Une journée morne

Jaime comprenait que son travail n'était pas très compliqué en soi. La précédente stagiaire c'était faite surprendre par une grossesse et n'avait pas eu le temps de mettre en ordre ses affaires à son départ, voilà ce qui expliquait le recours à un intérimaire.

Il avait dû feuilleter tous les dossiers pour trouver les plus urgents qu'il fallait répartir à ses collègues plus expérimentés. Ensuite, il travaillait avec Brienne pour la plupart des dossiers. Elle les connaissait déjà et était très rapide et efficace. Froide comme un glaçon aussi. C'était un vrai robot. Même quand Renly passait tôt le matin pour dire bonjour, elle ne souriait que du coin des lèvres.

— On prend une pause, annonça-t-elle.

Jaime hocha vaguement la tête et enregistra ses dossiers. Il avait hâte de pouvoir se dégourdir les jambes. Ils s'assirent côte à côte sur un banc à l'extérieur sans parler. Le Lannister comprenait qu'elle ne l'aimait vraiment pas. Elle évitait même le conventionnel « ça va ? » du matin qu'on se lançait vaguement à l'arrivée. Il pouvait sentir son animosité à des kilomètres à la ronde.

— Je vous ai fait quelque chose ? questionna-t-il.

— Non, rien du tout.

Ah. Alors en voilà une qui le détestait « par principe ». Génial. Ces deux mois allaient être terriblement longuets dis donc. Il finit son café et essaya de penser à autre chose. Il était habitué à être vu comme un mal propre mais il parvenait encore à en être surpris.

Il avait payé pourtant. Il avait quitté la Garde Une après un échec cuisant et il ne s'était plus mêlé des affaires militaires, il était resté tranquillement dans le jupon familial. Elle devait être certaine que c'était vrai, qu'il avait exécuté tous les otages comme un vrai taré.

Ça ne comptait pas tout le monde le pensait. Il s'en fichait complètement. Complètement.

Il essaya de reprendre sa journée de travail sans y penser mais il en avait marre de supporter constamment cette hostilité. Il n'avait pas à supporter tant d'animosité d'ordinaire. Parce qu'il restait dans le cercle familial, parce que la plupart de ses collègues étaient des subordonnés. Il était en train de bloquer stupidement parce qu'il lui manquait une subtilité mais il refusait de demander de l'aide à Brienne quand son frère débarqua.

— Alors comme ça on partage son bureau !

Il plongea sans façon sur le canapé, c'était le seul mobilier de couleur.

— Bonjour Madame ! salua-t-il en direction de Brienne.

Elle leva la main pour le saluer avant de replonger dans ses papiers. Mais Jaime savait qu'elle ne faisait que mimer l'inattention elle écoutait tout, tout le temps. Heureusement qu'elle ne faisait pas en plus dans le commérage.

— J'ai peur de ne pas avoir été pris. Être bourré en entretien, ça ne m'a pas réussi.

Jaime hocha la tête en souriant. C'était tout à fait le genre de divertissement dont il avait besoin. C'était une chance.

— Du coup tu es venu me déranger, c'est ça ?

— Pardi non ! Ta compagnie n'est pas la meilleure cher frère. Je suis allé au Bouquet.

Jaime fronça les sourcils. C'était un des cafés littéraires de la famille Tyrell, on y trouvait à toute heure des femmes richissimes qui buvaient de l'alcool en blablatant à propos de la bonne société. C'était un peu comme une taverne avec un sol propre et un volume sonore acceptable. Les seuls hommes qui y entraient, c'étaient ceux qui venaient ramener leurs femmes bourrées à la maison ou ceux qui venaient débaucher les femmes des autres. Tyrion était de toute évidence de cette catégorie.

— Tu es reparti accompagné ? questionna gaiement son frère.

— Presque ! J'ai abordé une dame, j'ai eu l'amabilité de ne pas demander son prénom. Je l'ai charmée avec beaucoup de galanterie et de grivoiserie et on s'est trouvé un petit coin tranquille pour un bon coït. Trois minutes plus tard-

— Trois minutes c'est déjà bien, sourit Jaime sur son ton le plus moqueur.

— Ta gueule bon sang, je n'avais même pas commencé. L'hôpital l'a appelée parce que son fils avait la bite coincée dans une barre de fer.

Jaime éclata largement de rire. L'anecdote était déjà très appréciable mais l'air dégoûté de Tyrion était aussi tordant. Il savait qu'il dépensait de l'énergie à charmer de vieilles bourgeoises. Apparemment, il les trouvait sympathiques − Jaime pensait plutôt qu'il ne voulait pas dépenser tout son budget auprès des professionnels du sexe.

— Résultat, ne te branle pas avec des déchets mécaniques.

— Merci du conseil, souffla Jaime qui ne pouvait cesser de sourire.

Les deux hommes continuèrent à discuter. En grand frère responsable, Jaime le poussa à passer de nouveaux entretiens. Lui avait travaillé dès leur arrivée à Accalmie donc leurs comptes n'étaient pas dans le rouge. Et ils avaient toujours un peu d'argent que leur père leur avait donné avant de les virer.

— Tyrion, apostropha alors sa collègue que Jaime avait presque oubliée, vous êtes là depuis une heure maintenant.

— La vache ! s'exclama Tyrion. Ça doit être pour ça que j'ai faim. Et si je nous faisais livrer un bon repas. Je peux même aller le chercher si votre resto préféré ne livre pas, ajouta-t-il en souriant largement à la femme.

Le visage de Brienne était fermée et elle choisit d'ancrer son regard dans celui de son intérimaire. Il eut l'air gêné. Tant mieux. Comment pouvait-on oublier qu'on était dans un lieu de travail et déblatérer pendant plus d'une heure sur des niaiseries pareilles ? Elle n'allait pas pouvoir supporter ce duo bien longtemps.

— Excusez-moi. Tyrion, on se voit à la maison à midi. J'ai des horaires, lui rappela-t-il devant son froncement de sourcils.

Son petit frère sortit d'un air dramatique, promit de trouver une compagnie plus sympathique que lui et envoya un baiser volant à sa collègue. Elle fronça tellement les sourcils que Jaime crut les voir fusionner.


Prompt : 489 . Dialogue – 'Trois minutes, c'est déjà bien'

Code : 960