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Nouveaux arrivants
La famille élargie Cullen-Hale-Masen-Swan était aussi prête que possible pour l'hiver.
Le mois après qu'Edward soit revenu de sa propriété fut très occupé. Il y avait du bétail à abattre, la viande à fumer pour passer l'hiver et les fenêtres à isoler contre le froid à venir. Les femmes avaient les mains pleines pour mariner et s'occuper des fruits et légumes et renforcer leurs vêtements contre le froid.
Lorsque l'hiver commença pour de bon ils purent tous se détendre. La maison était bondée mais les familles s'entendaient bien. Il pouvaient profiter des bonnes choses auxquelles ils avaient renoncé jusqu'alors, puisque jusqu'à quatorze heures par jour avaient été passées à marcher.
Il y avait les incontournables d'une vie sédentaire. Pendant environ une heure tous les soirs, Esmée s'asseyait avec Peter et Henry pour poursuivre leurs études. Souvent le fils de Sue, 14 ans, s'asseyait avec eux. Il n'avait pas eu beaucoup de scolarité, ayant grandi dans la région alors qu'elle était encore sauvage.
La regarder avec les garçons, un soir - même bébé Jacob était installé dans un panier à ses pieds - fit ajouter à la liste mentale d'Edward des choses dans lesquelles il pensait que sa famille adoptive pourrait entrer dans ce nouveau monde. A en juger par la façon dont elle avait réagi lorsqu'elle avait entendu parler du manque d'options de scolarité, il ne faudrait pas longtemps pour qu'Esmée s'occupe elle-même des besoins éducatifs du district si cela ne tenait qu'à elle.
Un médecin, un menuisier, un enseignant et l'étoffe d'un bon éleveur. Les Cullen-Hale allaient devenir des membres importants de la communauté grandissante - le genre de familles qui donnerait un jour leur nom à des rues sinon à des villes entières, à leur honneur.
Où, se demanda Edward, est-ce que ça le laissait ?
Il n'avait pas besoin d'être un bastion de la communauté même si c'était une bonne idée. Il se contenterait d'être un bon mari et un bon père. Il espérait que ses récoltes pousseraient et que ses animaux seraient prêts pour l'abattage.
Son beau-père avait réussi cette aventure et Edward était heureux que Charlie ait insisté pour que Bella et lui restent l'année. Il avait vu la récolte d'automne mais ils voyageaient encore lorsque les récoltes de printemps étaient plantées. Il y aurait une autre plantation et une autre récolte au printemps et en été.
Quant au reste…
Edward perdit le fil de ses pensées lorsque sa femme nauséeuse, entra dans la pièce et vint s'asseoir à côté de lui. Il bougea pour pouvoir mettre son bras autour de ses épaules et la rapprocher. Elle tremblait et ne savait pas si c'était parce qu'elle avait froid ou de maladie. Il déposa un baiser sur son front moite, souhaitant pour la énième fois de n'avoir pas aussi peur pour elle.
La maladie était naturelle, Carlisle, Esmée et Sue lui avaient tous dit à plusieurs reprises. Cela signifiait que le bébé était fort. Bella aussi était forte et il le savait assez bien. Elle avait eu ses moments d'évanouissement et d'épuisement mais elle rebondissait rapidement.
Et ils n'étaient plus sur la piste, se rappela-t-il. Elle était en sécurité dans la maison et tant que lui ou quelqu'un d'autre l'escortait dans l'escalier, il n'y avait aucune raison de penser qu'elle mourrait.
Là encore Bella était têtue. Le plus souvent, elle ne disait à personne quand elle allait dans l'escalier et le fixait avec une expression exaspérée quand il insistait pour lui prendre le bras.
"Laisse-le faire des histoires,"entendit-il Rosalie dire à Bella un jour. "Les hommes n'aiment pas beaucoup être impuissants."
