Le lendemain, 10h29
While my boat is drifting away by the shore of Miami Bay, I'm still trying to figure out the end of what I was starting to say…
La musique dans les écouteurs d'Emma s'interrompit quand son téléphone se mit à vibrer. Ralentissant la foulée de ses pas sur le sentier, elle pressa le petit bouton de ses écouteurs afin de répondre à l'appel qu'elle recevait. Tandis qu'elle essayait de reprendre son souffle pour pouvoir parler à son interlocuteur, elle fut surprise de reconnaitre une voix familière.
« Allo, Emma ? Je ne te dérange pas ? » bredouilla le timbre rauque de la portoricaine.
« Salut euh… non, non pas du tout… » répondit la blonde, tentant de dissimuler le fait que sa respiration était plus courte qu'à l'ordinaire.
« Euhm… ça va ? T'as l'air…
-Essoufflée, » admit la profiler en gloussant. « Je suis partie courir, mais mon corps n'a pas l'habitude que je fasse du sport.
« T'es partie… courir ? » répéta la brunette, incrédule.
« Tu m'appelais pourquoi ? » demanda Emma pour éviter qu'elle ne pose plus de questions.
« Je voulais te remercier pour hier, en fait, » déclara la détective. « C'était vraiment une agréable journée. Et ta compote est délicieuse.
-Merci à toi, » répliqua la blonde en empruntant un sentier différent, sur sa droite. « J'ai bien fait d'accepter ton invitation.
-Je souhaitais aussi m'excuser, pour l'arrivée impromptue de Kelly et… à peu près tous les moments de malaise qu'elle a provoqués… »
À ces mots, la criminologue laissa échapper un gloussement.
« Ce n'est rien, » affirma-t-elle. « Ce n'est pas comme si je ne connaissais pas ta meilleure amie, Regina. Et puis, c'était intéressant d'apprendre son point de vue sur les hommes et leur mode de pensée.
-En effet, » confirma la portoricaine en riant à son tour. « Mais euhm… Je voulais aussi te parler de euhm… Par rapport à ce qu'elle a dit sur les deux dernières années et…
-Tu n'as pas à t'en faire pour ça, » assura Emma. « Ce n'est vraiment pas important.
-Ouais… c'est juste hyper embarrassant pour moi… » parvint à articuler la brunette.
« Bah, tu peux te rassurer en te disant qu'on est au moins coupables des mêmes futilités, » admit la profiler. « Comme l'a dit K, tout le monde fait ça...
-Ouais… Merci, » souffla alors la détective.
« De ? » s'enquit la criminologue.
« D'essayer de me rassurer, d'éviter que je ne meure de honte et… d'être toujours toi. »
L'aveu surpris évidemment Emma, qui laissa passer un court silence avant de répondre. Pourtant, elle avait conscience que la rapidité de son rythme cardiaque n'était pas seulement dû à l'effort qu'elle faisait.
« Je croyais que c'était de l'inné et non de l'acquis, » dit-elle d'un air taquin. Il lui sembla entendre son ex-petite amie glousser, tandis qu'elle s'engageait sur le chemin qui longeait la rivière.
« J'imagine que j'avais raison sur ce coup-là, alors, » remarqua la portoricaine. « On verra bien s'il en va de même pour le reste… » suggéra-t-elle.
« J'ai tendance à croire que c'est le cas, » admit la criminologue. « Mais on a dit qu'on en reparlerait après l'enquête.
-Exact, » soupira Regina. « Euhm… Je vais te laisser continuer ta course… Euhm… Tu as pensé à ouvrir une application de GPS ? Au cas où… Enfin…
-Oui Maman, » répliqua la blonde d'un ton amusé. « Je suis au Stanley Park, de toute manière. J'ai plus de chances de croiser d'autres sportifs du dimanche que de me faire suivre par un tueur en série qui s'identifie à un héros de mangas… »
Une fois de plus, son humour amusa la détective, qui ne put s'empêcher de glousser.
