Chapitre 24 – Deux passés, un espoir
- Il faut à tout prix qu'on les libère ! Il est hors de question qu'elles restent enfermées une minute de plus !
- Calme toi un peu, beau blond. La prison est très certainement sous haute surveillance, et ce n'est pas en te faisant capturer que tu les aideras.
- Je refuse de rester ici les bras ballants alors que mes amies sont sur le point de se faire dévorer !
- Je comprends parfaitement ton angoisse, mais ça ne sert à rien de se mettre dans cet état.
- Tu ne comprends pas ! J'étais juste en face d'elles. J'aurai pu sauter et les libérer, mais au lieu de ça je me suis enfui comme un lâche !
- Tu ne t'es pas enfui, tu as fait la seule chose possible ! Si tu étais intervenu, tu serais mort à l'heure qu'il est ! Alors cesse de te considérer comme un couard et laisse ce pauvre palmier tranquille !
Depuis mon retour, je n'avais en effet cessé de passer ma colère sur un malheureux arbre, imaginant que c'était cette maudite Kelar'iah. Je n'espérais qu'une seule chose, pouvoir lui faire payer ce qu'elle avait fait subir à Médolie et Amipha. J'étais complètement à bout de nerfs. Après le Lynel et Impa grièvement blessée, voilà qu'un tyran de reine Gerudo allait offrir mes amies en casse-croûte à un monstre des sables. C'était pour moi la goutte de trop. Lâchant un cri de rage, je frappais violemment l'arbre, à tel point que l'épée resta coincée. Epuisé et en sueur, je tombais à genoux, désespéré.
- Elles étaient juste en face de moi, recherchant désespérément de l'aide, et j'étais incapable d'intervenir. Je lisais la terreur dans leurs yeux, mais je ne pouvais même pas faire ne serait-ce qu'un geste pour les réconforter. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tous ceux qui comptent pour moi doivent souffrir par ma faute ? Est-ce donc ma sentence pour n'avoir pas su me montrer à la hauteur ? Sais-tu ce que ça fait, de voir ceux à qui on tient le plus souffrir, et sans que l'on puisse intervenir ?
J'étais à bout. Je n'avais accumulé que des échecs, et ceux qui avaient confiance en moi mourraient les uns après les autres par mon incompétence. Je ne souhaitais plus qu'une chose, que tout s'arrête maintenant.
Un court instant s'écoula, au bout duquel Hyr'iah s'approcha de moi. Je supposai qu'elle allait me soutenir à la Gerudo, c'est-à-dire une bonne châtaigne et des cris, mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je la vis poser une main compatissante sur mon épaule avant s'asseoir en face de moi.
- Je sais parfaitement ce que ça fait de se sentir seul et faible, bien plus que tu ne le crois, et c'est la raison pour laquelle je comprends parfaitement ton désespoir.
Jamais je n'aurais cru entendre un jour une Gerudo avouer une telle faiblesse, qui plus est à un homme. Elle semblait mal à l'aise, et je sentais que ce qu'elle s'apprêtait à dire lui pesait. Après une longue inspiration, elle se lança enfin :
« Tu ne l'ignores sans doute pas, mais notre peuple est composé uniquement de vaï aucun enfant voï ne naît chez nous. C'est la raison pour laquelle une fois adulte, nous quittons le désert afin de trouver l'âme sœur. Même notre reine ne fait pas exception à la règle. Mais ce que tu ignores, c'est qu'il existe une très vieille loi oubliée de toutes aujourd'hui qui permet à une reine, si la situation l'oblige, de choisir une jeune fille du royaume comme héritière. Pour savoir si elle en est digne, la jeune fille doit réussir à toucher une ancienne relique, le Masque du tonnerre. Jamais aucune reine n'a eu à recourir à cette loi, mais notre reine Nahborah portait un terrible fardeau.
Depuis sa naissance, elle souffrait d'une maladie incurable qui, pour une raison inconnue, s'est aggravée lorsqu'elle tenta de sortir du village. Ainsi, incapable de partir, notre souveraine se plongea dans les archives du royaume, afin de tenter de trouver une alternative, tout en cachant son état au peuple. Mais la situation s'aggrava lorsque Kelar'iah, alors brillante capitaine, fut au courant de la maladie de Nahborah. Elle profita de sa faiblesse pour accroître son influence par d'habiles mensonges et menaces. Pour Nahborah, il s'agissait désormais de tout faire pour maintenir la stabilité de la cité.
Un jour, les habitantes virent la reine apparaître en compagnie d'une jeune orpheline alors oubliée de toutes et vivant à côté des écuries. Personne ne savait pourquoi, excepté Kelar'iah. Nahborah voulait faire de cette jeune fille son héritière, aussi devait-elle agir vite.
Elle empoisonna Nabhorah et accusa la jeune orpheline de meurtre. Cette dernière ne dut son salut qu'à l'aide des dernières fidèles de la reine en s'enfuyant de la cité. Depuis ce triste jour, elle vit éloignée de tous et rêve un jour de trouver le moyen de se venger de celle qui est responsable du chaos qui ronge le royaume. »
Un long moment de silence régna à la suite de son récit. J'éprouvais une grande tristesse pour cette personne qui avait tant souffert. Mais un détail me frappa soudainement. Hyr'iah avait dit que tout ceci était resté secret, or elle connaissait par cœur ce qu'il s'était passé. Se pourrait-il qu'elle soit…
- Je vois à ton visage que tu as compris. Je n'en doutais pas un instant. Oui Link, je suis l'héritière du trône Gerudo, et grâce à toi, j'ai espoir de pouvoir enfin rétablir la vérité.
- J'ai vu Kelar'iah à la cité et elle te ressemblait étrangement…
- Normal…Elle ne m'a jamais appréciée et a tout fait pour se débarrasser de moi. C'est ma sœur…
- Les Moldarquors sont des créatures extrêmement sensibles aux vibrations. Elles sont également très rapides mais ne peuvent quitter le sable. Leur peau est naturellement très épaisse et les rends invulnérables, mais il existe un point faible.
Nous marchions depuis la tombée de la nuit dans le désert, direction le lieu de l'exécution, afin d'être prêts le moment venu. Hyr'iah transportait avec elle un grand sac de toile, et refusait d'en montrer son contenu. Elle en profitait également pour m'indiquer les faiblesses de ces titans des sables.
- Au niveau de leur ventre, la peau est bien plus fragile, et c'est aussi l'endroit où se trouvent leurs organes vitaux. Si tu parviens à porter un violent coup d'épée ici, il y a de fortes chances pour qu'il abandonne sa chasse. Mais pour cela, il faudra l'immobiliser suffisamment longtemps pour que tu puisses t'approcher.
- Comment comptes-tu t'y prendre exactement ? Même si on avait des bombes, on aurait beaucoup de mal à l'arrêter.
- J'ai mon idée, ne t'en fais pas beau blond. De ton côté, assure-toi bien de faire diversion pour qu'il délaisse tes amies.
- En parlant de diversion, comment suis-je censé l'attirer loin des filles ? Tu l'as dit toi-même, il va plus vite que nous. Je ne pourrais jamais y arriver à pieds.
Elle devait attendre cette remarque, car elle m'attrapa et me guida vers le haut d'une dune.
- Héros de peu de foi tiens. Regarde donc ce qu'il y a de l'autre côté.
Levant alors la tête, je compris alors l'idée d'Hyr'iah. Juste en face de nous se trouvait un grand troupeau de morses des sables, les meilleures montures du désert. Affichant un large sourire, Hyr'iah se tourna vers moi :
- Ça te dis une petite course beau voï ?
