Une Voix dans la Nuit

OS issu d'un défi démoniaque inspiré de la mélodie suivante : Hannah and Volmer de Benjamin Wallfisch.

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Albus Dumbledore se réveilla une nuit dans ses quartiers de Poudlard dont il était devenu un enseignant quelques années plus tôt. Il entendait une voix. Chaque année à la même période, il l'entendait. Dès que le mois de mai se mourrait, il commençait à craindre la course du soleil, priant pour qu'il reste chaque jour haut dans le ciel car il ne pouvait supporter les nuits des deux premières semaines de juin.

Il savait parfaitement de qui il s'agissait. Sa petite sœur Ariana. Elle chantait toujours cette mélodie quand elle était enfant. Pourtant son esprit logique lui disait que c'était impossible. Ariana était morte en juin 1899 après avoir reçu un sortilège perdu alors que lui-même combattait Gellert. Cela allait bientôt être l'anniversaire de sa mort. Il l'entendait à chaque fois à cette période funeste.

Alors qu'il se redressait et enfilait sa robe de chambre, il chercha la source de la voix et appela sans réelle espoir sa petite sœur. Hélas, comme chaque année, personne ne lui répondit sauf les quelques portraits des anciens directeurs qui devaient certainement le prendre pour un fou.

Il retourna dans son lit et s'allongea mais il savait déjà pertinemment qu'il ne dormirait plus de la nuit. Alors que se rejouaient dans son esprit les événements de cet horrible jour de juin, il se mit inconsciemment à fredonner cette petite mélodie qu'il avait tant de fois entendue de la bouche de sa sœur et d'autant plus encore, après le décès de cette dernière.

Les nuits suivantes furent tout aussi horribles et éprouvantes pour le trentenaire. Et comme chaque année, il devint un peu plus morose et distant alors qu'il manquait clairement de sommeil.

Albus supporta la première semaine sans dormir et sans parler à qui que ce soit. Mais il ne put tenir bien longtemps. Il avait besoin de revoir un visage de son passé même si c'était pour entendre à nouveau des reproches comme à chaque fois. Il prit alors une de ses capes et descendit à Pré-au-Lard. Son frère y tenait une auberge, La Tête du Sanglier. Ce n'était pas aussi bien que les Trois Balais mais cela ferait l'affaire. Il ne venait pas pour passer du bon temps mais bien pour retrouver un peu de stabilité.

Il pénétra et s'installa à une table au fond, dans une alcôve. Il resta dans l'ombre et observa son frère travailler, servant ses clients et discutant aimablement avec certains d'entre eux. Quand Abelforth arriva devant lui, son visage généralement jovial se rembrunit.

« Qu'est-ce que tu fais ici, Albus ? » demanda-t-il sèchement. « Plus assez de tarte au citron chez Rosmerta ? »

« Je n'y suis même pas allé, Abe, » répondit piteusement Albus en regardant son frère dans les yeux. « Qu'est-ce que tu as de fort ? »

« Tu sais que je ne veux pas de toi dans mon établissement ! »

« Abe, s'il te plait, » supplia le directeur. « Je payerais ma consommation et je resterais calme dans ce coin, je ne te demande rien d'autre. »

« Si c'est pour te saouler, tu peux très bien aller aux Trois Balais. »

« Mais cela ne marchera pas, » murmura Albus.

« J'en ai rien à faire, dégage Albus ! » fit Abelforth en sortant sa baguette. « Tu n'as pas le droit de revenir, en particulier maintenant ! »

Sentant la magie de son frère crépiter, Albus baissa la tête et accepta de partir. Il erra des heures durant dans la nuit, fuyant le sommeil comme la peste. Il sursauta quand il l'entendit à nouveau, sa voix douce et triste résonnant à travers les bois. Il se tint la tête entre les mains alors qu'il s'agenouilla dans la terre sur le chemin menant vers Poudlard.

Il la supplia qu'elle arrête de chanter, hélas sa voix se faisait toujours de plus en plus forte, comme si elle était juste à côté de lui.

« S'il te plait, Ariana, » murmura-t-il, les larmes aux yeux. « Je suis tellement désolé. C'est de ma faute. Mais je ne peux rien faire de plus que de vivre avec cette culpabilité. »

Il sentit comme un frisson d'horreur le traverser, le même frisson que l'on ressentait lorsque l'on se faisait traverser par un fantôme. Mais quand il releva les yeux, il ne vit personne. Il savait pourtant qu'elle était là. Il n'y eut que sa voix douce à son oreille qui chantait toujours.

Il resta là, incapable de se relever, à l'entendre tout en chantant avec elle. Il serrait ses jambes contre sa poitrine, faisant fi de la terre qui salissait sa barbe. Il ne bougea pas d'un pouce, pleurant et chantonnant jusqu'à ce que le soleil se lève. Chaque année, c'était le même calvaire et il n'en pouvait plus. Il voulait que cela cesse. Il ne pouvait pas rester à entendre une voix que personne d'autre n'entendait. Surtout pas cette voix.

Il revint vers le château et s'enferma dans ses appartements.

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Abelforth fronça les sourcils quand il vit un homme du ministère lui apporter une lettre. Elle venait d'Albus. En temps normal, il ne l'aurait pas ouverte mais en entendant l'homme lui annoncer la mort de son frère, il ne put s'en empêcher. Dès que l'homme fut parti, il l'ouvrit et apprit toute la vérité.

Albus avait couché sur le parchemin ses espoirs et ses regrets mais aussi surtout ce qui le poussait à commettre un tel acte tout bonnement serpentard, bien loin du Gryffondor qu'il avait toujours été.

Il entendait Ariana chaque année à cette même période et en perdait le sommeil. Il pensait devenir fou et ne se supportait plus. Il était venu dans son bar pour chercher un visage familier même si c'était pour n'entendre que des propos haineux et colériques. Mais il ne voulait plus l'entendre elle. Il ne le pouvait juste … plus.

Abelforth ferma les yeux alors qu'il refermait la lettre. Il se rendit compte que pour la première fois depuis longtemps, il pleurait pour son frère aîné. Il regretta de lui avoir refusé ce verre et de lui fournir ce moment de soutien comme tout frère devrait normalement le faire. Il regretta sa colère aveugle au point de ne pas voir le mal-être de son frère.

Il releva alors la tête et regarda le portrait d'Ariana au-dessus de sa cheminée.

« Je suis désolé, petite sœur, » murmura-t-il. « Il semblerait que j'ai commis la même erreur qu'Albus… »

Ariana lui fit un sourire triste mais doux avant de se mettre à chantonner pour son frère qui, lui, savait d'où provenait la voix d'Ariana. Ou du moins croyait le savoir.