Statu quo ?

Vince et Greg se regardèrent quelques instants avant de convenir qu'ils devraient en parler aux autres dès que possible. Vince rangea soigneusement la lettre qu'il venait de recevoir puis ils se rendirent à leur prochain cours. Le soir venu, alors que la bande faisait ses devoirs dans une salle des cachots protégée par leurs soins, Greg prit la parole.

-Voldemort s'agite, annonça Greg.

-Ce n'est pas une nouvelle, surtout avec le coma de Snape, décréta Blaise.

-C'est vrai, concéda Vince. Mais il a perdu le clan Nott avec le reniement de Théodore Sans Nom, le clan Malfoy maintenant que Lucius a disparu de la circulation ici et maintenant son meilleur espion auprès de Dumbledore est hors service.

-D'après nos mères, reprit Greg, il sait que le clan Black n'a officiellement plus de chef et il compte sur Draco pour le récupérer.

-Il fallait s'en douter, soupira Théo. Personne n'ignore les jeux des alliances en cours. Il est le seul enfant descendant de la lignée secondaire.

-Mais je n'ai pas l'intention de me soumettre à cet abruti, rappela Draco. Et même si je devenais lord Black, le clan sera sous la supervision de Léon qui est le lord Malfoy.

-Ce n'est comme si Voldemort était au courant de la manière dont fonctionne les sangs purs, renifla Blaise. Mais ce n'est pas notre problème. Que disent vos mères, les gars ?

-Les chiens qui suivent Voldemort et qui squattent allègrement notre maison ont parlé de sa volonté de ramener Draco à notre cause, répondit Greg. Ils n'ont bien sûr pas parlé de la méthode mais elle ne devrait changer de ce qu'ils font d'habitude.

-Ça ne me semble pas logique, fronça des sourcils Théo. Même si ça ne s'est pas répandu, tout le ministère sait que Draco est certes l'Héritier Malfoy et que le lord n'est plus Lucius mais le chef de la branche française.

-Mais il est aux abois parce qu'il n'a plus autant d'argent, rappela Draco. Les Malfoy et les Nott étaient parmi les familles qui faisaient les dons les plus faramineux. Les Black aussi dans une moindre mesure puisque les versements installés par la dernière lady Black n'avaient jamais été révoqués jusqu'à ce que Léon soit désigné lord Malfoy et ait repris la responsabilité de la Régente Black par défaut à qui il a ordonné de fermer les robinets. Voldemort se trouve dans une situation délicate pour son mouvement.

Les cinq amis se regardèrent, ne sachant pas trop quoi penser. Tant qu'ils se trouvaient à Poudlard, ils étaient en relative sécurité, du moins jusqu'à ce que Dumbledore décide de s'en prendre ouvertement aux Serpentards. L'idéal serait qu'ils puissent se défendre eux-mêmes mais ils ne se voilaient pas la face : ils étaient à peine majeurs et personne ne les prendraient au sérieux, sauf s'ils s'alliaient à plus puissant que leurs adversaires. Et actuellement, celui l'incarnait parfaitement n'était autre que Loki Potter, leur professeur de défense, qui déclinait les « propositions » de chaque camp sans qu'on ne puisse le lui faire regretter.

-Je vous avoue que la seule idée qui me vient, là, c'est d'en parler avec le professeur Potter, fit Blaise.

Des sourires gênés apparurent sur les lèvres de la bande d'amis. Visiblement, ils avaient eu la même idée.

-Puisque nous sommes tous d'accord, alors allons-y ! fit Blaise en bondissant sur ses pieds

Surpris par ses paroles, les quatre autres mirent quelques instants avant de le suivre en courant.

§§§§§

Sina et Lorean avaient abandonné leurs apparences bon chic bon genre pour reprendre la véritable.

-Ça fait du bien de déployer ses ailes, souffla Lorean.

-Je croyais que tu volais tout le temps aux Abysses, railla Sina.

-Parce que tu aimes quand tu ne portes plus ce que tu oses appeler tes vêtements ? rétorqua Lorean

Le duo se fusilla du regard avant de se tourner le dos pour terminer de se réarranger.

