Nuées Blanches

Chapitre 23 : Allégresse

Ecurie, soir du bal…

Mercedes soupira en levant les yeux vers les étoiles. Elle posa sa main sur les barreaux du portail menant aux anciens quartiers du professeur Jeritza. Que le jeune homme masqué soit le Chevalier Macabre lui paraissait difficile à croire, malgré l'accumulation des preuves. Il se montrait étonnamment prévenant envers elle, à chaque fois qu'elle le croisait, il lui enseignant avec bien plus de patience que pour quiconque d'autre ; sauf pour Cyril, peut-être. Certes, il l'évitait quand il le pouvait, mais quelque chose dans son comportement envers elle était… différent.

Et puis, il lui rappelait tellement…

_ Emile…

Elle ferma les yeux, peu désireuse de retourner dans la salle de réception. Elle n'avait pas le cœur à danser, et encore moins à se faire poursuivre par les assiduités de Sylvain, Lorenz ou encore Ferdinand.

Un bruissement de feuilles attira son attention sur un bosquet. Un chat en jaillit brusquement en feulant, arrachant un cri de surprise à la jeune fille.

Surprise qui ne fut rien comparée à celle qu'elle ressentit en se retournant et découvrit un homme aux longs cheveux blonds attachés en queue de cheval. Il portait un demi-masque et son regard fuyait celui de Mercedes.

_ Emile…

Elle tendit les mains et retira le masque blanc.

_ Je le savais… C'est vraiment toi, Emile.

_ Mercedes…

Jeritza, Emile, le Chevalier Macabre, quel que soit son nom, Mercedes était heureuse de le revoir. Elle tendit la main et la referma sur le bras de l'ancien professeur d'armes.

Jeritza l'attira soudainement contre lui, la serrant dans ses bras avec une étonnante douceur.

_ La chapelle abandonnée… Quoi qu'il arrive Mercedes, je t'en supplie, n'y va pas.

_ Emile ?

_ N'y va pas, promet-le moi !

Il resserra son étreinte alors que Mercedes promettait avant d'enrouler ses bras autour de lui.

_ Lâche-moi, Mercedes, je dois repartir. Je suis ton ennemi.

_ Daraen a dit que ce soir, il n'y a plus ni alliés, ni ennemis. Juste des personnes qui veulent profiter ensemble de la fête… Je veux être avec toi, Emile, même si ce n'est que pour cette nuit… S'il-te-plait !

Et devant son visage suppliant, Jeritza redevint Emile et capitula, gardant sa grande sœur qu'il dépassait d'une bonne tête entre ses bras.

Il s'écarta pour lui glisser quelque chose dans les mains.

_ Mercedes, quitte le monastère… Tu n'as aucune idée de ce qu'il va arriver. Les batailles… la guerre… tu vas mourir !

_ Je… Même si je dois mourir, mon choix est fait. S'il y a une guerre, je me battrais… Emile, je t'en supplie, bas-toi avec nous, s'il le faut !

_ C'est impossible. J'ai déjà vendu mon âme… Mais… Prends ceci et pars.

Mercedes écarta les doigts et observa la gemme écarlate montée en collier d'or et de nacre bleu et rouge.

_ C'est… une Relique de Héros ? La Gemme de Rafail... Tu portes le même emblème que moi, n'est-ce pas… ? C'est pour cela que tu possède cette Relique.

_ A notre prochaine rencontre, je te tuerais. Sans hésitation.

_ Tu ne me tueras pas. Après tout, je possède cette gemme.

Le jeune homme se mordit la lèvre et remit son masque avant de s'enfuir sans un mot de plus.

_oOo_

Salle de réception…

Sylvain s'arrêta de danser et se laissa tomber sur une chaise avec soulagement. C'était incroyable le nombre de filles qui se pressaient devant lui pour qu'il leur accorde une danse. Et probablement beaucoup plus, devaient-elles espérer.

