GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR

LA GUERRE D'EUPHOR Episode 25

- Vous avez fait quoi, s'exclame Knoch.

- J'ai privé le palais d'énergie. Cela oblige Chronaris d'utiliser des générateurs pour faire fonctionner ses installations et le palais, répond calmement le prince

- Mais comment, s'étonne Yamato.

- Disons, que j'ai détruit les conduits d'alimentation.

- Rien n'empêche Chronaris de les réparer, remarque le capitaine borgne.

- En effet, mais cela m'étonnerais fort qu'il puisse y arrivé.

- Et pourquoi donc, demande Knoch.

- Je les ai coupés à un endroit quasi inaccessible. Il faut un équipement particulier pour y accéder.

- Comme Goldorak, questionne Yamato.

- En effet, sourit Procius.

- Ainsi, depuis votre attaque, le palais fonctionne sur générateurs ?

- Il y a fort à parier.

- Combien de temps, cela va durer, demande Knoch.

- Tout va dépendre des ressources de l'envahisseur.

Un silence se fait dans le bureau du prince, il regarde les deux hommes qui se tiennent en face de lui.

- Vous voulez savoir autre chose ?

- Non, cela ira, répondent les deux capitaines.

- Dans ce cas, retirez-vous, j'ai du travail qui m'attend, répond le prince en fouillant sur son bureau. J'aimerais le terminer avant d'aller souper.

Les deux capitaines se retournent pour quitter la pièce.

- Aux faites, capitaine Yamato. Quand est-il du Xanta ?

Le borgne se retourne.

- Les hommes ne ménagent pas leurs efforts. La remise en état avance à grands pas.

- Vous m'en voyez grandement ravi. Vous allez bientôt pouvoir rejoindre le combat.

- Avec la plus grande des joies. Cependant, il faudra que vous cessiez de jouer cavalier seul, rétorque Yamato.

- Le moment venu. Le moment venu, hélas pour l'instant, je suis le seul à pouvoir combattre !

Le borgne jette un regard au prince avant de sortir, une fois la porte refermée, Procius s'adosse sur son siège.

- Quel endroit vais-je pouvoir frapper maintenant ?

Procius s'étire en bâillant.

- Peut-être que, la nuit me portera conseille.

Chronaris se trouve dans sa salle de bain, la pièce est faiblement éclairée par une lumière d'appoint. Il a les deux mains posées de chaque côté du lavabo, il s'observe dans le miroir posé juste au-dessus.

- Le savais-tu, quand tu es venu me trouver, lance-t-il à son reflet.

Il plonge son regard dans celui de son reflet, s'attendant sûrement à avoir une réponse. Mais son reflet reste muet.

- Ai-je rêvé ? Ou, me suis-je réellement rendu visite ? Le plan est-il bon ?

Il regarde encore le miroir, mais aucune réponse ne vient.

Le général Zota a fait doubler l'effectif des hommes affectés à la surveillance du palais. Les patrouilles de périmètres ont été triplées, car l'extérieur du palais est pratiquement plongé dans l'obscurité. La cour intérieure est faiblement illuminée, mais tous les jardins sont dans le noir total. Le général fait une tournée d'inspection pour vérifier le bon fonctionnement des nouvelles rotations, ainsi que la production d'énergie des groupes électrogènes. Zota s'approche d'un des générateurs, il remarque que deux hommes se trouvent devant la machine, ils semblent dans l'embarras. Le général s'approche pour leur parler.

- Il y a un souci ?

Les deux militaires se retournent, l'un d'eux est un gradé portant le grade de sergent. Ils sont surpris de voir le général, ils mettent un instant avant de faire le salut militaire.

- Général, fait le gradé en prenant la parole. Le générateur approche du niveau de surchauffe, de plus son réservoir est presque vide.

Zota grimace en apprenant la nouvelle. Ce n'est pas le premier groupe qui lui signale ce problème.

- Peut-il fonctionner jusqu'au lever du jour, questionne-t-il.

- Je ne peux l'affirmer, hésite le sergent. Il reste de quoi le faire fonctionner encore quelques heures, mais j'ignore combien avec précision. Cela va dépendre du besoin dans les heures à venir et si sa température n'augmente pas encore.

- Je vois, répond le général pensif.

Zota a déjà fait couper des générateurs lors de sa tournée d'inspection, mais il ne peut plus en couper d'autre au risque de provoquer une perte de puissance qui obligerait à couper le matériel fonctionnant dans la salle de commandement, déjà qu'il n'y a que le strict minimum.

- Faite au mieux, lance-t-il. Je vais m'occuper au plus vite du ravitaillement.

Après avoir déclaré cela, Zota s'éloigne d'un pas rapide pour rejoindre un autre groupe électrogène.

- « Malgré les générateurs que j'ai fait venir, ils ne suffisent pas à alimenter tout le palais, pense-t-il. Ils doivent fonctionner en permanence jusqu'à ce que les réparations soient réalisées. De plus, leurs consommations sont énormes, nos réserves en carburant chutent grandement de ce faite ! Décidément, la conquête de cette planète nous aura coûtés cher ! Que ce soit en homme, en matériel et en ressource ! Que va donc décider Chronaris quand je vais lui annoncer ? »

Daisuké et Alcor sont dans les sous-sols du centre de recherche spatiale revêtu de combinaison stérile. Ils finissent de contrôler la sonde et son lanceur.

- Tout est correct pour l'instant, déclare le professeur.

- De mon côté, aussi pour l'instant, annonce le jeune homme.

Soudain, ils entendent les portes du sas de décontamination qui s'ouvrent. Ils cessent leur travail pour regarder qui peut bien entrer dans cette pièce. Ils ne voient qu'une forme portant une combinaison identique à la leur avant que le nouveau venu ne s'exprime.

- Je suis venue vous aider à vérifier le lanceur. Vous avez déjà eu assez de soucis avec la sonde.

- Sayaka, s'exclame Alcor. Mais pourquoi ?

- Je viens de te le dire ! Pour vérifier le lanceur.

- Tu ne nous fais pas confiance ?

- C'est mon équipe qui a réalisé le lanceur et qui vous a fourni le propulseur. Je connais mieux les caractéristiques que vous.

- Elle n'a pas tort, intervient Dai.

- J'admets que nous irons plus vite ainsi, soupir Alcor avec résignation.

- Tu ne voulais pas partager les mérites avec le centre de recherche photonique, lance la femme avec un regard sombre.

- Mais pas du tout, répond son conjoint en rentrant la tête instinctivement. De toute façon, il n'y a aucun mérite à retirer. Ce n'est pas un lancement officiel, il n'y a que nous qui désirons savoir ce qui se passe sur Euphor.

- Et si nous reprenions le travail, fait le jeune homme. J'aimerais bien être rentré pour donner le manger à mon fils ce soir !

- Il n'a pas tort, fait le professeur. Nous avons une fenêtre de tir dans quelques jours, il ne faudrait pas la manquer.

Sur la base lunaire, le soldat chargé de surveiller les vaisseaux ennemis remarque le départ de nombreuses navettes de fret en direction de la planète. Il consigne le fait dans son rapport d'activité de la nuit.

Procius est étendu dans son lit, il fixe le plafond, car il n'arrive pas à dormir. Cela fait des heures qu'il cherche une cible pour sa prochaine attaque, mais rien ne lui vient à l'esprit.

- Quel endroit serait propice pour un raid sans mettre en péril la population ? Je commence a être à cour de lieu pour se genre d'attaque, hélas l'envahisseur est toujours présent ! Je ne vais plus avoir le choix, il va falloir que je prenne le risque de blesser la population.

Le prince grimace.

- Cela ne m'enchante guère.

Procius se tourne sur le côté en remontant ses draps.

Le soleil pointe sur l'horizon au-dessus du palais d'Euphor, alors que des navettes de fret amorcent leur phase d'atterrissage. Au sol, des soldats leur indiquent la zone où elles doivent de poser grâce à des bâtons lumineux qu'ils agitent avec leur bras. Les vaisseaux se posent dans les jardins du palais.

Depuis sa chambre, Chronaris regarde le balai des navettes avec une surprise dans le regard.

Sur Terre, Daisuké dort profondément, il rêve qu'il est aux commandes d'Alcorak alors qu'il survole le mont Fuji quand une alarme retentit. Dai sort de son rêve. Il réalise alors que l'alarme qu'il entendait sont les pleurs du bébé qui réclame à être changé et son biberon assurément. Il sent à côté de lui Kohumé qui bouge.

- Laisse, j'y vais, fait le jeune homme en se levant.

À demi éveillé, il se dirige vers la porte de la chambre, pied nu, il se cogne le pied dans l'angle de la porte entrouverte. Il grimace en plaquant ses deux mains sur sa bouche pour éviter de lâcher un juron, une larme perle au coin de ses yeux. Il sort de la chambre en claudiquant.

Le commandant Vesta marche d'un pas rapide dans les couloirs du palais, son visage est un mélange de contrariété et de nervosité. La femme était tout juste levée qu'elle recevait un message lui annonçant qu'elle devait se présenter dans la salle du trône dans une heure.

- «Pourquoi suis-je une nouvelle fois convoqué dans la salle du trône par Chronaris ? »

Vesta ralentit le pas et blêmit.

« Aurait-il fini par découvrir que j'ai assassiné le professeur Krema ? Si c'est cela, ne vais-je pas tout droit vers mon exécution ? »

La femme déglutie bruyamment.

- « Je souhaite être convoqué pour toute autre chose ! »

Vesta arrive devant les portes de la salle du trône, l'entrée est gardée par deux gardes de la garde personnelle de Chronaris.

- Le maître m'a demandé, déclare-t-elle aux gardes.

Ils acquiescent d'un hochement de tête avant d'ouvrir la porte à double battant. Machinalement, le commandant ajuste sa tenue avant de mettre un pas dans la salle. Vesta avance d'un pas calme vers Chronaris qui siège sur le trône. Arrivée à quelques pas, elle salue son dirigeant avant de mettre un genou à terre pour montrer son allégeance.

- Vous m'avez demandé. Que puis-je pour vous servir ?

- Qu'as-tu à dire sur le dernier combat contre Goldorak ?

Le commandant ne s'attendait pas à ce type de question en venant.

- Goldorak et le pr… pilote ont encore été une fois victorieux, malheureusement pour nous. Je puis vous assurer que je fais tout ce que je peux pour que nos machines soient de plus en plus performantes, mais je dois bien le dire, je me retrouve face à un obstacle, le colonel Niiva qui ne s'investit pas totalement dans l'amélioration des Gats.

- Vous insinuez que c'est la faute du colonel ?

- Je veux juste dire que le colonel n'est pas forcément d'accord au sujet de certaine amélioration faite ou à faire sur les Gats.

- Je vois, fait laconiquement Chronaris sous son masque. Je vais me répéter, mais nous n'avons plus le luxe de perdre face à Goldorak et la résistance. Nos ressources s'épuisent dangereusement une nouvelle fois et je ne sacrifierais pas un nouveau vaisseau pour les renouveler.

- Je comprends vos inquiétudes. Je vais mettre tout en œuvre pour vous satisfaire.

- J'y compte bien. Tu peux disposer, fait le tyran sèchement.

Le commandant se relève puis salue avant de se diriger vers les portes de la salle.

- « Ce n'était pas pour la mort de Krema que j'ai été convoqué, mais pour l'échec du Gat. Rien de bien inquiétant, se dit Vesta en marchant vers la sortie. »

Une fois Vesta sortit de la salle du trône, le général Zota sort de derrière les tentures, depuis cet endroit il a suivi toute l'entrevue.

- Voilà qu'elle rejette la faute sur Niiva, commente le général.

- J'en ai pris note, répond Chronaris. Je connais le dévouement du colonel à ma cause et cela depuis des années.

Le tyran se lève du trône avant de se tourner vers Zota.

- Général, qu'est-ce ces navettes qui se sont posées dans les jardins ce matin très tôt ?

- Ce sont des navettes de transport de matériel que j'ai fait venir. Elles apportent des capteurs solaires afin de subvenir au besoin en énergie du palais.

- Afin de remplacer les générateurs ?

- Hélas non, soupire le général. Pour recharger les générateurs dans un premier temps et ensuite les aider pour alimenter nos installations.

- Je vois… Et pour les réparations ?

- Nous étudions les plans trouvés dans le palais pour trouver les conduits.

- Faites au mieux ! Cette situation est intolérable, lance Chronaris en s'éloignant.

Le prince se trouve dans le bureau des capitaines, ils regardent les rapports de la nuit. Ils lisent en silence jusqu'à ce que Knoch prenne la parole d'une voix hésitante.

- J'ai un rapport qui notifie un grand mouvement de navettes de transport qui ont quitté la flotte ce matin très tôt et qui sont descendues sur Euphor. Cela peut-être important ?

Procius se lève pour rejoindre le capitaine royal.

- Un groupe important de navettes qui quittent la flotte pour descendre sur Euphor, cela ne peut signifier que deux choses, déclare le capitaine Yamato.

- Lesquelles ?

- Soit, elles déposent des troupes…

- Ou du matériel, coupe Procius.

Le prince parcourt rapidement le rapport.

- Vu le nombre de navettes qui sont descendues, cela fait beaucoup d'hommes ou une grosse quantité de matériel.

- Qu'est-ce que cela veut dire, demande Knoch.

- J'aimerais bien le savoir, remarque le prince. Il va falloir le découvrir.

- Comment allons-nous faire ?

- Nous avons toujours le moyen d'entrée dans les satellites ?

- Nous n'avons pas essayé depuis un moment, déclare Yamato. Mais je pense que nous avons toujours accès.

- C'est le moment de vérifier. Sait-on si les navettes ont regagné la flotte ?

Le capitaine borgne parcourt les rapports les plus récents.

- Il n'y a rien de mentionner, finit-il par annoncer.

- Dans ce cas, il va falloir suivre toutes les navettes revenant de la surface et calculer leurs points d'origines, sauf si nous les trouvons toutes groupées au même endroit avec les satellites. Mais ne rêvons pas !

Le professeur Alcor est assis dans le fauteuil face au Spatioscope. Il a orienté celui-ci vers la galaxie où se trouve Euphor. Évidemment, il ne peut pas voir la planète sur le radar de l'observatoire, mais ses yeux sont fixés sur l'écran.

- Nous allons bientôt savoir ce qui se passe là-bas.

- Ah ! Te voilà enfin, lance une voix féminine.

Alcor se redresse pour éteindre le Spatioscope. L'écran se sépare en deux puis glisse de chaque côté.

- Que faisais-tu ici, demande Sayaka avec suspicion.

- Oh ! Rien, je regardais juste les étoiles.

- Tu es inquiet pour Actarus ?

