Yo,

R.A.R (Réponse aux reviews) :

Trolocat : Oui, ça se finit quand même bien et je pense qu' Uryû va s'en sortir. Je te remercie chaleureusement d'avoir toujours été là et d'avoir suivi avec une si belle attention l'histoire en commentant régulièrement. En espérant que cet épilogue te plaise, bonne lecture à toi !

Voici l'épilogue. Bonne lecture à tous !


Sept ans plus tard.

Ichigo resta planté quelques secondes devant son écran d'ordinateur à la lecture du mail qu'il avait reçu et de la coupure de presse envoyée en pièce-jointe.

— Eh merde !

Il bondit de sa chaise de bureau. Il clapa rapidement son fin et léger ordinateur portable pour le prendre sous le bras ainsi que son téléphone qu'il saisit à la volée puis il sortit de son bureau en courant.

Ichigo était devenu avocat. Cela s'était présenté naturellement dans son esprit. Peut-être pour le passé qu'il avait eu avec Äs Nödt. Peut-être parce que sa mère avait été avocate elle aussi. Il avait fini par entrer à l'université et à se pencher sur ses études avec ardeur. Il avait beaucoup travaillé et avait repoussé ses limites pour apprendre et se former le plus vite et le plus soigneusement possible. Il avait gravi les échelons si vite qu'il était à ce jour avocat dans un haut cabinet important de la mégalopole japonaise dirigé par le célèbre juriste Kaname Tôsen.

Il entra sans même frapper dans le bureau de son directeur :

— Ils ont avancé l'heure du procès final, ces emmerdeurs ! cria-t-il avec résolution en oubliant toute politesse.

Kaname n'eut aucun mal à reconnaître la voix de son plus jeune avocat. Il était certes aveugle mais ne manquait certainement pas d'audition, bien au contraire, à un point tel qu'il avait reconnu son poulain dans le bruit de son pas précipité mais agile depuis le fond du couloir.

— C'est mon correspondant kazakh qui m'a prévenu ! continua l'orangé dans son élan ; C'était à prévoir ! Ils veulent vraiment n'en faire qu'une bouchée de lui et sont prêts à supprimer sa défense pour ça !

Ichigo ouvrit son ordinateur sur le bureau de l'assistant de Kaname. Le secrétaire, Hisagi Shûhei, avait pour principale tâche d'être les yeux de son directeur. Il se pencha sur l'écran, aussi bouche bée face par l'entrée en tornade d'Ichigo :

— En raison d'un « grave empêchement » du juge ; lut-il ; le procès est avancé et devra se terminer dans les plus brefs délais, obligeant la défense à rester succincte dans son discours.

— Vous entendez ça ?! rugit Ichigo ; ils n'en ont rien à foutre !

— Du calme, Ichigo, du calme, je te prie…

Le directeur avait levé la main droite en signe d'apaisement. Ichigo se reprit, comprenant qu'il avait peut-être parlé un peu fort.

— C'est arrivé et nous ne pouvons rien y faire ; expliqua Tôsen ; le juge a sans doute ses raisons. Maintenant, au lieu de s'énerver comme un chiot fou, il faut que tu écoutes attentivement le procès, Ichigo. C'est tout ce que tu peux faire, maintenant.

Le rouquin rougit un peu, gêné de se faire taper sur les doigts. Il soupira pour retrouver son calme, donnant raison à son patron. Puis, il s'approcha du grand écran plasma dans le bureau et l'alluma. Des images de publicité apparurent. Il se mit à zapper avec la télécommande pour trouver la bonne chaîne d'information. L'événement, d'une si grande importance, était télétransmis mondialement.

En effet, aujourd'hui aurait lieu le procès du dernier meneur en date d'Anarkheia : Bazzard Black, dit « Bazz-B ». Il avait été arrêté six mois plus tôt dans les montagnes du Kazakhstan.

Soudain, l'image de la télévision cerna un homme habillé en blanc, serré de menottes, l'air colérique, la mèche rose pâle, décolorée, qui lui retombait sur le visage.

— J'ai trouvé ; fit Ichigo en augmentant le son.

