DISCLAIMER : Comme vous l'avez peut-être vu, cet acte porte le nom de "Volpina", vous savez donc quel personnage va apparaître pour la première fois ici. CEPENDANT ! Sachez que j'ai imaginé cette fanfic avant la sortie de la saison 2 et Lila n'avait pas encore eu de développement à ce moment-là. J'ai bien conscience que désormais, elle est la menace canon n°1 avec Papillon et Mayura mais ici, c'est une jeune fille tout à fait normale... ou presque.
Je voulais absolument préciser ce point pour que vous n'ayez pas de haine contre elle avant même que le chapitre ne commence. C'est un des personnages canons que je reprends tel quel dans ma fanfic, certes, mais ma Lila fanon N'EST PAS la Lila canon que vous connaissez. Vous la détesterez peut-être après cet acte mais s'il vous plait, ne partez pas avec des a priori et laissez-lui sa chance.
Merci de votre attention, bonne lecture !
Le mois de décembre venait de commencer et le froid se faisait de plus en plus vigoureux dans les rues de Paris. Les gros manteaux étaient de sortie et le soleil déclinait de plus en plus tôt dans le ciel. L'hiver était définitivement la saison préférée de Félix : il préférait de loin le froid à la chaleur et le fait de devoir s'emmitoufler dans des habits épais ne le dérangeait pas, bien au contraire.
De plus le jeune homme trouvait de plus en plus ses marques au lycée et il faisait maintenant « partie de la famille » comme aimait le dire Jehan. Et le garçon se surprenait à apprécier de plus en plus ces moments de convivialité, se joignant volontiers au déjeuner avec ses amis et ne désertant plus la conversation d'autres camarades de classe qui venaient parfois le voir.
Pourtant, depuis quelques jours, l'adolescent se sentait de plus en plus contrarié. En effet, depuis maintenant deux semaines, leur classe avait recueillie une nouvelle élève qui avait été contrainte de débuter l'année scolaire à la fin du premier semestre « à cause du travail de ses parents » disait-elle.
Cette jeune fille s'appelait Lila Rossi. C'était une adolescente de leur âge, d'origine italienne, aux cheveux bruns et aux grands yeux verts qui pétillaient sans cesse de malice. Bridgette était naturellement allée se présenter, comme elle avait l'habitude de le faire avec les nouvelles têtes, et les deux camarades s'étaient tout de suite très bien entendues. Jehan et Andréa avaient eux aussi suivis le sillage de Bridgette, ainsi que toute la classe, si bien que Lila avait trouvé ses marques en quelques jours, prenant place aux côtés de David, au fond de la salle.
Si en apparence cette jeune fille n'avait rien d'exceptionnel et n'avait pas du tout de comportement hostile à l'encontre de qui que ce soit, Félix supportait de moins en moins bien les bravades de Lila et ses histoires alambiquées qui semblaient fasciner tout le reste de ses camarades, excepté Camille. Car tout comme lui, la blonde n'ayant pas manqué de lui faire plusieurs remarques à ce sujet, elle avait détecté les mensonges à répétition de Lila.
Au début, il ne s'agissait que de petits écarts, qui auraient pu passer pour de la maladresse, si bien que Félix ne s'en était pas inquiété, laissant les autres boire ses paroles sans broncher. Mais plus le temps passait, plus Lila prenait ses marques, et plus ses mensonges grossissaient.
Cela en était arrivé à un tel point qu'il était inconcevable pour Félix que personne, à part Camille, n'ait rien remarqué. Elle passait son temps à raconter des histoires, en changeant des détails comme bon lui semblait, ou en en ajoutant d'autres qui rendaient ses inventions plus « crédibles ». Un jour elle racontait quelque chose, le lendemain elle racontait l'exact opposé, à croire que l'entièreté de ses camarades avait été frappée d'amnésie pendant la nuit. La facilité avec laquelle elle pouvait raconter tout cela sans la moindre hésitation avait le mérite de donner à ses histoires une certaine crédibilité, ce qui agaçait encore plus Félix.
