27
JOYEUX NOËL
Désormais rassuré de ne pas être possédé par Voldemort, Potter se joignit à eux pour décorer et nettoyer la maison. Le Q.G. de l'Ordre était désormais méconnaissable. Sur les lustres ternis, des guirlandes or et argent entremêlées de branches de houx avaient remplacé les toiles d'araignée. Une neige magique scintillait en couches épaisses sur les tapis usés et Mundungus s'était procuré un grand sapin de Noël, décoré de fées vivantes, qui cachait avantageusement l'arbre généalogique de la famille Black. Hermione, outrée par la plaisanterie de Megan, avait ôté les chapeaux tricotés des têtes d'elfe, mais Fred et George les avaient rapidement affublés de barbes et de chapeaux de Noël. Des pétards, des rires et des chants de Noël retentissaient à longueur de journée dans la maison, Sirius avait organisé de nombreuses parties collectives de « devine le sorcier » et Megan avait puisé dans ses réserves financières pour acheter de quoi préparer des repas somptueux. Il n'y avait que lorsqu'elle s'installait avec Sirius dans le salon pour discuter longuement avec lui que la jeune fille ne souriait pas, mais ces confessions à cœur ouvert lui faisaient du bien.
Jamais elle n'avait eu quelqu'un avec qui parler de tout sans jamais craindre de dévoiler de lourds secrets : il les connaissait déjà tous. Lui-même se confiait au sujet de sa vie à Azkaban, sa fuite, sa vie en exil, ses frustrations, ses colères. Ses yeux ne brillaient que lorsqu'il parlait de l'époque où James était toujours en vie, et où tous deux, Remus et Pettigrew étaient une bande d'amis admirée, soudée, le cœur léger. Et lorsque cette lueur disparaissait de ses yeux, Megan ne pouvait s'empêcher de penser qu'une partie de Sirius était morte avec James et Lily Potter, et cela lui brisait le cœur.
En retour, la jeune fille lui parlait de la vie qu'elle avait menée chez les Boyd, de la douleur d'avoir perdu sa famille, de son lien avec les Malfoy, des mensonges dans lesquels on l'avait élevée, de la trahison de Dumbledore à son arrivée à Poudlard, de sa rancœur envers le directeur qui l'avait laissée risquer sa vie et celle de ses amis à sa place, de son sentiment d'être constamment manipulée, de ses crises violentes. Et tous deux se comprenaient : issus d'une famille partisane de Voldemort, ayant pris un autre chemin, parias chacun à leur façon, tous deux si profondément blessés et furieux que rien ne pourrait jamais vraiment les apaiser.
Le lundi qui suivit leur arrivée au square Grimmaurd, elle confia à Sirius une inquiétude particulière : Voldemort avait fait sa première victime depuis qu'il avait retrouvé ses pouvoirs, cela prouvait qu'il pouvait à nouveau frapper, et elle craignait qu'il s'en prenne à Cal. Elle lui avait brièvement expliqué qui était le garçon et où il se trouvait, mais aussi le fait que Voldemort connaissait son existence et savait qu'il était important pour elle.
- Je suis étonné qu'il ne s'en soit pas encore pris à lui, répondit Sirius en fronçant les sourcils.
Ils parlaient à voix basse, penchés sur le chaudron où cuisait une ratatouille dans la cheminée de la cuisine.
- Il connaît l'endroit où il vit, non ?
- Oui, répondit Megan, la gorge nouée. C'est là que Pettigrew a retrouvé Anita et l'a tuée. L'Ordre a protégé l'appartement cet été puisque j'y étais, mais comme les protections n'ont pas été renouvelées, ça ne devrait plus tenir très longtemps… si elles ne sont pas déjà tombées.
- Tu veux demander à Dumbledore de protéger l'appartement ?
- Je ne vais rien demander à Dumbledore, rétorqua Megan d'un ton sans appel. S'il se souciait de Cal, il aurait déjà pris l'initiative de le faire. Non, je pense qu'il faut qu'il quitte l'appartement.
- Retourner chez ses parents ? suggéra Sirius.
- Je ne sais pas, ça me paraît trop évident… Je suis désolée pour ses parents et pour sa sœur, tu sais que je l'ai invitée à rejoindre l'A.D., mais je me fiche bien qu'ils se fassent tuer, mais je ne veux pas qu'ils le trouvent lui.
Sirius fronça les sourcils.
- Ne dis pas ça, répondit-il d'un ton abrupt. Tu ne veux pas souhaiter leur mort, tant que tu y es ?
- Je ne la souhaite pas, je dis juste qu'elle m'indiffère. Écoute, je pense qu'il faut que j'aille le voir, pour le prévenir. Mais je ne veux pas avoir à donner d'explications aux autres, moins il y a de gens qui savent où il est mieux c'est.
- Et tu ne veux pas que les autres sachent que tu te préoccupes d'un Moldu, ajouta Sirius d'un ton accusateur.
- Peu importe les raisons. Est-ce que tu peux me couvrir ?
Il y eut un instant de silence. Le laissant réfléchir tout en s'agaçant qu'il n'acquiesce pas immédiatement, Megan se redressa pour sortir des assiettes du buffet. Un peu plus loin, Ron et Potter se lançaient des couverts en riant sans leur prêter attention.
- Tu n'es pas supposée t'éloigner de nous, lui rappela Sirius à voix basse en sortant des verres. Je te rappelle qu'on n'est pas à l'abri que Voldemort te fasse enlever, et personne ne veut que ça arrive. Dumbledore n'acceptera jamais –
- Hors de question d'en parler à Dumbledore, le coupa sèchement Megan. Je n'ai pas l'intention de partir en road-trip sur la côte, je vais juste à Stourbridge le temps de mettre Cal à l'abri et je reviens !
- Si Maugrey apprend que tu as échappé à notre surveillance ne serait-ce qu'une seconde… Et puis Molly et Remus n'accepteront jamais.
- Sauf si tu arrives à les convaincre. Il nous faut juste une bonne excuse.
- C'est risqué, Megan.
- Depuis quand le risque te fait peur ? répliqua la jeune fille avec un air de défi.
Elle aurait refusé tout net de mettre Sirius en danger, mais il ne s'agissait ici que d'elle, et elle n'avait pas peur. Elle se contenterait d'un aller-retour à Stourbridge, et doutait sérieusement que Voldemort puisse la faire enlever à cette occasion, d'autant qu'il ne savait pas où elle se trouvait.
Sirius poussa un soupir. Elle savait qu'elle avait marqué un point.
- Si jamais c'est un piège, et que des Mangemorts t'attendent là-bas…
- Ce n'est pas le cas, lui promit Megan tout en sachant qu'elle n'avait aucune garantie pour avancer cela. Et puis ce n'est pas toi qui nous faisais des grands discours selon lesquels il y a des causes qui méritent qu'on meure pour elle ?
- Empêcher Voldemort de mettre le monde à feu et à sang, c'est une cause qui le mérite. Protéger ton ami moldu, ce n'en est pas une. Hors de question qu'on prenne le risque de te perdre, Megan. Je vais y aller avec toi.
- Oui, et puis on devrait emmener Potter aussi, histoire de vraiment faire n'importe quoi.
Agacée, elle entreprit de répartir les assiettes sur la longue table.
- On n'a qu'à dire que je vais voir les Boyd, suggéra-t-elle lorsqu'ils eurent fini de mettre la table et que Ron et Potter montèrent dans les étages supérieurs pour informer les autres occupants de la maison que le repas allait être servi.
- Emily et Roger sont en France, lui rappela Sirius.
- Et ? La France n'est qu'à deux heures de train d'ici, je n'aurais qu'à prendre l'Eurostar. Arthur serait tellement content de pouvoir me poser des questions sur le tunnel sous la Manche qu'il oublierait que je me suis absentée.
- Mais pas Molly, ni Remus d'ailleurs. Il va falloir faire mieux que ça comme excuse.