« T'as sûrement raison… Mais euhm… du coup bonne course et… fais attention à toi.
-Promis, » souffla la criminologue. « Bon dimanche, Regina.
-Merci. À toi aussi, » bredouilla son ex-petite amie avant de raccrocher.
Quand elle entendit de nouveau les accords de guitare dans ses écouteurs, la profiler devina que leur appel était fini. Elle reprit alors une foulée plus rapide, espérant atteindre le fameux Prospect Point avant de faire demi-tour en direction du centre-ville. Contre toute attente, son corps paraissait encore en excellente forme, malgré son rythme de vie peu raisonnable. Au moins, elle pourrait peut-être changer ses mauvaises habitudes au cours des prochaines semaines. Tandis qu'elle accélérait, elle songea que la fin d'année serait sûrement plus heureuse qu'elle ne l'aurait imaginé...
Lundi matin, 9h03
Malcolm était en train de rédiger un rapport d'accusations pour le procès d'un jeune homme qui avait assassiné sa petite amie. Après avoir pris une seconde gorgée de son café latte à la citrouille, il poussa un profond soupir. Comme à son habitude, il avait passé le week-end dans les clubs les plus branchés de la métropole. S'il venait de fêter ses trente-cinq ans, ce procureur se targuait d'avoir toujours une existence des plus intéressantes. Depuis sa majorité, il refusait catégoriquement l'idée de s'installer dans une vie tranquille, particulièrement morne, ou de se plier aux règles de la société. Aussi, il adorait passer son temps dans des clubs huppés, boire à ne plus avoir de souvenir de ses soirées et voyager dès qu'il en avait l'occasion. Néanmoins, il était un procureur hors pair, très réputé dans son domaine. Son expertise avait permis, au fil des années, à mettre de nombreux criminels derrière les barreaux. Pourtant, il fut surpris lorsqu'une jeune femme blonde entra dans son bureau sans frapper. Son visage affichant la plus grande des frustrations, elle était suivie d'une brunette un peu plus jeune, à l'air timide. Reconnaissant les traits d'une profiler avec qui il avait déjà travaillé, il se recula légèrement sur sa chaise et l'invita à s'asseoir en face de lui. Cependant, Emma Swan avait l'air bien trop préoccupée pour daigner se reposer un seul instant.
« Malcolm, on a besoin de toi et c'est urgent, » dit-elle d'un seul souffle, tandis qu'il prenait une nouvelle gorgée de son café trop sucré.
« Tu es bien trop réveillée pour un lundi matin, Docteur Swan, » plaisanta-t-il en la dévisageant. « Que se passe-t-il ?
-Le procureur Belfrey n'est pas à son bureau ce matin mais j'ai besoin de mandats de toute urgence, » expliqua la criminologue. « C'est par rapport à l'affaire du Lightning Killer.
-Je ne m'occupe pas de ce dossier, » répondit-il en haussant les épaules. « Tu devras attendre que Victoria soit disponible pour tes mandats. De toute manière, ce n'est pas à toi que revient le droit de faire ce type de demande. »
Comme de fait, la brunette s'approcha de son bureau et se présenta comme une agent enquêtrice du district 4. Réalisant qu'il n'aurait sans doute pas le choix d'obtempérer, Malcolm poussa un nouveau soupir, interrogeant la blonde du regard.
« On avait une personne d'intérêt dans le dossier, sauf que le gars a été retrouvé pendu dans sa cellule ce matin, » pesta la profiler, apparemment folle de rage.
« Et quoi ? Tu veux un mandat pour interroger les morts ? » ricana-t-il. « Tu devrais t'adresser à un medium plutôt qu'à un procureur.
-Tu es extrêmement drôle, » remarqua Emma, sarcastique. « Le problème est qu'on devait l'interroger par rapport à l'une de ses connaissances. On ne sait rien de cette personne, sinon qu'elle utilise un téléphone à carte. Évidemment, le téléphone a été acheté en argent comptant, dans un commerce qui ne possède pas de caméras de surveillance.