Le jeune homme tourna la tête, cherchant visiblement quelqu'un du regard.

_ Felix s'est sauvé dès la troisième déclaration enflammée que vous avait faite à votre cavalière sans nom, si c'est lui que vous cherchez.

Le rouquin se retourna et observa Léo, que Corrin avait abandonné pour une danse étrange et remuante avec Daraen. Les deux filles paraissaient s'amuser comme des folles, bousculant allègrement ceux se trouvant sur leur trajectoire. Elles heurtèrent Claude et Petra qui se joignirent à leurs éclats de rire.

_ Je… Non, je ne le cherche pas spécialement…

_ Vous êtes un piètre menteur. Mais bon… Que vous le cherchiez ou non, il est allé dans la Tour de la Déesse, sans doute rechercher un endroit calme sans myriade de donzelle à ses pieds. Les bruns ont toujours du succès, d'après Daraen.

Sylvain sursauta imperceptiblement en constatant que ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes aux propos de Léo.

Il se leva et ignora les yeux papillonnants des jeunes filles pour se diriger vers la sortie de la salle de bal.

Léo le regarda s'éloigner avec un sourire en coin avant d'accepter la main qui venait d'apparaitre sous ses yeux, appartenant à Kamui. Une danse avec son frère ne ferait pas de mal, sauf peut-être à ses pieds !

_oOo_

Tour de la Déesse…

Felix ne se retourna pas lorsqu'il entendit la lourde porte de bois s'ouvrir en grinçant. Il ignorait comment, mais il savait qui venait de le rejoindre.

Ses dents grincèrent autant que la porte.

Sylvain était bien la dernière personne qu'il souhaitait voir.

_ Hé, Felix ! Qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu attends une jeune fille pour faire un vœu, comme le veut la légende ? Si tu savais le nombre de demande que j'ai reçues !

Le jeune homme brun serra les poings sur la rambarde de pierre du balcon sur lequel il se trouvait.

Sylvain regarda le ciel remplit d'étoile, son sourire s'effaçant comme des empreintes de pas dans le sable au moment de la marée.

_ Mais bon, la seule personne dont j'aurai voulu recevoir ce genre de demande m'ignore.

_ Ça te fera les pieds.

Felix se retourna, son regard ambré lançait des éclairs.

Il se dirigea vers la porte et bouscula Sylvain pour l'ouvrir, commençant à dévaler les marches de pierres.

Sylvain eut l'impression d'entendre la voix de Daraen, presque de voir son sourire espiègle danser devant ses yeux.

''Vous pouvez vous voiler la face autant que vous le désirez, Sylvain, mais un jour vous ne pourrez plus lutter. A force de frustration accumulée, vous prendrez par la force ce que vous ne pouvez avoir autrement. Et lorsque ce jour viendra, vous perdrez tout et n'aurez plus que vos yeux pour pleurer.''

Le rouquin ne put qu'admettre qu'elle avait raison alors qu'il rattrapait Felix dans les escaliers, enroulant ses bras autour de ses épaules, le forçant à tourner la tête vers lui en prenant son menton entre ses doigts et l'embrassant durement, avidement.

Felix se tendit et chercha à se dégager violement. Mais Sylvain le maintenait bien trop fermement. Depuis quand avait-il autant de force ?

Lorsqu'il sentit la langue de Sylvain glisser entre ses lèvres, Felix ressentit une vague de fureur telle qu'il réussit à dégager l'un de ses bras et projeta son coude dans le ventre du rouquin, parvenant cette fois à le faire lâcher prise. Il descendit quelques marches et se retourna, furieux.

_ Ne me touche pas ! Et certainement pas comme ça ! Je ne suis pas l'une de tes groupies en chaleur !

_ Felix, laisses-moi t'expl…

_ Et puis quoi encore ?!

Le brun recommença à dévaler les marches de la Tour de la Déesse, sa vision se brouillant à cause des larmes qui avaient commencé à couler le long de ses joues.

