Bonjour, bonsoir!
Trois mois depuis le dernier chapitre... Je m'excuse de tout mon coeur, je suis impardonnable, on est loin de l'époque où je publiais toutes les deux semaines!
Je suis vraiment navrée, j'ai eu un gros syndrome de la page blanche, combiné à une période pas facile-facile dans ma vie... Mais le nouveau chapitre est là! J'espère qu'il vous plaira et, comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser des reviews!
Bonne lecture!
-Ça n'a aucun sens ! s'énervait Draco en faisant les cent pas dans la chambre de Harry.
Celui-ci était assis en tailleur sur son lit, la tête basse, en silence. Il n'eut aucune réaction.
-Ça n'a aucun sens ! répéta Draco en passant une main tendue dans ses cheveux. Pourquoi est-ce qu'il aurait coupé les ponts comme ça ! Vous vous appeliez presque tous les jours ! On s'envoyait des messages, lui et moi ! Pourquoi est-ce qu'il aurait soudain coupé tout contact ?
-Je n'en sais rien, répondit Harry d'une voix éteinte. Je n'en ai pas la moindre idée…
Le blond arrêta son tour de la pièce pour contempler le petit brun, une étrange lueur dans le regard.
Le matin même, au petit déjeuner, Harry lui avait répété ce que McGonagall lui avait dit la veille, l'air totalement dévasté. Après ça, il n'avait plus ouvert la bouche de la journée, plongé dans l'incompréhension et la tristesse. Les professeurs ainsi que leurs différents camarades semblaient être tacitement d'accord sur le fait qu'il fallait le laisser un peu tranquille. Ils pensaient sans doute que Harry avait du mal à se remettre de son agression, ou quelque chose comme ça…
Draco avait d'abord eu presque la même réaction : incompréhension, abasourdissement, tristesse… Il avait été presque aussi silencieux que Harry.
Seulement, ce n'était pas dans son tempérament de se laisser aller au désespoir bien longtemps. Le soir même, il reprenait du poil de la bête et s'imposait dans la chambre du petit brun, qui semblait prêt à aller se jeter dans le lac.
Ça faisait près d'une heure que Draco s'énervait tout seul, proposait différentes explications possibles sur le soudain silence de leur ami, sans que rien ne déclenche la moindre réaction chez Harry.
Draco lui lança un regard énervé.
-Bon sang, Harry, réagis un peu ! Tu ne vas arriver à rien, à végéter comme ça à attendre que la mort vienne te chercher !
Harry se redressa légèrement et jeta un regard noir au blond, ce qui rassura ce dernier. Harry n'était donc pas totalement abattu, sinon il n'aurait même pas eu de réaction. Tout ce qu'il fallait pour lui faire reprendre vie, c'était trouver les mots justes…
-Bon allez, le balafré, tu ne vas pas t'enterrer dans ta chambre et attendre que quelque chose ou quelqu'un, quelque part dans l'univers, te donne une explication ? Il faut te secouer le cul et aller la chercher nous-même, comme d'habitude !
Cette fois-ci, Harry sauta sur ses deux pieds, un air presque furieux sur le visage.
-Une explication ? Mais Draco, l'explication est évidente ! Sa mère est venue le chercher et maintenant qu'il est retourné dans le monde normal, avec des personnes normales, il ne veut plus rien avoir à faire avec des cinglés comme nous ! Pour lui, on était seulement des passe-temps, il s'est amusé à avoir un ami narcissique et un petit copain qui entend une putain de voix, et maintenant il explique tout ça en rigolant à ses amis normaux !
Draco ouvrit la bouche pour répliquer, furieux lui aussi, et certainement pas prêt à laisser Harry lui hurler dessus quand soudain, à sa grande horreur, le petit brun s'effondra sur son lit et éclata en sanglots.
Le blond lança un regard affolé autour de lui, espérant de manière irrationnelle que quelqu'un – n'importe qui – jaillisse pour aller consoler Harry à sa place. Que Blaise revienne par miracle, que Lovegood sorte du placard, que même Londubat ouvre soudain la porte…
Malheureusement pour lui, personne ne vint à son secours.
Draco lança un regard effrayé au petit brun. Il allait donc devoir le consoler lui-même. Il avait l'impression qu'il avait été moins stressé quand ils s'étaient rendu compte que Harry avait disparu.