En temps normal, le jeune homme se serait contenté de s'éloigner de ce genre de personnages, fuyant les ragots ou les calomnies. Mais le fait que ses amis, et en particulier Bridgette, que Lila ne lâchait jamais d'une semelle, ne s'aperçoivent pas de la supercherie l'inquiétait au plus haut point. La réputation positive de Lila gagnait de plus en plus de terrain, et Bridgette l'avait même déjà invitée chez elle pour que sa nouvelle amie puisse « discuter des savoirs qu'elle avait emmagasiné après un incroyable et formidable voyage en Chine » avec sa mère. De plus, la jeune italienne s'arrangeait toujours pour débarquer au moment où Félix essayait d'ouvrir la discussion avec ses amis, pour tenter de les prévenir de ses mensonges qui prenaient de plus en plus de place.
Pour son plus grand plaisir, Jehan avait lui aussi remarqué quelques détails intrigants dans les histoires de leur nouvelle camarade. Mais le jeune homme ne semblait pas s'en formalisé plus que ça, mettant cela sur le compte de l'imprudence ou de la maladresse.
La situation était donc de plus en plus préoccupante et ce mercredi matin-là ne faisait pas exception. À l'heure de la récréation, Lila avait rassemblé autour d'elle ses camarades, sauf Félix, Camille et Sarah qui étaient resté à leur place respective. Félix sentait le regard brûlant de Camille posé sur lui tandis qu'il se concentrait pour tenter de les ignorer, elle et les discours fantasques de Lila qui lui parvenaient depuis le fond de la classe. Le jeune homme essayait de se plonger dans la lecture d'un livre emprunté quelques jours plus tôt à la bibliothèque, mais cela était peine perdue.
-« Alors tu connais le personnel du musée du Louvre ? » demanda Roxane en sautillant légèrement sur place.
-« Oui bien sûr, j'ai pu rencontrer plein de gens importants avec le travail de mes parents vous savez, répondit Lila avec un sourire. D'ailleurs, je suis allé à la nouvelle exposition hier. Il y avait tellement de monde, mais c'est tellement passionnant ! Je ne peux pas me retenir, dès que je peux apprendre de nouvelles choses, je fonce tête baissée ! »
« Mensonge » pensa Félix en serrant les poings. Le musée du Louvre est fermé au public le mardi, pourquoi est-ce que personne ne se rendait compte qu'elle mentait ?
-« Grâce au travail de ma mère à l'ambassade, j'ai pu rencontrer beaucoup de personnes importantes dans mon pays, vous savez ? Par exemple, l'an dernier, j'ai pu assister à un banquet qui rassemblait beaucoup de sénateurs italiens, et j'y ai rencontré Carlo Azeglio Ciampi, l'ancien président. Il m'a raconté comment est-ce qu'il a échappé à la Wehrmacht en 1944, en traversant le massif de la Majella pour rejoindre les Alliés, c'était passionnant ! Je dois vous avouer que je ne connais rien à la politique mais c'est un homme charmant ! » rit Lila.
Cette fois, Félix se retourna complètement pour cingler la jeune italienne du regard. « Mensonge » pensa-t-il encore une fois. Le sénateur dont elle parlait était décédé depuis plusieurs années. Avec toutes les connaissances qu'il avait, Maxence n'était-il pas capable de faire une réflexion ?
-« Bah dis donc ! fit Killian. Tu en connais du monde ! Et à Paris alors ? À part le personnel du Louvre, tes parents t'ont fait rencontrer d'autres personnes ? »
-« Oui tu dois connaître beaucoup de monde ici ! » renchérit Alizée.
-« Comme ça ne fait pas beaucoup de temps, non pas encore. Je n'ai par exemple pas eu encore le loisir de rencontrer Monsieur le maire en personne, répondit Lila en haussant volontairement le ton afin de s'assurer que Camille l'entendrait. Mais j'ai rencontré quelqu'un de très spécial ici vous savez… »
-« Ah oui ? questionna Jehan en croisant les bras. Qui ça ? »
Un petit silence se fit dans l'assistance. Toujours retourné, Félix observait ses camarades se pencher de plus en plus vers Lila qui maintenait le silence pour ajouter une dose dramatique à l'annonce qu'elle s'apprêtait à faire. L'ambiance était électrique et même s'il savait que le nom que Lila allait prononcer serait sûrement un mensonge, lui aussi était curieux de savoir. Après tout, peut-être allait-il trouver le moyen de dévoiler au grand jour les mensonges de cette fille. Grâce (ou à cause ?) du travail de son père, lui aussi avait été amené à rencontrer plusieurs personnes de la « haute société », et il pourrait peut-être réussir à prouver que Lila Rossi ne faisait pas partie de leurs carnets de relation. Et au fond de lui, il savait que Camille planchait sur le même projet.
