Sabotage-Beastie Boys


Samedi 27 février 2016

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−J'ai encore du mal à croire que tu t'en ailles, résuma Tony après que l'autre homme ait achevé son récit. Barnes, tu sais que tu n'es pas obligé et que tu peux rester à la tour le temps qu'il faudra ?

−Merci, Stark, mais je crois que ce temps, je vais le mettre à profit d'autre chose. Il me reste encore quatre décennies de mon existence qui demeurent plus floues que jamais, et j'ai besoin de savoir ce que j'ai fait durant cette période, même si je me doute qu'il n'y aura rien de positif. Madison était dans le même cas que moi, l'an passé. J'ai peur de ce que je vais découvrir, mais il ne me reste pas le moindre souvenir de ce que j'ai pu faire après le début des années soixante-dix. Je risque probablement d'être déçu mais au moins, je serai fixé.

−Je comprends, soupira le milliardaire en décroisant les bras. Quoi qu'il en soit, tu seras toujours le bienvenu si tu veux un jour revenir parmi nous, déclara-t-il, ce qui arracha un petit sourire à Bucky. Et tu penses partir durant combien de temps ? Quelques jours, quelques semaines ?

−Tout dépendra de ce que j'apprendrai. Plus vite j'aurai récupéré la mémoire, plus rapidement de serai de retour. Partir aussi longtemps ne m'enchante pas, je te l'assure, mais il faut que je sache.

−Ce que tu risques de découvrir en creusant pourra se révéler plus dévastateur que tu ne l'imagines, commenta Tony. Après ça, il ne faudra pas que tu restes isolé dans ton coin, tu auras certainement besoin d'un coup de main pour surmonter ces épreuves. Les Avengers seront là pour toi, d'accord ? Alors quand tu auras récupéré les infos que tu cherchais, n'hésite pas à revenir au plus vite. Nous t'aiderons du mieux que nous le pourrons, parce que c'est à cela qu'une famille sert.

−Une… famille ?

−Oui, confirma-t-il. Et il est évident que tu en fais partie, n'aies jamais le moindre doute là-dessus. Tu sais, ça fait un an que toi, moi, Rogers, Romanoff et ma sœur, nous nous voyons sans arrêt, et ce malgré les quelques tensions qu'il y a pu avoir au sein du groupe. Quoique, apparemment, les choses se sont arrangées entre Natasha et toi, ce qui est une très bonne chose. Je suis certain que tu lui manqueras, à elle aussi, pendant ton « voyage ». Mais quoi qu'il arrive, que tu aies oui ou non découvert quoi que ce soit, tu peux rentrer quand tu le sens. La porte sera ouverte.

Tony remarqua que le soldat parut touché par ses paroles. Ce dernier baissa un instant la tête, ne sachant trop quoi répondre. Il était rare que l'on lui fasse part de tels élans d'amitié. Les seuls avec qui il avait pu expérimenter cela étaient Steve et Madison : son meilleur ami d'enfance et sa confidente durant les moments les plus sombres.

−J'ai peur de ce que je vais apprendre, lui avoua-t-il.

−Dis-toi que cela ne peut pas spécialement être pire que ce qui est actuellement en train d'arriver à la Terre, lui répondit Tony. Je te jure que si jamais je trouve moi-même l'abruti qui s'est dit qu'il avait le droit de s'en prendre aux terriens, je…

−Tu feras quoi ? lui demanda Peter, apparaissant de nulle part pour finalement s'assoir à côté de lui, ce qui le fit sursauter. Ouais parce que moi non plus, je ne suis pas vraiment content qu'un cinglé s'attaque à notre planète alors qu'on ne leur a jamais rien fait… Si jamais tu te décides à aller attaquer quelqu'un, j'pourrai t'accompagner ?