- Tu ne m'aides pas beaucoup, siffla Megan.
Les Weasley, Hermione, Potter et Remus arrivèrent les uns après les autres dans la cuisine, mettant un terme à la conversation. Tout en mangeant et en écoutant Bill, venu déjeuner avec eux, lui parler amoureusement des progrès que Fleur Delacour faisait en anglais, Megan réfléchit. Sirius n'avait pas tort : elle allait devoir servir une excuse solide aux membres de l'Ordre si elle voulait pouvoir quitter les lieux sans qu'une horde de sorciers ne se rue sur ses traces ou, pire, la soupçonne de servir à nouveau Voldemort. Mais que pouvait avoir comme excuse une adolescente de quinze ans, orpheline et sans domicile fixe ? Comment pouvait-elle s'éclipser seule du quartier général d'une société de résistance secrète alors que le plus dangereux sorcier de son époque était prêt à tout pour s'emparer d'elle ? Il n'existait aucune réponse à ces questions. Elle était consciente qu'elle allait à nouveau devoir trahir la confiance de ses proches.
Sirius et Remus avaient la fâcheuse habitude de rester éveillés tard dans la cuisine, savourant des verres de whisky en discutant près de la cheminée, jouant parfois aux cartes, évoquant parfois des souvenirs, discutant souvent des progrès ou échecs de l'Ordre. Mais Megan était patiente. Allongée dans son lit, sa besace et ses chaussures prêtes au bout du matelas, sa baguette sur sa table de chevet, elle tendait l'oreille et attendait. Hermione et Ginny dormaient depuis longtemps, leurs respirations profondes régulièrement couvertes par les ronflements sonores de Ron à l'étage supérieur.
Il était une heure du matin passée lorsque des pas dans l'escalier et des « bonne nuit » étouffés lui signalèrent que les deux Maraudeurs étaient enfin partis se coucher. Elle patienta encore une vingtaine de minutes, le temps qu'ils se changent, se couchent et s'endorment. Enfin, elle se glissa hors de son lit, échangea rapidement son pyjama contre des vêtements moldus, passa la bandoulière de sa besace par-dessus sa tête puis descendit en silence dans le hall. Il n'y avait plus aucun son dans la maison, mais les yeux des portraits la suivirent jusqu'à la porte d'entrée qu'elle referma doucement derrière elle. La dénonceraient-ils ? Elle n'avait encore jamais vu les occupants des tableaux échanger avec les habitants, sauf lorsqu'il s'agissait de contribuer aux hurlements et insultes de Walburga Black.
Dehors, il avait cessé de neiger mais un froid polaire recouvrait la ville. Marchant dans l'herbe gelée qui craquait sous ses pas, Megan entreprit de s'éloigner du square Grimmaurd à la lueur incertaine des réverbères clignotants. Elle était consciente que le quartier n'était pas sûr pour une fille de son âge, surtout à cette heure, et espérait qu'elle n'aurait pas à user de la magie pour se défendre : le ministère le saurait et pourrait aussitôt l'identifier puisqu'il avait renforcé ses mesures de lutte contre l'usage abusif de la magie chez les sorciers de premier cycle. Un homme encapuchonné la dépassa en parlant tout seul mais l'ignora. Un peu loin, elle vit une femme en haillons pousser devant elle un caddie rempli d'objets divers, une légère fumée blanche s'échappant de ses lèvres à chaque expiration. Elle suivit Megan des yeux sans un mot. La jeune fille poursuivit sa route dans le froid sans lui prêter attention : elle devait mettre une distance suffisante entre elle et le quartier général de l'Ordre pour ne pas risquer de dévoiler sa localisation, même si le numéro 12 ne pouvait être trouvé sans une révélation de Dumbledore, gardien du secret.
Une fois qu'elle se fut estimée suffisamment éloignée des lieux, elle attendit que la rue se vide puis, debout au bord du trottoir, agita négligemment sa baguette. Il y eut un BANG ! sonore et le Magicobus s'arrêta devant elle dans un crissement de pneus inquiétant, ses phares dégageant une lumière aveuglante. La porte du bus à double impériale s'ouvrit et Stan Shunpike, son visage toujours couvert d'acné, toujours vêtu du même uniforme violet, bondit à l'extérieur.
- Bienvenue à bord du Magicobus, transport d'urgence pour sorcières et sorciers en –
- C'est bon, je sais, l'interrompit Megan en entrant sans invitation, pressée de quitter l'air glacial du dehors. Je vais à Stourbridge.
Elle tendit au contrôleur vingt-huit Mornilles.
- Salut, Ernie, dit-elle d'un ton las en passant à côté de la cabine du conducteur, affublé d'un ridicule bonnet de Père Noël.
Tandis que Shunpike remontait dans le bus en marmonnant d'un air mécontent, elle prit place dans l'un des lits en cuivre alignés derrière les fenêtres masquées par des rideaux. Des bougies brûlaient dans des chandeliers, illuminant les parois lambrissées du véhicule. Des guirlandes reliaient les chandeliers et des cantiques retentissaient à faible volume dans l'habitacle, berçant les autres passagers endormis. Aucun ne sembla ébranlé lorsque le bus redémarra dans une nouvelle détonation assourdissante faisant vaciller tous les lits.
Une fois n'était pas coutume, elle se trouvait hors de Poudlard sans avoir dû s'en échapper, mais le contrôleur boutonneux n'en fut pas moins méfiant.
- Eh, tu es Meganna Buckley, pas vrai ? lança-t-il en lui apportant la tasse de chocolat pour laquelle elle avait payé un supplément.
La jeune fille jeta un coup d'œil autour d'elle. Tous les autres passagers dormaient et ne devaient donc pas avoir entendu la remarque. Elle se retourna vers Shunpike et lui jeta un regard noir.
- Silence, siffla-t-elle.
Mais le jeune contrôleur n'en démordait pas, ses yeux brillant d'excitation.
- Tu as pris le Magicobus l'année dernière, affirma-t-il, je m'en souviens très bien : trois fois ! Tu as refusé de me donner ton nom, et je savais bien que tu aurais dû être à Poudlard ! La Gazette du Sorcier a dit que tu avais souvent disparu de l'école sans explications, c'est dans ces moments-là que je t'ai vue ! Qu'est-ce que tu faisais, hein ?
- J'étais possédée par Voldemort, il m'a manipulée pour que je l'aide à retrouver ses pouvoirs et maintenant il est de retour, répondit Megan d'une traite, son regard planté dans celui de Shunpike. Si la Gazette du Sorcier n'était pas manipulée par un ministère sourd et aveugle, tu le saurais.
Elle lui prit des mains la tasse de chocolat puis lui tourna ostensiblement le dos. Derrière elle, le jeune homme avait l'air effaré, choqué de l'avoir entendue prononcer le nom maudit. Le givre recouvrait les fenêtres du bus qui bondissait brutalement et bruyamment de rues en rues, de comtés en comtés, écartant sur son passage bornes réfléchissantes, cabines téléphoniques, arbres et buissons. Tout en sirotant son chocolat pour se réchauffer, Megan maudit Shunpike, qui avait fini par se détourner d'elle pour retourner dans la cabine du conducteur. Elle n'était pas Harry Potter, elle n'avait pas l'habitude qu'on la reconnaisse, même après l'horrible article de Rita Skeeter au sujet de ses parents et de ses absences inexpliquées. Mais elle avait effectivement emprunté le Magicobus à plusieurs reprises l'année passée, intriguant chaque fois son contrôleur. Il n'était pas si surprenant qu'il se soit intéressé à elle pour satisfaire sa curiosité. Et cette fois, elle n'avait rien à se reprocher : même si l'Ordre du Phénix souhaitait la garder sous surveillance, elle ne violait aucune loi en se rendant à Stourbridge. De toute manière, elle ne partait que quelques heures, et Voldemort ne surveillait probablement pas le bus.