La gouvernante et l'intendant des Abysses avaient décidé de ne plus user de faux-semblants car la mission qui leur avait été confié l'exigeait. En effet, maintenant que l'essentiel des horcruxes étaient entre les mains de Loki, ce dernier avait besoin de localiser Nagini, le serpent de compagnie de Voldemort. Ils devaient établir s'il était le familier de ce sorcier de pacotille – ce qui serait illogique puisqu'un tel lien doit être bénit par Magia en sachant qu'il la bafoue à chaque pas qu'il fait – ou du moins, confirmer son statut d'horcruxe. Grâce à la lettre que Voldemort avait envoyé à Harry, ils avaient un échantillon de sa magie mais il leur faudrait ratisser tout le pays minutieusement pour pouvoir localiser le serpent et éventuellement son maître. Mais comme ils n'avaient pas le temps, ils avaient laissé tomber leur apparence humaine pour celle dans laquelle ils étaient beaucoup plus à l'aise.

Profitant du fait que les sorciers ne savaient pas « voir », le duo se protégea des regards curieux des autres créatures magiques avant de se mettre en chasse. Lorean déploya ses ailes pour voler au plus près de la cime des arbres tandis que Sina sautait d'arbres en arbres, grandement aidée par sa légèreté et sa souplesse naturelle combinée à sa longue queue qui lui servait de balancier. Ils avaient décidé de partir de Poudlard – notamment pour vérifier la forêt interdite qui se trouvait dans une poche spatiale – puis de s'éloigner petit à petit.

-La magie est faible, constata Lorean.

-Nous avions déjà établi que c'était parce que les sorciers ne l'honoraient pas et qu'ils opprimaient les autres races magiques dans un élan de supériorité injustifié, haussa des épaules Sina. Avec ou sans Voldemort et sans Dumbledore, s'ils continuent dans la même direction, la magie s'éteindra sur l'archipel dans moins de trois siècles.

-C'est rapide, nota Lorean.

-Nous parlons d'autant de temps où Magia est bafouée, rappela Sina.

-Pas faux, concéda Lorean.

Ils continuèrent leur chemin avant de ralentir, alertés par une signature magique proche de celle de Voldemort.

-Ce n'est pas ce fou, grogna Sina.

-Mais peut-être là où il a vécu voire là où se trouve l'un de ses chiens, réfléchit Lorean.

-Je pencherai sur la première solution, fit Sina.

-Moi aussi, avoua Lorean. Nous savons que Voldemort s'est installé dans le manoir de sa famille paternelle après sa renaissance mais on ne sait pas quel endroit il squattait pendant qu'il mettait le pays à feu et à sang.

-Allons-y, poussa Sina.

Ils se rapprochèrent donc et firent disparaître leurs appendices non nécessaires pour leur visite pour étudier les barrières magiques présentes.

-Elles n'ont pas la signature magique de Voldemort ! s'étonna Sina. Mais ce sont clairement des sorciers.

-Des sorciers qui ne se limitent pas à la magie sorcière, fronça de sourcils Lorean. Ça ne correspond qu'à un groupe. Le département des Mystères.

-Ce qui expliquerait le fait que Voldemort ne soit pas revenu ici à sa renaissance, fit Sina.

Délicatement, Lorean effleura les barrières pour prendre connaissance de leur constitution.

-On ne va pas pouvoir y entrer maintenant, révéla Lorean. Seules les langues de plomb peuvent entrer et l'une des barrières enregistre la signature magique de ceux qui la passent. Je ne suis pas sûr que ce serait une bonne idée que les sorciers britanniques découvrent que les djinns et les anges ne sont pas que des mythes.

Sina sourit. L'expansion des religions monothéistes n'avait pas du tout fait de bien à son peuple, comme pour la plupart des races magiques. Face aux persécutions toujours plus grandes, les amghar, les chefs de tribus (touareg) de chaque tawsit tribu (touareg) avaient dû se réunir en catastrophe pour décider de ce qu'ils allaient faire. Ils avaient pleuré leur nombre drastiquement réduit puis avaient opté pour faire disparaître de l'imaginaire collectif les djinns en se fondant parmi les peuplades nomades. Elle n'avait malheureusement pas eu l'occasion de les voir prendre cette décision puisqu'elle était morte après avoir été exécutée par des fanatiques qui voulaient imposer leur religion et qui refusaient que des êtres ne correspondant pas à leur vision du monde existent. Malgré tout, elle avait tenu à suivre l'évolution de son peuple dans sa dimension et même s'il devait se cacher, il était en sécurité.