Pendant sept ans, Ichigo avait été animé par cette fuite d'Anarkheia du front japonais au front russe. Il avait suivi avec le plus d'attention possible les agissements de Bazz-B, pour le peu qu'il était reconnu et identifié par les services de sécurité et que les informations étaient rendues publiques. Le nouveau meneur de la pensée d'Anarkheia était longtemps resté en Russie, provoquant l'explosion d'une petite unité externalisée du KGB sans faire de mort. Puis, il avait poursuivi son voyage dans différents pays ; Turquie, Iran, Ouzbékistan, Koweït, et le Kazakhstan pour finir. Il y avait fait brûler une église orthodoxe en y enfermant quatre prêtres qui avaient été accusés de pédérastie sans grande condamnation, avec une mise en scène des plus morbides. Ichigo s'était alors dit que s'il revenait au Japon et qu'il était arrêté, il ferait tout pour participer au procès. Mais l'homme, qui n'avait aucune attache avec ce pays, n'avait jamais voulu revenir. Et voilà qu'il finissait au Kazakhstan où l'on punissait l'acte terroriste de la peine de mort.

Même si Ichigo ne pouvait en aucun cas défendre ses actes criminels et lui pardonner ce qu'il faisait, sur les traces d'Äs Nödt, il n'avait pu se résoudre à accepter que la peine de mort lui soit donnée. Il aurait préféré le voir en prison, seul et impuissant. Il avait donc formé un dossier pour la défense du criminel, exposant la barbarie de la peine de mort qui ne ferait que justifier ses actes terroristes et qu'il valait mieux une punition responsable et civilisée.

— Calme-toi Ichigo, je te sens nerveux… ; dit Kaname ; tu as fait ce que tu as pu de toutes façons, tu ne peux pas revenir dessus.

Ichigo répondit dans un murmure en hochant la tête. C'était vrai, il était tendu. Il attendait ce moment depuis longtemps ! Mais il était aussi vrai qu'il ne pourrait rien faire ! Et son correspondant défendait bien sa cause comme prévu. Ils avaient travaillé ensemble pendant de longs mois et, en ce jour, face au juge, il n'aurait pas pu faire mieux.

La délibération fut très longue et Ichigo n'en pouvait plus de regarder le téléviseur sans avoir de réponse. Soudain, le juge réapparut, frappant de son marteau sur le pupitre de bois. Les jurés et magistrats reprenaient place à leur siège, sur les bas-côtés de la salle d'audience :

« La cour a délibérée et la sentence encouru pour l'accusé ci-présent sera la peine capitale. »

Ichigo se sentit défaillir sous le coup de la nouvelle et atterrit sur un siège de l'autre côté du bureau de Kaname :

— Non… Non c'est pas vrai…

Il y eut un long silence dans le bureau, interrompu par des bruits dans le téléviseur. Kaname vint prendre la main d'Ichigo qui était retombée mollement sur le bureau :

— Ichigo, c'était presque sans espoir. Je t'ai dit que le gouvernement kazakhe n'en avait que faire des critiques sur sa peine de mort. C'est exactement pareil dans notre pays. C'est une… mesure de sécurité intensive qui permettrait de dissuader les prochains criminels à faire de même. La justice du sang par le sang intervient en politique quand…

— C'est pas comme ça qu'on combattra le terrorisme ; coupa court Ichigo ; Sinon, autant tout de suite acclamer la victoire d'Anarkheia.

Il y eut un silence. Kaname ne préféra pas répondre. Son poulain était bien trop nerveux, bien trop touché par cette affaire et il comprenait que la recherche d'une autre solution était primordiale pour lui. Hisagi se faisait aussi tout petit de son côté. Finalement, Ichigo se releva et reprit ses affaires :

— Excusez-moi pour le dérangement… ça ne servait à rien au final.

— Non, Ichigo, cela me fait plaisir que tu aies tout de suite voulu m'en parler.

— Je… Je vais écrire le rapport et appeler le correspondant Sbesky pour savoir comment ça s'est fini et quand aura lieu l'exécution…

Il se courba poliment et s'apprêta à ouvrir la porte :

— Ichigo ; intervint Kaname ; fais ça rapidement et rentre chez toi te reposer, ça ne sert à rien de se torturer l'esprit pour cette après-midi.

Ichigo le remercia d'une voix neutre et sortit du bureau en refermant doucement la porte.

Le chemin jusqu'à son bureau fut long. Il se sentait vide. En s'asseyant à son bureau, il regarda avec désintérêt le dossier sur la propagation d'Anarkheia qu'il avait voulu constituer. Des preuves de diffusion, des groupes qui s'apparentaient à ce mouvement, des personnes qui se revendiquaient en faire partie sur Internet, des suiveurs de Bazz-B… Il avait l'impression que ça ne servait plus à rien de poursuivre. Tout à coup, il lui sembla que tous ses efforts avaient été inutiles. Il se doutait que c'était une impression éphémère, due à la sentence qui avait frappé, mais cela faisait quand même mal.