Son trajet fut de courte durée, et elle descendit sans un regard pour Stan Shunpike. Elle se trouvait à quelques rues de l'appartement d'Anita, qu'elle rejoignit rapidement. Les rues étaient parfaitement vides et bien mieux éclairées que celles du quartier du square Grimmaurd. Avec l'étrange impression de rentrer à la maison après une longue absence, Megan gravit les marches de l'escalier de l'immeuble. Après avoir fouillé quelques instants au fond de sa besace, elle retrouva les clefs et ouvrit la porte de l'appartement. Elle s'attendait à trouver le jeune homme endormi dans la chambre au fond du couloir, mais il se trouvait sur sa droite, sur le canapé du salon, devant la télévision. En entendant les clefs tourner dans la serrure, il avait bondi sur ses pieds, les yeux écarquillés, alerte.
- C'est juste moi, murmura Megan avec un sourire en refermant la porte derrière elle.
- Bon sang, tu m'as fait peur, Demi ! s'exclama le jeune homme en se passant une main sur le visage. Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne m'avais pas dit que tu reviendrais pour les vacances de Noël.
Il avait l'air mal à l'aise.
- Je ne reviens pas, je ne vais pas rester longtemps, je suis juste venue te parler de quelque chose.
- Cal ?
La voix féminine venait de derrière lui. Megan plongea la main dans la poche où se trouvait sa baguette, prête à affronter une Mangemort qui lui aurait tendu un piège en l'attendant ici, tenant Cal en otage. Mais il ne s'agissait que d'une jeune femme blonde, vêtue comme une moldue, qui se leva du canapé à son tour pour dévisager la nouvelle venue.
- Euh, Demi, je te présente Vanilla, ma copine… Vani, voilà la fille dont je t'ai parlé, c'est –
- Bordel, c'est Meganna Buckley, hoqueta la blonde.
Megan sourcilla, elle ne s'attendait pas à ce que Cal ne soit pas seul, et encore moins à ce que la jeune femme la reconnaisse. Elle se souvenait que le jeune homme lui avait parlé d'elle, la jolie sorcière qui venait lui emprunter un livre tous les mercredis et avec laquelle il s'était lié d'amitié – et visiblement plus.
- Euh, alors elle c'est Demi, s'étonna Cal. Tu sais, la fille étrange mais sympa qui a surgi de nulle part pour m'offrir un appartement et une librairie magique…
- Peu importe qui est Demi, répliqua Vanilla. Cette fille, c'est Meganna Buckley, elle est rentrée à Poudlard quand j'étais en sixième année, je me souviens très bien d'elle.
- Tu dis n'importe quoi –
- Non, l'interrompit Megan. Non, elle a raison.
Elle gratifia Vanilla d'un regard noir. Elle était parvenue à garder son identité secrète pendant un an, et voilà que cette fille venait tout gâcher. Sa relation avec Cal lui plaisait justement parce qu'il ne savait absolument pas qui elle était et à quelles intrigues malsaines elle était liée. Mais elle ne pouvait décemment pas faire passer Vanilla pour folle en niant ses affirmations, Cal n'aurait aucun mal à découvrir la vérité par la suite.
- Meganna Demi Buckley, c'est mon nom complet, expliqua-t-elle. Demi est mon deuxième prénom.
- Je ne comprends pas, lâcha Cal.
Debout entre Megan et Vanilla, il regardait la première avec un air inquiet et méfiant qu'elle aurait aimé ne jamais voir dans ses yeux.
- Je ne t'ai jamais donné mon vrai nom parce que je ne voulais pas…
- Tu ne voulais pas qu'il sache que tu as ouvert la Chambre des secrets et que tu es liée à la mort de Cedric Diggory ? lança Vanilla avec mépris. Ou que tu racontes à qui veut l'entendre que Tu-Sais-Qui est revenu, comme ce fou furieux de Harry Potter ?
Les yeux de Cal s'agrandirent d'horreur.
- Voldemort est revenu, s'agaça Megan (Vanilla poussa un petit cri aigu), c'est pour ça que je suis là.
- Pour le tuer ! s'écria la jeune femme en brandissant sa propre baguette et en bondissant devant Cal.
- Bien sûr, c'est mon plan depuis le début : je vais le sortir de son village moisi en Irlande pour lui offrir une librairie et un appartement, ensuite je clame partout que Voldemort est de retour et je vais le tuer pour Noël, railla Megan. J'ai eu cent occasions de le tuer, si je voulais qu'il meure, il ne serait plus de ce monde depuis longtemps, alors baisse ta baguette.
Vanilla scruta Megan en inspirant l'air à grandes goulées par sa bouche entrouverte, hésitante.
- Vani, baisse ta baguette, répéta Cal d'une voix difficilement contrôlée. C'est ridicule, Demi – ou quel que soit son nom – n'a aucune raison de débarquer chez moi ce soir pour me tuer.
De mauvaise grâce, la jeune femme obéit. Cal la tira en arrière vers lui, passa une main dans son dos puis reporta son regard sur Megan, qui les observait tous deux avec précautions. Les choses ne se passaient absolument pas comme elle l'avait prévu.
- Tu m'as menti ? lui demanda-t-il.
- Sur mon nom, oui. Mais j'avais mes raisons. Comme tu peux le constater, je ne fais pas l'unanimité. Je ne voulais pas compliquer les choses. Et quand je t'ai rencontré pour la première fois à Killiney Hill, même si tu ne t'en souviens pas, je ne voulais juste pas qu'on puisse se servir de toi pour remonter jusqu'à moi. A ce moment-là, j'étais…
Elle avait envie de raconter la vérité à Cal, car lui pourrait peut-être comprendre sa démarche, mais elle ne pouvait être honnête devant Vanilla, qui l'observait déjà avec une méfiance mêlée de colère.
- … j'étais sous l'emprise de Voldemort.
Vanilla laissa échapper un rire moqueur légèrement hystérique.
- Ce n'est qu'un tissu de mensonges, cracha-t-elle. Tu-Sais-Qui est mort il y a quinze ans.
- Il a perdu ses pouvoirs, mais il n'est pas mort, répliqua Megan, agacée. J'en ai un peu marre de me répéter. Il est revenu l'été dernier, c'est lui qui a tué Cedric Diggory.
Inutile de parler de Pettigrew, lui-même réputé mort depuis plus de dix ans.
- C'est ce que veut nous faire croire ce vieux fou d'Albus Dumbledore, rétorqua Vanilla. Mais il a perdu la tête depuis un moment, je ne sais pas ce qu'il cherche en racontant tout ça –
- A vous éviter de vous faire tuer ! Écoute, Cal, je me fiche de ce que pense ta copine, mais je suis venue justement pour te prévenir. Voldemort est revenu, tu sais qui il est, je t'ai parlé de lui, je t'ai fait lire des livres à son sujet. Pour l'instant, il fait profil bas, justement parce que le ministère refuse de croire en son retour et que ça lui permet d'agir tranquillement dans l'ombre pendant ce temps, de se préparer pour une nouvelle ascension. Mais du sang a été versé, il a recommencé à tuer – ou du moins à essayer. Un de mes proches a été attaqué par lui, la semaine dernière. Les choses sont sur le point de changer, une nouvelle guerre va éclater d'un instant à l'autre, et tu n'es pas en sécurité ici. Voldemort connaît l'existence de cet appartement, il est déjà venu ici pour tuer quelqu'un, avant.
- C'est une blague ? brailla Cal.
- Je suis très sérieuse. Tu étais en sécurité cet été, parce que j'étais avec toi et que des protections magiques avaient été installées ici, mais elles ont disparu, maintenant, et je…
Hors de question d'admettre qu'elle avait peur pour lui. Meganna Buckley n'avait jamais peur.
- Je n'ai pas envie qu'il vienne te chercher. Tu comprends ? Tu sais des choses sur moi, et il pourrait se servir de toi pour m'atteindre. Il faut que tu t'en ailles.