Pour la toute première fois, les deux jeunes gens se battaient silencieusement pour la même chose. Son attention se refocalisa sur Lila au moment où elle relevait la tête pour afficher un large sourire.
-« Chat Noir. » déclara-t-elle avec un ton enjoué.
La surprise fut si grande que Félix manqua presque de tomber de son banc. Effectivement, il connaissait bien cette personne, et effectivement, Lila Rossi ne faisait pas partie de son carnet de relation. Mais bien entendu, il était hors de question de prouver cela.
La réaction de ses camarades ne se fit pas attendre, le nom du super héros suscitant une vive émotion parmi eux.
-« Ouah c'est vrai ? Tu en as de la chance ! » s'exclama Myriam.
-« Ce n'est pas vraiment de la chance, corrigea Lila. Je suis sa plus grande fan, alors j'ai demandé à le rencontrer et il est venu. Il est très sympathique ! »
Tout le monde semblait surexcité et tous les élèves ne parlaient maintenant plus que de ça, complimentant Lila de connaître autant de monde. Tout le monde sauf Bridgette.
La jeune fille avait elle aussi été très surprise à l'annonce du nom de son coéquipier. Après tout, elle ne le connaissait que depuis 2 mois et ils n'avaient jamais eu vraiment le temps de discuter ensemble, hors mission en tout cas. Elle ignorait qui il était sous son identité civile mais elle était sûrement la personne qui le connaissait le mieux lorsqu'il portait son masque de héros. Et au fond d'elle-même, Bridgette avait du mal à imaginer son partenaire se rendre à n'importe quel rendez-vous mondain, par pur plaisir, et sans l'en informer.
Et si elle ne remarquait pas le trouble ni la rage de Félix dans son dos, la jeune fille était elle-même assez intriguée par cette révélation. Elle devait enquêter, mais prudemment.
-« Eh bien ! C'est vraiment incroyable ! fit-elle. Et… Tu peux nous dire comment il est ? » hasarda la jeune fille avec un grand sourire.
-« Oh, tu connais les garçons ! C'est un dragueur, il m'a fait la cour toute la soirée, et j'ai dû lui demander d'arrêter tellement il insistait ! s'esclaffa Lila. Il est blagueur mais tellement courageux ! Il m'a raconté plusieurs de ses aventures avec Ladybug, ils sont vraiment incroyables. »
Bridgette prit une mine contrite à l'entente de la description que faisait Lila de son coéquipier. De toute évidence, elle mentait. Chat Noir n'était pas du tout le garçon qu'elle décrivait, et elle n'avait pas besoin de le consulter personnellement pour savoir que cette rencontre n'avait jamais eu lieu.
Félix, lui, bouillonnait de rage. Ses poings étaient tellement crispés que ces ongles se plantaient dans la chair de sa paume. Il avait envie de hurler, de prouver à tout le monde que les paroles de cette fille n'étaient que des tissus de mensonges. Mais comment faire cela sans mettre en péril son identité secrète ?
Il ne pouvait rien dire et devait, comme à son habitude, tout garder pour lui.
Rarement le jeune homme n'avait été aussi en colère, même contre Camille ou son père. Il pouvait littéralement sentir son corps se réchauffer à cause de la haine que lui inspirait cette jeune fille. Inspirant profondément, le garçon tentait de se calmer en tapant malgré lui le bout de ses doigts sur la table. La cloche annonçant la reprise des cours empêcha Lila de continuer de tisser sa toile de mensonge, tous les élèves retournant progressivement à leur place.
Jehan fut le premier de leur petit groupe à retourner s'assoir, à côté de Félix. Passant ses jambes sous le bureau, le grand métis tourna les yeux vers son camarade et remarqua aussitôt son trouble, que ce dernier tentait pourtant de dissimuler autant qu'il le pouvait.
-« Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il avec un petit sourire. Tu es tout rouge. »
-« Je vais bien. » répondit sobrement le garçon.
-« Tu n'as pas de fièvre j'espère ? Tu n'es pas malade hein ? Je veux pas attraper la crève moi ! » ricana le jeune homme avec une tape sur l'épaule de son ami.
