Bonjour à tous !
Voici le début du tome 3. Pas de prologue, on entre directement dans le vif du sujet... Bonne lecture !
Tome 3 : Destins Brisés
Au sortir de cette sixième année marquée au fer rouge, les deux fiancés sont plus soudés que jamais. Leur secret désormais tombé, Emma et Drago seront-ils prêts à assumer leur relation aux yeux de tous ? Mais entre sentiments inavoués et trahisons proclamées, la solitude guette. Sous le joug d'une pesante dictature, cette dernière année à Poudlard n'épargnera ni les cœurs, ni les corps, ni les esprits. Une fois brisés, la chute n'en sera que plus rude. Perdue dans son passé et son avenir, il sera compliqué pour Emma de savoir
sur qui vraiment compter.
Chapitre 36 : Le prix à payer
Terry B. … Mandy B. … Michael C. ... Anthony G. … Padma P.
Tels étaient les noms écrits de la main de chacun, défilant sur le cadre photo aux couleurs bleue et bronze que tenait la jeune fille. En son centre, les personnages animés ne cessaient de rire aux éclats, entre sourires et clins d'œil lancés à Emma. Allongée sur le dos, cette dernière observait tristement le cadeau que lui avaient offert ses amis un an plus tôt. Ses amis... L'étaient-ils encore à l'heure d'aujourd'hui ? Tellement de choses avaient changé en si peu de temps.
Après un soupir, Emma retourna lourdement le cadre sur le lit. Cette période était bel et bien finie, l'insouciance et la légèreté qui se dégageaient de ce cliché se trouvant désormais bien loin derrière eux.
Le soir où Albus Dumbledore avait quitté ce monde pouvait être classé comme l'un des pires de toute sa courte vie. Responsabilité, culpabilité, révélation, perte. Depuis ce jour, elle se sentait plus seule que jamais. La rancœur de ses amis et la disparition de Drago avaient signé ce vide dans lequel elle se sentait planer. Celui-ci lui rappelait presque son état peu après la mort de son père, lorsqu'elle s'était tapie dans un silence interminable. La différence était que cette fois-ci elle se laissait guider, comme une poupée de chiffon, essayant de sauver les apparences. Mais qu'y avait-t-il à sauver ? Depuis son retour chez elle, Emma ne pouvait s'empêcher de ressentir l'hypocrisie qui parcourait le manoir. Il était évident que la mort de Dumbledore n'enchantait pas sa famille. Mais depuis le retour officiel du Seigneur des Ténèbres, la position de Marcos Oreiro était claire : être Sang-Pur c'était devoir suivre le Lord noir, pour le meilleur et pour le pire. Toutefois, le patriarche avait toujours tenu à être loin de tout ce système de Mangemort et de serviteurs directs, au grand soulagement de la jeune fille.
Pour Emma, la mort de Dumbledore signifiait tout simplement la disparition de l'espoir d'un monde meilleur. Qui restait-il désormais pour refaire surgir cet espoir ? Harry Potter, un adolescent de son âge qui en avait vu de toutes les couleurs au cours de sa vie ? Peut-être cela suffisait-il à certains pour croire encore à une possible réussite du Bien, mais ce n'était pas son cas. Après tout, malgré les infos qu'il détenait ce soir-là, Albus Dumbledore était bel et bien mort.
Les funérailles du directeur de Poudlard s'étaient déroulées conformément à sa volonté dans le parc du château. Les élèves, les professeurs, de nombreux sorciers et même certaines créatures magiques avaient été présents pour cet hommage réservé au plus célèbre des directeurs du château.
En jetant un coup d'œil au cadre photo retourné, la jeune fille se remémora les regards durs de Terry et de Michael qui semblaient lui faire comprendre qu'elle ne méritait pas d'assister aux funérailles du défunt. Padma, dont les parents avaient exigé le retour, aurait très certainement adopté le comportement des deux garçons plutôt que celui d'Anthony et de Mandy qui se contentaient de l'ignorer. Emma avait tout de même pu apercevoir quelques regards furtifs de la part de la blonde.
Les deux amies n'avaient fini par avoir une véritable discussion qu'au moment du trajet de retour dans le Poudlard Express. En effet, Emma s'était décidée à rejoindre Mandy et Terry, laissés seuls par les deux autres qui profitaient de leurs petite-amies respectives. Ne supportant pas sa présence, le jeune homme avait fini par rejoindre des amis de Poufsouffle, laissant les deux adolescentes en face à face. Ce fut comme une continuation de la discussion qu'elles avaient pu avoir le soir de la découverte du secret d'Emma. Mandy l'écoutait et lui répondait avec respect mais ce n'était pas comme avant et ça ne le serait plus jamais. La jeune fille en avait profité pour conseiller son amie sur la suite. Clairement, le monde sorcier sans Dumbledore basculerait forcément tôt ou tard, entre les mains du Seigneur des Ténèbres, tout du moins au sein des pays de la Grande Bretagne. Pour cette raison, Emma s'inquiétait pour l'avenir de son amie, Née-Moldue. Elle lui avait alors conseillé de se faire la plus discrète possible jusqu'à la rentrée prochaine, en espérant que Poudlard ouvre toujours ses portes.
Ce fut avec un pincement au cœur qu'elles s'étaient séparées à la gare. Emma avait regardé son amie rejoindre ses parents Moldus qui semblaient si insouciants en ces temps plus sombres que jamais. Lorsque son regard s'était tourné vers Michael qui venait de quitter Cho, elle s'était avancée vers lui.
- Il faut absolument que les parents de Mandy comprennent ce qui est en train de se passer, Michael. De même pour ceux de Terry.
- Il est peut-être un peu tard pour toi de t'en inquiéter Emma, tu ne crois pas ? lui avait-il froidement répondu avant de s'éloigner.
Depuis, Emma avait reçu un hibou de Mandy, dont les parents avaient été contactés par ceux de Padma. La petite famille avait donc décidé de migrer en Espagne le temps des vacances scolaires. Terry quant à lui, avait préféré rester au pays, refusant de fuir. Cependant pour une meilleure protection, il séjournait chez les Corner. A ce jour, il n'y avait donc plus que Mandy qui acceptait de garder contact avec la jeune fille qui remerciait cette dernière d'être aussi bonne et indulgente envers elle.
Il ne fallait toutefois pas oublier ses amis Sang-Pur. Même si Astoria restait en retrait, elle lui demandait régulièrement des nouvelles de Drago. Requête à laquelle elle ne pouvait satisfaire puisqu'elle n'en avait tout simplement aucune. Cela faisait des semaines qu'elle avait quitté Poudlard et aucune information concernant les fugitifs que représentaient Severus Rogue et Drago n'avait filtrée. D'ailleurs, personne ne semblait être au courant de leur implication dans la mort de Dumbledore. C'était comme si l'affaire avait voulu être étouffée par la Gazette et par le Ministère lui-même. Cette absence de nouvelle de son fiancé lui était insupportable. Alors qu'elle avait relaté les évènements à son grand-père, Emma avait tenté de le convaincre de contacter la famille Malefoy pour en savoir plus. Mais celui-ci avait refusé, précisant qu'il était préférable que le contact vienne des Malefoy.
« S'ils ne se sont pas encore donnés la peine de venir à nous, cela signifie qu'il en est probablement mieux ainsi. » « Arrêtes de t'en faire, Emma. Vu les circonstances, il est plus rassurant de savoir ton fiancé parmi les Mangemorts plutôt qu'entre les mains du Ministère. » avait ajouté son grand-père, en remarquant l'inquiétude palpable de sa petite-fille.
Ces dires pouvaient paraître véridiques mais Emma ne pouvait s'empêcher de penser que Drago était celui qui devait tuer Dumbledore. Or tel n'avait pas été le cas et Merlin savait que le Seigneur des Ténèbres n'était pas sorcier à supporter les échecs. La jeune fille y avait longuement réfléchi, essayant de revoir à la lumière de ce qu'elle savait désormais toutes les discussions qu'elle avait pu avoir avec son fiancé. Le simple fait d'introduire des Mangemorts dans le château n'était pas suffisant pour terrifier Drago de la sorte. Elle se souvenait de son regard empli de peur ce soir-là, ainsi que de ses mots.
« C'est là que tout commence vraiment. »
« Je n'ai pas le choix. »
« Je dois le faire pour nous, les Malefoy ».
Telles avaient été ses phrases à la suite de la réussite qu'il avait tant attendue au cours de ces longs mois. Ce n'était pas là une réaction logique face à une réussite. Cela voulait donc dire que sa réelle mission était encore à faire. Et quelle mission plus épouvantable et abominable que de devoir tuer quelqu'un...
Ainsi, Emma s'inquiétait vraiment du devenir de Drago lors de son retour auprès du Lord noir. Au moins, pensait-elle, sa cicatrice ne s'était pas manifestée. Elle pouvait donc en déduire qu'il n'était rien arrivé à Drago d'aussi grave que lors de son duel avec Potter dans les toilettes. Ne pas sentir de brûlure aussi intense signifiait donc qu'il était en vie. Là était le principal, n'est-ce pas ? C'était ce qu'elle avait tenté d'expliquer à Astoria sans trop entrer dans les détails afin de la rassurer quelque peu.
Au fond, elle constatait que son seul véritable contact amical était Théodore. Les deux amis essayaient de se voir au moins une fois par semaine histoire de ne pas se sentir trop seuls dans ce monde de Sang-Pur. Lors d'une des premières de leurs rencontres, Théodore avait émis une crainte qui lui fit froid dans le dos. Ayant déjà fait de Drago un mangemort, le Seigneur des Ténèbres s'en prendrait-il à d'autres adolescents ? D'autres adolescents Sang-Pur évidemment... Emma n'avait encore jamais songé à l'éventualité d'être ainsi approchée. Théodore semblait inquiet pour elle au vu de sa qualité de fiancée de Mangemort, alors que la jeune fille s'inquiétait quant à elle plus pour son ami, fils de Mangemort encore en vie. Il y avait quelques jours de cela, Théodore lui avait également appris que son père avait été libéré d'Azkaban. Passant sur le fait que la Gazette des Sorciers n'en avait aucunement parlé, elle s'était aussitôt douté qu'il en était de même pour Lucius Malefoy.
