Bonjour/Bonsoir/Holà !

Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.

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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 6 « Présomptueux ». Il fait suite aux OS 16, 17, 18, 20, 21, 22 et 23. Margaery est toujours en rééducation après son accident, et squatte chez Jaime et Brienne.

Pour ceux qui ne liraient qu'un chapitre çà et là, Jaime, Brienne et Tyrion étaient étudiants en pension indépendante au cœur de Port-Réal, chacun dans ses études, et ont réussi à rester très soudés au fil des années. Ils sont maintenant adultes. Jaime et Brienne ont une maison où ils vivent en colocation avec leur chat, et Tyrion est marié à Shae.

Âges : Jaime (40 ans), Brienne (32 ans), Margaery (31 ans)

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Présomption de bonne journée

Jaime avait soigneusement préparé le petit-déjeuner. Il s'était levé aux aurores ce matin-là, et s'était employé à préparer le café – noir, sans sucre, pour Margaery, noir avec sucre pour lui, coupé au lait et sucré pour Bri – et faire griller les tartines. Sortir le jus d'orange. Donner sa pâtée à bébé-chat qui le regardait depuis son panier posé sur le bar, ses petits yeux fixés sur l'escalier.

Cette nuit, pour la première fois depuis des mois, Jaime avait dormi seul. Et il n'y avait sur le canapé rien qui laissât penser que quelqu'un y avait dormi. La moto était dans le garage, et il n'y avait aucun message sur son portable qui l'informât de l'absence de Bri de la maison. Il ne faisait aucun doute qu'elle était là. Dans leur maison. Simplement pas dans sa chambre à lui, ce qui ne laissait qu'assez peu de possibilité.

- Tu me dis dès qu'elle descend, dit-il au vénérable félin. Marché conclu ?

Un faiblement miaulement lui répondit.

Jaime avait connu trop de détours dans sa vie pour croire que les choses allaient tout à coup s'arranger et se passer le mieux possible, mais il se sentait gonflé d'espoir. Il avait une nature présomptueuse, et il voulait croire que cette fois, peut-être qu'enfin ce serait la bonne.

Il était en train de déguster une tartine quand, fidèle au poste, bébé-chat émit un miaulement à l'instant même où des pas se pressaient dans l'escalier. Jaime n'eut même pas à lever les yeux pour identifier sa colocataire. En revanche, dès qu'elle se figea sur le seuil du vaste salon-salle à manger-cuisine, il la fixa avec insistance.

Il connaissait Brienne depuis dix-huit ans. Il aurait été capable de voir le plus minuscule changement, et celui-ci n'avait rien de minuscule. C'était une dégaine reposée, malgré des cernes qui lui creusaient encore le visage, et un pyjama froissé, des cheveux en bataille – un vrai nid de corneille – et un rougissement lent, qui s'intensifiait à mesure que Jaime la fixait avec de plus en plus d'insistance. Elle approcha lentement, se laissa tomber sur le tabouret en face de lui, piocha une tartine grillée et une cuillère plongée dans le pot de confiture, et fit mine d'agir comme si de rien n'était. Mais Jaime ne lâcherait pas. Il la fixait, toujours, avec ce début de sourire au coin, et les joues de Brienne prenaient une couleur inédite. Quand la tartine fut prête, elle la laissa tomber dans son assiette, ouvrit la bouche, la referma. Leva les yeux vers Jaime, rouvrit la bouche et la referma. Grand prince, il prit les choses en mains :

- Serait-ce présomptueux de ma part de présumer que le pire est derrière nous ?

Cramoisie, Brienne s'éclaircit la gorge, le regard fuyant.

- Je crois que oui. Enfin non.

- Non, quoi ?

- Non, ce n'est pas présomptueux. Je crois que ça va.

- Tu crois que « ça va » ? répéta Jaime. Est-ce « ça va » correspond dans ta langue au fait de découcher et de revenir avec une démarche pratiquement sautillante ?

Elle le foudroya du regard, et son visage prit une teinte rouge supplémentaire. Jaime ne dit rien pendant quelques secondes, les muscles de son visage tendus à craquer. Puis :

- Et donc, pour quand j'annonce les bans ?

Elle ouvrit la bouche, comme pour l'engueuler, mais aucun son n'en sortit et elle finit par abandonner devant son sourire. Il n'arrivait pas à s'en empêcher. Elle ressemblait enfin à ce qu'elle avait toujours été. Il ne l'avait plus vu avec l'air aussi léger depuis une éternité.

Le fou-rire les prit doucement, yeux dans les yeux. Jaime s'étira au-dessus du bar et lui embrassa le front avec force, avant de lui ébouriffer les cheveux. Lui aussi se sentait léger. Dès leur première rencontre, il avait compris que l'état de Brienne aurait toujours des conséquences directes sur le sien. Au cours des derniers mois, il s'était trouvé de plus en plus tendu et de plus en plus proche de l'explosion.

- Tu sais que je suis fier de toi, au moins ?

- Je sais qu'il te manque une case, répliqua-t-elle en se levant.

- A toi aussi, pour m'endurer depuis si longtemps.

Pourquoi lui sauta-t-elle dessus, il aurait été incapable de l'expliquer simplement. C'était sans doute la seule manière qu'elle avait de laisser exploser la joie qui lui gonflait la poitrine. Alors il accepta la distraction. Comment, avec tout ça, parvinrent-ils à ne rien renverser et à se retrouver en pleine bataille de chatouilles sur le canapé, Jaime aurait été incapable de le dire. Il était juste heureux. Démesurément heureux, et il arrivait à arracher des éclats de rire incontrôlables à Brienne, et c'était juste parfait.

Difficile de croire qu'ils étaient deux adultes au travail prenant et responsables. On aurait dit des enfants incapables de se tenir.

Quand Margaery apparut au bas de l'escalier, Jaime était parvenu à coincer sa coloc sur le ventre et lui avait tordu le bras. Dans cette posture, il pouvait gagner la bataille rapidement, d'autant qu'on n'avait pas encore trouvé comment faire plus sensible aux chatouilles que Bri.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Margaery, et elle paraissait inquiète, une main accrochée à la rambarde.

- Je suis de très bonne humeur ! s'exclama Jaime en enjambant le dossier du canapé. Est-ce que tu veux du jus de fruits, pour ton petit-déjeuner ?

- Je... oui, je crois, mais... Oh.

N'importe qui ne pouvait que comprendre. Et Brienne avait à nouveau virée au cramoisi. Et Margaery en fit bientôt autant. Jaime éclata de rire.

- Je ne demande rien à personne, à part le menu du petit-déj ! Le reste, clairement, ça ne me regarde pas !

- Jus d'orange pour moi, marmonna Margaery.

- Des gants de boxe et cinq minutes pour t'étaler par terre, grogna Brienne en s'extirpant du canapé.

Elle rejoignit Margaery, et Jaime détourna les yeux pour les laisser échanger quelques mots à voix basse. Il souriait comme un dément, et en voyant les deux femmes s'asseoir côte à côte au bar de la cuisine, il sentit ses lèvres s'étirer encore plus, à lui en faire mal. Il allait devoir appeler Tyrion dès aujourd'hui. Une nouvelle pareille, ça se partageait au plus vite.

C'était vraiment une belle journée.