Elle respirait de nouveau. C'était si agréable. Le vent qui jouait tendrement avec ses cheveux la chatouilla, la faisant rire. Les nymphes lui sourirent pour la saluer alors qu'elle s'enfonçait dans les bois. Elle avait beaucoup de mal à croire qu'elle était revenue. Encore une fois. La Mort et l'Homme de la Lune avaient été si généreux avec elle.

Dans son grand palais de cristal, l'Homme de la Lune l'avait accueillit. Durant des jours, il entama la transformation de la fillette, faisant d'elle le nouveau Croquemitaine. Bien plus tard, elle avait fait ses adieux à son père. En devenant un mortel, il abandonnait tous ses souvenirs derrière lui. Il ne se souviendrait pas d'elle. Athénaïs n'avait pas protesté. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire pour son père comme pour elle. La dernière étreinte ne s'était pas faite dans les larmes et les cris. Pleine de douceur et d'amour, Pitch avait embrassé pour la dernière fois les cheveux de sa petite avant de disparaître. Bienveillant, l'Homme de la Lune avait ramené Athénaïs sur Terre en lui souhaitant bonne chance, puis il s'en était retourné dans les cieux, parmi les étoiles. Le vieil homme, aujourd'hui plus que jamais, savait qu'il avait le bon choix.

Le renaissance d'Athénaïs fit sensation. Jamais Jack n'avait eu de sourire si éclatant, jamais Bunny ne serra quelqu'un aussi fort entre ses bras. Sab lui avait serré la main, ravi de travailler à présent avec elle. North avait ouvert une bouteille de champagne pour fêter ça, même si au final Athénaïs ne but que de jus de fruit. Fée avait levé les yeux au ciel mais avait finit par lui adresser un léger sourire. Jack'O Lantern, Styx et Messorem n'avaient pas tardés à débarquer pour lui souhaiter un bon retour parmi eux. Même Estelle et Luciole se joignirent à la fête, n'arrêtant pas de se plaindre que décidément, tout ce remue-ménage allait les mettre en retard sur leur travaille et que non, elles n'aimaient pas faire des heures supplémentaires.

Sa nouvelle apparence aussi avait alimenté les conversations. Toujours sous les traits d'une petite fille entre douze et treize ans au visage constellé de taches de rousseur et dotée des mêmes cheveux roux elle avait dorénavant les yeux vairons, l'un aussi doré que de l'or fondu, l'autre aussi gris qu'un croissant de lune. Elle avait abandonné ses vêtements noirs, à présent simplement vêtue d'un jean vintage et d'un tee shirt à l'effigie des Beatles, et chaussée de tennis de toile on était bien loin de la tunique sobre de son prédécesseur.

Et en la voyant si vivante, Sab comprit soudainement pourquoi il avait pu parler avec elle par télépathie autrefois depuis toujours l'Homme de la Lune avait eu pour projet de faire d'elle le nouveau Croquemitaine. Maintenant que le lien était enfin complet, où qu'ils soient, l'un comme l'autre pouvaient s'exprimer par la pensée à l'attention de son homologue. A présent, Sab et elle allaient pouvoir travailler main dans la main pour apporter un juste équilibre aux enfants, faisant d'eux des grandes personnes respectables, pleines de bon sens qui pourront transmettre leurs légendes à leurs propres enfants qui eux même en parleront à leurs enfants.

Jack Frost sourit. Pour la première fois depuis longtemps, l'avenir lui parut rempli de belles promesses.


Kozmotis Pitchiner était un homme heureux, menant une vie somme toute banale mais qui lui apportait chaque jour un grand bonheur.

Après une enfance tranquille et choyée au sein d'un famille moyenne en Angleterre, il s'était engagé dans l'armé pendant plusieurs années, désireux de servir son pays et de trouver sa place dans le monde. A trente ans, il sortit diplômé de la faculté de médecine et ouvrit son propre cabinet de psychothérapeute. Il excellait dans sa profession, il avait en lui une sorte de don qui lui permettait presque instinctivement de cerner les pires peurs des gens et qui lui permettait d'aider ses patients à se libérer de leurs démons avec une facilité désarmante.