Le grand blond inspira profondément par le nez et, prenant son courage à deux mains, s'avança très lentement jusqu'à son ami. À le voir, on aurait pu croire qu'il se trouvait sur un terrain miné.
Doucement, Draco s'accroupit à côté de Harry qui sanglotait toujours. Il lui tapota maladroitement sur l'épaule et marmonnant : « Allons, allons… » de temps à autres, incertain sur ce qu'il était supposé dire.
Juste quand Draco se dit que le silence ne pouvait devenir plus assourdissant, Harry redressa légèrement la tête vers lui, les yeux dégoulinant de larmes.
-Je comprends pas pourquoi il a fait ça… Est-ce qu'on n'était rien, pour lui ? Pour qu'il nous laisse tomber comme ça ?
Draco fronça légèrement les sourcils et tenta de surmonter son malaise.
-Tu ne penses rien de ce que tu as dit, Harry, quand même ?
-Tu vois une autre explication ?
Draco prit une profonde inspiration.
-Bon, dit-il. Je n'ai pas la moindre idée de pourquoi Blaise est parti comme ça, sans nous le dire, mais ce que je sais, c'est qu'il n'est certainement pas tel que tu nous l'as dépeint. Parce que sinon, ce serait vraiment un bel enfoiré.
-Mais… voulut l'interrompre Harry, avant de se faire lui-même couper par Draco.
-Laisse-moi parler ! Est-ce que je serais devenu ami avec Blaise s'il était vraiment un enfoiré ? Est-ce que tu serais tombé amoureux de lui s'il était vraiment un enfoiré ? Ça m'étonnerait ! On sait tous les deux que Blaise est un type bien. Et moi, je le connais depuis presque deux ans. Je sais qu'il n'est pas comme tu l'as dit. Alors retire-toi cette idée de la tête, parce de ça j'en suis certain ! Blaise ne s'est pas foutu de nous.
Harry le regarda et sentit ses larmes se tarirent peu à peu. Il ne pouvait s'empêcher de croire à ce que disait Draco, car il le savait aussi, au fond, que Blaise n'aurait jamais été capable de faire quelque chose comme ça.
-Je veux dire, continua Draco en levant les bras, on parle quand même du Blaise fleur bleue à souhait qui t'as emmené au-dessus d'une falaise juste pour avoir un spot romantique pour t'avouer qu'il voulait sortir avec toi, ou le Blaise qui a presque engueulé McGonagall et Snape parce qu'ils nous interdisaient de venir avec eux pour aller te chercher – et on dira ce qu'on veut mais ça, c'est une vraie preuve de courage…
Malgré lui, Harry sentit un sourire naître sur ses lèvres.
-Mais alors, demanda-t-il d'une petite voix, pourquoi il ne nous répond pas depuis plusieurs jours ?
Draco réfléchit un instant, les sourcils froncés.
-Sa mère, commença-t-il lentement, a toujours été une dingue de voyages. Elle va aux quatre coins du monde et ne revient à Londres que deux semaines par an, au maximum. Elle va toujours dans des coins paumés et Blaise n'a plus de nouvelles d'elle pendant des mois parce qu'elle était perdue en mer des Caraïbes ou quelque chose comme ça.
Harry sentit son regard s'éclairer.
-Alors, si elle a emmené Blaise en Mongolie, en Sibérie, sur le Machu Picchu ou je-ne-sais-où, continua Draco, il est fort probable que Blaise ne soit même pas capable d'entendre tous les messages qu'on lui laisse… Et il nous répondra dès qu'il retrouvera une civilisation.
Draco se tut et les deux amis restèrent un instant silencieux, chacun songeant sérieusement à cette possibilité.
-Tu crois que c'est possible ? demanda Harry à voix basse, comme effrayé d'y croire.
Draco hocha lentement la tête.
-Si on m'annonçait que la mère de Blaise est venue le chercher et s'est tranquillement installée à Londres pour reprendre une vie normale, j'aurais plus du mal à y croire.
Le petit brun poussa un léger soupir en laissant sa tête reposer sur son matelas. Ça paraissait tellement moins douloureux de songer que c'était pour ça que Blaise ne leur répondait pas, plutôt qu'un total désintéressement de sa part… et tellement plus plausible.