-J'imagine que tu as déjà accès aux messages et aux appels de ce numéro, » suggéra-t-il, peu impressionné.
« Oui, mais je veux un mandat pour l'opérateur de ce téléphone, » expliqua la criminologue. « Je veux qu'on puisse le repérer avec précision pour trouver la personne qui l'utilise. Sauf qu'aucune entreprise de télécommunication ne nous donnera de telles informations sans un mandat officiel.
-Donc tu comptes avoir un mandat pour un opérateur, dans l'espoir de retrouver un téléphone qui a sûrement été jeté à la poubelle ?
-Nous croyons qu'il vaut mieux mettre toutes les chances de notre côté, » argumenta la brunette d'un air timide.
« Il se pourrait que cette personne soit la clé qui nous mènera au tueur, » ajouta Emma. « C'est vraiment une urgence. Sinon je ne viendrais pas te voir.
-Si tu savais à quel point il ne m'enchante guère de t'aider, » gloussa-t-il en s'approchant de nouveau de son ordinateur. Il pianota un moment, afin de retrouver les précédents mandats concernant le Lightning Killer dans la base de données de la cour.
« Je ne vois rien qui parle de ce fameux téléphone à carte dans les dossiers de Victoria, » déclara-t-il d'un ton calme. « Je n'ai pas de raisons valables de te fournir un tel mandat.
-Une trentaine de personnes assassinées, ce n'est pas une raison valable ?! » grogna cette fois la blonde en frappant du poing le bureau du procureur. « Bordel je ne te demande pas un rapport d'accusation Malcolm ! Je veux juste pouvoir retrouver cette personne !
-Tu sais, de nos jours, les gens sont extrêmement regardants sur les mandats de la cour, les interrogatoires… L'abus de pouvoir est dénoncé dans tout le pays, parce que des centaines de policiers arrêtent ou interrogent des personnes sans aucune raison valable. D'ailleurs, j'imagine que je ne t'apprends rien en te disant que je dois avoir un doute raisonnable pour délivrer un mandat à un enquêteur.
-Ce numéro-là est entré en contact avec les deux dernières victimes du tueur, » éructa la criminologue. « On pense même que la personne à qui il appartient avait une relation amoureuse avec l'un d'eux. Je peux t'amener tout le dossier si tu veux mais tu vas passer des heures à le feuilleter et je n'ai pas ce temps-là.
-Pourquoi tu ne vas pas demander à un autre procureur ?
-Parce que tu sais que je me trompe rarement dans mes enquêtes, » protesta la blonde. « Fournis-moi ce putain de mandat, et je t'assure que tu seras heureux de mettre ce pourri derrière les barreaux.
-Pour qu'il finisse pendu, lui aussi ? » ironisa l'homme. Pourtant, il se concentra de nouveau sur le dossier affiché sur son ordinateur. « Je vais t'envoyer le mandat dans les prochaines minutes, mais c'est bien parce que c'est toi. D'ailleurs, j'espère que tu n'oublieras pas cette faveur, si un jour j'ai besoin de ton expertise.
-Excuse-moi, j'oubliais que la justice se monnayait de nos jours, » répliqua-t-elle, sarcastique.
« Tu as toujours le même numéro de téléphone ? » demanda-t-il, ignorant sa remarque. Face à lui, la trentenaire acquiesça sans hésiter. « Je vais t'envoyer ça par message et imprimer une copie pour la cour. T'as intérêt à te tenir prête parce que ton analyste va avoir du pain sur la planche. »
Emma le remercia rapidement, avant de quitter le bureau en toute hâte, Mary-Margaret sur les talons. Alors qu'il rédigeait le fameux mandat pour la jeune femme, Malcolm se demanda si la charmante brunette qui l'accompagnait avait déjà un prétendant…
11h59
« Tu penses que ça va marcher ? » demanda Regina en resserrant les pans de sa veste sur ses flans. Autour d'elles, le vent sifflait sous le toit métallique du auvent. De son côté, la blonde paraissait nerveuse.