- Moi ! M'en faire pour ce vieux roi palefrenier têtu !? Et puis quoi encore !

- J'en connais un autre de têtu dans le même genre, rétorque Sayaka en fixant son conjoint.

- Et pourquoi me cherchais-tu, demande Alcor pour dévier de sujet.

- Je me suis réveillé dans le lit, tu ne t'y trouvais plus et comme tu mettais longtemps à revenir, je me suis inquiétée.

- Allons nous recoucher.

- Tu n'as pas vu l'heure ? Il serait plus judicieux de prendre notre petit déjeuner !

Le prince et les deux capitaines se trouvent dans la salle de commandement de la base lunaire, ils sont autour de la console qu'utilise le lieutenant Rola pour accéder aux satellites artificiels d'Euphor.

- Le code que nous avons découvert fonctionne encore, annonce le lieutenant.

Knoch pousse un ouf de soulagement.

- Recherchez des groupes de navettes de transport, ou toutes navettes dans une zone inhabituelle, demande Procius.

- Cela risque de prendre du temps, remarque Rola.

- J'en suis conscient. Mais c'est le seul moyen que nous avons pour avoir une idée sur ce que Chronaris prépare.

- Combien de navettes devons-nous trouver ?

- Entre vingt et trente, d'après le rapport. Pourquoi ?

- Je crois que je viens de les trouver.

- Où se trouvent-elles ?

- Au palais royal, mais je n'ai pas eu le temps de les compter.

- Montrez-les-nous !

- Navré, le satellite est déjà trop loin. Le prochain qui passera à la verticale du palais est dans une dizaine de minutes en souhaitant que nous ne soyons pas découverts dans le système d'ici là.

- Dans ce cas, sortez du système et reconnectez-vous quand le satellite sera pratiquement en position, suggère Yamato.

Les doigts du lieutenant Rola volent sur la console.

- Il ne nous reste plus qu'à être patients, annonce le prince.

Chronaris regagne ses quartiers avec l'escorte de sa garde personnelle. Il s'engouffre dans son logement avant de refermer rapidement la porte derrière lui, sa panthère mécanique à juste se temps de se glisser derrière son maitre. Le tyran s'installe à son bureau et allume la console informatique, la luminosité du moniteur vacille lors de la mise en route. L'homme au masque se lève avec un léger agacement quand il se place devant une fenêtre. Il regarde les générateurs et les capteurs disposer dans les jardins du palais.

- Ce Goldorak a réussi à mettre en péril mon pouvoir juste en détruisant la source d'énergie du palais ! Je me retrouve en position de faiblesse. Il faut que je trouve quelque chose, une action, un événement marquant afin de marquer ma puissance et que cela n'affecte pas ma grandeur.

Dans la salle de commandement de la base lunaire, il n'y a que les signaux sonores provenant des consoles qui déchirent le silence. Les capitaines et le prince sont suspendus aux lèvres du lieutenant Rola et des images satellites qu'il doit recevoir d'un instant à l'autre. Une goutte de sueur perle sur le front du vieux militaire borgne.

- Vingt-quatre, fait subitement le lieutenant.

- Vingt-quatre, répète Procius.

- C'est le nombre de navettes que j'ai compté dans les jardins du palais, mais il n'y a pas que ça.

- Qu'avez-vous vu, demande Yamato avec inquiétude.

- J'envoie les images sur le moniteur central, annonce Rola.

Tous les regards se tournent vers le centre de la pièce, les jardins du palais d'Euphor surgissent sur l'écran.

- Qu'est-ce que c'est que cela, fait Kncoh.

- Des capteurs solaires, répond le prince. Les générateurs énergétiques doivent être épuisés, sourit-il.

- Ils ont dû les faire venir pour remplacer les générateurs, commente Yamato.

L'image montre des capteurs, ainsi que des hommes étant en train d'en assembler d'autres.

- Je n'en suis pas certain, fait Procius en approchant du moniteur. Vous pouvez agrandir cette zone, demande-t-il en s'adressant au lieutenant.

Rola pianote sur la console, sur le moniteur l'image se modifie. Le prince examine la zone avec attention.

- Certains capteurs solaires ont été couplés au générateur, surmenant pour augmenter leur puissante ou les recharger, comment Procius.

- Qu'est-ce que cela signifie, demande Knoch.

- Cela veut dire que j'ai affaibli Chronaris plus que je ne l'aurais espéré.

- Que comptez-vous faire de cette information, questionne Yamato.

Le prince se retourne vers le capitaine borgne.

- Détruire ses générateurs et les capteurs solaires, répond le prince.

- Évidemment, soupire le capitaine. Je m'en doutais.

Le général Zota est dans son bureau, il regarde par la fenêtre. Il voit les troupes qui s'activent dans tous les sens, il reste un instant à regarder le spectacle avant de s'installer devant la console informatique de son bureau. Il fait surgir sur le moniteur l'état de l'alimentation en énergie du palais.

- Les capteurs solaires installés ne suffisent pas pour l'instant, constate-t-il amèrement. Une fois que tout sera installé, j'espère que cela suffira pour faire fonctionner les installations du palais dans des conditions normales.

Le général Zota lève les yeux vers le plafond.

- Si Goldorak attaque le palais, serons-nous en mesure de le repousser ? Que ferons-nous s'il détruit des générateurs ? Je ne peux plus en faire venir de la flotte en orbite ! Devrais-je réquisitionner ceux qui alimentent nos bases les plus éloignées ?

Zota reporte son regard sur le moniteur.

- Il ne faut pas que je pense à cela ! Je pourrais porter malheur !

Le général consulte une liste sur l'écran.

- Je vais devoir renforcer la sécurité autour du palais. Mettre de nouvelles batteries antiaériennes et faire tourner des navettes en permanence au-dessus pour éviter toutes attaques.

Sur Terre, le professeur Alcor et le jeune Daisuké observent la petite fusée qui va lancer la sonde d'ici peu. La fusée fait la taille d'un missile intercontinental, elle se trouve sur le pas de tir souterrain du centre. Les deux hommes la regardent depuis une passerelle.

- Elle est enfin terminée, constate Dai avec fierté.

- En effet, répond le professeur mollement.

- Quelque chose ne va pas, demande le jeune homme avec inquiétude.

- Je m'interroge sur ce que nous allons découvrir quand la sonde arrivera à proximité d'Euphor.

- Au moins, nous serons fixés sur ce qui se trame sur la planète, lance Sayaka en surgissant à l'une des extrémités de la passerelle.

- C'est exact, répond Alcor. Mais ce ne sera que dans plusieurs semaines.

- Cela fait des mois que le contact est rompu. Qu'est-ce que quelques semaines en plus ?

- Je sais, soupire le professeur. J'espère que la planète est toujours là !

- Pourquoi penses-tu que la planète aurait disparu ?

- Je ne sais pas, la rupture brutale de communication pourrait signifier qu'elle ait été attaquée !

- Qui s'attaquerait à Euphor ? Véga ? Il ne reste plus rien de l'empire, leur planète mère a explosé, je te rappelle.

- C'est ce que nous pensions jusqu'à ce que le Stratéguerre nous attaque il y quelques années !

- Je ne peux le nier. Mais Actarus en son temps, puis Procius ont anéanti la menace. C'est impossible qu'il reste quelque chose de l'empire de Véga de nos jours.

- Possible, admet Alcor. Mais il peut y avoir d'autres conquérants.

- Bon, s'exclame Sayaka. Je ne peux plus rien faire, si tu as décidé de voir tout en noir !

La femme tourne les talons et s'éloigne en faisant claquer ses talons. Daisuké lève les yeux au ciel en poussant un soupir de résignation.

- Vous n'y pensez pas ! C'est de la folie, s'exclame Knoch

- J'en suis conscient, mais cette invasion n'a que trop duré, répond le prince. Il est temps de prendre des risques. Chronaris a un genou à terre depuis ma précédente action, il est temps que je l'achève.

- En tant que militaire, je comprends votre action, fait Yamato. Mais vous courrez au suicide. Je trouve même étonnant que les défenses du palais n'aient pas été renforcées.

- Justement, s'exclame Procius. Nous devons profiter de cette négligence pour lui infliger le coup de grâce !

Le capitaine Yamato croise les bras en fermant son œil valide dans une intense réflexion.

- C'est une opportunité en effet, marmonne-t-il.

- Vous n'allez pas vous ranger de son côté, supplie Knoch.

- Je ne sais pas, mais je dois bien admettre que c'est une chance qu'il serait dommage de laisser passer.

Durant l'échange, le satellite s'est éloigné du palais, mais cela n'empêche pas le prince de tourner la tête vers le moniteur central pour étudier la disposition des générateurs ainsi que les capteurs.

- Je veux savoir quand l'installation des capteurs solaires sera terminée, dit-il au lieutenant.

Rola consulte sa console.

- Le prochain satellite que je pourrais utiliser pour prendre des clichés ne sera que dans trois heures, annonce-t-il.

- Pourquoi attendre que l'installation soit terminée, questionne Knoch.

- Tout simplement pour tout détruire en une fois et laisser l'envahisseur sans aucune source d'énergie.

Le colonel Niiva arrive dans le hangar secret, il se dirige vers son bureau sans prêter attention à l'équipe de nuit qui travaille sur les Gats. Il pousse la porte de son bureau, il jette un regard au bureau du commandant Vesta. Il constate que rien n'a bougé depuis la veille. Il traverse la pièce pour s'installer à son bureau, il est à peine assis dans son fauteuil qu'on frappe à la porte. Le colonel lève les yeux et découvre l'ingénieur albinos, il lui fait signe d'entrée.

- Je vous écoute, fait Niiva en allumant sa console.

- Votre projet est pratiquement terminé, annonce l'ingénieur.

- Vraiment, demande le colonel avec intérêt. Combien de temps encore ?

- Si la chaîne d'assemblage est disponible cette nuit, nous devrions pouvoir le finir.

- Parfait, déclare Niiva avec des étoiles dans les yeux.

L'ingénieur se retourne pour quitter la pièce.

- Une chose encore, lance le colonel. Avez-vous vu le commandant ?

L'albinos est surpris par la question.

- Nous n'avons pas vu le commandant cette nuit.

- Bien. Disposez !

L'ingénieur quitte le bureau alors que Niiva s'adosse contre le dossier de son fauteuil.

- « Étrange, je n'ai pas vu le commandant de toute la journée hier. Devrais-je en être satisfait ou alors m'inquiète de son absence ? Il se trame peut-être quelque chose. Méfiance ! »

Actarus et numéro un sont dans la cavité servant de salle de réunion. Le cinquantenaire montre des photographies au roi sur une tablette informatique.

- Vous voyez toutes ses navettes posées dans les jardins, elles ont déposé plein de matériel, annonce le quinquagénaire. Immédiatement, elles ont été déchargées et des hommes se sont mis à l'ouvrage pour assembler le matériel fraîchement débarqué.

- Le palais doit manquer cruellement d'énergie pour que Chronaris fasse installer des capteurs solaires.

- Comment le savez-vous, s'étonne numéro un.

Le roi prend la tablette dans ses mains pour revenir sur une image avant d'agrandir une zone.

- En voici un d'assemblé sur cette image, fait Actarus en retournant le support.

- Vous avez l'œil. J'allais vous l'annoncer à la fin du rapport.

- Combien de capteurs au total ?

- Nous estimons une trentaine, ils ne sont pas tous assemblés à l'heure actuelle.

- Chronaris a épuisé ses générateurs, il doit se replier sur les capteurs. En privant le palais d'énergie, Goldorak a bien affaibli les ressources de l'envahisseur, peut-être plus qu'il ne l'espérait.

- Pourtant, il n'a pas l'air de vouloir renoncer.

- Certes, mais cela joue en notre faveur. Il va être temps de mettre en route notre stratégie.

C'est le début de l'après-midi quand le commandant Vesta traverse le hangar secret du palais. Le commandant ne jette aucun regard au Gats étant assemblé. La femme se dirige d'un pas vif vers le bureau, elle y entre sans mot dire, puis s'installe à son bureau.

- Je me demandais si vous alliez revenir en ces lieux un jour, lance Niiva.

Vesta ne daigne pas répondre.

- Remarquez, je comprends, reprend le colonel. Quand on rejette ses erreurs sur les autres.

Le commandant le regarde avec surprise.

- Que voulez-vous insinuer, demande-t-elle.

- Il semblerait que les échecs des Gats soient de ma faute.

- Pourquoi dites-vous cela ?

- Ce n'est pas ce que vous avez suggéré à notre maître, déclare Niiva en s'approchant du bureau du commandant.

- Mais comment…

- J'ai mes sources, ricane-t-il.

- Cela ne fait rien, rétorque-t-elle en riant. Tout le monde sait que vous êtes un incapable.

En un éclaire, la badine du colonel s'écrase sur le visage de la femme qui n'a pas eu le temps de réagir. Vesta bascule sur son siège, une pommette ensanglantée.

- Mais qu'est-ce qui vous prend, crie-t-elle en portant une main sur sa joue meurtrie.

- Ce qu'il me prend ! J'en ai assez de porter le chapeau pour vos erreurs !

En disant cela, le colonel active l'occultation de la baie vitrée du bureau.

- Mes erreurs !? Quelles erreurs, de quoi parlez-vous donc, fait Vesta en se levant de son siège.

- C'est bien vous et le docteur Krema qui avez recommandé la cybernétisation de mes machines ? Et pour quel résultat ? Les échecs n'ont fait qu'empirer !

- Il fallait bien trouver un moyen d'améliorer vos machines qui étaient d'une conception d'un autre âge, hurle le commandant.

- Personne ne s'en était plaint jusque-là ! Ces machines ont remporté la victoire sur d'autres mondes, dans d'autres conquêtes !

Vesta éclate de rire.

- Évidemment ! Sur des mondes, moins évoluer techniquement ! Mais vous ne faites pas le poids face à la technologie d'Euphor ! Vous n'êtes qu'un crétin ! Chronaris n'a jamais eu confiance en vos capacités ! Pourquoi êtes-vous resté colonel ! C'est votre incompétence !

Tout en crachant son venin, Vesta a longé la paroi du bureau et a passé sa main dans son dos pour saisir un poignard. Niiva lève le bras pour lui asséner un nouveau coup de sa badine. La femme en profite pour sortir son couteau et avec un mouvement de bras d'atteindre le colonel. Mais Niiva remarque le reflet de la lame et change de mouvement pour s'écarter promptement.

- Bien, vous voulez jouer ainsi, fait le colonel en tournant discrètement la poignée de sa badine.

- Vous croyez pouvoir m'échapper, lance en riant Vesta. J'ai été un assassin avant d'entrer au service de Chronaris, vous pensez pouvoir me battre au corps à corps ! C'est d'un risible.