Ainsi, elle avait espéré une prise de contact de la part des Malefoy, mais rien n'était venu jusqu'à présent. Que faisaient-ils ? Où étaient-ils ? Que leur arrivait-il ? Il ne lui restait plus qu'à attendre. Telle était sa pensée ce soir-là, allongée sur son lit et jouant inconsciemment avec sa bague de fiançailles. Lorsqu'elle s'en rendit compte, elle leva sa main et observa le bijoux étincelant. Il s'agissait également d'un cadeau d'anniversaire, celui qu'elle avait failli recevoir le jour de la Saint Valentin lors de sa cinquième année. Le cadre, la bague, la cinquième année... Tout cela avait l'air d'appartenir à un autre monde, à un autre temps, à une autre vie.
Un crac sonore fit sursauter Emma qui se redressa sur ses coudes. Kyra, l'Elfe de maison de la famille Oreiro était apparue au milieu de la chambre de la jeune fille et semblait empressée de lui délivrer un message.
- Qu'y a-t-il, Kyra ?
- Maîtresse Emma, votre Grand-père désire vous voir immédiatement dans le salon.
- Pourquoi, il s'est passé quelque chose ?
- Votre Grand-père vous attend, Mademoiselle.
- Merci Kyra.
Emma n'avait pas attendu la disparition de l'elfe pour se précipiter vers le couloir. D'un pas rapide, elle dévala les escaliers et ne ralentit le mouvement qu'à quelques centimètres de la porte entrouverte du salon. Sur le moment, elle imagina des têtes blondes assises en compagnie de sa famille. La jeune fille inspira et ouvrit la porte. La déception s'empara d'elle lorsqu'elle comprit qu'il n'y avait que sa mère et son Grand-père. Ce dernier qui faisait face à la cheminée vide de tout feu en cette période estivale, tenait entre ses mains un parchemin.
- Grand-père, Mère, vous vouliez me voir ? demanda la jeune fille, tendue.
Marcos Oreiro se retourna et lui lança un regard pénétrant.
- Les Malefoy nous ont contactés, apprit-il alors qu'un faible sourire apparaissait sur le visage d'Emma.
Puis, sans rien dire de plus, il lui tendit le document. Elle s'approcha lentement et s'en empara en contenant sa hâte du mieux qu'elle put. Lorsqu'elle l'eut en main, elle eut l'impression qu'il était issu d'un vieux morceau de papier froissé qu'on s'était empressé de déchirer. Une écriture inconnue à ses yeux semblait avoir été rédigée à la va vite.
Nous sommes confinés au sein de notre propre manoir. Plus dans les bonnes grâces du Seigneur des Ténèbres. Important pour l'avenir de nos enfants que votre famille acquière une position respectable auprès de celui-ci. Ministère tombé ce soir entre ses mains. Il est temps d'agir.
N.M
La jeune fille s'obligea à relire une nouvelle fois le mot écrit de la main de Narcissa Malefoy avant de lever les yeux vers le patriarche de la famille Oreiro. Face au silence de ce dernier qui ne cessait de la fixer, elle jeta un coup d'œil à sa mère immobile, le regard porté sur le bout de parchemin.
- Qu'attendent-ils réellement de nous ? demanda Emma lassée de ce silence pesant.
- Que comptez-vous faire, Marcos ? interrogea presque aussitôt Héléna qui s'était tournée vers lui.
- Je compte faire en sorte que notre famille soit bien placée dans la hiérarchie nouvelle qui s'établira maintenant que le Ministère est sous le contrôle du Seigneur des Ténèbres.
- Vous n'allez pas devenir Mangemort ! ne put s'empêcher de se contenir Emma.
- Ma chérie, être Mangemort n'est pas le seul moyen de se hisser dans cette hiérarchie. Il me semble que l'emprise des Gobelins sur Gringotts déplaise très fortement au Seigneur des Ténèbres. Je pourrai éventuellement trouver là un moyen de grimper des échelons.
- Le travail de Sebastian était assez apprécié du Seigneur des Ténèbres.
- Je compte en effet faire valoir cet élément auprès... du Maître.
Marcos Oreiro avait laissé en suspend sa phrase durant une très courte seconde, comme s'il s'était résolu à nommer le Lord Noir par ce signe de soumission réservé à ses serviteurs.
oOo
La ville de Penzance n'avait pas beaucoup changé depuis l'année passée, si ce n'était une affluence moindre qui s'était faite ressentir depuis ces derniers jours. En effet, officiellement le Ministre de la Magie, Rufus Scrimgeour avait démissionné et avait été remplacé par un certain Pius Thicknesse. Ce dernier n'avait pas perdu de temps pour changer radicalement de politique. Rien n'établissait clairement que Voldemort s'était emparé du contrôle du Ministère, mais il était difficile de ne pas en faire de conclusions en ce sens au vu des nouvelles mesures prises. C'était un coup de maître, pensait Emma, quel meilleur moyen que de rester en retrait tout en gardant le contrôle de tout afin d'apporter confusion et incertitude, et d'éviter une éventuelle révolution populaire.
Comme elle l'avait craint, une des premières mesures était relative aux Nés-Moldus. Ces derniers se voyaient désormais soupçonnés d'avoir acquis leurs pouvoirs magiques par le vol ou la force. En conséquence de quoi, une enquête devait être réalisée au cours de laquelle les potentiels usurpateurs devaient prouver qu'ils avaient au moins une ascendance sorcière pour ne pas être condamnés et enfermés.
Emma se sentait soulagée de savoir Mandy et sa famille loin de tout ceci. Toutefois, l'inquiétude demeurait pour Terry qui était resté au pays. Mais même si elle pouvait y faire quelque chose, elle se doutait du refus catégorique du jeune homme qui l'avait totalement rayée de sa liste d'amis.
Alors qu'Emma attendait depuis plus d'une vingtaine de minutes, assise sur un banc en face du port, la silhouette de Théodore Nott finit enfin par se dessiner au loin. Comme chaque semaine, ils étaient censés se retrouver sur le port de Penzance, la ville sorcière connue pour être celle du réseau des voyages de la Communauté magique de Grande Bretagne. La jeune fille emmitouflée dans sa veste avait passé le temps en observant la houle qui s'était levée depuis la veille. Elle avait ainsi pu déterminer assez facilement la nature des propriétaires des différents bateaux alors ballotés par les vagues, ceux des sorciers comportant un maximum de protections magiques.
- Les Cornouailles et leur météo pourrie ! maugréa Théodore arrivant à ses côtés alors qu'il semblait s'être pris l'éclaboussure d'une vague en plein figure.
- Regardez-moi cet Ecossais qui parle.
- Désolé pour le retard. J'avais des choses à faire, s'excusa-t-il en s'asseyant sur le banc près d'Emma. Je vais également devoir partir plus tôt.
- Que peux-tu avoir de plus important que notre rendez-vous hebdomadaire ? tenta de plaisanter la jeune fille.
- Kevin s'est fait rafler, son interrogatoire devant la Commission d'enregistrement des Nés-Moldus a lieu cet après-midi.
- Comment ça, "rafler" ?
- Il y a des Rafles de Nés-Moldus depuis quelques jours, afin d'appréhender ceux qui ne se sont pas présentés d'eux-mêmes. Kevin avait préféré attendre afin de chercher des preuves de son statut de Sang-Pur. On est allé à l'orphelinat où il avait été accueilli bébé, mais ça n'a pas donné grand chose. Ils ne semblent pas conserver beaucoup d'info sur ceux qui leur remettent des orphelins.
- Et tu crois vraiment qu'il est...
- C'est un Sang-Pur, Emma, l'interrompit-il d'un ton dur. Nous avons essayé de nous tourner vers le Ministère. Il n'a pas été très coopératif, mais à l'aide de la mère de Stephen on a pu avoir la confirmation que des bébés sorciers avaient été envoyés dans des orphelinats moldus. Les dates coïncident.
- J'espère que cela sera suffisant pour la Commission.
- Nous l'espérons tous, souffla Théodore en s'affalant contre le dossier dur du banc.
Les yeux fermés, le jeune homme semblait vraiment épuisé.
- Des témoignages sont possibles ? Soutenu par deux Sang-Pur tels que toi et Stephen cela peut faire pencher la balance.
- C'est pour ça qu'on compte assister à l'entretien tout à l'heure, hocha-t-il la tête avant de la tourner vers Emma qui le regardait d'un air compatissant. Tu viendrais avec nous ?
- Bien sûr. Cela peut être utile au cas où ils réclameraient un témoignage plus objectif que celui de ses amis.
- Je ne sais pas comment te remercier, Emma, déclara Théodore avant de prendre doucement la main de la jeune fille et de la porter jusqu'à sa bouche.
Il y déposa ses lèvres et semblait vouloir profiter de la chaleur de ce contact.
- Avec un bisou sur la main peut-être ?
- Tu sais bien que c'est ailleurs que je préfèrerais te faire un bisou, fit-il avec un faible sourire.
- Théo...
- Même moi je trouve que c'est déplacé ce genre de blague à l'heure actuelle, désolé, l'interrompit-il en serrant la main d'Emma qui avait voulu la retirer.
Cette dernière expira bruyamment et observa le jeune homme. Elle sentit une soudaine envie d'être en contact avec lui, l'envie de se blottir contre son ami. Sans plus réfléchir, elle lui souleva le bras, le passa derrière elle et se cala au creux de son cou. Surpris, Théodore se laissa faire et enlaça Emma de son bras gauche, posant la joue sur le haut de sa tête après y avoir déposé un léger baiser. En cette fraiche période estivale, théâtre d'évènements plus sombres que jamais, rien ne valait mieux que de s'abandonner à la chaleur d'un contact amical.
Au bout de quelques minutes silencieuses, Théodore se souvint qu'il avait fait un détour dans « La maison du chocolat » sur Chapel Street, la rue sorcière de la ville. Tous deux dévorèrent ainsi leurs moelleux du chaudron avec gourmandise. Une fois le ventre bien rempli, Emma se permit de s'allonger sur le banc, la tête posée sur les genoux du jeune homme. Ils entamèrent alors une discussion sur la méthode du Seigneur des Ténèbres pour prendre le pouvoir. Théodore savait très bien que le Ministère était tombé et que Scrimgeour avait été tué, puisque son père avait pris part au massacre. Le mangemort ne s'était d'ailleurs pas privé de vanter leurs exploits auprès de sa famille. La jeune fille garda pour elle le mot envoyé par Narcissa Malefoy. Tout ceci devait rester entre les Malefoy et les Oreiro.