Depuis Bella avait été plus patiente avec lui. Il détestait être ennuyeux mais il savait qu'ils avaient de la chance qu'elle ne soit pas blessée - ou le bébé en ayant eu pas plus que quelques ecchymoses.
Il embrassa le dessus de sa tête et lui tint les mains pour l'empêcher de se livrer à une corvée ou à un passe-temps. Elle grogna mais posa sa tête sur son épaule. Edward mit le livre qu'il était en train de lire de côté - une décomposition stupéfiante de la couche arable de l'Oregon et des techniques de labourage - et commença à faire passer ses doigts le long de son épaule et de son cou.
Après quelques minutes elle se montra docile contre lui. Son soupir était doux, son corps chaud. Il embrassa à nouveau ses cheveux. "As-tu mangé un peu ?"
Elle fit un bruit de mécontentement et sa réponse sortit étouffée contre le tissu de sa chemise. "Esmée m'a donné un peu de pain imbibé de lait de chèvre frais ce matin. C'était dégoûtant. Je ne pouvais pas m'arrêter de le manger. Mais je ne l'ai pas gardé bien longtemps. Ne t'inquiète pas, je serai probablement affamée au souper."
Il fredonna, frottant son nez contre la racine de ses cheveux. "Puis je faire quelque chose pour toi ?"
Bella releva la tête et il fut heureux de voir la lueur espiègle dans ses yeux. "J'aimerais t'entendre chanter ce soir après le dîner."
Il la fixa avec un regard incrédule. Quelques jours auparavant, quand il était dans la grange à s'occuper des chevaux qu'il avait ramenés de sa ferme, il chantait pour lui-même distraitement - quelque chose qu'il n'avait pas fait depuis un certain temps. Bella l'avait surpris quand elle était venue le chercher pour le repas de midi. Depuis il avait réussi à contourner ses demandes mais elle devait savoir qu'il ne pouvait rien lui refuser dans ces circonstances.
C'était seulement que c'était étrange. La dernière fois qu'il se souvenait avoir chanté, c'était la dernière fois qu'il était vraiment heureux.
"Si cela te plait, je le ferais," dit-il. "Je vais demander à Jasper de sortir sa guitare et nous pourrons avoir une bonne nouba."
Son regard s'éclaira à son acquiescement. "Ce serait adorable."
Il passa ses doigts sur sa joue, heureux qu'elle soit heureuse. "J'avais un piano..." murmura-t-il après un moment, distrait, en traçant la forme de ses lèvres avec son doigt. "J'ai dû le laisser sur le bord de la piste. Quel idiot j'ai été de penser que c'était si important !"
"La musique est importante." Elle se leva pour entrelacer leurs doigts et les poser sur ses genoux. "Tu sais jouer ?"
"Oui très bien." Il haussa les épaules. "Oui mais c'était il y a longtemps."
"Alors je veux un piano dans notre maison. Je sais un peu jouer et j'aimerai que la musique fasse partie de nos vies."
Il inclina la tête pour l'embrasser tendrement. "J'aimerai ça aussi."
Quelqu'un se racla la gorge, leur rappelant que même chuchotée leur conversation pouvait être entendue. Edward s'aperçut que la leçon d'Esmée était terminée et Emmett les regardait avec perplexité.
Le très grand homme fit tout un spectacle en s'inclinant vers Bella. "Désolé de vous déranger Mme Masen. Je me demandais si je pourrais emprunter votre mari. Nous avons des affaires à discuter."
Bella tenait la main d'Edward, le gardant près d'elle. Elle le regarda. "Quelles affaires ?"
Un sourire fit son apparition au coin de sa bouche. Beaucoup d'hommes auraient trouvé la question de Bella impertinente mais elle n'était tout simplement pas le genre d'épouse qui ne prêtait aucune attention aux affaires de son mari. Le jour où il était rentré à la maison, ils étaient restés éveillés jusque tard dans la nuit, à parler de tout ce qui devait être fait avant de quitter la maison de son père dans un an.
