Voici l'avant-dernier chapitre.
Bonne lecture à tous !
Quand il ouvrit les yeux, il comprit que c'était Grimmjow qui était en train de caresser sa main lestement posée sur le rebord du lit. Il fut soulagé de le voir et de comprendre qu'il était dans une chambre d'hôpital. Il lui sourit. Le bleuté en fit de même, avec ce sourire charmeur qu'il avait trop peu vu.
Il était confortablement allongé sur un lit et des draps blancs couvraient son corps jusqu'à son torse, l'emprisonnant dans une douce chaleur. Ses bras étaient sortis et l'autre main que Grimmjow ne tenait pas était perfusée. Un petit tube en plastique en sortait jusqu'à rejoindre une poche au liquide transparent au-dessus de sa tête, tenue sur un portant.
Il sentit le corps de Grimmjow bouger et replongea son attention sur lui. Il s'était levé et voilà qu'il l'embrassait tendrement sur le front. Cela dura quelques instants… comme pour dire « Tout va bien maintenant » dans une langue bien plus sincère, portée par son amour. Ichigo se sentit rosir. Il était encore trop peu habitué à ça. Il avait eu peu d'amour dans sa vie. Celui de ses parents s'étaient évanoui trop vite, celui du capitaine Kyoraku était de l'ordre d'une bienveillance toute professionnelle, celui de Ryûken n'avait été que profondément mauvais, celui d'Uryû était d'une admiration délirante et sinon les aléas des débuts de sa vie d'adulte l'avaient empêché de connaître la saveur d'un couple amoureux.
Voilà ce qu'il avait reçu, toute sa vie : l'amour d'un frère, aussi fort et fusionnel que l'on pouvait espérer de jumeaux. Mais, alors qu'il aurait pu croire que cet amour suffirait à son bonheur - car rien ne vaut mieux que la famille dit-on -, quand il voyait Grimmjow, à chaque fois, il se disait qu'il devait y avoir plus, qu'il avait besoin de plus. Et ce surplus nécessaire était à chaque fois comblé quand il l'embrassait et le regardait de cette manière si particulière, comme s'il eût été un trésor des plus précieux. C'est cet amour qui gonflait son cœur et le faisait sentir profondément vivant, cent fois plus que l'attention que pouvait lui porter son frère, aussi bienveillante pouvait-elle être.
— Dis-moi comment tu te sens, Ichi'…
Ichigo sourit. Il était même séduit par sa voix si douce, comme un chuchotement, et sa manière de dire son prénom.
— Je vais bien… Je vais mieux…
Grimmjow lui sourit tendrement et s'approcha petit à petit, guettant chaque réaction, comme s'il s'inquiétait d'un refus. Ichigo ne lui permit aucun doute et écourta le temps d'attente du baiser pour poser simplement ses lèvres sur les siennes. Un baiser chaste mais profond. Ils fermèrent tous deux et en même temps leurs yeux. C'était si bon, si réconfortant…
Ichigo sentit le bleuté s'asseoir sur le rebord de son lit et frissonna quand ses mains entourèrent délicatement sa nuque pour intensifier le baiser. Ils reprirent leur respiration, cherchèrent le meilleur angle d'attaque et se retrouvèrent.
Ils arrêtèrent d'un commun accord et prirent le temps de se regarder, de garder leurs mains ensemble. Dans cette petite chambre d'hôpital, ils étaient en paix. Mais Ichigo finit implacablement par penser au dehors, par penser aux autres choses qui faisaient tourner la planète avec eux :
— J'ai dormi combien de temps ?
Grimmjow sourit en présentant deux doigts :
— Deux jours ?! s'étonna Ichigo.
— Ton corps avait besoin de récupérer. On a finalement voulu te réveiller par une petite injection pour stimuler ton système nerveux mais il a bien fallu une heure pour que Monsieur daigne ouvrir les yeux !
Ichigo, faussement vexé, chercha à pincer les côtes du bleuté qui se débattit légèrement :
— Eh oh, j'étais le seul à rester pour veiller sur toi en attendant, j'te ferais dire !
Le rouquin écouta d'abord sans faire attention, puis comprit l'allusion :
— Shiro est rétabli ? Il était là ?
— Bien sûr, il va beaucoup mieux mais ne peut pas encore quitter l'hôpital. Il ne devrait plus tarder à venir maintenant pour vérifier si tu t'es réveillé. Il a eu très peur en te voyant arriver, il était persuadé que tu avais été blessé et que c'était de sa faute. J'ai dû le raisonner et lui expliquer que tu allais très bien, même si ton état pouvait être un peu spectaculaire.
— Je me sentais… vraiment étrange ; dit Ichigo en se rappelant par bribes le fameux moment où Grimmjow l'avait trouvé dans la forêt.
— Tu étais en état de choc. Après autant d'adrénaline, pas étonnant que ton corps ne suive plus… Tu t'es endormi directement dans la voiture et tu étais à peine conscient arrivé à l'hôpital.
— Je ne me souviens plus bien…
Grimmjow lui sourit en caressant sa main du pouce :
— Ce n'est pas bien grave. C'est fini maintenant.
Ichigo était en train de réfléchir, de se souvenir de ce qu'il s'était passé.
— Tu es venu me chercher… J'avais envoyé un message vocal…
Grimmjow hocha la tête comme pour valider le fil rouge qu'était en train de retendre Ichigo nœud par nœud :
— Je n'ai pas pu faire plus vite, Äs Nödt avait tout prévu pour nous ralentir et passer du temps avec toi…
Il se mit alors à raconter ce qu'il s'était passé quand il était arrivé au Keishicho. L'étrange atmosphère qui s'y trouvait. Kyoraku lui avait plus tard expliqué que tout le monde s'était étrangement retrouvé sur le terrain, au Palais de Justice alors que l'enquête ne nécessitait pas autant de policiers. Puis le coup fatal et la découverte d'un complot contre le capitaine Kuchiki. Ces hommes au sang chaud et révolté. Lui, passant pour un punching-ball de plus à frapper. Et ensuite le miracle de l'alarme suivi de l'aide de Rikichi et Rukia. Enfin, l'arrivée de Kyoraku et le départ pour la forêt Aokigahara.
— Tu… Tu n'as rien de grave ? Tu es quand même venu, tu…
— Je t'avoue que je n'ai pas été plus résistant que toi une fois arrivés à l'hôpital. Je me suis aussi complètement étalé ! On s'est occupé de moi et avec un peu de repos, ça allait mieux.
— Et Kuchiki ? demanda aussitôt Ichigo.
— Il est dans le coma… Mais les médecins pensent qu'il y a une bonne probabilité pour qu'il se réveille rapidement. En tout cas, on a soigné le reste de ses blessures et il se remet tout doucement. Quand son esprit sentira qu'il n'est plus en danger, il se réveillera de lui-même, c'est certain.
