Chapitre 23 – Une horrible décision

L'aube commençait à poindre au-dessus du désert Gerudo. Réchauffé par les premiers rayons de soleil, j'observais depuis la crête d'une des nombreuses dunes de sable les murailles en terre cuite de la cité en face de moi. Je pouvais également voir les toits du palais royal, là où se trouvaient sans doute enfermées Amipha et Médolie. Si proches, et pourtant si lointaines… Et entre nous, des Gerudos qui n'hésiteraient pas à me massacrer si elles venaient à découvrir un voï dans la ville. Mais si cela pouvait me permettre de libérer les filles, j'étais prêt à prendre ce risque. Le problème, c'est que j'allais devoir y entrer sans équipement la discrétion étant ma seule arme.

D'après Hyr'iah, il était très difficile de voir que ″l'adorable jeune fille″ en face est en réalité un homme.

« J'espère pour toi que tu ne disais pas ça uniquement pour te moquer de moi » marmonnais-je.

C'était le moment de vérité. Sortant lentement de ma cachette, je me mis à approcher de l'entrée principale. Comme je m'y attendais, les gardes baissèrent leurs piques dès qu'elles m'aperçurent.

- Halte ! Qui es-tu ? Que viens-tu faire ici ?

J'avais passé un long moment la veille de mon départ à inventer une histoire plausible avec Hyr'iah, aussi savais-je d'avance quoi répondre.

- Je m'appelle Leana. J'étais en train de faire du commerce chez les Gorons lorsque ces derniers m'ont littéralement jeté de leur village, à cause de leurs satanées frontières fermées. Et comme c'est aussi le cas dans les autres régions, j'ai dû faire un énorme détour via les montagnes d'Hébra. Une chose est sûre, je m'en souviendrai de ce retour.

J'espérais avoir été assez convaincant, et que les gardes me laisseraient passer. Car sinon, il serait très délicat d'entrer sans être repéré.

Les deux gardes se regardèrent, puis elles finirent par relever leurs piques.

- Désolé d'être aussi brutales. Comme tu as pu le voir, la situation est explosive partout. Si tu cherches un lieu pour te reposer, l'auberge est dans la ruelle à droite de l'entrée.

Incroyable, ça avait marché. Passant sous le porche, j'entrais dans la cité Gerudo.

- Eh attend un peu !

En entendant cet ordre venir des gardes, je me figeais. Ça y est, elles m'avaient découvert, et j'allais sans doute être arrêté dans les secondes qui suivent. Tentant de paraître le plus naturel possible, je me retournais vers les gardes, suant de tous mes pores tant mon stress était grand.

- Notre reine Kelar'iah fera un discours d'ici peu de temps sur la grande place. Tout le monde doit être présent. J'avais oublié de t'en informer.

- La reine Kelar'iah ? Je croyais que c'était Nahbora qui dirigeait.

- Elle est malheureusement morte il y a deux semaines. Et comme elle n'avait pas de descendance, c'est Kelar'iah qui a pris sa place. Un conseil, évite de te faire remarquer elle est du genre à punir sévèrement au moindre problème.

Super, une reine tyrannique, il ne manquait plus que ça. La mission risquait d'être plus compliquée que prévue, mais il n'était pas question de laisser tomber.

- Merci pour l'information. Je ne comptais pas rester très longtemps de toute façon.

- Aucun soucis. Ah au fait, superbe ta tenue. Tu es magnifique avec. Je suis sure que tu dois faire tomber tous les voïs que tu croises.

Complètement rouge, je les remerciais d'un ″Saksak″ avant de mettre le plus de distance possible entre elles et moi. Bon sang, qu'est-ce qu'elles m'avaient fait peur. C'était passé à pas grand-chose. Et qu'est-ce qu'elles avaient toutes à vouloir me balancer des compliments sur ma tenue ? Mais au moins, j'étais maintenant dans la ville.

Si de loin la cité ressemblait à un simple amas de maisons en terre, une fois au niveau de la place centrale, on ne pouvait qu'être surpris par sa beauté simpliste. Les habitations étaient faites avec une base en grès poli sur lequel on pouvait constater la finesse du détail. De plus, grâce à un ingénieux système de canaux d'irrigation, chaque maison possédait un accès à l'eau courante au niveau de la cour arrière on pouvait même apercevoir quelques lopins de terres cultivés. La rue principale était entièrement constituée de terre cuite émaillée et parsemée de quelques palmiers à intervalles réguliers. Quant au centre de la place, on ne pouvait qu'apprécier la fraicheur qu'offrait les deux grands bassins, disposés à côté d'une immense estrade en grès poli. Et tout au bout de la grande rue, on pouvait apercevoir les imposants escaliers qui amènent au palais royal.

