Bonjour !

Voici donc le chapitre des grandes révélations, j'espère que vous ne serez pas déçus !


Elysium

Chapitre 22

"But know, thou noble youth,

The serpent that did sting thy father's life

Now wears his crown."

"Mais sache, noble fils,

Que le serpent dont la morsure a tué ton père,

Porte aujourd'hui sa couronne."

Hamlet, acte I, scène V

oOo

Zelena se dirigeait d'un pas traînant vers l'amphithéâtre où devait avoir lieu la dernière épreuve d'Emma et se sentait plus seule que jamais. Elle n'avait même pas essayé d'approcher Lyra et Rigel aujourd'hui – ses enfants préféraient la compagnie de leurs amis à la sienne, et comment pouvait-elle leur en vouloir ? Ce que lui avait dit Athéna ne quittait pas son esprit.

La déesse avait raison, bien sûr. Elle n'en voulait pas à Hadès d'avoir crée Pandémonium, elle lui en voulait de lui avoir pris ses souvenirs. Pourquoi donc ne lui avait-il pas fait confiance ? Craignait-il que sa réconciliation avec Regina ait insinué des doutes dans son esprit ? Avait-il peur qu'elle lui en veuille ?

Tout ça n'avait plus aucune importance, de toute façon. Pandémonium n'était plus. Si tout se passait comme Emma l'espérait, alors ils rentreraient bientôt tous à Storybrooke.

Et après ?

Zelena se demandait s'il lui serait possible de se réconcilier avec Hadès. Elle l'aimait toujours, bien sûr, il était son âme sœur et toutes les trahisons du monde n'y changeraient rien du tout, cependant l'amour n'était pas toujours suffisant. Par ailleurs, elle craignait toujours que Lyra apprenne la vérité au sujet de sa conception. Rigel le savait, elle en était sûre, mais il n'avait visiblement pas jugé opportun d'en informer sa sœur. Était-il possible d'enterrer définitivement ce maudit secret ?

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua Héra et Zeus qu'au moment où elle passa à côté d'eux. Héra tenait son mari par la taille comme pour l'empêcher de s'effondrer sur le sol et se figea dès qu'elle posa les yeux sur elle.

« Un problème ? » demanda Zelena, mal à l'aise.

Zeus avait vraiment l'air misérable et l'aura de pouvoir qu'il dégageait habituellement était aux abonnées absentes.

« Vous vous sentez bien ? » lui demanda Héra.

« Parfaitement bien, » rétorqua Zelena d'un ton sec.

« Hmm... vous ne savez pas, pas vrai ? »

« Savoir quoi ? »

Héra murmura alors quelque chose à l'oreille de Zeus, qui hocha la tête.

« Tu es sûr que ça ira ? »

« Ne t'en fais pas pour moi. L'amphithéâtre n'est plus très loin. »

Prudemment, il se remit en marche lentement. Chaque pas semblait lui coûter un effort surhumain.

« Quelque chose ne va pas ? » fit Zelena, les sourcils froncés.

Hadès ne lui avait pas soufflé mot de l'état de son frère, mais il était vrai qu'il ne lui avait pas dit grand chose ces derniers temps, principalement parce qu'elle s'employait à l'éviter le plus possible.

Héra ne répondit pas et lui saisit le bras.

« Venez, allons discuter. Il y a quelque chose que vous devriez savoir. »

oOo

Après avoir souhaité bonne chance à Emma, Lyra se dirigea vers les gradins en compagnie de Grace, Violet et Henry. Tous les quatre étaient encore sous le choc après ce qu'ils venaient d'apprendre.

« Zeus, père de Lily, » fit Violet. « Incroyable... jamais je n'y aurais cru ! »

« Moi non plus, » ajouta Grace. « Mais ça ne m'étonne pas plus que ça, en fait. C'est bien le genre de Zeus de se changer en animal pour séduire... »

Rigel, sous sa forme de chat, sauta à côté d'eux et reprit son apparence humaine.

« Eh, Rigel, ça veut dire que Lily est ta cousine ! »

Celle-ci s'était réfugiée tout en haut des gradins. Maleficient et August tentaient vainement de la réconforter.

