Bonjour bonjour !
Oui, incroyable, la suite de Mondes Alternés, avec un chapitre vraiment nouveau cette fois !
Bonne lecture à vous, et surtout prenez soin de vous !
Disclaimer: Jérémie et son équipe, ainsi que X.A.N.A, Lyoko et Kadic ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient à leurs créateurs. Seuls les Mondes Alternés viennent de ma tête ~
Et, en effet, il fallut à Odd toute sa fatigue pour ne pas bondir quand enfin, la capuche qui recouvrait le visage du dernier inconnu fut enlevée. Dès l'instant où il le reconnut, il se dit qu'un jour prochain et à l'usure, il ne pourrait plus regarder Jérémie en face sans sursauter.
Quand bien même il savait qu'en face de lui ne se tenait pas Jérémie, mais Belpois.
[...]
Levawki aurait ri d'une telle scène si la dernière information n'avait pas rallumé un semblant de bonne humeur dans son esprit.
— Plusieurs noms, hein… Vieux brigand, est-ce possible que tu sois l'artisan de ce remue-ménage ?
D'un geste distrait, il renvoya ses assistants. Un sourire immense aux lèvres, il retourna à sa fenêtre d'un œil impatient, presque affamé, cette fois-ci réellement intéressé par la ville en ébullition.
— Si tu veux jouer, jouons. Il y a bien longtemps que nous n'avions plus de secrets entre nous, je suis curieux de savoir ce que tu me réserves, [i]bourreau des coeurs[/i].
Les Lyoko-Gerriers se levèrent d'un coup, dans un chaos de sentiments contradictoires. Ulrich semblait perplexe, Aelita en colère et Odd lui-même ne pouvait cacher sa surprise. Elle le désarçonna réellement quand il remarqua Jérémie, qui s'était redressé plus calmement et fixait Belpois comme s'il en attendait quelque chose. Il resta silencieux, même face à Aelita qui, pâle et tremblante, lança :
— Que… D'où vient-il ? Où l'avez-vous trouvé ? Pourquoi il est là ?
Le groupe en face d'eux se jaugea un instant, puis finalement, Annda prit précautionneusement la parole :
— Je l'ai récupéré dans les ruines de son dernier attentat contre son ainsi temple, Solar Building. Il est resté dans notre Q.G secondaire, le temps que vous arriviez. Certaines choses que je dois vous expliquer le concernent également.
—… Solar Building ? Ce type ose encore y remettre les pieds… Ragea Ulrich, qui rejoignait l'émotion d'Aelita. Pourquoi ne l'avez-vous pas remis à la justice de son monde ?
— Parce que son monde n'est probablement plus, à l'heure qu'il est. Sa déprogrammation doit avoir eu lieu, déclara Job, qui venait de sortir un épais ordinateur portable aux allures étrangement familières.
— Un Cumy… Vous aussi, vous en avez, sourit Jérémie un bref instant.
— C'est le tien, je me suis permis de te l'emprunter lors de notre voyage dans votre monde, répondit Job. Je me suis fait une session à part, ne t'en fais pas.
— Un voyage dans… Attendez, comment ça ? Vous voyagez entre les mondes, vous aussi ? Balbutia Odd, qui se rassit.
— De façon un peu plus contrôlée que vous, oui. C'est aussi comme ça qu'on a réussi à vous ramener jusqu'à nous. Désolé pour le retard, à ce sujet, vous retrouver d'entre les mondes a été un challenge.
Finalement, le reste des Lyoko-Guerriers se rassit, sonné et perdu. Valdim leur lança un regard navré et se leva vers une immense bibliothèque contenant beaucoup de câbles, de pièces informatiques diverses, mais pas de livres. Elle semblait dangereusement instable, à peine équilibrée par des piles de dossiers d'épaisseurs différentes. Annda leva la main :
— Du thé pour moi, merci.
— Juste de l'eau, je meurs de soif, renchérit Dana, soutenue par Job qui leva un pouce en l'air.
— Oui, comme d'hab' ! Et vous, vous voulez quelque chose ? Demanda Valdim en se tournant vers Odd et ses compagnons.
Pris de court, ils se regardèrent avant qu'Odd n'ose répondre, à peine plus en confiance que les autres :
— Euh… De l'eau, ça suffira aussi ?