-Quand est-ce qu'il pourra nous rappeler alors, à ton avis ? demanda Harry, sa voix étouffée par le matelas.
Draco haussa les épaules.
-Ce n'était pas rare que sa mère soit impossible à joindre pendant presque trois mois. Souvent, il attendait qu'elle l'appelle. Je suppose qu'on n'a plus qu'à s'armer de patience.
Harry se redressa un regarda timidement son ami.
-Merci, Draco, chuchota-t-il.
Celui-ci se redressa rapidement en faisant un geste comme pour signifier que ce n'était pas grand-chose, un air faussement désintéressé sur le visage. Mais Harry n'était pas dupe : il suffisait de voir l'étincelle dans le regard anthracite du blond pour comprendre que ce dernier était extrêmement fier de lui. Sans aucun doute, le professeur McGonagall serait au courant dès le lendemain que Draco le narcissique avait été capable de consoler son ami…
Harry regarda alors attentivement son ami. Maintenant qu'il y pensait, c'était plutôt exceptionnel.
-Draco, l'appela le petit brun, tu fais des progrès, non ?
Draco fronça légèrement ses sourcils clairs et envoya un regard perplexe à son ami.
-Je veux dire, au niveau du narcissisme ? explicita Harry. Le garçon qui a décidé de devenir mon ami juste pour pouvoir sortir d'ici il y a quelques mois n'aurait pas été capable de me parler comme tu viens de le faire.
Draco détourna alors le regard, les joues légèrement rouges. Harry ouvrit la bouche, stupéfait. Il ne rêvait pas : Draco Malfoy venait de rougir ! Mais qu'est-ce qu'il se passait ?
-Oui, bon, marmonna-t-il légèrement. McGonagall m'a dit qu'effectivement, elle trouvait que je m'étais vraiment amélioré, ces derniers mois. Elle pense que ce qui t'es arrivé en décembre est un bon indicateur du fait que j'avais progressé.
-Hein ? demanda Harry, sans comprendre.
Le blond soupira d'un air exagérément fatigué avant de lui expliquer :
-Elle dit que je me suis plus inquiété pour toi et que, pendant un sacré bon moment, je n'ai même plus pensé à moi. Ce qui était inimaginable avant.
Harry hocha lentement la tête, surpris de ne pas l'avoir remarqué de lui-même. Au fond, il n'y avait même pas pensé, mais c'était vrai : Draco avait pris cause pour ses problèmes, et l'avait aidé à trouver des solutions.
-Au fait, Draco, je ne sais même pas comment tu as atterri ici. Hermione m'a dit que d'habitude, la personnalité narcissique n'était pas vraiment un problème qui nécessitait un traitement avec un psychiatre, parce que c'était gérable, alors comment… ?
Harry laissa sa question mourir dans sa gorge en voyant le regard que lui lançait Draco. Purée, ce blond peroxydé pouvait être sacrément effrayant, quand il s'y mettait.
-…Disons que tu n'avais vraiment pas envie de me connaître il y a deux ans. Même si j'ai mis beaucoup de temps à l'admettre, m'interner ici était vraiment une nécessité.
-À ce point-là ?
-Crois-moi. J'étais vraiment un sale petit con, avec le recul.
Harry sursauta légèrement avant de se mettre à rigoler. Si ça, ce n'était pas la preuve ultime que Draco faisait des progrès ! Il devenait même capable de s'insulter lui-même…
-Bref, j'étais devenu vraiment ingérable, mes plusieurs hospitalisations dans des hôpitaux réputés de Londres n'ont servi à rien, alors quand mes parents ont entendu parler de Poudlard et de Dumbledore… Mais bon, on peut dire que je n'étais vraiment pas ravi d'être envoyé dans une école de fous. Il va sans dire que je me sentais parfaitement normal au milieu de tous ces cinglés.
Harry grimaça, lui-même se souvenant parfaitement de ce qu'il avait éprouvé lors de ses premiers jours à Poudlard, persuadé qu'il était le seul sain d'esprit au milieu d'une bande de cinglés ! Au final, il était loin d'être différent de ceux qui l'entouraient… Puis un sourire se fraya un chemin sur le visage du petit brun.