Puis, l'heure fut venue pour eux de quitter Penzance et de rejoindre Londres afin d'assister à l'entretien de Kevin Entwhistle. Ils utilisèrent l'une des cheminées du réseau des voyages sorciers et annoncèrent leur destination : le Ministère de la Magie. Ils débouchèrent ainsi dans le grand atrium, place centrale du vaste bâtiment. L'endroit sombre était dominé par une gigantesque pierre noire grâce à laquelle étaient sculptés deux sorciers qui regardaient de haut les occupants de l'atrium. Les deux sorciers étaient assis sur un enchevêtrement de corps nus de femmes, d'hommes et d'enfants au visages laids et stupides.
- La Magie est Puissance, murmura Emma en lisant l'inscription gravée au bas de la sculpture. C'est affreux...
- Souviens-toi où nous sommes et pourquoi on est là, Emma, la rappela à l'ordre Théodore qui semblait vouloir qu'ils se comportent en Sang-Pur dignes de ce nom en ce lieu.
Ils rejoignirent Stephen Cornfoot qui patientait non loin des grandes portes d'or à l'extrémité du hall. Ce dernier était empli d'un flot continu de sorciers et de sorcières. Théodore expliqua la raison de la présence d'Emma à son ami qui accueillit la nouvelle avec entrain. Suivant les instructions de sa mère, Stephen les guida jusqu'aux salles d'audiences où se déroulaient les interrogatoires de Nés-Moldus. Une fois sortis de l'ascenseur magique, Emma ressentit instantanément un froid qu'elle n'avait que trop souvent connu à son goût. Elle stoppa sa marche, ce qui fit se retourner ses deux compagnons.
- Pourquoi tu t'arrêtes ?
- Il y a des Détraqueurs.
- Ma mère nous avait prévenu, informa Stephen.
- Désolé, j'ai oublié de te le dire. Allez viens, l'intima Théodore en lui prenant la main.
Frigorifiée, elle s'avança de nouveau en se cramponnant de plus en plus au bras de son amis au fur et à mesure qu'ils s'approchaient des créatures. Le tableau qui se présentait sous leur yeux était horrifiant. Les affreuses silhouettes noires encapuchonnées et dont les mains remplies de croûtes pendaient, étaient positionnées juste au dessus des Nés-Moldus en attente de leur interrogatoire. Ils repérèrent Kevin, le visage enfoui dans ses genoux relevés sur l'extrémité du banc de bois dur.
- Salut vieux. Ca fait longtemps que t'es là ? l'interpella Stephen.
- Trop longtemps...
- Tiens, prends ça, ça va te faire du bien, conseilla Théodore en lui tendant un moelleux du chaudron de Chapel Street.
- Merci. Qu'est-ce qu'elle fait là ? questionna-t-il en remarquant la présence de la jeune fille qui tentait tant bien que mal de repousser l'accablement et l'horreur qui s'emparait d'elle du fait de la présence des sombres créatures.
- Témoignage d'un Sang-Pur plus objectif que celui de tes meilleurs amis. Au cas où...
- C'est très gentil à toi, Oreiro. J'espère que Théo ne t'a obligée en rien.
- Suivant. Kevin Entwhistle, appela une voix qu'ils reconnurent comme étant celle d'Ombrage.
Stoppant leur conversation, ils entrèrent dans la salle d'audience aux allures de cachot, à leur tête le supposé Né-Moldu. Haute de plafond, la pièce était pourtant petite, ce qui renforçait l'impression d'être étriqué. Des Détraqueurs étaient également présents dans chaque coin de la salle. Sur une estrade surélevée, Dolores Ombrage se tenait aux côtés d'une autre sorcière et d'un sorcier. Un patronus semblait les protéger des effets néfastes des créatures glaciales. Au centre de la pièce, un siège unique était installé.
- Je vois que vous êtes bien accompagné, Monsieur Entwhistle. J'ose espérer qu'il ne s'agisse pas de vermine Moldue, constata la petite femme d'une voix aigüe.
- Nous prendre pour cette vermine est une insulte à notre sang, Madame, intervint Théodore avec un dégoût tel, qu'il surprit Emma.
- Nous venons soutenir et témoigner pour notre ami qui a subi l'un des pires supplices pour un Sang-Pur.
- Rares sont les usurpateurs qui se prétendent Sang-Pur. Nous verrons cela en temps voulu. Asseyez-vous, s'adressa-t-elle à Kevin en désignant le siège.
A peine assis, des chaînes jaillirent des bras du fauteuil et l'immobilisèrent.
- Est-ce vraiment nécessaire ?
- Monsieur Nott, vous rendez-vous compte du risque que vous prenez à soutenir ce potentiel Sang de Bourbe, déclara le sorcier assis aux côtés d'Ombrage.
- Monsieur Yaxley, vous vous doutez bien qu'un sorcier de mon rang ne se serait jamais abaissé à une telle chose si je n'étais pas sûr du Statut du sang de ce sorcier.
- Asseyez-vous donc, vous et vos amis, les intima-t-il en faisant apparaître trois chaises au fond de la pièce avant qu'Ombrage ne fasse l'insupportable raclement de gorge dont elle avait le secret.
- Vous vous appelez bien Kévin Henry Entwhistle ?
- C'est le nom que m'ont donné les Moldus qui m'ont adoptés.
- Ainsi donc, vous n'êtes pas l'enfant biologique des Moldus qui vous ont élevé.
- C'est exact.
- Selon le questionnaire que vous avez rempli, vous affirmez être le légitime enfant d'un couple de sorciers Sang-Pur tués au cours de la guerre dans le début des années 80. Comment pouvez-vous affirmer une telle chose alors même que vous avez été au sein d'un orphelinat moldu.
- Je me suis renseigné auprès du Service social du Ministère de la Magie et il y a bien eu un transfert d'orphelins auprès de centres moldus à cause du manque de candidats à l'adoption. Notamment au cours de l'année 1980, année de ma naissance.
- Mais tout ça, ce ne sont que des suppositions. Qu'est-ce qui vous fait croire que vous faites partie de ces enfants lâchement confiés à ces vermines ?
- Un document que j'ai en ma possession confirme qu'il y a bien eu contact en 1980 entre le Service social du Ministère et l'orphelinat dans lequel j'ai atterri. Il est donc logique de conclure que je fais partie de ces enfants.
- Pourquoi prétendre avoir le statut de Sang-Pur ? Sans doute n'êtes-vous qu'un Sang-Mêlé. Peut-être est-ce d'ailleurs une des raisons pour lesquelles le Ministère a si facilement laissé des orphelins sorciers entre les mains de ces abominables Moldus, intervint à son tour Yaxley.
- Sur ce point là, je n'ai pas vraiment de preuve, mis à part le fait que depuis mon arrivée à Poudlard, donc depuis que je suis en compagnie d'autres sorciers, j'ai eu le profond sentiment d'appartenir à ces familles de Sang-Pur.
- Les familles de Sang-Pur sont en général capable de s'occuper de l'éducation d'un de leur membre orphelin de parents. Si vous étiez Sang-Pur ne pensez-vous pas qu'un parent proche vous aurez recueilli ?
- La guerre a fait de nombreux morts et de nombreuses familles entières ont été décimées.
- Quoiqu'il en soit, reprit Ombrage, prouver être Sang Mêlé suffit à ne pas être considéré comme un usurpateur. Qu'ont à dire vos amis pour votre défense ? interrogea-t-elle du regard les trois jeunes assis au fond de la pièce avant que Stephen ne se lève de sa chaise.
- Je suis Stephen Cornfoot, Sang-Pur, élève à l'école de Sorcellerie Poudlard. J'ai rencontré Kevin lors de notre première année. Nous étions camarades de chambre dans les dortoirs de la maison de Serdaigle. Au départ réticent de part ses origines, j'ai vite compris qu'il n'était pas comme tous ces misérables Sang de Bourbe. C'est pourquoi je l'ai toujours accepté et même aidé à fuir ses épouvantables conditions de vie durant les vacances scolaires, en l'invitant souvent chez moi, par exemple.
- Le supplice dont vous parliez tout à l'heure est donc celui d'être obligé de devoir vivre avec des Moldus.
- Le véritable supplice est celui d'avoir été élevé et d'avoir grandi en ayant la conviction d'être un de ces Moldus alors même qu'il s'agissait d'un sorcier respectable. Aucun Sang-Pur ne mérite de vivre une telle chose.
- Bien, je vous remercie Monsieur Cornfoot. Monsieur Nott, avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Je suis Sang-Pur et membre de la maison de Serpentard à Poudlard. Comme je l'ai dit tout à l'heure, je ne me serais jamais abaissé à être ami avec un minable Sang de Bourbe. J'ai rencontré Kevin en première année grâce à Stephen. Moi aussi j'ai remarqué qu'il était comme nous. Ces choses là ont les sent, Madame. Kevin est un véritable sorcier ayant la pleine capacité de tous ses pouvoirs et nullement un de ces usurpateurs que vous faites bien de condamner.
- Bien. Vous pouvez vous rassoir. Miss Oreiro, j'avoue être surprise de vous voir ici. Lors de mon passage à Poudlard, il ne me semble pas vous avoir vu côtoyer ces jeunes hommes, constata Ombrage à la plus grande surprise de la jeune fille qui ne s'attendait pas vraiment à être ainsi reconnue. Sans doute était-ce la conséquence de ses nombreuses participations au cour de Défense contre les forces du mal, afin surtout d'éviter de s'endormir en ne faisant qu'écouter le cours.
- Eh bien, il est vrai que je ne viens pas au même titre que mes deux camarades. Mais sans doute mon témoignage paraitra plus objectif que celui des deux meilleurs amis de Kevin Entwhistle.
- Très certainement. Qu'avez-vous à dire ?
- Je l'ai rencontré, ainsi que les deux autres lors d'un anniversaire où seul les Sang Pur les plus respectables de notre année étaient invités. Je doute que chacun d'entre nous se serait donné la peine d'accepter un Sang de Bourbe lors d'un tel rassemblement. Kevin était vraiment très intégré et exprimait sans complexe sa réelle nature, à savoir celle d'être non pas un simple Né-Moldu, mais un Sang Pur ayant été adopté par des Moldus lors de la guerre. Personnellement, je trouve cela totalement crédible, bien qu'inhabituel. D'ailleurs, au nom de tout ce qu'il a dû subir à cause du choix du Ministère d'ouvrir l'adoption aux Moldus, il devrait au moins être totalement blanchi et laissé tranquille par la Commission.
- Merci, vous pouvez vous rassoir. Votre cas est rare, Monsieur Entwhistle. Nous avons pourtant déjà eu à faire face à un usurpateur nous tenant un discours similaire.