Ichigo accepta cette vision positiviste mais ressentit tout de même de la tristesse pour le pauvre capitaine. Il avait dû en baver autant qu'eux sans pour autant le montrer.
— D'ailleurs, les flics fuyards ont été retrouvés dans la nuit. Kyoraku avait chargé une équipe de les traquer. Ils vont être jugés et feront sans doute de la prison.
Ichigo acquiesça. Cela lui faisait penser à autre chose :
— Et Bazz-B ? Son bras droit…
— Pas retrouvé. Disparu dans la nature. On suppose qu'il est déjà parti pour la Russie. C'est à cet État de poursuivre l'enquête maintenant.
Ichigo se doutait qu'il allait réussir à passer de nombreux obstacles. Äs Nödt avait dû lui donner de nombreuses directives. Il ne serait pas parti sans établir une liste d'actions post-mortem que son bras droit pourrait exécuter pour poursuivre son Œuvre.
— Il a quand même réussi…Il a semé une vague de panique... ; murmura-t-il en baissant les yeux.
Grimmjow serra sa main :
— Ça va finir par se calmer, ne t'inquiète pas… Et les tensions vont s'apaiser…
Le bleuté ne voulait pas mentionner tout de suite les catastrophes qu'évoquaient les médias depuis deux jours. Vandalisme, bagarres en publics, port d'arme non-autorisé, incendies sans doute criminelles, suicides… Sans parler des réseaux sociaux qui s'enflammaient sans pouvoir réguler ni contrôler ce soulèvement de haine et de violence qui déferlait sur la toile pour parcourir le monde entier.
— Qu'est-ce qui va se passer pour nous… maintenant ?
Le bleuté sentit la voix d'Ichigo plus chevrotante et hésitante. Lui, avait eu le temps d'y réfléchir et devait maintenant proposer son idée :
— L'enquête va se clore sans problème. Il n'y a même pas de procès à faire et les preuves sont toutes là. Tu devras sans doute déposer un témoignage pour expliquer ce qu'il s'est passé dans la forêt mais tu ne seras pas condamné, Kyoraku me l'a assuré. Il m'a quand même dit que ça pouvait prendre un peu plus de temps car il doit d'abord faire partie d'une équipe de hauts gradés chargée de l'inspection des agents du DPM… après les traîtres, tu comprends…
À la mine quasi indifférente d'Ichigo, le bleuté comprit qu'il avait vu juste. Ce n'était pas tant l'enquête qui l'inquiétait mais leur avenir à eux.
— Quant à nous… j'ai eu une idée.
Ichigo replongea soudain son regard dans le sien, bien plus intéressé, même s'il s'efforçait de ne pas avoir une trop vive réaction.
— Je me disais…La maison ne va plus nous revenir après l'enquête, on devra la quitter… Et, moi, j'ai un appartement un peu grand pour y vivre seul, tu comprends ?
Les yeux d'Ichigo s'illuminèrent et un grand sourire apparut sur son visage :
— J'ai parlé avec ton frère de ça, il comptait apparemment bien te caser chez moi parce qu'il tient à reprendre votre ancien appartement avec Kensei !
Les deux rirent et s'embrassèrent, une manière pour Ichigo d'accepter avec enthousiasme cette belle idée. Avoir un foyer et un amant, c'était une magnifique première page de sa nouvelle vie.
Quelques minutes plus tard, le médecin-chef vint pour vérifier si tout allait bien, rassuré qu'Ichigo soit bien réveillé. Après une batterie de tests pour vérifier ses réflexes et le fonctionnement de chacun de ses membres, il jugea que la perfusion n'était plus obligatoire. Grimmjow s'occupa de lui enlever, tout infirmier qu'il était, pour ne pas embêter quelqu'un d'autre pour cela.
— ICHIGO !
Grimmjow sursauta et remarqua Shiro en se retournant, ou plutôt une tornade blanche qui atterrit bien vite et brutalement sur Ichigo, l'entourant puissamment.
— Hey ! Doucement, il vient à peine de se réveiller ! alerta-t-il.
Mais il n'y avait rien à faire, Shiro enlaçait avec ferveur son frère qui riait sous cette étreinte. Tout comme lui, il était rassuré de le sentir si robuste et énergique.
— J'ai eu peur… Mais je te faisais confiance, Ichi', je savais que tu pouvais réussir.
Ichigo fut agréablement frappé par ses propos. Il lui faisait toujours confiance et croyait en lui, mais quand il lui disait vraiment, c'était toujours aussi agréable et régénérant.
Il se desserra de lui et tint son visage entre ses mains :
— Tu as fait ce que tu devais faire, n'en doute jamais…
Sa voix était plus posée et grave car le propos était important En y repensant, Ichigo avait presque oublié comment tout cela s'était passé dans la forêt. Il se souvenait de l'environnement, du chant des feuilles poussées par la brise, des murmures d'Äs Nödt et de son regard, sa main caressant ses cheveux, la dureté de l'arme qu'il serrait de toutes ses forces… Mais le moment de tuer, le coup qui part, la détonation qui déchire le ciel, tout cela lui était plus flou. Il était tombé en même temps que son ennemi, par terre. Sa tête avait frappé le sol. Il avait cru voir le ciel et comme si les arbres lui tombaient dessus. Puis il avait eu l'impression de ne plus pouvoir respirer. Et tout s'était terminé là. La suite avait été un douloureux rêve.
— Je veux… passer à autre chose maintenant.
Et c'était vrai. Cela faisait douze ans qu'il souffrait de la présence d'Äs Nödt dans sa vie. Son enfance avait été gâchée. Son adolescence rebelle et fugueuse répondait à cette douleur inconsciente qui agissait encore au plus profond de lui. Sa vie de jeune adulte avait aussi mal commencé. Il avait voulu tout occulter en pensant à d'autres choses les petits boulots, les bagarres de gangs pour arrondir les fins de mois, les loyers à payer, la pression d'une vie à problèmes dans l'ambiance étouffante de la capitale japonaise. Il y avait eu ces cauchemars qui le hantaient, ces crises d'angoisses qui le prenaient et cette maudite inquiétude, cette impression de ne pas pouvoir avancer dans sa vie.
Il avait fait face au problème. Douloureusement mais courageusement car c'était un problème qui dépassait sa simple personne, qui était bien plus qu'une ennemi personnel à qui rendre des comptes. Et jamais il n'aurait voulu que quelqu'un d'autres connaisse cette douleur qui vous hante des années durant. Il avait donc fait face. Il s'en était sorti.
Maintenant, il voulait vivre une autre vie. Ou plutôt… vivre sa vie. Vraiment, cette fois.
— C'est tout à ton honneur, frérot. On a tous droit à cela… Toi, Grimm', Kensei et moi… Kuchiki… Tout le monde va apprendre à tourner la page.