−Alors premièrement, ne fais plus jamais ça, déclara le plus âgé en faisant référence à sa venue soudaine, et ensuite, je ne pense pas que ce soit une bonne idée de t'impliquer à un affront pareil… Tu es sous notre surveillance, tes parents ont confiance en nous pour que nous tu surveillions afin que tu ne fasses pas trop de bêtises. Je n'ai pas très envie qu'ils apprennent que tu as pour projet d'aller t'attaquer à des individus bien plus puissants que toi sur un simple coup de tête…

−Est-ce que ne serait-ce qu'un seul d'entre vous sait que je ne suis plus un enfant ? s'offusqua-t-il.

−Pour nous, tu l'es toujours, affirma l'inventeur.

−Je n'ai plus douze ans, enchaina Peter. Et puis de toutes façons, c'est seulement à ta sœur que mes parents m'ont confié…

−Et tu crois sincèrement qu'elle te laissera t'en prendre à celui qui est derrière tous nos problèmes ?

−Cela se pourrait bien, lança une voix non loin d'eux, et lorsque les trois hommes se tournèrent, ils aperçurent Madison en compagnie de Natasha et Thor, revenant de la bibliothèque sans prendre le temps de s'arrêter à la hauteur de leurs amis. Peter, tu voulais un peu d'action ? reprit-elle. Crois-moi, tu vas être servi, affirma-t-elle en poursuivant sa route d'une traite.

Tony se redressa d'un bond, voyant que quelque chose n'allait pas, et fut bientôt imité par le mutant et Bucky. Lorsque ce dernier leur demanda ce qu'il se passait, la rouquine leur expliqua que même elle et le dieu avaient du mal à comprendre, mais que les trois devraient probablement les suivre.

−Tu es certaine que tu ne veux pas nous expliquer tout de suite ce que tu as trouvé ? demanda le blond à son amie qui marchait en tête de file, tandis que les trois hommes qui étaient jusqu'à présent installés autour d'une table s'étaient décidés à les suivre.

Ils arrivèrent devant les portes de la salle circulaire où se tenaient les réunions, alors la brune s'arrêta d'avancer. Elle jeta un coup d'œil vers l'arrière, où ses cinq amis attendaient visiblement qu'elle leur fournisse quelques explications. La jeune femme soupira, se demandant s'il était judicieux de se lancer maintenant dans une discussion de la sorte alors que le temps pressait. Elle se contenta de leur esquisser un bref sourire en coin avant de pousser les portes pour entrer dans la pièce. Ils entrèrent et remarquèrent qu'une bonne partie des ambassadeurs avait déjà repris leur place, ceux-ci étant prêts à entamer les débats de l'après-midi. L'arrivée si brusque des midgardiens et du dieu du tonnerre ne passa bien évidemment pas inaperçue, si bien que de nombreux regards se posèrent sur eux une fois qu'ils eurent rejoint le centre de la salle.

−Mademoiselle Stark, commença Waldran, il y aurait-il un problème ?

Manquaient encore à l'appel quelques personnes telles que Freya, Tholian, Garhil, Ardrel, Clayra, Loki, Heyden, Galam, Skelne et Belyon. Ce fut l'une des premières choses à laquelle Madison fit attention en regardant autour d'elle, mémorisant chaque détail. Les sourcils légèrement froncés, elle leva les yeux en direction du Doyen qui s'était adressé directement à elle, réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire. Seulement, avant qu'elle n'ait le temps d'ouvrir la bouche pour lui répondre quelque chose, elle et tous les autres sentir le sol se mettre à trembler, doucement au début, puis de plus en plus fort.

Son regard vagabonda à travers la pièce avant d'être attiré par la Providence, dont l'étincellement s'accentuait étrangement au fil des secondes. La lumière bleue qui en émanait brillait de plus en plus et au bout d'un moment, il y eu un violent flash aveuglant qui l'obligea à se protéger les yeux du revers de la main.

. . . . . . . .

−Toujours rien ? demanda Vision, debout près du tableau sur lequel étaient accrochées des dizaines de photos et articles de journaux en tous genres.

−Rien, lui confirma Steve en regardant son transmetteur. J'ai déjà essayé tout à l'heure, mais je n'ai pas eu de réponse non plus. J'imagine qu'ils doivent être occupés à enquêter, ou bien qu'ils se trouvent au beau milieu d'une réunion.