"J'ai engagé Emmett," dit Edward. "La plupart des meubles actuellement dans la maison ne sont pas à nous. Je n'ai jamais remplacé les objets que j'ai dû laisser et je n'en ai pas accumulé davantage. Nous aurons besoin d'une table et au moins d'un lit." Il sourit et posa sa main à plat sur son ventre. "Un berceau bien sûr."
"Le berceau en premier. Des berceaux... devrais-je dire," dit Emmett, l'expression sur son visage comme s'il notait cette priorité mentalement. "Il en faut trois. Le bébé de Charlie peut dormir comme Jacob dans un panier pendant un certain tempsmais il aura besoin d'un berceau d'ici peu." Il roula les yeux. "A ce rythme Jacob aura besoin d'un lit à lui avant que nous nous installions." Il secoua la tête, regardant tendrement son fils dans les bras de sa mère. "Une chaise à bascule pour toi, Bella."
Edward se leva, aidant Bellaz à faire de même. "Allez alors. Nous allons passer à la cuisine. Espérons que je pourrai me permettre ce dont je sais que vous allez me parler M. Cullen ?"
Emmett passa son bras autour des épaules d'Edward dans un geste amical. "Je ne suis pas exactement un maître artisan, mon ami. Mes prix sont raisonnables, je pense. Pourtant pour toi, je pourrais facturer une petite taxe..."
"Et pour quelles raisons ?" demanda Edward avec une colère dramatique.
"Au motif que cela me plait."
Bella sourit mais elle tendit la main pour donner une claque à la tête d'Emmett. Il rit. "D'accord petite sœur. Bien sûr que je ne parlais pas de taxe. Je voulais dire réduction. Tous ces mots se ressemblent."
Oo FH oO
Le moment tant attendu pour Sue arriva trois jours avant Noël.
Bella avait fait de son mieux pour ne pas penser à l'inévitabilité de la naissance. Elle pensait pouvoir gérer une grossesse. Elle n'aimait pas se sentir aussi malade tout le temps mais c'était supportable.
Tout le monde lui avait dit que cela lui passerait bientôt et que son énergie reviendrait. Mais elle n'avait vu qu'une seule naissance et c'était tout simplement terrifiant. Bella n'était pas naïve, elle savait que la naissance de bébé Jacob aurait pu tuer Rosalie facilement.
Elle essayait de garder ce genre de pensés de côté pendant qu'elle aidait les autres femmes à s'occuper de Sue. Sa belle-mère dut voir son inquiétude. Elle prit la main de Bella dans un moment calme et la tira pour la faire asseoir sur le lit.
"Ne t'inquiète pas pour moi. J'étais plus jeune que toi quand j'ai eu ma fille Leah. Oh j'espère que tu la rencontreras un jours. Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de bébé mais je me souviens comment ça ira. Tout ira bien. Je vais bien." Elle lui tapota la joue de manière maternelle. "Et toi aussi."
"En même temps," dit-elle, avec une expression ironique quand Carlisle rentra dans la chambre. "Je n'ai jamais eu de médecin attitré sous la main. J'irai bien plusieurs fois je suppose."
Pourtant ce fut une histoire longue et sanglante. L'odeur métallique était forte dans l'air tellement que Bella s'évanouit. Esmée l'attrapa quand ses jambes cédèrent et appela son mari pour l'aider à la coucher. "Rosalie et moi suffirons, nous sommes assez pour aider Carlisle. Vas-y et repose -toi un peu."
Bella ne pouvait pas dormir et pour une fois Edward n'essaya pas de la persuader quand elle protesta. Déjà à ce moment les hommes étaient ivres. Elle alla vers son père et passa son bras autour de lui. Il déglutit fort et parla sans la regarder pendant qu'elle tapotait son dos.
