Chapitre 25
L'incertitude
Le mercredi 16 février 2000
Léna scrutait le visage de George avec attention tandis qu'il prenait sa première bouchée de crêpe au caramel beurre salé. Elle avait décidé de l'emmener manger dans une crêperie bretonne, pas très loin de son appartement. Non pas que la distance posait problème pour eux, mais elle aimait particulièrement cet endroit. Elle initiait ainsi George au célèbre caramel beurre salé breton. Il grimaça tandis que ses papilles découvraient ce goût encore inconnu. Il mâcha un moment avant d'afficher une mine perplexe.
– Je ne sais pas si j'aime ou pas, avoua-t-il.
– Retente, l'incita Léna tandis qu'elle-même dégustait sa crêpe avec appétit.
Il s'exécuta et eut finit sa crêpe en un rien de temps.
– Bon, ok, j'avoue que c'est délicieux. J'aurais simplement aimé te prouver que tu avais tort. Tu semble si fière des spécialités bretonnes, ça m'agace. Mais d'accord, je me rends, c'est hyper bon.
Léna afficha un large sourire en signe de victoire. Elle se moqua de George quand il se lécha les doigts un à un à cause du caramel qui avait coulé partout.
– C'est peut-être bon mais c'est pas hyper pratique.
Léna leva les yeux au ciel.
– Au fait, tu ne m'as pas parlé d'Angelina, lui rappela-t-elle. Alors comme ça, toi et Lee, vous lui avez parlé de moi ?
En vérité, elle mourrait d'envie d'aborder le sujet Angelina depuis un bon moment.
– Juste un peu, nuança George. Pour ma défense, c'est Lee qui a commencé. Il ne tarissait pas d'éloges sur toi, il a dit à Angelina que tu m'avais beaucoup aidé, ce qui n'est pas faux.
– Mais tu…
– Je t'ai aidé aussi, oui, je sais. J'ai deviné que tu allais me rappeler ça. Tu es trop modeste, tu rapportes toujours tout aux autres.
– C'est la vérité, on s'est entre-aidés, après tout.
George acquiesça pour lui faire plaisir, elle se sentait toujours obligé de rappeler qu'il en avait fait autant pour elle que elle pour lui.
– Et donc, Angelina ? répéta-t-elle.
– C'est une amie de Poudlard, répondit simplement George.
Cela était loin de nourrir la curiosité de Léna.
– Elle a l'air de compter pour toi, non ? demanda-t-elle.
– Elle rapporte de vieux souvenirs avec elle, je suis content de la retrouver. On s'est perdu de vue pendant un petit moment, un peu après que Fred… C'est ma faute, je tenais tout le monde à distance, même ma propre famille parfois. Angelina aussi a été touchée par ce qui est arrivé à Fred. Elle était notre amie à tous les deux, elle tenait à Fred. Étrangement, on a évoqué ensemble de vieux souvenirs de Fred, et ça ne m'a pas fait si mal que ça. C'est dans ces moments que je réalise que j'ai avancé un peu.
Léna acquiesça, comprenant parfaitement ce qu'il voulait dire.
– Je vis un peu la même chose en ce moment, admit-elle. J'ai retrouvé ce vieil ami, Danny. Il était le meilleur ami de Yann. Avant la semaine dernière, il n'était même pas au courant de sa… mort. Ce n'était pas sa faute, Yann avait rompu tout contact avec lui avant de partir combattre dans cette fichue guerre. Mais ça m'a fait bizarre de reprendre contact avec cette ancienne partie de ma vie dans laquelle Yann était encore de ce monde. Comme toi avec Angelina, ça a fait remonter pas mal de souvenirs.
George acquiesça à son tour.
– Ah oui, Lee m'a parlé d'un certain Danny.
– Et qu'a-t-il dit ? demanda Léna en haussant un sourcil.
– Qu'il ne lui inspirait pas confiance.
Léna éclata de rire.
– Et pourquoi ça ?