Il avait bien plus mal qu'il ne l'aurait cru. Son plus profond désir venait de se réaliser et tout ce qui en ressortait était de la douleur. Sylvain n'était pas capable de faire preuve d'une réelle sincérité envers qui que ce soit, pourquoi serait-ce différent avec lui ? Il préférait le rejeter de lui-même plutôt que d'avoir le cœur brisé une fois que le rouquin se serait lassé, au bout d'un jour grand maximum.

Il quitta la tour, traversa la cathédrale déserte et finit par s'arrêter sur une terrasse extérieure. Et là seulement il put laisser libre court à ses émotions, frappant la pierre d'un muret de ses poings jusqu'au sang, puis continuant encore.

_oOo_

Sylvain quitta la tour et observa le vide qu'enjambait le pont la reliant à la cathédrale. Il ne pouvait pas arrêter de penser à ce qu'il avait vu dans les yeux de Felix ; colère, dégout, mépris… Daraen avait eu raison une fois de plus, il avait tout perdu.

Il s'éloigna du bord du pont et prit le chemin des dortoirs. Il essaierait de se trouver une charmante compagnie féminine pour passer la nuit, ce qui ne devrait pas être difficile à dénicher. Il les haïssait, ces femmes qui se jetaient dans ses bras en ne pensant qu'à une chose : porter son ''enfant à emblème'', en plus de devenir noble en guise de cerise sur le gâteau. Elles s'offraient à lui comme des prostituées se vendent au plus offrant, et ce comportement l'écœurait.

Mais au moins, elles avaient l'avantage de lui changer les idées, de l'empêcher de penser à Felix. D'y penser un peu moins, en tout cas.

Il repéra sa proie, une jolie blonde plantureuse. Il évitait les cheveux bruns et les poitrines inexistantes, c'était trop proche de Felix physiquement.

Quelques compliments savamment préparés, un clin d'œil appuyé et un sourire chargé de sous-entendus suffirent pour qu'il se retrouve, quelques minutes plus tard, sous les draps de cette fille dont il n'avait pas jugé utile de retenir le nom…

_oOo_

Salle de réception…

Byleth se glissa ver la porte et se retrouva à l'extérieur. L'air frais de la nuit été agréable sur son visage après la chaleur confinée de la salle de bal.

''Tu es fatiguée ? Ça se comprends, combien ont voulut danser avec toi, déjà ?''

_ Beaucoup trop. Mais pas Dimitri…

'' Tu l'aimes vraiment beaucoup, ce garçon… Il a pourtant l'air de cacher de bien sinistres pensées. Enfin… C'est stupide de t'arrêter de danser pour ça. Moi, si j'avais un corps, je danserai jusqu'au bout de la nuit !''

_ Professeur ?

Byleth sursauta et se retourna, la voix de Sothis se taisant définitivement dans sa tête. La jeune femme regarda Dimitri se passer la main dans les cheveux d'un geste nerveux.

Ce qu'il était beau dans cet uniforme en nuance de bleu… Byleth secoua la tête pour chasser ces pensées de son esprit.

_ Professeur, tout va bien ? Vous avez quitté la fête si subitement…

_ Ça va, merci. Retournez donc profiter, vous. Edelgard doit s'ennuyer sans son cavalier.

_ Edel… Professeur, votre expression… On dirait… Serait-il possible que vous soyez jalouse ?

_ Pardon ?!

Byleth sentit ses joues la brûler et béni l'obscurité de la nuit qui masquait leur rougeur.