"La nuit où tu es née, mon père a eu pitié de moi et m'a complètement saoulé. Mais tu as mis longtemps à arriver et j'étais redevenu sobre comme une pierre quand tu es apparue." Il joua avec son verre vide, ne se concentrant sur rien. "Tu as toujours été suffisante Bella. Ta mère ne pouvait plus avoir d'enfant mais c'était bien. Je n'en ai jamais voulu d'autre."
Bella savait que son père était excité par ce nouveau bébé. Elle l'avait vu poser sa main sur le ventre de Sue et sourire de cette façon stupide et magnifique... comme les hommes le font quand ils sont aux anges. Il voulait ce bébé… mais pas aux dépens de sa femme.
Cela n'avait pas échappé à Bella que son mari la regardait avec de la peur dans ses yeux, pensant probablement la même chose.
Mais finalement à l'aube du jour suivant, le cri puissant et en rafale d'un nouveau-né mécontent brisa le calme relatif de la maison. Son père était parti comme un coup de feu, Seth sur ses talons.
Bella plana avec le reste de la famille dans le couloir à l'extérieur de la chambre principale. Elle s'assit sur le canapé avec Edward et Seth qui s'était vu refuser l'accès à la chambre, à ses pieds, la tête dans ses mains. Il se balançait d'avant en arrière comme s'il avait quatre ans et non pas quatorze et Bella passa ce qu'elle espérait être une main réconfortante, dans ses cheveux.
Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant que Charlie n'émerge à nouveau. Bella respira mieux à la vue de son sourire large et idiot. Ses yeux étaient fixés sur le petit paquet dans ses bras alors qu'il marchait.
"Ta mère va bien," dit Charlie alors que Seth se précipitait vers lui. "Tu peux aller la voir si tu veux, juste sois doux. Elle a eu une dure journée et elle est épuisée. Tu as un petit frère," lui dit-il, mais il avait déjà disparu derrière la porte.
Charlie se mit à rire et alla voir Bella à ce moment-là. Edward abandonna son poste à ses côtés et Charlie s'assit. Curieuse, Bella retira la couverture de la petite forme pour mieux voir son visage. "Bonjour," dit-elle, essoufflée et quelque peu incrédule lorsqu'elle posa enfin les yeux sur le bébé.
Elle ne s'attendait pas à être la soeur de quelqu'un.Sœur et épouse dans la même année et mère le lendemain. Comme la vie était étrange ! "Son nom est William," dit son père. "William Adam Swan." Bella n'avait jamais entendu sa voix comme ça. "Sue veut l'appeler Billy."
"Billy. Il est plutôt beau," dit Bella, en trouvant et en comptant ses doigts miniatures avec admiration.
Charlie se déplaça pour tenir son fils dans un bras et sa fille dans l'autre. Il partagea un baiser paternel pour les deux, visiblement délicieusement heureux.
Oo FH oO
La fin de l'hiver fut marquée par un mariage. Vera épousa Michael Newton. C'était un agriculteur prospère au début de la quarantaine. Il semblait être un homme assez gentil qui s'entendait bien avec Vera. Il pouvait s'occuper d'elle et des garçons. Edward supposait que c'était ce qui comptait le plus.
Les garçons et elle furent les premiers de leur groupe élargi à partir. Quand elle fut partie, Edward et Bella décampèrent de la maison principale vers la petite maison qui leur était destinée en premier lieu.
A ce moment-là, Bella se sentait beaucoup mieux et était capable de résister à la simple pensée d'Edward la touchant intimement. Fasciné par les changements de son corps, Edward passait beaucoup de temps à la déshabiller pour explorer avec ses mains. Ses seins étaient sensiblement plus gros, les tétons plus sombres et beaucoup plus sensibles à son toucher. Sa silhouette, bien qu'encore légère, était plus pleine et son ventre...
Il ne pouvait pas s'empêcher de toucher la grosseur de son ventre pendant qu'elle faisait grandir leur bébé. Il y passait autant de temps qu'elle le permettait, les lèvres posées sur la peau tendue, parlant à son fils ou à sa fille ou en embrassant simplement chaque centimètre du ventre qui s'arrondissait.