-Et maintenant tu es ami avec un mec qui a presque tué un autre gars parce qu'il entend une voix dans sa tête !
Draco haussa les épaules avec nonchalance, un air blasé sur le visage.
-Bah, on parle d'un vrai taré et de légitime de défense. Ça me va.
Harry lui adressa un sourire avant de sursauter quand soudain, une pluie soudaine et violente se mit à tomber à l'extérieur. Le petit brun se leva et alla se poster devant la fenêtre pour contempler le paysage de tempête qu'il y avait à l'extérieur. Le ciel était d'un noir d'encre et le lac, terriblement agité.
Draco alla se poster à la deuxième fenêtre, à quelques mètres de Harry. Au loin, au milieu de l'obscurité, on voyait briller une petite lumière qui provenait de la cabane de Hagrid. Harry se demanda comment le géant se sentait, tout seul avec son chien au milieu de cette tempête…
-Je me sentais tellement paumé, murmura soudain Draco, brisant la quiétude qui s'était installée. Je ne connaissais personne et je ne voulais être ami avec personne, mais qu'est-ce que j'étais paumé !
Harry eut un discret sourire, se reconnaissant parfaitement dans les propos de son ami.
-Si tu n'avais pas décidé de devenir mon ami, même si c'était pour ton profit de base, je crois que je serais resté tout seul dans mon coin. Tu m'as vraiment aidé, tu sais.
Draco lui adressa un sourire légèrement sardonique, avant de lever le pouce dans sa direction.
-T'inquiète, entre cinglés, on se soutient.
Harry rit, avant de retourner lentement à sa contemplation. Draco sembla lui aussi replonger dans ses propres pensées.
« Entre cinglés », songea distraitement Harry. En réalité, il devait réellement avoir eu l'air d'un cinglé. C'était à se demander comment Blaise…
-Blaise n'a jamais eu l'air d'avoir le moindre problème, déclara soudain Harry à haute voix, une note d'étonnement dans la voix. Je sais qu'il est bipolaire, mais il n'a jamais eu l'air bizarre ou quoique ce soit.
Draco ricana, sans tourner son visage vers lui.
-Tu dis ça seulement parce que tu ne l'as pas connu à son arrivée.
Intrigué, Harry posa son regard curieux sur son ami.
-Pourquoi ? Il était comment, quand il est arrivé ici ?
Draco haussa les épaules, un léger sourire amusé sur les lèvres, comme s'il se replongeait dans ses souvenirs.
-Disons que même moi je n'arrivais pas à le supporter.
Harry haussa les sourcils, un sourire incrédule aux lèvres.
-Houlà, à ce point-là ? se moqua-t-il gentiment. C'est que ça devait être quelque chose !
Cependant, Draco resta étonnamment sérieux. Sans se départir de son sourire, il se retourna vers le petit brun qui le contemplait attentivement. Pas besoin d'être un génie pour comprendre que Harry voulait en savoir plus sur le Blaise bipolaire qu'il n'avait jamais réellement rencontré.
Au même instant, un puissant coup de tonnerre retentit, faisant sursauter les deux jeunes hommes, et un éclair aveuglant zébra le ciel. Harry n'avait même pas eu le temps de compter jusqu'à trois. La lumière de la lampe vacilla.
-Eh bah, c'est pas passé loin ! s'exclama-t-il.
Draco ouvrit la bouche pour répondre, quand un craquement effroyable retentit, noyant ses paroles. L'ampoule de la chambre grésilla avant de s'éteindre – définitivement.
Les adolescents poussèrent une petite exclamation mêlant surprise et dépit.
-Génial, marmonna Draco tandis que Harry se dirigeait à tâtons vers sa table de nuit, où il avait toujours sa lampe de poche rangée.
-J'ai l'impression que c'est dans tout le bâtiment, il n'y a plus de lumière dans le couloir non plus, remarqua le blond en pointant du doigt en direction de la porte, où effectivement aucune lumière ne passait par l'interstice.
Le petit brun poussa une exclamation de victoire à voix basse quand il mit enfin la main sur sa lampe de poche. Il l'alluma et la lumière jaune illumina son ami, le rendant plus inquiétant à cause des ombres qui creusaient son visage.