« Je n'en sais rien, » dit-elle d'un air inquiet. « Je me suis faite passer pour Judith Graham et ça avait l'air assez cohérent. La personne m'a simplement donné un lieu et une heure de rendez-vous.
-Et Belle a attesté qu'elle avait été chez Stevenson plusieurs fois dans les derniers mois, » rappela la détective. « Mais elle aurait aussi été présente à l'université le soir du meurtre d'Emilie Carter. Ça fait beaucoup de coïncidences… Même si je ne suis pas sûre qu'il s'agit du Lightning Killer.
-Je n'en suis pas sûre non plus, » admit la blonde. « Mais j'ai l'impression que c'est une piste intéressante… On verra bien. »
Comme de fait, de nombreux étudiants commencèrent à sortir des bâtiments de l'université de Colombie-Britannique. Elles attendaient depuis une dizaine de minutes près de l'édifice d'administration, comme le leur avait proposé la personne à qui appartenait le fameux téléphone à carte. Néanmoins, Emma perdait espoir que la concernée ne se présente, à mesure que les minutes défilaient. Cependant, une jeune femme brune, assez maigre, s'approcha bientôt de leur emplacement. Son attitude témoignait d'un certain manque d'assurance, tandis qu'elle dévisageait les deux trentenaires. D'après ses traits fins, la profiler devinait qu'elle ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. D'ailleurs, elle portait son sac en bandoulière avec maladresse, comme s'il était un peu trop lourd pour elle. Quand elle arriva à leur niveau, elle parut surprise de voir deux personnes au lieu d'une seule. Jetant un coup d'œil aux alentours, elle se racla la gorge avant de commencer à parler.
« Judith Graham ? » demanda un timbre assez aigu à l'égard de la criminologue. Prenant une grande inspiration, celle-ci préféra lui admettre immédiatement la vérité.
« Nous ne sommes pas des amies d'Harry Benfield, ni d'Edward Stevenson, » déclara-t-elle à demi-voix. « Je suis profiler au CSIS et ma collègue est sergent détective de police. » Regina présenta justement son badge d'un air sérieux, tandis que le visage de la jeune femme se décomposait d'effroi.
« Qu'est-ce qu… qu'il se passe ? » bredouilla-t-elle, le souffle court.
« On aurait besoin que tu nous suives au poste, » précisa la portoricaine d'un ton autoritaire. « Si tu acceptes, on va simplement rejoindre ma voiture tranquillement, comme si on se connaissait. Si tu refuses, je vais devoir t'arrêter officiellement. Mais c'est peut-être pas l'idéal pour te faire une bonne réputation sur le campus.
-Je… je vais venir, » affirma la jeune femme d'une voix timide. « Faudrait juste que je passe un appel parce que…
-Il ne vaut mieux pas, » la coupa Emma d'un ton ferme. « On va aller discuter tranquillement et tu passeras un appel si ça devient nécessaire.
-Nécessaire ? » répéta la brunette d'un air angoissé.
« On va en parler quand on sera au poste, » conclut Regina en passant son bras sous le sien, comme pour s'assurer qu'elle n'allait pas fuir. De prime abord, la jeune femme n'avait rien du profil du Lightning Killer. Mais la détective n'était certainement pas au bout de ses surprises…
12h28
Belle entra dans la pièce miroir, annexe à la salle d'interrogatoire, un dossier à la main. Derrière la vitre, elle repéra une jeune femme brune, apparemment intimidée par l'idée même d'être dans un poste de police. Attendrie par son attitude, la française soupira avant de tendre le dossier à Regina.