Lorean n'avait pas autant de chance. A chaque fois qu'il entendait parler de la vision « profondément bonne » des anges, il grinçait des dents. Certes, ils étaient au service de Magia – son bras armé, pour être exact – mais ils étaient loin, mais alors très loin d'être gentils. Les rares combats qui avaient pu être aperçus par des humains avaient été fantasmagorisés à un tel point qu'il était à deux doigts de tout casser autour de lui quand ils parvenaient à ses oreilles. Pour ne rien gâcher, il s'était sacrifié trois mille ans auparavant pour sceller le secret de leur existence et ce qu'ils étaient réellement. Lorean et les siens n'étaient donc pas là pour protéger les pauvres petits humains de leurs vices et de leurs défauts mais pour les exécuter dès que l'un de leurs actes menaçaient Magia, pour qu'ils assument enfin leurs faits et gestes. Mais la faiblesse de l'Entité, surtout en Grande Bretagne, ne leur permettait pas de jouer pleinement leur rôle.

Le duo récolta toutes les informations qu'ils pouvaient sans se faire prendre puis reprirent leur route. Rapidement, ils purent cartographier le pays et établir avec certitude quelle famille avait pris la marque des ténèbres, liste qu'ils croiseraient avec les souvenirs de Severus Snape, très bientôt définitivement Seth Prince. Ils passèrent non loin du manoir Riddle et attirés, ils s'arrêtèrent pour se regarder, abasourdis.

-Il plaisante, j'espère ? souffla Lorean. Avec tout le cirque qu'il fait, ça ne peut être qu'une plaisanterie, non ?

-Visiblement, non, soupira Sina.

Elle sortit un miroir à double sens et activa une communication.

-Vous allez bien ? s'inquiéta Loki à l'autre bout du fil

-Pour le moment, ce n'est qu'une promenade de santé, railla Sina. Nous sommes à côté du manoir Riddle, là où Voldy a pris ses quartiers. C'est une ruine, nous sommes d'accord ?

-Tant que ce ne sont pas les elfes de maison qui s'occupent du ménage et de l'entretien, les nés de sorciers sont incapables de prendre soin d'eux-mêmes, rappela Loki. Tom pense que ce sont des esclaves mais il ne se rend pas compte de leur véritable utilité dans cette société fermée, il n'y a pas d'autres mots. On ne va pas revenir sur la vision du monde des sorciers de ce pays.

-Tu peux nous expliquer pourquoi les barrières de protection sont aussi faibles autour du manoir ? demanda Lorean, incrédule. On parle de celui qui s'auto-proclame seigneur des ténèbres, quand même !

-Je ne peux faire que des suppositions, déclara Loki. La première raison qui me vient à l'esprit est son arrogance, parce qu'il pense que personne n'oserait l'attaquer sur ses terres qui ont déjà une réputation maudite chez les moldus. La deuxième serait qu'il n'ait pas récupéré assez de force pour placer des barrières magiques acceptables.

-On pourrait presque entrer faire notre marché pour obtenir des informations, se plaint Sina.

-Ne faites surtout rien d'inconsidéré ! s'alarma Loki

-Regardez qui parle, ricana Lorean.

Loki eut le bon goût de paraître penaud.

-J'avais déjà l'intention de placer quelques espions dans les principaux lieux de rassemblement des mangemorts que m'aurait indiqué Seth, avoua Loki.

-Ce n'est pas une mauvaise idée, concéda Lorean. Mais puisqu'on est là, on va s'en charger. Bien que tu aies été une faucheuse, tu n'es à la base qu'un sorcier. Nous maitrisons de fait une magie inconnue des sorciers.

-Si ça ne vous dérange pas … fit Loki d'une petite voix.

-Par le désert, Loki ! s'exclama Sina. Je ne peux pas comprendre que tu puisses être un monstre de manipulation, de provocation et d'insolence comme un enfant qui est convaincu qu'il doit tout faire seul !

Loki rougit encore plus.

-Laisse-nous faire, ordonna Sina. On te reviendra en un seul morceau chacun.

-Je n'ai pas le choix, soupira Loki.

