Chapitre 22 : première proposition.
Nous n'avons pas pris de dessert, pressés que nous étions de rentrer dans mon appartement. La porte close, Edward se jette sur mes lèvres comme si nous ne nous étions pas vus depuis des mois. Ses mains viennent agripper mes cuisses. Il me soulève et j'enroule mes jambes autour de sa taille. Il nous emporte vers la chambre alors que je suis déjà en train de déboutonner sa chemise...
J'aime ce moment où l'on n'est pas encore réveillé et plus tout à fait endormi. Mon esprit est enveloppé d'une brume bienfaisante. Je me sens en sécurité, un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis plusieurs années.
Je sens une lumière chaude venir me chatouiller le nez à travers la fenêtre de la chambre. Ce sera une belle journée. Quelques voitures circulent sur la route, j'imagine les joggers du dimanche avec leur chien.
J'entends une voix, elle est chaude et réconfortante. C'est celle d'Edward. Il est resté tout le week-end avec moi. Je n'ose pas ouvrir les yeux, de peur d'apercevoir la petite voix dans une pose encore très suggestive.
Il est au téléphone, il est calme mais je sens l'autorité dans le ton de sa voix. Il n'est plus l'amant de la veille, hésitant et confident. Il est redevenu le patron. Les mots me parviennent hachés et je n'essaye pas de comprendre : « Septembre, soir, inscription,... »
L'odeur du beurre chaud et du lait me chatouille les narines. Il a encore commandé un petit déjeuner. Je vais finir par m'habituer à ce luxe là.
Je finis par m'étirer et me lever. Je m'installe contre le mur pour commencer mes exercices. Il vient me rejoindre dix minutes plus tard et se met à côté de moi.
- Salut ! Murmure-t-il, le dos collé le mur.
- Salut !
- Ce sont tes exercices pour ton dos ?
- Les médecins me l'ont conseillé au moins un jour sur deux. Cela permet de maintenir la musculature de mon dos.
- C'est pour cela que tu vas courir aussi ?
Je le regarde suspicieuse.
- Comment sais-tu que je vais courir ?
Il me regarde comme un gamin tenant encore le rouleau de papier toilette à la main, montrant le chien du doigt avec les boulettes qui commencent à se décoller du plafond.
- Communiquons, commence-t-il par murmurer.
Tout d'un coup, une image me revient en mémoire.
- La voiture noire qui me suivait presque tous les soirs, c'était toi ? M'exclamai-je en me redressant.
- Bella, remets toi en position, ce n'est pas bon pour ton dos ! Me gronde-t-il.
- Et m'espionner tous les soirs quand je rentrais dans mon appartement, c'est bon pour moi peut-être ?
- D'abord, ce n'était pas tous les soirs. Et puis je ne vois pas en quoi c'était mauvais ? Tu ne le savais pas.
- C'est du harcèlement, Edward. On ne piste pas les gens comme cela, ca ne se fait pas.
- C'était de la protection. Tu avais une certaine tendance à rentrer énerver tous les soirs après le travail et je veillais à ce que tout aille bien.
- Bien sur que je rentrais en pétard, tu te comportais comme un salop.
Edward plisse les yeux, visiblement mal à l'aise. La communication en couple, ce n'est pas aussi facile que celle en entreprise.
- Peut-être que nous devrions continuer cette conversation durant le petit dejeuner. J'arrive toujours mieux à signer un contrat autour d'un repas.
Je ne suis pas un papier qu'on signe. Mais même si j'ai juste envie de l'étriper, je respire un bon coup et je me remets contre le mur.
- Je dois finir mes exercices. Un quart d'heure encore.
Il hésite puis finalement se remet à côté de moi. Je souris. Je ne pourrai jamais être en colère longtemps avec lui.
Nous finissons devant un bol de lait et des viennoiseries. Il n'a toujours pas dit un mot. Il va falloir que je fasse le premier pas.
- D'accord, promet moi de ne plus jamais faire cela et on n'en parle plus.
- Promis, lance-t-il avec un sourire gêné.
Je ne suis pas sure qu'il tiendra sa promesse mais pour l'instant, je n'ai que cela.
- Peut-être pourrions nous courir ensemble maintenant, me dit-il en prenant une gorgée de son café infâme.