-« Je t'ai dit que j'allais bien. » répéta Félix, le regard droit devant lui.
Jehan n'insista pas plus. Il commençait à connaître Félix et s'il savait que le jeune homme pouvait répondre parfois positivement à ses blagues, il savait aussi qu'il ne fallait pas trop insister s'il ne voulait pas l'importuner. Le métis se contenta de hausser les épaules avec un petit sourire avant de se retourner vers Killian qui se vantait de nouveau un peu trop à son goût.
De son côté, Andréa et Bridgette quittaient à leur tour le fond de la classe après avoir terminé leur discussion avec David et Lila. Mais Bridgette fut soudain retenue par la main de Lila qui lui adressa un petit sourire.
-« On déjeune ensemble ce midi ? demanda-t-elle avec un petit sourire. Comme on a pas classe cet après-midi, je me suis dit qu'on pourrait peut-être aller se balader ensemble, qu'est-ce que tu en dis ? Il y a encore plein de choses dans ce quartier que je ne connais pas ! »
-« Euh… Oui si tu veux. » répondit doucement Bridgette avec un sourire en coin.
-« En plus j'ai encore pleins de choses à te raconter, tu vas voir, on va bien s'amuser ! »
Si Bridgette se contentait de hocher la tête, Félix lui ne pouvait en supporter davantage. Il ne connaissait pas les véritables intentions de Lila, si elle voulait simplement être amie avec Bridgette ou si la jeune fille avait autre chose en tête, mais il devait absolument mettre en garde son amie avant qu'il ne soit trop tard. Il savait Bridgette trop bonne, et peut être un peu trop naïve, pour lui refuser quoi que ce soit, et il devait absolument s'assurer que Lila ne lui ferait aucun mal, qu'elle ne se joue pas d'elle sans qu'elle en ait conscience.
Lorsque la cloche retentit pour la dernière fois de la matinée, Félix fut l'un des premiers à se lever pour rassembler ses affaires. Une fois son sac refermé, il se tourna vers Bridgette. La jeune fille semblait préoccupée par quelque chose, son regard était baissé et distrait. L'adolescent jeta un œil au fond de la classe : Lila était en train de discuter avec Sullivan et Myriam et ne semblait pas vouloir s'arrêter dans les secondes à venir.
C'était sa seule et unique chance de prévenir son amie avant qu'elle ne disparaisse avec elle. Félix se pencha en avant, posant sa main sur le bureau d'Andréa et Bridgette un peu plus violemment qu'il ne l'aurait voulu, les faisant sursauter toutes les deux.
-« Est-ce que je peux te parler seul à seul une minute ? » demanda-t-il en plongeant son regard dans celui de Bridgette.
La jeune fille écarquilla légèrement les yeux en entendant une telle demande tandis que le garçon faisait le tour de son bureau pour venir s'arrêter devant elle. Il semblait nerveux et n'arrêtait pas de lancer de petits regards vers le fond de la salle. Il devait se passer quelque chose de grave pour qu'il lui demande une chose pareille.
-« E-Euh oui bien sûr, bégaya-t-elle. Il faut juste que je prévienne Li- » murmura-t-elle en passant son sac sur son dos et en se retournant.
-« Ça ne sera pas long. » insista-t-il en l'attrapant par le poignet pour l'inciter à le suivre.
Avec une exclamation de surprise, la jeune fille se laissa entraîner par son camarade sous les regards circonspects de Jehan et Andréa qui se contentèrent de les suivre des yeux. Félix passa la porte de la salle de classe et s'aventura de quelques pas dans le couloir avant de se retourner vers son amie en relâchant l'emprise qu'il avait sur son bras.
-« Écoutes, déclara-t-il immédiatement. Je ne sais pas exactement comment te dire ça mais j'ai un très mauvais présentiment avec Lila, tu dois te méfier d'elle. »
-« Quoi ? Comment ça ? » interrogea Bridgette en fronçant les sourcils.
-« Cette fille est une menteuse ! Elle invente mensonge sur mensonge, tu ne peux pas lui faire confiance ! »
-« Mais qu'est-ce que tu racontes ? » reprit-t-elle avec un petit soupir.
-« Le Louvre est fermé le mardi, elle n'a pas pu y aller hier et le sénateur italien dont elle parlait tout à l'heure est mort depuis plus de 3 ans ! » s'emporta Félix, les dents serrées.