« Serah Miller, 26 ans, qui vit au 1209 Pine Crescent, dans Arbustus Ridge. Son permis de conduire est à jour et toutes ses informations aussi. Pas de dossier criminel ni aucun détail étrange dans son historique. Ses parents se sont séparés quand elle avait trois ans et son père s'est remarié rapidement. Rien de bien étrange là-dessous. Elle a vécu dans les quartiers huppés des Hastings avant de déménager au centre-ville quand elle a commencé l'université.
-Scolarité ? » demanda la portoricaine.
« Comme on s'en doutait, elle a étudié à Queen Victoria et à l'université de Colombie-Britannique, où elle est en train de finir une maîtrise d'architecture. Sauf qu'elle a six ans de moins que Stephanie Doiron. Par contre, elle était dans la même promotion qu'Emilie Carter, dans ces deux établissements.
-Des nouvelles de l'opérateur, babygirl ? » s'enquit la profiler.
« Évidemment, milady, » répondit Belle en lui adressant un sourire aguicheur. « Mais les informations arrivent au compte-goutte. Clairement, leur serveur est bien moins performant que le mien. Mais c'est une remarque qu'on me fait dans bien d'autres aspects de ma vie… » ajouta-t-elle d'un ton langoureux.
« Ok et donc ? » la coupa Regina, agacée.
« Et donc, son téléphone à carte et son téléphone personnel n'étaient pas présents sur les lieux de la plupart des disparitions, » expliqua la française. « Elle était simplement sur le campus le soir où Emilie Carter a été enlevée. Pour le reste, j'attends les autres rapports. »
Adressant un regard entendu à la criminologue, la portoricaine songea qu'il était temps d'aller interroger l'étudiante. Pourtant, elle avait l'impression qu'elles ne détenaient toujours pas la bonne personne…
12h41
« Sais-tu pourquoi on t'a emmenée ici ? » demanda Emma d'un ton rassurant. Face à elle, dans la salle d'interrogatoire morne, l'étudiante paraissait véritablement troublée. Elle n'avait pas dit un mot depuis son arrivée au poste, sinon ses informations personnelles.
« Parce qu'Edward a été assassiné la semaine passée, j'imagine, » bredouilla-t-elle justement.
« Savais-tu qu'Harry Benfield a connu le même sort, ce matin ? » ajouta la portoricaine, attendant sa réaction. De toute évidence, la jeune femme n'avait pas eu vent de cette nouvelle, puisqu'elle fronça les sourcils d'un air inquiet. La profiler remarqua même que de petites larmes perlaient aux coins de ses yeux.
« Je… Vous croyez que je suis la prochaine ? » suggéra-t-elle, son visage affichant la plus grande inquiétude.
« Euhm… On t'a repérée grâce à ton téléphone à carte, » expliqua la détective. « Parce que tu échangeais des messages et des appels avec Stevenson. On a même pu comprendre, à la teneur de ceux-ci, que vous étiez amants. Mais on ne saisit pas vraiment pourquoi tu utilises un téléphone à carte, à l'heure de l'internet. Et on ne comprend pas non plus pourquoi Stevenson ne se servait pas de ton vrai nom dans son répertoire… »
Cette fois, Serah déglutit avant de prendre la parole. Elle détourna le regard un instant, comme pour avoir un meilleur contrôle sur ses émotions.
« Edward était mon petit ami et non mon amant, » précisa-t-elle, la voix tremblante. « On a commencé à sortir ensemble il y a quelques mois en fait… On s'est croisés dans une convention de culture populaire et il était déguisé en… enfin bref… On a commencé à parler et à se voir de temps en temps. Au fil des semaines, c'est devenu mon petit ami.
-Pourquoi le cacher au monde entier, si tu sortais avec lui ? » répéta Regina d'une voix ferme.