« Oui, » répondit Rigel. « Oui, j'imagine... »

Cette remarque ne fit que rappeler à Lyra que Rigel n'était pas son frère, mais son demi-frère, ce qui la contraria. Tandis que les autres échangeaient encore quelques commentaires, elle se mura dans le silence et son regard se posa sur Hadès, assis un peu plus bas en compagnie de Poséidon.

Elle se demanda ce qui se passerait quand elle quitterait l'Olympe. Hadès libérerait probablement son père des Enfers sur l'insistance d'Emma et Regina. Que se passerait-il alors ? Serait-il heureux de la rencontrer enfin ? Souhaiterait-il passer du temps avec elle ? Est-ce que tous les deux s'entendraient bien ? Et son autre frère, ce Roland, parviendrait-il à l'apprécier ?

« Ly ? Il y a un problème ? » demanda Henry à voix basse.

« Je pensais à notre retour à Storybrooke, » répondit-elle sur le même ton. « Je pensais à mon père. »

Quand elle avait appris qu'elle n'était pas la fille d'Hadès, elle s'était construit une image idéalisée de Robin. Elle avait imaginé qu'il l'aimerait immédiatement et qu'elle l'aimerait aussi, qu'ils pourraient construire une relation qui ne serait pas basée sur un énorme mensonge. Et puis, depuis qu'elle avait répété à Zeus qu'Hadès n'était pas son père quelques jours plus tôt, la réponse qu'il lui avait faite ne cessait de la hanter.

Bien sûr qu'il l'est.

« Tu sais, Henry, je pensais que ce serait facile de tourner la page, de rejeter cette vie de mensonges une fois que j'aurais retrouvé mon père... je pensais que ce serait facile d'oublier Hadès... mais j'avais tort. »

Le Roi-Serpent de Pandémonium n'avait peut-être pas tué Robin mais c'était comme si il l'avait fait. Il l'avait supprimé de la vie de Lyra – pendant seize ans, il avait été comme mort à ses yeux puisqu'il n'avait jamais existé. Il n'avait pas compté.

« Même si je retrouve Robin, je ne pourrai jamais rattraper toutes ces années de perdues. Hadès sera toujours mon père... que ça me plaise ou non. »

Et ça ne lui plaisait absolument pas, mais c'était ainsi. Henry lui offrit un petit sourire triste et lui pressa le bras pour la réconforter.

L'épreuve d'Emma eut le mérite de lui changer les idées. Elle trouva le combat très impressionnant et retint son souffle à plusieurs reprises. Henry sauta littéralement de joie lorsqu'elle parvint à transpercer le soldat de fumée. Lyra fut perplexe lorsque la couleur de celui-ci passa du blanc au noir de plus en plus rapidement avant de se fixer sur le gris.

Le cri de désespoir de Zeus lui donna la chair de poule. Bouche bée, elle regarda celui-ci s'effondrer pour ne pas se relever. Derrière elle, Rigel poussa un cri d'horreur.

« Non ! »

oOo

Emma, son glaive à la main, restait plantée là, incapable de faire le moindre mouvement alors que tous les autres dieux se précipitaient vers Zeus. Apollon, aussi furieux qu'inquiet, agita les bras pour repousser les autres.

« Reculez ! » répétait-il. « Reculez, il lui faut de l'air ! Reculez, j'ai dit ! »

Mais personne ne l'écouta. Emma ne vit bientôt plus ce qui se passait à cause de la foule qui obstruait son champ de vision. Personne ne sembla prendre Apollon très au sérieux jusqu'à ce qu'Athéna s'en mêle.

« Êtes-vous sourds ? Apollon vous a demandé de reculer ! » rugit-elle.

Plusieurs dieux sursautèrent. Achille vint soutenir la Déesse de la sagesse et se mit à vociférer. Même Arès ne se risqua pas à les contrarier et consentit enfin à reculer. Regina rejoignit Emma, les sourcils froncés.

« Je ne comprends rien à ce qui est en train de se passer, » fit la Sauveuse, complètement perdue. « Est-ce que tu crois qu'il est... mort ? »

« Non, il respire encore, » lui apprit Regina. « Mais c'est très bizarre... »

Emma put enfin voir ce qui se passait quand tous les dieux et héros présents finirent de s'écarter. Rigel, sous sa forme de chat, avait sauté sur la poitrine de son oncle et poussait des miaulements déchirants. Héra, toujours à genoux, sanglotait.