−Tu as quand même spécifié que c'était urgent, non ? l'interrogea la sorcière, qui faisait les cent pas. Aucun d'eux ne répond, et ils ne nous ont plus donné la moindre nouvelle sur l'avancée des événements depuis ce matin, alors qu'ils nous avaient clairement signifié qu'ils nous contacteraient toutes les trois heures au minimum. Il est presque quatorze heures, s'exclama-t-elle en lui indiquant la montre accrochée à son poignet droit.

−Wanda, ne perds pas ton calme, lui demanda gentiment l'Avenger originel. Quel que soit le problème qu'il puisse y avoir, et encore, nous ne sommes même pas sûrs que ça soit le cas, je suis persuadé qu'ils sauront le surmonter sans le moindre mal. Cela m'ennuie de le dire à voix haute, mais il n'y a rien que nous puissions faire pour les aider depuis la Terre.

−Vous êtes certains qu'ils marchent bien, vos engins ? chercha à savoir Jane en désignant le transmetteur.

−Bien sûr qu'ils fonctionnent convenablement ! répondit Wanda, presque offensée par cette remarque. Les premiers prototypes datent d'il y a plusieurs années, mais ceux-ci sont les modèles les plus récents ayant été conçus par les Stark, alors je doute qu'ils aient une quelconque défaillance !

−Du calme, ce n'était qu'une simple question, la rassura la scientifique. Le capitaine Rogers dit vrai, nous ne pouvons malheureusement pas les aider en cas de problème. Je sais bien que ce sont vos amis, mais tout ce que nous pouvons faire, c'est attendre. Ils reviennent demain, n'est-ce pas ?

−Normalement, oui, confirma l'intelligence artificielle. Le retour est supposé s'effectuer dans l'après-midi, s'ils ne rencontrent pas le moindre obstacle en route. Je crains cependant que compte tenu de la situation et du fait qu'ils ne nous aient pas répondu depuis un bon moment, il se peut qu'ils soient en proie à certaines complications. N'y a-t-il rien que nous soyons en mesure de faire ici et maintenant, pour arranger les choses par nous-mêmes ?

−Je ne pense pas, soupira Erik, presque abattu.

−Hum… Excusez-moi, docteur Selvig, enchaina Ian, les yeux rivés sur une machine sur l'écran de laquelle quelques données venaient tout juste d'apparaitre. Vous pourriez venir jeter un coup d'œil à ça ? Je crois qu'on a comme qui dirait des ennuis supplémentaires…

Le concerné rejoignit le jeune homme et prêta attention à toute la série de chiffres qui s'étalait devant lui. Après quelques instants, il se laissa tomber sur sa chaise en soupirant, sans pour autant quitter du regard les informations qui venaient de leur parvenir.

−On dirait que cette affaire s'aggrave, marmonna-t-il. L'air ambiant a encore gagné un degré en quelques heures seulement.

−C'est pas vrai, soupira Jane en se tenant le front, tandis que la jeune sorcière jeta un coup d'œil vers l'extérieur et regarda le ciel.

−Il se passe forcément quelque chose là-haut, commenta-t-elle en essayant de garder son calme du mieux qu'elle put et malgré la chaleur qui devenait plus qu'inquiétante pour un mois de février, elle fut parcourue d'un frisson. J'espère qu'ils vont bien… ajouta-t-elle alors qu'une sorte d'aura violette zébra les cieux un instant avant de disparaitre.

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Lorsque Madison rouvrit les yeux, elle se rendit compte qu'ils n'étaient plus que cinq à tenir debout. Tous les autres s'étaient brusquement effondrés sur le sol, comme endormis. Elle regarda tout autour d'elle, ayant du mal à se situer après l'éclat lumineux surpuissant qu'il y avait eu, elle se sentait un peu désorientée et sa vue était légèrement trouble. Lorsque sa vision redevint à peu près normale, elle reconnut les silhouettes de Thor ainsi que celles de trois Doyens qui leur faisaient face. Ses mains tremblaient, elle se doutait que quelque chose n'allait pas.

