer si l'envie m'en prend.

- Comment assurer la sécurité des nobles contre les rébellions paysannes alors?

- En demandant par les traiter équitablement, selon la réglementation que je vais mettre en place. Je veux que les impôts et les taxes ne soient plus payés selon le bon vouloir du seigneur d'une année sur l'autre, mais par la Couronne, et en fonction des quantités récoltées.

- En somme, vous ôtez aux seigneurs orientaux leur indépendance. De quoi leur donner plus de raisons de se révolter.

- Mon mais est d'empêcher la famine dans les campagnes et par là-même de juguler toute velléité de révolte chez les paysans.

- Ce sont les réformes qu'avaient entreprises la Reine Leia, lança sournoisement Messire Vos. C'est ce qui a entrainé l'avènement de Snoke.

- Et si Snoke n'avait pas laissé l'incurie gagner les fiefs et serré la visse à certains seigneurs cupides, il ne se serait pas retrouvé avec une rébellion hilote sur les bras, et il serait toujours sur le trône…

Kylo Ren avait parlé d'une voix calme où perçait la menace. Il scrutait les visages de ses interlocuteurs, traquant chaque frémissement, chaque crispement de mâchoire. Encore une fois, ce fut Lord Frak qui demeura le plus impassible.

- Si nous détruisons les remparts des châteaux, ils reconstruisent… tenta timidement Sir Nadd.

- Le temps qu'ils voient les moyens nécessaires, j'aurais fait placer un bailli dans chaque fief. Comme il en existait les temps de Dark Vador…

Un nouveau frisson. Kylo ne met retenir un rictus. Il avait conscience de naviguer en eaux troubles. Il voulait refondre le Clan, tel que voulu rêvé à sa mère: plus équitable entre les différentes classes sociales, plus souple dans l'ascension des personnes loyales et méritantes. Mais là où Leia s'était montrée trop flexible, trop confiante, trop compatissante… lui serait impitoyable. Quiconque s'opposerait à ses plans serait écrasé. Il n'y avait pas de place pour les compromis ou la miséricorde.

- Enor! Sen-Adge!

Les frères Milleniale approchèrent et s'agenouillèrent devant leur maître.

- Depuis le temps que je vous promets un fief pour remplacer celui qui vous a été confisqué. Que diriez-vous de ceux de Hux et Azrakel?

Enor et Sen-Adge levèrent la tête de concert, la même expression de stupeur plaquée sur le visage.

- Bien sûr, il vous faudra les arracher des mains d'Azrakel… Vous serez peut-être même obligé de les lui couper…

Dans une synchronisation des mouvements parfaits, les deux frères se frappèrent du poing la poitrine et déclamèrent à l'unisson leur serment d'allégeance au Roi. Ce dernier les enjoignit alors à prendre la moitié des effectifs restants et à partir de que possible vers l'Ouest. Les frères Millenial se levèrent ensemble et partent de leur tournée, ont obtenu davantage le nombre de personnes reçues.

- En ce qui me concerne, poursuivit Kylo Ren. Je compte prendre mes quartiers au château de Mustafar.

- Mustafar? Mais ce lieu n'est plus plus habité depuis des années.

- C'est pourquoi je vais entièrement le faire rénover. Et j'y accueillerai les ambassadeurs des contrées voisines dans les prochains mois…

- Majesté…

Frak, qui luttait depuis plus d'une heure pour conserver son flegme, sentait ses nerfs se tendre comme les cordes d'un luth. Il avait compris depuis un certain temps que ce jeune roi était une tête brûlée, avide de reconnaissance. Mais était-il un fou et un inconséquent par-dessus le marché? Bien plus dangereux que ne l'était Snoke…

- Mon devoir d'Intendant m'oblige à vous mettre en garde contre les dépenses à venir, articulé avec la plus froide des locutions. Votre campagne conduite contre les renégats - quoique nécessaire - a englouti la moitié du Trésor Royal, qui se trouve déjà assez maigre en raison des dépenses faites par Snoke. Puisque vous avez refusé d'entamer des pourparlers, le déficit ne va faire que s'agrandir…

- Lord Frak, l'interrompit Kylo Ren, me prenez-vous pour un perdreau? J'ai mené suffisamment de batailles hors des frontières du Clan pour savoir ce que coûte une guerre.