- Cette vermine de Sang de Bourbe n'avait pas été assez malin pour s'entourer de Sang-Pur, se moqua Yaxley, en lançant un regard perçant aux trois personnes au fond de la salle.
- Au regard des preuves que vous nous avez fournies, bien que très infimes, et à la lumière des témoignages de ces messieurs et de mademoiselle, je dois avouer que je pourrai admettre la possibilité que vous ayez au moins un sorcier dans votre ascendance. Qu'en pensez-vous Yaxley ?
- Soit vous êtes un usurpateur plus rusé que les autres, soit vous êtes un sorcier bien malchanceux. Mais je n'admettrai jamais une reconnaissance de statut de Sang-Pur pour vous Monsieur Entwhistle.
- Nous sommes donc d'accord. Nous abandonnons officiellement les poursuites à votre encontre et vous accordons un Statut de sang du rang de Sang-Mêlé. Vous pourrez ainsi à la rentrée, intégrer l'école de sorcellerie Poudlard en toute liberté, dont la présence est je vous le rappelle obligatoire. Vous pouvez disposer, conclut Ombrage alors que les chaînes se desserrèrent et libérèrent le relaxé.
- Monsieur Entwhistle, n'hésitez pas à faire un détour au Service des registres afin de changer cet affreux nom moldu.
- Ce serait avec plaisir, Monsieur. Je vous remercie, bonne fin de journée, salua-t-il poliment avant de se diriger vers la porte que Théodore était en train d'ouvrir.
- Miss Oreiro, puisque je vous ai sous la main, j'aurai quelques questions à vous poser au sujet d'une certaine Mandy Brocklehurst. Veuillez rester quelques instants je vous prie, profita Ombrage en prenant totalement au dépourvu la jeune fille qui lança un regard affolé à Théodore.
Ce dernier l'encouragea du regard et quitta la pièce, laissant la porte ouverte.
- Selon mes souvenirs vous étiez amie avec cette personne n'est-ce pas ? questionna directement l'ancien professeur.
- Avant de vous répondre, puis-je me permettre de me rapprocher de votre Patronus, Madame, demanda Emma qui tentait de gagner du temps pour réfléchir à sa réponse qui ne devrait ni trahir Mandy, ni porter atteinte à l'honneur de sa famille.
- Faites-donc, mais dépêchez-vous.
- Bien sûr, acquiesça la jeune fille qui fut obligée de presser son pas. Je dois dire que je suis assez embêtée que cette erreur de jugement de ma part soit arrivée jusqu'à la Commission.
- Embêtée ! Vous devriez avoir honte d'avoir sympathisé avec une Sang de Bourde. Pour une jeune fille de votre Sang ! s'agita Yaxley, lui pointant un doigt de reproche.
- Pourquoi parlez-vous d'erreur ?
- Parce que je n'ai jamais vraiment su sa véritable nature, croyant qu'elle était au moins une Sang-Mêlé. Mais cela s'est avéré faux, j'ai donc coupé court à toute relation avec elle.
- Vous n'avez donc aucune idée de l'endroit où cette usurpatrice en fuite pourrait se cacher ?
- Aucune, Madame.
- Très bien, vous pouvez disposer Miss Oreiro. Sans doute notre prochain usurpateur pourra nous apporter réponse plus satisfaisante. Suivant. Terry Boot, appela Ombrage alors que le cœur d'Emma sauta pour la seconde fois en entendant le nom d'un autre de ses « anciens » amis.
Elle se retourna et rencontra le regard dur de Terry qui semblait avoir tout entendu.
- Miss Oreiro ? Vous avez peut-être un autre témoignage à nous fournir ? continua Ombrage qui constatait l'immobilité de son ancien élève.
- Non, répondit-elle en pensant qu'on lui demandait de témoigner contre son camarade.
- Nous sommes ceux qui témoigneront en faveur de notre ami, entama Michael Corner qui entrait dans la petite pièce en compagnie de Padma.
- C'est fou le nombre de ces Sang de Bourbe qui pensent qu'il suffit d'avoir des témoins pour être relaxés, ricana Yaxley derrière ses mains jointes, d'un air avide de voir arriver de nouvelles proies.
Après un regard soucieux vers les trois autres, Emma se décida enfin à quitter la pièce, culpabilisant de paraître les laisser tomber ainsi. Mais que pouvait-elle faire d'autre sans risquer de porter atteinte au statut de sa famille ? Fermant la porte, elle rejoignit en silence Théodore et ses amis avant que tous ne se hâtent de quitter ce couloir empli de ce froid et de cet accablement insupportables. Une fois dans l'ascenseur, le froid disparut, mais la jeune fille avait l'air de se sentir toujours aussi accablée.
- Whaou, quelle histoire ! s'exclama enfin Kévin, soulagé d'être ainsi relaxé.
- Tu l'as dit.
- Si je n'avais pas été aussi angoissé, j'aurai pouffé de rire face à vos « témoignages ».
- Impressionnant ton mode Sang Pur présomptueux, Théodore, complimenta Stephen en lui tapotant le dos.
- Je ne peux pas en dire de même du tien, nargua-t-il sans quitter Emma des yeux, dont l'état l'inquiétait.
- Plus sérieusement, j'espère que ton ami recevra un sort similaire au mien, Emma. Tu sais ce qu'ils ont prévu de dire ?
- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit d'une faible voix la jeune fille qui ne cessait de fixer le sol.
Puis, l'ascenseur ouvrit ses portes sur le hall menant à l'atrium.
- On va fêter tout ça chez moi, ce soir. Tu es la bienvenue, Emma ! proposa Stephen lorsqu'ils reprirent leur marche.
- Merci pour l'invitation, mais il faut que je rentre chez moi, refusa-t-elle poliment.
Le temps de rejoindre les cheminées la jeune fille n'écouta plus la conversation alentour, son esprit hanté par l'image d'un Terry enchainé sur le siège central de cette exigüe mais haute salle d'audience emplie de Détraqueurs.
- Emma, je te raccompagne. Je vous rejoins tout à l'heure les mecs, entendit-elle la voix de son ami.
- Je ne te remercierais jamais assez pour ce que tu as bien voulu faire pour moi, Emma.
- Je suis contente pour toi, Kévin. Profites bien de cette liberté qui t'ait donnée sans pour autant oublier de surveiller tes arrières.
- C'est promis. Bonne soirée à toi, à tout à l'heure Théo, salua-t-il avant que Stephen n'en fasse de même.
- Ca va aller ? s'inquiéta le jeune homme une fois ses deux amis disparus dans l'une des cheminées.
- Ne te sens pas obligé de me raccompagner, ce n'est pas comme si il y avait un long chemin à faire.
- J'insiste, assura-t-il en prenant une poignée de poudre de cheminette.
Résignée, Emma ouvrit la main et recueillit la poudre qu'il lui versa.
- Manoir Oreiro, Chambre du premier étage, articula-t-elle avant de s'insérer dans la cheminée en compagnie de Théodore.
Une fois arrivés, tous deux s'époussetèrent.
- Dire que je m'étais fait à l'idée de ne jamais entrer dans ta chambre, plaisanta le jeune homme qui reçut un tapette sur la tête.
- Bon je ne te fais pas la visite, je n'ai pas envie qu'ils sachent qu'un autre homme que mon fiancé se trouve dans ma chambre.
- Je penses que ta famille ferait mieux de s'inquiéter du fait que ce soit toi et lui qui vous retrouvez seuls dans ta chambre.
- En tout cas ce n'est pas en ce moment que cela risque d'arriver...
- Tu as eu des nouvelles ?
- Pas vraiment de Drago.
- De qui alors?
- De sa mère.
- Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- Rien d'important.
- Ces réponses sentent le « ce n'est pas tes affaires » à plein nez.
- Un Théodore Nott sans exagération ne sera jamais un vrai Théodore Nott, se moqua-t-elle alors que son sourire ne durait pas longtemps.
- Je suis sûr qu'ils ont dû trouver quelque chose pour sortir Boot de là.
- Je l'espère... Si tu avais vu leurs regards, Théo... Ils ont entendu tout ce que j'ai dit au sujet de Mandy, n'est-ce pas ?
- Emma, tu ne pouvais rien faire d'autre de crédible. Tu as pris la bonne décision.
- Je n'ai plus de contact avec elle depuis le coup d'état du Seigneur des Ténèbres. J'ai peur que l'on intercepte nos courriers.
- C'est mieux comme ça. Tu sais, j'ai bien peur que l'on soit de plus en plus forcés à faire les personnages que l'on a joué cet après-midi.
- C'était tout à fait détestable.
- Détestable mais nécessaire pour notre survie en de bonnes conditions.
- Tu parles de bonnes conditions ! J'ai l'impression d'entendre Drago, lâcha la jeune fille alors que son ami tiquait à la comparaison avec ledit fiancé.
Il se détourna d'elle et inspecta la pièce, notamment l'étagère au-dessus du bureau qui comportait de nombreuses photos.
- Tu sais que j'ai la même planquée dans mon tiroir, informa Théodore en désignant une photo d'Emma et de lui aux seize ans de Daphné.
Les deux protagonistes de l'image riaient aux éclats alors qu'ils étaient en train de se trémousser sur la piste de danse juste avant de se rapprocher et d'entamer une danse plus lente.
- Je ne m'étais même pas rendue compte que des photos avaient été prises. C'est Astoria qui a absolument tenu à me donner cette photo.
- Moi, j'ai dû harceler Daphné pour la récupérer.
- Pour qu'elle finisse au fond d'un tiroir, c'est bien dommage.
- Je n'ai pas de photos dans ma chambre alors ça aurait pu porter à confusion. Il n'y en a aucune des deux « heureux fiancés » ?
- Je te signale que tout était censé rester secret jusqu'à maintenant. Et je n'ai rien dans mon fond de tiroir si tu veux savoir, ajouta-t-elle narquoisement les bras croisés, tournant le dos à son lit à baldaquin.
- Tu me permets de faire quelque chose ?
- Quoi donc ?
- Ça, se contenta-t-il de dire avant de la pousser gentiment jusqu'au bord du lit, de la faire s'allonger et de rapidement se mettre à califourchon sur elle pour parer à toute réaction.
- Théodore, arrête ça tout de suite.
- Si tu savais le nombre de fois que j'ai rêvé de faire ça... murmura-t-il alors que leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
Après un long regard, il tenta de l'embrasser mais elle tourna la tête à temps. Il en profita alors pour lui offrir quelques baisers dans le cou. Emma prit quelques secondes avant de repousser la tête du jeune homme.