OoOoOoOoOoOoOo
Le lendemain,
Bureau de Byakuya Kuchiki
DPM
— Bien, j'ai tout pris en note, je te remercie.
Ichigo put enfin se relaxer. Réfléchir à ce qui s'était passé dans la forêt pour raconter le témoignage avait quelque chose d'épuisant, de suffocant. Mais il avait bien conscience que cette histoire permettrait de clore l'enquête.
Il vit Kyoraku enlever ses petites lunettes en demi-lune, après avoir lancé l'impression du témoignage en plusieurs exemplaires. Cela le vieillissait pas mal, mais, à vrai dire, c'était la seule chose qu'Ichigo pouvait trouver de réellement différent sur lui depuis douze ans avec quelques traits plus fatigués et de rares cheveux blancs.
Les feuilles sortirent de l'imprimante portable et Kyoraku les classa dans différents rangements papiers plus ou moins épais. Ichigo reconnut la couverture de son dossier et la photo de lui enfant quand le capitaine souleva la pochette pour trouver où mettre le document.
— Où va aller ce dossier ? osa-t-il demander.
Kyoraku le regarda d'abord avant de se recueillir un instant dans le regard du petit garçon de dix ans à la mine triste sur la photographie.
— Le plus loin possible dans les archives, espérons-le ! chantonna-t-il pour retrouver sa bonne humeur.
Ichigo fut d'accord avec ce constat et se laissa aller à un sourire.
— Mais je ne peux pas m'empêcher de me dire… que c'est un peu étrange cette fin…
— Capitaine ?
— Dis-moi le fond de ta pensée, Ichigo…
Il referma les différentes couvertures de dossier :
— Et cela reste entre nous. Pourquoi Äs Nödt voulait que tu le tues ?
— Je vous ai dit… Il ne voulait pas juste mourir, il voulait expier ses fautes. Et pour lui, ça ne pouvait pas se faire autrement que comme ça, de ma main. Et… si je ne l'avais pas fait, il serait revenu et cette scène se serait de nouveau déroulée…
— J'ai compris ça. Mais il fallait que ça soit toi ?
— Il a dit qu'il m'avait fait beaucoup souffrir et que c'était donc légitime.
— Il voulait que tu agisses comme Anarkheia doit agir, non ?
— Je ne voulais pas agir comme un pantin à ses ordres… J'avais ma propre volonté… Je n'ai rien à voir avec ce groupe, capitaine… Je me suis dit qu'il était trop dangereux, que s'il nous échappait encore… et tout le mal qu'il pouvait faire à d'autres personnes, ailleurs…
Kyoraku expira en se laissant reposer sur son dossier de chaise en joignant ses mains. Ichigo était intelligent et perspicace. Il y a quelques temps, il aurait pu douter de sa parole, sans même l'avoir écouté. Il avait dit à Kuchiki qu'il ne fallait pas enlever l'hypothèse d'une victime finalement suiveuse, comme Ichigo pourrait incarner, comme Uryû Ishida avait pu le démontrer.
À présent, il doutait de cette idée. Ichigo avait sauvé son frère dans le Palais de Justice. Il avait aidé la police à chaque étape et avait suivi toutes les directives. C'était son jumeau, au final, qui l'avait encouragé à prendre une arme et d'aller retrouver Äs Nödt pour en finir.
Après avoir discuté avec Shiro puis Grimmjow, il avait compris qu'Ichigo avait toujours été hanté par Anarkheia et qu'il considérait vraiment ce groupe comme une menace terrible au leader bien trop dangereux et destructeur. En conclusion, Ichigo n'avait jamais voulu endossé le rôle de l'héritier.
— Le seul héritier de ces actes ; poursuivit Ichigo comme s'il avait lu dans ses pensées ; c'est Bazz-B…
Kyoraku acquiesça.
— Tu as raison.
— Je… Je ne crois pas qu'il faut le sous-estimer, simplement parce qu'il a été tout ce temps dans l'ombre d'Äs Nödt. Et il a sans doute reçu des directives de son chef avant de se séparer de lui.
— Oui, j'en informerai les services internationaux.
Ichigo acquiesça. Il n'avait plus qu'une seule question :
— Et Byakuya Kuchiki ?
— Il devrait se réveiller bientôt, selon les médecins. Je vais temporairement rester à son poste le temps qu'il soit remis sur pieds. Je dois aussi veiller à la bonne sécurité du DPM avec d'autres capitaines. Il n'est pas question qu'une nouvelle mutinerie recommence. Ensuite… C'est à Byakuya de décider s'il veut reprendre son poste ou raccrocher. Personnellement, je le crois tout à fait compétent, ce p'tit génie devrait poursuivre sa carrière… mais ce n'est pas à moi de choisir.
Ichigo hocha la tête. Il espérait la même chose que Kyoraku. Il avait horrifié d'apprendre ce qu'il lui était arrivé. Il comprendrait que cela soit difficile de revenir pour le capitaine.
— Ne t'inquiète pas. Je suis sûr que tu pourras le remercier en temps voulu.
La phrase sonna comme la fin de la conversation. Les deux se levèrent. Ils s'échangèrent un regard de profonde sympathie.
— J'espère que nous n'aurons plus à nous croiser dans ces bureaux ! fit Kyoraku pour blaguer.
Ichigo rit doucement et serra bien amicalement la main que le capitaine lui tendait. Ils se saluèrent mais, avant de disparaître, le jeune homme décida de se courber bien bas :
— En attendant, c'est vous que je remercie. D'être venu me chercher… encore une fois…
Quand il se remit droit, il remarqua la profonde émotion qui passait dans les yeux de Kyoraku. Il lui sourit avec reconnaissance.
— Remercie Grimmjow avant tout. C'était lui le capitaine ce soir-là… Et je suis bien content de l'avoir suivi pour venir te retrouver… Allez, pas plus de sentimentaliste, ouste maintenant ! dit-il de manière théâtrale.
Le jeune homme finit par disparaître dans un dernier sourire. Kyoraku se remit au travail.
Ce gosse était vraiment un bon petit gars.
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Trois jours plus tard,
Appartement de Grimmjow… et d'Ichigo.
— Et celle-là, je la mets où ?
Le bleuté tenait avec force une lourde caisse en carton.
— Ah ! Où tu veux ! fit Ichigo sans le regarder, trop occupé à serrer les vis d'une nouvelle étagère à monter.
Grimmjow roula les yeux au ciel en râlant. Qu'il aimait la précision ! Il se dirigea vers la chambre d'un pas lourd et peu agile jusqu'à ce que la voix d'Ichigo se fasse entendre depuis le salon :
— Ah, mais c'est le carton qui est lourd ?
— Un peu, oui !
— Ça doit être mes livres, ils seront mieux dans le bureau !