-Ça va devenir problématique, si tout le château est plongé dans le noir, commenta Harry. J'espère qu'ils vont rapidement régler le problème.
-La moitié des élèves vont en profiter pour tenter de se faire la belle, plaisanta le grand blond en allant s'installer confortablement sur le lit de son ami.
-Avec ce temps ? Ils finiraient noyés avant d'avoir pu atteindre les grilles.
Harry se laissa tomber à côté du blond, le regard inquisiteur.
-Bon, et alors, il était comment, Blaise ? le relança-t-il impatiemment.
Draco ricana.
-Quand il est arrivé, c'était vraiment un chieur, tu n'imagines même pas, expliqua-t-il. Au début, il avait l'air d'un simple dépressif. Enfin, j'exagère, mais il ne donnait pas l'impression d'être bizarre comme les autres gens d'ici, si ce n'est qu'il n'était pas très réactif et qu'il tirait toujours une tronche de trois pieds de longs. Honnêtement, il était loin d'être amusant.
Harry tressaillit légèrement en imaginant Blaise, toujours souriant et de bonne humeur, de la manière dont le dépeignait Draco. C'était une image qui ne lui plaisait pas du tout. Il n'avait connu qu'un Blaise riant, ses dents blanches contrastant avec sa peau, en train de raconter des blagues.
-Puis, un jour, il débarque dans le réfectoire, et il a l'air de super bonne humeur, continua Draco. Et, bon, je me souviens, toute la journée, je me dis qu'il est beaucoup plus cool que d'habitude et je ne comprends pas trop pourquoi… Mais plus les jours passent, plus il est… euphorique. Il trouve tout incroyable, il veut faire plein de trucs, même des trucs débiles…
Draco se retourna pour regarder Harry dans la pénombre de la chambre.
-L'idée de sortir dehors la nuit et de jouer dans les bois, c'est lui qui l'a eue, à l'époque, précisa-t-il. Bon, au final on a continué parce que c'était marrant, mais au fond, ce n'est pas le vrai Blaise qui a eu cette idée.
Harry ne répondit rien, presque hypnotisé par les paroles de son ami. Il découvrait là un tout autre Blaise que celui qu'il connaissait.
-Bon, j'ai évidemment commencé à garder mes distances parce qu'il devenait franchement insupportable, mais un jour, je me demande où il est, je vais le voir dans sa chambre, et je le découvre accroupi dans sa douche, en train de se balancer et de marmonner des trucs insensés…
Harry écarquilla les yeux et se redressa légèrement sur son lit, fixant le blond d'un air incrédule. Celui-ci esquissa un sourire amusé devant sa réaction.
-Je sais, ça paraît dingue quand on le voit maintenant, hein ? Punaise, qu'est-ce que j'ai flippé ! Je suis resté avec lui, j'ai essayé de lui parler mais c'était comme s'il ne m'entendait pas. Alors je suis allé appeler Snape, son psychiatre.
Draco poussa un léger soupire et ferma lentement les yeux.
-Il s'est avéré qu'il avait arrêté de prendre son traitement depuis plusieurs jours et évidemment, sa bipolarité a fini par se manifester. Snape lui a redonné son lithium, et ça s'est calmé. Mais Blaise détestait prendre ses médicaments, il disait qu'il avait toujours l'impression d'être dans le brouillard et qu'il se sentait comme s'il ne vivait pas réellement dans l'instant, alors que quand il arrêtait de le prendre… il se sentait capable de tout. Plein d'énergie.
Harry expira lentement, absolument sidéré. Ils n'avaient jamais réellement parlé de leurs maladies respectives, en dehors de tous les problèmes qu'il y avait eu avec Barty. À tort, il le réalisait. Il ignorait ce par quoi Blaise avait dû passer.
-Et maintenant ? demanda-t-il dans un souffle. Il déteste toujours prendre ses médicaments ?
Draco mit un petit moment à répondre, comme s'il avait commencé à s'endormir.
-Maintenant, c'est différent, marmonna-t-il. Il a arrêté plusieurs fois de prendre son traitement, mais Snape a fini par lui trouver le dosage parfait. Maintenant, il dit qu'il se sent parfaitement sous contrôle, grâce à ses médocs, mais pas endormi comme avant.