- Ne gâche pas tout Théodore, je t'en supplie. Tu es mon seul véritable ami aujourd'hui.
- C'est plus fort que moi, Emma. Je t...
- Tais-toi ! s'exclama-t-elle en lui bloquant la bouche de ses mains. C'est égoïste de ta part ! Pense à moi qui culpabilise déjà bien assez pour plein d'autres choses et pense à Drago qui est je ne sais où, obligé à faire je ne sais quoi et qui n'a vraiment pas besoin de se sentir abandonner par la seule personne qui le comprenne vraiment ! explosa-t-elle avant qu'il ne finisse par se dégager des mains de la jeune fille et qu'il ne les bloque contre le matelas.
- Un jour, tu succomberas Emma, chuchota-t-il à son oreille. Car tu sais tout aussi bien que moi qu'au fond de toi, c'est moi que tu aimes. Mais tu as raison, ce n'est pas encore le moment pour tout ça. Il se passe assez de choses comme ça, enchaîna-t-il en se redressant avant de libérer la jeune fille. Je ferai mieux d'y aller, Kevin et Stephen doivent m'attendre.
- N'espère même pas me voir à notre rendez-vous la semaine prochaine ! prévint-elle en refusant la main qu'il lui tendait après s'être relevé.
- C'est parti pour de longs jours de bouderie.
- De... De bouderie ! Tu te moques de moi ! Tu crois que tu peux faire ça sans que je ne réagisse !
- Emma, calme-toi. Je suis désolé. Je ne regrette pas, mais je suis désolé.
- T'es qu'un imbécile, Théodore. Un insupportable imbécile, lança-t-elle avec un léger désespoir.
- Je sais. Mais si faire l'imbécile nous permet d'être hors du temps pendant quelques minutes, alors j'en accepte pleinement les conséquences, répondit-il avec un ton plus sérieux, comme si en un instant, l'ambiance morose dans laquelle ils se trouvaient à l'accoutumée venait de refaire surface.
Emma accusa le choc de ce retour brutal à la réalité et dut avoir une mine affreuse puisque Théodore en arriva à la prendre dans ses bras. Un léger sourire apparut sur le visage de la jeune fille. Cette étreinte n'avait rien à voir avec ce qui s'était passé précédemment, il ne s'agissait que d'une véritable étreinte amicale. Et de cela, elle en avait plus que besoin en cette dure période.
oOo
« Fais le vide, Emma ! On recommence. »
Marcos Oreiro et sa petite-fille étaient en plein exercice d'occlumancie dans le bureau du patriarche. En effet, au vu de la situation actuelle, le chef de famille avait trouvé urgent d'enseigner cette discipline à Emma afin de protéger au mieux les intérêts de la famille. Il était désormais devenu trop dangereux de laisser l'esprit de chacun sans protection.
- Legilimens ! lança-t-il une nouvelle fois à l'encontre de la jeune fille.
Emma sentit aussitôt la présence de son grand-père dans son esprit. Telle avait été la première étape de l'apprentissage : se rendre compte de la tentative d'intrusion. Cela lui avait pris quelques jours avant de pouvoir repérer toutes les formes d'intrusion possible, que ce soit l'intrusion directe lorsque l'on usait de sortilèges de Légilimancie, ou l'intrusion indirecte lorsque l'on devait faire face à des Legilimens capablent d'entrer dans l'esprit de l'autre tout en camouflant leurs intentions. Cette dernière forme d'intrusion était la plus dangereuse pour l'esprit et donc la plus difficile à combattre.
Maintenant qu'elle était capable de cerner une quelconque intrusion, il était l'heure pour elle d'apprendre à la repousser. Tel était l'objet de leur séance du jour. Cela faisait plus d'une heure qu'ils s'entrainaient et la jeune fille n'arrivait que très difficilement à y parvenir. La clé de tout semblait pourtant tellement simple théoriquement : faire le vide, vider son esprit. Cela signifiait donc ranger ses souvenirs de manière très claire et de ne garder que le présent à l'esprit. Mais en pratique, ce n'était pas aussi facile. L'esprit d'Emma semblait saturé de toutes ses préoccupations actuelles et il lui semblait impossible de les mettre de côté.
Depuis quelques minutes déjà, elle avait pourtant réussi à bloquer le souvenir ainsi infiltré. Mais sans avoir été complètement repoussé, son grand-père s'attaquait aussitôt au suivant.
- Tu ne fais aucun effort ! Sors-moi donc ces choses de ta tête ! Et quelles choses... Tu as vraiment intérêt à devenir une bonne occlumens, reprocha Marcos qui venait de s'attaquer à la perte de ses amis de Serdaigle ainsi qu'à ses inquiétudes les concernant. Si jamais on apprenait que tu as été liée à autant de Sang de Bourbe et de Sang Mêlé, je ne donne pas cher de notre peau. Je n'aurai jamais dû être aussi laxiste avec toi. On recommence. Legilimens !
Sans lui laisser le temps de faire face à tout ces reproches il recommença son intrusion. Assez froissée de se voir ainsi à découvert, Emma se concentra et fit de son mieux pour tout compartimenter. Un quart d'heure plus tard, elle réussit enfin à faire ce vide tant espéré. Ainsi, bien que son esprit soit pénétré, son grand-père n'y trouva que ses pensées se rapportant au moment présent, à savoir faire de son mieux pour combattre l'intrusion. Après trois dernières tentatives afin de s'assurer qu'elle maniait le vide de son esprit de manière successive, il décida de mettre fin à la séance.
- Bon on va s'arrêter ici. La prochaine séance doit impérativement être demain. Il faut absolument qu'on avance plus vite, ta rentrée est dans un peu moins de deux semaines, Emma.
- Je vais tout faire pour être capable de manier correctement l'occulmancie avant cette date, Grand-père.
- N'oublie pas de faire tes exercices et de prendre ta potion pour soulager ton esprit.
- Je le ferai, promit-elle alors que le chef de famille se retournait pour fixer par delà la fenêtre, pensivement.
- Lorsque je vois où nous en sommes aujourd'hui, je me dis qu'il était trop téméraire de ma part d'avoir voulu accéder à ce continent qui m'avait tant fait rêver.
- Si toi et Grand-mère n'étiez pas venus vous installer en Grande-Bretagne, je n'aurai jamais vu le jour, fit remarquer Emma qui ne s'attendait pas à une telle confidence de la part de son grand-père.
- Mais lorsque je vois que ma petite-fille pense dès ses huit ans qu'elle aurait préféré ne jamais exister, cela porte à réflexion...
- J'ignorai que tu avais pu accéder à ces souvenirs.
- Je n'ai jamais pu voir à quoi ressemblait le meurtrier de Sebastian. A l'époque ton état de choc avait non seulement créé ton mutisme passager, mais également une sorte de barrière naturelle qui nous empêchait les Aurors et moi d'entrer dans ton esprit. C'est la première chose que j'ai voulu pénétrer lors de ta première séance. Ont suivi tes souvenirs et pensées en rapport avec la mort de ton père, avoua-t-il avant d'ajouter. Ta mère t'aime tu sais.
- J'ai vraiment du mal à y croire, lâcha-t-elle après un léger rire nerveux.
- Tu ignores tout ce qu'elle a dû traverser.
- Si c'est vraiment le cas, cela la rend d'autant plus lâche au vu du peu d'attention qu'elle a pu me procurer.
- J'espère que cette rancœur qui est en toi ne conduira pas notre famille à sa perte.
- Jamais je ne laisserai tomber notre famille, Grand-père ! Je ferai de mon mieux pour faire honneur à notre statut de Sang-Pur, si c'est ce qu'il faut pour nous assurer un avenir convenable.
- Je sais, Emma. Mais plus qu'un avenir convenable, c'est ton bonheur que je veux avant tout. Je regrette de n'avoir jamais su quoi faire pour atteindre ce but fixé depuis des années déjà.
- Ce n'...
- Mon maître, interrompit Kyra, l'Elfe de maison qui était soudainement apparue dans un crac sonore.
- Qu'y a-t-il Kyra, ne vois-tu pas que nous sommes en pleine discussion ! s'exclama Marcos Oreiro qui n'aimait pas être dérangé surtout lors d'une conversation aussi personnelle que celle-ci.
- Je suis vraiment désolée de vous interrompre ainsi, maître, se mortifia Kyra en se tordant douloureusement les doigts.
- Ca ira, Kyra. Qu'avais-tu à nous dire ? intervint Emma, qui n'avait jamais aimé assister aux auto-châtiment de son elfe.
- Madame Malefoy est dans le hall et insiste pour s'entretenir avec vous rapidement, monsieur. Elle est accompagné de son fils, ajouta-t-elle finalement en tournant ses gros yeux vers la jeune fille.
Alors que son cœur s'était emballé au nom de la mère de son fiancé, le souffle lui manqua en apprenant la présence de ce dernier dans le hall. Ce ne fut qu'après un regard vers son grand-père qu'elle inspira de nouveau. Puis, sans réfléchir, elle quitta la pièce et se hâta de rejoindre ledit hall. Elle dévala les marches aussi vite qu'elle put et stoppa net sa descente une fois arrivée en haut de la dernière portion d'escalier. Sa soudaine apparition surprit quelque peu les deux silhouettes blondes quelques mètres plus bas. Essoufflée, elle fixa celui dont elle avait attendu tant de nouvelles durant les deux mois précédents. Il tourna vers elle un regard insondable qui calma légèrement l'enthousiasme qu'elle avait ressenti du fait de sa présence. Au même moment, Kyra apparut à son tour et invita Narcissa Malefoy à rejoindre le bureau du patriarche.
- Madame Malefoy, salua-t-elle poliment lorsque cette dernière passa près d'elle.
- Emma, ravie de vous revoir, lui répondit-elle d'une voix sans teint, ce qui contrastait pleinement avec l'adjectif employé.
Une fois sa future belle-mère disparue dans les étages supérieurs, la jeune fille descendit lentement les marches qui la séparaient de Drago. Ce dernier s'avança légèrement vers le bas de l'escalier. Les deux fiancés ne se lâchèrent pas du regard alors qu'Emma s'arrêtait sur la dernière marche. Il n'avait pas vraiment changé. La fin de la mission qui l'avait miné tout au long de l'année ne l'avait pas empêché de paraître toujours aussi épuisé et toujours aussi sombre. Mais cela ne la surprenait pas. Il était fort possible que les conditions de vie du jeune homme aient été bien pires que ce qu'il avait pu connaître auparavant. Elle eut en tête la dernière image qu'elle avait eu de lui : une minuscule silhouette derrière l'énorme grille de Poudlard.