−Mais enfin, qu'est-ce que… commença Lenrad, mais il fut propulsé à l'autre bout de la pièce par une violente force invisible, sous les regards surpris des deux Avengers.

Ce dernier, alors étendu non loin des représentants du Royaume de Svartalfheim, remua un peu et tenta de se redresser, en vain. Une sorte de puissance l'empêchait de se relever, bien qu'il fût l'un des plus grands sorciers qu'Arcturus IV ait jamais connu. La mutante l'observa un instant en plissant les yeux qu'elle cligna quelques fois à cause de la lumière ambiante à laquelle elle ne s'était pas encore réhabituée. Elle avait l'impression que de la lave en fusion coulait dans ses veines, l'asséchant. Elle avait rapidement compris que la Providence avait été activée, mais elle ignorait pourquoi elle ne s'était pas endormie comme la plupart. Après tout, elle restait humaine, mais un élément semblait la maintenir éveillée. Cependant, elle ne parvint pas à résister et demeurer debout et droite, ce que Thor sembla remarquer car avant qu'elle ne tombe et que ses genoux ne rencontrent le sol, il se précipita derrière elle pour la retenir afin d'éviter qu'elle ne se blesse.

Seulement, après qu'elle l'ait remercié dans un souffle, il fut violemment projeté contre le mur opposé, et le mur en question se déploya autour de ses bras, l'empêchant ainsi de bouger. La jeune femme y assista, impuissante, agenouillée à terre. Le dieu essaya de se libérer mais malgré sa force, il en fut totalement incapable. Elle leva alors la tête en direction de l'estrade où se trouvaient encore deux des Doyens. Ces derniers se dévisagèrent un instant avant de reporter leur attention sur la midgardienne qui se trouvait en contre-bas. Madison posa brièvement les yeux sur son frère, dont les traits du visage étaient détendus, puis sur les corps inanimés de Natasha, Peter et Bucky, puis elle se reconcentra sur les deux individus lui faisant face, décidant de faire abstraction de cette douleur qui commençait à grandir en elle. Il y eut alors une seconde secousse et ce fut au tour de Waldran de tomber dans les pommes, laissant ainsi les deux femmes se fixer l'une l'autre.

−Je ne m'attendais pas à ce que vous compreniez aussi rapidement, déclara Lydra d'un calme olympien en quittant sa place, tenant fermement son bâton de magicienne dans sa main gauche. Il semblerait que je vous ai sous-estimée, Stark.

−Vous n'auriez peut-être pas dû, confirma la concernée. C'était bien joué, d'utiliser votre magie pour trafiquer les registres et nous mettre sur la piste de Lenrad, ajouta-t-elle tandis que le chef des trois Doyens se mit à regarder sa collègue sans comprendre. Vous auriez sans doute dû essayer de vous dire que nous n'étions pas si naïfs que ça…

−En effet, vous ne l'êtes pas. Qu'est-ce qui m'a trahie ? lui demanda-t-elle.

−Vos pouvoirs, affirma simplement la midgardienne, mais l'air interrogateur que lui lança l'arcturienne la poussa à détailler sa réponse. Vous vous êtes montrée très amicale avec nous jusqu'à aujourd'hui. Vous nous avez soutenus, bien que vous ayez joué la carte de la prudence en faisant semblant de vous méfier au début, tout comme le faisaient les autres à notre égard. A vrai dire, jamais je n'aurais été capable de deviner que vous étiez la personne derrière tout cela si vous ne m'aviez pas parlé ce matin, après la réunion des ambassadeurs.

−C'est-à-dire ? l'interrogea-t-elle en descendant lentement les marches de l'estrade sur laquelle elle se tenait.

−Vous m'avez pris la main, lui rappela Madison. J'ai ressenti votre énergie, et j'imagine que vous cherchiez simplement à gagner ma confiance, atténuer les soupçons que j'aurais pu avoir envers vous. Manque de chance, je sais reconnaitre une forme de sorcellerie à laquelle j'ai déjà été confrontée lorsque j'y fait à nouveau face. Cela laisse une sorte d'empreinte unique… La vôtre était similaire à celle que j'ai ressentie tout à l'heure en consultant les ouvrages de votre bibliothèque.