– Alors ça… Je pense que c'est surtout le côté protecteur de Lee.
– Il n'a pas à s'inquiéter pour Danny, ce n'est franchement pas quelqu'un de méchant. Bien au contraire.
– Tu sais bien que Lee a toujours eu un petit coup de cœur pour toi. Tout comme il en a toujours eu un pour Angelina.
– Vraiment ? répliqua Léna.
– Lee est un grand amoureux, ou du moins il tombe très facilement sous le charme des jolies filles. Cependant, je crois bien ne l'avoir jamais vraiment vu tomber amoureux de qui que ce soit. Ce qu'il ressent, ce n'est que de petites amourettes. Crois-moi, s'il était réellement fou amoureux de toi, tu le saurais. Mais il a quand même ce petit truc pour toi qui fait qu'il te protège. Ça finira par lui passer, s'il finit enfin par trouver une fille de laquelle il tombera vraiment amoureux.
– C'est tout ce que je lui souhaite, avoua Léna, prise d'une vague de compassion pour Lee. Et il ne s'est jamais rien passé entre lui et Angelina ?
– Non, à son plus grand regret. Il passait son temps à la taquiner, à la couvrir de compliments, mais elle n'a jamais cédé. Il a fini par l'accepter, cela ne l'a jamais affecté. C'était surtout un jeu pour lui. Comme je te l'ai dis, ce n'était pas véritablement de l'amour qu'il ressentait, tout comme c'est le cas pour toi.
– Et toi, tu es déjà tombé amoureux ? demanda Léna.
George ne semblait pas s'attendre à cette question. La question sembla même le gêner un peu. Léna supposa qu'il était un peu pudique sur ce genre de sujets.
– Honnêtement ? Je n'en suis pas certain, répondit-il. Et toi ?
– Malheureusement, oui, admit-elle. L'un de mes plus grands regrets, mais on ne choisit pas quand ça nous tombe dessus, pas vrai ?
Léna inspira un grand coup. Malgré le temps, elle n'avait jamais vraiment digéré cette trahison. La toute première dans sa vie.
– Et si on y allait ? proposa-t-elle finalement.
George acquiesça et enfila son manteau. Après avoir réglé la note, ils sortirent dans la nuit et furent accueillis par un vent glacial. Ils s'emmitouflèrent un peu plus dans leurs vêtements chauds et George suivit Léna. Celle-ci avait envie de marcher un peu, bien qu'ils auraient pu échapper au vent en un battement de cils. George n'osa rien dire, malgré qu'il haïsse ce froid polaire au plus haut point.
Ils marchaient à la seule lueur des lampadaires, le silence uniquement brisé par leurs pas et le son des vagues s'écrasant contre les rochers. Léna finit par s'installer sur un banc et George fut contraint d'en faire de même.
– On se les gèle un peu, non ? intervint-t-il alors.
Léna haussa les épaules, elle semblait bien mieux résister au froid que George.
– Tu veux rentrer ? demanda-t-elle
– Disons que je ne compte pas m'éterniser ici… Je te donne cinq minutes, aller six parce que je suis gentil.
Léna leva les yeux au ciel, ce que George ne put pas voir. Elle se concentra sur la brise, appréciant sa fraîcheur contre son visage.
– Ce gars dont tu es tombée amoureuse, qu'est-ce qu'il t'avait fait ? demanda alors George.
La jeune femme comprit qu'il parlait de Thomas.
– Pas grand-chose, en fait, admit-elle. Disons que tout se passait bien dans un premier temps. C'était l'été, on profitait des vacances, de la plage. On était amoureux, du moins moi je l'étais. Je n'ai jamais su s'il avait été sincère à un moment donné. Et puis, quand l'été est parvenu à sa fin, il m'a tout simplement larguée comme une merde, sans aucune explication, rien. Il m'a franchement brisée le cœur. Je m'étais entièrement trompée sur son compte. C'était un bon comédien, ça, on peut le lui reconnaître.
– Qu'est-ce qu'il est devenu après ça ?