Grimmjow se sentit vaciller et serra les dents en puisant dans ses forces pour abandonner la chambre et se diriger vers le bureau. Mais alors qu'il allait enfin poser le lourd carton sur la table, moment de délivrance somptueux, son amant haussa encore la voix pour se faire entendre dans tout l'appartement :
— À bien y réfléchir, ils seront mieux ici dans la nouvelle étagère !
Grimmjow crut qu'il allait exploser et que ses bras allaient aussi partir en vrille. Il souffla lourdement et retourna dans le salon où il était au départ pour déposer sans précaution le carton sur le canapé.
Ichigo, attelé à son ouvrage minutieux, lui faisait dos :
— Merci, Grimm' ; dit-il simplement sans savoir ce qu'il venait d'endurer.
Le bleuté, qui reprenait son souffle, à moitié affalé sur le canapé, finit par sourire. Son amant capricieux et indécis, il l'aimait quand même.
Il se leva et vint se poser juste contre le dos de son amant, assis en tailleur sur le tapis. Il tira légèrement sur son front pour lui faire basculer la tête en arrière et se pencha avec souplesse pour venir l'embrasser sur la bouche.
— J'ai fini de monter vos affaires, Mon Prince ; dit-il avec humour.
— Cool, j'ai aussi bientôt terminé de mon côté !
Grimmjow remarqua en effet que l'étagère prenait une belle forme. Elle irait parfaitement bien du côté du canapé. Il l'embrassa à nouveau et le laissa poursuivre son travail :
— Je vais faire du café.
Il se dirigea vers la cuisine et prépara la machine. Puis, en attendant que l'eau chauffe, il sentit son téléphone portable vibrer dans sa poche de jean. Il décrocha, c'était Rukia Kuchiki. En l'écoutant, un sourire se dessina sur son visage :
— Ah enfin ! Tant mieux ! Il va bien ?... Oui, forcément… Oui… Bien, nous viendrons le voir… Oui, tout va bien… Je te remercie.
Ichigo, qui avait entendu la conversation, voulut savoir :
— C'était qui ?
Grimmjow passa la tête de l'autre côté de l'entrée de la cuisine pour voir son compagnon dans le salon.
— C'était Rukia. Le capitaine Kuchiki vient de se réveiller ! Il est encore assez faible mais hors de danger.
Ichigo fut tout aussi rassuré et acquiesça quand Grimmjow proposa d'aller lui rendre visite le lendemain. Quand son amant revint de la cuisine avec deux tasses de café en main, il avait réussi à fixer la dernière plaque de la bibliothèque et la souleva pour la poser à l'endroit prévu, droite, prête à accueillir ses livres.
— Félicitations, il n'y a plus qu'à la remplir ; dit le bleuté en lui proposant une tasse.
— Merci, oui je vais m'en occuper tout de suite.
— Tu as le temps tu sais, on n'a pas à aménager l'appartement en un jour…
— J'aimerais pouvoir trouver mes marques rapidement… me sentir chez moi.
— Mais tu es chez toi… ; corrigea-t-il d'une petite voix.
Grimmjow voulait bien s'assurer que son amant se sentait bien avec lui.
— Oui, oui, je sais ! fit Ichigo pour se rattraper en s'excusant d'un regard ; ce que je veux dire c'est que… je n'ai jamais vraiment eu de « chez moi ». Avec Shiro, on avait des logements qui ne duraient pas longtemps, on changeait souvent d'endroit et… à la fin, on ne prenait même plus le temps de ranger nos affaires. Mes vêtements restaient dans une valise, ces livres dans leur carton… Cette fois, je veux vraiment sentir que c'est définitif…
Ichigo rougit soudain, prenant conscience de l'impact de sa phrase :
— Enfin, du moment que tu m'acceptes…
Grimmjow but une gorgée et vint embrasser le rouquin comme pour le rassurer :
— Je veux que tu restes ici avec moi le plus longtemps possible.
Ichigo sourit. Il se sentait vraiment bien avec lui. Au début, il avait eu un peu peur, il avait cru déranger, gêner, ne pas savoir où se mettre, ne pas se sentir aussi à l'aise qu'avec son frère. Mais, finalement, il avait rapidement senti que l'accueil était chaleureux… amoureux.
Il se laissa guider par Grimmjow, qui lui tenait la main, sur le canapé. Visiblement, il voulait marquer une pause sur l'emménagement. Instinctivement, Ichigo vint se blottir contre son torse quand le bleuté allongea un bras en hauteur sur le dossier. Le silence était apaisant. Les tasses étaient chaudes. L'odeur était agréable.
— Dis-moi… tu as lu tous ces livres ? demanda Grimmjow gentiment.
Ichigo ne fit qu'acquiescer mais sentit qu'il devait tout de même apporter quelques explications :
— Shiro n'aimait pas trop que je passe le peu d'argent qu'on avait dans des livres. Alors je faisais en sorte de dégoter des perles rares presque données dans des vides-greniers ou des dons. J'ai vite formé une petite collection sur tous les sujets qui pouvaient m'intéresser. Je n'ai jamais aimé comme Shiro sortir le soir. Je préférais le silence, la tranquillité. Et puis… j'aurais voulu faire des études… à la fac, comme tous les autres de mon âge. Je ne voulais pas paraître idiot, j'étais persuadé qu'en lisant des livres, on pouvait devenir intelligent.
Il eut un petit rire gêné :
— Tu dois trouver ça naïf et bête !
— Non du tout ; répondit du tac au tac Grimmjow en passant sa main sur l'épaule de son amoureux pour le rassurer ; t'es sans doute plus ambitieux et curieux que la plupart des étudiants ! Tu devrais te lancer pour de bon et commencer des études.
Ichigo releva la tête du torse du bleuté, interloqué :
— Tu parles sérieusement ?
— Evidemment ! sourit Grimmjow ; tu as forcément quelques économies et tu prendras une bourse pour payer ton entrée ! Il faudra sans doute te préparer à des examens de sélection mais je t'aiderai et tu pourras faire ce que tu veux.
— Mais je… Je devrais peut-être travailler. Je veux payer ma part de loyer.
— Te tracasse pas pour ça. Je croyais que c'était une nouvelle vie que tu voulais ! Dans ce cas, fais ce dont tu as vraiment envie. Et pour le loyer, mon salaire est suffisant, tu pourras prendre un petit job en plus de tes études si ça te tracasses tant.
Ichigo le remercia en un sourire et finit par l'embrasser :
— Il faut encore que je réfléchisse à ce que je veux faire…
Grimmjow l'embrassa à nouveau.
— Tu trouveras. Et ça sera la meilleure des nouvelles vies.
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Le lendemain.
Hôpital Central, Tokyo.
11h00
Ichigo et Grimmjow entrèrent dans la chambre de Byakuya Kuchiki en silence. Il y avait déjà Rukia, assise sur le lit, tenant la main de son frère, redressé et bien éveillé, ainsi que Shunsui Kyoraku.