Megan tourna les yeux vers Vanilla, qui l'observait comme si elle était parfaitement folle.
- Tu connais un endroit sûr ? Un endroit où personne ne penserait à venir le chercher, un endroit avec des sorciers, au cas où on le retrouverait.
- Tu es complètement dingue, ma parole, souffla Vanilla.
- Pourquoi est-ce que je ferais tout ce chemin au milieu de la nuit pour un Moldu si ça n'était pas vrai, à ton avis ? tonna Megan, excédée. Rends-toi utile ! Si tu veux qu'il survive, emmène-le en sécurité !
- Et la librairie ? bafouilla Cal, perturbé par le mépris que son amie venait de témoigner pour les Moldus.
- Au diable la librairie ! Je préfère qu'elle brûle tout entière aux mains des Mangemorts plutôt que devoir aller chercher ton cadavre au fin fond de la forêt albanienne !
- Tu as des preuves de ce que tu avances ? lança Vanilla, butée.
Avec un profond soupir, Megan attrapa sa manche gauche et la remonta sur son avant-bras, dévoilant la marque des Ténèbres, réapparue depuis quelques dizaines de minutes lorsque le sort de Désillusion s'était estompé. Vanilla poussa un cri de terreur.
- Eh bien quoi ? s'exclama Cal, sans comprendre. Ton tatouage ? Qu'est-ce qu'il a de nouveau ?
- Ce n'est pas un tatouage, gémit Vanilla. C'est la… la marque des Mangemorts.
- La marque de Voldemort, corrigea Megan sans ménagement. Seul lui peut la graver dans la peau de ses fidèles. Difficile à faire pour un type mort depuis quinze ans, non ?
- Ses « fidèles », répéta Vanilla, horrifiée. Alors tu es une –
- Pour la centième fois, j'y ai été contrainte par le sortilège de l'Imperium ! Si j'étais une Mangemort, Cal serait mort, tu ne crois pas ? Écoute, je ne suis pas venue te convaincre, reste dans le déni si ça te plaît, tant pis si tu te fais tuer. Mais Cal (elle leva les yeux vers lui), il faut que tu t'en ailles.
- Je pars dans la matinée chez mes parents…, murmura le jeune homme. C'est Noël. Mon avion décolle à neuf heures…
Elle s'en était doutée.
- Reste quelques jours à Killiney Hill pour les fêtes, mais ensuite ne reviens pas ici. Fais tes valises cette nuit, et ne remets pas les pieds ici tant que je ne te l'aurai pas dit.
- Mais où est-ce que tu veux que j'aille ?
- J'ai un oncle complètement paranoïaque, dit Vanilla à voix basse.
- On s'en fiche pas mal, lui fit remarquer Megan.
- Non, je veux dire… Il était un peu fou, il était persuadé que Tu-Sais-Qui reviendrait, que ce n'était qu'une question de temps… Personne ne le croyait, mais il a barricadé sa maison. Tous les sorts qu'il connaissait… C'est un endroit… sûr.
- Parfait ! s'exclama Megan, satisfaite de voir enfin la jeune femme se rendre utile. Tu iras directement là-bas après Noël, Cal. Ne m'envoie aucun hibou, il ne faut pas attirer l'attention. Une fois là-bas, utilise un nom d'emprunt. Ne dis pas non plus à tes parents où tu vas. Vanilla, tu vas me donner l'adresse pour que je puisse venir le voir à la fin de l'année scolaire, on fera un point à ce moment-là, et tu inventeras une histoire quelconque pour justifier sa présence auprès de ton oncle. S'il complique les choses, dis-lui que je peux lui offrir de l'argent en échange, mais ne t'avise pas d'essayer de m'escroquer.
Il y eut un silence dans la pièce. Cal et sa petite amie respiraient profondément, l'air ahuri. Les images du film qu'ils regardaient continuaient de défiler derrière eux. Elle venait de les arracher à un quotidien confortable et rassurant, elle avait jeté le retour de Voldemort et la guerre qui l'accompagnerait comme une bombe dans leur salon.
- Aller ! s'exclama Megan après leur avoir laissé quelques secondes pour digérer les nouvelles. Dépêchez-vous !
Comme électrocutés, tous deux sursautèrent, puis Cal quitta le salon en marmonnant qu'il allait préparer ses affaires, et Vanilla se dirigea vers le bureau situé dans l'angle de la pièce pour y prendre un post-il et un stylo. Elle semblait parfaitement à l'aise dans un environnement moldu.
- Tu as vraiment ouvert la Chambre des secrets, non ? murmura Vanilla tandis qu'elle rédigeait l'adresse sur le petit bout de papier.
Megan, qui s'apprêtait à rejoindre Cal, s'immobilisa sur le pas de la porte.
- Oui, répondit-elle sèchement. Pour aller y chercher Ginny Weasley, tuer le Basilic et détruire l'artefact avec lequel Voldemort essayait de retrouver ses pouvoirs.
En entendant de nouveau prononcé le nom maudit, Vanilla tressaillit et déchira le post-il avec la pointe de son stylo. Agacée, elle jeta le morceau de papier dans le feu qui brûlait dans la cheminée et en saisit un autre vierge. La laissant à sa tâche, Megan remonta le couloir jusqu'à la chambre, où Cal jetait au hasard des affaires dans un grand sac de voyage.
- J'ai toute ma vie ici, maintenant, grogna-t-il. Je ne vais pas pouvoir tout emmener.
- Ne prends que le plus important. Ton ordinateur portable et ton téléphone ne fonctionnerait probablement pas, ou très mal, là-bas. Les ondes magiques détraquent les appareils électroniques, et si la maison de son oncle est aussi chargée de sort qu'elle le dit…
- Pourquoi est-ce que Voldemort me chercherait ? s'exclama-t-il d'un ton frustré en jetant malgré tout son smartphone dans le sac.
- Parce que tu as un lien avec moi, résuma Megan, refusant d'entrer dans les détails. Et comme tu es un Moldu, tu ne pourras pas te défendre seul.
- Tu crois ça ?
- Oui, je crois ça. Tu peux jouer des poings ou de la batte de base-ball tant que tu veux, tu ne fais pas le poids face à un sorcier, je pensais que tu l'avais compris, depuis le temps. Tu sors avec une sorcière, non ?
Cal lui adressa pour toute réponse un grognement indistinct.
- Ça ne fait pas longtemps qu'on sort ensemble, crut-il bon de préciser.
- Hm-hm.
Que répondre d'autre ? Elle se fichait bien de savoir avec qui le garçon partageait sa vie tant qu'il était en sécurité. Il continua à jeter des vêtements et des affaires au hasard dans son sac. Celui-ci ne pourrait bientôt plus fermer.
- Je dois prévenir Selena ?
- Je m'occuperai de lui envoyer un hibou.
- Quand est-ce que je vais pouvoir revenir ?
- Je n'en sais rien.
Il lui rappela les Boyd : arraché soudainement à son domicile et à ses projets parce qu'il avait un lien avec elle. Partout où elle allait, Megan faisait du mal à ceux qui croisaient sa route.
- Où est-ce que tu habites, en ce moment, du coup ? Toujours à Londres ?
Cal avait fini de préparer ses affaires. Son sac était lourd et gigantesque, mais il était parvenu à le fermer.
- Je ne peux rien te dire, répondit-elle alors qu'ils retournaient dans le salon, où Vanilla les attendait. Question de sécurité. Et moins tu en sais, mieux c'est.
- Voilà l'adresse, dit Vanilla en lui tendant son post-it.
Megan le plia et le glissa dans une des poches de son pantalon cargo.
- J'ai ça aussi pour toi, dit Cal.
Il prit sur le buffet du salon un paquet, emballé dans du papier cadeau.
- J'avais prévu de te l'envoyer demain, mais comme tu es là… Enfin voilà, joyeux Noël.
Troublée, Megan accepta le présent. Elle ne savait pas quoi dire.