Une fois qu'ils eurent tous deux établi qu'ils ne se souciaient pas du tout de l'inconvenance de faire l'amour pendant que Bella était déjà enceinte... Eh bien, Edward ne pouvait pas dire qu'il était contrarié qu'ils aient enfin un semblant de vie privée.
C'était encore le début du printemps quand tout le monde est parti. Il y avait beaucoup à faire : les premières cultures à planter et des maisons à construire. Edward savait que Bella s'inquiétait pour sa famille d'accueil mais ils étaient forts et ensemble.
"Ils ne sont qu'à deux jours de route, mon amour," lui dit-il, le soir après leur départ. "Nous les verrons souvent."
Fidèles à leur parole, Carlisle et Esmée revinrent à la mi-mai pour apporter une partie du mobilier qu'Emmett avait terminé. Il avait commencé avec les pièces les plus importantes - une commode, un rocking chair orné et un berceau solide et robuste. Il n'avait peut-être pas beaucoup de temps pour être considéré comme un maître menuisier mais il était en bonne voie, pensa Edward en examinant l'excellent travail.
Bien qu'il y ait un médecin beaucoup plus proche, Edward était heureux quand le couple décida de rester. Il ne pouvait faire confiance qu'à Carlisle pour sa femme et son bébé. De plus, Esmée était la chose la plus proche d'une mère que Bella avait. Sue était gentille mais elle n'était pas aussi familière et elle était bien entendu occupée avec Billy. Ils avaient accepté de rester jusqu'à la naissance du bébé et au moins deux semaines ensuite.
Edward n'oubliait pas souvent le jeune âge de sa femme. Ce qu'il oubliait, c'est qu'elle ne pouvait pas être aussi confiante qu'elle l'était d'habitude. Une fois qu'Esmée était là, il était clair qu'elle était désespérée et cherchait des conseils.
Il ne pouvait pas prétendre être différent. Charlie était un homme bon et un grand pédagogue dans ce domaine. Quand même, Edward ne pouvait pas se résoudre à demander conseil quand il s'agissait d'être un bon mari et un bon père.
Après tout, c'était l'enfant et le petit-enfant de Charlie qui étaient sous la garde d'Edward. Il ne voulait pas donner l'impression qu'il n'avait pas une confiance totale en ses propres capacités.
Carlisle mit fin à l'une des tirades inquiètes d'Edward en le prenant par les épaules. Il dit son nom jusqu'à ce qu'il soit sûr d'avoir l'attention d'Edward. Puis il le regarda fixement dans le yeux pendant qu'il parlait.
"Je n'ai aucun doute dans mon esprit que ton père, s'il avait été là, aurait été fier de toi."
Edward cligna des yeux vers l'autre homme, déconcerté que Carlisle ait pu tout deviner. Il baissa la tête et Carlisle lui tapota le dos. "Tu travailles très dur. Je le sais. Charlie le sait et surtout... ta femme le sait. Je n'ai jamais vu Bella aussi heureuse depuis la mort de sa mère. Mon fils, tu fais de ton mieux et c'est tout ce que tu peux faire. Je t'ai dit une fois que tu n'auras jamais toutes les réponses. Tu ne feras jamais tout tout bien."
Ils se remirent à marcher et Carlisle continua au bout d'un moment, sur un ton pensif. "Le choix que j'ai fait au nom d'une chère fille était, je pense, avec le recul, une erreur. Au moins, si je devais faire à nouveau ce choix, sachant ce que je sais maintenant, je n'aurais peut-être pas agi aussi vite."
Edward tressaillit, réalisant que Carlisle parlait de quand il avait forcé Bella à se marier. "Aussi indigné que j'étais au nom de Bella, je ne sais pas si je considérerais ce choix comme une erreur. Même si c'en était une, eh bien... j'aime à penser que ça a marché pour toutes les personnes impliquées. Je sais que ça a marché pour moi."