« Réveille-toi, Zeus... je t'en supplie. »

Apollon plaqua les mains sur le corps de Zeus et recula aussitôt, tremblant de tout son corps.

« Que se passe t-il ? » demanda Hadès.

Il avait pris son temps avant de se lever et de s'approcher pour voir de quoi il retournait. Même s'il s'efforçait d'avoir l'air détaché, Emma ne manqua pas de remarquer le pli soucieux qui barrait son front. Poséidon, quant à lui, avait tout simplement l'air horrifié et se retenait visiblement à grand peine de se précipiter sur son frère.

« Je sens... je sens une force destructrice... je n'ai jamais rien senti de tel... »

Hadès se tourna alors vers Héra qui pleurait toujours.

« Tu sais quelque chose, » lâcha t-il.

Ce n'était pas une question. Héra baissa la tête d'un air coupable mais ne répondit pas. Rigel tourna ses grands yeux de chat vers son père.

« Et toi aussi, » reprit le Dieu des Enfers. « Peut-être serait-il temps que vous nous appreniez ce qui se passe ici... je pense ne pas être le seul à en avoir assez de ces innombrables mystères. »

Emma, même si elle ne l'aurait jamais admis à voix haute, était d'accord avec lui. Rigel reprit sa forme humaine et ouvrit la bouche mais avant que le moindre mot n'en sorte, Zeus reprit connaissance. Emma s'approcha alors d'un pas décidé, déterminée à lui arracher les réponses aux questions qui se bousculaient en permanence dans sa tête.

« Que s'est-il passé ? » demanda t-il d'une voix faible en se frottant frénétiquement la poitrine, comme s'il tentait d'apaiser une brûlure.

« Tu t'es évanoui, » lui apprit Hadès d'un ton sec. « Et nous aimerions tous savoir pourquoi. »

Zeus se prit la tête entre les mains et soupira longuement. Il échangea alors un regard avec Rigel, qui hocha la tête d'un air résigné.

« Très bien, » dit Zeus. « Ça n'a plus aucune importance, de toute façon... Tout est fini... »

Avant qu'Emma ait eu le temps de lui demander ce qu'il voulait dire par là, il reprit et annonça sobrement :

« Je suis mourant. »

Sa déclaration fut accueillie par des exclamations de surprise.

« Quoi ? » lança Hadès, sous le choc.

« Cette force destructrice qui émane de toi... » lança Apollon. « C'est en train de te tuer, pas vrai ? »

Zeus acquiesça sombrement.

« Mourant ? » répéta Poséidon, comme s'il espérait avoir mal entendu. « Mais... tu es un dieu... c'est presque impossible... »

Emma se rappela alors quelque chose qu'Artémis lui avait dit le jour où elle avait fait boire du nectar à Apollon.

Oh, nous sommes immortels... mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas mourir.

« Cette force qui te tue... » reprit Apollon. « N'y a t-il pas moyen de t'en débarrasser ? »

Zeus secoua la tête de droite à gauche.

« Et ce n'est pas faute d'avoir cherché. »

« Ce que vous fabriquiez avec Rigel tout ce temps... c'était ça ! » comprit Emma. « Vous cherchiez un traitement... »

« C'était une quête désespérée, et une part de moi le savait. Non, je n'avais qu'un seul espoir... la magie blanche la plus pure. »

Il rit amèrement.

« Elysium... le repos éternel pour les véritables héros... une vaste plaisanterie. Absolument aucun de ses habitants n'est en tout point héroïque... mais j'imagine que vous l'avez compris, Emma, lorsque vous leur avez demandé leur aide. »

Celle-ci acquiesça.

« Non, je savais que ce n'était pas là que je trouverais ce dont j'avais besoin. C'était il y a environ dix-sept ans, quand j'ai véritablement commencé à ressentir ces douleurs à la poitrine... et c'est à cette époque que tu as fomenté ton plan, Hadès. Je savais ce que tu comptais faire avec le Cristal Olympien. Pandémonium... ton but ultime. Ton royaume. Une malédiction qui ne pourrait pas être brisée. »

Hadès l'écoutait en silence, ses émotions dissimulées par son habituel masque d'indifférence.