— Oh vous voilà ! fit-il.
— Oui, bonjour capitaine ; dit Ichigo ; bon rétablissement à vous !
Dans le même temps, il tendit un beau bouquet de fleurs en avant. Rukia se leva, tout sourire :
— Elles sont magnifiques, merci Ichigo !
Elle prit le bouquet pour le remplacer avec un ancien qui commençait à faner dans un vase, près du lit.
— Ce n'était pas la peine… vraiment.
Byakuya avait toujours cette voix froide et ce visage de marbre. Mais il y avait en plus quelque chose d'éteint en lui.
— Content que vous soyez revenu parmi nous ; conclut Grimmjow.
Ils avaient été ensemble dans la mutinerie des policiers du DPM, avant que le capitaine ne s'effondre et que le bleuté ne subisse les coups suivants seul. Mais Byakuya savait ce qu'il avait enduré et hocha la tête en lui lançant un regard désolé. Il se sentait fautif car c'était bien ses hommes qui avaient battu Grimmjow.
— Je tiens à vous remercier, Kurosaki. Vous avez neutralisé Äs Nödt comme il se devait alors que c'était mon rôle.
— Je… Je ne sais pas si… Enfin, n'en parlons plus.
— Toujours pas de nouvelles de Bazz-B ? demanda Grimmjow.
— Non, mais la Russie a lancé des recherches et cible chaque bateau arrivant depuis le Japon ; répondit Kyoraku.
Grimmjow acquiesça.
— Et puis… Maintenant que ça ne vous concerne plus véritablement, les prochaines informations resteront confidentielles, vous comprenez ?
— Bien sûr. C'est peut-être mieux, d'ailleurs…
— Capitaine Kuchiki, allez-vous… hum… reprendre le travail une fois rétabli ?
Cette question brûlait les lèvres d'Ichigo. Il n'était pas dupe. Äs Nödt n'avait pas juste organisé le tabassage du pauvre homme pour le stopper. Il y avait quelque chose d'autre que Byakuya ne voulait pas mentionner et qui expliquait ce regard éteint et cette voix rude. Ichigo en était sûr : il avait connu le châtiment d'Anarkheia. Pour quel motif ? Qu'avait-il bien pu faire ?
— J'étais justement en train d'évoquer au capitaine Kyoraku qu'il était sans doute plus compétent que moi, d'autant qu'il connait déjà le terrain ; répondit Byakuya ; Mais sa femme et lui ne vivent plus à Tokyo. Dans ce cas, il faudra sans doute que le directeur choisisse un nouveau capitaine.
— Vous arrêtez tout ?! s'étonna Grimmjow.
— Je ne suis pas d'accord, Grand Frère ; reprit Rukia ; tu es un bon policier.
— Je ne mérite pas cette place, c'est certain. Et mes hommes me l'ont fait comprendre.
— Des idiots, rien d'autre ! s'exclama le bleuté qui éprouvait une haine particulière pour ces hommes ; comment pouvez-vous croire ce que des types pareils qui ont trahi leur serment ont pu vous dire ?
— Rikichi t'a toujours admiré ; ajouta Rukia ; et moi-même, je… Je serais très honorée de pouvoir travailler à tes côtés.
Byakuya soupira et n'osa pas les regarder. Cette attitude renforça la théorie d'Ichigo. Quelque chose l'empêchait bien d'avancer, il en était persuadé.
— Maintenant, ce qu'il faut… ; hésita-t-il à dire ; c'est de racheter en s'améliorant du mieux qu'on peut, non ?
Le capitaine alité le regarda soudain, la bouche entrouverte, l'air surpris. Ses yeux brillaient bien plus.
— Toute cette histoire ne devrait pas nous affaiblir et nous enterrer six pieds sous terre ; continua le rouquin ; Au contraire, elle nous a rendus plus fort. Si nous sommes toujours là, il faut aller de l'avant et se surpasser.
Rukia acquiesça vivement en regardant son frère, Shunsui sourit fièrement et Grimmjow passa une main dans le dos de son amant comme pour approuver ses dires. Byakuya, qui le regardait toujours, finit par hocher doucement de la tête :
— Tu as sans doute raison… Me racheter… M'améliorer en étant un meilleur capitaine… C'est peut-être la solution. Mais je ne suis pas sûr d'y parvenir.
— Je serai là pour en juger ; assura le capitaine Kyoraku.
— Je n'en doute pas… Merci, capitaine ; répondit Byakuya à son mentor, comme au temps des premières années de sa carrière.
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Dans l'appartement de Grimmjow et Ichigo, Tokyo
21h49
Ichigo et Grimmjow continuaient à s'embrasser doucement depuis quelques minutes à présent. À vrai dire, ils avaient tous deux perdu la notion du temps et de leur environnement. Les yeux fermés, ils se laissaient emporter par l'autre dans un doux ballet où leurs lèvres se découvraient, s'entendaient, se liaient. Leurs mains se baladaient sur le corps de l'autre chastement, de la nuque de Grimmjow aux cuisses d'Ichigo.
Ils avaient fini leur emménagement et, épuisés, avaient décidé de fêter cela en ignorant toute tâche cuisinière. Ils s'étaient fait livrer de la nourriture chinoise qu'ils avaient mangée dans le salon. Ils avaient pioché dans l'assiette de l'autre, avaient tout goûté et s'étaient rassasiés. Tous deux s'étaient trouvé un intérêt pour la musique et Grimmjow lui avait montré une récente acquisition dont il était fier : une chaine hi-fi dernier cri qui proposait un son sans doute bien meilleur que le vieil MP3 d' Ichigo. Ce dernier avait eu l'impression de redécouvrir la musique. Tout le repas, ils s'étaient fait découvrir mutuellement quelques titres qu'ils appréciaient particulièrement. La soirée avait été succulente.
À présent, ils avaient fini leur repas et une douce musique accompagnait leur câlin. Ils avaient commencé en un regard. Tous deux voulaient la même chose. Sentir l'autre, être dans ses bras, le toucher et partager un contact plus physique. Ils s'étaient pris l'un contre l'autre et s'étaient embrassés sans se poser de question ni même se parler. Et cela durait.
Une main de Grimmjow était occupée à tenir la nuque d'Ichigo. L'autre allait et venait sur sa cuisse qu'il sentait détendue. Il le fit basculer sur le canapé pour l'allonger complètement sous lui. Puis il remonta un peu plus sa main pour effleurer ses fesses, enserrées dans le jean. Il sentit la bouche d'Ichigo tressauter mais ne fut pas plus inquiet. Ils se découvraient, cela allait forcément prendre du temps, et c'était bon ainsi.
— Tu veux bien me laisser te toucher un peu plus ? murmura-t-il en se séparant de ses lèvres.