Devant ce visage tordu de fureur, Bridgette ne put se retenir de faire un pas en arrière. Conscient de ce qu'il venait de se passer, Félix se reprit en resserrant le nœud de sa cravate tout en inspirant longuement.
-« Je voudrais simplement que tu prennes conscience que Lila n'est pas fiable, et que tu es potentiellement en danger avec elle. » insista-t-il en se pinçant l'arête du nez.
Bridgette dévisagea son ami un instant. Elle ne l'avait jamais vu comme cela, aussi soucieux, et cela ne présageait rien de bon. Elle appréciait Lila mais il était vrai qu'elle avait déjà remarqué plusieurs détails qui lui avaient paru surprenants. Ajouté à cela la description très étrange qu'elle avait faite de son partenaire et les préoccupations de Félix, tout cela était résolument inquiétant. Mais si Lila manigançait effectivement quelque chose, elle devait le découvrir par elle-même. Tentant de prendre un ton détaché, elle releva les yeux pour sourire à son ami.
-« C'est gentil de t'inquiéter pour moi. Mais ne t'en fais pas, je sais ce que je fais. Je suis une grande fille, je peux me défendre toute seule ! » dit-elle avec un grand sourire.
-« Je ne plaisante pas Bridgette, il faut vraiment qu- »
-« Ah Bridgette ! Tu es là ! s'exclama soudain Lila qui apparut dans son dos. J'ai cru que tu m'avais laissé toute seule ! Vous parlez de quoi tous les deux ? » questionna-t-elle avec un grand sourire.
-« Je- »
-« Félix me proposait son aide pour les devoirs de physique, coupa Bridgette avec un petit sourire. Mais ça va aller. » acheva-t-elle en appuyant les trois derniers mots de sa phrase en plongeant son regard dans celui de Félix.
Un petit silence se fit entre les trois jeunes gens avant que Lila n'attrape la main de Bridgette.
-« Super alors ! s'exclama-t-elle. On y va ? »
-« On y va. Je te tiens au courant ! » dit Bridgette à Félix en s'éloignant.
Le jeune homme regarda son amie descendre les escaliers, traverser la cour puis disparaître derrière la grande porte du lycée, toujours tirée par Lila qui semblait ravie de n'avoir la jeune fille que pour elle. La colère revint taper les parois de la poitrine du garçon. Il ne savait pas s'il avait réussi à convaincre Bridgette, mais au moins le message était passé. Il n'aimait pas du tout le comportement étrange de la jeune italienne, il était convaincu qu'elle était une mauvaise personne.
Tandis qu'il croisait les bras, Jehan et Andréa sortirent à leur tour de la salle et eurent juste le temps de voir Bridgette et Lila sortir de la cour avant de se tourner vers leur camarade.
-« Eh bien, je ne sais pas où Lila emmène Bridgette mais elle semble bien pressée. » déclara Andréa avec un petit sourire.
-« Qu'est-ce qu'il se passe au juste ? » questionna Jehan en regardant Félix.
-« Cette fille est dangereuse. » répondit Félix en ne pouvant réprimer le petit tapement nerveux de son pied droit.
-« Elle est excentrique, mais je ne pense pas qu'elle soit « dangereuse ». » affirma Andréa en hochant négativement la tête.
-« Elle passe son temps à mentir, elle ne fait qu'inventer des histoires fantasques à longueur de temps, on ne peut pas lui faire confiance ! répéta Félix en serrant les dents. Bridgette doit se montrer très prudente. »
-« Tu- »
-« Non, il a raison, coupa Jehan, à la surprise de ses deux amis. Lila est une menteuse, je l'ai remarqué moi aussi. Mais je ne pense pas qu'il faille voir le mal partout. Je la vois plus comme une conteuse d'histoire que comme quelqu'un dont il faut se méfier. »
-« Et puis pourquoi Lila s'en prendrait à Bridgette ? Elles s'entendent super bien toutes les deux. »
C'était une question à laquelle Félix n'avait pas la réponse, ce qui l'agaçait encore plus. Il savait que dans un sens, sa logique le poussait peut-être à la paranoïa et que les mensonges à répétition de Lila l'avaient peut-être poussé à tirer des conclusions hâtives. Mais d'un autre côté, le jeune homme pressentait quelque chose de mauvais, son mensonge de sa rencontre avec Chat Noir le mettait vraiment mal à l'aise et ne présageait rien de bon. De plus, le fait que personne ne soit de son avis ne faisait qu'attiser sa colère.