« Mais toute malédiction peut être brisée, pas vrai ? Il suffit juste d'un Sauveur... »

Tous les regards se tournèrent alors vers Emma, qui se sentit rougir.

« Oh non, pas vous, Emma, pas cette fois. Comme je l'ai dit, j'avais besoin de la magie blanche la plus pure... mais ce n'est pas à vous que j'ai pensé. »

Il planta ses yeux orage dans ceux de Regina.

« Moi ? » fit celle-ci, prise au dépourvu. « Mais... je n'avais rien d'une Sauveuse... ma magie était loin d'être pure. »

« Justement. Je pensais qu'un acte de rédemption tel que la rupture d'une malédiction aussi noire pourrait produire une magie assez blanche pour me sauver. Alors, quand Hadès a utilisé le Cristal Olympien pour créer Pandémonium, je vous ai emmenée sur l'Olympe. »

« Quoi ? Mais c'est impossible. Je m'en souviendrais. »

« Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi vous vous êtes soudainement réveillée au bout de seize ans ? Pourquoi vous étiez en possession de vos souvenirs alors que tous les autres avaient oublié ? »

Cette fois, Regina ne trouva rien à répondre. Les pièces du puzzle s'imbriquaient rapidement dans l'esprit d'Emma.

« Ce cercueil, dans cette pièce verrouillée... c'était Regina qui y était enfermée, pas vrai ? » souffla t-elle.

Zeus hocha la tête. Hadès, dont le visage se décomposait de plus en plus, intervint.

« Tu voulais qu'elle brise ma malédiction pour qu'elle devienne une Sauveuse ? »

« Oui. »

« Mais pourquoi avoir attendu seize ans avant de la renvoyer à Pandémonium ? »

« Parce qu'elle n'aurait jamais réussi si je l'avais fait plus tôt. Il fallait que j'attende que ton peuple commence à se lasser de ton autorité... mais j'avoue que tu m'as surpris sur ce point, Hadès. Tes sujets étaient plutôt satisfaits... mais je ne pouvais pas attendre éternellement que tu commettes une erreur – car il ne fait aucun doute que tu aurais fini par en commettre une. Il n'y avait pas d'étoiles dans à Pandémonium, mais l'une d'elle semblait être tombée sur la terre... le Prince-Lumière. Le soleil de ton empire. »

Hadès se tendit à la mention de Rigel. Emma commençait à comprendre pourquoi celui-ci avait subitement disparu, et lui aussi le comprenait.

« Je savais que sans lui, l'obscurité ne tarderait pas à s'abattre sur ton esprit. Je savais parfaitement ce qui se passait quand tu perdais quelqu'un à qui tu tenais... quand tu étais poussé à bout. »

Il parlait de toute évidence de Perséphone, et peut-être aussi de cette tentative de révolte qui avait échoué.

« Alors j'ai demandé à Arès d'aller enlever Rigel pour moi et de le ramener sur l'Olympe. Le résultat a été à la hauteur de mes espérances. Tu as complètement perdu le sens des réalités, tu es devenu plus brutal, plus autoritaire. Il était évident que certaines personnes plus courageuses que les autres n'allaient pas rester plantées là sans rien faire. »

Emma sentit quelqu'un se glisser derrière elle. Lily lui agrippa délicatement le poignet. Un étrange mélange de répulsion et de curiosité habitait ses yeux sombres.

« Ce Cercle d'Odysseus t'a donné du fil à retordre. J'ai compris que c'était le bon moment pour envoyer Regina à Pandémonium. Pour que tu ne t'étonnes pas de son absence, j'avais également amené plusieurs autres habitants sur l'Olympe, que je renvoyais dans ton royaume de temps à autre... tout s'est déroulé comme prévu. Comme je m'y attendais, Regina n'a pas tardé à se rapprocher d'Emma Swan et à s'associer aux rebelles. J'ai été plutôt surpris que tu ne fasses rien pour te débarrasser d'elle... quoi qu'il en soit, il fallait que je sème un peu plus de doutes dans ton esprit. Le jour où tu as défilé dans les rues, j'ai déplacé cette bombe magique – une de tes meilleures inventions, d'ailleurs – dans l'espoir que ta fille serait blessée. Quand Regina s'est jetée sur elle pour la sauver, j'ai su que j'avais fait le bon choix. »