−… C'était bien joué, reconnut Lydra. Vraiment très intelligent de votre part, poursuivit-elle, un sourire mauvais aux lèvres. Seulement voilà : même si vous êtes parvenue à cette conclusion, il est malheureusement trop tard pour que vous puissiez faire quoi que ce soit.

Elle frappa le sol de son bâton et Madison se retrouva avec les bras enchaînés le long du corps par des filaments lumineux à l'aspect pourtant fragile et inoffensif. A ce moment-là, des gardes armés entrèrent en trombe dans la salle, mais la sorcière les envoya valser d'un simple mouvement du poignet, les paralysant par la même occasion. La mutante entendit derrière elle son meilleur ami pester à l'encontre de leur rivale, celui-ci se débattant pour se libérer du sort qui le retenait prisonnier.

−Vous avez de la chance que la Providence n'ait pas agi sur vous, compléta Lydra en baissant les yeux vers la terrienne. Je dois avouer que je ne m'y attendais pas. C'est probablement parce que la magie d'Eléa coule dans vos veines que vous avez pu résister à une telle puissance. Quant à vous, Majesté, poursuivit-elle en détaillant attentivement le blond de la tête aux pieds, c'est très certainement grâce à votre statut de « dieu »… Mais cela n'a plus la moindre importance. Vous êtes désormais à ma merci.

−Pourquoi, Lydra ? lui lança Lenrad, visiblement furieux. Midgard n'a jamais fait partie des peuples néfastes, hostiles… Pourquoi s'en prendre à eux ?

−Tout simplement parce ses habitants ne sont qu'insignifiants, se justifia-t-elle auprès de son « ami ». Il y a bien longtemps que la question de réintégrer ce Royaume au Tribunal de l'Yggdrasil se posait, et c'était une idée que je trouvais parfaitement absurde. Après tout, ces gens n'en étaient pas dignes… Nous les avons tenus à l'écart durant des siècles entiers sans que cela ne semble poser le moindre problème à quiconque, jusqu'à ce que nous ne prévenions les autres peuples qu'une nouvelle réunion aurait lieu cette année. Pourquoi a-t-il fallu que vous proposiez de faire revenir des individus aussi primitifs et inutiles, Lenrad ?

−Vous savez ce qu'ils vous disent, les êtres primitifs ? s'exclama Madison, de très mauvaise humeur, mais Lydra ne fit pas attention à la remarque de cette dernière et elle poursuivit son récit.

−Cela faisait un long moment que je cherchais un moyen de nous débarrasser de ces gens afin qu'il ne reste plus que ce qu'il y a de meilleur. Alors, lorsque vous nous avez fait part de votre projet il y a quelques semaines, j'ai essayé de tourner la situation à mon avantage en commençant à m'attaquer à Midgard à distance, et personne ne pouvait se douter que l'idée venait de moi. Ce Conseil est réservé à ceux qui le méritent, et vous, déclara-t-elle en désignant la mutante, la seule chose que vous méritiez était de perdre l'appropriation de votre planète. Pour ma part, je ne pouvais en aucun cas m'opposer à vous, car mes plans auraient fini par être déjoués. En revanche, il était prévu que vous perdiez. Vos belles paroles n'étaient pas supposées convaincre tout le monde ici. Mais ne vous en faites pas, votre peuple n'est que le premier sur la liste. Bientôt, il n'existera plus qu'un seul Royaume dans l'Yggdrasil, et tous les autres devront se soumettre ou accepter de disparaitre à jamais…

−On dirait que vous adorez vraiment truquer ce genre de réunions, marmonna l'autre femme. Navrée que votre programme ait subi quelques modifications en cours de route… Je vous aurais bien dit que j'espérais que vous feriez mieux la prochaine fois, mais…

−Assez, commenta la Doyenne. Vous deviez échouer ! Comment quelqu'un d'aussi faible émotionnellement parlant que vous a fait pour gagner la confiance d'un individu aussi revêche, âcre et hargneux qu'Areon ? Lui qui a toujours méprisé les midgardiens de plus profond de son être, pourquoi s'est-il braqué ainsi ? soupira-t-elle en posant les yeux sur le Géant de feu endormi un peu plus loin.