Alors que je commençais à chercher un moyen de me rapprocher du palais, un grand son de gong retenti dans toute la ville. La reine allait parler à son peuple, aussi me dépêchais-je de rejoindre à nouveau la grande place le plus vite possible. Si cette dernière était presque vide il y avait une heure, il était maintenant difficile de s'approcher de l'estrade tant le nombre de gerudos était important. Parvenant tant bien que mal à trouver une place me permettant d'observer de près l'intégralité de la scène, je pus enfin découvrir la nouvelle reine Gerudo, et la surprise fut totale. Elle ressemblait presque trait pour trait à Hyr'iah, à ceci près qu'elle faisait une tête de plus qu'elle, et qu'elle portait un splendide diadème en or incrusté d'un rubis sur sa tête. D'un geste de sa main, l'assemblée se tut.

- Gerudos, depuis la nuit des temps nous avons été le peuple le plus fort et le plus puissant d'Hyrule. Nous avons pendant longtemps dominé un immense territoire, et les autres nations nous adressaient le respect qui nous était dû. Mais aujourd'hui, que sommes-nous devenu, si ce n'est une ridicule province ignorée de tous ? Lorsque notre ancêtre la reine Riju est parvenue seule à reprendre le contrôle de la créature divine Vah'Narboris, nous pensions pouvoir regagner la place que nous méritions. Mais rien ne se passa les autres nations nous ignorèrent complètement ! Eh bien, il est temps pour eux qu'ils découvrent quelle terrible erreur ils ont commis. Hyrule est plongée dans le chaos, mais nous, nous n'avons jamais été aussi unies et prêtes ! Notre armée n'a jamais été aussi forte, et notre volonté n'a jamais été aussi grande ! Il est temps pour nous de reprendre ce qui nous appartient de droit ! Et puisque les autres dirigeants refusent de prendre en compte nos requêtes, nous allons les obliger à les accepter de force ! Et pour que les autres peuples comprennent bien que nous sommes déterminées à aller jusqu'au bout, j'ai l'intention de leur faire parvenir un message fort et clair !

A peine eut-elle terminée qu'un groupe de garde se mit à approcher de l'estrade, entourant…

Saintes Déesses, que leur était-elles arrivées ? Jamais je n'avais vu Médolie et Amipha dans un état aussi pitoyable. Elles étaient couvertes de bleus, et semblaient avoir été victimes de privations vu leur démarche plus que chancelante. Pire encore, je constatais avec horreur que Médolie avait des plumes arrachées par endroit, tandis que la peau d'Amipha, d'ordinaire brillante et lisse, était complètement rouge et sèche tant elle avait due manquer d'eau. Et comme si tout cela ne suffisait pas, elles étaient attachées toutes les deux par des chaînes au cou, comme deux esclaves. Bouillonnant de rage, je n'avais qu'une envie, c'était de sauter sur cette estrade et d'abattre ce tyran qui était responsable de la souffrance de mes amies. Mais comme il me serait impossible de faire un pas sans être massacrée par une population remontée, je ne pouvais qu'assister impuissant à l'humiliation et au déferlement de haine que subissaient Amipha et Médolie, horrible sensation de déjà-vu, tandis que Kelar'iah exultait.

- Nous avons arrêté ces deux espionnes alors qu'elles tentaient d'entrer dans notre désert. Après interrogation, il se trouve qu'il ne s'agit rien de moins que de la princesse zora et de la fille du chef piaf. Nous pourrions sans doute les échanger en échange de l'acceptation de nos conditions, mais cela nous ferait passer pour des faibles, et il en est hors de question ! Aussi, j'ai décidé de montrer que nous ne reculerons devant rien pour arriver à nos fins, et que le rang nous importe peu ! Mais nos peines actuelles n'étant pas assez fortes pour leur crime, j'ai décidé de remettre à jour une ancienne sentence, bien plus mémorable.

Stupeur dans l'assemblée. Elles semblaient toutes savoir de quoi elle parlait, sauf moi. Mais en regardant leurs visages, je craignais le pire. Qu'allait-elle donc leur infliger de nouveau qui soit aussi effrayant même pour les Gerudos ?

- Je condamne donc ces espionnes à la peine capitale ! Demain, lorsque le soleil sera à son zénith, nous irons dans les dunes de Tourma, et nous les jetterons en pâture au Moldarquor.