La voix du blond déclina doucement et, quelques instants plus tard, le bruit de sa respiration régulière se fit entendre. Harry esquissa un sourire presque attendri. Il dormait.
Le petit brun resta un long moment immobile, les yeux fixés sur le plafond au-dessus de lui, à songer à tout ce que Draco lui avait dit cette nuit. Il n'y avait pas à dire, son ami avait énormément progressé…
Puis ses pensées dérivèrent à nouveau vers Blaise et, sans pouvoir s'en empêcher, Harry se fit envahir par un sentiment de profonde détresse.
Où donc était Blaise ? Allait-il bientôt lui répondre ? Alors que Harry s'était réjoui à l'idée de le revoir après deux semaines de séparation, voilà qu'il n'allait sans doute pas le revoir pendant plusieurs mois ! Harry poussa un soupire tremblant, mais réussit à contenir ses larmes en repensant à tout ce que Draco lui avait dit. Il devait se montrer patient, peu importe combien c'était dur.
Peu à peu, le petit brun se laissa à son tour emporter par le sommeil. Il ne voulait pas encore songer aux jours à venir, qu'il allait devoir passer sans la présence de son petit ami. Il tomba dans les bras de Morphée avec, dans l'oreille, la voix de Blaise lui murmurant que l'an prochain, ils fêteraient Noël à Londres ensemble…
La première semaine de cours passa étonnamment vite.
Le temps ne s'était pas amélioré d'un poil. Il pleuvait presque constamment, un vent de tous les diables empêchaient n'importe qui – excepté Hagrid – de se rendre dehors sans prendre le risque se faire littéralement emporter, et les orages étaient devenus si fréquents que la plupart des élèves n'y faisaient même plus attention.
L'électricité avait été rétablie dès le lendemain mais, prévint Dumbledore, à cause de la tempête, les réparations n'avaient pas pu être optimales et il ne serait sans doute pas exceptionnel que le courant saute de nouveau tant que la tempête durerait. Et, de fait, les coupures d'électricité devinrent si fréquentes que les élèves prirent l'habitude de garder des bougies et des allumettes dans leur sac.
Harry trouvait l'atmosphère dans Poudlard particulièrement abominable. La pluie qui battait constamment les fenêtres, les nuages sombres et tourmentés, la lumière lugubre… il avait presque l'impression d'être revenu à ses premiers jours dans le château. De plus, le vent était si fort qu'un sifflement persistant résonnait à intervalles réguliers, que ce soit dans les couloirs ou dans sa chambre, le faisant à chaque fois sursauter.
Mais tout ça, Harry aurait évidemment pu le supporter bien plus facilement si Blaise avait été là.
Le petit brun essayait honnêtement de faire des efforts. Il se forçait à sourire ( ou plutôt, à ne pas avoir l'air constamment sur le point de se jeter dans le lac ), il tentait de trouver des sujets de conversations avec Draco, Pansy, et le reste du groupe, il faisait son possible pur montrer à Draco qu'il avait retenu ce que ce dernier lui avait dit… mais il savait qu'il n'était pas de bonne compagnie et que, dès qu'il ne faisait plus attention, son air ravagé revenait se peindre sur son visage.
Il s'en voulait d'imposer ça à Draco. Après tout, celui-ci avait aussi perdu son meilleur ami et devait apprendre à vivre le quotidien sans lui, et cela aurait sans doute été plus facile si Harry était parvenu à surmonter son chagrin…
Mais Harry avait du mal. Pourtant, Draco ne l'abandonnait pas, bien au contraire. C'était lui qui les avait emmenés jusque la table de Pansy, Daphné, Théodore et le reste, qu'ils avaient plus ou moins désertée. Les Serpentard les accueillirent sans faire le moindre commentaire sur l'absence de Blaise et ils leur parlèrent chaleureusement, comme d'habitude.
À vrai dire, personne n'avait fait la moindre allusion au départ du métisse devant Harry – si bien que ce dernier avait fini par se demander si Draco ne les avait pas briefés au préalable – sauf Luna. Le samedi après-midi, alors que la pluie faisait rage, Harry s'était assis seul dans une alcôve, contemplant la fenêtre d'un air pensif tout en écoutant le bruit des gouttes s'écrasant contre les carreaux, quand la petite blonde apparut au bout du couloir.