Valdim valida d'un hochement de tête enthousiaste et poussa d'un coup la bibliothèque. Odd sursauta, craignant de la voir s'effondrer brutalement avec son contenu, mais non seulement tout resta en place sur les planches, mais en plus le meuble pivota comme une porte, maintenue par un système visiblement bricolé à la hâte et qui n'évoquait que vaguement un chambranle et des paumelles. Odd leva les sourcils, intrigué. Face à son air, Dana eut un petit rire :
— C'est à la mode en ce moment. On remplace les portes par des meubles. Ca fait « gain de place pour gain de praticité »
— Hem… Nous leur ferons visiter notre monde plus tard, interrompit Annda avec un air entendu. Vous devez sûrement avoir des questions. Sachez que nous répondrons dans la mesure de ce que nous savons.
A côté d'elle, Belpois remua doucement et marmonna. Il revenait lentement à lui, au fur et à mesure des phrases échangées. Odd se tendit. Il ne doutait pas de pouvoir tenir en respect l'ancien maître de Solar Building s'il le devait, mais le savoir si proche de lui, dans un monde inconnu, le glaçait. Il ne parvenait à s'ôter de l'esprit que, peut-être, il avait quelque chose à voir avec l'échec de leur précédente mission… Mais Jérémie l'inquiétait tout autant. Le génie observait son alter avec attention, presque plus intrigué que méfiant. Le fait que Jérémie ne leur ait jamais raconté ce qui s'était passé au sommet de Solar Building le travaillait. Il ne parvenait à croire que Jérémie s'en soit sorti sans dommages. Lui, ça l'avait troublé de se voir du côté du mal… Sans compter que, de ce qu'il avait compris, Jérémie était le dernier à avoir pu sortir de Verso… Il y avait de plus en plus de choses que leur chef était seul à avoir vu. Habituellement, ça n'aurait pas dérangé Odd. Après tout, il n'avait pas non plus vu Lyoko de l'intérieur… Odd pourrait ignorer tout ça, si seulement Jérémie n'était pas aussi calme face à son pire ennemi.
Il préféra garder ses réflexions pour lui, alors que Belpois se redressa. Aelita crispa le poing. L'alter toussa, gémit. Il semblait presque inoffensif, ainsi replié sur lui-même, luttant pour reprendre ses esprits. Annda se tourna vers la bibliothèque-porte et héla Valdim :
— Un autre verre d'eau, s'il te plait.
Dana se pencha par-dessus le dossier du canapé et délesta Belpois du large manteau qui le recouvrait. Elle alla le suspendre à des crochets suspendus de l'autre côté de la pièce en sifflotant. Job, lui, ne broncha même pas, plongé dans son écran, pianotant tranquillement comme si aucune tension ne s'était construite dans la pièce ces dernières minutes. L'indifférence du groupe face au danger que représentait Belpois pesa sur Odd, mais ce n'était rien face à l'air ulcéré d'Aelita et Ulrich. Heureusement, Valdim réapparut avec des plateaux chargés de verres généreusement remplis, donnant à chacun l'occasion de noyer ses réflexions. Même Belpois accueillit le sien, légèrement confus.
— Où…
Il releva les yeux vers Annda, qui plongeait un sachet visiblement fait à la main dans sa tasse d'eau chaude. Il manqua de renverser son verre.
— Toi ! Où…
— On a encore fait son petit effet, pas vrai ? Lança Dana à sa camarade avec un clin d'oeil en s'asseillant sur le dossier à côté d'elle.
Annda pouffa en réponse tout en ajoutant ce qui ressemblait à du sucre en dosette. L'ancien dictateur jeta un œil perdu autour de lui, s'arrêtant sur les visages inconnus, les yeux s'agrandissant à chaque bizzarerie de la pièce. Ses orbites semblaient sous le point d'exploser quand il repéra les Lyoko-Guerrier, toujours sur le qui-vive. Il laissa échapper une inspiration un peu trop appuyée, mais se reprit rapidement. Il se cala sur le canapé et toussota.
— Ainsi donc, je ne suis pas ta seule prise, lança-t-il en direction d'Annda en forçant légèrement sa décontraction.
Valdim s'installa à côté de lui avec fracas. Quelques gouttes d'eau tombèrent sur le pantalon de Belpois qui retint un juron. L'adolescent ne tiqua pas, et répondit même avec aplomb :
— Tu es là depuis une minute et tu veux déjà l'ascendant, c'est un peu ridicule, non ?