_ Professeur, je crois que je vous dois une explication. Edelgard, je l'ai rencontré lorsque nous étions enfants. Elle avait fuit l'Empire avec son oncle, le Seigneur Arundel, le frère de sa mère, Patricia… qui est devenue ma belle-mère. J'ignorais que la fillette qui m'apprenait à danser était la fille de ma belle-mère. Edelgard est resté à Fhirdiad pendant un an. Puis son oncle est repartit en l'emmenant avec lui. Juste avant son départ, je lui ai offert une dague, celle qu'elle porte toujours sur elle encore aujourd'hui. Mais je sais qu'elle ne me reconnait pas. Bah… ce n'est pas plus mal, je suppose.

_ Alors… Edelgard est…

_ Ma sœur, oui. Alors vous n'avez pas à être jalouse, professeur… D'ailleurs, vous êtes vraiment très belle, ce soir. Enfin, vous l'êtes toujours ! Mais cette robe vous va à ravir… Vos autres vêtements aussi ! Mon dieu, je devrais me taire.

Byleth baissa la tête avant de la relever, plantant ses yeux d'un bleu irréel dans ceux de Dimitri.

_ Je… Dimitri, voudriez-vous venir avec moi… dans la Tour de la Déesse ?

_ Oui, avec plaisir.

Dimitri lui présenta son bras comme il le faisait à chaque fois et Byleth l'accepta en souriant. Curieusement, savoir que Dimitri voyait Edelgard comme sa sœur la rassurait. Maintenant, elle avait envie de retourner dans cette salle de bal bondée pour danser jusqu'au matin, si possible avec le prince aux cheveux blond. Mais aller avec lui dans la Tour de la Déesse était quelque chose de tout aussi agréable.

Ils mirent quelques minutes à atteindre la tour, croisant Sylvain en chemin, baratinant une jeune fille comme à son habitude.

Une fois au sommet, Byleth s'approcha du bord du balcon et regarda les étoiles en souriant.

_ Dimitri, y croyez-vous à cette légende concernant les vœux qui s'exaucent ?

_ Je ne sais pas… A vrai dire, la seule fois où j'ai fait un vœu, il ne s'est pas exaucé et j'ai perdu tous ceux que j'aimais alors…

Dimitri se plaça à côté de Byleth et recouvrit sa main de la sienne.

_ Mais ici, ce soir, j'ai l'impression que je peux en faire un. Avec vous…

_ Que souhaiteriez-vous ?

Dimitri réfléchit quelques instants avant de se tourner vers la jeune femme à ses côtés.

_ Que nous puissions rester ensemble le plus longtemps possible. Pour toujours serait l'idéal ! Pardonnez mon audace, mais je n'ai pas d'autre souhait !

Byleth se mordit la lèvre en serrant les poings.

_ Il y a un problème, professeur ?

_ C'est cruel…

Le jeune homme retira sa main recouvrant celle de la professeur et recula en baissant la tête. Il s'en voulait de s'être laissé emport par ses sentiments, mais le lieu et la douceur du moment lui avait fait un moment oublier qu'il n'était dans cette école qu'un élève et Byleth, sa professeur.

_ Je suis désolé. Je ne voulais pas vous blesser

Byleth le retint par la main et se plaça face à lui pour le regarder dans les yeux.

_ Moi aussi je voudrais rester pour toujours avec vous, Dimitri… Alors ne dites pas ce genre de chose à la légère, ce serait cruel.

Dimitri sursauta en l'entendant, surprit. Il serra alors fermement les mains de Byleth dans les siennes en les amenant doucement contre son cœur.

_ Je ne parlais pas à la légère.

La jeune femme sourit doucement.

_ Alors prions la Déesse, ou n'importe quelle entité en mesure de nous exaucer, que ce vœu formulé à deux se réalise un jour. Dimitri, quoi qu'il arrive, nous resterons ensemble !

Le prince hocha la tête et se pencha vers Byleth pour déposer délicatement un baiser sur ses lèvres.

A cet instant, leurs statuts de professeur et d'élève, de prince et de roturière, leurs étaient parfaitement égal.