Sans prononcer la moindre parole, la jeune fille vint s'asseoir en face de Harry.
-Salut, Luna, souffla celui-ci en portant son regard sur elle. Comment tu vas ?
-Plutôt bien, répondit celle-ci de sa voix tranquille, avec son habituel air rêveur. Neville, Dean et Seamus sont restés toute la semaine avec moi. Ils sont vraiment très gentils.
Un sourire, maigre mais sincère, s'inscrivit sur les lèvres du petit brun. Si Luna commençait à se faire des amis, les choses ne pouvaient aller que mieux pour elle.
-Toi, en revanche, continua la blondinette, tu ne vas pas bien. Je n'aurais même pas eu besoin de voir la quantité de Joncheruines qui te tournent autour pour être capable de le dire.
Harry soupira. Il n'était pas étonné que Luna en vienne directement au sujet. Elle avait cette capacité à déduire les choses incroyablement aisément, comme elle l'avait fait avec Riddle. Mais dans ce cas-ci, il ne fallait pas être un génie pour deviner le problème.
-Pourquoi Blaise est-il parti ? demanda Luna de sa voix claire.
Rien qu'à l'entente de cette sentence, Harry sentit les larmes lui monter aux yeux et son cœur se serrer douloureusement. Il fut obligé de prendre une discrète inspiration avant de pouvoir se mettre à parler.
-Je n'en sais rien, avoua-t-il d'une voix ténue. Pendant les vacances, Blaise m'appelait tous les jours…
En quelques minutes, Harry expliqua à Luna les circonstances du départ du métisse. La blondinette l'écouta attentivement, un air inhabituellement concentré sur le visage.
-… et Draco pense qu'il nous appellera dès qu'il en sera capable, conclut Harry.
Un violent coup de vent fit trembler la fenêtre à côté d'eux. Harry jeta un coup d'œil à l'extérieur. La pluie était torrentielle et n'avait l'air de vouloir faiblir pour rien au monde. C'était à se demander si le lac n'allait pas finir par les déborder et les engloutir tous.
Luna restait étrangement silencieuse.
-Qu'est-ce que tu en penses, toi ? finit par demander Harry, étonné par le mutisme de la petite blonde.
Luna fronça ses sourcils fins.
-Je ne sais pas trop…, avoua-t-elle. Je trouve ça plutôt bizarre que Blaise ne t'ai pas laissé une seule indication, à toi ou à Draco. Je veux dire, entre Poudlard et l'aéroport le plus proche, il aurait quand même eu le temps de laisser au moins un petit message.
Harry sentit son pouls s'accélérer. Il dut avoir une lueur alarmée dans le regard, car Luna lui donna l'impression de se rétracter.
-Après, ce que Draco a suggéré est plus que possible, concéda-t-elle. C'est même très probable. S'il n'avait plus vu sa mère depuis des mois, ils devaient être très contents de se retrouver et Blaise n'aura pas eu une minute à lui…
Mais c'était trop tard, la graine du doute était plantée en Harry. Le petit brun se redressa légèrement, le dos douloureux d'être resté assis trop longtemps dans une position inconfortable.
-Tu crois qu'il a fait exprès de ne pas me prévenir ? questionna-t-il, la gorge serrée.
Luna leva ses grands yeux bleu pâle vers lui, le regard inquiet.
-Non, Harry, ce n'est certainement pas ça. Blaise ne t'aurais jamais fait ça ! J'ai bien vu la manière dont il te regardait. Il était amoureux de toi, ç'est évident. Il y a forcément une explication, d'accord ?
Harry hocha la tête, tentant de se raisonner et de chasser son inquiétude.
-Tu as raison, marmonna-t-il. Je dois arrêter de me faire du souci et de me prendre la tête, il y a forcément une explication logique à tout ça… mais laquelle ?
Luna n'avait évidemment pas de réponse à lui fournir, et Harry n'en attendait aucune. Ils demeurèrent un instant silencieux, chacun profondément plongé dans ses propres pensées.
-Au fait, comment se sont passées tes vacances ? demanda soudain Harry. On n'a fait que parler de moi, mais comment va ton papa ?