— Je suis Jérémie Belpois, maître légitime de la Terre grâce au pouvoir de XANA, et…
— Ouais, bah la prochaine fois, tu vérifieras le C.V de tes alliés, répliqua Valdim d'un ton taquin.
Belpois ouvra la bouche, offusqué, mais Annda reprit la conversation pour la deuxième fois. Odd eut presque un sourire. Le groupe en face de lui était peut-être inconscients, mais ils lui étaient plutôt sympathiques, à se laisser dissiper à la moindre occasion. En tout cas, c'était clair : Annda était à leur tête.
— Maintenant que vous êtes tous réveillés, nous allons reprendre, déclara-t-elle en reposant sa tasse sur ses cuisses. Avant de répondre à vos questions, je vais commencer. Comme nous vous disions, vous êtes dans le monde « Parade », et plus précisément à Auralvald. Si tout se passe bien, c'est tout ce que vous verrez, et donc tout ce que vous avez besoin de connaître. Si l'on se base sur votre référentiel, nous sommes, comme Solar Building et Verso, un monde alterné construit selon l'esprit de l'un d'entre vous. Nous vous laisserons le plaisir de deviner qui, en ce qui nous concerne nous avons notre théorie sur la question…
— Attends… Qu'est-ce que tu veux dire par « construit selon l'esprit » ? Tiqua rapidement Belpois. Tu sous-entends que ton monde et le mien sont des… Constructions ?
— Au sens le plus strict, oui. Nos mondes ont de commun que XANA, l'Intelligence Artificielle que ton alter et ses amis combattent, est à leur source. D'une façon ou d'une autre, il a été présent à la genèse, et son absence provoquera l'Apocalypse.
— Mais Solar Building… J'y étais ! Je l'ai vue, j'allais la reconquérir…
— Dans tes rêves, marmonna Ulrich, dans un rire déformé de mépris.
Annda leva un sourcil vers lui, mais ce fut Job qui reprit la main :
— Solar Building ne donne plus aucun signe de vie depuis maintenant une semaine. Quant à Verso, ça fait trois ans. Ton monde a certes eu une agonie plus lente, mais il n'empêche qu'elle est morte.
— Solar Building ne peut pas être tombée ! Explosa Belpois, rouge de colère.
— Tu étais pourtant là-bas, avec moi, quand le sol se dérobait sous nos pieds, répliqua brusquement Annda en sirotant son thé.
Belpois se rassit. Son masque de confiance s'effrita. Il se passa une main agitée dans les cheveux. Odd se laissa retomber en arrière. Alors, Elisabeth, la Résistance… Ils n'auront même pas eu le temps de goûter à la liberté ? Il échangea un regard lourd avec Ulrich : la même idée passa dans leurs yeux. Et si c'était aussi à cause de leur intervention… L'adolescent-félin chercha Jérémie du regard, mais ce dernier ne se retourna pas. Il fixait alternativement Annda et Job. Il avait violemment pâli et serrait maintenant les lèvres. Il posa son verre et se câla derrière ses poings avant de lâcher la question qui brûlait les lèvres de ses lieutenants :
— C'est à cause de nous, n'est-ce pas ? Parce que nous avons éliminé XANA ?
— D'après le Professeur, c'est en effet votre victoire contre XANA qui a entrainé, malgré vous, la chute de ces deux mondes, répondit précautionneusement Annda. Et ce que nous avons pu voir nous range de son côté. Cependant, gardez en tête que ces mondes ont été créés d'après vos doutes, pour vous piéger. Vous n'avez vu aucune raison de rester plus longtemps sur place pour vous renseigner, ce qui est fait est fait, malheureusement.
— Je te l'avais dit… Putain, Jérémie, je te l'avais dit que ça allait mal tourner ! Jura Ulrich, accusateur, en passant ses mains devant sa bouche.
Le génie ne répondit pas. Il jeta son regard vers Belpois, qui encaissait plutôt douloureusement la nouvelle. Il était affalé sur le canapé, comme écrasé, et n'osait plus rien dire. Ses pupilles dansaient dans tous les sens, comme s'il cherchait la moindre preuve qu'Annda leur mentait. Odd avait presque pitié de lui.
Aelita, qui serrait son verre contre elle, demanda d'une voix tremblante :
— Mais… Mais et vous ? Vous êtes aussi un monde alterné, vous l'avez dit… Pourquoi nous avoir ramené ? Nous sommes dangereux pour vous…
Dana lui sourit doucement : « Nous sommes condamnés depuis le début. L'être qui nous a donné vie n'est pas fiable, il pourrait nous détruire du jour au lendemain si nous devenions inutiles. Et nous ne sommes utiles que tant que vous êtes là. Et si vous êtes là, c'est que le monde est en danger pendant ce temps. On ne vous en voudra pas de faire ce que vous devez faire. On va même vous aider ».
