Chapitre 34 : La troisième épreuve

Voilà, la troisième fois, fut vraisemblablement la bonne.

J'étais destinée à mourir durant les jeux, peu importe leur forme d'ailleurs. Cette fois-ci, « ils » semblaient avoir enfin eu gain de cause. Et pourtant, j'avais fait de mon mieux pour ne pas leur faciliter la tâche. Après tout, c'était peut-être mieux ainsi. C'était moi qu'ils voulaient. Alors peut-être que ma mère, Peeta et les autres seraient en sécurité maintenant ? Peeta. Après tout ce qu'il avait vécu à cause de moi. Moi qui m'étais enfin décidée à m'ouvrir plus à lui, à lui donner ce qu'il attendait depuis tellement longtemps et à me rendre compte que je m'étais moi-même privée d'un bonheur à portée de main. Être heureuse, un concept qui m'avait semblé, durant tant d'années, être complétement abstrait. Bon je ne pouvais pas dire que je me sentais pleinement heureuse tout le temps. Ce que je partageais avec Peeta était une forme de bonheur que je n'avais jamais connue, même si j'avais parfois l'impression que c'était une autre personne que moi qui vivait cela avec lui. J'aurais dû essayer de moins penser comme un automate sans cœur, vide de toute émotion. Mais ça n'était pas moi, ça ne l'avait jamais été. Jamais je n'aurais dû baisser autant la garde, le retour de bâton était tellement violent quand on se laissait aller un petit peu, qu'on pourrait en oublier à la douleur. Peux être valait-il mieux vivre avec la douleur même si parfois cela pouvait sembler insupportable, mais en vivant comme cela il n'y avait pas de mauvaises surprises, on y était habitué à force et à en devenir dépendant. Au moins maintenant je n'aurais plus ce genre de réflexions à avoir sur ce sujet. Mon père, Rue, Cinna, Finnick, Prim, Haymitch, et même ma meilleure amie Madge…Tant de monde était mort à cause de moi ou pour moi. J'allais peut-être enfin trouver la paix maintenant ? Peut-être, finalement, était-ce une forme de délivrance ? J'avais souvent tendance à penser que j'aurais mieux fait d'avaler, seule, ces baies dans la première arène, cela aurait évité bien des horreurs et cela m'aurait éviter d'embarquer Peeta dans tout ceci. Mais si j'étais morte, pourquoi alors, avais-je mal à la tête ? Pourquoi avais-je l'impression de peser une tonne et d'avoir la bouche pâteuse ? Et ces bruits que je percevais ? Tout était silencieux il y avait encore quelques minutes…Le noir devenait moins noir, il y avait comme des flashs, les sons se faisaient plus distincts…

Une décharge électrique me parcourt le corps, je m'entendis hurler tout en ayant l'impression que cela venait de loin. Une autre encore. Cette fois-ci j'ouvrai les yeux, tout était flou. Une troisième à présent, je sentais les larmes rouler le long de mes joues mais je ne criais plus. Ma tête me faisait un mal de chien, j'avais la nausée.

J'essayais de bouger, et je me rendis compte que j'étais sanglée comme un saucisson sur une chaise, les pieds nus dans ce que je supposais être une bassine d'eau froide. Je devinai une forme floue passer devant moi, puis on me plaqua la tête en arrière sans ménagement, et quelqu'un commença à m'introduire des sortes de forceps au niveau de mes paupières. En m'enfonça ensuite un morceau de caoutchouc dans la bouche et on me sangla la tête contre un appui-tête en bois. Je sentais mes yeux qui me brulaient. Je n'arrivais toujours qu'à distinguer des formes, des lumières vives, mais c'était toujours relativement flou. Une nouvelle décharge me parcouru le corps, plus violente que les autres cette fois-ci, du moins, me semblait-il.

- C'est l'heure d'émerger Mademoiselle Everdeen. Me dit « la voix » dans l'oreillette.

C'était de nouveau une voix avec un filtre, pas celle de Snow, que j'avais entendue dans la première pièce, après avoir tué le clone de Rue.

- Vous avez suffisamment dormi comme cela.

Je dois vous avouer que je suis déçu.

Je pensais que vous décideriez de sauver votre peau et de sacrifier Monsieur Abernathy, de le libérer en quelque sorte.

Il était de toutes manières condamné d'une manière ou d'une autre.

Cela aurait été bien pour mon émission en direct.

