Meliodas

Lorsque je passe la porte de chez moi, j'ai l'impression d'entrer dans un restaurant italien. Je regarde Ban, qui a l'air aussi confus que moi. Je défais mes lacets et je me déchausse puis je suis le divin parfum jusqu'à la cuisine. C'est le petit cul d'Elizabeth que je vois en premier. Elle est vêtue du tablier rose de Gil et elle penchée devant le four dont elle sort un plat de lasagnes fumantes. Lorsqu'elle entend le bruit de mes pas, elle regarde par-dessus son épaule et elle sourit.

– Vous arrivez pile à l'heure !

Je suis bouche bée.

– Meliodas ? Allô ?

– Tu as fait à manger ?

Son sourire s'efface un peu.

– Oui. Je n'aurais pas dû ?

Je suis tellement touché que je ne trouve pas les mots pour répondre. Heureusement, Howzer arrive et répond à ma place.

– Waouh, Bébé, ça sent super-bon.

– Je mets la table ! annonce Gilthunder qui est juste derrière lui.

Gilthunder et Howzer s'affairent donc à aider Elizabeth tandis que Ban reste abasourdi à côté de moi.

– Elle fait aussi à manger ?

Il y a quelque chose dans le ton de sa voix, enfin pas quelque chose, parce que c'est clairement de l'envie, qui me met sur mes gardes. Merde, est-ce qu'elle lui plaît vraiment ? Je pensais qu'il voulait juste coucher avec elle, mais à la façon dont il la regarde…

Je n'aime pas du tout ça.

– Mec, garde-la dans ton froc, tu veux ?

Ban rigole doucement, apparemment il a compris le fond de ma pensée.

– Bon sang, ça a l'air trop bon, dit Gilthunder qui se tient devant le plat avec un couteau et une spatule.

Nous nous asseyons à la table de la cuisine, qu'Elizabeth a non seulement lavée mais couverte d'une nappe bleu et blanc. En dehors de ma mère et ma grand-mère, aucune femme n'a jamais fait à manger pour moi et… je crois que ça me plaît.

– Alors, tu vas te déguiser, demain ? demande Gilthunder à Elizabeth en la servant.

– Pour quoi faire ?

– Pour Halloween, espèce de quiche, répond-il en souriant.

– Ah merde ! grogne-t-elle. C'est demain ?

– Tu veux des idées de costume ? intervient Howzer. Pourquoi pas l'infirmière sexy ? Ou plutôt non, on est au vingt et unième sexe, le médecin sexy ! Ou alors, la pilote de l'air sexy.

– Je ne me déguise en sexy rien du tout, mais merci pour tes suggestions. Je suis suffisamment punie de devoir servir des verres à tous les étudiants qui font le marathon des foyers.

– Merde, tu es coincée à faire ça ? je demande en riant.

Le marathon des foyers a lieu tous les ans pour Halloween. Le concept, c'est que les étudiants s'arrêtent dans chaque foyer pour boire gratuitement avant de passer au suivant.

C'est censé être très amusant.

Elizabeth répond en faisant la moue.

– Je l'ai fait l'an dernier, aussi. C'était nul. Vous avez intérêt à vous arrêter à Bristol House, les mecs.

– Avec plaisir, ma belle, dit Ban sur un ton séducteur qui me crispe. Mais ne t'attends pas à y voir Meliodas, en revanche.

– Tu ne sors pas pour Halloween ? demande-t-elle en me regardant.

– Non.

– Pourquoi ?

– Parce qu'il déteste Halloween, répond Howzer. Il a peur des fantômes.

Je lui fais un doigt d'honneur, mais plutôt que d'avouer la vraie raison pour laquelle je hais le trente et un octobre de tout mon cœur, je hausse les épaules et je sors mon excuse habituelle.

– C'est une fête sans intérêt avec des traditions stupides.

Gilthunder finit de servir tout le monde, puis il s'assoit et plante sa fourchette dans ses lasagnes.

– Putain, qu'est-ce que c'est bon ! dit-il entre deux bouchées.

Après ça, plus personne ne parle. Les mecs sont affamés après trois heures d'entraînement. Nous ne perdons pas une minute et nous engloutissons les lasagnes, le pain à l'ail et la salade César qu'Elizabeth a préparés.