−Probablement parce qu'elle est honnête avec les autres, contrairement à vous ! lui cracha Thor en continuant à se débattre.

Les liens qui retenaient Madison se resserrèrent un peu, et elle tenta de masquer le fait que c'était loin d'être sans douleur en serrant les dents. Thor eut l'air de remarquer le mal-être de la jeune femme, ce qui ne fit qu'intensifier sa rage envers l'arcturienne.

−Inutile de vous agiter, intima cette dernière à sa prisonnière, la première activation de la Providence vous a grandement affaiblie… Vos pouvoirs ne vous seront d'aucune utilité face à moi, très chère.

−Comment avez-vous fait ? lui demanda Madison d'une voix légèrement déformée par sa peine. Pour vous en prendre à notre monde à une telle distance…

−Disons que je connaissais les bonnes personnes pour me venir en aide… Des personnes qui avaient autant envie que moi de voir votre peuple s'effondrer sur lui-même afin d'en prendre le contrôle et qui comme moi, se demandent encore ce que quelqu'un d'aussi sage et réfléchie que Eléa a pu voir en vous… Vous vous êtes présentée à ce Tribunal comme étant quelqu'un d'instable, de dangereuse et d'irresponsable, mais vous vous trouvez quand même en possession de l'une des formes de magies les plus puissantes que l'Univers ait connu. Et cette magie n'est pas faite pour être laissée entre les mains de quelqu'un comme vous. Jamais vous n'auriez dû l'avoir à votre disposition, Stark. Vous n'en êtes pas digne…

−Elle l'est certainement plus que vous, affirma Lenrad, toujours cloué au sol. Lydra, elle a été choisie pour une bonne raison, et vous ne pouvez en aucun cas réfuter sa décision, même si Gaïa n'est plus parmi nous aujourd'hui !

Les liens se serrèrent davantage et cette fois-ci, la mutante ne put retenir un cri de douleur.

−Laissez-la tranquille ! tonna Thor, et des éclairs zébrèrent le ciel à l'extérieur.

Madison voulut utiliser sa magie pour affronter Lydra, et une étincelle verte s'alluma dans ses yeux. Seulement, cette lueur disparut rapidement, bien trop rapidement. La brune était trop fatiguée pour réussir à attaquer son adversaire, qui prenait le dessus sur eux et qui fit quelques pas en avant pour s'approcher d'elle. Elle faisait de son mieux pour dissimuler le fait qu'elle commençait à souffrir atrocement, que son angoisse et son affliction ne faisaient que s'accentuer au fil des secondes. L'arcturienne utilisa le bout de son bâton pour soulever avec une extrême douceur le menton de la jeune femme agenouillée devant elle.

−Vous n'êtes pas digne, répéta-t-elle presque dans un murmure. Mais je peux arranger cela…

La pierre qui se trouvait à l'extrémité du sceptre s'illumina brusquement et entra en contact avec le buste de Madison, et la lumière ne fit dès lors que s'intensifier. Elle essaya une nouvelle fois de se libérer de cette étreinte sans pour autant y parvenir, criant à Lydra de la laisser tranquille, et une aura rayonnante l'enveloppa durant un laps de temps qui lui parut interminable avant qu'elle ne s'efface pour rejoindre la roche fixée au bâton de la magicienne. Après cela, la mutante bascula sur le côté, à bout de forces et toujours solidement attachée. Sa tête était lourde, elle avait l'impression que cette dernière allait exploser. Elle était si épuisée qu'elle ne comprit pas un seul mot du flot d'insultes qu'hurlait Thor à l'adresse de leur ennemie. Elle voyait si trouble qu'elle se décida à fermer les yeux, espérant que ce cauchemar dans lequel elle était plongée prendrait fin au plus vite. Les dernières choses qu'elle vit furent des silhouettes enflammées disparaissant dans un flash lumineux similaire à celui qu'avait provoqué la Providence lorsqu'elle avait été activée la première fois puis ce fut le black-out total.