Il travailla une petite heure encore, passa un long moment à parler avec son correspondant kazakh qui sortait du procès. Il était aussi dépité. Apparemment, Bazz-B n'avait pas sourcillé à l'entente de la sentence. Il avait même souri en quittant la salle d'audience.

Ichigo resta encore là, assis à son bureau, réfléchissant longtemps et en silence. Quand ses mains se mirent à trembler, il se leva. Il laissa son bureau en plan et sortit avec une sacoche légère –il ne ramènerait pas de travail pour la nuit cette fois- et sortit du cabinet sans croiser personne. Il monta dans sa voiture et tenta tout le long du trajet de vider son esprit.

Grimmjow et lui avaient investi dans une maison en banlieue. Il fallait certes une bonne demi-heure de trajet pour aller à leurs lieux de travail respectifs mais c'était tout à fait agréable de vivre loin du trafic et de l'énergie du centre-ville, dans un cocon plus verdoyant et calme.

— Je suis rentré ; fit Ichigo d'une petite voix en ouvrant la porte.

Il savait que Grimmjow n'était pas à l'hôpital aujourd'hui. Il avait abandonné la voie de médecin légiste, prétextant préférer les vivants aux morts, et avait finalement poursuivi aux urgences du Saint Luke Hospital. Ses compétences avaient été reconnues et on lui avait assigné un poste de gestion de ce département hospitalier. Pour cette activité supplémentaire, il bénéficiait de deux jours de télétravail dans la semaine.

— Viens là, bébé ; entendit Ichigo depuis le salon.

Il accrocha sa veste au porte-manteau et laissa son sac en bandoulière dans un coin du genkan avant de longer le couloir et d'atteindre le salon.

— Coucou, toi ; fit Grimmjow en l'accueillant d'un baiser suivi d'un câlin.

Grimmjow tenait une tasse de café en main et avait rabattu ses lunettes de vue sur sa tête, emprisonnant quelques fines mèches bleues dans le sillon. Mais, en sentant les lèvres plus timides de son amour contre les siennes et son détachement certain, il chercha dans son regard une réponse :

— Toi, il y a quelque chose qui ne va pas ; analysa de manière perspicace Grimmjow.

Ichigo haussa les épaules, comme pour faire croire qu'il s'en fichait. Il voulait même s'en persuader mais c'était peine perdu. Il lui expliqua tout. Grimmjow posa sa tasse et le prit dans ses bras. Ichigo sentit toute sa tristesse se déverser à leurs pieds.

— Qu'il se réjouisse tout seul de sa sentence ; fit Grimmjow ; Ne le laisse pas te hanter et laisse-le partir. Ce n'est pas la victoire d'Anarkheia et tu n'es pas seul dans ce combat, tu n'as pas à porter tout ça sur tes épaules.

Ichigo se laissa aller au câlin qui finit sur le canapé. Le chat, qui y reposait depuis le début de l'après-midi, sauta pour aller se trouver un autre endroit confortable et plus tranquille où somnoler :

— J'y crois pas, il pense vraiment qu'à dormir, ce chat ! râla Grimmjow

Cela fit sourire Ichigo. Il pensait à un autre chat qui aimait, lui aussi, dormir tout le week-end quand il n'était pas d'astreinte.

— Enfin bref, mauvaise journée pour toi, quoi…

Ichigo haussa les épaules :

— C' est arrivé, c'est tout. Tôsen m'a laissé partir plus tôt pour me reposer.

— Et bien ça tombe bien !

Ichigo se sépara de Grimmjow, l'air interloqué. Ils avaient prévu quelque chose ?

— Chéri, quel jour on est ?

L'orangé réfléchit un instant puis la réponse lui fit l'impression d'un vertige.

— Tu es parti si tôt ce matin, j'ai même pas pu te le dire ! Tu avais vraiment oublié ? demanda le bleuté, tout sourire.

Ichigo rougit et se frotta la tête maladroitement pour faire passer le malaise. Grimmjow vint alors attraper une petite boîte emballée sur le buffet du salon et revint vers lui en lui offrant ce paquet.

— Joyeux vingt-neuvième anniversaire, mon amour ; finit-il par dire avant de l'embrasser délicatement.

Le rouquin rougit encore plus. Il avait effectivement oublié, comme si le procès de Bazz-B avait tout occulté. Il sourit en remerciant le cadeau et découvrit dans la boîte une magnifique montre en argent au bracelet fin et discret, comme il appréciait :

— C'était bien celle-là que tu regardais au magasin la dernière fois, c'est ça ?

— Oui elle est magnifique ! Merci, Grimm' ; dit-il avec un grand sourire en embrassant son homme.