– Je savais que j'aurais dû tripler les quantités, dit Elizabeth en regardant le plat vide, abasourdie.

Elle se lève pour débarrasser, mais Gilthunder l'attrape et la sort manu militari de la cuisine.

– Ma maman m'a appris les bonnes manières, Ellie. Si quelqu'un te fait à manger, c'est toi qui fais la vaisselle. Point barre. Eh, vous allez où, jeunes filles ? demande-t-il à Howzer et Ban qui essaient de s'échapper. La vaisselle, bande d'enfoirés. Cap'tain, toi tu y échappes puisque tu dois raccompagner notre charmante cuistot chez elle.

Dans le couloir, je prends Elizabeth par la taille et je penche la tête pour l'embrasser.

– Pourquoi tu ne peux pas être plus grande ?

– Pourquoi tu ne peux pas être plus petit ? rétorque-t-elle.

– Merci pour le repas, je dis en l'embrassant. C'était vraiment adorable de faire ça.

Elle rougit légèrement.

– Je me suis dit que je te devais bien ça… tu sais… dit-elle en rougissant davantage. Parce que tu es un dieu du sexe et tout et tout.

– Est-ce que ça veut dire que pour chaque orgasme que je te donnerai, tu me feras à manger ? je demande en riant.

– Non. C'était la première et la dernière fois, dit-elle en se mettant sur la pointe des pieds pour chuchoter dans mon oreille. Mais moi, j'aurai quand même les orgasmes.

Comme si je pouvais dire non à ça !

– Allez, je te ramène chez toi. Tu as cours tôt demain matin, non ?

Waouh, je connais son emploi du temps ?!

Je ne sais pas trop ce qui se passe entre nous. J'ai accepté de l'aider avec ses problèmes de sexe mais… c'est fait, non ? Elle a eu ce qu'elle voulait, et on n'a même pas eu à coucher ensemble, donc techniquement, elle n'a aucune raison de le faire. Ni de continuer à me voir, d'ailleurs.

Quant à moi… je ne veux pas de petite amie. Mes seules préoccupations sont, et ont toujours été, le hockey, mon diplôme et l'équipe pro dans laquelle je serai pris après la fac. Sans oublier que je dois impressionner les recruteurs qui commencent déjà à assister à nos matchs. La saison est bien lancée, ce qui veut dire plus d'entraînements, plus de matchs et encore moins de temps à accorder à tout ce qui n'a pas trait au hockey.

Mais alors, pourquoi l'idée de passer moins de temps avec Elizabeth me rend si triste ?

Elle commence à tourner les talons pour partir, mais je la tire à moi pour l'embrasser à pleine bouche. Je me laisse envoûter par son goût, sa chaleur et tout ce qui fait qu'elle est elle.

Je ne m'attendais pas à la rencontrer. Parfois, les gens vous surprennent et vous oubliez comment vous avez fait pour vivre sans eux, comment vous passiez vos journées ou traîniez avec vos amis et baisiez d'autres meufs sans que cette personne soit dans votre vie.

Peut-être est-il temps de revoir ma position au sujet des petites amies.

Elizabeth

– Booooouuuuuuuh !

Je sors la tête de mon placard dans lequel je cherchais désespérément quelque chose qui ferait office de déguisement, et j'écarquille les yeux en voyant la créature qui se tient à ma porte. Je ne comprends pas ce que Diane est censée être. Elle porte une combinaison bleue en lycra moulant, des plumes et… ce sont des oreilles de chat ?

– En quoi es-tu déguisée, ma chérie ?

– Je suis un oiseau-chat ! s'exclame-t-elle comme si c'était évident.

– Un oiseau-chat ? Qu'est-ce qu'un… ok… pourquoi ?

– Parce que je n'arrivais pas à décider si je voulais être un chat ou un oiseau, alors King m'a dit d'être les deux. Je suis sûre qu'il plaisantait, mais j'ai décidé de le prendre au mot.

J'éclate de rire.

– Il va regretter de ne pas avoir proposé quelque chose de moins ridicule, comme l'infirmière sexy, ou la sorcière sexy, ou…

– Fantôme sexy, ou arbre sexy, ou boîte de mouchoirs sexy, soupire Diane. Bon sang, les gens pensent qu'il suffit de rendre n'importe quel nom commun sexy pour avoir un déguisement. Si tu veux te déguiser en traînée, pourquoi ne pas juste l'assumer ? Tu sais quoi ? Je déteste Halloween, conclut-elle.