- Ne l'ouvre pas avant le 25, hein, ajouta Cal d'un ton pressant. Ça porte malheur de ne pas respecter les traditions.
Voilà qui expliquait peut-être pourquoi elle allait de malheurs en malheurs depuis sa naissance, peut-être ses parents posaient-ils le pain à l'envers sur la table et sa mère enceinte était-elle passée sous une échelle. Megan lui sourit.
- Ton cadeau t'attendra chez tes parents, promit-elle en réponse. Joyeux Noël, et essaye de ne pas te faire tuer.
Avec un sourire crispé, Cal l'attira contre lui pour la prendre dans ses bras. Déstabilisée, Megan le laissa faire, bien que gênée par la présence de Vanilla, qui avait blêmi. Puis elle marmonna un « salut » à l'adresse de la jeune femme et quitta les lieux, son cadeau sous le bras.
Elle aurait aimé pouvoir transplaner, mais elle ne voulait pas de problèmes avec le ministère pour le moment. Il ne fallait surtout pas Dumbledore ou un autre membre de l'Ordre découvre qu'elle avait quitté la sécurité du square Grimmaurd l'espace de quelques heures, seule et sans prévenir personne. Elle se résigna donc à faire appel de nouveau au Magicobus.
- C'est encore moi, dit-elle avant même que Stan Shunpike ait ouvert la bouche, et je n'ai pas envie de faire la conversation. Ramenez-moi là d'où je suis partie à Londres tout à l'heure.
Personne n'eut jamais vent de son absence au cours de la nuit. Elle regagna le square Grimmaurd dans le noir de la nuit, se glissa silencieusement par la porte qu'elle avait volontairement laissée non verrouillée et reprit sa place dans son lit pour tenter de glaner quelques heures de sommeil avant que la maison ne se réveille. Le lendemain, lorsque Sirius vint lui dire qu'il ne pensait pas qu'il était possible d'inventer une excuse pour qu'elle se rende à Stourbridge, elle affirma avec aplomb que c'était regrettable mais qu'elle comprenait, et qu'elle tâcherait de faire passer un mot à Cal sans se rendre sur place, et le débat fut clos.
Au matin de Noël, Megan découvrit avec plaisir une pile de cadeaux au pied de son lit. Ginny et Hermione se réveillaient elles aussi. Toutes trois se souhaitèrent « joyeux Noël » puis entreprirent de déballer leurs présents. Molly lui avait tricoté le traditionnel pull de Noël, doré avec un grand « M » noir comme ses cheveux, que Megan s'empressa de le revêtir. Les paquets de Ron et Ginny venaient tous deux de chez Honeydukes.
- Je vais prendre trente-six kilos avec tout ça, merci, se réjouit Megan tandis que la benjamine des Weasley lui tirait la langue puis ouvrait des yeux ronds en découvrant le cadeau qu'elle lui avait fait.
- Ce sont des accessoires de Quidditch ? hoqueta-t-elle.
- Maintenant que tu la nouvelle attrapeuse de l'équipe de Gryffondor, il faut bien !
- C'est génial ! Merci beaucoup ! Il faut absolument que je montre ça à Fred et George, tu ne leur as pas offert la même chose, hein ?
- Non, rit Megan, je leur ai pris des coffrets de chez Zonko pour les aider pour leur commerce.
Hermione lui jeta un regard en biais tandis que Ginny, ravie de pouvoir aller se vanter auprès de ses frères de son équipement neuf, se ruait hors de la chambre.
- Je te dirais bien de ne pas les encourager, mais c'est Noël et tu m'as offert une robe vraiment très jolie, alors je ne dirai rien, dit Hermione avec un sourire en coin.
- Elle te plaît ? sourit Megan en se tournant vers elle.
Son amie tenait devant elle la tenue couleur lilas, les yeux brillants.
- Elle est vraiment magnifique.
- Je sais que c'est un peu habillé comme tenue, mais je sais aussi que tu ne possèdes pas d'autre robe que celle du bal de l'an dernier, alors je me suis mise en tête de te composer une garde-robe digne de son nom au cours des prochaines années.
Megan avait dit cela d'un ton léger, mais au fond d'elle-même elle savait qu'aucune d'entre elles n'avait prévu d'assister prochainement à un événement justifiant de s'habiller ainsi, et elle craignait de ne pas vivre assez longtemps pour voir son amie porter cette tenue. Hermione lui adressa pourtant comme réponse un sourire éblouissant puis s'empressa de déballer ses autres cadeaux.
Le paquet que Megan ouvrit ensuite venait des jumeaux. Elle découvrit dans un petit écrin une chaîne d'argent au bout de laquelle se balançait un médaillon dont la forme ne cessait de changer, formant les lettres M, G et F. Ravie de cette délicate attention, elle entreprit aussitôt d'attacher le collier autour de son cou. Le métal était froid contre sa peau et elle porta la main au médaillon, savourant la sensation de ses mouvements perpétuels entre ses doigts. Le paquet suivant venait de Bill, qui lui avait offert le manuel de l'Apprenti briseur de sorts, clin d'œil à leur conversation survenue quelques mois plus tôt au sujet de son avenir professionnel. Elle se promit de s'y plonger et d'oublier quelques instants qu'elle n'était pas certaine d'avoir un avenir tout court. Cal lui avait également offert un livre, Recettes faciles pour sorciers malhabiles. Un mot accompagnait le cadeau.
Joyeux Noël Demi ! J'ai hâte que tu reviennes à Stourbridge cet été pour voir si ce livre est suffisamment magique pour remédier à ton incompétence culinaire chronique. Si tu arrives à préparer quelque chose de mangeable grâce à lui, je promets à l'auteur de mettre son ouvrage en vitrine jusqu'à avoir écoulé l'intégralité de ses stocks ! D'ici-là, où que tu sois, passes de belles vacances, à bientôt. Cal.
Megan eut un pincement au cœur en lisant ces lignes. Lorsqu'il avait écrit ce mot, il ignorait encore qui elle était, qu'il ne pourrait plus tenir la librairie qui lui tenait tant à cœur et qu'ils ne se reverraient plus à Stourbridge avant un long moment. Ce mot appartenait à un temps où les ténèbres de Voldemort ne s'étaient pas encore étendues jusqu'à lui.
Espérant que son propre cadeau lui plairait – Megan avait eu du mal à trouver un artefact magique qui soit adapté à un Moldu – elle mit le livre sur sa table de chevet et se promit d'essayer au moins une recette avant de retourner à Poudlard. Il ne lui restait plus qu'un paquet, celui de Hermione. S'attendant à un nouveau livre, Megan déchira le papier cadeau. A l'intérieur, elle découvrit une chose informe en laine, visiblement tricotée à la main, où elle crut distinguer des yeux et une bouche, et les quatre protubérances sur les côtés devaient certainement être des bras. S'agissait-il d'un elfe de maison en laine ?
- Ça te plait ?
La voix de Hermione était étouffée, timide. La jeune fille observait Megan par-dessus un manuel de numérologie.
- C'est…
- C'est moi qui l'ai faite, l'interrompit aussitôt Hermione. Ce n'est pas très très réussi, mais… C'est une peluche, c'est pour que tu, euh… Pour te tenir compagnie la nuit.
Sa voix avait atteint des aigus étonnants sur ses derniers mots. Megan mit en œuvre toute sa capacité à dissimuler ses propres émotions pour ne pas laisser comprendre à Hermione combien elle était bouleversée. Ses cauchemars à répétition n'avaient pas été aussi discrets qu'elle le croyait. Hermione s'était rendu compte de quelque chose. Était-ce également le cas de Ginny, de Lavender Brown et de Parvati Patil ? Elle était mortifiée.
- C'est vraiment… merci, Hermione, souffla Megan, les yeux rivés sur la peluche informe.
Sa meilleure amie eut un sourire bienveillant, puis laissa un échapper un cri étranglé lorsque Fred et George transplanèrent dans un craquement sonore au milieu de leur chambre. Megan s'empressa de dissimuler la peluche informe dans ses draps.