C'était comme si elle ne prenait pas pleinement conscience que le jeune homme lui faisait véritablement face. Comme pour en être sûr, elle tendit vers lui une main hésitante et lui effleura la joue du bout des doigts. Pour seule réponse, Drago y appuya les siens afin de sentir un contact plus franc. A ce moment, les baisers sans fin qu'ils s'étaient donnés alors qu'il lui priait de s'en aller tout en la retenant, lui revinrent en tête et Emma sentit son cœur se gonfler de désir. Après une brève inspiration, elle se laissa aller contre le jeune homme qui la rattrapa et la posa à son niveau sur le sol. Nez à nez, leurs yeux semblèrent se caresser avant que leurs lèvres ne finissent par se rencontrer passionnément.
Au bout d'un temps indéterminable pour les deux fiancés, ils furent interrompus par des raclements de gorge. Sans vraiment réussir à desserrer leur étreinte, ils tournèrent simultanément la tête vers la source de ce bruit. Héléna Oreiro, la mère d'Emma, était bras croisée devant la porte du salon. De fines traces de poudre de cheminette parsemaient encore sa robe de sorcière.
- Mère...
- Madame, salua Drago alors que les deux adolescents ne s'étaient toujours pas séparés, encore sous l'effet de leur baiser.
- Je vous remercie pleinement de votre compréhension et de vos actions pour nos intérêts communs, Marcos, fit la voix de Narcissa Malefoy qui s'approchait en compagnie du grand-père d'Emma.
Ce ne fut qu'à cet instant que les fiancés s'éloignèrent rapidement l'un de l'autre.
- Votre famille peut compter sur la notre, Narcissa.
- Il est temps pour nous d'y aller. Drago, tu es prêt ?
- Oui, Mère, assura le jeune homme alors qu'Emma se sentait de frustrée de n'avoir pu lui parler.
- Lucius et moi tenterons de notre mieux de prendre contact avec vous. Comprenez la difficulté de notre situation.
- Ne prenez pas de risques inutiles, Narcissa.
- Héléna, je regrette de ne pouvoir converser avec vous, déclara Mrs Malefoy.
Au même moment, Emma prit discrètement la main de Drago qui la caressa de son pouce.
- Ce n'est rien très chère. J'espère que nous aurons d'autres occasions d'ici là, répondit l'intéressée avant que tous les regards ne convergent vers les deux fiancés, comme s'il y avait attente de quelque chose.
Puis, après un coup d'œil à sa montre, Mrs Malefoy sortit de son sac un miroir de poche. Elle le tendit vers Drago qui lâcha la main d'Emma. Lorsqu'il entra en contact avec l'objet en argent, la mère et le fils disparurent presque aussitôt. Laissés tous trois seuls, chacun gardait les yeux posés sur l'endroit d'où venait de s'éclipser leurs invités de courte durée.
Après quelques secondes, le chef de famille les laissa et rejoignit son bureau aux étages supérieurs. Emma ne voulut pas affronter tout de suite le regard de sa mère qu'elle sentait sur elle. Déçue de n'avoir pu profiter de son fiancé plus que ça, elle préféra se remémorer leurs retrouvailles au ralenti, certes silencieuses mais se terminant sur une note de passion. Un doux frisson la parcourut en revivant ce moment fraichement vécu.
- Je constate que ton fiancé et toi êtes plutôt proches, fit enfin remarquer sa mère en s'approchant un peu.
- N'est-ce pas le but lorsque deux personnes sont destinées à s'unir.
- Il y a proche et proche, Emma, rétorqua-t-elle en provoquant le rire incrédule d'Emma.
- Il est vrai que je n'ai pas dû être très informée de la signification du terme proche vu l'éducation que vous m'avez donnée, « maman ».
- Je ne te permet pas de me parler ainsi !
- Je sais. En général vous me permettez seulement de « ne pas » vous parler du tout.
- Tu es consignée dans ta chambre jusqu'à nouvel ordre, ordonna-t-elle froidement.
- Arrêtez, vous risqueriez de m'accoutumer à avoir de l'attention de votre part.
- Immédiatement ! siffla la mère face à l'insubordination de sa fille.
- C'est avec plaisir que je rejoindrais la pièce du Manoir la plus chaleureuse à mes yeux, Mère.
Sans attendre une quelconque réaction, Emma s'en alla vers les escaliers menant jusqu'à son étage, abandonnant le rictus qu'elle avait aux lèvres. Son grand-père avait tort, cette femme était incapable d'aimer. Rien en elle ne lui avait jamais fait se sentir aimée, choyée, ni même gâtée. La jeune fille eut un soudain élan de reconnaissance pour son grand-père qui était venu vivre avec elles à la mort de leur père et mari. Qu'aurait donc été sa vie sans cette présence ? Cela, elle ne voulait même pas l'imaginer.
Une fois arrivée dans sa chambre, elle se laissa directement tomber sur le lit et tenta de suivre les conseils de son grand-père : faire le vide de son esprit. La tête dans son oreiller, elle n'y réussit que très moyennement. Elle se redressa donc pour atteindre la potion de relaxation qu'elle prenait tous les soirs depuis le début de ses séances d'occlumancie. Une fois prise et reposée sur sa table de chevet, elle sentit quelque chose dans la poche de son gilet se froisser au contact du matelas. Lorsqu'elle y mit la main, elle en sortit un parchemin plié en quatre. Supposant aussitôt que Drago l'avait placé là, elle se dépêcha de déplier le papier froissé.
Cependant il ne s'agissait là que d'un parchemin vierge. Déçue, elle abaissa ses mains sans cesser de le fixer. Caressant du bout des doigts la page vide, une idée lui vint. Elle sortit sa baguette et prononça différents sorts de révélation. Le troisième fut le bon et un sourire illumina son visage lorsqu'elle reconnut la fine écriture penchée de son fiancé.
Ma chère Emma,
J'ignore si tu auras véritablement l'occasion de lire ces mots.
Au fond, je n'ai pas vraiment grand chose à te dire, mais je te vois déjà au bord de l'apoplexie de part mon manque de nouvelles. Je vais donc tenter l'expérience.
Tu dois certainement te poser des tas de questions au sujet de la nuit où l'on s'est vus pour la dernière fois. Je ne pourrai y répondre ici, tu t'en doutes bien. Peut-être en as-tu tiré certaines conclusions, avérées ou non. Pour ma part, c'est cela qui me démange. Savoir ce que tu peux penser de tout ce qui a pu se passer, savoir ce que tu peux penser de moi désormais...
Ma mère a trouvé le moyen de quitter le manoir pour quelques instants, notamment pour rencontrer ton grand-père. Elle n'est pas vraiment favorable à cette idée, mais je vais tenter de la convaincre de m'emmener avec elle. J'espère, à l'heure où tu lis cette lettre, avoir eu l'occasion de te voir, de te parler.
Après tout n'est-il pas de mon devoir de fiancé de satisfaire ton besoin de moi...?
Cela me révulse presque de l'écrire, de te l'écrire, mais je dois avouer que plein de choses en toi me manquent, que tu me manques.
C'est assez délicat de te décrire la situation dans laquelle nous sommes ici, mais pour faire simple, hors le désarroi que m'inspirait le but ultime de ma mission, ma sixième année fut des vacances à côté de ce que je vis en ce moment.
Mais ne t'inquiète pas, Emma. Si c'est le prix à payer pour avoir une chance de remonter dans l'estime du Seigneur des Ténèbres, ma famille le payera. Car j'espère que tu l'auras compris, c'est le seul moyen de pouvoir vivre une vie correcte à l'avenir.
Je compte donc sur toi pour être cette Sang-Pur présente dans tes veines.
Au plaisir de te revoir à Poudlard, Emma.
Profites bien de ces deux dernières semaines de « vacances ».
Drago
oOo
A chaque rentrée, était toujours associé l'achat des fournitures scolaires. Depuis le début de la guerre, certains commerces de la rue sorcière la plus célèbre d'Angleterre avaient fermé boutique. Depuis le coup d'état officieux du Lord Noir, c'était plus de la moitié d'entre eux qui étaient laissés à l'abandon. Pour la première fois, Emma trouva que l'Allée des Embrumes, d'apparence miteuse à l'origine, était plus accueillante que l'actuel Chemin de Traverse. L'allée avait d'ailleurs tiré profit de la politique du nouveau Ministère et s'était vue offrir de nombreuses aides afin d'y diversifier ses commerces. Il était en effet dans l'idée de faire de cette rue, un lieu réservé à la société Sang-Pur de la communauté magique, où même les Sang-Mêlé étaient regardés de travers.
- Avec Rogue à la tête de Poudlard et les Carrow, l'année risque de ne pas être de tout repos, appréhenda Théodore alors qu'Emma et lui quittaient la boutique spécialisée en magie noire d'où ils venaient de se procurer leur manuel d'Art de la Magie Noire.
- Tu sais des choses à propos de ces Carrow ?
- Le profil type du Mangemort qui a choisi de l'être. Au vu de ce que mon père a pu dire, je ne sais pas lequel de la sœur ou du frère est le pire.
- En tout cas, rendre obligatoire le cours d'Etude des Moldus en dit long sur la direction que va prendre ce cours.
- Je suis surpris de voir que le reste du personnel, qui semblait pour la plupart acquis à la cause de Dumbledore, reste à son poste vu la situation.
- Ca ne me surprend pas vraiment. C'est un peu comme notre comportement qui est de jouer un rôle pour protéger nos intérêts propres. Sauf que pour eux, l'objectif doit être de protéger les élèves.
- C'est vrai que ça correspond assez aux idéaux des pro-Dumbledore. En parlant de lui, tu as entendu parler du bouquin de Rita Skeeter ?
- Ses livres ne m'ont jamais vraiment inspirée, mais j'avoue avoir été tentée par le sujet. Cependant avoir l'image de Dumbledore chutant du haut de cette tour à chaque mention de son nom m'a fait ravaler mon envie d'en savoir plus sur lui.
- Bon je pense qu'on devrait arrêter de prononcer son nom, avant que quelqu'un ne nous entende, tempéra Théodore alors qu'ils commençaient à croiser de plus en plus de personnes.
En effet, à cet endroit se trouvait désormais une terrasse café nommée « The Dark Coffee », qui paraissait désormais être le lieu de rassemblement de l'Allée.