- Voyez-vous. Qui ne tente rien, n'a rien, répond simplement le colonel.

- Quelle remarque idiote, lance Vesta en se jetant sur Niiva.

Le colonel lève sa badine rapidement, il s'en suit un bruit sourd d'un objet touchant le sol, la tête du commandant roule sur le sol. Niiva suit la tête du regard en souriant, dans ses mains, sa badine s'est transformée en un fouet laser.

- Voilà une bonne chose de faite, déclare le colonel en tournant une nouvelle fois le manche de sa badine.

Niiva se dirige vers la porte du bureau qu'il entrouvre avec précaution. Il vérifie que personne n'a pu assister à la scène, malgré l'occultation de la baie vitrée. Les hommes continuent leurs travaux sur les Gats, avec le bruit des machines d'assemblages dans le hangar, ils ne pouvaient entendre, mais le colonel voulait s'en assurer.

Niiva referme la porte puis regarde le corps décapité de Vesta.

- Comment vais-je m'en débarrasser ?

Le colonel reste un instant à regarder le corps inerte et la tête qui a roulé dans un coin du bureau. Soudain, son regard s'allume.

- Je crois savoir quoi en faire, fait-il avec un sourire sadique. Je crois que vous allez adorer commandant.

Il fouille la pièce du regard, après quelques secondes il découvre ce qu'il cherchait. Il se dirige vers une partie de la pièce pour récupérer une caisse métallique de taille moyenne.

Pendant que tout ceci se produit, une section d'ingénieur militaire est dans l'embarras dans le palais royal. Ces hommes cherchent les conduits qui amènent l'énergie au palais. Ils sont bien ennuyés, car les plans qu'ils ont en leur possession n'indiquent quasiment aucune conduite. Le peu qui en indique sur les plans se révèle inexact, car quand ils ouvrent l'endroit il n'y a aucune conduite d'alimentation. La section est donc éparpillée à l'intérieur et à l'extérieur du palais pour sonder avec du matériel, les murs et les sols afin de découvrir ses canalisations. Cela dure depuis plusieurs jours, mais ils n'ont rien découvert, il leur est donc impossible de trouver où la source a été coupée. Le responsable de la section appréhende le moment ou il va devoir l'annoncer à Chronaris. En attendant, la section explore chaque recoin du palais et des jardins.

Le chef de section décroche un communicateur à sa ceinture avant de l'actionner.

- Au rapport, lance-t-il dans la radio.

- Ici numéro un. Toujours rien.

- Ici douze, aucune découverte.

- Ici huit, je n'ai rien trouvé.

Et ainsi de suite, jusqu'à ce que toute la section ait fait son rapport.

- Continuez vos recherches, ordonne le chef du groupe avant de couper la radio. « Pourvu que nous trouvions les conduits d'alimentations, frissonne-t-il. Je n'ose imaginer notre punition pour avoir échoué ! »

Kohumé se trouve au ranch du bouleau blanc, elle se trouve en compagnie d'Hikaru dans la cuisine. Elles discutent tout en préparant le repas. Dans la salle se trouve le couffin dans lequel se trouve Genzo, ce dernier regarde le plafond sans bouger. Bélier et Banta entrent dans l'habitation après avoir sorti les chevaux de l'écurie pour les mettre dans le corral. Ils entrent en riant fort.

- N'empêche que j'avais raison, déclare le vieux garçon de ferme.

- Je ne vais pas contrarier un vieux borné, rétorque le pilote de robot.

- Comment ça ! Vieux borné ! Mais tu ne t'es pas regardé !

Bélier s'apprête à réponde quand un babillement attire l'attention des deux hommes.

- Hé, s'exclame-t-il. Y a le bébé dans le salon.

Ils s'approchent du couffin, Bélier est le premier à passer la tête au-dessus.

- Salut mon p'tit gars !

L'enfant ouvre grand les yeux, il semble dévisager le vieil homme, soudain son visage se met à grimacer, sa bouche s'entrouvre alors qu'il se met à plisser les yeux suivit d'un cri puissant qui vrille les tympans.

- C'est malin, commente Banta. Avec ta tête tu lui as fait peur !

Le vieux garçon de ferme se penche à son tour sur le couffin. Il tire la langue, agite les mains au-dessus du bébé tout en faisant des grimaces.

- Pas la peine de faire tes singeries, lance Bélier vexé. Tu es déjà assez moche au naturel.

Le vieux garçon de ferme lève un instant les yeux vers Bélier avant de reporter son attention sur l'enfant.

- Allez, ne pleure plus, tonton Banta est là, fait-il entre deux grimaces.

Genzo arrête ses hurlements pour fixer le vieil homme.

- Tu vois, fait-il en regardant Bélier. Je sais y faire avec les enfants.

Le pilote de robot croise les bras sur son torse encore puissant en levant le menton.

- Mouais. Je demande à voir, commente-t-il.

Le bébé se remet à pleurer.

- Mais tais-toi, fait Banta. C'est ta voix qui doit lui faire peur.

Puis, s'adressant au bébé avec une voix douce.

- Allez, ne t'occupe pas de ce vieux grincheux.

- Qu'est-ce que vous faites à mon petit, hurle Kohumé en déboulant comme une furie dans le salon.

Les deux vieux sursautent en entendant la voix courroucée de la jeune femme.

- Éloignez-vous de lui, insiste-t-elle. Vous allez le traumatiser avec vos têtes !

- Mais on ne faisait rien de mal, précise Bélier. On voulait juste lui dire bonjour !

- C'est toi qui lui as fait peur, clame Banta.

- On s'en fiche, répond-il en faisant un geste de dédain de la main.

Kohumé prend son enfant dans ses bras.

- Je me fiche de savoir à qui en est la faute ! Vous ne l'approcherez plus tant que je ne suis pas avec lui !

- Mais, commence à protester Banta, mais il se tait en voyant le regard foudroyant de la jeune femme.

- Allez-vous nettoyer avant de passer à table en premier lieu, ordonne Kohumé.

Les deux vieux quittent la pièce piteusement.

- Tout ça, c'est de ta faute, grommelle Banta.

- Ça va, tais-toi !

Pendant ce temps, Kohumé berce le bébé qui a cessé de pleurer.

- Mon pauvre, tu as dû être effrayé par ces deux idiots.

Le général Zota se trouve dans la salle de commandement du palais, il se tient debout au centre de la pièce alors qu'il consulte des rapports sur une tablette, quand un homme de la garde personnelle de Chronaris entre dans la pièce. Il se dirige immédiatement vers le gradé. Le général le regarde s'avancer d'un œil méfiant. Le garde s'immobilise à un pas avant de prendre la parole.

- Votre présence est requise par le maître dans la salle du trône.

- Très bien, je m'y rends dès que possible, répond Zota.

- Vous ne m'avez pas bien compris, insiste le garde. Le maître vous demande immédiatement.

Zota affiche une grimace entre la contrariété et la surprise.

- Soit, fait-il.

Le général avise le premier soldat à proximité pour lui mettre la tablette informatique dans les mains.

- Je vous suis, annonce Zota.

Le soldat ayant la tablette reste planté sur place ignorant ce qu'il doit faire de cet objet.

Le général et le garde quittent la pièce.

Le garde ouvre la marche, Zota le suit dans les couloirs, le trajet se fait sans qu'il échange un mot. Quand ils arrivent à proximité des portes de la salle, celles-ci s'ouvrent pour qu'ils y pénètrent sans retard. La première chose que remarque le général, c'est que l'homme au masque n'est pas installé sur le trône comme à son habitude. Zota fouille la pièce du regard à la recherche de son dirigeant, il le trouve examinant la pièce en compagnie du chambellan tenant dans les mains un bloc-notes. Le garde personnel de Chronaris s'écarte pour prendre position dans un angle de la pièce.

- Je suis là maître, fait Zota en s'avançant. Que puis-je pour vous ?

Le tyran se retourne avec une étrange lueur dans les yeux.

- Mon cher Zota, j'ai eu une idée !

- Une idée, quelle idée, maître, demande Zota en masquant une appréhension.

- Je vais donner un bal masqué, s'exclame Chronaris.

- Pardon, s'étonne le général. Un bal masqué, mais…

- Il faut que je montre au peuple que nous ne sommes pas affaiblies, coupe l'homme masqué. Que malgré les apparences, nous avons toujours le dessus sur la situation.

- Je comprends, bredouille le général.

- Je veux que le bal se déroule dans cette pièce.

- Mais le palais dispose d'une salle de bal, remarque Zota.

- Je le sais, mais comme je serais installé sur le trône, cela assoira ma puissance et ma grandeur !

- Il en sera fait suivant vos instructions. Et qui allez-vous convier à ce bal ?

- Dans un premier temps, tous mes hauts gardés, mais il faut aussi des gens issus du peuple. Pour cela, j'exige la présence de certains notable de la capitale ainsi que celle de quelques hauts dirigeants nommés par l'ancienne royauté.

- Je vais faire en sorte de vous satisfaire.

- Surtout, il faut que le palais resplendisse de mille feux. Que nous ne soyons pas à cour d'énergie, il faut en priorité que cette pièce soit éclatante de lumière.

Le général tressaillit en entendant cela.

- Je crains que nous devions cesser l'approvisionnement dans certaines parties du palais pour accomplir ceci.

- Je m'en fiche ! Faites ce qui doit être fait, il est impératif de faire ressentir ma puissance et ma force de dirigeant.

- Il en sera ainsi maître, annonce Zota tout en se demandant comment il va accomplir ce tour de force.

Chroanris se retourne vers le chambellan.

- Où en étais-je ? Ah oui ! Dans ce coin, je voudrais une grande sculpture de glace à mon effigie.

Le vieil homme note les instructions l'homme masqué.

- Puis-je faire autre chose, demande Zota n'ayant pas été congédié.

Le tyran se retourne avec surprise.

- Vous êtes encore là, s'étonne-t-il. Allez ! Allez, disposez, fait-il avec un geste de la main.

Le général salue avant de se diriger vers les grandes portes.

- « Voilà maintenant qu'il veut un bal, pense Zota. Mais que lui arrive-t-il ? Il va falloir sacrifier des zones du palais pour avoir assez d'énergie et réduire certains systèmes de défense ! C'est pur folie ! »

Zota se retrouve dans le couloir, il marche perdu dans ses songes.

- « Faire venir les hauts militaires ne sera pas trop compliqué, continue-t-il. Mais des notables de la capitale et des dignitaires, cela va s'avérer beaucoup plus compliqué ! Je crains de devoir employer la force pour cela. De plus, on peut craindre une tentative d'assassinat sur Chronaris durant la réception ! »

Ses pas ont conduit machinalement le général jusqu'à la salle de commandement.

Le capitaine Yamato se trouve dans le hangar où est remis en état le bombardier Xanta. Grâces aux efforts de ses hommes ainsi que le matériel rapporter par le prince et le vaisseau Kirigan, le vaisseau commence à reprendre fière allure. Sa coque est pratiquement complète, par endroits il manque encore des plaques, mais soit elles n'ont pas encore été façonnées, soit elles n'ont pas été installées, car elles permettent l'accès à certains systèmes du navire.

- Je vois que la remis en état est sur le bon chemin, lance une voix dans le dos du borgne.

Le capitaine se retourne, il découvre Procius souriant.

- C'est exact. Je dois bien avouer que je ne pensais pas pouvoir revoler un jour dessus.

- Comme quoi, tout arrive un jour.

Alièna a passé sa journée dans les quartiers de Chronaris sans voir ce dernier. Elle a attendu patiemment de recevoir des instructions, mais rien n'est arrivé. Elle pensait que le tyran regagnerait ses quartiers pour le souper, mais ce ne fut pas le cas, car l'un des gardes personnels lui annonça qu'elle pouvait disposer.

La femme est surprise de trouver le logement qu'elle occupe avec son père vide. Le chambellan n'est pas là. Elle décide donc de cuisiner un repas avec les rations qui lui ont été remises comme chaque jour, en y ajoutant un peu de nourriture provenant de leur réserve privée.

Après quelques minutes, le repas est prêt, mais son père n'est toujours pas rentré. Alièna garde au chaud le plat, mais elle commence à se faire du souci, car il est très rare que son père rentre aussi tard depuis l'invasion. Elle quitte la cuisine pour aller ouvrir la porte du logement et regarder dans le couloir si son père arrive. Après avoir regardé de chaque côté, elle referme la porte avec une moue de plus en plus inquiète, mais son ventre grogne de faim. Alièna s'installe donc à table et commence à manger seule. Le chambellan arrive dans leur quartier alors qu'elle termine son souper. Le vieil homme semble épuisé de sa journée, sa fille se lève pour le soutenir jusqu'à ce qu'il soit attablé.

- Tu rentres bien tard, fait-elle. Que se passe-t-il ?

- Figure-toi que je dois organiser un bal, soupire le chambellan.

- Un bal ? Mais pourquoi et pour qui ?

- Je l'ignore, j'ai été convoqué ce matin par Chronaris, il m'a juste dit qu'il allait donner un bal masqué et qu'il allait me confier ses souhaits pour l'événement. Le général Zota a été aussi surpris que moi d'après ce que j'ai pu voir quand il a été convoqué à son tour.

- Tu me raconteras cela plus tard. Mange d'abord, c'est encore chaud.

Le vieil homme se sert puis dépose le maigre repas dans son assiette.

-« Un bal, réfléchit Alièna. Quelle drôle d'idée ! comme ci le conflit était déjà fini ! »

Aliéna s'installe en face de son père qui mange avec appétit.

- Visiblement, l'idée du bal masqué contrariait le général, mais il a dû se plier devant la volonté de son maître, raconte le vieillard. D'après ce que j'ai pu entendre, le tyran y convie ses militaires de haut rang, mais aussi des représentants d'Euphor.

- Qui accepterait de venir, s'exclame Alièna.

- Je crains qu'ils n'aient le choix. Je pense qu'ils seront plus amenés de force qu'invité à cette mascarade.

- Tu penses à un traquenard ?

- Je n'en ai pas la moindre idée. J'ignore si ce bal a un but précis, mais il y aura des gens important que ce soient du côté de l'envahisseur comme de celui de notre patrie.

- Rien à voir avec une soirée mondaine.

- Aucunement, je crains que l'ambiance soit plus que tendue.

- Et ce bal est pour quand ?

- J'ignore la date précise. Je sais que je n'ai que quelques jours pour tout organiser.

-« Je crois que je devrais en informer Procius, cela pourrait l'intéresser fortement, se dit Alièna ».