OoOoOoOoOoOoOo

Plus tard

Dans la voiture

Grimmjow avait prévu une autre surprise : un dîner au restaurant avec Shiro et Kensei. Ichigo en avait été enchanté. Cela faisait plus d'un mois qu'il n'avait pas vu son jumeau et il commençait déjà à lui manquer. Très rapidement, le bleuté avait compris que Shiro aurait toujours besoin d'être présent dans la vie d'Ichigo et il l'avait bien accepté : il n'avait pas besoin de « prendre sa place » ou de le « surpasser ». Ichigo avait besoin de Shiro en tant que frère jumeau et de lui en tant qu'amant.

— Je ne t'ai pas posé la question, excuse-moi ; commença Ichigo durant le trajet ; comment s'est passée la dernière séance ?

Grimmjow, après le passage d'Anarkheia, avait voulu comme Ichigo tourner la page et commencer une nouvelle vie. Cinq années avaient passé sans difficulté pour lui. Il y avait eu beaucoup de choses à s'occuper entre son propre travail et son ascension professionnelle, les études d'Ichigo, son entrée dans la vie active, la maison à acheter et aménager. Mais, quand le calme s'était installé, quand un véritable quotidien était apparu, les cauchemars étaient revenus. Ichigo en avait fait aussi mais il n'avait plus eu de terreurs nocturnes et arrivait toujours à se rendormir, à faire la part des choses, à se calmer tout seul.

Grimmjow, lui, s'était retrouvé face à un mur. Ses cauchemars le renvoyaient sans cesse dans le passé, ses hallucinations étaient revenues, et Ulquiorra semblait toujours l'observer, comme s'il jugeait tous ses actes, comme s'il attendait une faute. Cela avait entraîné un stress permanent chez le jeune homme, difficilement gérable, et des crises de nerf de plus en plus fréquentes. Finalement, il avait préféré consulté un psychologue et lui fait part de ce qui l'agitait. Une thérapie avait alors commencé. Elle s'était finie ce jour-ci.

— Elle s'est bien passée, je pense que c'est vraiment fini maintenant ; dit Grimmjow en regardant sa route.

Ichigo attendait un peu plus en le regardant d'un air inquiet. Le bleuté s'en rendit compte et posa une main sur sa cuisse pour le rassurer :

— Je vais très bien, Ichi', je te remercie de t'inquiéter mais maintenant ça va bien mieux, ok ?

Le rouquin acquiesça.

— Tu n'as pas à te tracasser plus que ça le jour de ton anniversaire. Et il n'y a pas de raison.

Les deux arrivèrent au restaurant où Kensei et Shiro les attendaient déjà, à côté de leur voiture. Ichigo enlaça son jumeau avec force, ce qui fit rire ce dernier. À table, le rouquin se sentit bien obligé de lui expliquer ce qu'il s'était passé plus tôt quant au procès de Bazz-B au Kazakhstan. Shiro ne savait pas quoi lui répondre. Il était forcément rassuré qu'une ordure pareille soit mise hors d'état de nuire mais, bien évidemment, il savait le ressenti de son frère à propos de la peine capitale. Personne n'aurait su le comprendre autant sur ce point car il était bien le seul à avoir donné la mort en guise de jugement. Il se doutait qu'après cela, on ne voulait plus prendre à la légère ce genre de peine administrée dans plusieurs pays du monde.

— Je vais continuer à défendre l'abolition de cette peine… Il y aura bien quelqu'un pour m'entendre un jour… Il y a forcément une autre solution ; conclut-il avec résolution.

Grimmjow posa sa main sur celle d'Ichigo en guise de soutien. Shiro acquiesça. Il suivrait toujours son frère dans ses combats.

La suite du repas fut plus joyeuse. On se raconta des histoires drôles, des anecdotes de couples, des vacances envisagées pour l'été. Les plats furent succulents ainsi que le vin, le gâteau d'anniversaire fut une belle surprise et il reçut du couple en cadeau une entrée gratuite pour lui et Grimmjow à des onsens réputés de Sapporo.

Cette soirée fit du bien à Ichigo. Ces derniers mois, l'affaire Bazz-B l'avait renvoyé des années en arrière. Il prenait conscience seulement maintenant que tout semblait toujours être dirigé en fonction de son passé, d'Anarkheia et d'Äs Nödt. Il avait certes vécu des choses nouvelles, changé complètement de vie mais une grande part de ses choix avait encore été motivée par la marque d'Anarkheia. Était-il devenu avocat à cause d'Äs Nödt ? Pourquoi ?