- J'ai vraiment l'impression qu'ils ont jeté un sort d'agrandissement à la rue, cela me semblait beaucoup plus étroit dans mes souvenirs ! Emma ? se retourna le jeune homme en constatant qu'elle s'était arrêtée quelques pas derrière lui.
En l'inspectant, il remarqua que le visage fermé de son amie fixait la terrasse du café. Y portant à son tour son attention il comprit la raison de son arrêt. Installés à une table, Drago et Astoria semblaient tranquillement discuter autour d'une tasse.
- Et il ne t'a toujours pas fait signe ? demanda-t-il innocemment alors que tous deux observaient le duo improbable.
- A vrai dire, si.
- Tu savais qu'il serait là ?
- Cet élément ne faisait pas partie des informations qu'il a pu me donner.
- Tu veux qu'on aille les rejoindre ? proposa-t-il pas vraiment enthousiaste, Emma ne répondant pas. Tu veux qu'on s'en aille ?
- Astoria m'a vue, affirma-t-elle alors qu'elle venait de croiser son regard.
- Elle n'a sans doute pas envie d'être dérangée, supposa Théodore constatant qu'Astoria feignait les avoir vu.
Remarque qui fit tourner vers lui le regard d'Emma.
- Si ça avait été moi, c'est ce que j'aurai préféré, justifia-t-il ses dires.
- Quoi, rester en tête à tête avec Drago ? ironisa-t-elle avec humeur. On continue ce qu'on avait prévu de faire.
- C'est-à-dire ?
- Se désaltérer au Dark Coffee. Toi et moi, précisa-t-elle avant de s'avancer vers l'entrée du café, toujours hors de la vue de Drago.
- Tu es consciente qu'il va nous voir, passant cette table.
- Absolument.
- C'est bien ce que je pensais, acquiesça-t-il avec un sourire alors qu'ils s'installaient de manière à n'être cette fois-ci vus que de Drago. Lui tourner le dos, quel machiavélisme ! Et maintenant qu'il sait que je sais qu'ils sont là, qu'attends-tu de moi ?
- Je croyais que tu aurais préféré « ne pas être dérangé dans une telle situation », fit innocemment Emma en commandant un café au chocolat.
Une fois tous deux servis, Théodore fit en sorte de lever sa bierraubeurre en direction du blond avec un sourire prononcé.
- Il a l'air de n'avoir rien dit non plus à Astoria.
- Ou sinon ils font comme nous et commentent nos moindres faits et gestes.
- Alors il faut leur donner de quoi les faire jaser, dit-il en avançant sa main jusqu'à celle de la jeune fille.
En planta ses yeux dans ceux d'Emma, il la caressa doucement sa main, jouant parfois avec ses doigts.
- Tu jubiles là, n'est-ce pas ? lâcha-t-elle en se laissant faire sans pour autant lui rendre ses caresses.
- Tu n'imagines pas à quel point, s'extasia le jeune homme en prenant l'initiative de lever la main d'Emma et d'y déposer un long baiser.
Sur le moment, la jeune fille sourit, amusée voire attirée par la réaction de son ami face à ce qui se passait. Mais en voyant sa bague de fiançailles à quelques centimètres de la bouche de Théodore, son sourire s'effaça et tout sentiment de délectation s'évapora. Elle retira sa main et s'adossa au dossier de sa chaise.
- Nous ne sommes que des imbéciles, Théodore.
- Tu te souviens de ma réflexion sur les bienfaits de l'imbécilité à l'heure actuelle.
- Oui... Mais le retour à la réalité a un goût tellement trop amer, murmura-t-elle en fixant sa tasse de café.
- Il y a toujours un prix à payer, Emma.
A cette phrase, la jeune fille leva les yeux vers lui. Déposant brusquement sa serviette sur la table, elle quitta cette dernière et se dirigea à l'intérieur du café. Une fois arrivée au fond de la salle, non loin de l'entrée des toilettes, elle y entra et se lava les mains. Lorsqu'elle ressortit, elle tomba nez-à-nez avec son fiancé, qui bras croisé s'appuyait contre le comptoir. Elle fut parfaitement consciente qu'il ne s'agissait pas là d'une coïncidence.
- Tu fais bien de te laver la main. Qui sait, la fourberie de Nott est peut-être sujette à contamination.
Emma ne répondit rien, se rendant compte que cela faisait plus de deux mois qu'il ne s'était pas adressé à elle. Comme elle l'avait fait quelques jours auparavant, la jeune fille s'avança franchement vers son fiancé, mis ses bras autour du cou de ce dernier et l'embrassa à pleine bouche. Drago leva les sourcils de surprise mais répondit promptement à ce baiser, entourant de ses mains la taille de sa fiancée.
- Depuis quand on fait ça en public ? nargua-t-il d'une voix rauque à la fin de leur baiser.
- Depuis que nous sommes disposés à en assumer les conséquences, lui chuchota-t-elle à l'oreille après avoir embrassé la naissance de sa mâchoire.
- Y sommes-nous ?
Un regard vers la sortie fit comprendre à Emma qu'ils étaient observés non seulement par les trois clients intérieurs et le barman qui essuyait ses tasses fraichement lavées; mais également par deux autres clients extérieurs qu'ils ne connaissaient que trop bien.
En effet, suite à l'absence momentanée de Drago, Astoria en avait profité pour trouver Théodore et lui demander à quoi lui et Emma étaient en train de jouer. Ainsi postée dans l'axe de l'entrée du local, elle avait rapidement décroché des reproches que lui faisait le jeune homme à la vision du langoureux baiser entre Emma et Drago. Intrigué, Théodore s'était retourné et penché afin de voir ce qui pouvait mettre son interlocutrice dans un tel état d'effroi. Comprenant aussitôt, il s'était lentement replacé et avait bu d'un trait la fin de son verre.
- On le saura bien assez tôt, répondit Emma à la question rhétorique de son fiancé qui la tenait toujours dans ses bras, le regard plongé dans celui de la jeune Astoria.
Le temps avait paru suspendu durant les fractions de secondes qui suivirent. L'attention des deux fiancés fut cependant attirée par une petite alarme provenant de la poche de Drago. Celui-ci y sortit une petite montre à gousset qui, continuant son alerte, vibrait dans la main du jeune homme. Le visage de ce dernier semblait s'être perceptiblement fermé et ce fut d'une voix grave qu'il s'adressa à Emma.
- Il va falloir que j'y aille.
- Déjà...
- Cela fait déjà presqu'une heure que je suis ici. C'était le temps nécessaire pour l'achat de simples fournitures scolaires. La note je vous prie. Celle de ma table et celle des consommations de Mademoiselle, quémanda-t-il au barman après avoir rangé le petit objet dans sa poche.
- Le temps nécessaire pour tes achats scolaires et un café avec Astoria, précisa-t-elle en complétant la note destinée à sa propre table. Pour le reste des consommations à ma table, indiqua-t-elle au barman.
- Je n'ai fait que la croiser. Au moins cela nous a permis de régler quelques petites choses.
- Parce que tu crois que toi et moi on n'en a pas à régler, Drago ! s'exclama-t-elle en tentant de baisser le ton alors qu'ils s'avançaient vers la sortie.
- Chaque chose en son temps.
- Maintenant je saurai que je ne fais guère partie de tes priorités.
- Je t'interdis de dire de telles choses, Emma, s'agita-t-il en la prenant brusquement par le bras. On se voit à Poudlard, conclut-il avant de la lâcher, de s'éloigner et de rejoindre Astoria, désormais assise en face de Théodore.
- Cela m'a fait plaisir d'avoir eu l'occasion de te parler, déclarait Astoria lorsqu'Emma arriva près des trois Serpentard.
- Il était temps que cette occasion se crée. Bonne fin de vacances à toi, Astoria.
- Merci. Bon courage à toi, Drago.
- Nott, salua-t-il poliment, lui accordant pour la première fois son attention.
- Malefoy.
Puis, Drago prit à nouveau la montre à gousset rangée dans sa poche et se retourna vers Emma. Ils se fixèrent avec intensité avant qu'il ne rompe le contact pour regarder l'heure. Pourtant, sans qu'elle ne s'y attende, il se pencha vers elle et l'embrassa doucement, une main sur sa joue. Lorsqu'Emma rouvrit les yeux, elle n'eut que le temps que de voir la silhouette de Drago s'évaporer dans le vide. Son portoloin s'était en effet déclenché juste après s'être séparé de la jeune fille.
Un regard vers les deux autres lui apprit qu'Astoria l'observait d'un air pénétrant et que Théodore restait là à fixer un point invisible devant lui.
- Les notes ont déjà été payées, informa Emma en récupérant le sac magique qu'elle avait ensorcelé afin de ne pas sentir le poids de ses fournitures.
- Bon, je pense que je vais vous laisser, commença Astoria avant de se faire interrompre par Théodore.
- Tu peux rester avec nous si tu veux. Je suppose que tu dois attendre le retour de Daphné avant de rentrer chez toi. Il est déconseillé de trainer seule dans les rues en ce moment.
- Je ne voudrais pas...
- Ce n'est pas toi qui dérangeais, Astoria, assura Théodore sous le regard sévère d'Emma.
- Très bien... Enfin, peut-être qu'Emma est d'un avis différent.
- Je ne vois pas pourquoi je le serai, répondit-elle alors que toutes deux se défiaient du regard.
Les trois amis quittèrent le Dark Coffee et parcoururent l'Allée des Embrumes en direction du Chaudron Baveur, lieu de rendez-vous d'Astoria et de sa sœur. L'allée étant reliée au Chemin de Traverse au niveau de Gringotts, la banque des sorciers, ils passèrent ainsi devant le bâtiment d'une blancheur éclatante qui dominait toutes les boutiques alentours. Emma jeta un œil au grand escalier de marbre qui menait au grand portail de bronze gardé par deux sorciers tenant à la main une canne d'or.
- Comment cela se fait-il que ce ne soit pas les Gobelins habituels qui sont postés devant les grilles ? se demanda Théodore constatant par lui-même.
- Quelques... petits changements ont récemment été faits à la banque.
- Ah, c'est vrai que ton grand-père travaille à Gringotts.
- Mes parents m'ont dit qu'il avait su tirer profit de ces récents changements, rapporta Astoria.
- Je vois que tes parents sont bien informés.
- Ils le sont eux, au moins.
- Vous avez vu ces mendiants. De ma vie, je n'ai jamais vu le Chemin de Traverse aussi mal fréquenté, intervint Théodore face à la remarque cinglante de la plus jeune, ne voulant pas laisser s'envenimer la discussion entre les deux filles.