Le colonel Niiva pénètre dans le hangar du palais alors qu'il fait nuit. Il vérifie que le hangar est désert avant de le traverser pour rejoindre le bureau. En fin d'après-midi, il a congédié tout le monde et donné la soirée à l'équipe de nuit. Pour justifier cet ordre, il a indiqué qu'il y avait assez de Gats terminé pour le moment et qu'il attendait une livraison de pièce. Niiva rejoint donc le bureau, sans rencontrer âme qui vive. La baie vitrée du bureau est toujours opacifiée, il pousse la porte du bureau. Une légère odeur ocre flotte dans l'air, le colonel referme la porte, il regarde le sol, une tache s'est formée sous le corps inerte du commandant Vesta. Le colonel grimace légèrement en voyant cela.

- Il va falloir que je nettoie cela, constate-t-il sans la moindre émotion.

Niiva sort d'une de ses poches des gants, puis d'une autre un morceau de tissus aussi grand qu'un mouchoir qu'il commence a déplié, à la fin cela donne une grande couverture très fine, mais robuste. Il place la couverture sur le sol à côté du corps de la femme avant de la faire rouler dessus. Une fois le corps en place, il se redresse pour ouvrir la porte avant de saisir les pieds sans vie du commandant. Une fois sa prise assurée, il tire le corps dans le hangar. Le bruit de la couverture glissant sur le sol résonne faiblement dans la grande pièce. Un silence, puis le bruit de quelque chose de lourd tombant dans du liquide. Niiva revient deux minutes plus tard dans le bureau avec dans les bras des chiffons et des bidons.

- Nettoyons tout cela, fait-il comme pour se motiver.

Le colonel se baisse, étale du produit puis commence à frotter le sol avec énergie. Il met plus d'une heure pour nettoyer le sol des traces de sang provenant du corps du commandant. Quand il se relève, il est en sueur en contemplant le sol immaculé.

- Plus de traces. Il n'y a plus qu'à jeter ces chiffons.

Il rassemble les morceaux de tissus sales et les bidons avant de rejoindre le hangar, quand il revient dans le bureau, il a les mains vides et ne porte plus de gants.

- Le principal est fait, soupire-t-il d'aise. Maintenant, j'espère que vous aimerez ma surprise commandant Vesta.

En terminant sa phrase, Niiva se met à sourire de façon énigmatique avec une lueur amusée dans le regard.

Pendant ce temps sur Terre, le professeur Alcor est tendu. Il regarde en compagnie de Daisuké les dernières vérifications de la sonde par une baie d'observation. L'engin spatial repose sur le pas de tir situé en plein coeur du centre et des hommes en combinaison stérile effectuent les contrôles avant de procéder au remplissage des réservoirs du lanceur. Le professeur ronge l'ongle de son pouce.

- Allons, fait Dai. Calmez-vous, nous avons tout vérifié avant qu'elle soit amenée sur le pas de tir.

- Je sais, je sais, mais il peut toujours y avoir un imprévu et cela reculerait de beaucoup la date du lancement. La prochaine fenêtre de tir propice ne sera que dans plusieurs mois !

- Vous n'avez plus confiance en nos compétences et ceux de votre femme ?

- Ce n'est pas du tout cela, répond Alcor.

En parlant, il jette un regard inquiet autour de lui craignant que Sayaka soit dans les environs.

- Si l'envoi de la sonde est reculé, reprend-il. Nous ignorerons encore plus longtemps ce qui se trame sur Euphor.

- Hélas, cela ne changera pas grand-chose si la planète est en difficulté, déclare Sayaka en surgissant dans la pièce.

- Pourquoi, demande Alcor avec étonnement.

- Je te rappelle que nous n'avons aucun moyen d'aller aussi loin dans l'espace.

- Je le sais, fait le professeur en passant une main dans ses cheveux.

- J'ai l'impression que l'angoisse et l'enthousiasme lui ont fait oublier ce détail, remarque Dai.

- C'est ce que je crois, confirme la femme.

- Que voulez-vous, je suis inquiet.

Alièna est dans sa chambre, même si sa journée n'a pas été lourde en terme de travail, elle est épuisée d'avoir attendu toute la journée après les instructions de l'occupant du palais. Elle tombe de fatigue en se glissant dans ses draps, le sommeil l'envahit, mais subitement elle se retourne pour tendre une main vers le tiroir de sa table de chevet.

- Il faut que je parle à Procius.

Elle prend dans sa main le communicateur puis l'actionne.

- Procius tu m'entend ?

Dans la salle de commandement du palais, un signal sonore retentit sur une console. Le militaire qui y est affecté fait voler ses doigts sur le dispositif. Le général Zota se trouve encore dans la pièce, il remarque l'activité sur la console dédiée à la localisation du signal-espion. Immédiatement, il s'approche de l'opérateur.

- C'est le signal, demande-t-il.

Le militaire répond d'un simple hochement de tête.

- Pourvu que nous le localisions cette fois, soupire Zota.

Le prince est couché, il est proche de s'endormir quand il entend la sonnerie du communicateur. Il se redresse pour saisir l'appareil sur la table de chevet proche de lui.

- Procius tu m'entend ?

- Oui. Que se passe-t-il ?

- J'ignore si cela peut te servir, mais je viens d'apprendre, qu'il va y avoir un bal masqué de donné au palais.

- Un bal, s'étonne le prince. En quel honneur ?

- C'est cela le plus surprenant. Apparemment, il n'y a aucune raison. Cela ressemble à une lubie de l'envahisseur.

- Une idée des invités ?

- Des hauts militaires, mais il y aura aussi des Euphoriens.

- Des Euphoriens ! Qui ?

- Je l'ignore. Des notables et des dignitaires seraient convoqués à ce bal.

- Étrange. Je me demande ce que cache tout ceci.

- Pareillement. Je te tiens au courant dès que j'ai d'autres informations.

- J'y compte bien. Merci.

Procius coupe la communication.

- Alors, s'impatiente Zota.

L'opérateur secoue la tête de façon négative.

- Quoi ?

- La communication est interrompue, annonce l'homme. Impossible de localiser la source, mais…

- Mais quoi ?

Le militaire pianote sur sa console. Soudain, des caractères incohérents surgissent sur l'écran.

- Qu'est-ce donc, demande Zota.

- Le cryptage du signal.

- Bravo, vous pouvez savoir ce qui a été transmis ?

- Pas pour l'instant. Il faut encore trouver la clef qui correspond.

- C'est déjà un progrès non négligeable, annonce le général.

Procius repose le communicateur sur la table de nuit avant de s'allonger en croisant les bras sous sa tête.

- Un bal masqué…voilà qui pourrait être intéressant, sourit le prince. Je serais bien tenté de m'y glisser.

Le roi Actarus est dans la cavité qu'il occupe avec le reste de sa famille. Comme il n'arrivait pas à dormir, il s'est installé à la table de la cuisine pour lire les derniers rapports. Il tourne les feuilles de papier pour les parcourir rapidement quand subitement il cesse de tourner les pages. Il relit la feuille plusieurs fois pour être certain de ne pas se tromper.

- Ça alors, s'exclame-t-il oubliant que les autres dorment.

Il relit une nouvelle fois le document en se mettant à réfléchir.

Phénicia pousse le morceau de toile qui sert de porte à sa chambre.

- Que se passe-t-il, demande-t-elle à demi endormie. Pourquoi une telle agitation ?

Le roi tourne la tête.

- Navré, je ne voulais pas vous réveiller.

La reine honorifique vient le rejoindre à la table.

- Trop tard, rétorque-t-elle en réprimant un bâillement. Alors, tu vas me dire ce qui t'a fait réagir de la sorte ?

- Il va y avoir un bal au palais.

- Et alors ?

- Chronaris va donner un bal masqué, précise le roi.

- Grand bien lui fasse, fait Phénicia en bâillant. Si cela signifiait qu'il quitte notre planète, j'en serais heureuse. Mais, je ne vois pas ce qui te met dans cet état ?

- J'ai bien envie de me glisser dans les invités, annonce calmement Acatrus.

- Mais tu n'y penses pas, s'exclame sa sœur.

Cette fois, c'est Vénusia qui surgit dans la pièce.

- Mais qu'est-ce que vous avez tous les deux, lance-t-elle en se frottant les yeux.

- Figure-toi qu'il veut aller à un bal, déclare Phénicia.

- Un bal ? Quel bal ?

La reine honorifique fait un résumé pour la reine par alliance.

- Tu penses donc pouvoir te glisser incognito, dans les inviter, demande Vénusia. Tu penses que personne ne te reconnaîtra ?

- C'est un bal masqué, rappelle le roi.

- Pendant des années, j'ai cru que c'était Alcor le plus tête brûlée de notre bande, lance Phénicia. Mais je m'aperçois en vieillissant que c'est toi le plus fou !

- Et comment comptes-tu entrer dans le palais, interroge Vénusia. Tu ne penses quand même pas recevoir une invitation ?

Le roi sourit à la remarque.

- D'après les informations de ce rapport, il semblerait que Chronaris ordonne la présence de notable de la capitale, ainsi que des dignitaires. Nous arriverons bien à nous procurer un carton quand nous connaîtrons les noms des personnes sollicités.

- Il est fou, soupire Phénicia.

- Et pourquoi veux-tu te joindre à la fête, ajoute Vénusia. Tu n'imagines pas tuer Chronaris de tes mains ?

- Pourquoi pas !

Le roi remarque le regard affolé des deux femmes.

- Je plaisante, s'empresse-t-il de dire. Je sais que je n'aurais aucune chance ou que je serais immédiatement tué par la garde. Non, je compte obtenir des informations précises sur l'état des forces de notre ennemi. Ainsi, nous pourrons déterminer si le moment est propice pour lancer notre grande attaque.

La noirceur, voilà ce que remarque la femme en reprenant conscience.

- « Où suis-je, se demande-t-elle. »

Elle tente d'ouvrir les yeux, mais elle n'y arrive pas.

- « Qu'est-ce qu'il m'arrive ? »

Elle remarque alors une sensation de vide. Elle essaie de remuer, mais son corps ne répond pas.

- « Bon sang, mais qu'est-ce que cela signifie ? Suis-je dans un mauvais rêve ? »

De nouveau, elle veut bouger ses bras, ses jambes ou simplement ouvrir les yeux, mais ses actions restent vaines. Le désespoir et la panique montent en elle. Elle veut hurler, mais aucun son ne sort de sa bouche.

Le lendemain matin, le prince entre sans frapper dans le bureau des capitaines. Les deux hommes le regardent avec une légère surprise.

- Vous désirez quelque chose votre altesse, demande Knoch.

- Je vais avoir besoin de la navette miroir, annonce calmement Procius.

- La navette miroir, s'étonne Yamato. Mais pour quoi donc ?

- Je vais me rendre sur Euphor.

- Bien, répond le capitaine borgne soupçonneux. Mais dans quel but ?

- Je vais me rendre à un bal masqué, répond le prince avec un large sourire.

- Un bal masqué, s'étonnent en cœur les deux capitaines.

Procius leur raconte les informations qu'il a reçues au sujet du bal organisé par Chronaris.

- Et pourquoi comptez-vous vous y rendre, demande Knoch. Vous n'avez quand même pas l'intention de tuer Chronaris ?

- Maintenant que vous le dites, fait le prince.

Le capitaine Yamato braque son œil valide sur son confrère pour lui lancer un regard accusateur.

- Non, reprend Procius. Je veux m'y rendre pour tenter de savoir ce que prévoit Chronaris et principalement pour connaître l'état de sa force.

- Vous allez plus fouiner dans le palais si je comprends bien, demande Yamato.

- Si l'occasion se présente.

- Et en quoi allez-vous vous déguiser, questionne Knoch.

- J'ai ma petite idée, répond le prince avec un sourire en coin.

Sur Euphor, des membres de la résistance surveille les résidences des gens ayant une certaine importance sur la planète pour découvrir ceux qui vont être convié au bal, à la demande d'Actarus, ceci afin de pouvoir se procurer une invitation ou opérer une substitution le moment venu.

Le colonel Niiva entre dans le hangar, il se dirige vers le bureau. Une équipe est déjà à pied d'œuvre sur une machine de combat. Le colonel jette un regard en coin aux hommes, il ne remarque rien d'étrange, personne ne regarde dans sa direction. Niiva atteint le bureau il ouvre la porte. Machinalement, il regarde le sol et l'endroit où se situait la tête tranchée du commandant. Aucune trace ne subsiste sur le sol, le colonel referme la porte derrière lui avant de rejoindre son siège. Chemin faisant, il inspecte la pièce afin de vérifier qu'il n'a pas omis une tache ou un objet de bougés, tout parait bien en place, il s'installe dans son fauteuil en jouant avec sa badine.

- « Parfait, personne ne pourra me soupçonner, sourit-il intérieurement. »

Des coups sont donnés à la porte du bureau. Niiva sursaute sur son siège, il regarde la porte et découvre l'ingénieur albinos. Le colonel se redresse sur son siège avant de faire signe d'entrer. L'ingénieur entre dans la pièce, il regarde en direction du bureau qu'occupe Vesta.

- Je suis seul, intervient Niiva. Que voulez-vous ?

- Les Gats sont pratiquement achevés. Ils devraient être terminés ce soir.

- Parfait. Vos hommes et vous allez pouvoir vous reposer un peu. Nous avons quelques machines d'avance pour combattre notre adversaire.

Le colonel remarque que l'albinos ne bouge pas.

- Autre chose ?

- C'est au sujet de votre projet.

- Un problème ? Il faut du matériel ?

- Non. Mais pour le terminer, il faut qu'il soit sur la chaîne de montage…

- Installez-le dès ce soir.

- Ce soir, répète l'albinos avec surprise. Mais si le commandant…

- Elle ne viendra pas dans le hangar, annonce fermement Niiva. Le commandant est… absent… pour quelque temps. Vous pourrez achever le projet sans être dérangé.

L'ingénieur est surpris par l'annonce du colonel, mais il se reprend.

- Il en sera fait suivant vos instructions, répond l'albinos.

- Vous pouvez disposer, déclare le colonel.

L'albinos quitte la pièce, une fois la porte refermée, Nivva s'affale dans son fauteuil.

- « Tout se passe pour le mieux, se dit-il avec le regard brillant. Je suis débarrassé de Vesta, mon projet va être terminé. Je vais reprendre la place qui me revient, jubile-t-il. »

Les jours s'écoulent, chaque soir Procius rentre en contact avec Alièna pour connaître la date du bal, mais cette dernière l'ignore. Mais avec ses contacts répétés, la console assignée au signal-espion ne cesse de fonctionner. Le préposé n'a toujours pas réussi à localiser la source, mais les transmissions s'affichent sous la forme d'un texte crypté. Un groupe de mathématiciens a été constitué afin de tenter de décrypter la clef de codage, mais sans aucun résultat pour le moment.