- Alors avec quels moyens voulez-vous restaurer un château abandonné depuis plus de cinquante ans et le rendre habitable pour accueillir une délégation d'ambassadeurs habitués aux fastes et au confort de Mandalore, Naboo ou Alderaan?

- Les pierres que je vais arracher aux remparts de Tulak et Penza serviront pour le gros œuvre.

- Et pour le reste? ... il va falloir entièrement le remeubler, désencombrer les cheminées, sans parler de la végétation qui a dû reprendre ses droits depuis un long moment…

Kylo Ren chassa toutes ses observations d'un geste d'humeur.

- C'est du détail qui sera vu en temps et en heure. Avec les accords commerciaux que je compte obtenir avec cette réunion au sommet, j'arriverai à renflouer les caisses.

- N'est-ce pas vendre la peau de l'Ewok avant de l'avoir tué?

- Je croyais qu'en tant qu'Intendant, vous comprendriez qu'avant d'espérer obtenir des résultats, il faut miser gros…

- En tant qu'Intendant, je dois évaluer les risques…

- Les risques sont calculés, asséna Ren. Si vous n'avez pas d'autres questions à soulever, la séance est levée.

Berid Frak ne se considère pas comme un homme orgueilleux. Se retrouver estropié à saisir et par son propre frère, il avait appris qu'on ne gagne rien à s'entendre quand le combat est perdu d'avance. Mais l'arrogance et l'inconséquence de ce jeune barbare mettait sa patience à l'épreuve grossière. Peut-être si la journée avait été moins éprouvée… Peut-être si sa jambe le faisait moins souffrir, alors qu'il était debout depuis des heures, après une chevauchée infernale… Peut-être si Fénide avait été présenté aujourd'hui à ses côtés pour adoucir un peu ces moments pénibles… Peut-être n'a-t-il pas besoin de ses pierres dans la mare.

- Si votre Altesse n'y voit pas d'inconvénient… J'aimerais aborder le sujet de votre écuyère…

Ren, qui s'apprêtait à se lever, fut coupé dans son élan. Figé dans une position semi-assise, semi-debout, les doigts agrippés sur les accoudoirs de son fauteuil comme un vautour à sa branche, le Roi fixa son Intendant avec mépris.

- Qu'a à voir mon écuyère dans ton ceci?

Si jusque là Kylo Ren s'était contenté d'afficher son mépris et sa suffisance, le ton de sa voix devint menaçant.

- Rien en particulier, répondit Lord Frak, placide. Simplement, en ces temps difficiles, l'entourage de Votre Majesté doit faire l'objet d'une vigilance extrême. On ne peut se permettre qu'une potentielle espionne reste à vos côtés, alors que vous avez déjà été la cible de deux tentatives d'assassinats.

Le visage de Ren passa de la colère à la stupeur. Et de la stupeur à l'hilarité. Devant tous les témoins réunis, le Roi Sith éclata d'un rire tonitruant. Il se répara de toute sa hauteur et de son droit sur Lord Frak, qui ne bougea pas d'un cil.

- Rey, une espionne? C'est bien la a choisi la plus stupide que j'ai jamais entendue.

- Il y a encore de quoi se poser des questions, insista l'Intendant. Elle n'est pas connue de personne à la Cour, ni dans le Royaume. Tous vos chevaliers n'ont jamais vu l'avoir vue avant que vous n'entriez dans Korriban. Et, du jour au lendemain, elle devient votre écuyère et votre servante la plus intime…

Kylo sentit la pointe de ses oreilles prendre feu. Comment ce vieux boiteux osait-il étaler son intimité devant ses vassaux? Et de quel droit menait-il une enquête sur son entourage? Et comment avait-il obtenu ces renseignements de ses chevaliers? Qui les avait interrogés? Pourquoi ne voulait-on pas prévenu?

- De plus, poursuiviit l'Intendant, en prenant l'assemblée à témoin, j'ai ouïe dire qu'elle était présente dans le Temple d'Aleema, lors de l'attentat et qu'elle est parvenue à en sortir sans encombre , alors même que vous et vos chevaliers étiez pris au piège dans une pièce attenante. Avouez qu'elle a bénéficié d'une chance insolente…

Kylo tourna instinctivement son regard vers le jeune Pyrcel. Ce dernier, visiblement très embarrassé, garda la tête inclinée vers le sol et fixait passionnément le bout de ses bottes.