Luna sembla s'éveiller et elle se mit à lui expliquer avec enthousiasme de la corne de Ronflak Cornu que son papa avait réussi à lui trouver pour Noël. Elle avait d'ailleurs hâte de la montrer à Harry, ainsi que ses lunettes spéciales qui permettaient de voir les Nargoles.
Harry était en train de se demander quelle genre de corne le père Lovegood avait bien pu dégoter quand Luna s'exclama soudain :
-Mais en fait, Harry, tu n'es pas en retard ?
Le petit brun haussa des sourcils étonnés.
-En retard pour quoi ? demanda-t-il avec incompréhension.
Il n'avait rien de prévu, à ce qu'il sache ! Blaise parti, ce n'était pas comme si…
-Tu n'as pas rendez-vous avec ton psychiatre, le samedi après-midi ? Sinon, tu es déjà très en retard…
Harry écarquilla des grand yeux effarés. Merde.
Il bondit sur ses pieds et, criant une excuse à une Luna compatissante, dévala les escaliers et se précipita vers le bureau de son psychiatre.
Tom foutu Riddle. Tout soucieux qu'il était avec le départ de Blaise, il lui était totalement sorti de l'esprit ! Et maintenant, il avait déjà presque une demi-heure de retard…
Harry piqua le plus grand sprint de sa vie, bouscula plusieurs élèves ( récoltant diverses insultes et vociférations au passage ) avant de s'arrêter en dérapage devant la porte en bois de chêne qui le séparait du bureau de Riddle.
Sans prendre le temps de reprendre son souffle, Harry frappa quelques coups frénétiques sur la porte. Un « entrez » tout ce qu'il y avait de plus neutre se fit entendre de l'intérieur.
Harry frissonna. Il allait se faire enguirlander dans les règles de l'art.
Tout en se mordillant la lèvre avec nervosité, le jeune homme pénétra dans la pièce.
Comme à son habitude, le bureau était sombre et rempli d'objets incongrus. Aucun feu ne brûlait dans la cheminée et la seule source de lumière provenait de l'immense fenêtre qui se trouvait dans le dos du bureau et du confortable siège. Siège dans lequel était installé Riddle, un air blasé sur le visage.
-Mr Potter, je ne vous attendais plus, lâcha l'adulte de sa voix sarcastique.
Harry sentit – et il se détestait pour ça car, bon sang, ça faisait plus de trois mois qu'ils se connaissaient maintenant ! – qu'il se mettait à rougir. Embarrassé, il baissa les yeux sur la pointe de ses chaussures.
-Désolé, marmonna-t-il. Ça m'était totalement sorti de la tête, avec toutes ces histoires, et puis… bref, désolé.
Il entendit le bruit caractéristique de quelqu'un qui se lève. Il releva les yeux pour constater sans surprise que Riddle s'était redressé. Désormais à la lumière du jour, Harry put constater que Riddle n'avait pas changé d'un pouce : toujours aussi grand, les cheveux toujours aussi sombres, le regard toujours aussi intense. Regard présentement posé sur lui, le détaillant sans merci.
Harry, gêné par cet examen, recommença à se mordiller la lèvre inférieur, inconscient du regard de Riddle qui s'attarda sur ce geste.
-Je suppose que je te pardonne, déclara lentement Riddle après plusieurs minutes d'un silence embarrassant. Après tout, tu as des circonstances atténuantes.
Harry redressa ses yeux verts et lança un regard interrogateur à l'adulte. De quoi parlait-il ? Du départ de Blaise ? De l'agression qu'il avait subie ?
Mais Riddle esquissa un rictus et ne développa pas. À la place, il invita Harry à s'approcher d'un ample mouvement de bras.
-Assied-toi, je t'en prie, déclara-t-il de sa voix grave. Nous avons beaucoup à discuter. Il me semble que nous avions des comptes à régler à propos du fait que tu aies appelé Tom, dans la grotte.
Harry, qui avait déjà fait un pas en direction du bureau, se figea instantanément, une grimace d'horreur sur le visage. Ce… léger incident lui était totalement sorti de la tête.
« Génial ».
Le retour de Riddle... à moi aussi il m'avait manqué!
N'hésitez pas à me laisser des reviews si ça vous a plu ( ou pas d'ailleurs ), je vous dis à bientôt!