« Euhm… Je sais que ça peut paraître stupide mais… Edward est une lointaine connaissance d'une personne de ma famille qui est très… contrôlante, à mon égard. Je ne voulais juste pas qu'elle sache que je sors… sortais, avec lui. Parce que je sais que… Ce n'est pas le genre de personne qu'elle approuverait…
-Tu n'as pas besoin de tergiverser si tu veux simplement dire qu'Edward était ton amant et que tu voulais le cacher à ton copain, » ironisa la portoricaine. « On est dans un poste de police. Nous ne sommes pas là pour juger ce que tu fais de ta vie.
-Si j'avais un copain, je me serais contentée de le quitter pour Edward, » répondit la brunette d'un ton mélancolique. « Mais ce n'est pas vraiment le genre de personne qu'on peut ignorer ou abandonner simplement parce qu'on ne veut plus la voir.
-Quand tu dis qu'il s'agit d'une personne de ta famille … ? » demanda la profiler, rassurante.
« Je parle de ma grande sœur, » admit Serah, dont la mâchoire se crispa légèrement. Face au regard incrédule des deux femmes, l'étudiante réalisa qu'il lui faudrait être plus exhaustive. « Son nom c'est Fiona McMahon. »
À l'évocation, Regina sentit les muscles de ses bras se crisper, tandis qu'elle essayait de rester impassible. De son côté, Emma préféra jeter un œil au dossier qu'elle avait sous les yeux pour dissimuler sa surprise.
« McMahon, tu dis ? » reprit la criminologue, l'air de rien. « Mais ton nom à toi c'est Miller…
-En fait, Fiona est ma demi-sœur, » admit la brunette. « Mon père a épousé sa mère quand j'avais quatre ans. Mes parents venaient de se séparer.
-Et Fiona était une lointaine connaissance d'Edward ? » s'enquit la détective, tentant de ne pas défaillir.
« Ouais… Euhm ben… Ma sœur a été au même lycée que moi, Queen Victoria. Mais elle était dans la classe d'Edward. On a six ans de différence donc…
-Donc c'est ta demi-sœur qui est très contrôlante envers toi ? » répéta Regina, comme pour essayer de rassembler toutes les pièces du puzzle.
« Elle… On a toujours eu une relation assez particulière, » admit l'étudiante, tandis que sa voix tremblait de nouveau. « Mais euhm… On n'a jamais été vraiment proches. C'est juste qu'elle a toujours eu cette volonté de… de savoir avec qui j'étais, ce que je faisais…
-Mais à vingt-six ans tu pourrais l'envoyer promener, non ?
-Ce n'est pas si simple, » déclara Serah. « Fiona est très impulsive et elle a un fort caractère. J'ai toujours été intimidée par son attitude...
-Je devine que vous êtes des personnes assez différentes ? » dit la blonde d'un air innocent.
« En fait… Depuis que je suis petite je suis atteinte de bipolarité, » avoua l'étudiante avant de se racler la gorge d'un air embarrassé. « Disons qu'elle a toujours eu du mal à supporter mes phases, et surtout quand je suis dans un high. J'ai été diagnostiquée quand j'avais seize ans donc j'ai pu être traitée. Mais avant ça, mes symptômes allaient un peu à leur propre rythme, sans que je ne puisse rien faire pour les contrôler.
-Est-ce que… ta sœur a déjà été violente avec toi ? » demanda la détective sans hésiter. Cette fois, la brunette lui adressa cependant un regard curieux, comme si elle ne comprenait pas sa question.
« Mais… vous vouliez m'interroger sur ma relation avec Edward… » bredouilla-t-elle, incrédule. « Pourquoi ma sœur vous intéresse autant ? C'est juste… Je ne voulais juste pas qu'elle sache que j'étais avec Edward parce que je savais qu'elle le prendrait mal…
-Tu ne réponds pas à ma question.
-N… non… Fiona n'a jamais été violente avec moi mais pourq… Que se passe-t-il ? » s'inquiéta la jeune femme, apparemment bouleversée.