— Les aider à vous détruire ? Vous êtes fous ? S'exclama Belpois.
— Hé, foutu pour foutu… répliqua Valdim en levant son verre vers les Lyoko-Guerriers il ajouta même un clin d'oeil à Odd en remarquant son air désolé.
— Même nous contenter de vous garder prisonniers ne nous fera gagner que peu de temps. Je doute que XANA ait un intérêt à vous garder en vie, au contraire. Plus longtemps vous resterez ici, plus vous aurez de chances de trouver la relique et de le détruire ici. En clair, le compte à rebours est déjà lancé, conclut Annda.
— Si vous voulez nous aider, qu'est-ce qu'il fait là ? Demanda Ulrich en pointant Belpois du doigt.
— C'est le résultat de notre dernière mission. Nous avons hélas mis trop de temps à retrouver Solar Building, quand je m'y suis rendue, il ne restait plus que lui. Je sais bien que ce n'est pas réjouissant, mais notre devoir est ce qu'il est.
— Votre… Devoir ?
— Cela fait environ trois ans que nous sommes réellement existants, expliqua Job. Même si ça ne fait donc que trois ans que nous savons, dès que nous avons été mis dans la confidence nous avons voulu agir. En vous attendant, nous avons décidé d'essayer de sauver le plus de personnes possibles des mondes que vous auriez déjà visité, en espérant que la destruction ne soit pas instantanée.
— Nous sommes un peu les « Urgences des Mondes Alternés », si vous voulez ! S'exclama joyeusement Valdim, malgré un soupir de Job.
—Non, on ne s'appelle toujours pas comme ça !
— HEM… Malheureusement, Verso nous a pris de court, et nous n'avons rien pu faire. Solar Building était plus difficile à trouver… Mais il restait Antemen. Un monde que vous n'avez pas pu visiter, mais qui s'est fait remarquer après votre passage de Verso. XANA commençait à l'effacer, de lui-même, reprit Annda.
Odd tiqua : « Le monde de Yumi ? »
— C'est possible… Nous imaginions que, dans le cas de votre amie, c'est ce qui arriverait fatalement à son monde, nous ne pouvions cependant le confirmer. Mais la coïncidence est trop évidente : Yumi disparue, son monde n'a plus d'intérêt. Ce qui nous pousse à croire que XANA peut nous détruire d'un moment à l'autre, si celui d'entre vous qui a servi de base à notre monde venait à disparaître.
— Par élimination, c'est toi ou moi, Odd, fit Ulrich en se tournant vers son ami. Mais… Je ne sais pas, je ne me reconnais pas trop dans ce monde. Et toi ?
Odd répondit à la négative, quoiqu'au fond, il était plus hésitant. Ce chaos d'idées environnants ne lui était pas totalement étrangers, mais de là à dire que ça lui ressemblait… Et puis, un monde sur ses doutes ? Quels sont-ils, pour commencer ? En avait-il seulement qui puissent le menacer ? Et en même temps, seul celui de Jérémie leur avait paru clair. Il préféra se garder d'être trop sûr. Il verrait en visitant ce monde.
— J'ai une question, interrompit brutalement Jérémie, les yeux plantés dans ceux d'Annda. Savez-vous d'où vient le Professeur ? Pouvez-vous affirmer qu'il a toujours fait partie de votre monde ?
Le groupe leva un sourcil. Même Job, qui avait relevé le nez de son ordinateur. Dana eut un petit rire :
— Perspicace, mais avec trois ans de retard. C'est la première question que nous nous sommes posés. Evidemment, un type arrive, te révèle tout de la genèse de ton monde… Tu finis par te demander qui est cet illuminé.
— Pour te répondre, son cas est particulier et soumis à secret, expliqua Annda. Nous savons qu'il a été le professeur de notre frère, à moi et Valdim. On sait qu'il l'a impliqué plus qu'il n'aurait dû dans ses affaires, jusqu'à la disparition de notre frère. Il cherche peut-être à se faire pardonner en travaillant avec nous, je n'en sais rien. En tout cas, il nous a montré ses travaux, et nous les a fait tester. C'est grâce à lui que nous avons pu voyager de mondes en mondes.