À la fin de la soirée, Ichigo était mentalement fatigué, divisé entre la sérénité de pouvoir « passer à autre chose » et l'angoisse de se sentir perdu. Grimmjow le comprit et tint la main de son amant pendant presque tout le retour à leur maison en voiture, sans dire un mot.

Quand ils entrèrent tout aussi silencieusement dans leur foyer, Grimmjow laissa Ichigo en avant pour qu'il soit libre de décider de ce qu'il voulait faire. Aller regarder la télé, aller prendre un bain, aller se coucher, aller travailler sur son ordinateur –oui, il était du genre à travailler en pleine nuit-.

Contre toute attente, Ichigo enleva juste ses chaussures, sans même allumer la lumière du couloir et se tourna vers lui pour l'embrasser passionnément. Il répondit un peu tardivement mais se rattrapa bien vite en fermant adroitement la porte d'entrée derrière lui tout en enlevant rapidement ses baskets. Il enserra la taille de son amant et poursuivit les baisers, jusqu'à vouloir clarifier les choses :

— Tu es sûr que ça va, bébé ? dit-il en un murmure.

— Je veux être dans tes bras, Grimm', j'en ai vraiment besoin, là, maintenant.

La voix d'Ichigo tremblait un peu.

— Ichi'… si tu veux parler de…

— Je veux avancer ; dit-il en baissant la tête ; Je veux avancer et je veux que tu sois là à chacun de mes pas… S'il te plaît, reste avec moi…

Grimmjow releva la tête du plus jeune et essuya dans une caresse le début d'une larme au coin d'un œil.

— Je n'avais pas l'intention de te laisser. Je compte bien rester à tes côtés, à jamais.

Il l'embrassa sur son front en enserrant son visage délicatement entre ses mains :

— Après tout ce temps, je t'interdis d'avoir ce genre d'inquiétude.

Ichigo avait fermé ses yeux le plus fort possible, par peur ou pas honte de décevoir son amant mais fut contraint de les rouvrir :

— Regarde-moi Ichigo et dis-moi que tu as compris cette fois.

— J'ai… J'ai compris, excuse-moi, c'est que… je…

— Il va falloir que je te l'apprenne une fois de plus, hein ?

Ichigo sentit son ventre papillonner dans tous les sens et ses joues rougir. Il évita son regard et hocha la tête. Il avait besoin qu'il l'aime. Il avait envie qu'il l'aime.

— Dans la chambre ; annonça Grimmjow en posant une dernière fois ses lèvres sur le front du rouquin.

Ils se tinrent la main pour aller en silence dans la chambre. Ichigo s'allongea sur le lit. Grimmjow grimpa sur lui. Ils se dévorèrent des yeux avant de s'embrasser langoureusement pendant de longues minutes tout en caressant mutuellement leurs cheveux et leur nuque. Puis Grimmjow vint effleurer de baisers son cou, multipliant les frissons d'Ichigo qui retint un gémissement. Le bleuté descendit encore pour relever le tee-shirt d'Ichigo et enfin poursuivre ses baisers sur son torse. Cette fois, le rouquin ne put échapper un cri de plaisir quand son amant s'attela à ses deux orbes de chair.

— Ça fait du bien, mon amour ? fit Grimmjow en se remettant droit pour enlever sa chemise, offrant un magnifique spectacle à son amant.

— Beaucoup… beaucoup de bien ; chuchota Ichigo déjà à bout de souffle.

— Alors, on continue.

Grimmjow poursuivit son chemin pour effeuiller encore plus son amant qui se retrouva bien vite nu sur les draps froissés. Le bleuté ouvrit lentement ses cuisses pour venir picorer chaque parcelle de peau, de ses genoux à l'intérieur de ses cuisses, faisant bouillir Ichigo :

— Grimm', s'il te plaît…

— Mh ?

— Prends-la… S'il te plaît…

Grimmjow eut un sourire carnassier en prenant le sexe durci de son amant et s'attela à le caresser avec sa langue, faisant gémir Ichigo jusqu'à un tel point que, quand il le mit entièrement dans sa bouche, les hanches de son amant se soulevèrent d'un coup. Il poursuivit sa fellation sous les ordres d'Ichigo qui ne contrôlait presque plus son corps et en profita pour le préparer à l'arrière. Ichigo avait goûté peu à peu à ce plaisir même s'ils échangeaient encore souvent les rôles. Grimmjow remarqua que le rouquin accueillait avec passion ses doigts, comme s'il ne pouvait plus attendre. Il arrêta tout pour retourner embrasser son amant :

— Ça va aller ?

— Oui, vas-y… à l'intérieur…

Grimmjow sourit, ravi :

— À vos ordres, chef !