Emma jeta un œil à Rigel : celui-ci n'était pas le moins du monde surpris par ce que Zeus était en train de leur révéler, elle en déduisit donc que son oncle l'avait mis au courant de tout. En ce qui la concernait, elle réalisait qu'ils n'avaient tous été que des pions sur l'échiquier géant de Zeus – même Hadès, qui à l'époque était pourtant tellement certain de tout contrôler.

Le Dieu des Enfers était livide, absolument incapable de formuler la moindre phrase qui soit un tant soit peu cohérente.

« Tu connais la suite, mon frère. Regina est parvenue à briser la malédiction quand elle a détruit le Cristal Olympien. »

« Alors tout ça... tout ça... tout ce que tu m'as fait subir... c'était juste parce que tu avais besoin d'une Sauveuse ? » souffla Hadès.

Zeus s'esclaffa, mais sans aucune joie.

« Je te l'ai dit, Hadès. Ton plus gros défaut est que tu as toujours été persuadé d'être le centre du monde. Je n'ai pas cherché à détruire ton royaume par plaisir, ou parce que je te détestais. Disons que tu étais... un dommage collatéral. »

Emma fut certaine qu'Hadès allait exploser. Pourtant, à sa grande surprise, il se laissa tomber sur le sol, sonné.

« Attendez une seconde, » intervint Regina.

Emma fut impressionnée par sa capacité à ne pas se laisser déborder par ses émotions alors qu'elle venait d'apprendre que Zeus l'avait utilisée comme une vulgaire marionnette.

« Vous avez dit que vous aviez besoin de ma magie... or, vous êtes visiblement toujours malade. »

« Ça n'a pas fonctionné, » lâcha t-il. « Le jour où vous êtes arrivée à Elysium, nous avons eu une petite discussion. J'ai tout de suite senti que votre magie n'était pas blanche... elle n'était pas noire non plus, d'ailleurs. Elle était grise... la même énergie qui habite tous les autres héros d'Elysium. »

Il se tourna alors vers Emma.

« Je croyais que tout était perdu, et puis vous êtes arrivée... la Sauveuse originelle... j'ai pensé que finalement, vous étiez peut-être celle qui pourrait me sauver. Mais je voulais être certain que votre magie soit assez pure... alors, je vous ai imposé toutes ces épreuves dans l'espoir que vous les réussiriez. Je voulais vous rendre encore plus héroïque... »

Emma encaissa le choc en silence. Toutes ces semaines à penser que Zeus voulait qu'elle échoue alors qu'en fait, il ne souhaitait qu'une chose, qu'elle réussisse. La vérité s'imposa alors tout simplement à elle.

« J'ai essayé de vous cacher que quelqu'un m'aidait, » lâcha t-elle. « Mais en fait, c'était inutile, parce que vous le saviez déjà. Vous le saviez déjà parce que c'était vous. »

Elle coula un regard vers le Prince-Lumière.

« Vous m'aidiez tous les deux. »

« Il le fallait, » répondit Zeus. « Vous deviez sortir vivante de ces épreuves, et éviter à tout prix de commettre les mêmes erreurs que les héros dont vous cherchiez à reproduire les exploits. »

Tout devenait clair, à présent. Zeus et Rigel l'avaient aidée face au basilic, faute de quoi elle serait morte. Ils l'avaient empêchée de céder à l'orgueil lors de son épreuve avec Pégase, et à la colère face à la biche de Cérynie parce que ces défauts avaient été ceux de Bellérophon et Héraclès.

« Je me doutais que vous vous retrouveriez en difficulté dans le labyrinthe... j'y ai donc placé une potion curative. Quelqu'un a toutefois jugé opportun de la remplacer par du nectar. »

Quelqu'un poussa alors un hurlement rageur et scandalisé qui fit sursauter Emma. Némésis bouscula tout le monde pour se frayer un chemin jusqu'à Zeus.