— Y compris le votre, compléta Job en désignant le Cumy qui trônait sur ses cuisses. C'était notre premier voyage, un peu après votre départ pour Solar Building. Et le seul que nous avons fait à quatre.
— Maintenant, c'est moi et Dana qui nous chargeons de vérifier que tout va bien en votre absence ! Dit Valdim en levant la main. Et en-dehors du fait qu'on a dû vous remplacer quelques fois pour contrer des petites blagues de XANA, tout se passe bien !
— Mais ça fait trois ans qu'on a disparu, vous l'avez dit ! Réagit Ulrich.
— Et on ne vous remerciera jamais assez d'avoir trouvé comment faire des clones ! Sourit Dana. Rassurez-vous, on les a préparés, chaperonnés, et on les surveille toujours. Au fait, félicitations pour votre, euh... Votre genre de rite…
— Le brevet des collèges, la corrigea Valdim. Vous l'avez eu plutôt brillamment, je dois dire, vos parents avaient l'air fiers.
Ulrich pâlit dangereusement : « Je ne vais jamais oser rentrer, moi... »
— L'important, c'est que pour l'instant, on a réussi à limiter les dégâts. Mais j'insiste : ça ne pourra pas durer. C'est pourquoi nous allons nous mette à la recherche de la relique de Parade, dès que vous vous sentirez d'attaque.
— D'attaque, oui… Répliqua Jérémie avant de se relever.
Sans demander quoi que ce soit, il se dirigea vers la bibliothèque et l'entrouvrit. Il jeta un œil à l'intérieur, jura, puis alla vers un autre meuble. Annda se releva à son tour :
— Qu'est-ce que tu fais, au juste ?
— Le Professeur. Je veux le voir. S'il est ce que je crois qu'il est, il va me répondre. Je n'irai nulle part dans ce monde sans des explications honnêtes sur ce qu'on fait là.
— Jérémie, on est justement en train d'en discuter… Tenta Aelita, mais le génie se tourna violemment vers elle.
— La Voix ! Elle nous dit depuis le début où on doit aller, ce qu'on doit faire, mais elle ne nous avait rien dit de tout ça ! Elle ne nous avait pas dit qu'on risquait de détruire des mondes !
—Et Yumi aussi, grinça Ulrich. Ne me rappelle pas que ton ignorance l'a tuée.
— Si j'avais sur, je ne l'aurais pas laissée aller dans le coeur de Verso ! Répliqua fortement Jérémie.
Ulrich se releva à son tour, le visage déformé de colère. Personne ne chercha à l'arrêter, pas même le groupe qui balançait le regard entre le samurai et le génie, et encore moins Belpois qui fixait intensément son alter.
— Tu savais qu'on pouvait mourir dans cette mission !
— Et quelle différence ça faisait avec d'habitude ?!
— Maintenant tu en as une, de différence ! Yumi est morte pendant une mission que tu as validé ! Et sans chercher s'il y avait une alternative !
— Vous étiez en danger, espèce de...
Soudai, un son ridiculement strident fendit l'air et coupa net la dispute. Tout le monde se retourna d'un bloc. Derrière Jérémie, un rideau de housses de couette de toutes les couleurs et de tous les états avait été repoussé sans que personne ne le remarque. L'air mal réveillé, un vieil homme venait d'entrer en scène. Ses cheveux en bataille d'un gris foncé portait des traces d'une folle jeunesse, alors que son regard confiant surplombant de lourdes cernes respirait encore une perçante intelligence. L'ensemble était pourtant étrangement accompagné d'un peignoir noir trop large par-dessus des vêtements de ville un peu datés, et d'une paire de chaussons dépareillées. Dans sa main, il brandissait une sorte de flûte en plastique terminée par un visage rond et jovial de Pacman. Odd écarquilla les yeux : un Otamatone ? Sérieusement ?
Le vieil homme balaya la pièce du regard lentement, adressa des sourires au groupe qui le salua d'un geste de la main, puis s'intéressa aux Lyoko-Guerrier. Il parut insister légèrement sur Aelita, mais finalement il s'adressa à Jérémie :
— On m'appelle ?