Jehan l'observait du coin de l'œil, les sourcils légèrement froncés. Il savait son ami perturbé, et sûrement inquiet pour Bridgette, plus qu'il ne voudrait bien l'avouer, et se décida à changer de sujet.
-« Bon, on va déjeuner ? Puisqu'elles ne nous ont pas attendu, on se retrouve tous les trois. »
-« Non, excusez-moi mais je vais rentrer chez moi, répondit hâtivement Félix en s'éloignant. À demain. »
Jehan et Andréa le regardèrent s'éloigner sans rien dire, légèrement surpris de cette soudaine disparition et surtout de la colère qu'ils avaient pu entendre vibrer dans sa voix.
-« Tu crois qu'on devrait s'inquiéter ? » questionna Andréa en se tournant vers Jehan.
-« Bof, je pense que Félix ne supporte tout simplement pas les mensonges de Lila, ce que je peux comprendre, et du coup, sa colère l'empêche de réfléchir calmement. »
-« Je ne l'avais jamais vu comme ça. »
-« Tu sais comment il est, il a tendance à être un petit peu trop sérieux pour tout je pense. »
-« Ouais, il compense pour deux. » rit Andréa en administrant un coup de coude à son camarade.
-« Aha très drôle ! »
-« … Bridgette ne risque rien hein ? » demanda la jeune fille après un petit silence.
-« Écoutes, si Lila ose s'en prendre à elle, elle trouvera à qui parler crois-moi. »
-« Tu es un véritable justicier dis-moi. »
-« Je suis le grand frère ici je te rappelle, et en tant que tel, je dois m'assurer de la protection des plus faibles et des plus vulnérables du groupe ! » déclara le garçon avec un clin d'œil.
-« Heureusement qu'elle n'est pas là pour entendre ça ! »
-« Je suis sûr qu'elle a les oreilles qui sifflent en ce moment. »
Les deux jeunes gens éclatèrent de rire avant que Jehan ne présente son bras à sa camarade.
-« Bon, puisque qu'ils nous ont carrément laissé tomber, déjeunons-nous ensemble mademoiselle ? »
-« Avec grand plaisir monsieur. » rit Andréa en passant son bras sous celui du grand métis et en le suivant dans sa marche.
De retour chez lui, Félix faisait les cents pas dans sa chambre. Traversant la pièce de long en large, il ne cessait de ruminer sa rage. Il savait qu'il avait raison, que quelque chose se préparait mais il n'avait malheureusement personne pour l'aider à cet instant. Contacter Bridgette ne ferait que répéter la discussion qu'il avait eu avec elle une heure plus tôt et Jehan ou Andréa ne sauraient probablement pas quoi faire, ou refuseraient simplement d'intervenir, arguant que ses suspicions n'étaient pas suffisamment fondées.
Que devait-il faire alors ? Contacter Ladybug peut-être ? Mais pour lui dire quoi exactement ? Raconter qu'une de ses camarades de classe serait potentiellement en danger à cause d'une menteuse compulsive ? Il serait ridicule, et cela mettrait en plus son identité secrète en péril. Regardant de manière exaspérée son porteur tourner en rond, Plagg, jusque-là posé sur un des accoudoirs du divan, vint virevolter à côté de lui.
-« Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? » demanda-t-il en croisant les pattes.
-« Non, je suis complètement sérieux. Tu l'as entendu toi aussi non ? Cette fille ment comme elle respire, on ne peut pas lui faire confiance ! »
-« Je croyais que mentir était l'une des activités préférées des humains… » argua le kwami en haussant les épaules.
-« Plagg ! Elle a prétendu avoir rencontré Chat Noir ! La situation est très grave ! »
-« Moi je pense surtout que tu réagis comme ça parce que tu n'as pas apprécié la description qu'elle a faite de toi. » ricana le petit être.
Félix foudroya le kwami du regard. En un sens, il n'avait pas tout à fait tort. Lila avait décrit Chat Noir comme quelqu'un de vantard et dragueur, ce qui était tout l'opposé de la vérité. Mais Félix n'aurait pas pu corriger cela devant tout le monde, car on lui aurait alors posé plein de questions.