— C'est… C'est-à-dire ?
— Juste quelques caresses, n'aie pas peur, on va à notre rythme.
— Je n'ai pas peur !
Grimmjow ne put s'empêcher d'être amusé par la rougeur sur les joues d'Ichigo et le manque d'assurance dans sa voix :
— Je prends ça pour un oui ?
Ichigo acquiesça plus qu'il n'osa le dire. Grimmjow se remit immédiatement à l'embrasser et poursuivit l'exploration de son corps.
— Touche-moi toi aussi, si tu veux ; chuchota Grimmjow contre son oreille, abandonnant sa bouche pour lover ses lèvres au creux de son cou.
Il se mit à l'embrasser tendrement à cet endroit qu'Ichigo ne pensait pas si sensible. Il ne faisait sans doute pas assez attention à son corps et l'avait certainement oublié ces dernières années. Chaque caresse, chaque baiser, semblait l'électrifier et l'emporter dans un royaume de plaisirs. Il lui semblait n'avoir jamais véritablement poussé les portes de ce royaume. Il n'était pas puceau, certes, mais il n'avait jamais vraiment découvert le plaisir du sexe à deux. Il avait toujours été rapide, comme une pulsion qu'il vaut mieux assouvir au plus vite et qu'il importe peu de découvrir davantage. Ce qu'était en train de lui faire vivre Grimmjow était inconnu mais divin.
— Laisse-toi aller, Ichi'… Laisse-moi t'aimer…
Grimmjow l'embrassait avec un peu plus d'insistance dans le cou et avait passé ses mains sous le tee-shirt d'Ichigo. Le contact sur sa peau le fit aussitôt frissonner de bonheur et il se surprit à un petit râle exprimant tout son contentement.
Le bleuté n'en loupa pas une miette et monta ses mains jusqu'à son torse, à ses tétons qu'il effleura et vint retrouver sa bouche dans un nouveau baiser, plus endiablé. Le tee-shirt finit par disparaître et Grimmjow préféra enlever le sien aussi. Ichigo admira alors le torse de son amant et son corps si beau. Il passa avec curiosité et amour ses mains sur ses pectoraux jusqu'à ses abdominaux. Une cicatrice barrait son torse de haut en bas, marque de l'attaque passée d'Anarkheia. Grimmjow le laissa toucher en fermant doucement les yeux.
— Tu as mal ?
Le bleuté nia et garda la main hésitante de son amant sur sa peau :
— Impossible si c'est ta main.
Grimmjow aussi avait eu ses démons, avait été hanté par le passage d'Anarkheia dans sa vie. Mais lui aussi voulait avancer. Il ne voulait plus de cauchemar, de douleur ni d'hallucinations. Il lui faudrait sans doute du temps, peut-être de l'aide, mais il s'accrocherait.
Ils reprirent leurs touchés et leurs baisers, qui s'intensifièrent encore. Ils se collaient et se fondaient l'un dans l'autre comme s'ils ne voulaient faire qu'un. Ichigo sentit soudain une bosse dure sous le jean de son amant. Et, quand il écouta un peu plus son propre corps, il se trouva aussi en érection. Le bleuté comprit aux gémissements étouffés d'Ichigo qu'il prenait conscience de son plaisir. Il dirigea lentement sa main sur son entre-jambe, regardant Ichigo comme pour arrêter au moindre sentiment d'inconfort qui traverserait son regard. Mais ce fut tout le contraire qui se produisit. Ichigo lui apparut encore plus désirable, les yeux fermés, la bouche entrouverte, à profiter de la pression de sa main sur son sexe.
Avec un peu plus d'appréhension, il prit la main d'Ichigo pour la diriger lentement sur son érection à lui. Le rouquin se sentit au départ un peu maladroit mais suivit le même mouvement de pression que son amant sur son propre sexe et les deux se firent ainsi plaisir mutuellement.
— Hmm… Ichi'; soupira Grimmjow de plaisir ; Tu aimes toi aussi ?
— Oui… oui, continue…
Grimmjow chercha le menton de son amant de sa main libre pour relever sa tête et trouver son regard enflammé. Ses pommettes étaient rouges et ses yeux plissés.
— Ichi'… dis-moi… tu veux qu'on aille un peu plus loin ?
— Oui… Emmène-moi dans la chambre.
Le plus âgé fut quelque peu étonné :
— Tu es sûr ? Tu n'as pas à te forcer pour me faire plaisir… Après tout ce qui s'est passé, peut-être qu'un peu de temps…
— Grimmjow. Je veux commencer cette vie avec toi. Avec ça.
Grimmjow sourit et après un rapide baiser, porta son amant en se levant et se dirigea dans la chambre. Il entra en laissant la pièce dans la pénombre. Heureusement, la chambre était rangée. Les rideaux étaient déjà fermés et ils avaient mis des draps propres. Il posa délicatement son paquet sur la couette moelleuse et Ichigo frissonna au contact de sa peau contre la couverture fraîche.
Aussitôt, après avoir allumé rapidement la lampe de chevet, Grimmjow l'embrassa en se positionnant doucement au-dessus de lui et en caressant toujours sa peau. Il s'assit sur ses hanches et embrassa sa nuque et son torse. L'envie le prenait d'accélérer mais il sentait aussi qu'Ichigo, haletant et gémissant, avait besoin de temps :
— Ichi'… ça va ?
Ichigo acquiesça rapidement, gardant les yeux fermés.
— Tu… Tu l'as déjà fait avec un homme ?
La question quelque peu déstabilisante lui fit ouvrir les yeux. Il vit son amant au-dessus de lui, sans doute aussi un peu gêné de parler pour la première fois de leur passé intime, mais visiblement aussi excité que lui, avec ses magnifiques cheveux bleus qui retombaient sur son front :
— Oui. Je… J'étais actif.
Grimmjow acquiesça et vint l'embrasser à nouveau :
— Tu as aimé être avec un homme ?
— Je préfère être avec toi.
— Quel flatteur… et maintenant tu veux faire quoi ?
Ichigo se doutait que Grimmjow s'amusait de ses réactions plus effarouchées et de son manque d'expérience. Mais il ne voulait pas qu'il le prenne pour une Sainte-Nitouche.
— Je veux que tu me touches et que tu me déshabilles entièrement.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux amants furent bientôt nus à s'embrasser. Quand Grimmjow toucha sa verge gonflée et brûlante, Ichigo gémit plus fort. Ce contact était si bon et son amant semblait caresser exactement où il fallait, toucher au bon endroit. Quand sa bouche disparut et qu'il entendit son amant se baisser en embrassant son torse puis son ventre, il sut ce qui allait se passer. Et avant qu'il ne puisse réaliser, il sentit sa bouche embrasser son sexe puis sa langue toucher sa peau tendue et tout l'environnement autour de lui sembla disparaître. Il gémit plus fort quand Grimmjow commença à le sucer et tint sa chevelure pour lui imprimer inconsciemment le rythme. Sa respiration se fit plus courte et il sentit son corps bouillonner.