J'ai dû jouer un peu avec le montage, improviser.

D'un autre côté, c'est ce qui me plait chez vous, votre imprévisibilité.

Enfin, j'espère qu'il trouvera le repos salvateur dont il avait besoin maintenant.

Mon esprit était encore embrouillé. Était-ce bien Haymitch dans la précédente pièce ? Était-il vraiment mort ? L'on ne me laissa pas le temps de me poser trop de questions. De nouveau une forme s'arrêta devant moi, et s'employa à me verser du liquide dans les yeux. C'était une sensation insupportable, de plus que je ne pouvais pas cligner des paupières, étant donné que celles-ci étaient bloquées par les forceps oculaires.

- Bien, passons maintenant à d'autres choses Katniss.

Vous vous souvenez sans doute de l'état de ce cher Peeta à son retour dans le treize ? Ne me répondez pas ce n'est pas utile je sais que vous vous en souvenez.

Notre petite arme humaine a été plutôt efficace, enfin pas totalement puisque vous êtes toujours de ce monde, mais il l'a été suffisamment pour vous déstabiliser.

Je suis néanmoins quelque peu ennuyé de constater que vous semblez avoir contribué à son rétablissement.

Quel dommage, nous avions tellement d'autres projets pour lui.

Mais rien n'est totalement perdu, et sa guérison est loin d'être acquise.

Sachez bien que vous aurez toujours à craindre des rechutes de sa part.

Puisque vous êtes si proche de lui maintenant, je pense utile, voir logique de vous « montrer » en quelque sorte ce qu'il a subi. Ne me remerciez par, je pense que c'est important dans un couple de se comprendre l'un l'autre.

Cependant, pour vous Katniss, qui êtes, j'en suis convaincu, un spécimen plus résistant, nous avons opté pour le cours intensif.

Vos yeux son bien grands ouverts, j'espère que l'effet des goutes, que l'on vous a inoculé il y a quelques instants, commence à faire effet ?

Le fait que votre vue soit altérée est l'un des effets secondaires du gaz que vous avez inhalé en petite quantité. Ce phénomène peut perdurer plusieurs jours mais avec le remède que nous vous avons donné cela devrait s'estomper d'ici peu.

J'oubliais, vous devez savoir que nos équipes vous ont sauvé à temps, vous et vous seule je le précise. Dit « la voix » en riant.

Je m'égare, trêve de plaisanteries, il nous faut entrer dans le vif du sujet.

Nous allons vous diffuser plusieurs images, juste ici, en face de vous, puis à l'issu des visionnages, je vous poserais des questions et à chaque mauvaise réponse de votre part, vous aurez le droit à une décharge électrique ou à une piqure de guêpe.

Vous savez ces adorables insectes génétiquement modifiés ?

Alors pour me répondre c'est simple, sous vos mains se trouvent deux boutons.

Celui sous votre main gauche servira à répondre « oui », celui situé sous votre main droite sera pour répondre « non ».

Vous voyez, les règles de ce petit jeu sont assez simples, Mademoiselle Everdeen.

Son sourire sadique pouvait s'entendre malgré cette l'utilisation de cette voix robotique.

- Bien, je vais vous montrer un premier film et ensuite je vous poserais des questions. Celles-ci seront simples.

Vous êtes prêtes ?

Évidement que non je ne l'étais pas ! j'aurais tellement aimé avoir été tuée par ce gaz toute à l'heure, j'aurais dû me douter qu'ils n'allaient pas me laisser tranquille si facilement. J'arrivais désormais à voir un peu mieux même si ce n'était pas parfait.

Un rectangle blanc se forma, sur le mur en face de moi, et je pu distinguer un décompte : 5, 4, 3, 2, 1…Le film débuta, il s'agissait de mon interview lors des premiers jeux avec César. Il venait de me poser une question, concernant mon au-revoir avec Prim et le fait que je lui avais promis de gagner les jeux pour elle. Puis ensuite, la vidéo bascula sur des images des jeux, des images de Rue avec moi, lorsqu'elle m'avait soigné, quand je lui avais dit que je ne lui ferais pas de mal, puis sa mort. Le film s'arrêta là.

- Que d'émotions, vous qui semblez être hermétique à tellement de choses !

Première question : Compte tenu de votre belle promesse faite à votre petite sœur, oui ou non avez-vous été soulagé de la mort de Rue ?