« Alors tu voulais qu'elle gagne ? Mais je pensais... je croyais... »

Son beau visage était déformé par la haine. Elle était tout simplement terrifiante.

« Je croyais que tu voulais te débarrasser d'elle, cette mortelle arrogante ! »

« Attendez une seconde, » dit lentement Emma.

Hadès lui avait confié que Némésis était amoureuse de Zeus. Et si... et si...

« C'est vous qui avez introduit le nectar dans le labyrinthe ! » s'exclama t-elle.

Némésis l'ignora superbement. Zeus, qui était parvenu à la même conclusion, devint livide et il était impossible de déterminer si ses tremblements étaient causés par la douleur ou par la colère.

« Je l'ai empoisonnée pour toi, » insista Némésis en tombant à genoux. « Je ferais n'importe quoi pour toi, tu le sais. Je pensais... je croyais... »

Dégoûté, Zeus la repoussa sans ménagement.

« Disparais, » siffla t-il. « Je ne peux même pas te regarder... tu me dégoûtes. »

« Zeus... »

« Disparais ! » rugit-il avec le peu de forces qu'il lui restait.

Némésis consentit à obéir et s'enfuit en courant, des larmes de rage au coin des yeux. Emma était complètement noyée par toutes ces révélations. Elle avait du mal à réaliser que Némésis avait tenté de l'assassiner pour faire plaisir à Zeus, en ignorant totalement que c'était la dernière chose à faire. Elle avait besoin de temps pour digérer tout ça, elle aussi fut tentée de partir pour remettre de l'ordre dans ses idées mais elle se résolut à rester. Il fallait qu'elle soit forte.

« Ce soldat de fumée... » reprit Zeus. « Il testait votre magie. C'est pour cela qu'il passait sans cesse du noir au blanc. J'espérais qu'il devienne blanc quand vous le transperceriez... le signe que votre magie était pure, que vous étiez la Sauveuse que je recherchais... »

Il n'eut pas besoin de poursuivre. Le soldat n'était pas devenu blanc.

Il était devenu gris.

« Cette pureté que vous recherchez... » fit Emma. « Elle n'existe pas. Personne n'est entièrement blanc ou noir... et surtout pas moi. »

Zeus ne répondit pas et baissa la tête, finalement vaincu. Lyra, prenant la parole pour la première fois, s'adressa à son frère :

« Tu savais ? Pendant tout ce temps, tu savais ? »

« Oui. »

Rigel n'exprimait rien, ni peine, ni joie.

« Comment as-tu pu nous mentir à ce point ? » s'exclama Lyra.

« C'était... pour le plus grand bien. »

« C'est ridicule ! »

« Pas du tout ! » rétorqua t-il, une légère pointe de colère dans la voix. « J'avais la possibilité d'aider Zeus et de mettre fin à cette malédiction. J'ai fait ce qu'il fallait. »

Emma eut l'impression qu'il essayait de se convaincre lui-même, mais peut-être se faisait-elle des idées. Il restait encore un dernier mystère à élucider, et ce fut Hadès qui le formula à voix haute.

« Pourquoi es-tu mourant ? »

Cette fois, Zeus hésita longuement. Avait-il encore quelque chose à cacher ? Finalement, il haussa les épaules, se disant probablement que ce qu'il révélerait ne changerait rien à sa situation.

« Le Cristal Olympien est une arme mortelle, » dit-il. « C'est ce qui a fait lentement dépérir Cronos pendant toutes ces années... il ignorait qu'il se condamnait lui-même quand il l'a utilisé pour tuer son père, Ouranos. »

« Cronos a tué Ouranos ? » s'exclama Apollon, sous le choc.

Zeus fit un léger signe de tête.

« La magie destructrice du Cristal s'est attaquée à sa magie à lui... parce qu'il était supposément immortel, elle l'a rongé de l'intérieur pendant des années et des années. Le pauvre n'avait aucune idée de ce qui lui arrivait. »

C'était donc parce que Cronos était mourant qu'il avait décidé de laisser plus de responsabilités à ses fils en divisant le monde en trois pour le leur confier.