Tous les soirs, le général Zota reste dans la salle pour attendre la transmission. À chaque fois, il espère que la source où le codage soit découvert, mais en vain.

Le professeur Alcor est assis dans le fauteuil central dans la salle d'observation du centre de recherche, il regarde le ciel de la nuit, ce dernier est recouvert de nuage épais. La porte coulisse dans son dos.

- Je me doutais bien que je te trouverais là, déclare Sayaka en avançant vers le siège.

- La météo n'est pas bonne, grogne le professeur.

- Le lancement, n'est que dans quelques jours, cela va s'arranger.

- C'est à souhaiter.

Sayaka pose une main rassurante sur l'épaule de son conjoint.

- Toujours rien, demande Actarus avec inquiétude.

- Aucune des personnes que nous avons placées sous surveillance n'a été contactée par un agent de Chronaris pour l'instant, annonce Numéro Un.

Les deux hommes se trouvent dans la cavité servant de salle de réunion.

- Pourtant, Chronaris était pressé d'organiser ce bal masqué ! Pourquoi met-il autant de temps ? Les informations que nous avons eues étaient-elles erronées ?

- Tout ce que nous savons d'après nos espions c'est que les préparations sont toujours en cours.

- J'ignore toujours la date du bal, déclare tristement Alièna. Mon père ne cesse de travailler, Chronaris ne cesse de changer d'idée sur les plats, la décoration, c'est pour cela que la soirée n'a pas encore eu lieu.

La femme est assise sur son lit le communicateur à la main.

- Je vois, soupire Procius à l'autre bout. Ton père va-t-il tenir le coup ?

- Je l'ignore, il est de plus en plus fatigué chaque jour, mais ce n'est pas uniquement à cause de la préparation. Nos conditions de vie ne sont pas agréables alors que nous sommes privilégiés par rapport à d'autres. Je n'ose imaginer le calvaire du peuple.

Le prince lui aussi est assis sur sa couche. Il tient dans sa main droite l'appareil de transmission, son autre main se crispe sur les draps.

- Je sais, finit-il par dire après un silence. Je fais de mon mieux, mais cela s'avère plus compliqué que je ne le pensais.

- Ce n'est pas un reproche, je sais que tu fais tout ce qu'il faut pour nous rendre notre liberté.

- Si seulement, je pouvais entrer en contact avec les miens.

La femme ne sait quoi répondre, elle reste un moment sans rien dire.

- On se rappel demain voir si tu as eu d'autres informations, reprend le prince. Bonne nuit.

- Toi aussi.

Procius referme le communicateur promptement avant de le déposer sur la table de nuit.

- Cette inaction va me rendre fou, clame-t-il en se couchant.

Le soleil effleure la pointe des montagnes, encerclée par des nuages, qui se trouvent proches du ranch du bouleau blanc. Sur le seuil de la maison, Mizar s'étire en bâillant, alors qu'une faible lueur s'approche dans l'entrée de la cour. Le jeune Yoshi arrive sur son vélo pour prendre son travail.

- B'jour m'sieur, lance l'adolescent en passant devant lui.

Le vélo roule jusqu'à la grange. Mizar s'y rend pour parler avec le jeune homme.

- Tu es bien matinal ce matin, remarque-t-il.

- C'est qu'j'ai un exam important c'matin. Faut pas que j'sois en r'tard, donc j'suis v'nu plus tôt pour faire mes tâches.

- Je comprends, répond Mizar en passant ses pouces sous les bretelles de sa salopette.

Au même instant, Banta sort sous le porche de la maison en s'étirant.

- C'est une belle journée qui commence !

Le vieux garçon de ferme remarque Yoshi à côté de la grange.

- Mince ! Je suis en retard ? Je n'ai même pas encore pris mon petit déjeuner !

Mizar ne peut s'empêcher de rire en entendant Banta.

- Dans ce cas, même si tu n'as pas fini ton travail, tu pourras partir plus tôt pour être certain d'être à l'heure à l'école, annonce-t-il.

- M'ci m'sieur. Mais je vais me débrouiller pour tout faire, répond Yoshi avec assurance.

Le chambellan se trouve dans la salle du trône en compagnie de Chronaris.

- À cet endroit, je désire un énorme vase rempli de Roses jaunes de Caspienne, déclare le tyran.

- Vous me l'avez déjà dit hier, annonce le vieil homme.

L'homme au masque se retourne pour dévisager le vieillard.

- Vous insinuez que je n'ai pas de mémoire ?

- Pas le moins du monde, votre grandeur.

- Bien… Et quand est-il de ma statue de glace grandeur nature ?

- Le sculpteur affirme pouvoir la faire dans la journée une fois que vous aurez arrêté la date du bal.

- Parfait… Alors…

L'homme au masque semble dans une intense réflexion quand il pose son index devant la bouche de son masque.

- Dans ce cas, le bal aura lieu demain soir, finit-il par dire.

Le chambellan blêmit, il hésite entre le soulagement ou la terreur au vu du délai.

- Je fais le nécessaire sur-le-champ pour la décoration et les mets, annonce le vieil homme.

- Quant à moi, je vais convoquer les participants, annonce l'homme masqué en se dirigeant vers les grandes portes de la salle.

Dans la cavité servant de salle de réunion, un homme entre pour parler à l'oreille du cinquantenaire. Assis en face de lui, le roi Actarus regarde la scène avec un regard inquisiteur. L'homme s'éloigne et quitte la pièce. Numéro un regarde le roi.

- Nos agents nous apprennent que le bal est prévu pour demain soir, annonce le cinquantenaire.

Le roi pose les mains sur la table.

- Le moment approche, fait-il. Il ne nous reste plus qu'à continuer la surveillance pour espérer dérober une invitation ou faire un échange !

Procius est dans son cabinet de toilette quand il entend le signal du communicateur. Il sort précipitamment de la pièce avec une serviette enroulée autour de la taille. Il se dirige d'un pas rapide vers la table de nuit où se trouve l'appareil. Mais en chemin, ses pieds humides le font glisser, il manque de chuter, mais il réussit à retrouver son équilibre in extremis. Il pousse un soupir avant de saisir le communicateur et de s'asseoir sur son lit.

- Procius, j'écoute.

- Le bal masqué à lieu demain soir, annonce la voix d'Alièna dans l'appareil.

- Parfait, j'y serais !

Le prince attend un instant, mais la femme ne reprend pas la parole, il décide donc de fermer le communicateur.

- Enfin un peu d'action.

- Alors, s'impatiente Zota.

- La communication n'a duré que quelques secondes cette fois, annonce l'opérateur. Impossible de faire quoi que ce soit.

Le général ne peut s'empêcher de frapper la console informatique de frustration.

- Nous n'arriverons donc jamais à rien avec ce signal !

Des regards se retournent discrètement sur Zota dans la salle de commandement du palais.

- Pas de localisation précise. Pas de décryptage des messages ! Décidément, cet espion se joue de nous.

Le lendemain matin, le prince annonce qu'il va partir pour Euphor en début de soirée.

- Vous êtes certain de vouloir vous y rendre avec la navette miroir et non avec Goldorak, fait Knoch avec inquiétude.

- Il n'a pas tort, insiste Yamato.

- Je vous remercie de vous inquiéter, mais je vais prendre la navette miroir comme prévu.

- Mais si quelque chose se passe mal, remarque Knoch. Ne me dites pas que vous allez improviser ?

- Ne vous en faites pas, j'ai prévu des solutions de rechange pour quitter le palais, rassure le prince. Il serait difficile de dissimuler Goldorak aux abords du palais ou de la capitale.

- Vous n'avez pas tort, admet le borgne. La navette miroir est beaucoup plus petite et surtout quasi indécelable avec son camouflage optique.

- Cela ne me rassure pas du tout, geint Knoch.

- Allons, est-ce qu'un de mes plans s'est déjà mal déroulé, demande Procius sur un ton rassurant.

Les deux capitaines le regardent avec un visage sombre.

- Bon, une ou deux fois, admet le prince.

Dans la cavité de la famille royale, le roi Actarus se demande en quoi il va pouvoir se déguiser pour passer inaperçu dans le bal costumé. Il tourne en rond dans la pièce servant de cuisine.

- Je ne vais quand même pas remettre la tenue de moine Samitch pour m'infiltrer dans ce bal masqué ?

Le roi fait les cent pas quand soudain son visage s'éclaire.

- C'est osé comme idée… Mais pourquoi ne pas en profiter ! Mais avant tout, si j'arrive à me substituer à un dignitaire Euphorien, je n'aurais qu'à prendre son costume. À condition que nous ayons la même taille…

Actarus s'installe à la table.

- Avant toute chose, je dois attendre le rapport des hommes qui surveillent les dignitaires avant de pouvoir agir.

Le vieux chambellan supervise la mise en place dans la salle du trône, une multitude d'hommes et de femmes travaillent dans la pièce pour que tout soit exactement comme le souhaite Chronaris. Le vieil homme ne sait plus où donner de la tête tellement il est sollicité, mais malgré tout, il remarque plusieurs fois dans la journée que l'homme au masque doré observe la préparation cachée derrière une des tentures du trône.

Procius se trouve à bord de Goldorak, il travaille sur l'ordinateur de bord.

- Voilà. Ça s'est fait, déclare-t-il en regardant l'heure.

Le prince éteint le poste de pilotage.

- Excuse-moi mon vieux, mais j'ai une navette à prendre.

Il se lève puis saute de la soucoupe.

- Il va être temps pour moi de me rendre à la soirée.

L'un des résistants surveille la résidence d'un haut fonctionnaire résident en bordure de la capitale. Soudain, un véhicule de transport militaire surgit devant sa porte. Des soldats en sortent, le plus gradé de la section va sonner à la porte de la résidence. Quand la porte s'ouvre, il s'y engouffre avec plusieurs autres soldats.

Le résistant observe la scène de loin en se faisant le plus discret possible. Quelques minutes plus tard, les soldats sortent de l'habitation en encadrant le fonctionnaire.

- Notre maître Chronaris, commence le gradé. Vous a ordonné de venir à sa fête. Vous étiez prévenu de notre arrivée. Vous auriez dû être prêt !

Le fonctionnaire porte une sorte de robe de sorcier, il a la tête baissée.

- Faites-le monter dans le véhicule, ordonne le chef.

L'homme est poussé dans l'engin militaire par les soldats qui s'installent à côté de lui. Les portes du véhicule se referment avant qu'il ne s'élance sur la route pour disparaître.

Le résistant sort de sa cachette.

- Il faut que j'informe rapidement nos chefs !

Il se met alors à courir.

Procius arrive dans le hangar de la navette miroir. Il n'est pas étonné d'y voir les capitaines Knoch et Yamato.

- Mais où est votre déguisement pour le bal, s'inquiète le capitaine royal .

- Ne vous préoccupez pas de cela, répond le prince en souriant. Je l'ai avec moi.

- Vous êtes certain de vouloir agir de la sorte, demande le borgne. Même si le Xanta est pratiquement réparé, il ne pourra pas venir à votre secours si vous vous faites prendre.

- Je sais. Si vous ou l'un de vos hommes étais capturé ou tué, le département d'État nierait avoir eu connaissance de vos agissements.

- Quoi, s'exclament les deux capitaines.

- Rien. C'est dans un film que j'ai vu sur Terre. Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien.

- Si vous le dites, soupire Yamato.

Procius s'installe dans la navette miroir.

- On se revoit dans quelques heures, affirme-t-il en lançant les moteurs de la navette.

- Nous l'espérons, fait Knoch.

La verrière de la navette se referme pendant que les capitaines s'éloignent pour ne pas subir le souffle des propulseurs. Le véhicule spatial disparaît dans le conduit qui rejoint la surface lunaire.

Numéro un court dans la galerie souterraine, il arrive devant la cavité occupée par la famille royale. Il écarte sans formalité le morceau de toile faisant office de porte.

- Tous les officiels Euphoriens sont conduits sous escorte au palais, lance-t-il dans un souffle.

- Quoi, s'exclame le roi en se levant de table.

Actarus prenait une boisson en compagne de Vénusia et Phénicia.

- Oui ! Je n'y ai pas fait attention quand les premiers rapports sont arrivés, mais rapidement cela a été confirmé par d'autres informations. Un grand nombre de dignitaires que nous surveillions ont été transportés au palais dans des engins de transports militaires.

- Et les autres ?

- Pour ce que nous en savons pour l'instant, ils sont toujours à leur domicile.

- Donc, Chronaris ne les a pas vraiment invités, ils ont été convoqués à la fête.

- On peut dire cela. Comment allez-vous faire pour pénétrer dans le palais ? Vous renoncez à vous y rendre. J'espère ?

Le roi marche de long en large dans la pièce sous le regard de sa famille.

- C'est trop risqué, fait son épouse.

- Aucune chance de rentrer, sa sœur. Il n'y a aucun carton d'invitation.

Actarus se retourne vers le quinquagénaire.

- Vous avez fait ce que je vous ai demandé ?

- Quoi, s'étonne l'homme. Votre idée plus que saugrenue ? Oui, votre déguisement est prêt. Vous comptez y aller quand même ? Mais par quel moyen ?

- Vous avez bien réussi à entrer dans le palais pour nous libérer non ? Pourtant, le palais était déjà bien gardé ?

- En effet, nous avons réussi à franchir le mur d'enceinte sans être vus par les gardes. Vous pensez faire la même chose ?

- Pourquoi pas !

- Ce n'est pas sérieux, proteste Vénusia.

- Sauf, que je sais par où je vais m'introduire, annonce Actarus. Trouvez-moi un sac étanche, demande-t-il à l'adresse de Numéro un.

- Un sac étanche, répète Phénicia. Tu ne vas quand même pas passer par là ? Tu ne sais même pas dans quel état c'est !

- Je verrais sur place.

- Mais de quoi vous parler, intervient Vénusia.

Le roi se retourne vers le cinquantenaire.

- Il me faudrait aussi une scie laser.

- Un sac étanche et une scie laser. Je vais tenter de trouver cela, déclare-t-il en quittant la pièce.

La navette miroir a franchi le blocus établi par la flotte de Chronaris. Procius se prépare à entrer dans l'atmosphère de la planète.

- Pourvu que le reste se déroule aussi bien, soupire le prince.

Au même instant dans la salle de commandement de la base lunaire, le lieutenant Sito est décontenancé par ce qu'il voit sur sa console. Il appuie sur un bouton de la console pour avertir les capitaines. Un instant plus tard, la voix de Yamato se fait entendre dans l'interphone.

- Qu'y a-t-il ?

- Capitaine. Je n'y comprends rien fait le lieutenant.