-Ta mission est de donner une vie heureuse à Harry, tança Sina. Nous, on s'occupe du reste. A plus !

Et elle coupa la communication.

-Bon, allons-y, ordonna Sina.

Lorean lui emboita docilement le pas.

§§§§§

Hermione grimaça.

Petite, elle avait déjà vu les vitrines se décorer de rouge pour fêter la saint Valentin et une fois dans le monde sorcier les rares efforts pour organiser cette fête avaient été … catastrophiques, si elle ne fiait qu'à ce qu'avait fait Lockhart.

Mais là … C'était pire que tout.

Le directeur avait réuni les directeurs de maison, les préfets en chef et les préfets deux semaines auparavant pour les avertir qu'il comptait bien célébrer cette ode à l'amour mais que leur aide n'était pas requise. La brune n'avait pas été rassurée pour autant car les rares fois où le vieux sorcier avait organisé quoi que ce soit dans son coin, quelqu'un, pour ne pas dire généralement Harry, était mis en danger de mort. Ou en position de tuer quelqu'un.

Là, on était clairement dans la seconde catégorie.

Outre toutes les jeunes filles et les jeunes hommes qui voudraient profiter de la fête des amoureux pour bien se faire voir de tous les riches partis encore sur le marché, on devait compter sur Ginny qui était, en plus d'être préfète, bien décidée à faire comprendre que le meilleur atout dont pourrait se doter le clan Potter-Black était Ginevra Weasley. Pour cela, rien de plus simple, elle avait hurlé sur tous les toits la tenue d'un bal le 14 février, alors que ça devait rester un secret pendant encore une semaine.

-Bonjour Hermione, salua une voix alors qu'elle se trouvait sur le chemin de la bibliothèque.

La brune soupira lourdement avant de se tourner.

-McLaggen, salua Hermione.

-Est-ce que je pourrais te parler ? demanda Cormac

-Vas-y, souffla Hermione.

Le jeune homme, en septième année de Gryffondor, avait lancé son dévolu sur elle quelques mois plus tôt. Il lui avait très facile de comprendre que s'il s'était intéressé à elle, c'était pour pouvoir se vanter d'avoir pu arracher sa meilleure amie de l'étreinte du Survivant. Pour cela, rien de plus simple, il suffisait simplement de tendre l'oreille à chaque fois qu'il avait plus de trois personnes accrochées à ses lèvres.

-Le bal va bientôt avoir lieu et je sais que tu n'as pas de cavalier, assura Cormac. Donc je suis d'accord pour y aller avec toi.

-Je te demande pardon ?! articula Hermione

La brune le fusilla du regard. Quel toupet !

-D'où est-ce que tu tiens que je n'ai pas de cavalier ? fit Hermione

-Allons, Hermione, sourit Cormac. Personne ne pourrait oser t'approcher pour te demander ça ! Mais je suis un Gryffondor, donc je suis courageux et je suis le seul à pouvoir le faire.

-Est-ce que mon manque de propositions ne vient pas du fait que tu aies menacé tous les élèves de sixième et de septième année de Gryffondor, de Poufsouffle et de Serdaigle s'ils faisaient mine de vouloir m'inviter ? grinça Hermione.

-Tu n'étais pas sensée le savoir, marmonna Cormac.

-Mais je le sais, pointa Hermione. Je te remercie de ta … proposition mais tu es arrivé trop tard.

-Comment ça ? fronça des sourcils Cormac

-J'ai déjà un cavalier, déclara Hermione avec un sourire en coin. Et même si je n'en avais pas, je n'aurais jamais accepté ton … invitation.

-Pourquoi ? Je ne suis pas assez bien pour toi ? grogna Cormac

-Disons que j'ai du mal avec les mâles qui ne s'entendent pas avec mes meilleurs amis, fit Hermione. Je ne sais pas comment tu as fait mais tu as réussi à te mettre à dos plusieurs héritiers des plus puissantes familles Sang Pur du pays.

Cormac grimaça. Pour une raison qu'il ne voulait pas reconnaitre, il s'était attiré le mépris d'Harry Potter et de Neville Longbottom. Oh, ils ne le snobaient pas ouvertement mais ils n'allaient pas vers lui quand il discutait avec Hermione.

-Mais je suis … protesta Cormac.