Il retira adroitement son jean en se redressant et se masturba un peu avant de se présenter à son entrée. La pénétration fut longue et quelque peu douloureuse mais Ichigo ne voulait vraiment pas attendre et refusait que Grimmjow s'arrête en chemin. Quand il fut entièrement en lui, Ichigo poussa un soupir de soulagement et le prit dans ses bras.

— Prêt ? demanda Grimmjow en l'enlaçant de la même manière.

— Plus que prêt…

Il commença donc quelques allers et venues, lents et profonds pour commencer, dans un câlin amoureux qui ne laissait plus aucun espace entre Ichigo, en-dessous, sur le dos, et Grimmjow au-dessus. Ce fut Ichigo qui imprima ensuite le rythme qu'il voulait et Grimmjow suivit sans problème. Les deux étaient aux anges et adorèrent une fois de plus se sentir ainsi unis.

Le bleuté souleva Ichigo au bout d'un moment pour l'asseoir sur ses cuisses, face à lui. Ainsi, l'orangé bougea seul pour se donner du plaisir et Grimmjow ressentait chaque mouvement brûler ses reins et faire trembler tout son être. Ils s'aimèrent encore de longues minutes avant que l'heure de la délivrance ne sonne pour eux deux. Ichigo laissa Grimmjow venir en lui et ne put résister aux caresses qu'il lui imprima en même temps pour venir entre leurs deux torses. Ils s'endormirent rapidement dans les bras l'un de l'autre, en se murmurant de nombreuses déclarations d'amour.

Plus tard, dans la nuit, Grimmjow se réveilla. Il était nu, plus ou moins emmêlé entre les draps et les bras de son amant. Il regarda son réveil. Trois heures du matin. Il ne s'était pas réveillé d'un cauchemar. Il s'était réveillé comme ça, sans raison. Il regarda autour de lui la chambre noyée dans la pénombre. La fenêtre était ouverte et le volet laissait passer quelques rayons de lune. Soudain, il eut l'impression qu'une ombre plus obscure longeait les murs. Il alluma immédiatement la lumière, l'image d'Ulquiorra lui revenant singulièrement en tête. Mais ce n'était que le chat qui bondit sur le lit pour venir se lover dans la main d'Ichigo. Grimmjow soupira, pris d'un vertige de s'être assis si vite sur le lit. Une brise vint caresser ses cheveux bleus. Puis la fenêtre s'ouvrit un peu plus, grinçant légèrement au passage. Grimmjow tourna la tête pour regarder le volet, droit et bien fermé. Une masse en dehors empêchait aux rayons de s'aventurer dans la chambre, comme si quelqu'un se tenait derrière le volet, immobile.

— Tu ne viens pas me voir. C'est moi qui t'imagine ; murmura Grimmjow.

La masse noire ne répondit pas.

— Tu as fermé la porte après m'avoir jeté en dehors de cette cabane, hein ? Tu as eu raison. Il faut que je laisse cette histoire derrière moi. Et toi, tu restes dans cet enfer pour éviter qu'il ne me frappe.

Il sourit. Il ne savait pas ce qu'il faisait, ni ce qu'il disait réellement. Il était même à moitié endormi et cette masse noire derrière le volet semblait de plus en plus floue.

— T'as toujours été le plus courageux de nous deux, Ulquiorra…

Au final, il se sentit sombré. Il s'allongea à nouveau sur le lit mais garda la tête tournée sur l'oreiller.

— Merci.

Soudain, une voiture passa sur la route à toute vitesse et la masse noire disparut dans un battement d'ailes. Grimmjow se rendormit.

OoOoOoOoOoOoOo

Le lendemain matin

Cabinet Tôsen

Ichigo avait fini son rapport sur la propagation d'Anarkheia -qu'il faudrait bientôt faire entendre dans un communiqué de presse international- et avait rappelé plus sereinement son correspondant juriste kazakhe pour en savoir un peu plus sur la situation. Bazz-B serait exécuté le lendemain, à l'aube. Selon sa dernière volonté, il recevait aujourd'hui les visites de sa mère venue de Russie et d'un prêtre orthodoxe.

— C'est ici le bureau de Monsieur Kurosaki Ichigo ? fit une petite voix féminine qui toqua à la porte ouverte.

— Oui, c'est ici ; fit Ichigo en abaissant son écran d'ordinateur pour voir la petite jeune femme qui se tenait à l'entrée ; que puis-je faire pour vous ?

— Oh je suis du service des Archives. On nous a fait parvenir d'un cabinet voisin des affaires privées qui vous reviennent de droit. Hum… C'était la volonté du directeur.