De plus, le problème n'était pas que Lila ait menti sur le fait qu'elle ait rencontré le héros de Paris, mais dans le fait qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de mentir : le résultat de la situation était que Félix n'avait toujours pas réussi à cerner quel genre de personne était vraiment cette jeune fille, ce qui le rendait très nerveux.
-« Dis-moi, reprit Plagg. Si tu es si soucieux, pourquoi est-ce que tu ne vas pas voir par toi-même ce qu'elle « manigance », hmm ? »
-« Comment ça ? »
-« Tu es Chat Noir non ? Chat Noir fait ce qu'il veut, il peut se balader tout l'après-midi, aller où bon lui semble pour… patrouiller. Et si jamais il se passe véritablement quelque chose, au moins tu seras en première ligne. »
Félix scanna le kwami des yeux, cherchant la moindre trace de moquerie de sa part, mais Plagg semblait totalement sérieux. Le jeune homme stoppa sa marche effrénée pour se tourner vers la grande fenêtre de sa chambre.
Après tout, pourquoi pas ?
Son père et Nathalie étaient en déplacement aujourd'hui, et même si quelqu'un venait toquer à sa porte, personne n'oserait rentrer dans la pièce sans son autorisation expresse. Par précaution, le jeune homme s'avança tout de même vers la sortie de sa chambre et verrouilla la porte avant de glisser la clé dans sa poche.
-« Je pense que c'est une excellente idée. » déclara-t-il en revenant vers Plagg.
-« Quand est-ce que tu vas admettre que toutes mes idées sont de bonnes idées ? » demanda le kwami avec un sourire narquois.
-« Je pense qu'il faudra me torturer pour ça. »
-« Tss… fit la créature avec un reniflement outré. Pour la peine, je veux double ration de camembert en rentrant. »
-« Le contraire m'aurait étonné. » répondit Félix en allant ouvrir un des pans de sa fenêtre.
L'air frais s'engouffra dans la pièce. Heureusement pour lui, le vent n'était pas très fort, ce qui ne ferait pas claquer la vitre mais la température de sa chambre allait rapidement chuter à cause du froid qui sévissait à l'extérieur. Le jeune homme soupira légèrement : c'était un mal pour un bien.
-« Bon, allons-y. »
-« Essaye de te mesurer hein, tu es un super héros je te rappelle. »
-« Oui oui, je sais. »
Le jeune homme regarda une dernière fois derrière lui. Il n'aimait pas vraiment disparaître de la sorte, craignant toujours que l'on remarque son absence. Mais la situation le préoccupait trop pour qu'il reste enfermé ici sans rien faire. Il devait aller surveiller cette nouvelle, et surtout s'assurer qu'il n'arriverait rien à Bridgette.
« Plagg, transforme-moi ! »
Le garçon s'élança ensuite pour atteindre le toit d'en face. Le héros n'avait aucune idée de où pouvait être parties les deux jeunes filles et les retrouver n'allait pas être une mince affaire. Sa raison lui cria de retracer leur itinéraire probable, et c'est donc tout naturellement qu'il prit le chemin de son lycée, tout en essayant de se faire discret pour ne pas se faire repérer des passants en contrebas.
Un sandwich à la main, Bridgette suivait Lila dans la rue, tournant parfois sur d'autres ruelles, se retournant vers elle pour lui demander son avis, puis continuant son chemin en poursuivant sa discussion. Étant naturellement bavarde, les grands discours ne dérangeaient pas Bridgette, qui était habituée à débattre parfois des heures au téléphone ou avec ses camarades sur divers sujets.
Mais à cet instant, plus le temps passait, et moins la jeune fille se sentait à l'aise. Il était de plus en plus évident que Lila lui mentait sur tous les fronts, racontant tout ce qu'il lui passait par la tête et changeant brusquement de sujet quand elle sentait que la discussion lui échappait. Et si elle continuait d'afficher un grand sourire, l'adolescente se sentait de plus en plus crispée.
Au détour d'une rue, les deux jeunes filles s'arrêtèrent devant une bijouterie, Lila s'émerveillant devant toutes les parures qui s'étalait devant elle.
-« C'est vraiment beau, tu ne trouves pas ? Tous ces reflets ! » s'exclama-t-elle.