- Joyeux Noël ! s'exclamèrent-ils d'une même voix. La pêche a été bonne cette année ?
- Très bonne, affirma Megan, se forçant à retrouver une assurance de façade.
Elle tendit vers les jumeaux sa boîte de chocolats offerts par Ron, et tous deux y piochèrent avec un sourire avide.
- Petit-déjeuner ? suggéra Hermione.
- Oh, non, surtout pas, répondit Fred avec un soupir. Maman est en train de pleurer dans la cuisine.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'alarma Megan, priant pour que l'état d'Arthur ne se soit pas soudainement détérioré.
- Encore et toujours Percy, gronda George. Cet énorme tas de crotte de rats lui a renvoyé son pull de Noël sans un mot, pas un merci, pas de questions sur l'état de papa… Rien.
Megan laissa échapper une insulte qui fit s'écarquiller les yeux de Hermione, outrée. Elle se radoucit cependant en baissant les yeux vers le plancher, compatissante envers Molly.
- Bien dit, Megan, acquiesça Fred sans émoi. Pour l'instant, Lupin essaye de lui remonter le moral, alors laissez-le temps à la magie des loups-garous d'opérer avant de descendre.
- C'est noté, soupira Hermione.
- Tu as vu le collier, Megan ? lança George en se tournant vers elle.
- Oui ! Merci beaucoup, il est très beau.
- Regarde-le de près, il a dû changer, ajouta Fred avec un sourire mystérieux.
- Changer ? J'ai vu qu'il se transformait constamment pour changer de forme, sûrement un sort de –
- Ce n'est pas de ça que je parle, s'amusa Fred. Regarde.
Intriguée, Megan tira de son col la chaîne d'argent et suspendit le médaillon à la hauteur de ses yeux. A sa grande surprise, elle s'aperçut qu'il dégageait désormais une douce lumière argentée.
- Pourquoi est-ce qu'il brille ? s'enquit-elle.
- Parce qu'on est là, répondit George d'un air satisfait.
- Il brille quand on s'approche de toi, expliqua Fred. C'est parfaitement inutile, mais on trouvait ça sympa, c'est nous qui avons ajouté ce sort.
- C'est excellent ! approuva Megan.
Les garçons échangèrent un coup d'œil complice. Hermione les observait avec bienveillance.
- Bon ! s'exclama George en frappant dans les mains. On va aller voir si Ron et Harry ont aussi des chocolats à partager !
Et dans un nouveau craquement, ils disparurent pour réapparaître à l'étage supérieur.
- C'est un très joli cadeau, fit remarquer Hermione d'une voix douce.
Megan haussa les épaules, mais un sourire flottait sur ses lèvres. Les jumeaux lui rendaient vraiment l'existence plus légère et heureuse.
Toutes deux débattirent pendant un long quart d'heure sur le point de savoir combien Percy était un fils indigne et un individu peu fréquentable, puis elles estimèrent qu'un laps de temps suffisant s'était écoulé, les autorisant à descendre prendre leur petit-déjeuner. En ouvrant la porte de leur chambre, elles trouvèrent Ron et Potter en compagnie des jumeaux qui descendaient de l'étage supérieur.
- Joyeux Noël ! lança Hermione d'un air réjoui.
- A vous aussi ! répondirent les garçons d'une seule voix.
- Ron, j'ai adoré les chocolats, ce sont mes préférés ! affirma Megan en souriant.
- C'est George qui me les a conseillés, avoua l'intéressé en jetant un coup d'œil à son aîné.
- Merci pour le livre, Harry, ajouta Hermione d'un ton enjoué. Il y avait une éternité que je la voulais, cette Nouvelle Théorie de la numérologie ! Et ce parfum est très original, merci Ron.
- Pas de quoi. Et ça, c'est pour qui ? demanda Ron en montrant d'un signe de tête le paquet soigneusement emballé qu'elle portait sous le bras.
- Pour Kreacher, répondit Hermione d'un air radieux.
Megan leva les yeux au ciel.
- Il y a intérêt à ce que ce ne soit pas un vêtement ! prévint Ron. Tu te souviens de ce que Sirius a dit : Kreacher en sait trop, on ne peut pas se permettre de le libérer !
- Ce ne sont pas des vêtements, assura Hermione. N'empêche que si j'avais mon mot à dire, je lui donnerais sûrement autre chose à se mettre que ce vieux chiffon crasseux. En fait, c'est un couvre-lit en patchwork j'ai pensé que ça égayerait un peu sa chambre.
- Quelle chambre ? demanda Potter en baissant la voix dans un murmure tandis qu'ils passaient devant le portrait de la mère de Sirius.
- Sirius dit que ce n'est pas vraiment une chambre, plutôt une espèce de... tanière, répondit Hermione. Apparemment, il dort sous la chaudière dans le réduit à côté de la cuisine.
Molly était la seule personne présente lorsqu'ils arrivèrent au sous-sol. Elle se tenait devant le fourneau et reniflait comme si elle avait eu un mauvais rhume. Elle leur souhaita un « joyeux Noël » et tout le monde évita de croiser son regard. Megan se promit de mettre une claque à Percy dès que l'occasion se présenterait.
- Alors, c'est là, la chambre de Kreacher ? demanda Ron en s'avançant vers une porte délabrée située dans le coin opposé au garde-manger.
Megan ne l'avait jamais vue ouverte. Sirius lui avait parlé de cet endroit au cours de l'été, mais elle ne s'y était jamais intéressée.
- Oui, dit Hermione, un peu mal à l'aise. Heu...je pense qu'il vaudrait mieux frapper.
De ses doigts repliés, Ron donna quelques coups contre le panneau mais il n'y eut pas de réponse.
- Il rôde sans doute dans les étages, dit-il.
Et sans plus de cérémonie, Ron ouvrit la porte.
- Beurk !
Megan jeta un coup d'œil à l'intérieur. La plus grande partie du réduit était occupée par une immense chaudière d'un modèle très ancien. Dans l'espace d'une trentaine de centimètres de hauteur situé sous la tuyauterie, Kreacher s'était aménagé une sorte de nid. Un mélange de chiffons assortis et de couvertures malodorantes était entassé sur le sol. Au milieu, un petit creux indiquait l'endroit où l'elfe se pelotonnait chaque nuit pour dormir. On apercevait de-ci, de-là, incrustés dans le tissu, des miettes de pain rassis et de vieux morceaux de fromage moisi. Dans le coin opposé brillaient de petits objets et des pièces de monnaie que Kreacher avait sans doute réussi à sauver, à la manière d'une pie, du grand nettoyage de Sirius. Il était également parvenu à récupérer la photo de famille dans un cadre d'argent que Sirius avait jetée au cours de l'été. Le verre cassé ne dissuadait pas les petits personnages en noir et blanc de les regarder d'un air hautain. Megan y reconnut Bellatrix Lestrange et son mari Rodolphus, un jeune garçon qui ressemblait un peu à Sirius qui devait être Regulus, deux hommes qui ne pouvaient être qu'Orion et Cygnus Black, et deux femmes, Walburga Black aussi laide que sur son portrait, et par déduction Druella Rosier.
- Je crois qu'il vaut mieux lui laisser son cadeau ici, dit Hermione.
Elle déposa soigneusement le paquet au creux des chiffons et referma la porte en silence.
- Il le trouvera plus tard, ce sera très bien.
Au moment où ils sortaient du réduit, Sirius, chargé d'une énorme dinde, émergea du garde-manger.
- Au fait, dit-il, est-ce que quelqu'un a vu Kreacher, ces temps- ci ?
- Pas depuis le soir où on est arrivés, répondit Potter, quand tu lui as ordonné de sortir de la cuisine.
- Oui..., dit Sirius, les sourcils froncés. Je crois que moi aussi, c'est la dernière fois que je l'ai vu... Il doit se cacher quelque part dans les étages.