– Alors, pourquoi tu vas à la fête ? Tu devrais aller traîner avec Meliodas. Il reste tout seul chez lui ce soir.

– Ah bon ?

– Ouais, il est anti-Halloween, je réponds.

Cependant, j'ai eu le sentiment qu'il y avait autre chose derrière sa haine d'Halloween. Peut-être lui est-il arrivé quelque chose d'horrible un trente et un octobre.

Peut-être que des racailles lui ont jeté des œufs pourris dessus. Ou peut-être qu'il a regardé le film Halloween et qu'il a eu des cauchemars pendant des semaines. En tout cas, c'est ce qui m'est arrivé quand j'ai regardé mon premier film d'horreur à l'âge de douze ans.

– King m'attend en bas, donc je m'en vais, dit-elle en m'embrassant sur la joue. Amuse-toi bien avec Gelda !

C'est cela, oui. Je regrette déjà d'avoir accepté de l'aider. Je ne suis pas du tout d'humeur à attendre toute la nuit que des gamins bourrés débarquent pour boire leur énième verre. D'ailleurs, plus j'y pense, plus je suis tentée d'annuler, surtout quand j'imagine Meliodas tout seul chez lui, à regarder son reflet dans le miroir ou à jeter une balle de tennis contre un mur comme ils le font en prison.

J'abandonne ma quête d'un costume qui n'en est pas un et je traverse le couloir de mon palier pour aller chez Gelda.

– J'arrive ! crie-t-elle après que j'ai frappé.

Elle ouvre une minute plus tard en se peignant d'une main tandis que l'autre applique de la poudre blanche sur ses joues.

– Salut ! Happy Halloween !

– Happy Halloween… Écoute… est-ce que tu me détesterais si je te posais un lapin ce soir ? Et qu'en plus j'empruntais ta voiture ?

– Ohhh, tu ne viens pas ? Pourquoi ?

Mince, elle a l'air vraiment déçue, j'espère qu'elle ne va pas pleurer, quand même.

Gelda est le genre de fille qui fond en larmes pour un rien, même si honnêtement, je crois qu'elle se force souvent parce que ses larmes semblent toujours sécher très vite.

– Un ami à moi ne va pas très bien et ça me gêne de le laisser tout seul.

– Et… est-ce qu'à tout hasard cet ami s'appelle Meliodas Demon ? demande Gelda.

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce qu'Diane m'a dit que vous sortiez ensemble.

Mais bien sûr !

– On ne sort pas ensemble, mais oui, c'est bien l'ami dont je parle.

À ma grande surprise, Gelda sourit jusqu'aux oreilles.

– Pourquoi tu ne l'as pas dit tout de suite ? Tu crois vraiment que je t'en voudrais de m'abandonner pour aller te taper Meliodas Demon ? Par contre, il faut que je te prévienne que je vais vivre ton histoire par procuration. Ce mec est tellement beau qu'il suffirait qu'il me sourie pour que je mouille ma culotte.

Je n'ai pas la moindre idée de comment répondre à ce qu'elle vient de dire, alors je l'ignore complètement.

– Tu es sûre que ça va aller ?

– Mais oui, ça ira. Ma cousine est venue me voir, je vais la recruter pour m'aider.

– J'ai entendu ! crie une voix depuis l'intérieur de leur appartement.

– Merci de le prendre aussi bien, dis-je en souriant.

– Pas de souci. Attends une seconde, dit-elle avant de s'absenter pour revenir avec les clés de sa voiture. Écoute, je ne sais pas ce que tu penses des sextapes, mais si tu en as l'occasion, je te serais reconnaissante d'enregistrer chaque seconde de ce que tu fais avec ce beau gosse, ce soir.

– Absolument pas, je réponds en lui prenant les clés. Amuse-toi bien, ma poule.

De retour dans ma chambre, je prends mon téléphone pour écrire à Meliodas.

Moi : Tu es à la maison ?

Lui : Ouaip.

Moi : Je laisse tomber le marathon. Je peux passer ?

Lui : Enfin, tu te ressaisis ! Ramène vite ton p'tit cul ici.