Kaname Tôsen avait fait parvenir quelque chose jusqu'à lui ?

— Qu'est-ce que c'est ?

— Euh, c'est dans ce carton ! Je n'ai pas le droit de regarder mais c'est plutôt lourd alors…

La jeune femme portait le carton sur un chariot. Ichigo se leva donc pour l'aider à le transférer sur son bureau. Aussitôt, l'archiviste déclara avoir fini son devoir et le quitta en fermant la porte du bureau.

Ichigo resta un instant idiot devant ce carton, sans savoir quoi faire ni quoi penser. Il se décida enfin au bout d'une longue minute. À première vue, c'était un ensemble de dossiers, de pochettes et de carnets noircis d'encre assez fournis et débordants. Puis il trouva un petit écriteau en fer qui servait à indiquer le nom du juriste lors de réunions officielles et que l'on mettait en face de soi sur un bureau. Il souleva l'objet, s'étonnant de son bel aspect de cuivre doré et de son écriture soignée puis les kanjis firent bondir son cœur.

Masaki KUROSAKI

Alors, toutes ses affaires… étaient les siennes ? Pour en être sûr, il fouilla dans le carton à la recherche d'autres trésors. Il y avait un cadre photo à l'envers. Il le souleva en sentant une certaine angoisse mêlée d'excitation. Une vive émotion le prit au ventre et il plaqua sa main sur sa bouche. Une belle photo de famille était encadrée, les représentant eux quatre lors de vacances à la mer. Lui et son jumeau, en bermudas colorés, brandissaient tout sourire une coupe jaune en plastique sur laquelle était intitulée « Prix de la meilleure sculpture de sable junior ». Isshin, leur père, en bermuda blanc et chemise bleue à fleurs des plus démodée, un chapeau mal positionné sur la tête et des lunettes de soleil baissées pour mieux voir l'objectif, tentait de venir enlacer leur mère Masaki, de l'autre côté, rayonnante dans un paréo ocre, les cheveux défaits et soulevés par le vent, un immense chapeau de paille sur la tête.

Il étira un petit sourire triste et garda serré entre ses mains le cadre photo pendant un long moment. Il avait hâte de la montrer à tout le monde, notamment à son frère. Il enleva finalement tout ce qu'il restait du carton pour parcourir les dossiers. Des résultats d'enquête de justice, des notes sur les affaires menées, des carnets pleins d'idées de discours, de rayures et de ratures, de réécritures et de quelques dessins d'enfants, laissant imaginer l'intervention des jumeaux pendant les soirées de travail à la maison.

En fouillant, quelque chose lui semblait plus clair. Il était avocat parce que sa mère l'avait été et qu'il voulait suivre son chemin, être aussi appliqué et sérieux qu'elle dans ce travail, mener justice avec sagesse et clairvoyance, œuvrer pour le meilleur et croire en la rédemption des condamnés… C'était pour cela qu'il avait fait tout ce chemin et il honorerait sa mère dans ce sens.

Il s'arrêta soudain sur une pochette noire dont l'étiquette jaunie et légèrement décollée sur les bords attira tout de suite son attention : « Asahr Kenat Toïa » était inscrit à la plume. Ichigo saisit la pochette et tomba sur son siège de bureau. Elle était lourde et conséquente et, quand il l'ouvrit, il fut stupéfait du nombre de coupure de journaux, de feuilles, de post-it et de diverses notes qui s'engouffraient à l'intérieur. C'était donc tout le travail de sa mère sur cette affaire ? Tout ce qu'elle avait réuni avant le procès ? Il découvrit des messages écrits par sa mère qui le replongèrent sept ans en arrière. Elle avait compris Anarkheia avant tout le monde et s'était efforcée d'en saisir l'origine et l'essence. Elle avait essayé de trouver Asahr Kenat Toïa qui se cachait derrière Äs Nödt. Sans doute le criminel en avait-il été trop effrayé et en était venu à la tuer.

Au fond de la pochette, il découvrit ce qui rendait la pochette aussi lourde et causait une proéminence dans les documents qui semblaient vouloir sortir en toute hâte. Un petit magnétophone à cassettes passé d'âge s'était coincé tout en-dessous de la pile de papiers. Ichigo s'en saisit avec une certaine appréhension et, après une minute, se décida enfin à l'actionner.

Il y eut des bruits blancs puis une voix féminine, qu'Ichigo reconnut immédiatement comme celle de sa mère, retentit tout à coup :

Bien, je comprends votre silence. Je vais me retirer maintenant. Je vous remercie pour cette entrevue. Nous nous reverrons dans un mois pour le procès, Asahr.