— Grimm' ! Grimm' !
Et soudain, tout s'arrêta. Ichigo sentit une profonde frustration en lui mais c'était peut-être mieux car il était au bord de l'orgasme.
— Chuut, ça serait bête de se précipiter… ; déclara Grimmjow d'une voix suave avant de venir l'embrasser.
Grimmjow replia les jambes d'Ichigo lentement pour continuer à masser ses cuisses et à se diriger vers ses fesses. Un passage rapide sur la petite entrée recroquevillée fit sursauter le rouquin mais il le laissa faire. Le bleuté tendit le bras vers sa table de chevet et en ouvrant le tiroir, chercha à l'aveugle un gel lubrifiant. Il le trouva et s'écarta de la bouche de son amant :
— Tu veux qu'on essaie là ?
— Oui mais… c'est ma première fois…
— Je sais ; chuchota-t-il ; je vais y aller très doucement et dès que tu n'en peux plus, on arrête, il suffit de me le dire.
Ichigo hocha la tête et bientôt, l'index brillant de gel, Grimmjow vint jouer avec l'anus de son amant, juste pour l'habituer d'abord à la présence d'une forme étrangère pousser légèrement contre lui. Après quelques minutes, Ichigo soupira de plaisir, étonné lui-même de la sensation procurée.
Grimmjow poussa un peu. Ichigo prit sa respiration mais finit par accepter l'intrus dans une émotion étrange, entre l'inconfort et le désir. Le bleuté prit le temps qu'il fallait pour introduire un doigt puis deux et Ichigo y trouva un certain plaisir mais ne put évincer ce sentiment étrange que provoquait la pénétration d'un corps étranger en soi. Il voulait jouir mais il savait que cela serait long et presque difficile comme cela.
— Ça ne va pas ? fit Grimmjow qui sentait le corps se contracter un peu.
— Si, si ça va… Je voulais juste…
— Tu veux qu'on arrête ?
— Non ! Mais juste, j'ai envie de jouir et…de… peut-être que tu… enfin…
Grimmjow sourit face au charabia gêné de son amant et finit par comprendre. Il l'embrassa pour le rassurer et susurra à son oreille droite :
— Tu as envie de me prendre ?
Ichigo réprima un gémissement mais sentit ses hanches se lever toutes seules à la mention de l'acte. Il ferma les yeux et hocha la tête.
Grimmjow, de son côté, chercha à se préparer lui-même avec le gel tout en embrassant Ichigo. Même s'il préférait être actif, ce retournement ne le gênait pas, surtout pour son amant et non un coup d'un soir. Avec Ichigo, il aurait pu tout donner pour que triomphe le plaisir.
Quand il se sentit prêt, il invita Ichigo à inverser les positions. Il voulait voir son amant pendant qu'il le prenait. Il demeura sur le dos et ouvrit ses cuisses pour un Ichigo en pleine vague de plaisir, tremblant à toucher sa verge dure.
— Vas-y, Ichigo. Viens…
Le rouquin prit une grande inspiration et à l'expiration, se présenta face à l'entrée de Grimmjow. La pénétration fut lente mais désireuse pour les deux partis. Ichigo finit par se coucher sur son amant qui l'accueillit dans ses bras comme il s'ouvrit à lui. Le plus jeune finit par le pénétrer entièrement et le bleuté laissa échapper un cri de plaisir. Ichigo laissa un peu de temps à son amant pour qu'il s'habitue et ils s'embrassèrent langoureusement. On n'aurait su dire qui proposa le premier de bouger mais le résultat fut clair : l'acte était divin. Ichigo se sentait rassuré de s'occuper de son amant, de contrôler l'acte et de lui offrir son amour mais, en voyant son visage ravagé par les vagues de plaisir, il fut aussi tenté de connaître ces sensations. Grimmjow passait un aussi bon moment. Savoir qu'Ichigo reprenait confiance en lui, en son corps et ne cherchait qu'à lui donner du plaisir le faisait fondre de bonheur.
— Continue, Ichi'. C'est bon ; soupira-t-il.
— Grimm'… Je vais bientôt… bientôt…
— Viens, Ichi', jouis pour moi.
Ils se regardaient cette fois et Ichigo ondulait son bassin pour entrer en lui en rythme tout en voyant son amant se mouvoir de plaisir, ses cheveux se soulever à chaque coup et ses dents mordre sa lèvre supérieure. Cette vision finit d'achever le rouquin. Ichigo se retira et toucha à peine sa verge qu'il se sentit jouir immédiatement. Grimmjow vint aussitôt et ils se déversèrent sur leur torse presque collés l'un à l'autre. Ichigo tomba ensuite sur le côté du lit, terrassé par l'orgasme fulgurant qu'il venait de vivre. Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti un tel bonheur, une tel extase de vie, une telle sensation de plénitude ?
Grimmjow, une fois revenu sur Terre, chercha un mouchoir pour les nettoyer. À leur mine épuisée, il jugea qu'il était temps de dormir.
— Viens, Ichigo. Viens vers moi ; murmura-t-il.
Ichigo se roula contre lui et Grimmjow le réceptionna dans ses bras. Il rabattit la couverture, éteignit la lumière et se blottit contre son amant qui commençait déjà à s'endormir.
— Pas de cauchemar pour toi… ; lui soupira-t-il.
— Ça risque pas ; répondit Ichigo d'une petite voix ; et pour toi non plus.
OoOoOoOoOoOoOo
1 semaine plus tard.
Hôpital Psychiatrique de Matsuzawa, Tokyo.
Ichigo patientait sur une chaise dans le hall d'entrée de l'hôpital. Il tenait sa veste sur ses genoux. Dehors, le temps se gâtait, le froid s'installait peu à peu. Mais il trembla pour une autre raison. Il n'avait pas revu Uryû depuis l'incident, le soir de l'explosion du Palais de Justice. Il avait prévenu Ukitake de sa venue et ce dernier lui avait expliqué qu'il ne lui avait rien dit concernant Äs Nödt… ou plutôt Ana, comme Uryû se plaisait à l'appeler. Ichigo appréhendait donc de devoir lui apprendre la nouvelle.
— Ichigo ? Je suis ravi de te revoir.
Le médecin aux éternels cheveux blancs l'accueillit d'une chaleureuse poignée de main. Ils se mirent à marcher jusqu'à la chambre d'Uryû, longeant ces couloirs qu'Ichigo avait traversés en courant dans la pénombre, le soir du drame.
— Docteur… Comment… Comment va-t-il ?
— Il n'est pas particulièrement sociable avec les autres patients mais pas agressif non plus. J'arrive à discuter avec lui et je pense qu'il peut réussir à avancer.