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Toujours le regard porté vers l'horizon, Wanda sentit brusquement le sol commencer à trembler. Autour d'elle, les appareils scientifiques commençaient à « délirer » et affolaient leurs propriétaires. Elle se tourna vers tous les autres, plus inquiète que jamais. Instinctivement, Vision la rejoignit pour la protéger et s'assurer que rien de lui arrive, se posant les mêmes questions qu'elle : pourquoi les tremblements avaient-ils repris de la sorte ?

−Sans vouloir manquer de respect à votre bande, lança Darcy, je doute fortement qu'ils aient le contrôle de la situation, là-haut !

−Non, sans rire ! lui répondit ironiquement Jane en s'accrochant par réflex à la table devant elle.

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Des voix fusaient dans tous les sens, mais elle avait du mal à en déterminer l'origine. Ce n'est qu'au bout de quelques secondes qu'elle perçut la panique que devaient ressentir ceux qui s'exprimaient et même les yeux fermés, elle comprenait que les choses avaient forcément dû dégénérer et non s'arranger comme elle l'aurait souhaité. Elle remua légèrement et quelqu'un près d'elle dû s'en rendre compte, car elle sentit une main glacée se poser sur sa joue. Il lui fallut encore quelques instants pour discerner ceux qui étaient en train de parler avec tant d'inquiétude. Il fallut ensuite faire un effort considérable pour soulever ses paupières, et sa vue n'était pas encore tout à fait rétablie. Elle ne vit au début que des tâches de couleur déformées qui s'animaient comme au ralenti tandis qu'une seconde main inconnue s'empara de la sienne. Cette fois-ci, elle reconnut le contact si familier de son grand frère, et elle fut des plus rassurée. Le savoir à ses côtés l'apaisait.

Elle éprouvait la sensation qu'une boule de glace s'était formée dans sa poitrine, s'élargissant peu à peu et ralentissant sa respiration. Elle cligna des yeux avec difficulté, et ses sens retrouvèrent peu à peu leur fonctionnement normal. Elle aperçut le visage de Tony au-dessus du sien ; il n'avait plus rien à voir avec cet air apaisé qu'elle avait aperçu lorsqu'il était endormi. Elle n'y percevait que de l'inquiétude. Elle prit une grande bouffée d'air qui sembla briser en mille morceaux cette fameuse boule de glace, et elle se sentie libérée d'un énorme poids. Les cloches sonnaient toujours avec insistance dans sa tête mais au moins, elle avait repris connaissance, ce qui avait l'air d'en rassurer plus d'un autour d'elle. Elle tenta alors de se redresser un peu trop brusquement mais quelqu'un l'en empêcha en la retenant doucement par le bras.

−Hey, vas-y doucement, lui suggéra Tony avant de poser une main sur son front. Tu as été pas mal secouée et je crois que tu as un peu de fièvre. Essaie d'abord de simplement te mettre assise, poursuivit-il en la soutenant dans le dos.

−J'ai été inconsciente longtemps ?

−Sept ou huit minutes, l'informa-t-il. On s'est tous réveillés d'un coup, seuls toi et Blondie étiez encore dans les vapes, expliqua-il tandis qu'elle se mit à chercher Thor du regard sans pour autant le trouver, ce que le milliardaire semble remarquer. Il est sorti il a quarante-cinq secondes à peine avec Lenrad pour qu'ils discutent de ce qu'il s'est passé, et ils avaient tous les deux l'air assez remonté.

−Où est Lydra ? demanda-t-elle subitement.