Instinctivement j'appuyais sur le bouton « non » ! Immédiatement je reçue une décharge. De colère j'appuya de nouveau sur le bouton non ! Une seconde décharge encore plus violente fut ma « punition ».

- Mademoiselle Everdeen, vous voulez vraiment me faire croire que la mort tragique de cette petite ne vous a pas soulagé ?

Sa mort vous donnait l'espoir de vous en sortir ? Qu'allait -il arriver si vous étiez restées toutes les deux en lice ?

Vous l'auriez laissé vous tuer ? Je ne pense pas.

De même que vous n'avez pas tué Peeta, simplement car vous voulez contrôler votre image de personne à la moralité irréprochable, mais au fond vous êtes qu'une humaine.

Je vous pose de nouveau la question : Avez-vous été soulagée de la mort de Rue ?

De nouveau j'appuyais sur « non ». La sentence ne se fit pas attendre.

- Vous êtes coriace. Mais j'arriverais à vous faire plier. On passe à un autre film.

Cette fois ci il s'agissait d'images d'archives concernant Peeta et les expériences qu'ils avaient mené sur lui durant sa détention au Capitole. C'était tellement horrible à regarder mais je n'avais aucun moyen de détourner les yeux. Le voir, l'entendre souffrir comme ça, de voir les étapes de sa transformation à la fois morale et physique, l'entendre de nouveau affirmer avec conviction que je n'étais qu'une mutation génétique, une ennemie qui ne cherchait qu'à le faire souffrir…

- Alors Katniss, difficile pour vous de voir ces images ?

Ne sachant pas s'il s'agissait d'une question en l'air ou non, je cliquais « oui ».

- Je comprends, je comprends.

Les amants maudits du District douze. Quel programme !

Êtes-vous heureuse maintenant que vous l'avez retrouvé ?

De nouveau je cliquais « oui ».

- N'avez-vous aucun regret concernant vos petits batifolages avec votre « cousin » Gale ?

Instinctivement je cliquais « non ».

- Et faites-vous entièrement confiance à Peeta désormais ?

Pourquoi n'est-il pas venu en mission avec vous ? Après tout, lui aussi a survécu aux jeux à deux reprises ?

Était-ce pour le protéger de nous ? Ou était-ce plutôt pour vous protéger vous de lui ?

Lui faites-vous entièrement confiance Katniss ?

Je cliquais « oui » et comme je m'y attendais la réponse ne sembla pas contenter mon interlocuteur, je sentis une violente piqure dans le cou. Je compris immédiatement qu'il s'agissait d'une piqure de guêpe, car cette douleur là je ne m'en rappelais que trop bien.

- Katniss, pourquoi vous infliger cela ?

Vous le savez que vous ne lui faites pas confiance, vous n'avez d'ailleurs véritablement confiance en personne.

Rappelez-vous ses mains autour de votre cou.

Ou encore, il y a peu, son épisode nocturne et votre poignet endoloris ?

Comment pouvait-il savoir pour mon poignet ? Je n'en avais parlé à personne à par ma mère ! Que pouvait-il savoir d'autre sur ma vie privée avec Peeta ? J'avais du mal à me concentrer et je sentais ma gorge s'enflammer à cause du venin.

- Katniss, si votre ami Gale n'avait pas été responsable de la mort de votre sœur, c'est lui que vous auriez choisi comme compagnon ? Oui ou non ?

De nouveau sans hésiter je cliquais « non ». S'en suivi une nouvelle piqûre de guêpe au niveau du coude droit. J'essayais de crier mais ce foutu morceau de caoutchouc dans ma bouche, m'en empêchait. J'étais folle de rage et je commençais à comprendre. Si Peeta était en train de regarder ça, cela risquait de déclencher chez lui un épisode, peut-être même de le faire régresser. Et dans quel état allais-je m'en sortir moi ? Ne valait-il pas mieux, que plutôt que de tenter de dire la vérité, je ne décide de jouer leur jeu ?

Quelqu'un s'approcha de moi et m'enleva le morceau de caoutchouc de la bouche. La tête me tournait à cause du venin.

- Ça va durer encore longtemps votre petit jeu ? Dis-je tant bien que mal.

Ce n'est pas tout ça mais je commence à m'ennuyer.

Vous ne pourriez pas aller droit au but ?

- Cela n'aurait rien d'amusant. N'oubliez pas que ce qui compte c'est de divertir le public.

Un autre film peut être ?