_oOo_

Le bal se prolongea jusque tard dans la nuit, agrémenté des rires des élèves. Darios et Rowan finirent par rejoindre leur groupe pour profiter pleinement de la fête avec eux. Corrin et Daraen purent danser avec chacun des hommes de leur bande d'amis, qui eux regrettèrent d'avoir accepter l'invitation de Daraen, surtout leurs pieds. Comment une fille aussi méticuleuse pouvait être une aussi piètre danseuse restait un mystère.

Mystère tout aussi grand, la raison qui avait poussée Ashe à inviter Catherine, lui qui avait parut jusque là la haïr cordialement.

Byleth et Dimitri alimentèrent les conversations après la danse qu'ils avaient partagées, ne laissant aucun doute planer sur la nature des sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.

Ce bal fut d'ailleurs l'occasion de voir beaucoup de couples se former.

Rhea fit une apparition tardive moins grandiose qu'elle ne l'aurait souhaitée, éclipsée par une dispute entre Manuela et Hanneman qui avaient tenté de s'accorder le temps d'une valse.

La fête prit fin avec l'annonce brutale de Seteth qui ne devait pas avoir apprécié de voir Ignatz inviter sa précieuse Flayn à danser.

_oOo_

Chambre de Felix, jour 26 de la Lune des Etoiles…

Les cloches du monastère sonnèrent à la volée, réveillant les élèves à l'aube.

Felix se redressa en grondant sourdement. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit et sa tête le lançait. Les cloches n'arrangeaient rien à cette migraine. La perspective de sortir de sa chambre ne l'enchantait pas.

Dehors, il y avait Sylvain.

Le voir lui paraissait insurmontable, surtout après ce qu'il s'était passé durant la nuit.

Les cloches continuaient de sonner et cela finit par l'intriguer. Il entendait également une certaine agitation régner dans le couloir. La porte de sa chambre s'ouvrit vivement sur Sylvain. Le rouquin ne lui accorda pas un regard.

_ On doit tous se réunir dans le réfectoire de toute urgence.

_ Il se passe quelque chose ?

Sylvain le regarda par reflexe et s'attarda un instant sur son torse avant d'hausser les épaules.

_ Aucune idée, mais les professeurs ont l'air inquiets.

Felix haussa la tête et attendit que Sylvain ait refermé la porte pour se lever. Une fois cette urgence encore inconnue réglée, il savait qu'il lui faudrait avoir une conversation sérieuse avec Sylvain ; entre le baiser sulfureux de la nuit et le regard emplit de désir qu'il venait de poser sur lui, il fallait mettre les choses au clair une bonne fois pour toute.

_oOo_

Réfectoire…

Jeralt observa les derniers élèves entrer dans la vaste salle avant de se tourner vers Byleth.

_ Des Bêtes Démoniaques ont été aperçues près d'une chapelle abandonnée. Elle a servit de lieu de culte après que Garreg Mach eut été ravagé par un incendie, il y a une vingtaine d'année. Et même si les objets de valeurs en ont été retiré quand le culte à réinvesti le monastère, cette chapelle reste apparemment sacrée. Mais ce n'est pas ça le problème. Byleth, des élèves ont été vus se dirigeant par là-bas, dont Monica, qui fait parti de ta maison.

Seteth, silencieux jusque là, s'avança alors.

_ C'est pour cela que Dame Rhea veut que Jeralt et les professeurs emmènent un groupe d'élève jusqu'à la chapelle afin de les sauver des Bêtes Démoniaques.

Byleth hocha la tête et sélectionna les élèves habituels dont elle s'occupait, issus des trois maisons.

Mercedes s'avança vers elle en se mordant la lèvre. Elle avait un mauvais pressentiment. Et la mise en garde de Jeritza tournait en boucle dans sa tête. Elle se rappelait de l'inquiétude dans sa voix qu'il tentait de masquer, du tremblement léger de ses mains qu'il avait essayé de contenir et la supplique dans ses yeux.