−Envolée, déclara Natasha en s'agenouillant à sa hauteur. Elle a dû se sauver juste après vous avoir mis hors d'état, et elle en a profité pour détruire une grande partie de la flotte arcturienne, probablement pour s'assurer qu'on ne la suivrait pas, où qu'elle aille… Mais si tu veux mon avis, je crois que nous savons toutes les deux où elle a l'intention de se rendre. Steve a envoyé des messages pendant que nous étions endormis et apparemment la situation n'a fait qu'empirer au cours des dernières heures. Je ne sais pas comment ils ont fait, mais Lydra et ses complices sont déjà sur place.

−Et qui sont ces fameux complices, histoire que je me tienne informée ?

−Comme tu peux t'en douter, marmonna Bucky, bras croisés, ce sont ces enfoirés de Géants de feu. Ce sont eux qui ont fait exploser les vaisseaux avant de se tirer… Elrion et Freya sont en train d'interroger Areon pour lui soutirer des informations.

Madison tourna la tête et aperçut en effet l'ambassadeur de Muspellheim ainsi que l'un de ses acolytes qui se faisaient questionner avec méfiance par la guerrière et l'Elfe clair. Elle soupira et s'appuya sur ses deux bras pour se redresser et voyant l'insistance de la jeune femme, Tony concéda à l'aider à se lever. Une fois debout et toujours soutenue par son frère, elle jeta un coup d'œil en direction de sa meilleure amie et baissa la tête.

−Tu ne leur as pas encore dit ?

−Disons que je n'en ai pas spécialement eu le temps, se justifia la rouquine, entre le moment où on s'est endormis à cause d'une forme de magie qui nous dépasse totalement et celui où l'on s'est rendus compte que nos ennemis s'étaient fait la malle… Et excuse-moi de m'être un peu trop inquiétée en te voyant inconsciente. D'après Thor, la Providence n'a pas eu le même effet sur vous deux la première fois, même chose pour Lenrad et Waldran.

Un peu plus loin, le ton monta d'un cran, ce qui attira de nombreux regards sur la provenance de ces éclats de voix. Freya était d'une humeur exécrable et elle s'emportait contre Areon avec férocité et acharnement, voulant à tout prix savoir quels étaient ses plans. A ses côtés, Elrion dévisageait leurs deux adversaires avec un certain mépris. D'autres s'étaient joints à eux pour s'en prendre aux Géants de feu présents, tels que Beorth, Willras, Elohen et Jeshoan. Parmi les autres, certains se remettaient lentement de leurs émotions et essayaient de récupérer leurs forces après l'attaque qu'ils avaient subie tandis que le reste observait en silence le groupe de midgardiens qui eux-mêmes regardaient les deux Géants de feu se faire assommer de questions et menaces en tous genres. A part la mutante, il n'y avait que Natasha qui ne les détaillait pas d'un œil mauvais. Areon, de son côté, tentait tant bien que mal de se défendre face aux accusations qui pesaient sur lui.

−Ce n'est pas lui, souffla Madison.

Elle sentit alors quelque chose couler sur son visage, et un goût acre apparut dans sa bouche. Elle devina qu'il devait y avoir un problème lorsqu'elle vit que son frère l'observait avec une certaine inquiétude, les sourcils froncés. Elle porta sa main à son nez et c'est en la retirant qu'elle se rendit compte qu'elle saignait. Elle essuya brièvement ce sang qui coulait du revers de la manche, mais son « mal-être » ne passa pas inaperçu auprès de ses proches. Ils furent alors rejoints par Waldran, qui s'appuyait maladroitement sur son bâton de magicien. Il paraissait lui aussi légèrement affecté par l'utilisation de la Providence, mais bien moins que tous les autres. Il posa les yeux sur la brune, attrapa délicatement sa main, attendit quelques secondes et soupira.

−Il s'agit là, je le crains, de l'un des effets secondaires…

−Comment ça, « effet secondaire » ? s'inquiéta Tony. Ça veut dire quoi, qu'est-ce qu'il se passe ?

Il vit sa sœur baisser les yeux pour regarder ses mains qui tremblaient.

−… Maddie ? reprit-il, de plus en plus inquiet, et Madison redressa la tête pour plonger son regard dans le sien.

−… Lydra a absorbé mes pouvoirs…