-Quoi ? Le meilleur pour moi ? railla Hermione. Les autres filles qui boivent tes paroles peuvent le croire mais ce n'est pas mon cas. Bonne journée, McLaggen. J'ai vraiment autre chose à faire que de t'écouter te lancer des fleurs.

La brune tourna des talons et continua son chemin, laissant le sorcier outré d'avoir été jeté.

§§§§§

Voldemort était agacé.

Les enfants de mangemorts scolarisés avaient annoncé lors de leur retour pour les fêtes de fin d'année le grave accident qui avait fait trembler les cachots de Poudlard ainsi que le subit coma de Severus Snape. Il avait espéré que l'état du maître de potions nécessiterait son transfert vers St Mangouste, où il avait ses entrées, mais il semblerait qu'il puisse être surveillé uniquement par Poppy Pomfrey jusqu'à son réveil. Personne ne pouvait lui rendre visite, ce qui voulait dire que personne ne pourrait lui certifiait que Snape était réellement dans le coma.

Certes, il avait de nombreux espions, que ce soit au ministère comme dans le mythique Ordre du Phénix, mais Snape était le plus efficace, paradoxalement au fait que sa position soit connue. En tant que professeur de potions à Poudlard, il était proche d'Albus Dumbledore et tout autant d'Harry Potter, ce qui lui permettait de récolter de nombreuses informations.

Mais il était dans le coma et injoignable.

Le point qui l'irritait le plus était que Snape était le seul qui avait établi une relation plus ou moins de confiance avec Loki Potter et par extension, avait accès à Harry Potter sans la surveillance pesante d'Albus Dumbledore. Sans ce lien, il ne pourrait plus avoir une vague idée de ce que ce nouveau joueur pouvait tramer.

Le seul réconfort qu'il pouvait avoir de la situation était que Dumbledore devenait aussi aveugle que lui sur le camp opposé. Le vieux fou devait avoir autant d'espions que lui mais Snape était le seul à obtenir des informations des têtes pensantes.

Le sorcier au faciès serpentin ne put se retenir de grogner dans son bureau délabré.

Augustus Rookwood, Lucius Malfoy et maintenant Severus Snape … il perdait ses mangemorts les plus utiles. Ceux qu'il avait encore étaient soit trop abimés par Azkaban, soit n'étaient pas très haut placés dans leur hiérarchie respective ou soit étaient beaucoup trop jeunes.

Son emprise sur la société sorcière britannique était également remise en cause. L'attaque de la cache de York avait certes été un fiasco pour les aurors, celle de King's Cross par ses mangemorts n'avait pas apporté autant d'informations qu'il aurait voulues. Toutefois, il y avait une chose qu'on ne pouvait pas nier : Loki Potter était très fort. Pour avoir su se débarrasser de tout le groupe qu'il avait envoyé sans aucune aide, le message était très clair, le sorcier n'était pas du tout à prendre à la légère. Il devait en être venu aux mêmes conclusions que Dumbledore et dès à présent, la chasse était lancée pour savoir qui réussirait à recruter le jeune professeur. Il partait avec un handicap car comme l'avait longuement souligné Snape après qu'il l'ait rencontré en personne, tant que Voldemort chercherait à se débarrasser du Survivant, alors Loki Potter se dresserait contre lui. Mais ce n'était pas pour autant que Dumbledore avait un avantage car il semblerait que les différentes manœuvres du vieux fou pour ramener ce même Survivant sous sa coupe n'avaient guère été appréciées par son garant magique.

Il y avait une autre possibilité pour qu'il puisse l'approcher. Les élèves qui lui étaient encore fidèles avaient rapporté que cinq Serpentards avaient le privilège d'avoir des cours particuliers de défense avec Loki Potter et pas n'importe lesquels : Draco Malfoy, Théo Nott, Blaise Zabini, Vincent Crabbe et Gregory Goyle. Puisque les deux derniers étaient aussi demeurés que leurs pères, ils étaient parfaitement placés pour savoir ce qui se passait et ce qui se disait pendant ces fameux cours. Mais quand il avait voulu vérifier par lui-même, il avait découvert de la manière forte que des maîtres comme Loki protégeaient leur savoir comme leurs élèves, notamment par le biais d'un bouclier occlumens. Il avait dû se rabattre sur ce que les adolescents voulaient bien raconter et même là … ça avait été laborieux. Il s'était retenu de lancer quelques doloris pour se détendre car si Loki Potter avait pu protéger leurs esprits sans qu'ils ne s'en rendent compte, il n'y avait qu'un pas pour imaginer que le professeur de défense saurait si ses élèves avaient été torturés.