Dire qu'il commençait à trouver ce garçon sympathique! Cela lui apprendrait…

- Vous-même semblez avoir nourri quelques soupçons, insista encore l'Intendant, fielleux. Puisque vous l'avez écartée de votre service, peu de temps avant l'attentat…

- Cela n'a rien à voir! Et je ne vous permets pas de présumer de mes pensées, de mes actions ou de leur raison d'être! ...

Il était à deux doigts de dégainer son épée et d'embrocher ce serpent. Son venin rendait suspect même les faits les plus anodines.

- Elle a porté secours au Roi, lança Pyrcel d'une voix timide. Une espionne de Lord Azrakel n'aurait pas agi de la sorte…

- D'Azrakel peut-être pas… Mais de la Rébellion des hilotes…? N'était-elle pas présente au manoir Yama, lorsque le rebelle Poe Dameron a mystérieusement disparu?

- Rey n'a rien à voir avec la Rébellion!

- Comment en être sûr?

C'était Messire Traya qui venait d'intervenir.

- Ces chiens sur leurs espions jusque dans les murs de Korriban. Ce serait bien leur genre de jeter une de leurs catins dans le lit du Roi.

Cette fois Kylo sortit son épée. Avant que quiconque n'ait pu réagir, il saisit l'autre par le col et lui glissa en boiteux sur la jugulaire.

- Retire ça tout de suite, gronda-t-il, les dents serrées. Ou je jure que ce seront tes dernières paroles.

Voyant la scène, certains seigneurs Sith dégainèrent à leur tour leurs épées. Ils étaient imités par les chevaliers de Ren, qui se rassemblèrent autour de leur maître, comme une nuée de corbeaux.

- De grâce, rengainez vos armes! retentit la voix frêle de Pyrcel Yama dans la salle. Tout ceci n'est qu'une épouvantable méprise!

Le jeune garçon jeta des regards implorants à son oncle qui, impassible, observait la scène avec délectation. Pyrcel courut d'un camp à l'autre, tenta de séparer Ren et Messire Traya, en vain.

- Traya, retirez votre insulte! abjura-t-il. Majesté, expliquez-leur pourquoi ils se trompent!

Comme les deux demeuraient obstinément empêchés dans leur conflit, l'adolescent s'écarta de. Poussant un soupir résigné, il jeta à la cantonade:

- Je sais, moi, que Rey n'est pas une espionne de la Rébellion ou d'Azrakel. C'est une Jedi du Temple d'Endor…

Cette fois-ci, tous se tournent vers lui et lui accordèrent toute leur attention.

- Je le sais, affirma Pyrcel, pour l'avoir côtoyée pendant plusieurs semaines. Elle était l'élève attitré de Luke Skywalker.

- Messire Traya, qui avait toujours la lame de Kylo Ren sous le menton, regarda intensément ce dernier.

- Est-ce la vérité? demanda-t-il.

Ren ne répond pas tout de suite. Quelque chose a choisi avait brusquement changé dans l'atmosphère. Les seigneurs Sith semblaient tenir leurs armes avec moins de fermeté. Quelque chose a choisi comme du doute, ou de l'espoir, semblait imprégner leurs visages. Kylo n'était pas certain de comprendre ce qui se passait.

- Oui, répond-il.

- Alors, articula Traya, je retire ce que j'ai dit et j'implore votre pardon.

Pris au dépourvu, Kylo desserra sa prise et laissa finalement l'homme reculer. Celui-ci se mit à genoux et répéta ses vœux de repentance. Tous les autres rengainèrent leurs épées et l'imitèrent. La situation était de plus en plus bizarre.

Seul Lord Frak était resté debout - sa mauvaise jambe l'empêchait de s'agenouiller comme les autres -, ainsi que Pyrcel, qui continuait d'afficher une attitude déférente.

- J'aimerais comprendre, lança cependant l'Intendant. Comment une Jedi a pu se retrouver sous votre protection?

- Votre neveu vient de dire, répliqua Kylo avec défiance. Elle était la padawan de mon oncle. J'ai retrouvé leurs traces après la destruction du Temple. Luke était mourant. Il a juste eu le temps de moi la confier avant de rendre son dernier souffle.