- Si ça vous fait plaisir, visiblement je n'ai pas trop le choix, me semble-t-il.

- Si, vous pourriez être honnête avec moi et surtout avec vous-même pour votre bien, cela faciliterait les choses pour vous.

- Je suis très honnête ce n'est pas de ma faute si vous cherchez à me faire dire ce qui vous arrange.

Et ce qui me ferait du bien c'est d'arriver jusqu'à vous et de vous tuer

- Oui, comme lorsque vous avez tué Coin par exemple ?

- Coin n'allait faire que reproduire les mêmes choses que Snow, il fallait que je le fasse.

- N'étais-ce pas plutôt car elle menaçait votre statu d'héroïne sauveuse du peuple ?

- Non ! Je n'ai jamais voulu être sur devant de la scène.

- Faux, c'est ce que vous avez voulu dès que vous vous êtes portée volontaire pour sauver votre sœur.

- Non, jamais je n'aurais voulu vivre tout cela, mais je n'avais pas le choix, je devais la protéger.

- Et quoi qu'il en soit, elle est quand même morte.

- La ferme ! Dis-je en hurlant. Je vous interdis de parler d'elle !

Une nouvelle piqure d'abeille m'arracha un nouveau cri e douleur. Je commençais à avoir des hallucinations, je voyais Prim à présent dans la pièce.

- Prim ? oh Prim…Dis-je, dans un sanglot

- Katniss, dit leur la vérité et tout se passera bien, ça sera bientôt terminé.

Un nouveau film démarra alors, cette fois ci de nouvelles images d'archives montrant les tortures et les mutilations qu'avait subit Johanna…une boucherie, et Prim qui était à côté de moi et regardait.

- Il ne faut pas que tu voies ça Prim.

Le film s'arrêta.

- Alors Katniss, dernière chance pour vous de vous montrer honnête : oui ou non êtes-vous jalouse de la stérilité de Mademoiselle Mason ?

Vous qui ne souhaitez absolument pas avoir d'enfant, cela vous aiderait non ?

- Avoir des enfants dans un tel monde ne serait pas leur rendre service. Répondis-je. Mais ce n'est pas pour autant que je souhaite à quelqu'un de subir ça. Je sais que mes choix seront respectés

- Ah oui ?

Vous imaginez peut-être que Peeta vous attendra toute la vie sans avoir d'enfant ?

Que vous seule lui suffirez ?

C'est amusant maintenant, vous êtes jeunes, mais après ? Quoi ?

La routine, le travail, la frustration, la colère, la haine…

J'essayais de me raccrocher aux paroles de Peeta quand nous avions abordé le sujet, qu'il m'avait rassuré mais je savais au fond de moi que ce n'était que reculer l'échéance. Cette maudite « voix » avait raison.

- Alors Katniss, quelle est votre réponse ? J'attends.

Je cliquais « oui »

- Bravo Mademoiselle Everdeen ! Vous ne savez pas quelle fierté je peux ressentir à cet instant de vous voir enfin dire la vérité !

Voulez-vous qu'on revienne sur vos précédentes réponses peut-être ?

- Tuez-moi ! Répondis-je

- Vous tuer ? Oh non ! Quelle idée ?

En sortant d'ici, vous aurez fait peau neuve, vous pourrez vivre librement en sachant qui vous êtes vraiment.

- Et je fais comment pour sortir ?

- Oh c'est simple, je vais vous expliquer. Mais avant pardonnez-moi nous devons prendre quelques dispositions.

A ce moment je sentis plusieurs piqures de guêpes sur mes jambes, mes mains, ma nuque. Je ne savais plus si je hurlais pour de vrai ou non. Prim avait disparue. Je sentis qu'on venait me détacher et m'enlever les forceps au niveau des yeux. On me balança mes armes et mes chaussures puis j'entendis une porte se claquer derrière moi et une nouvelle s'ouvrit devant. Je tentais, tant bien que mal, d'enfiler mes chaussures et de me remettre sur pied et titubais jusqu'à la porte. Comme pour les fois précédentes, une fois franchie, celle-ci se referma aussitôt. Il faisait noir. Je ne pouvais absolument rien distinguer. Je m'aidais de ma lance pour me maintenir debout. Je ne sentis que quelqu'un s'approchait de moi.

- Nous y sommes Katniss, à la fin de votre parcours. Me dit « la voix »

Mais elle ne venait plus de mon écouteur, c'était juste à côté de moi.