- Que se passe-t-il ?

- Goldorak vient de décoller !

- Comment !

Dans le bureau des capitaines, les deux hommes se regardent en apprenant ce que le lieutenant vient de leur annoncer.

- Un plan de secours pour quitter la planète en cas de problème, suggère Knoch.

- C'est fort probable, le connaissant, mais pourquoi il ne nous a rien dit !

- Pour ne pas changer.

Alièna se trouve dans la salle du trône en compagnie d'autres serviteurs. Chronaris lui a ordonné de servir durant la réception. La femme a docilement obéi en se demandant ce que cela pouvait bien dissimuler, est-ce à dessein qu'il a donné cet ordre. En ce moment, elle écoute les instructions de son père le chambellan ainsi que du maître de rang. Dans un coin de la pièce, l'orchestre s'installe, alors que dans un autre, le sculpteur sur glace termine la statue à l'effigie de l'organisateur.

Procius vérifie une dernière fois sa procédure avant d'entrée dans la couche supérieure de l'atmosphère, ses yeux tombent sur le radar, il remarque plusieurs points qui convergent vers Euphor. Il tourne la tête pour regarder derrière lui au travers de la verrière.

- Mince ! D'autres navettes arrivent ! Sûrement, les hauts gradés de Chronaris ! Pourvu qu'ils ne remarquent pas ma traînée même s'ils sont encore loin !

C'est avec la mâchoire crispée qu'il entame son entrée dans la Thermosphère.

Sur Euphor, les grilles du palais royal s'ouvrent pour laisser passer plusieurs véhicules de transport militaire. Le résistant qui surveille l'entrée n'a pas le temps de bien compter leur nombre tellement cela se passe rapidement. Quand les grilles se referment, l'homme quitte son poste pour aller avertir ses supérieurs.

La navette miroir amorce sa descente à l'extrémité des jardins du palais. C'est avec soulagement que Procius voit que le bosquet qu'il a déjà utilisé pour dissimuler la navette lors de ses précédentes visites au palais est toujours là et bien touffu. Une fois les moteurs arrêtés, Procius ouvre la verrière. Il n'y a que le haut de son corps de visible, son corps et comme coupé. Le prince fouille dans sa poche, il en sort un petit boîtier qu'il fixe sur le tableau de pilotage.

- Souhaitons que je n'aie pas à m'en servir.

Une lumière clignote sur le boîtier. Procius s'extirpe du cockpit. Quand il pose les pieds sur le sol, il prend une grande inspiration, pendant une fraction de seconde, il se sent apaisé, jusqu'à ce qu'il entende les propulseurs des navettes qui approchent.

- Voilà déjà les gradés, grimace-t-il.

Le prince a dû changer ses plans, il a réduit au maximum sa vitesse pour entrer dans l'atmosphère dans une manœuvre périlleuse, afin de réduire le plus possible sa trace pour ne pas être vu par les autres navettes qui étaient dans son sillage.

- Il faut que je rejoigne le palais en évitant les gardes le plus possible.

Il appuie sur le tableau de bord pour que la verrière se referme. Ce qui était visible de la navette se volatilise.

- Allez en avant, fait-il pour se donner du courage.

Les premières navettes venues de l'orbite entament leur atterrissage. Actarus peut les voir clairement.

- Il faut que je me dépêche avant que l'une d'elles ne me voie.

Le roi descend une pente herbeuse, il manque de glisser avant d'arriver en bas.

- Nous y voilà, soupire-t-il.

Actarus regarde ses pieds.

- Le sol est bien sec, constate-t-il. Je pensais trouver une hauteur d'eau. J'aurais pu éviter le sac étanche.

En disant cela, il fouille dans le sac pour en sortir la scie laser. Une fois l'outil à l'air libre, il referme le sac avant de se coucher sur le sol et de se mettre à ramper.

- Le voilà.

Devant ses yeux se trouvent de larges barreaux bouchant un goulot juste assez large pour laisser passer un homme.

- Je n'ai plus qu'à découper ses barreaux.

Acatrus va utiliser ce goulot pour pénétrer dans le palais. Il y a bien longtemps, ce goulot était une évacuation pluviale débouchant dans un bassin de rétention. Cet écoulement avait été construit en catastrophe au début de la construction du palais. Cette année-là, Euphor connut de violents orages à répétition. Pour préserver les constructions déjà établies, il avait fallu construire ce bassin. Les plans du palais ont été revus pour prévoir un système d'écoulement pluvial et ce bassin ne fut pas rebouché à la fin de la construction. La dernière fois qu'Actarus s'était promené dans la zone, il y a des années, le bassin était une petite mare envahie de batracien.

Le roi met en marche la scie puis attaque le premier des barreaux.

La salle du trône commence à se remplir de gens déguisés. Aliéna circule parmi les convives avec un plateau de boisson. À chaque fois, que l'un d'entre eux s'approche pour prendre un verre, elle se demande si c'est un envahisseur ou un Euphorien. La femme se sent mal à l'aise. La double porte s'ouvre sur un groupe de personne déguisé encadré par des militaires.

- « Aucun doute à avoir, se dit-elle. Voici les officielles d'Euphor ! »

Le groupe entre dans la pièce avec un pas hésitant. À l'opposé, Chronaris se lève du trône en écartant les bras.

- Chers amis, lance-t-il joyeusement. Soyez les bienvenues à cette petite sauterie. Il descend de l'estrade pour saluer du monde et serrer quelques mains.

- « Pourvu que cette mascarade se termine rapidement, pense Alièna. Mais où est Procius ? »

Le prince a réussi à traverser les jardins sans se faire voir, il est entré dans une aile du palais.

- Nous y voilà, murmure-t-il.

Il avance à pas feutré dans le couloir quand il entend des pas s'approcher de lui. Il cherche un endroit où se dissimuler, mais le couloir est vide.

- « Mince ! »

Les pas se rapprochent dangereusement.

- « Je n'ai pas trente-six solutions ! » Métamorphose !

Procius revêt sa combinaison de vol. Deux gardes arrivent à la fin de la transformation, en le voyant dans le couloir, ils pointent leurs armes dans sa direction. Le prince écarte les bras en levant les mains.

- Du calme, messieurs, lance-t-il avec assurance. C'est la première fois que je viens dans ce palais, je crois bien que je me suis perdu. Pouvez-vous m'indiquer où se trouve la salle du trône ?

Les deux soldats se regardent.

- Vous êtes un invité du bal masqué, demande l'un d'eux.

- Évidemment ! Vous croyez que je m'amuserais à me balader dans cette tenue !? Je n'ai pas envie de mourir !

Les militaires l'observent des pieds à la tête.

- Il est bien fait, déclare le second.

- Merci, fait Procius avec un zest de fierté dans la voix. Je me suis attaché au moindre détail pour rendre honneur à notre souverain.

- Vous voulez dire notre maître ?

- « La gaffe ! » Évidemment, mais il deviendra officiellement le souverain de ce monde quand notre ennemi sera éliminé, s'empresse d'expliquer Procius.

- Vu sous cet angle, fait le premier garde. Allez, suivez-nous, nous allons vous conduire à la salle du trône.

- Je vous suis, fait le prince avec enchantement.

Le groupe se met en mouvement.

- « J'ai eu chaud, se dit Procius. Une fois dans la salle, je trouverais bien le moyen de m'éclipser pour aller fouiner ».

Le dernier barreau tombe au sol, Actarus éteint la scie laser.

- En avant.

Il se met à ramper dans l'étroit conduit.

- Une fois de l'autre côté. Il ne me restera qu'à franchir la cour ouest du palais et trouver un endroit pour changer d'apparence.

Procius arrive devant la double porte de la salle. Les deux soldats se retournent dans sa direction.

- Vous y voici, fait le premier.

- Passez une bonne soirée.

- Je vous remercie de votre aide.

Les deux militaires s'éloignent, Procius remarque le regard que lui lancent les deux gardes à la porte.

- « Jouons le jeu jusqu'au bout ! »

Procius s'avance d'un pas sûr vers la porte, les deux gardes hésitent une seconde avant d'ouvrir les portes. Le prince entre dans sa combinaison de vol dans la salle du trône transformé en salle de bal. Quelques invités se retournent sur lui en voyant sa tenue, sans se décontenancer, il leur adresse un signe de tête, comme ci, il était de vieille connaissance. Procius se dirige vers le buffet pour tenter de disparaître dans la foule. Il se fraye un chemin, lorsqu'il bouscule une personne.

- Pardonnez-moi, fait-il.

- Ce n'est rien, répond une femme en se retournant.

La personne qu'il a bousculée est une femme faisant le service.

- Pro…

- Alièna, fait le prince surpris.

- Mais… Dans cette tenue…

Procius prend un verre sur le plateau de la femme.

- Qui oserait penser que le vrai pilote viendrait dans sa combinaison ?

- C'est de la folie, soupire la femme.

- J'ai déjà entendu cela. Reprends ton service avant qu'on attire l'attention.

Le prince reprend son chemin vers le buffet alors qu'Alièna prend le chemin opposé.

Chronaris est assis sur son trône, il contemple ses convives avec joie. Il n'a pas vu Procius entré dans la salle malgré l'effet qu'il a produit sur certains convives.

Le roi a réussi à atteindre le palais sans être vu, il s'est glissé par une porte dérobée dans un local d'entretien se trouvant dans un couloir proche de la salle du trône. C'est dans ce local qu'il revêt son déguisement. Une fois habillé, il ajuste ses vêtements, sa cape avant de recouvrir son visage d'un masque argenté. Le masque et les vêtements sont identiques à ceux de Chronaris à une exception, ce qui lui recouvre le visage est argenté et non doré.

- Me voilà paré. Tu prétends être mon frère jumeau, alors autant joué à fond là-dessus.

Actarus entrouvre la porte dérobée pour scruter le couloir, une fois qu'il s'est assuré qu'il était désert, il sort de sa cachette. Il referme la porte avant de marcher d'un pas assuré vers la salle du trône.

Quand il se présente devant la double porte, les deux gardes de factions sursautent. Les deux hommes font partie de la garde personnelle de Chronaris, ils sont stupéfaits de le voir en face d'eux jusqu'à ce qu'il remarque la couleur du masque.

- Vous…, commence un des gardes.

- Je suis convié à la soirée, déclare d'une voix ferme le roi. C'est mon déguisement qui vous dérange, demande-t-il de façon inquisitrice.

- Comprenez notre surprise, s'excuse le garde.

- C'est le but d'un bal costumé ! Trouvez qui se cache sous le déguisement ! Alors, vous m'ouvrez ?

- Tout de suite, s'empresse de faire l'autre garde.

Chronaris est en conversation avec un homme assis à sa droite. L'homme porte une tenue militaire rouge et doré et un loup sombre sur le visage, c'est le général Zota. À la gauche du trône, se trouve un autre homme, celui-ci porte une sorte de tenue coloniale beige, un bandeau sur un œil et tiens une badine dans ses mains, le colonel Niiva.

Soudain, les voix de la foule se taisent, même la musique cesse. Cela attire l'attention de Chronaris qui tourne la tête. Il a un choc quand il voit en face de lui son double qui s'avance dans les invités. Il croit avoir une hallucination ou être face à l'un de ses doubles venant d'un autre temps, d'un autre univers. Mais quand il réalise que les invités s'écartent pour le laisser passer et observent avec attention le nouveau venu, il en déduit que ce n'est pas une illusion. Son double arrive devant le trône puis s'incline pour le saluer avec déférence.

- Je vous suis grès pour votre invitation ô grand ordonnateur, déclare Actarus en ayant pris soin de modifier sa voix et ses intonations.

- Que la fête vous soit agréable, répond Chronaris de façon courtoise.

Le tyran fait un geste de la main pour indiquer au musicien de recommencer à jouer. La musique reprend, ainsi que le cour des conversations dans la cohorte des invités et des convoqués.

Actarus se redresse avant de se mêler à la foule.

Depuis le buffet, Procius a assisté à l'arriver du second Chronaris.

- « Déjà qu'on trouve que j'ai beaucoup d'audace en venant dans ma tenue de vol, remarque-t-il. Mais lui ! Oser se déguiser en Chronaris ! Il faut une bonne dose de courage ou d'inconscience ! »

Le prince remarque que la porte de service proche du buffet est ouverte et que personne ne la surveille. Il repose son verre sur la table avant de s'y diriger à reculons. Quand il franchit la porte, il se retourne et coup de chance, la pièce est quasiment vide, il y a juste un homme qui lui tourne le dos, celui-ci essuie des verres. Sans un bruit, Procius traverse la pièce pour se retrouver dans un couloir passant derrière la salle du trône.

- Maintenant, où peuvent bien se trouver le bureau où les quartiers de Chronaris.

La réception a repris son cour, le Chroanris argenté s'est approché du buffet pour se servir une assiette afin de faire comme tous les invités.

- « Mince, peste Actarus. Je ne peux pas m'éclipser ! Tous les regards sont encore posés sur moi ! »

Il donne des petits signes de tête à de parfaits inconnus afin de dissiper les soupçons qu'il peut y avoir.

Procius tourne à l'angle d'un couloir, manque de chance, un soldat se trouve devant lui à quelques mètres. Le prince prend une démarche légèrement mal assurée.

- Dites mon brave, lance-t-il d'une voix pâteuse. On m'a dit de tourner à droite pour les toilettes, mais je ne les ai pas vus ? Elles sont mobiles ou quoi ?

Le militaire l'observe un instant, ne sachant que faire.

- Vous êtes passé devant, répond le soldat. Permettez-moi de vous y conduire.

- Avec plaisir.

Le soldat s'approche, Procius passe un bras sur l'épaule du militaire comme pour prendre un point d'appui.

Les deux hommes remontent le couloir jusqu'aux toilettes. Le militaire pousse la porte et aide le prince à y entrer.

- Voici. Je vous attends dehors pour vous montrer le chemin jusqu'à la soirée.

- Bien aimable !

Procius retire son bras de l'épaule du militaire, du mouvement rapide, il lui décoche un crochet en pleine mâchoire. Le soldat pris au dépourvu s'effondre sur le sol. Le prince le saisit par les aisselles pour le traîner dans les toilettes. Il l'assoit à l'intérieur en le calant contre la paroi avant de refermer la porte.

- J'aurais dû lui demander où se trouve le bureau de Chronaris avant de l'assommer, grogne Procius.

Le prince se retrouve dans le couloir et reprend son errance afin de glaner de précieuses informations.

Chronaris est sur son trône, il se tourne vers Niiva.

- Avez-vous vu le commandant Vesta ? Je m'étonne de ne pas la voir à ce bal ?

- Cela fait plusieurs jours qu'elle n'est pas venue au hangar.