"Et pour Bella aussi mais c'est là où je veux en venir. Même si on fait des erreurs, il est peu probable qu'elles entraînent la fin du monde." Carlisle leva la main pour arrêter la réponse d'Edward. "Je sais que tu portes beaucoup de culpabilité pour la mort de ta première femme mais je ne crois pas que tu aies fais des erreurs. Il est impossible d'avancer dans la vie sans prendre des décisions, ce qui est la seule chose que tu as faite."
Carlisle les arrêta à nouveau pour regarder Edward dans les yeux. "Ce n'était pas ton choix de venir à l'ouest qui a tué ta femme, Edward. C'était une décision aussi bonne que les autres. Fais-toi confiance et à ton l'instinct, au moins un peu. Bella n'est pas une femme qui se laisserait séduire par le fantasme de n'importe quel homme. Elle te fait confiance et ce n'est pas une mince affaire."
C'était exactement ce qu'Edward avait besoin d'entendre.
Oo FH oO
Le 27 mai 1849, au matin pas si tôt, les douleurs de Bella commencèrent.
Edward resta avec elle aussi longtemps qu'il le put, l'aidant à marcher un peu ou lui tenant simplement la main.
Mais finalement, Charlie le sortit de la chambre. Son beau-père le traîna jusqu'à la petite cuisine, le fit s'asseoir et lui servit une boisson bien alcoolisée.
"Non." Edward secoua la tête. "Je ne veux pas être ivre."
"Alors ne te saoûle pas mais boit assez pour te calmer."
"Je suis parfaitement calme," mentit Edward. Il était presque fou d'anxiété mais il ne voulait pas que Charlie le sache. Après tout, il était naturel que Charlie veuille qu'il soit fort pour Bella.
Charlie lui lança un regard impassible et fit un signe de tête à la boisson. "Prends le verre."
Ils savaient tous les deux que les mains d'Edward tremblaient. Il les tira de la table, cachant ses poings sur ses genoux.
Plutôt que de parler à ce sujet, Charlie leva ses propres mains. Elles aussi tremblaient. Méchamment. "C'est ma fille..." dit-il, en ramenant ses mains vers la table, en écartant les doigts et en en les pressant à plat.
Edward ne savait pas quoi dire alors il descendit la boisson en quelques gorgées.
Il posa le verre d'un coup sec et ferma les yeux, laissant la brûlure de l'alcool lui réchauffer le sang.
Il se sentit mieux pendant quelques secondes avant que le cri de Bella - aussi étrange et singulier soit-il - ne le fasse se recroqueviller sur lui-même. Charlie frémit lui aussi et Edward se frotta la poitrine, se demandant si une partie de son cœur avait en fait durci et était morte sur place.
"Elle va s'en sortir," déclara Charlie sur un ton qui suggérait que si quelque chose osait lui dire le contraire, il le rendrait possible.
Edward fixa simplement le verre vide, reconsidérant les avantages de se saouler. Il était assez sûr que Bella lui pardonnerait certainement d'être ivre mais elle s'en voudrait probablement davantage s'il perdait la tête.
De temps en temps, une personne venait demander à Charlie quelque chose sur les récoltes ou les animaux. Il leur répondit par des réponses qui se firent de plus en plus courtes au fur et à mesure que le matin devenait l'après-midi puis le début de soirée.
"Le bébé est têtu comme un diable," déclara Carlisle à un moment donné. "Il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Bientôt. Ce sera bientôt."
Pas à pas, Charlie et Edward se rapprochèrent de la chambre jusqu'à ce qu'ils s'appuient sur le mur juste à l'extérieur. Edward pouvait entendre le gémissement épuisé de Bella lorsque Carlisle lui dit : "Il faut pousser encore, ma chérie. C'est presque fini." Il glissa le long du mur et prit ses cheveux dans ses mains, en tirant fort, alors que Bella criait avec force.