Puis l'enregistrement coupa. Ichigo se résolut à rembobiner la cassette en espérant que le film ne cède pas dans le mouvement. Puis il réenclencha le tout :

Bonjour Asahr.

Je n'aime pas que l'on m'appelle comme ça.

La voix d'Äs Nödt était plus jeune mais aussi plus grave que celle qu'il avait entendue il y a sept ans, mais elle le fit quand même trembler.

Je sais, mais c'est le prénom que vous a donné votre mère et je suppose que vous l'aimiez.

Ma mère ne m'a rien donné du tout. Elle s'est contentée de me sortir de son ventre et elle est morte.

Ichigo eut un nouveau pincement au cœur. Cet Äs Nödt, plus jeune et moins maître de lui-même, finalement plus authentique, semblait exprimer toute la frayeur qui le submergeait. Soudain, alors que sa mère commençait à le questionner sur son passé, l'enregistrement se brouilla et des bruits blancs apparurent au point de ne plus comprendre la voix de l'avocate. Ichigo tenta de regarder l'état de la cassette et l'appareil mais il était clair qu'il ne pouvait rien y changer. On entendait parfois quelques mots, Ichigo comprit qu'Äs Nödt se mit en colère à un moment.

Puis, enfin, après plusieurs minutes, l'enregistrement réapparu clairement petit à petit :

Je ne suis… ce garçon frêle… Mort dans une geôle… longtemps… bien loin d'ici… Qui pourrait le croire dans ce pays… Japon… en paix… ? Vous vivez dans une douce illusion… Je ressens exactement la même chose que sur le champ de bataille…C'est la même injustice. C'est la même mort, inutile et oubliée… le même désespoir partout. Et les meneurs qui nous poussent en première ligne sans écouter nos supplications.

Ichigo eut du mal à reconnaître la voix qui était devenue si grave et sérieuse, loin de l'esprit doucereux et plus joueur du Äs Nödt qu'il avait connu ces dernières années, mais plus proche de l'apparence mystérieuse et sombre d'Ana. Ce discours semblait le bouleverser complètement et, à sa voix, il sonnait si affaibli mais en même temps si remonté.

Asahr…

Vous allez arrêter maintenant ! Avec vos grands airs, vous pensez tout savoir !?

Äs Nödt, s'il vous plaît, restez calme…

Il y eut un silence, à peine écorché par le film qui s'enroulait dans les rouages de la cassette.

Je suis contre vous pour le procès… contre l'idée que vous véhiculez et vos actes commis. Mais je ne suis pas contre la personne que vous êtes au plus profond et qui souffre. Dîtes-moi ce que je peux faire pour vous aider…

Un nouveau silence, plus long cette fois. Puis la voix de sa mère retentit une dernière fois :

Bien, je comprends votre silence. Je vais me retirer maintenant. Je vous remercie pour cette entrevue. Nous nous reverrons dans un mois pour le procès, Asahr.

L'enregistrement coupa à nouveau et Ichigo soupira en reposant le magnétophone sur son bureau. Il s'adossa complètement à sa chaise et posa les mains sur ses cheveux, massant son crâne en fermant les yeux.

Il avait l'impression que ce carton d'archives arrivait à point nommé. Il lui parvenait alors qu'une nouvelle page se tournait, à la suite du procès de Bazz-B. Même si cette affaire en particulier ressassait de vieux souvenirs peu heureux, elle était imprégnée par la présence de sa mère et en devenait moins menaçante. Avec cette pochette noire, il avait l'impression qu'elle l'aidait à tout connaître d'Äs Nödt, à comprendre Anarkheia dans ses moindres secrets. Et connaître son ennemi, c'est éviter qu'il ne vous hante, n'est-ce pas ?

Au final, il ne fallait pas qu'Anarkheia pèse sur lui jusqu'à l'infini. Il valait mieux que ce groupe, que son meneur, que la relation qu'il avait eue avec tout cela, sonne comme une force et non comme une peur ou une haine vibrant en lui. Une force qui le pousserait en avant une bonne fois pour toute.

Il avait toute la vie devant lui pour s'accomplir. Il serait pour lui-même celui qui décide, celui qui agit, sans oublier son passé mais en choisissant son futur. Il n'aurait plus ni fantôme ni démon pour le commander, seulement des influences dont il choisirait l'étendue et la vivacité. Il vivrait selon sa propre volonté et il n'aurait plus pour son passé qu'un regard compatissant.


Merci d'avoir suivi cette histoire jusqu'au bout, n'hésite pas à reviewer ou à m'envoyer un message privé si le cœur t'en dit.