Le sorcier frappa du poing l'accoudoir.

Sa faiblesse magique l'avait longuement empêché de prendre le pouvoir et avec la présence de Loki Potter, il se devait de prouver à tous qu'il était le sorcier le plus puissant. Heureusement, il avait déjà vu ce cas de figure et connaissait plusieurs façons de revenir à son plus haut niveau.

-Quedever ! rugit Voldemort

L'animagus rat ne tarda pas à venir ramper à ses pieds.

-Oui, maître ? balbutia Peter Pettigrow

-J'ai besoin de certains ingrédients pour une potion très spéciale …

§§§§§

Neville haussa légèrement un sourcil en prenant connaissance de son courrier. Sachant qu'il aurait besoin d'être tranquille pour pouvoir y répondre, il la rangea dans son sac – magiquement protégé pour qu'il soit le seul à pouvoir fouiller dedans – et attendit la fin de la journée pour la relire plus attentivement.

Héritier Neville Longbottom,
En accord avec la Matriarche de votre clan, je préfère traiter directement avec vous du sujet qui m'amène.
Comme vous l'avez compris depuis quelques mois, je compte ouvrir dans le pays une chaîne de boutiques d'apothicaire, puisqu'il semblerait que le niveau moyen en potions en Grande Bretagne soit tristement bas. Mon projet répond donc à une demande bien présente et réduirait d'autant les accidents dues aux potions mal brassées voire aux explosions et aux contaminations durant leur préparation. Vous m'avez pointé le fait que l'ouverture d'une telle boutique serait sûrement compliquée et j'ai pris en compte vos remarques.
Ce projet ayant bien avancé, il me faut songer à sa mise en œuvre concrète et pour cela, avoir accès à un certain nombre d'ingrédients les plus courants. En me renseignant çà et là, je me suis rendu compte que depuis plusieurs dizaines d'années, leur écrasante majorité provenait essentiellement de l'exportation, surtout depuis la destruction de l'académie de botanique magique du pays de Galles.
Mes contacts m'ayant vanté la diversité des espèces regroupées de génération en génération dans les serres du clan Longbottom, j'ai décidé de vous proposer un partenariat assez simple : vous créez une ferme pour cultiver tous les ingrédients dont je pourrais avoir besoin pour mes officines, je vous fournis les fonds et m'occupe de l'administration. Nous serons associés à 75 pour cent pour moi et 25 pour cent pour vous, puisque je serais celui qui prendra le plus de risques financièrement parlant, mais cette proportion sera sûrement amenée à changer en fonction du succès de cette entreprise. Les noms de nos clans respectifs ne seront pas engagés tant que cette affaire ne sera pas viable et les décisions se prendront en commun.
Avec le concours de Gringotts, j'ai élaboré une première ébauche de ce partenariat dont je vous ai joint une copie. Prenez votre temps pour y réfléchir et si vous êtes d'accord, n'hésitez surtout pas à partager vos idées, vos souhaits comme vos réticences. Je prends en compte votre jeune âge mais ce n'est pas pour autant que je considère que votre voix sera mineure dans ce projet. Je souhaite que vous soyez mon associé à part entière comme si vous aviez mon âge et mon expérience.
Bien à vous,
Lord Seth Prince

-Tu m'as l'air bien pensif, fit une voix à ses côtés.

Hermione et Harry s'installèrent aux côtés de Neville. Tous les deux étaient conscients que si leur ami voulait leur parler de ce qui le tracassait, ce n'était pas à eux de le presser.

-Je me disais simplement qu'il était curieux que personne ne parle ouvertement de l'après-guerre, haussa des épaules Neville. Ni Voldemort ni Dumbledore ne sont immortels et leurs idées encore moins donc un jour ou l'autre, cette guerre n'aura plus aucun intérêt à se poursuivre.

Puisqu'ils ne pouvaient rien dire là-dessus, les trois amis changèrent de sujet.