Veiller sur toi
Annabeth fut réveillée par des cris lointains. Elle se redressa d'un coup et le regretta immédiatement en sentant la douleur déchirer son ventre.
- Tu devrais peut-être y aller doucement, dit une voix derrière elle.
Elle fit un effort surhumain pour ne pas pousser un cri de terreur en croisant l'œil de son interlocuteur. Le Cyclope, qui se balançait dans le rocking chair, lui adressa un sourire édenté.
- Salut, moi c'est Tyson.
- Salut… t'es le frère de Percy ? C'est ça ?
Son sourire s'élargit.
- Oui. Et toi c'est Annabeth. Percy m'a beaucoup parlé de toi.
Elle l'observa. Jean large, sweatshirt, baskets, dernière coupe à la mode. Il paraissait presque… humain. Il était différent de tous les cyclopes qu'elle avait croisé.
- Enfin… on s'est déjà croisé.
Annabeth rougit en repensant ce qu'il était arrivé à la piscine de Seattle quelques mois auparavant. Tyson éclata de rire, un rire cristallin, le même que Percy. Imitait-il sa voix ? Non, cela paraissait bien trop spontané. Il semblait être en effet un gentil garçon. Mais elle ressentait quand même un peu de gêne à l'idée d'être seule avec lui. Elle regarda autour d'elle, elle sut que c'était la chambre de Percy sans même y être entrée avant. Les murs étaient bleus, couverts de photos et de paysages. Elle remarqua une photo d'elle sur la commode, le portrait qu'il avait fait d'elle quand ils étaient au café... ça remontait à une éternité.
D'autres cris résonnèrent dans le salon. Tyson grimaça.
- Ils se disputent depuis des heures. Tes amis sont pas contents.
- Où est Percy ?
- Il dort. Silena a dû l'enjôler pour qu'il quitte ton chevet.
Elle jeta un œil à la fenêtre. Il faisait nuit noire.
- Tyson… depuis combien de temps suis-je endormie ?
- Heu… deux jours ?
Annabeth accusa le coup. Elle souleva la couverture et rapprocha du lit. Sa tête ne tournait pas, ce qui était bon signe. Elle ignora les protestations de Tyson et se leva. Elle n'avait jamais vu l'appartement de Percy mais elle était presque certaine que d'habitude les meubles n'étaient ni en feu ni en mille morceaux. Léo et Charlie étaient à deux doigts d'en venir en main, Nico s'interposait du mieux qu'il pouvait.
- Et moi je dis que… Annabeth !
Tous les regards se tournèrent vers elle. Même Charlie sembla heureux de la revoir sur pied. Piper la prit dans ses bras, elle retint un cri de douleur. Léo la regarda d'un air sévère puis renifla, les larmes aux yeux.
- Faut pas pleurer pour moi Valdez, ça ira, dit une voix derrière elle.
Percy venait de faire irruption. Annabeth eut un choc en le voyant. Il avait un teint blafard, des égratignures sur tout le visage et un bandeau sur l'œil droit. Ses cheveux étaient plein de sang. Il flottait dans ses vêtements, comme s'il avait perdu dix kilos et avait son bras droit en écharpe. Cette vision lui déchira le cœur. Nico fit un pas vers lui, il l'arrêta d'un regard.
- Le héros du jour, railla Piper.
Percy s'avança, il boitait un peu. Une peine sans borne marquait son visage.
- Tu comptes encore me faire des reproches ? souffla Annabeth. M'accuser d'avoir joué avec toi ?
Elle ignorait si elle serait capable d'entendre ces horribles accusations sans fondre en larmes.
- Et toi tu comptes me traiter de suppôt de Chronos ?
- Ce n'est pas moi qui ai volé les plans Persée. C'est pas moi qui ai menti dans l'histoire.
- Encore Luke n'est-ce pas ? dit-il, amère. Toi aussi tu étais amie avec lui, Thalia aussi. Je l'estimais, en tant que demi-dieu. Et on partageait la même haine pour les dieux, pour Chiron. On a beaucoup parlé, mais c'est tout.
- Alors pourquoi tu m'as pas parlé de lui ?
- Je savais pas qui tu étais, protesta-t-il. Et quand je l'ai su j'ai rien dit justement pour que tu ne réagisses pas comme ça. De toute façon c'est trop tard. Je te remercie de m'avoir sauvé la vie, tu as pris un coup de couteau pour moi. J'estime qu'on est quitte. (il ajouta, au prix de ce qui lui sembla être un ultime effort) Tu peux rester ici le temps de te rétablir, mais après je ne veux jamais te v_
- Persée, arrête.
Ils se tournèrent vers Nico. Le fils d'Hadès semblait terriblement embarrassé.
- C'est moi qui ai donné les plans à la colonie.