Quelque années passèrent, et un beau jour, il fit la connaissance une jolie couturière qu'il demanda en mariage au bout de deux ans de relation rythmée par des bouquets de roses, des sorties au théâtre et au cinéma, de ballade au bord d'un lac et de nuits passionnées sous la couette. Ils achetèrent une maison où il planta un potager et de nombreux parterres de fleurs et d'immenses rosiers, qu'il se mit à entretenir avec tendresse. Neuf mois plus tard, Kozmotis devient l'heureux papa d'un petit garçon aux cheveux aussi bruns que son père qu'on appela Jackson. Et bien vite, le bambin ne tarda pas à être rejoint par une adorable sœur du nom de Toothiana.

Le temps passa. Les enfants grandirent et quittèrent la maison, fondant leur propre famille. Kozmotis et sa femme étaient trois fois grands-parents à présent. Les cheveux aussi noir que du charbon de Kozmotis s'étaient parsemés de mèches grises. Il avait quitté son cabinet après des années de bons et loyaux services passées à écouter les problèmes des gens. Puis les promenades se firent moins longues, les nuits enflammées laissèrent place à de tendres étreintes. Il cessa de jardiner, son dos le faisait souffrir avec ses vilains rhumatismes. Mais têtu comme une mule, il se refusait à prendre une cane, « Je suis pas encore un vieillard sénile il me semble » disait t'il des qu'on évoquait le sujet.

Ce jour-là, la neige avait enfin cessé de tomber. Après avoir embrassé sa femme qui préféra rester à l'intérieur par ce froid de canard, il sortit se dégourdir les jambes. Il avait prévu de marcher jusqu'au parc et de donner à manger aux canard. Il faisait ça depuis des années : d'abord seul, puis avec sa jolie couturière et leur enfants, puis avec ses petits enfants et seul de nouveau.

Approchant du bord de l'eau, il marmonna lorsqu'il vit que son banc était déjà prit. Une fillette y était assise et regardait sa montre d'un air ennuyé. Peut être attendait elle quelqu'un. Peut désireux de changer ses habitudes, le vieil homme s'assit à l'autre extrémité du banc. Discrètement, Kozmotis détailla la fillette. Il avait l'étrange impression de l'avoir déjà croisé quelque part. Son visage lui était familier et lui évoquait un indescriptible sentiment de tendresse.

-Vous êtes Kozmotis Pitchiner ? demanda t'elle de but en blanc en le faisant légèrement sursauter.

-Oui mademoiselle. A qui ai-je l'honneur ? Répondit il d'un ton un peu bourru.

L'enfant ne lui répondit pas tout de suite. Elle se contenta de lui adresser un sourire aussi doux qu'une caresse. L'homme réfléchissait, mais où l'avait il déjà vu ? Comment connaissait elle son nom ? Était-ce une ancienne cliente ? Après tout, il recevait aussi les enfants à l 'époque dans son cabinet. Mais c'était impossible, il était à la retraite depuis plus de vingt ans maintenant et la fillette semblait en avoir à peine treize.

-Je m'appelle Athénaïs. Vous ne me connaissez pas, ou du moins pas dans cette vie là. J'espère de tout mon cœur que vous avez enfin trouvé la paix qui vous à tant manqué autrefois. Mais sachez que nous sommes tous très fière de vous, vous êtes devenu un homme bon. J'ai été tellement heureuse de vous revoir, murmura t'elle en lui serrant doucement la main.

L'instant d'après, elle avait disparue. Ébahie, le vieil homme se demanda si tout ça n'était pas un tour de son imagination. Il avait toujours eu une imagination incroyablement fertile après tout. Pourtant, au fond de son cœur, les souvenirs enfouis d'une autre vie réchauffèrent son esprit fatigué. Kozmotis Pitchiner essuya les larmes qui perlaient doucement aux coins de ses yeux ridés. Non il n'avait pas rêvé. Ainsi, sa chère petite allait bien.

Un doux sourire aux lèvres, Kozmotis Pitchiner rentra chez lui.

Et quelque part dans les cieux, un autre homme se mit à sourire alors que le globe de cristal derrière lui resplendissait de lumières plus éclatantes que jamais.