- Il ne serait pas parti définitivement, quand même ? Quand tu lui as dit « Dehors ! », peut-être a-t-il cru que tu voulais le chasser de la maison ?
- Non, non, les elfes ne peuvent pas partir tant qu'on ne leur a pas donné de vêtements. Ils sont liés à la maison de famille.
- Ils peuvent la quitter s'ils le veulent vraiment, objecta Potter. C'est ce qu'a fait Dobby il y a deux ans, quand il est parti de chez les Malfoy pour venir m'avertir. Après, il n'arrêtait pas de se punir lui-même mais il a quand même réussi à s'absenter.
Sirius parut un instant déconcerté puis répondit :
- Je le chercherai plus tard. Je le trouverai sûrement là-haut en train de pleurer à chaudes larmes sur une vieille robe de ma mère ou je ne sais quoi d'autre. Ou alors peut-être qu'il est allé se réfugier dans le séchoir et qu'il y est mort... Mais ne soyons pas trop optimistes.
Megan, Ron, Fred et George éclatèrent de rire mais Hermione avait un air réprobateur.
Après le déjeuner de Noël, les Weasley, Megan, Hermione et Potter avaient l'intention de rendre à nouveau visite à Arthur, escortés par Fol Œil et Remus. Mundungus arriva à temps pour manger un morceau de pudding de Noël et de génoise à la crème. Il avait « emprunté » une voiture pour l'occasion car le métro ne fonctionnait pas en ce jour de Noël. La voiture, dont Megan doutait fort qu'elle soit arrivée là avec le consentement de son propriétaire, avait été agrandie à l'intérieur grâce au même sortilège qui avait permis de faire de sa besace une véritable malle de voyage. Bien qu'elle fût de taille normale à l'extérieur, onze passagers, en plus de Mundungus qui conduisait, pouvaient s'y installer confortablement. Molly hésita à y monter, partagée entre sa méfiance à l'égard de Mundungus et sa répugnance à voyager sans l'aide de la magie, mais finalement, le froid qui régnait au-dehors et les exhortations de ses enfants finirent par triompher et elle s'installa de bonne grâce sur la banquette arrière, entre Fred et Bill.
Il y avait très peu de circulation, ce qui leur permit d'arriver rapidement à Ste Mangouste. Quelques sorcières et sorciers rôdaient furtivement dans la rue par ailleurs déserte pour se rendre à l'hôpital. Megan et les autres sortirent de la voiture et Mundungus partit se garer au coin de la rue pour les attendre. D'un pas nonchalant, ils se dirigèrent ensuite vers la vitrine où se trouvait le mannequin habillé de nylon vert, puis un par un, ils traversèrent la vitre.
Le hall de réception dégageait une agréable atmosphère de fête. Les globes de cristal qui éclairaient Ste Mangouste avaient été colorés en rouge et or, se transformant ainsi en gigantesques boules de Noël lumineuses. Du houx était accroché au-dessus des portes et des sapins de Noël resplendissants, recouverts de givre et de neige magiques, scintillaient dans tous les coins, chacun d'eux surmonté d'une étoile d'or. Il y avait moins de monde que la fois précédente. En arrivant au centre de la salle, cependant, Harry fut bousculé par une sorcière qui avait un kumquat coincé dans la narine gauche.
- Querelle de famille ? ricana la sorcière blonde derrière son comptoir. Vous êtes la troisième aujourd'hui... Pathologie des sortilèges, quatrième étage.
Ils trouvèrent Arthur adossé contre ses oreillers, un plateau sur les genoux avec les reliefs de sa dinde de Noël. Un certain embarras se lisait sur son visage.
- Comment ça va, Arthur ? demanda Molly après que tout le monde l'eut salué en lui donnant ses cadeaux.
- Très bien, très bien, assura-t-il d'un ton un peu trop chaleureux. Tu... heu...Tu n'as pas vu le guérisseur Smethwyck, par hasard ?
- Non, répondit sa femme, l'air soupçonneux. Pourquoi ?
- Oh, pour rien, affirma Arthur d'un ton dégagé en commençant à ouvrir ses cadeaux. Alors, tout le monde a passé une bonne journée ? Qu'est-ce que vous avez eu pour Noël ? Oh, Harry, c'est absolument magnifique !
Il venait d'ouvrir le paquet que lui avait apporté Potter et qui contenait des tournevis et des fusibles – Megan dut reconnaître que l'idée était bonne. Molly ne sembla cependant pas entièrement satisfaite de la réponse de son mari. Tandis qu'il se penchait pour serrer la main de Potter, elle jeta un coup d'œil au bandage qu'on voyait sous sa chemise de nuit.
- Arthur, dit-elle, le ton aussi sec qu'un piège à souris, ton pansement a été changé. Pourquoi l'a-t-on changé un jour plus tôt que prévu, Arthur ? Ils m'avaient pourtant assuré qu'ils ne le feraient que demain.
- Quoi ? répondit son mari.
Il avait l'air effrayé et ramena ses couvertures sur sa poitrine.
- Non, non... ce n'est rien... c'est... je...
Il sembla se dégonfler comme un ballon sous le regard perçant de sa femme.
- Bon... Ne te mets pas en colère, Molly, mais Augustus Pye a eu une idée... C'est un guérisseur stagiaire, un garçon adorable et très intéressé par... heu... la médecine d'appoint... Je veux dire, certains remèdes moldus... ça s'appelle des points de suture, Molly, et c'est très efficace pour les... les blessures moldues...
La mère de famille laissa échapper un bruit de très mauvais augure, à mi-chemin entre le hurlement et le grognement. Remus s'écarta du lit et alla voir le loup-garou qui n'avait aucun visiteur et contemplait avec envie la petite foule rassemblée autour d'Arthur. Bill marmonna qu'il allait se payer une tasse de thé et Megan, Fredet George se levèrent d'un bond pour l'accompagner, un grand sourire aux lèvres. Le son de la dispute les suivit pendant quelques mètres.
- Est-ce que tu essayes de me faire comprendre par-là, disait Molly, sa voix augmentant de volume à chaque mot, et sans se rendre compte que tout le monde filait se mettre à l'abri, que tu as fait l'idiot avec des remèdes Moldus ?
- Pas fait l'idiot, Molly chérie, répondait Arthur d'un ton implorant. C'était simplement... simplement quelque chose que Pye et moi, nous voulions essayer... Seulement voilà, il se trouve que par malheur... ce genre de blessures... enfin, ça n'a pas marché aussi bien que nous l'avions espéré...
- Ce qui veut dire ?
- Eh bien... heu... J'ignore si tu sais ce que sont des points de suture ?
- Apparemment, ça signifie que tu as essayé de te recoudre la peau ? répondit Molly avec une sorte de rire sans joie. Mais enfin, Arthur, même toi, tu ne serais pas aussi stupide...
Alors qu'ils tournaient à l'angle du couloir, ils entendirent distinctement Molly hurler :
- QU'EST-CE QUE TU VEUX DIRE PAR : « C'EST L'IDÉE GÉNÉRALE » ?
Megan, Fred, George et Bill ne purent réprimer un rire.
- C'est tout papa, ricana Fred.
- C'est dangereux, les points de suture ? s'enquit George.
Les trois regards se tournèrent sur Megan, elle la fille élevée par deux Cracmols intégrés dans le monde des moldus. La jeune fille poussa un profond soupir agacé.
- Non, répondit-elle sèchement. Quand c'est bien fait, ça sert juste à refermer les plaies non-magiques.
- Et là, pourquoi n'a pas marché ? s'enquit Bill, curieux.
- Le serpent de Voldemort n'est pas un serpent normal, c'est un Maledictus, c'est lui qui me l'a dit.
Les trois frères Weasley tressaillirent violemment en l'entendant prononcer le nom maudit. Megan ne leur prêta pas attention.