Jérémie rougit, mais tâcha de reprendre contenance : « Je suis Jérémie Belpois, et voici mes amis... »
— Oh, je t'en prie, à mon âge, on ne retient que les noms qui ont compté. Vous serez peut-être heureux d'apprendre que vous en faites partie, pour moi, interrompit joyeusement le vieil homme en rangeant son Otamatone dans sa poche. Ce serait plutôt à moi de me présenter : je suis, comme ma chère Annda a dû vous le dire, celui qu'on désigne par le titre « Professeur ». Et des choses sur vous, j'en connais. Pas autant que je ne l'aurais voulu, mais que voulez-vous…
— En tout cas, assez pour nous envoyer dans un piège, répliqua Jérémie en essayant de se donner de l'assurance.
Les Lyoko-Guerriers se tournèrent vers Jérémie, le groupe de Parade vers le Professeur. Ce dernier jaugea le génie un instant, puis répondit en souriant :
— Ah, je suis navré de te décevoir, mais je ne suis pas celui que tu crois. Proche, certes. Mais pas lui.
— Vous mentez. Vous savez trop de choses sur les Mondes Alternés, vous ne pouvez pas ne pas être impliqué.
— Oh, je le suis, mais pas comme tu le supposes. Et les choses que je sais de vous sont sans doute bien artificielles. Juste de quoi permettre à mes amis de vous assurer une couverture dans votre monde, je l'espère.
Ulrich eut une moue dubitative, mais Jérémie n'en avait pas fini.
— Je suis fatigué des demi-réponses. Qui êtes-vous ? Que savez-vous des Mondes Alternés ? Pourquoi nous avoir envoyé dans une mission qui ne pouvait qu'échouer ?
— Elle n'a pas échoué, vous voilà avec les Reliques. Si tu veux parler de Yumi Ishiyama, je ne puis que vous adresser mes condoléances. J'espère que celui qui vous a convoqué dans cette mission ne s'y attendait pas même moi, ça me chiffonerait.
— Et qui est celui qui nous a « convoqué » ?
— Est-ce que ça te soulagerait de le savoir ?
— Je veux m'assurer que nous sommes bien du bon côté. Qu'est-ce qui nous dit que ce n'est pas à Solar Building que nous avons eu de la chance de survivre ? Qui nous dit que vous n'êtes pas du côté de celui qui a créé votre monde ?
Le Professeur marqua une pause, curieusement… Attendri ?
— Tel que je me le souvenais : perspicace. Tu as été un bon chef, jusque dans l'improbable. Je ne sais pas si j'aurais pu garder mon sérieux face à un ourson géant. Si tu peux montrer ce même panache ici, tu comprendras que si notre intérêt était de vous neutraliser, nous vous aurions laissés dans l'entre-Mondes.
Jérémie ne parut que partiellement convaincu, mais changea de terrain :
— Venez-vous de ce monde ?
— Oui... et pas vraiment. Je n'attends rien d'autre que de tomber avec lui, et de contrer le destin qui m'était réservé, donc on dira de moi que j'étais d'ici. Mais mes origines sont plus… Complexes.
— Expliquez-vous.
— Vous finirez par le savoir. Je n'en fais pas un secret, mais ce n'est juste pas le moment.
— Je ne ferais rien sans une réponse…
— Oh, si, tu feras. S'il est vrai que chaque minute que vous passez ici est dangereuse pour XANA, l'inverse se tient tout autant. Pour le moment, l'énergie qu'il dépense à maintenir les Mondes Alternés debout le force à mal attaquer sur Terre, mais avec deux mondes de moins, ses prochains assauts seront plus inquiétants. Vous n'avez pas le luxe d'être curieux.
Jérémie alla répondre, mais Ulrich fut le plus rapide :
— Okay, mais votre plan, c'est quoi ?
Le vieil homme avisa Ulrich d'un hochement de tête et fouilla dans ses poches. Il en sortit une vieille photo de deux hommes, trentaine révolue, se tenant par les épaules. Ils arborait tous deux des vestes en cuir assorties et les sourires de ceux qui voulaient le monde. Celui de gauche, particulièrement, retint l'attention des Lyoko-Guerriers. Des cheveux fous d'un châtain légèrement rosé et un sourire de tombeur…
— Comme vous l'aurez peut-être remarqué, je suis à gauche. Mais celui qui vous intéresse est à ma droite. Son nom est Pol Levawki. Il tient actuellement le groupe industriel le plus puissant de Parade, et j'ai toutes les raisons de croire que la Relique est dans son bureau. Mon équipe m'a rapporté assez de preuves pour que je vous propose de tenter votre chance. Il faudra l'infiltrer, et lui dérober votre ticket de survie.