- C'est vrai, que je ne l'ai pas croisé, ajoute Zota. Ni reçu de rapport de sa part.

Le tyran croise les mains sous son menton.

- C'est étrange, fait-il songeur. Où peut-elle se trouver ?

Au détour d'un couloir, Procius trouve un plan d'évacuation du palais. Il remarque que des noms ont été modifiés dessus.

- Alors… salle de commandement… bureau de général…. Ah ! Bureau du maître ! Voilà ce que je cherchais.

Le prince se repère sur le plan.

- Parfait, je suis presque à côté.

L'homme au masque doré remarque que son double argenté se déplace dans la salle en longeant les murs. Cela l'intrique, sans prévenir, Chronaris se lève pour descendre dans la foule. Sa garde éparpillée aux coins de la pièce est en éveil. Le tyran fend les convives pour rejoindre celui qui s'est paré comme lui.

- La soirée vous est-elle agréable, demande-t-il en s'approchant.

- Je ne suis guerre habitué à de telles mondanités, répond Actarus en faisant attention de reprendre la même voix.

- Je trouve que vous ne manquez pas d'audace pour vous vêtir ainsi.

- Vous trouvez ? Pourtant, il me semblait que c'était le bon choix pour vous honorer comme il se doit et ainsi vous montrez mon allégeance, fait mielleusement Actarus.

Chronaris éclate de rire.

- En effet, admet l'homme au masque doré. C'est une façon des plus originale que j'ai eue pour l'instant.

Le tyran pose une main amicale sur sa contrefaçon.
- Profitez de ce bal pour vous divertir mon ami, déclare-t-il.

Sous son masque argenté, le roi su à grosse goutte de peur que son identité ait été percée.

- Je me soumets à vos ordres, comme d'habitude, répond le roi sur un ton léger.

- Faites donc, répond Chronaris en retirant sa main avant de s'éloigner.

Actarus pousse un soupir de soulagement sous son masque.

- « Bon, il faut que j'arrive à m'éclipser, se dit-il »

Il fait un pas en arrière sans avoir regardé, il bouscule une personne.

- Pardonnez ma maladresse, fait le roi en oubliant de masquer sa voix.

Il se retrouve face à une serveuse qui observe intensément le masque.

- Votre Majesté, murmure la serveuse.

Actarus se maudit pour sa gaffe et observe la femme, il met un temps avant de la reconnaître.

- Alièna, s'étonne doucement le roi. Mon dieu, je ne t'aurais jamais reconnu.

- Mais que faites-vous ici ? Déjà, qu'il y a Procius. Si vous êtes découverts tous les deux.

- Comment ? Procius est là ? Où est-il ? En quoi est-il déguisé ?

- Vous désirez, fait Alièna en reprenant une voix normale.

Une femme, déguisée en comtesse de la renaissance, tend une main vers le plateau à boisson. Elle prend une coupe sans desserrer les lèvres avant de regagner le centre de la pièce.

- Où est Procius, reprend le roi.

- Je l'ignore, répond Alièna à voix basse. Cela fait un moment que je ne l'ai pas vu dans la pièce.

- Que porte-t-il comme déguisement ?

- Sa combinaison de vol.

Actarus sourit sous son masque.

- Entre vous, en copie de Chronaris et lui dans sa tenue de pilote. Vous aimez tirer le diable par la queue, commente la fille du chambellan.

- Je pense qu'il a pensé la même chose que moi. Pour passer inaperçu, autant mettre quelque chose que l'on remarque, ainsi personne ne pensera que c'est vous.

- Personnellement, je ne m'y risquerais pas.

Procius avance avec précaution dans le couloir, il scrute loin devant lui afin de ne pas tomber sur de nouveau garde. Il atteint le bureau du tyran. Il vérifie bien que le couloir est désert avant de s'y glisser.

Le bureau est plongé dans le noir, machinalement, sa main s'apprête à actionner l'éclairage, mais il s'arrête juste à temps. Il sort de sa combinaison une lampe torche miniature.

- Il ne faut pas que je me fasse surprendre.

Il se dirige vers le bureau, puis commence à le fouiller en s'éclairant avec le rayon lumineux de la torche.

Alièna remarque que Chronaris regarde dans sa direction.

- Je dois vous quitter, chuchote-t-elle. Chronaris nous observe.

Actarus prend une coupe sur le plateau de la servante. Il lève le récipient bien haut en adressant un geste de gratitude envers le tyran. Chronaris lui répond avec un hochement de tête. Alièna repart dans la pièce en se faufilant entre les invités.

Le roi déguisé en double de l'homme au masque quitte le buffet pour se fondre dans la masse des invités, mais il peut sentir le regard de Chronaris qui le suit.

Procius fouille les tiroirs, mais il n'y trouve aucun document intéressant.

- Ce n'est pas là-dedans.

Il s'installe dans le fauteuil avant d'actionner la console informatique du bureau.

- Voyons voir, si je trouve quelque chose ici.

L'écran affiche une invitation pour un mot de passe.

- Évidemment. J'aurais dû m'en douter.

Procius étire ses doigts.

- C'est le système informatique du palais. Il y a longtemps que je n'ai pas fait cela, mais voyons si je sais encore contourner le mot de passe.

Ses doigts volent sur le clavier de la console. Alors qu'il est occupé à forcer le système informatique, le prince ne voit pas deux rubis lumineux qui l'observent depuis quelques instants. Tapi dans un recoin de la pièce, l'animal artificiel de compagnie de Chronaris regarde l'intrus. La panthère mécanique est restée dans le bureau, car le tyran ne souhaitait pas sa présence durant la réception. Peut-être s'attendait-il à ce genre d'incident, car il a laissé la créature dans cette pièce plutôt que dans ses quartiers.

Dans la salle du trône le bal bas son plein, Chronaris se lève puis descend de l'estrade. Il est intrigué par celui qui porte le même costume que lui. Un doute le taraude depuis qu'il l'a vue en compagnie de sa servante. L'homme au masque s'avance dans la foule qui s'écarte sur son passage, il fait un petit signe de tête aux invitées, tout en avançant discrètement vers sa copie. Il arrive dans le dos de sa copie qui échange des banalités avec la femme déguisé en comtesse de la renaissance. Chronaris pose une main sur l'épaule de son doppelänger, quand sa main touche l'homme l'alarme du palais retentit. Le tyran se fige un instant avant de se retourner vers l'estrade.

- Que se passe-t-il ?

Un soldat parle avec le général Zota.

- Quelqu'un s'est introduit dans votre bureau, déclare-t-il après un instant.

- Que l'on condamne tous les accès du palais, ordonne Chronaris. Je veux cet intrus !

Acatrus a juste tourné la tête quand il a senti la main sur son épaule. Un petit frisson l'a traversé, mais au même instant l'alarme a résonné, ce qui fait que le tyran n'a pas pu le déceler.

Chronaris retire sa main de l'épaule, complètement obnubilée par l'intrusion de son bureau, il regagne rapidement l'estrade alors que sa garde rapprochée vient l'entourer.

Le roi sent une main qui lui attrape le bras.

- Venez avec moi, lui chuchote la voix d'Alièna.

Procius a réussi à franchir la barrière du mot de passe.

- Voyons voir ce que je vais bien pouvoir découvrir.

Derrière lui, les deux rubis se déplacent avec lenteur sans faire de bruit. Le prince lit les intitulés de plusieurs documents, quand un bruissement attire son attention. Il cesse de pianoter pour écouter les bruits dans la pièce.

La panthère artificielle s'est immobilisée. L'intrus reprend ses recherches sur la console, elle se remet en marche avec discrétion.

Procius entend de nouveau le bruit, mais il l'a localisé. Dans un geste rapide, il se retourne en dirigeant le rayon de sa lampe dans la direction. La raie de lumière lui révèle l'animal robotique. La panthère bondit sur lui avec sa gueule grande ouverte. Procius bascule du siège sous l'impulsion de l'animal, la gueule de la bête n'est qu'à quelques centimètres du casque. La panthère tente de l'atteindre, le prince enfourne la torche dans la gueule de la créature pour la bloquer, tout en la repoussant avec un violent coup de genou. Procius se dégage et se relève promptement, c'est à cet instant que l'alarme se met à retentir.

- Inutile que je m'éternise ici !

Un craquement métallique se produit quand la torche se rompt dans la bouche de la panthère.

Le prince s'enfuit du bureau avec à ses trousses la panthère mécanique.

- Moi qui pensais faire une sortie discrète. C'est raté !

Des soldats surgissent dans les couloirs. Procius avise une fenêtre et bondit, il passe au travers pour s'enfuir dans les jardins, ses poursuivants font de même. Le prince remarque rapidement que d'autres soldats arrivent dans sa direction.

- Je n'arriverais jamais à la navette !

Il actionne alors une commande sur son bracelet.

Aux fins fonds du parc royal, le dispositif posé sur le tableau de bord de la navette miroir se met en marche. La navette sort de son sommeil, les réacteurs se mettent en marche puis elle décolle sans son pilote. Un léger mouvement des branches dans les arbres signale son départ.

Alièna entraîne le roi dans un couloir de service.

- Où me conduis-tu ? Je dois quitter le palais, fait Actarus.

- Je le sais, mais j'ai quelque chose à vous remettre.

- Quoi donc ?

- Pas le temps, nous devons faire vite si vous voulez fuir !

Chronaris marche d'un pas rapide dans les couloirs, sa garde personnelle l'encadre. Le général Zota et le colonel Niiva le suivent.

- Je veux savoir si on a pu me dérober quelque chose, fait l'homme au masque.

Il tourne la tête vers Zota.

- D'autres informations ?

Le général communique avec les soldats avec une radio portative.

- L'intrus se trouve actuellement dans les jardins, annonce-t-il. Votre panthère le talonne.

- Une idée de qui il est ?

- Il porterait une sorte de combinaison de vol.

- Un espion dans le palais durant mon bal ! C'est inadmissible !

- Mais… nous sommes dans l'aile des domestiques, remarque le roi.

- Oui, ce que je dois vous donner se trouve dans ma chambre.

Actarus ne fait aucun commentaire sur le changement de lieux de résidence de la fille du chambellan.

Ils arrivent devant les quartiers du chambellan, Alièna pousse le roi à l'intérieur.

- Restez là, ordonne-t-elle en filant dans sa chambre.

Actarus jette un regard dans la pièce. Celle-ci est bien tenue malgré les circonstances, mais elle semble lugubre quand même. Alièna revient dans la pièce avec un petit appareil dans les mains.

- Prenez, fait-elle en le tendant.

- Qu'est-ce donc ?

- Un communicateur. Vous pourrez parler avec Procius, il en a un identique.

- Mais…

- Ne cherchez pas. Je les ai fabriqués, je ne sais pas pourquoi, ni comment. Mais ils fonctionnent. Vite, vous devez partir !

Elle pousse le roi vers la porte, elle regarde rapidement dans le couloir.

- La voie est libre. Je ne sais par quel chemin vous êtes venu, mais je souhaite qu'il soit encore libre !

L'ambiance est retombée dans la salle du trône, tous les invités sont hagards, ils attendent avec angoisse les nouvelles, personne ne boit ou ne mange.

Des navettes survolent les jardins du palais.

- Ça se complique, grimace Procius en courant.

Il a réussi à échapper aux soldats, mais pas la panthère qu'il réussit à garder à distance, mais pour combien de temps encore ?

Chronaris vérifie sa console informatique.

- Comment a-t-il pû accédé à tout ceci, hurle-t-il.

Il regarde les deux gradés.

- A-t-il été au moins capturé ?

- Pas pour l'instant, répond le général. Des navettes explorent les jardins.

- Où est ma panthère ?

- Toujours à sa poursuite d'après les derniers rapports.

- Mais qui est-il pour échapper à ma panthère.

De puissants rayons lumineux fouillent les jardins. Actarus les remarque quand il se glisse hors du palais.

- Heureusement, ce n'est pas dans ma direction. Pourvu que Procius puisse fuir.

Il tâte une poche dans laquelle il a glissé le communicateur.

- Sinon, tout ceci n'aura été qu'un échec.

Le roi se précipite vers un bosquet proche.

- Je n'ai plus qu'à rejoindre l'écoulement par lequel je suis entrée.

Une navette passe au-dessus du prince, il est pris dans le puissant rayon de lumière. Un rayon laser vient frapper le sol à environ deux mètres de ses pieds le stoppant dans sa fuite. Un rugissement se produit dans son dos, Procius se retourne pour voir la panthère qui se prépare à bondir sur lui quand la navette au-dessus de leurs têtes explose. L'animal artificiel regarde vers le ciel de surprise.

- Ce n'est pas trop tôt, ironise le prince.

La radio portable du général Zota crépite.

- Répétez, ordonne-t-il.

- Quoi encore, demande Chronaris excédé.

- Goldorak vient d'être d'apparaître au-dessus du palais, annonce le général avec pâleur.

- Envoyez-lui un Gat ! Il ne doit plus fuir, tonne Chronaris en frappant des poings son bureau.

La soucoupe porteuse est à la verticale du prince, un rayon jaune sort de sa base pour envelopper Procius. Il s'élève à l'intérieur du rayon alors que la panthère bondit vers lui, mais le halo du rayon la repousse. L'animal se remet sur ses pattes alors que le prince disparaît à l'intérieur de la soucoupe.

Le roi sort de l'autre côté du goulot, il récupère le sac étanche puis retire son déguisement qu'il glisse à l'intérieur sans avoir oublié d'extraire le communicateur. Actarus jette un regard dans le ciel au-dessus des jardins royaux.

- Pourvu qu'il ait réussi à fuir.

Le roi jette le sac sur son épaule avant de s'éloigner tranquillement.

Alièna a repris les couloirs de service pour rejoindre la salle du trône. Une fois revenue, elle s'est remise avec les autres serviteurs, personne ne semble avoir remarqué son absence.

Loin de se douter ce qui se passe sur Euphor, sur Terre, le centre de recherche spatial prépare le lancement de la sonde.

La fusée se trouve sur le pas de tir au cœur du complexe sous terrain. Une gigantesque horloge égraine le décompte alors que les réservoirs du propulseur sont en cour de remplissage.

Le professeur Alcor se trouve près de la zone de lancement, il examine des feuilles.

- Tout me parait correct. La météo est bonne. Nous allons pouvoir effectuer le lancement comme prévu, se félicite-t-il.

Daisuké arrive dans la pièce en levant un bras pour se faire voir du professeur.

- La salle de contrôle est prête, annonce-t-il en s'approchant.

Alcor tourne la tête vers le compte à rebours.

- Plus que quelques minutes, constate-t-il.

Dai arrive à côté de lui.