— Il pourrait... redevenir comme avant ? Je veux dire…
— C'est à lui de décider ce qu'il veut devenir. Mais cela prendra sûrement du temps, Ichigo.
Le rouquin acquiesça. Il se doutait de cette réponse. On ne pouvait pas, en un claquement de doigt, retrouver le petit garçon aux grands yeux brillants et aux lunettes rondes. Des années aussi sombres et douloureuses ne pouvaient pas s'effacer aussi rapidement.
— Il s'adapte bien à a la vie ici ?
— Je dirais, oui ; répondit Ukitake ; il ne participe pas encore aux activités de groupe ou alors sans aucun enthousiasme mais j'ai bon espoir qu'il s'ouvre aux autres. Sinon, nous avons ramené toutes les choses auxquelles il semblait tenir. C'était entassé dans un coin de la maison, à l'étage. Un violon, un jeu d'échec, quelques livres… Au début, ce n'était pas forcément simple de lui faire comprendre qu'il ne retournerait pas dans la maison de son père. Mais, maintenant, je pense qu'il s'est fait à son nouvel environnement et qu'il est enfin moins stressé.
— Bien. C'est une bonne chose.
Ichigo avait été terrifié en l'imaginant dans une pièce blanche capitonnée, enserré dans une camisole. Heureusement, son installation à l'hôpital n'avait pas été aussi dramatique.
— J'ai appris que le capitaine Kyoraku reprenait du service pour finir cette affaire à la place de Kuchiki. Nous nous sommes vus il y a quelques jours concernant le sort d'Uryû. Il va de soi qu'il ne peut pas être incriminé et, de toute évidence, il n'a pas conscience de son comportement ni de la portée de ses gestes. Comme il va rester ici sous bonne garde, il n'y a pas à s'inquiéter. Ensuite, si nous obtenons de bons résultats et qu'Uryû se sent apte à vivre tout seul, il sera surveillé pendant une certaine période.
— Bien. C'est là ? fit Ichigo en remarquant qu'Ukitake s'était arrêté.
— Exactement. Il vaut mieux que tu rentres seul. Il te demandera sans doute pour Äs Nödt. Dis-lui avec tes mots. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise manière de lui annoncer.
— Compris. Je vous remercie, Docteur.
Ukitake lui ouvrit la porte avec un sourire et Ichigo s'engouffra dans la chambre.
En effet, elle n'avait rien d'une pièce vide et capitonnée. Elle était plutôt accueillante avec de la moquette au sol et des murs peints en une jolie couleur lilas. Pas de camisole de force non plus. Uryû était assis en tailleur par terre et jouait aux échecs. Quand la porte se ferma, il remarqua enfin sa présence.
— Ichigo… C'est toi…
— Bonjour Uryû. Je suis venu te voir, je peux entrer ?
Le jeune homme hocha la tête et Ichigo vint s'asseoir sur le lit. Il regarda son frère de cœur ranger ses pions dans la mallette qui, une fois dépliée, servait de table d'échec. On lui avait coupé les cheveux, sans doute pour éviter qu'il se les arrache. Il avait aussi changé de lunettes. Il paraissait encore trop maigre mais ses bleus disparaissaient peu à peu sur sa peau d'albâtre.
Il vit Uryû s'approcher et lui prendre les mains :
— Tu es venu avec Ana ?
La question le brûla à l'intérieur mais il fit face en maîtrisant au mieux ses émotions.
— Non, je suis désolé, Uryû.
Ce dernier haussa les épaules et lâcha ses mains. Il se dirigea vers sa table de chevet et y trouva, en ouvrant le tiroir, un petit carnet et un crayon de couleur rouge. Plusieurs barres verticales s'alignaient sur une feuille. Uryû en dessina une nouvelle.
— Tu penses qu'elle viendra bientôt me voir ? dit-il d'une voix éteinte.
Ichigo comprit. Il marquait, comme un prisonnier sur son mur, le nombre de jour qu'il passait sans Äs Nödt. Il en ressentit une profonde tristesse.
— Non, je ne crois pas…
— Mmh… C'est parce que j'ai fauté c'est ça ?
— Non… non, non, Uryû, bien sûr que non. Tu veux bien… Tu veux bien t'asseoir à côté de moi sur le lit ?
Le jeune homme accepta et Ichigo prit une profonde respiration.
— Je pense que tu peux arrêter de faire ces traits sur ton carnet. Il… Enfin… Ana ne reviendra pas.
— Elle est partie ?
— Uryû… Elle… Elle est morte…
Uryû le regarda plusieurs secondes, sans bouger, sans rien dire. Puis, ses yeux s'embuèrent et il baissa la tête sur ses mains croisées.
— Mais… Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? Elle a dit qu'elle viendrait me rechercher plus tard, qu'on vivrait ensemble après tout ça. Elle a fait débuter l'anarchie, n'est-ce pas ? Cette nuit-là… Elle aurait dû revenir. C'était son plan.
— C'était un de ses plans. Finalement, ça s'est passé autrement.
Il était inutile de lui apprendre qui était véritablement Ana ni que c'était lui qui l'avait tué. Il préféra rester silencieux et réconfortant, en formant des cercles d'une main dans le dos d'Uryû.
— Je vais retourner vivre avec papa ?
— Uryû… Tu as oublié ? Ton père... Il est décédé...
— Oui… C'est vrai, tu m'as sauvé, hein ?
Ichigo était mal à l'aise. Il parlait bien trop comme Äs Nödt, comme si, en tuant Ryûken, il avait accompli la volonté d'Anarkheia.
— Uryû, c'est fini maintenant, toute cette histoire. Et tu ne retourneras pas dans cette maison. Nous allons la vendre avec Shiro. Mais ça ne veut pas dire que tu vas passer toute ta vie dans cet hôpital ! Si tu veux et si tout se passe bien, tu pourras sortir plus tard et avoir ton propre chez-toi, tu comprends ?
— Mais à quoi ça servirait ? Je n'ai plus rien à faire maintenant. Je n'ai plus personne à contenter.
Ichigo soupira. Il n'était pas nécessaire de lui parler de perspective d'avenir dès maintenant, la chose était encore bien trop abstraite pour lui.
— Tu vas rester ici et moi je viendrai souvent te voir, ça te va ? Le docteur Ukitake est très gentil et je suis sûr qu'il y a d'autres résidents très agréables avec qui tu pourrais discuter, non ?
Uryû haussa les épaules une fois de plus mais rajouta un « peut-être » murmuré. Ichigo saisit ce mot comme un espoir et en fut rassuré. Il se leva enfin et lui promit de revenir bientôt. Il embrassa doucement son frère de cœur plus jeune que lui sur le front et finit par s'en aller, le laissant plongé dans ses pensées.
Ichigo espérait que lui aussi arriverait à tourner la page et à vivre sa vie.