Toutefois, Emma posa une main sur l'avant-bras de Regina pour l'inviter à arrêter leur interrogatoire. Réalisant qu'il était temps qu'elles discutent de la situation avant de poursuivre, la détective s'excusa auprès de Serah. Les deux trentenaires quittèrent ainsi la salle d'interrogatoire, rejoignant le couloir du poste de police. Néanmoins, la portoricaine préféra ne pas se rendre jusqu'à la pièce miroir, désirant parler à la blonde en privé.
« Tu réalise ce que ça pourrait signifier ? » demanda-t-elle, légèrement agacée.
« Je réalise surtout qu'on a peut-être enfin quelque chose de concret, » répondit la criminologue, piquée par sa provocation.
« Tu sais que je devrais tout raconter à Ingrid et demander à ce que tu sois retirée de l'enquête pour conflits d'intérêts, » siffla la portoricaine, apparemment énervée.
« Conflits d'intérêt ?! » répéta la profiler. « Come on, Regina, tu sais que c'est n'importe quoi !
-Comme je te l'ai déjà dit, j'espère vraiment qu'elle en valait la peine, » pesta la brune.
« Sérieusement ? Tu me fais une scène maintenant ? Pour ça ?
-Parce que jusqu'ici elle ne figurait pas dans mon top 3 des suspects de l'enquête, » contra Regina, folle de rage.
« Ça ne change absolument rien, » s'agaça la blonde. « S'il s'agissait de Kelly, tu n'en ferais certainement pas cas.
-Je ne vois pas en quoi ça te concerne.
-Parce qu'il faudrait que tu revois la notion de conflit d'intérêt, si tu te laisses ainsi emporter par tes émotions, » répliqua la profiler sans hésiter. « Tu aurais dû me dire ce que tu avais sur le coeur quand ça s'est passé. Maintenant, on a un tueur à arrêter.
-J'ai un tueur à arrêter, » rectifia la détective. « Toi tu vas… »
La porte de la pièce miroir s'ouvrit sur Kelly, qui venait juste d'arriver. Ayant perçu que le ton montait entre les deux femmes, elle s'était décidée à intervenir.
« Qu'est-ce qu'il se passe bon sang ? » dit-elle en les rejoignant dans le couloir, refermant la porte derrière elle.
« Rien du tout, » rétorqua Regina d'un ton nonchalant.
« Ouais, c'est pour ça que vous avez l'air furieuses, toutes les deux, » ironisa la rouquine. « C'est quoi le problème avec la sœur de Serah, au juste ?
-Fiona McMahon est une personne reliée indirectement à l'enquête, » expliqua la criminologue d'un air calme. « Du moins, on pensait que son rapport avec tout ça était indirect. Jusqu'à aujourd'hui.
-C'est quoi son rapport avec l'enquête ?
-Fiona est la petite amie de Diana Cooper, la gérante du bar Andromede, dans Coquitlam.
-Là où les trois gars ont disparu ? » demanda Kelly, ne quittant pas sa meilleure amie du regard.
« Exact, » confirma Emma. « On a pu interroger Diana dans le cadre de leur disparition. Mais aussi sa petite amie.
-Emma a d'ailleurs vraiment approfondi son interrogatoire, » corrigea la brune, sarcastique.
« C'est… à dire ? » s'enquit Kelly, incrédule.
« C'est-à-dire qu'il nous faut parler de tout ça avant de continuer à interroger sa sœur, » assura la blonde, évitant le sujet. « Si on arrête Fiona, il ne faut surtout pas manquer notre coup.
-T'en fais pas, je ne manquerai pas le mien, » ironisa Regina avant de faire volte face pour se diriger vers la pièce miroir.
Une fois de plus, la rouquine interrogea Emma du regard, inquiète. Toutefois, la profiler se contenta de hausser les épaules avant de suivre son ex-petite amie. Il semblerait que leurs rapports plus encourageants des derniers jours venaient de s'effacer en quelques secondes. Pour l'heure, la criminologue avait l'impression de revenir, encore une fois, à la case départ. Mais quelle conne...