- Je ne suis pas incollable sur cette malédiction du sang, mais ça fait de Nagini un serpent particulier, et son venin a des propriétés particulières. J'imagine qu'il a dû dissoudre les fils, et rendre les points de suture inutiles. Ce n'est pas grave.
Les garçons hochèrent la tête mais ne répondirent pas. De toute évidence, aucun d'eux n'avait envie d'aborder le sujet du séjour soi-disant forcé de Megan auprès de Voldemort. Ils suivirent le couloir, franchirent une double porte et se retrouvèrent dans un escalier branlant aux murs duquel s'alignaient d'autres portraits de guérisseurs à l'allure féroce qui ne cessaient de les interpeller à mesure qu'ils montaient les marches, diagnostiquant d'étranges maladies et proposant d'horribles remèdes. Ce vacarme d'inepties détendit l'atmosphère entre les quatre jeunes et ce fut avec un sourire aux lèvres qu'ils atteignirent le cinquième étage où se trouvait le salon de thé de l'hôpital. Megan insista pour offrir les collations et ils s'installèrent près de la baie vitrée pour admirer les rues de Londres qui s'étalaient à perte de vue et les Moldus qui les parcouraient, inconscients de leur présence. C'était agréable de partager un moment serein avec Bill, de plaisanter avec lui, de lui prouver une fois encore qu'elle n'était pas une menace pour sa famille mais une adolescente de quinze ans aux prises avec des forces plus grandes qu'elle.
Ils passèrent la majeure partie de l'après-midi à discuter de leurs projets d'avenir. La relation de Bill et Fleur semblait très sérieuse, et il n'envisageait pas de la laisser pour retourner en Egypte. Fred et George avouèrent à demi-mot à leur frère qu'ils avaient des projets facétieux qui se concrétisaient doucement, mais ils ne souhaitaient pas en dire davantage tant que les bases ne seraient pas réellement posées, notamment pour éviter à leur mère de venir tout envoyer valser. Megan, enfin, réitéra son intérêt pour la profession de Briseuse de maléfice et en profita pour remercier Bill pour son cadeau.
- Il faut absolument qu'on te raconte ce qu'on a vu à Ste Mangouste, lança Ron dès qu'ils furent de retour au square Grimmaurd.
Il s'était enfermé avec Megan, Hermione, Ginny et Potter dans sa chambre.
- Vous avez croisé Voldemort en blouse blanche, ou quoi ?
Potter ricana, mais Ron, Hermione et Ginny frémirent.
- Arrête avec ça, grogna Ron. Non, on a croisé Lockhart.
Megan haussa haut les sourcils. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il était advenu de leur « professeur » de défense contre les forces du mal après qu'il ait été frappé de plein fouet par son propre sortilège d'amnésie.
- Il est hospitalisé à Ste Mangouste depuis deux ans et demi, expliqua doucement Hermione. Mais il n'a pas retrouvé la mémoire… On aurait dit un enfant un peu lent, il a perdu plus que ses souvenirs, il est…
- Il n'a quand même pas perdu sa passion pour les autographes, fit remarquer Ginny avec un sourire moqueur. On en a une douzaine, si ça t'intéresse.
Megan imita un vomissement qui fit rire son amie.
- Mais il n'a aucun visiteur, ricana Ron. La totalité du monde magique s'est détourné de lui, maintenant qu'on sait que c'est un escroc.
- Tant mieux ! s'exclama Megan, toujours convaincue qu'il n'était pas impossible qu'il soit également un pédophile. Je suis déçue d'avoir raté ça. Je me demandais aussi ce qui vous avait pris tout ce temps, ça m'étonnait que vous soyez restés avec Molly et ses hurlements.
- On voulait vous rejoindre au salon de thé, assura Ginny. Mais Lockhart nous a vus, après une guérisseuse est arrivée et elle était tellement contente qu'il ait de la visite le jour de Noël, difficile de dire non. Et puis après, on a vu…
Elle prit une profonde inspiration et Megan fronça les sourcils. Ce fut Potter qui compléta sa phrase :
- On a vu les parents de Neville.
- Oh.
Megan n'ignorait pas le sort terrible qu'avaient connu les Longbottom, mais elle avait gardé ce secret toutes ces années par respect pour leur camarade de classe, qui n'avait jamais abordé le sujet. Elle savait qu'Alice et Frank étaient internés à Ste Mangouste, mais quelle était la probabilité qu'ils se croisent dans cet immense hôpital ?
- C'était horrible, murmura Hermione. Neville était venu leur rendre visite avec sa grand-mère… Ses parents sont internés là-bas, ils ont été torturés par Bellatrix Lestrange jusqu'à devenir fous…
Megan hocha la tête sans répondre. Inutile d'avouer à ses amis qu'ils ne lui apprenaient rien. Elle n'avait pas envie de développer sur ce sujet. Être orpheline était déjà très difficile, mais la situation de Neville était pire encore, ses parents étaient vivants mais incapables de le reconnaître ou de communiquer avec lui, ombre d'eux-mêmes, attendant la mort dans une enveloppe corporelle décharnée, déconnectés de la réalité. Elle n'avait pas envie de penser à tout ça.
Le soir, après le dîner copieux et joyeux, Sirius et Remus demandèrent à Megan de ne pas monter se coucher tout de suite, affirmant qu'ils avaient quelque chose à lui dire. Avec des regards mi-inquiets mi-intrigués, les autres quittèrent lentement la cuisine. Molly et Bill n'étaient pas non plus invités à rester, ce qui étonna Megan : si la conversation avait un lien quelconque avec l'Ordre, il n'y avait aucune raison qu'ils n'y assistent pas. De quoi d'autre pouvait-on bien vouloir lui parler ? Assise face aux deux Maraudeurs, elle les observa avec méfiance.
- Ne fais pas cette tête-là, s'amusa Sirius. On veut juste te donner ton cadeau de Noël.
Megan se détendit quelque peu, mais elle demeura sur ses gardes. Pourquoi son cadeau nécessitait-il l'absence de tous les autres ? Pourquoi le regard de Remus était-il si grave ?
- Ça nous a pris un certain temps de mettre la main dessus…, expliqua doucement son ancien professeur. On a dû demander son aide à Dumbledore, il ne nous a pas dit comment il les avait obtenues, mais on savait qu'il saurait quoi faire.
- De quoi est-ce que tu parles ? s'enquit Megan.
Sirius sortit de sa poche une petite bourse en velours fermée par un cordon et la lui tendit. Circonspecte, Megan la saisit. Elle était légère. Les sourcils froncés, elle la dénoua maladroitement et renversa son contenu dans la paume de sa main. Deux anneaux dorés reposèrent au creux de sa main. Elle en saisit un et l'examina. Epais mais finement ciselé, il était à la fois simple et précieux. A l'intérieur, des mots et des chiffres étaient gravés :
Meredith & Sylvius – 2/06/1979 – Potens caritate
Megan contempla le bijou avec des yeux écarquillés. Elle saisit le deuxième, plus fin, plus élégant, incrusté d'argent, qui portait la même gravure. Sirius et Remus l'observaient en silence. Son cœur s'était mis à battre vite et fort, et ses yeux la brûlaient. Elle n'avait jamais rien possédé qui ait appartenu à ses parents, elle n'avait rien pu emmener après qu'Anita l'ait arrachée de force à la maison où elle venait de retrouver les deux cadavres et que Dumbledore l'ait placée chez les Boyd. Elle ne savait même pas ce que la maison était devenue, et elle s'affola de s'apercevoir qu'elle n'avait jamais cherché à y retourner. Mais en attendant, elle possédait désormais ces deux bijoux précieux, si importants pour ses parents, leurs alliances de mariage. Elle glissa celle de sa mère sur son majeur et celle de son père sur son pouce, là où ils ne risqueraient pas de glisser et seraient toujours avec elle, puis leva les yeux vers les deux hommes, qui n'avaient rien dit.
- Merci, souffla-t-elle, trop émue pour en dire plus, luttant pour ne pas fondre en larmes devant eux.