- C'est le moment d'aller dans la salle de contrôle, déclare le professeur en saisissant le bras du jeune homme.

Goldorak affronte les navettes qui survolaient les jardins à la recherche de l'intrus.

- Planitrons !

Les deux disques dentés tranchent une navette en trois parties. Un tir ennemi ricoche sur le bouclier de la soucoupe. Procius voit la navette qui plonge sur lui, il cabre la soucoupe.

- Cornofulgure !

L'éclair frappe la navette qui se met à fumer avant d'aller s'écraser dans le parc.

Les immenses panneaux du toit du hangar secret glissent dans les jardins du palais. Le toit du hangar n'est plus dissimulé sous un plan d'eau depuis des mois. De la lumière jaillit du sol. Procius le remarque depuis le poste de pilotage de la navette.

- Je crois que nous allons avoir de la compagnie, lâche-t-il.

Un œuf sombre monte dans la noirceur de la nuit, la lumière qui provient par en dessous le rend encore plus inquiétant.

Plusieurs points lumineux apparaissent sur la circonférence de l'œuf, ils se rejoignent rapidement pour n'en former qu'un seul sur le côté faisant face à Goldorak. Un puissant rayon bleu fend le ciel. Procius manœuvre pour l'esquiver, le tir passe très proche de la soucoupe. Un voyant lui indique que le bouclier est endommagé et perd de la puissance.

- Pourtant, le rayon ne m'a pas atteint, s'étonne Procius.

L'œuf se met en mouvement.

- Mégavolts !

Les rayons quittent la soucoupe pour atteindre la coque de l'œuf sur laquelle ils sont déviés.

- Ils ont amélioré le blindage de ce modèle, constate-t-il.

Le Gat se rapproche de son adversaire.

Chronaris, Zota et Niiva suivent le combat sur le moniteur de la console informatique du bureau du tyran. L'homme au masque remarque à peine la panthère mécanique quand elle entre dans la pièce avec la tête et la queue basse.

- Missiles Gamma !

Les deux cônes filetés rebondissent à leur tour sur la coque sombre de l'œuf. Un iris apparaît sur la surface obscure, l'ouverture se fait et un projectile en sort, un missile dont les dimensions sont proches d'une petite fusée.

- Hé ! Mais il est plus long que le diamètre de l'œuf ! Comment est-ce possible, s'exclame le Prince en faisant grimper en flèche sa machine.

La trajectoire du missile se courbe pour suivre celle de la soucoupe.

- Parasitaire !

Un nuage violet sort de l'arrière de la soucoupe. Procius change de cap, mais le missile fait de même.

- Mince ! Inefficace !

Le missile se rapproche.

- Comment se débarrasser de cette sangsue !

Procius pousse la puissance des réacteurs pour prendre de l'altitude, le missile continue de la poursuivre. Soudain, Goldorak se retourne en vrille et plonge en plein vers le projectile, les bras se décollent de la soucoupe.

- Mais il est fou, s'exclame Zota. Il se jette sur le missile de lui-même !

Goldorak incurve sa trajectoire légèrement au dernier moment, il saisit entre ses mains le projectile. Puis il prend la direction de l'œuf sombre, quand il arrive à proximité, il lance le missile sur lui. Une explosion se produit quand le missile atteint le Gat, un nuage de fumée masque le résultat. Quand le nuage se dissipe l'œuf à céder la place à une sorte de fourmi ailée avec un torse humanoïde avec des bras. Dans une main, elle tient un bouclier, dans l'autre, un type de lance. Sur la tête, une sorte de casque médiéval.

Durant l'épisode avec le missile, les deux adversaires se sont éloignés du palais et de la capitale, ils survolent un désert. La fourmi ailée bondit en direction de Goldorak, elle replie son abdomen sous elle, un dard en sort comme celui d'une guêpe. Procius fait plonger la soucoupe, mais pas assez rapidement, car la pointe du dard glisse sur la soucoupe en provoquant un raclement strident. Le Gat se retourne pour cette fois revenir à l'assaut avec la pointe de la lance.

- Clavicogyres !

Les deux lames courbes quittent les épaules du robot, la fourmi dévie leurs trajectoires avec la pointe de sa lance. Ce laps de temps a suffi à Procius pour rejoindre le poste de pilotage du robot géant.

- Autolargue !

Le robot quitte la soucoupe avec les bras en avant, la lance s'engouffre dans l'ouverture de la soucoupe pendant que le robot géant enroule ses bras autour du torse du Gat. La fourmi est déséquilibrée, les deux adversaires tombent en roulant dans les airs. Goldorak arrive à se placer sur son adversaire avant de toucher le sol, la fourmi se retrouve sur le dos avec les genoux du robot géant sur son abdomen. Goldorak lâche son étreinte, il se redresse rapidement pendant que le Gat se remet sur ses pattes.

Procius se prépare à recevoir un nouvel assaut de la part de son adversaire, mais à sa grande surprise la fourmi agite ses pattes pour disparaître dans le sable.

- Elle va m'attaquer par en dessous, constate Procius.

La tête du robot bouge pour observer la surface du sable. Des filins surgissent sous ses pieds pour s'enrouler autour de ses jambes avant d'être attirés dans le sable.

- Elle veut m'ensevelir !

- Il est pris au piège, interroge Zota dans le bureau de Chronaris.

- Rien n'est certain avec cette machine, commente Niiva.

L'homme au masque ne fait aucune remarque, son attention est sur le combat.

Goldorak se débat.

- Il faut que je sois plus prudent.

Il essaie de retirer les câbles, mais en vain, Goldorak est déjà enfoncé jusqu'en haut des mollets.

- Inutile, rage le prince.

Il appelle la soucoupe à la rescousse. Les bras du robot géant se dressent pour saisir sa soucoupe porteuse quand elle passe à sa verticale. Le robot géant décolle sensiblement du sol, mais le Gat ne lâche pas prise. Les réacteurs de la soucoupe augmentent de régime, après plusieurs secondes d'effort les pieds du robot émergent du sable, mais ils sont toujours entravés par les filins. Le prince augmente encore la poussée des propulseurs, un bruit lugubre de torsion de métal parcourt le robot géant. Brutalement, la soucoupe prend de la vitesse, la fourmi est extraite du sol violemment. Sous le choc la prise du robot géant cède pendant que la soucoupe, non retenue, part comme une toupie dans le ciel étoilé.

Les deux combattants tombent lourdement sur le sable du désert.

- Excalium !

L'épée énergétique surgit du bras de Goldorak, il l'utilise pour trancher les liens de ses jambes. Les filins sortent du tronc humanoïde du Gat. La fourmi se déplace rapidement sur ses pattes en pointant sa lance. Avec un mouvement de bras vif, Goldorak tranche la lance, ce qui a pour effet de faire reculer la machine de combat de Chronaris. Le robot géant se relève alors que son épée se volatilise.

- Météo-punch !

Les deux poings sont projetés vers la fourmi qui les bloque grâce à son bouclier qu'elle place devant le torse humain pour se protéger.

- Planitrons !

La soucoupe porteuse surgit dans le dos de la fourmi, les deux disques dentés viennent trancher la créature à la jonction du torse humanoïde et le corps de la fourmi. Le torse chute sur le sable, il essaie de se rattraper en mettant les bras en avant, alors que le corps de fourmi se met à courir dans tous les sens.

- Cornofulgure ! Mégavolts !

Le rayon en forme d'éclair bondit vers le crâne humain, mais dans un mouvement de désespoir le Gat brandit le bouclier devant lui. Les rayons bleutés frappent la partie animale qui se dissout sous les rayons.

Sur la base lunaire, les deux capitaines sont dans leur bureau. Ils dégustent un verre d'alcool en attendant le retour du prince quand un message les interrompt.

- Capitaine, fait une voix dans l'intercom.

- Oui, se précipite Knoch. Le prince est revenu ?

- C'est-à-dire hésite le soldat à l'autre bout. La navette miroir est bien rentrer à la base, mais elle était vide.

- Comment !

- N'oublions pas que Goldorak est parti lui aussi tout seul, remarque Yamato.

Knoch se retourne vers son homologue militaire.

- Vous pensez que le prince avait prévu cela ?

- Avec lui tout est possible, déclare le borgne en avant une gorgée.

Le général et le colonel serrent les dents de rage en voyant ce qui se passe sur le moniteur du bureau de Chronaris.

- Il va encore remporter la victoire, déclare l'homme au masque d'une voix blanche.

Le rayon éclair noircit le bouclier.

- Utilisons autre chose dans ce cas, fait le prince. Fulguro-poings !

Les deux poings partent en tournoyant avec leurs pointes en avant, mais ils passent par-dessus la cible avant de faire demi-tour pour revenir dans le dos de l'ennemi, ils pénètrent le torse en le déchiquetant de part en part. La partie humaine lâche le bouclier et tente de ramper sur le sol en direction du robot géant alors que ses poings regagnent leurs places.

- Pulvonium !

Les rayons partent du dessus des mains du robot, Procius vise les deux plaies dans le torse. De la fumée sort de la bouche, la tête se déforme si fortement que le casque se modifie aussi avant d'exploser.

Goldorak lève la tête en direction du ciel étoilé à la recherche de sa soucoupe.

- Récupération !

Chronaris ferme le moniteur de son bureau sans prononcer un mot.

- Nous l'aurons un jour, annonce Zota.

- Peut-être très bientôt, ajoute Niiva.

- Je dois retourner dans la salle du trône, répond simplement Chronaris.

Procius a rejoint le poste de pilotage de la soucoupe.

- Parasitaire ! Missiles fantômes !

Une fois les brouillages en placent.

- Megamach !

Goldorak s'élance alors en direction de l'espace.

Chronaris débarque dans la salle du trône en compagnie de sa garde personnelle, il examine la foule à la recherche d'une personne précise. Après un instant de trouble dans la foule, il se dirige vers la rangée des domestiques. L'homme au masque se plante devant Alièna.

- À qui parliez-vous tout à l'heure ?

- Pardon, s'excuse la femme. Je n'ai parlé à personne.

Le chambellan regarde la scène à côté de l'estrade du trône.

- Je vous ai vu parlé avec des convives !

- Je répondais à leur question.

- De quoi avez-vous parlé avec l'homme qui était vêtu comme moi !

- Je lui ai simplement détaillé les plats du buffet, répond la femme avec la tête baissée.

Chronaris l'attrape par le menton pour lui faire lever la tête, il plonge un regard inquisiteur dans celui de la fille du chambellan. Le silence règne dans la salle, tous les regards convergent vers cet endroit de la pièce. Soudain, le tirant retire sa main puis se retourne.

- Que la fête reprenne, lance-t-il en regagnant le trône.

Les musiciens se remettent à jouer, les premières notes ne sont pas harmonieuses, mais cela s'arrange rapidement. Les invités mettent à moment avant de reprendre possession du centre de la pièce, mais ils remarquent que Chronaris les dévisage depuis sa place.

- Moins d'une minute, annonce un technicien.

- Ouvrez-le pas de tir, ordonne le professeur Alcor.

Le dôme central du centre de recherche spatial recule sur d'énormes rails dissimulés sous la surface du centre, mettant ainsi à jour la zone de lancement.

Le professeur se trouve dans la salle de contrôle, une goutte de sueur perle à sa tempe.

- Cinq… quatre… trois…

Alcor mordille l'extrémité de son pouce involontairement.

- Deux… un… zéro… Mise à feu.

Les moteurs de la fusée crachent un intense nuage de fumée.

- Décollage, annonce le technicien.

Alcor et Dai distinguent, dans le nuage de fumée, la fusée qui s'élève du pas de tir.

Sayaka se trouve sur une terrasse du centre de recherche photonique, elle guette la traînée du décollage de la sonde, elle pousse un soupir quand elle la voit enfin apparaître au-dessus de l'autre centre.

- Il n'y a plus qu'à attendre que la sonde arrive à destination, soupire la femme. Nous découvrirons enfin ce qu'il se passe sur Euphor.

Procius a regagné la base lunaire depuis quelques heures. Il a passé ses heures à répondre aux questions des capitaines Knoch et Yamato. Il entre dans ses quartiers pour s'effondrer sur son lit.

- J'ai bien mérité quelques heures de repos.

Soudain, il entend le bip du communicateur. Il lâche un soupir avant de se tourner pour prendre l'appareil.

- J'écoute, fait-il d'une voix molle.

- Procius ?

Il met un moment à reconnaître la voix qui s'adresse à lui.

- Mon oncle ?

Le bal s'est terminé il y a moins d'une heure, le général Zota est venu dans la salle de commandement du palais pour lire les rapports avant d'aller se coucher pour quelques heures. Soudain, l'opérateur assigné à la console de détection du signal-espion l'interpelle. Le général se précipite.

- C'est le signal, demande-t-il.

- J'en ai bien l'impression.

- Et alors ?

- C'est étrange…D'après la force du signal, je dirais que le lieu d'émission se situe maintenant bien au-delà du palais.

- L'espion aurait bougé de place !

- Probablement. Cela complique sa localisation. Nous devons refaire tous les recoupements et les calculs depuis le début.

- Décidément, soupir Zota. Tout cela ne se terminera jamais.

- Mais comment, s'étonne le prince.

- Notre amie commune m'a remis cet appareil, répond le roi.

- Nous allons pouvoir nous coordonner pour libérer la planète.

- En effet, répond Actarus d'une voix mal assurée.

- Tu peux parler librement. Le signal est crypté et indétectable.

- Tu en es certain ?

- C'est ce qu'elle m'a affirmé, de plus j'ai quand même effectué quelques tests.

- Elle les a réellement fabriqués ? Mais comment ?

- Je n'ai pas tout compris. Des souvenirs de Chronaris, mais comment…

- En effet, coupe le roi. Je me souviens que lors de la prise du palais Chronaris a déclaré avoir pris possession d'Alièna dans un autre temps ou une autre réalité. Nous ne comprenions pas de quoi il parlait.

- Il faut croire qu'il y a eu une réminiscence dans le cerveau d'Alièna. Mais ce n'est pas la question. Quand allons-nous pouvoir donner le coup final ?

- Bientôt, fait Actarus. Je te contacte sous peu. Tout comme moi, tu étais au bal…

- Quoi !

- Mais à mon âge, on a besoin de se reposer. Même si j'aimerais, qu'il en soit autrement.

- Moi aussi, je suis épuisé. Le retour a été plus mouvementé que prévu.

- A bientôt alors.

- Oui.

Procius ferme le communicateur.

- Même si je n'ai rien trouvé de probant dans le bureau de l'envahisseur, cette sortie aura été utile. Actarus a récupéré le communicateur d'Alièna. Nous allons enfin pouvoir achever Chroanris.

FIN

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