- Ce sont des Sang-Mêlé dont on a confisqué les baguettes et surement bien d'autres choses.
- Qu'est-ce que tu fais, Astoria ? questionna Emma en voyant son amie fouiller dans son sac.
- Leur donner quelques gallions ne nous fera pas de mal.
- On ne peut pas faire ça. Si jamais on nous voyait...
- Emma a raison Astoria. Passons notre che...
- Regardez qui voilà ! l'interrompit soudainement une voix perçante derrière les trois amis. Une Sang-Mêlé, une traitre à son sang et un électron libre, claqua la voix de Pansy Parkinson qui était accompagnée de Tracey Davis.
- Mais c'est que tu as sorti les crocs, Pansy, rétorqua calmement Théodore.
- Qu'allais-tu faire Greengrass ? Offrir des pièces d'or à ces pouilleux ! Après tout cela ne me surprend pas, entre membres d'une même communauté, ricana-t-elle de manière sournoise.
- Qu'est-ce que tu racontes, Parkinson. Les Greengrass font partie des familles...
- Les Greengrass ne font partie de rien du tout ! N'es-tu pas au courant, Oreiro ? Sans doute as-tu été trop occupée à t'émouvoir pour tes Sang de bourbe de Serdaigle. En parlant de Sang de bourbe de Serdaigle, qu'est-il advenu de ton ami, Théodore ?
- Kevin n'est pas un Sang de Bourbe.
- Mais rien non plus n'indique qu'il s'agisse d'un Sang-Pur. Bon, vous ne m'en voudrez pas, mais je vais m'éloigner le plus loin possible de ces pouilleux, grimaça Pansy en jetant un regard de dédain aux mendiants vêtus de haillons. On se reverra à Poudlard. Enfin le château sera débarrassé de ces vermines de Sang de Bourbe. Un conseil, vous feriez mieux de vous tenir à carreaux cette année. En tant que très certainement future Préfète-en-chef, je ne vous ferai aucun cadeau.
Terminant sur un rire perçant, Pansy Parkinson et sa camarade s'éloignèrent avec une fierté insoutenable. Ecœurés par l'attitude de la jeune fille, ils restèrent immobiles à la regarder se trémousser avec suffisance devant les mendiants de la rue.
- Quelle conne, s'exclama Théodore en détournant son regard.
- C'est quoi cette histoire de Sang-Mêlé ?
- Un des collègues de mon père a fait soumettre notre arbre généalogique au service se chargeant des Statuts du sang. Ils ont découvert que nous avions deux moldus parmi nos ancêtres. Ils nous ont retiré notre Statut de Sang-Pur, avoua piteusement Astoria en fixant le sol.
- Et alors, deux sur je ne sais combien de générations ce n'est rien !
- Mais cela suffit à avoir « souillé » notre sang.
- Daphné m'en avait parlé. Tu devrais prendre exemple sur elle et t'en foutre complètement. Pur, ou mêlé, vous restez des sorcières accomplies. C'est ça qui compte ! la soutint Théodore en lui levant la tête.
- Oui, mais t'imagine pas l'année qu'on va passer ma sœur et moi avec Pansy qui nous a complètement exclue de son cercle.
- Ce n'est pas une perte, crois-moi, assura Emma.
- Oui mais tu imagines si elle devient Préfète en chef !?
- Laisse tomber, elle ne vaut vraiment pas la peine que tu te prennes la tête. C'est quoi ce sourire niais sur ton visage, Théodore.
- Je me disais... que c'était chouette de vous voir à nouveau ensemble.
- Ne te méprends pas ! Je reste avec elle, uniquement parce qu'elle est avec toi Théodore, rétorque la plus jeune.
- Ca fait toujours plaisir à entendre, ironisa l'intéressée en haussant les sourcils.
- Toi, il y a des choses que tu préfères ne pas entendre, moi, il y en a que je préfère ne pas voir, fit-elle remarquer en s'agitant quelque peu. Daphné doit vraiment m'attendre, je pense être capable de continuer toute seule. Bonne fin de journée à vous.
- Astoria...
- Tu devrais pourtant me comprendre toi, Théodore.
- Embrasse Daphné pour moi, se résigna-t-il de retenir la jeune fille après un soupir.
- Promis.
- Au revoir, Astoria, salua Emma alors que l'adolescente lui tournait déjà le dos.
- Elle n'a pas tort, tu sais. Vous pourriez au moins éviter de vous donner en spectacle, déclara Théodore une fois sa camarade de maison éloignée.
- Peut-être que c'est ce qu'il vous faut pour qu'enfin vous cessiez d'espérer je ne sais quoi avec chacun d'entre nous.
Après ces remarques désobligeantes, l'ambiance fut quelque peu électrique entre les deux amis jusqu'à ce qu'ils se séparent et rentrent chez eux. Une fois de retour chez elle, Emma se sentit agitée, presque sur les nerfs. Beaucoup de choses lui avaient déplu cet après-midi-là. L'ambiance lourde du Chemin de Traverse, l'air pompeux de la plupart des passants de l'Allée des Embrumes, le rendez-vous qu'avaient eu Drago et Astoria alors qu'elle même ignorait la présence du jeune homme, le jeu malsain qu'ils avaient tous joué au Dark Coffee, les remarques piquantes d'Astoria, la conversation irritante de Parkinson, et enfin, les réflexions de Théodore.
Ce fut donc avec humeur qu'elle regagna sa chambre et qu'elle extirpa de son sac magique les fournitures qu'elle s'étaient procurées dans la journée. Ce qui la tourmentait, était également la rentrée prochaine, celle d'une nouvelle année marquée sous le signe de ce nouveau régime plus répressif que jamais. Une septième et dernière année où elle devrait jouer un rôle qu'elle n'appréciait que très peu, celui de la Sang-Pur modèle. Une année où elle devrait supporter le rejet de ses anciens amis, le regard lésé d'Astoria et le caractère lunatique de Théodore qui bien que jouant son rôle d'ami, enfilait parfois celui du séducteur sûr de la conquérir un jour. Et Drago... Drago à qui elle n'avait pu vraiment parler depuis qu'ils s'étaient revus. Allaient-ils faire comme si de rien n'était ? Faire comme si elle ne l'avait jamais vu en haut de cette tour, faire comme s'il n'avait jamais assisté au meurtre de Dumbledore ? Qu'allaient-ils être tous deux durant cette dernière année ? Ils semblaient s'être mis sur la voie de ce couple assumé qui ne se cache plus. N'était-ce pas ce qu'ils étaient au fond ? Un véritable couple. Etre directement passé à la case fiancés avant même de se connaître réellement lui avait fait oublier le stade antérieur du couple de personnes ayant besoin l'un de l'autre. Non, ne cachons pas les mots. Le stade qu'elle n'avait jamais pensé atteindre avec Drago était bel et bien celui du couple d'amoureux. Mais l'étaient-ils vraiment ? A cela, plus que de ne pouvoir y répondre, elle ne voulait pas y répondre.
Ne voulant plus prospecter ainsi, Emma porta son attention à la lettre qui était soigneusement déposée sur son bureau. C'était ce que faisait Kyra lorsque absente, elle recevait du courrier par hibou. Expirant d'agacement, du fait de ses pensées trop nombreuses, elle s'avança vers son bureau en se promettant de faire son exercice de « vide » et de prendre sa potion de relaxation dès maintenant. Si jamais son grand-père la voyait dans cet état, il ne serait vraiment pas content.
La jeune fille fut étonnée de voir qu'il s'agissait d'un courrier de Poudlard. En général, toutes les informations étaient données lors de l'envoi de la liste des fournitures scolaires. Les choses inhabituelles n'étaient pas de bon augure en cette période. Voilà pourquoi Emma décacheta avec appréhension le parchemin qui lui était destinée.
COLLEGE DE POUDLARD, ECOLE DE SORCELLERIE
Directeur : Severus Rogue
Directeurs adjoints : Amycus Carrow et Alecto Carrow
Chère Miss Oreiro,
Nous avons le plaisir de vous faire part de votre nouvelle nomination en qualité de Préfète-en-chef.
Vous trouverez ci-joint votre badge, ainsi que les instructions à suivre pour la rentrée prochaine fixée je vous le rappelle au 1er septembre.
Nous espérons que vous saurez représenter au mieux la discipline que nous souhaitons inculquer à nos chers élèves.
Veuillez croire, Chère Miss Oreiro, en l'expression de nos sentiments distingués.
Severus Rogue
Directeur de Poudlard
Ce fut un choc pour Emma qui ne s'était vraiment pas attendue à recevoir une telle lettre. Ainsi donc, elle avait été nommée Préfète-en-chef. En des conditions normales, elle aurait était très fière et très enthousiasmée d'un tel titre. Après tout, n'était-ce pas ce qu'elle avait secrètement espéré depuis des années ? Mais voilà, l'environnement n'était pas le même qu'au temps où tout était normal à Poudlard. Désormais, toute la communauté magique de Grande Bretagne était soumise au régime le plus répressif de l'histoire sorcière. Dorénavant, la direction de Poudlard était occupée par des mangemorts avérés. Qu'allait donc être cette discipline qu'ils souhaitaient inculquer aux élèves ? Qu'allait donc-t-elle être obligée de faire afin de faire respecter cette discipline ? Ainsi donc était le prix à payer pour sauvegarder l'honneur de sa famille.
Reposant lentement le parchemin sur son bureau, Emma resta immobile à fixer le bout de papier. Faire le vide et boire sa potion de relaxation. C'était ce dont elle avait le plus besoin à l'instant même.
Voici comment se termine ce premier chapitre relatif au tome 7 ! J'espère que cela vous aura plu !
Je me souviens avoir beaucoup appréhender l'écriture de ce début de septième année. Avec le recul j'aime assez les éléments introduits afin de peindre le climat de guerre et de régime autoritaire. Alors que je n'avais pas forcément pensé à ça au départ en créant le personnage de Kévin avec son histoire loufoque, son personnage m'a plutôt bien servi !
Ce chapitre marque également le grand retour de Drago et les retrouvailles frustrantes avec Emma. Nos personnages s'en posent des questions sur leurs relations. Tout en fuyant les mots, ils osent tout de même passer à l'acte de s'assumer face aux autres.
Il n'y avait pas de prologue mais ce chapitre est assez introductif. Il était parfait pour débuter ce Tome 3 je trouve.
A bientôt je l'espère !
Desea Oreiro