- Alors c'était la volonté de la Force, murmura l'un des Sith avec une étrange ferveur dans la voix.

Ses compagnons semblèrent approuver.

- L'équilibre n'a pas été rompu. Le Clan n'est pas condamné.


A des kilomètres de là, sur la côte sud, un bateau était arrimé dans le port d'Arkanis. Ses grandes voiles étaient repliées tandis que la coque, ballotée par les eaux, tanguait mollement comme un homme ivre sur sa chaise. La pluie tombait, diluvienne, sur la ville. C'était une chose courante dans cette région au carrefour de plusieurs vents marins. Les matelots vaquaient à leurs occupations: tressant les cordages, arrimant les marchandises soigneusement empaquetées et protégées avec de la toile cirée.

Une silhouette sombre s'approcha du navire baptisé Le Gallius . L'inconnu s'arrête au bout du ponton devant la planche qui permettait à l'équipage de faire des allers-retours entre le vaisseau et la terre ferme. Il ne bougea pas. N'interpela ni le capitaine, ni le mousse, ni la vigie, ni aucun des matelots qui passaient près de lui. Il Semblait simplement attendre que quelqu'un daigne le remarquer et lui consacrer un peu de son temps.

Après quelque minute, ce fut une silhouette tout aussi sombre qui descend du navire pour le rejoindre. C'était un homme roux, au visage pâle et étroit.

- Cousin ! interpella-t-il l'individu en guise de salut. Je craignais que vous ne manquiez pas de l'embarquement et que je doive partir sans vous faire mes adieux.

- Pardonnez mon retard, répondez l'autre. J'ai dû prendre des précautions pour qu'on ne remarque pas mon départ. Je préfère que l'ennemi en sache le moins possible sur mes déplacements. Et ce chien boiteux de Frak a des yeux partout.

Son interlocuteur lui tapota l'épaule.

- J'ai entendu des rumeurs. La forteresse de Tulak serait tombée…

- Et celle de Penza ne devrait pas tarder. Si ce n'est déjà fait ...

- Des sacrifices nécessaires. L'important est que vous teniez. Jusqu'à ce que j'ai pu rejoindre nos alliés à l'Ouest. Au moment où le Bâtard pensera être en sécurité, le piège se refermera sur lui.

- J'eus préféré réussir à tuer lors de l'attentat, grommela l'autre. Et ne pas avoir eu à profaner inutilement le Temple.

- Je vous ai déjà dit de ne pas vous appesantir sur ses superstitions d'un autre âge. Et votre geste n'aura pas été vain, nous nous permettons de glisser le ver dans la pomme.

- Tout de même… La destruction du Temple Jedi avait déjà considérablement ébranlé l'esprit de nos partisans. Même si j'admets que leur suggérer l'idée d'un sacrifice expiatoire s'est révélé efficace… Je me demande quelle tête ils feraient en découvrant que vous en étiez encore l'instigateur.

- Laissez-les passer encore un sous le joug du Bâtard, et leurs pleureront pour que Hux le Blasphémateur vienne les en délivrer.

- Vous semblez vous être attaché à ce surnom…

- Il me va plutôt bien, vous ne trouvez pas pas?

Hux sourit en redressant crânement le menton. Azrakel se contenta d'un haussement de sourcils. Il sortit de sous son manteau une liasse de lettres cachetées qu'il remit à son cousin.

- La Dame me les a confiées peu de temps avant que je ne quitte Aleema. Elle espérait que je trouverais le moyen de vous les remettre.

Hux s'en saisit en prenant garde de les protéger de la pluie.

- Voilà qui va m'offrir une lecture distrayante durant la traversée. Et pour l'autre ? Avez-vous pu lui parler?

- Ça n'a pas été évidemment. Avec tous ses compagnons qui l'entourent en permanence… Mais j'ai eu la confirmation de son aide le moment venu.

- Bien. En ce cas, je n'ai plus qu'à vous faire mes adieux, Cousin. Qui sait quand nous pourrons nous revoir?

Les deux hommes s'étreignirent brièvement. Puis Hux remonta sur le Gallius , dit Azrakel derrière lui. Ce dernier demeura dans le port, sous la pluie battante, jusqu'à ce que le vaisseau ait disparu à l'horizon.