-« Oui… ! C'est vrai que ça brille. » déclara Bridgette avec un petit hochement de tête.
-« Je t'ai déjà dit que ma grand-mère tenait une bijouterie ? Elle fait partie des plus grands maîtres joailliers de toute l'Italie, je te raconte pas toutes les boucles d'oreilles et les colliers qu'elle m'envoie pour mes anniversaires, j- »
-« Je croyais que ta grand-mère travaillait dans une boutique de mode. » coupa soudainement Bridgette, les mais dans le dos.
-« O-Oh ! Non, non, mon autre grand-mère, el- »
-« Celle qui était commissaire-priseur alors ? Et qui a participé aux plus grandes enchères du siècle dernier ? »
Lila se stoppa net pour plonger son regard dans celui de Bridgette. Un long silence se posa entre elles avant que Bridgette ne reprenne la parole.
-« Pourquoi est-ce que tu me mens Lila ? » questionna-t-elle, inclinant légèrement la tête sur le côté.
La jeune italienne prit une mine contrite en baissant les yeux. Bridgette devait avouer qu'elle n'était certainement pas la plus intelligente de toute, loin de là. Mais elle savait écouter et retenait facilement tout ce qu'on pouvait lui raconter ou expliquer. Voilà pourquoi, malgré le débit de mots impressionnant de Lila, elle avait pu remarquer quelques incohérences qui s'étaient transformées en véritables problèmes, le temps avançant. Devant le visage gêné de sa nouvelle amie, Bridgette fit un pas en avant pour attraper ses mains.
-« Je comprends que tu aies envie d'attirer l'attention, que tu aies envie de te faire des amis dans cette nouvelle école. Mais tu n'as pas besoin de mentir pour ça tu sais ? J'aimerais que tu sois honnête avec moi, comme je le suis avec toi, expliqua Bridgette. Je ne mens pas quand je dis que je t'apprécie, mais ça me blesse que tu mentes à tout le monde, à moi ou à mes amis. »
Lila garda les yeux baissés quelques instants avant de prendre une profonde inspiration. Elle releva le regard vers Bridgette, un petit sourire gêné en coin.
-« Bon d'accord, murmura-t-elle. Je vais te dire la vérité. »
Bridgette hocha la tête avec un petit sourire alors que Lila marquait une nouvelle pose. Lila croisa ses doigts avec celle de la jeune fille avant de reprendre la parole.
-« En fait, si je dis toutes ces bêtises, c'est parce que je protège un secret, quelque chose que je ne dois dire à personne. »
-« Un s-secret ? » questionna Bridgette, surprise.
-« Oui, répondit Lila sur un ton grave et solennel. Je veux bien te le partager si tu me promets de ne jamais rien dire à qui que ce soit. »
-« Lila, je ne suis pas sûre qu- »
-« Est-ce que je peux te faire confiance ? » coupa soudainement Lila en regardant Bridgette droit dans les yeux.
Le regard émeraude de la jeune fille l'effrayait presque. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle comptait lui révéler mais devant ce regard, Bridgette pouvait facilement deviner que cette révélation allait être lourde de conséquences. Malgré tout, poussée par la curiosité, la jeune fille ne pouvait pas refuser une telle offre.
-« Oui. » répondit Bridgette avec un léger hochement de tête.
Un sourire illumina les traits de la jeune fille qui s'empressa de regarder autour d'elle, pour s'assurer que la rue était bien déserte, et que son secret ne pourrait donc pas être entendu par des oreilles indiscrètes. Bridgette la regarda faire en avalement difficilement sa salive.
Les mots de Félix lui revinrent soudain en tête : aurait-elle dû se méfier d'elle ? Qu'allait-elle lui dire de si important ? Cela allait-il la mettre en danger ? La jeune fille sentit son rythme cardiaque s'accélérer quand Lila posa de nouveau les yeux sur elle.
-« Si je raconte tous ces mensonges, c'est pour une seule chose : protéger ma véritable identité. »
-« H-Hein ? »
-« Je suis une super-héroïne Bridgette. »
Alors ? Quel est votre ressenti par rapport à elle finalement ? xD Bien joué à ceux qui avaient deviné que c'était bien Lila qui apparaîtrait dans cet acte !
J'espère que ça vous a plu, on se retrouve la semaine prochaine pour la suite, restez connectés...