– Aux dernières nouvelles, mon frère lui a fichu son poing dans le pif. Après ça, je n'en ai aucune idée.
George éclata de rire et Léna accompagna son rire. C'était toujours aussi jouissif pour elle de s'imaginer cette scène.
– Finalement, on peut s'en aller maintenant ? reprit George. Sinon je risque bien de me transformer en glaçon.
– Ok, concéda Léna.
Ils disparurent et réapparurent devant l'appartement de George. Celui-ci déverrouilla la porte et ils s'y engouffrèrent.
– Oh, j'avais oublié que j'avais laissé tout ce désordre… s'excusa-t-il.
D'un geste, il remit tout en place puis invita Léna à s'installer. Il lui proposa une tasse de thé qu'elle accepta de bon cœur.
– Comment ça se fait, que tu ne sois jamais tombé amoureux ? demanda alors Léna.
George soupira silencieusement tandis qu'il avait le dos tourné. Léna n'avait pas l'air de vouloir lâcher l'affaire. Pourtant, il n'avait vraiment pas envie d'avoir cette discussion. Il tendit sa tasse de thé à Léna qui attendait patiemment sa réponse.
– Il n'y a pas grand-chose à dire, répondit George. C'est juste que ça n'a jamais été ma priorité. A Poudlard, on bossait surtout sur notre projet de boutique avec Fred. Au final, j'ai jamais eu envie de quoi que ce soit de sérieux, et je n'en avais pas non plus le temps. Et puis, par la suite, les circonstances ont fait que…
Il ne poursuivit pas. Léna comprit qu'il faisait allusion à la guerre, et puis à Fred.
– Et encore aujourd'hui, je ne suis franchement pas prêt pour m'engager dans une quelconque relation de ce genre.
Léna acquiesça.
– C'est probablement la même chose pour moi, admit-elle.
Elle repensa à Thomas. À cause de lui, elle avait désormais beaucoup de mal à faire confiance aux autres, sur un plan émotionnel. Pourtant, elle faisait entièrement confiance à George et Lee. Elle leur avait presque immédiatement accordé sa confiance. Au fond d'elle, elle savait qu'ils ne la blesseraient jamais. Mais ils étaient ses amis, donc c'était différent.
Des souvenirs remontèrent à la conscience de Léna. Elle repensa à ce jour où elle s'était complètement sentie craquer, ce jour où elle avait embrassé George. Encore aujourd'hui, elle ignorait d'où cela lui était venu. Et pourtant… tout comme elle avait refoulé ses sentiments après la mort de Yann, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait pu refouler des sentiments pour George.
Dis comme ça, cela lui paraissait dingue. George n'était que son ami… Mais et si elle s'était voilée la face ? Elle ignorait tout à fait si ces sentiments existaient quelque part, mais c'était une possibilité qu'elle devait envisager. Cela expliquerait certaines choses. Certaines de ses réactions vis-à-vis de George.
Comment faire le tri dans ce mélange de sentiments contradictoires ? George était son ami, même l'un de ses meilleurs amis, mais se pourrait-il qu'elle veuille plus, au fond d'elle ? Elle maudissait la complexité de toutes ses émotions, elle les maudissait pour se présenter à elle en cet instant. Elle ne voulait pas tout gâcher, et pourtant, elle pressentait qu'elle risquait de le faire à un moment ou un autre.
Elle leva les yeux vers George, comme à la recherche d'un signe. Celui-ci orienta à son tour son regard vers elle. Il sembla percevoir quelque chose dans les yeux de Léna qui l'inquiéta. Sans vraiment vouloir le savoir, il demanda alors :
– À quoi tu penses ?
Assez sadique de ma part d'arrêter ce chapitre ici, je le sais, mais la suite dès mardi !
Bientôt le dénouement final et tout reste pourtant incertain jusqu'ici, en ce qui concerne George et Léna. Le prochain chapitre risque donc d'être décisif !
Vos hypothèses ?