_ Je regrette professeur mais… Je ne peux pas venir avec vous jusqu'à la chapelle. Je… je me suis blessée hier, en dansant, je ne ferais que vous gêner… Mais je vous supplie de faire attention à vous tous ! Je prierais la Déesse que vous nous reveniez tous sains et saufs.

Byleth hocha la tête en signe d'acquiescement. A vrai dire, si cela n'avait tenu qu'à elle, elle n'aurait emmené aucun de ses élèves. Aussi, quand Hilda, Bernadetta et Linhardt lui demandèrent également de rester à Garreg Mach, elle accepta sans hésiter.

Jeralt prit alors la tête de l'escouade ainsi constituée et le groupe se mit en route immédiatement.

Lorsqu'Elion vit passer la colonne d'élèves en armes, il ressentit un profond soulagement de voir Linhardt s'asseoir à côté de lui pour faire sa sieste matinale.

_oOo_

Chapelle abandonnée…

Les Bêtes Démoniaques ne ressemblaient à rien que les élèves aient déjà put voir. D'un certain côté, elles ressemblaient à un croisement gigantesque entre un lézard et un lévrier. Le corps semblait couvert d'écailles brunes à reflet légèrement rougeâtre. Une étrange gemme rouge était sertie sur les fronts des monstrueuses créatures, émettant une lueur malsaine.

Daraen grinça des dents en regardant les Bêtes Démoniaques avant de lever la rapière qu'elle avait prise. Ce n'était pas la sienne et elle prévoyait de récupérer son arme le plus tôt possible. Elle avait vu Linhardt fureter autour de la salle au trésor, il devait connaitre un moyen d'y entrer sans se faire repérer. Depuis l'entrée par téléportation à l'intérieure, par Léo et elle-même, la sécurité magique du lieu avait été fortement renforcée.

_ Daraen, tu sens ça ?

_ Oui… Ces choses, ce sont des êtres humains transformés en monstres, comme Miklan… Ces gemmes sur leurs fronts, ça doit être à cause de ça.

_ Tu crois qu'on peut les libérer ?

_ Non, c'est trop tard pour eux. Ne reste plus que la mort.

Léo hocha la tête et sa magie illumina ses mains.

Byleth fronça les sourcils, sans comprendre exactement les propos tenus par Daraen et Léo. Elle secoua la tête et plaça ses élèves pour aller affronter les créatures reptiliennes aux gueules écumantes.

Jeralt regarda sa fille avec fierté.

_ Si j'avais su, j'aurais combattu sous tes ordres depuis longtemps !

_ Merci, papa...

Sous l'impulsion de la jeune femme, les élèves s'élancèrent à l'assaut des monstres.

Daraen rejeta ses tresses en arrière et regarda la Bête Démoniaque face à elle.

_ Mon chéri, laisse-la moi.

_ Tu es sûre ? Tu as vu la taille de ce monstre ?!

_ Oh que oui.

La stratège esquissa son sourire le plus fourbe et s'élança sans plus attendre, sa rapière à la main. Et Chrom aurait juré voir des éclairs crépiter autour de la fine lame.

La créature tomba face à la puissance cachée de Daraen en quelques secondes. Son corps massif se transforma en cendres qui se dispersèrent dans le vent, laissant le cadavre d'un élève derrière. Daraen glissa deux doigts dans son cou et secoua la tête.

_ Mort. Je savais que ces pauvres bougres étaient condamnés.

_ Daraen… regarde.

La jeune femme suivit du regard le doigt tendu de Chrom et haussa un sourcil en découvrant une jeune fille aux cheveux rouges, repliée sur elle-même en tremblant.

_ Monica ?

La demoiselle releva la tête, les larmes débordant de ses yeux rouges sang.

_ Daraen… Ils… Je suis désolée…


Désolée ! Je poste ce chapitre en retard par rapport à d'habitude ! La raison ? Bah j'avais totalement zappé ^^' Oups !

Encore désolée !