Sa tête se releva de nouveau quand il l'entendit : le bébé pleurait. Les pleurs de son bébé. "Oh mon Dieu, oh mon Dieu !" Il fut poussé sur ses pieds par ses jambes tremblantes et faillit tomber. Charlie le stabilisa avant qu'il ne tombe. Il prit la porte et la secoua durement, essayant d'entrer dans sa chambre et celle de Bella.
Il ne pouvait pas être loin d'elle plus longtemps. Il avait besoin de la voir.
La porte s'ouvrit et il faillit tomber à nouveau. Il s'appuya contre le chambranle de la porte. Esmée leva un sourcil, l'air amusé. Ses yeux brillaient et son sourire était grand. "Chut maintenant. Chut !" dit-elle, en caressant son visage. "Tu fais plus d'histoires que ta fille."
"Ma..." Edward secoua la tête et passa devant Esmée pour entrer dans la pièce. Sa tête se sentit à la fois lourde comme la pierre et légère comme une plume. La sensation et le battement rapide de son cœur lui donnant le vertige.
Lorsqu'il posa enfin les yeux sur Bella, il put prendre une profonde respiration. Elle était assise, pâle et trempée de sueur mais souriante.
Par Dieu, elle souriait. Et elle pleurait.
Et elle chantait doucement au… bébé qu'elle tenait dans ses bras. Son bébé. Leur bébé. Leur fille.
Edward trébucha et tomba à genoux à côté du lit. Il savait que Carlisle était à proximité, essuyant le sang de ses mains et Esmée était là aussi mais ce n'étaient que de vagues formes autour de lui.
Tout ce qu'il voyait vraiment, c'était sa femme et sa petite fille.
Bella riait et pleurait. "Viens ici. Regarde, Edward. Regarde !"
Vu son insistance, il se redressa, bien qu'il n'ait aucune idée de la façon dont ses jambes le tenaient. Il s'assit au bord du lit, ses mouvements prudents, de peur qu'il ne bouscule l'une ou l'autre, ses yeux s'agitant du visage de Bella à l'enfant emmailloté dans ses bras. Il n'arrivait pas à faire accepter à son cerveau qu'il n'y avait pas de danger.
Carlisle lui tapa sur l'épaule, le secouant légèrement. "Respire, Edward. Elles vont bien toutes les deux. Tu peux le voir de tes propres yeux."
Et Edward respira.
Et il sourit.
Et il sourit.
Quand Bella bougea pour lui remettre le bébé, ses bras s'étirèrent comme par instinct. Il avait tenu Billy quelques fois mais là, c'était différent.
C'était infiniment différent.
Sa fille était toute petite. Il l'attira contre sa poitrine, submergé par le besoin de la protéger.
"Elle est..." Les mots lui échappaient. Il était bien trop enchanté par la façon dont le bébé semblait s'adapter parfaitement dans ses bras, comme si elle y avait sa place.
Il quitta sa fille des yeux pour regarder Bella avec émerveillement. Il se pencha en avant et l'embrassa, en goûtant la sueur et les larmes de sa lutte.
C'était ça, il comprenait. C'était la fin d'un voyage qu'il avait commencé il y a tant d'années. C'était la fin de son parcours. Il avait voyagé pendant si longtemps mais maintenant cette minuscule créature renforçait son sentiment d'appartenance. Il était chez lui. Pas dans le sens où il était sur sa propre propriété dans sa propre maison, qu'il avait eu l'intention d'avoir lorsqu'il était parti de l'Est. Sa femme et sa fille étaient son foyer. Un endroit à eux peu importe où ils se trouvent.
Il embrassa à nouveau Bella, sachant qu'avec elle à ses côtés, il pourrait faire face à leur nouvelle vie, peu importe ce que la vie leur apporterait.