« Quand vous avez détruit le Cristal, Regina, en tant que mortelle, vous n'aviez aucune chance d'y survivre. »

Regina n'eut pas l'air particulièrement surprise, contrairement à Emma. C'était donc à cause du Cristal que Regina était morte ? Depuis combien de temps le savait-elle ? Et pourquoi ne lui avait-elle rien dit ? Ces questions devraient cependant attendre : elle devait rester concentrée sur Zeus.

« Un instant, » dit Hadès, soudainement glacial. « Es-tu en train de nous dire que tu es toi aussi mourant à cause du Cristal ? »

Zeus releva lentement la tête et plongea son regard dans celui d'Hadès. Leur échange muet dura quelques secondes – une éternité.

« Cronos n'est pas mort parce qu'il a utilisé le Cristal. Il n'en a pas eu le temps. Il est mort parce que quelqu'un a utilisé le Cristal sur lui. Mais ce n'était pas moi. »

Silence.

« C'était toi. »

Silence. Tout le monde retenait son souffle, Emma la première. Un nouveau spasme parcourut le corps de Zeus, qui serra les lèvres pour ne pas crier.

« Tu étais complètement incontrôlable, » lâcha t-il finalement. « Ce complot pour me renverser... je savais que ce n'était que le premier d'une longue série. Il fallait que tu sois neutralisé et hors de l'Olympe. »

« Tu as tué Cronos, » siffla Hadès. « Tu as tué notre père, et tu m'as accusé parce que tu avais besoin d'un prétexte suffisant pour pouvoir arrêter mon cœur et me bannir. »

Zeus ne chercha pas à nier, écrasé par la lassitude.

« Il était mourant, » répondit-il. « Il était mourant, il serait mort de toute façon, il n'en avait plus pour longtemps, et tu étais une menace... il fallait que je fasse quelque chose ! »

Les autres dieux et les héros étaient complètement soufflés par toutes ces révélations et fixaient Hadès d'un œil nouveau, mais ils n'étaient pas les seuls à être scandalisés. Rigel dévisageait Zeus les yeux ronds.

« Vous m'avez dit que vous ignoriez d'où provenait ce mal qui vous rongeait... vous m'avez dit que mon père avait tué Cronos... »

« Je suis désolé, » répondit Zeus. « Tu n'aurais jamais accepté de m'aider si tu connaissais la vérité. »

Rigel se laissa à son tour tomber sur le sol, comme s'il avait honte de lui-même. Après quelques secondes de silence, les dieux s'abattirent littéralement sur Zeus, furieux, et tous les reproches qu'ils avaient autrefois adressé à Hadès franchirent de nouveau leurs lèvres. Emma s'attendait à ce qu'Hadès, la principale victime de cette mascarade, soit en tête du cortège, mais il avait disparu au milieu de l'attroupement. Elle eut tout juste le temps de voir un grand serpent s'éloigner en glissant sur le sol.

Ce que Zeus avait dit ne quittait pas son esprit.

Le Cristal Olympien est une arme mortelle.

« Je reviens, » murmura t-elle à Regina.

Elle se lança sur les traces du serpent.

.

Emma n'eut pas besoin de chercher longtemps. Elle savait exactement où Hadès s'était réfugié.

Quand elle arriva sur le toit du palais, il était déjà là, allongé, les yeux tournés vers le ciel bleu.

« Je n'ai jamais dit à Zelena que j'étais capable de me changer en serpent, » fit-il sans même se redresser – il avait deviné que c'était elle. « Il y a tant de choses que je ne lui ai pas dites. »

Emma le rejoignit lentement.

« Vous avez utilisé le Cristal Olympien pour créer Pandémonium, » lâcha t-elle.

Il ne répondit pas. Elle se remémora toutes ces fois où elle l'avait vu porter la main à son cœur, le visage tordu par la douleur.

« Ce que Zeus a... vous l'avez aussi. »

Silence. Hadès ferma les yeux, résigné. Emma s'allongea à côté de lui et se mit elle aussi à regarder le ciel.

Il n'y avait rien d'autre à dire.


Alors, vous l'aviez vu venir ? :)

Si vous pensez qu'Hadès est protégé par son statut de personnage principal, vous vous trompez : ceux qui me connaissent savent que je n'hésite jamais à sacrifier un de mes personnages...