- Tu risques d'être déçu. Je suis d'une incorrigible maladresse.
- Je m'en étais déjà rendu compte, ironise-t-il.
Je lui tire la langue comme une gamine. Je me souviens d'être tombée dans ses bras dès la première semaine.
Ca a du bon la maladresse !
- Mais pas aujourd'hui, lança-t-il dans un rire cristallin. Puisque nous sommes dans l'étalage de ma vie privée – Je n'ose pas lui faire remarquer qu'être voyeur, c'est quand même un peu limite comme notion de vie privée- je me disais que je pourrais te faire découvrir un de mes passe-temps favori.
La petite voix refait enfin surface, son sourire salace à nouveau scotchée sur le visage.
Ça y est ! Il va te montrer sa chambre secrète, son fouet, ses chaînes, tous ses joujoux.
- Dois-je m'inquiéter ?, murmurai-je.
Il se penche vers moi, son sourire énigmatique et ses prunelles à nouveau noires. Je commence à me demander s'il n'a pas entendu la petite voix.
Je suis un maniaque de la sécurité, Bella. Fie-toi à moi ! Prépare-toi, dans une heure nous partons !
Nous filons vers le sud durant une bonne heure. Edward conduit, Banner n'est pas là aujourd'hui et j'apprécie cela. J'aime notre intimité. Je me demande soudain si Banner le conduisait lors de ses sorties « je vais harceler ma secrétaire ».
Il finit par quitter la route numéro cinq et tourne vers l'ouest.
- Nous allons à la marina, constatai-je.
- Perspicace, comme toujours, Miss Swan.
Je rougis, comme à mon habitude. Je n'arriverai jamais à rester stoïque devant ses moqueries.
Il gare la voiture dans un parking souterrain. La météo de ce mois de mai est clémente. Le soleil est rayonnant et une petite brise vient nous caresser. Edward me prend la main et nous marchons le long des quais. Cela me fait bizarre. Voila une semaine à peine, j'aurai certainement marcher en retrait, attendant ses ordres et reluquant son petit cul. Et maintenant je lui tiens la main comme tous les couples présents en cette fin de matinée.
Nous finissons devant un grand voilier blanc qui accosté en bout de rade. Un homme en descend et vient vers nous :
- Bonjour, monsieur. Nous avons tout préparé comme vous le souhaitiez. Voulez-vous que je reste ?
- Non merci Duncan, Nous reviendrons vers 17 heures.
Le Duncan me regarde subrepticement, visiblement surpris. Ai-je l'air de déteindre à ce point là à côté de mon boss ? Mais il se retire vite.
- Il n'a pas l'habitude de me voir en galante compagnie, m'explique-t-il.
Tiens ! Ton boss commence à lire dans tes pensées.
- Je te présente le Twilight. C'est un Royal Huisman Ethereal, de fabrication hollandaise, un des plus grands voiliers écologiques au monde. Il fait cinquante-huit mètres de long sur onze mètres de large. Il a un tirant d'eau de quatre mètres. Tout ceci est très approximatif, bien sur.
- Bien sur !
Il me sourit, satisfait de son laïus. Décidément tous les hommes sont des grands enfants.
- Une petite balade, ca te dirait.
- Je ne suis jamais montée sur un bateau, lui avouais-je.
- Encore une première, intéressant !
Il m'entraîne à, bord du bateau et m'indique une banquette où m'installer. Je regarde faire. Il est sûr de lui, comme toujours. Y a-t-il un domaine dans lequel Edward Cullen est incompétent ?
La communication avec sa copine ? Me fait remarquer la petite voix.
Il largue les amarres, met en marche le moteur et nous voilà sortir de la marina. La brise devient un peu plus forte et vient fouetter mon visage et je me sens plus vivante. Naviguer pourrait devenir un plaisir ! Dès que nous sommes sortis du port, il hisse la grande voile et soudain le bateau semble voler. C'est magique. Je respire l'air marin à plein poumons avec un sentiment de liberté jamais égalé.
Je finis par me retourner vers Edward. Il tient la barre, beau comme un dieu.
- Tu veux essayer, demande-t-il.
Je me lève et maladroitement. J'ai l'impression de ressembler à l'hippotame en tutu dans le Fantasy de Disney mais j'arrive jusqu'à lui. Déjà que sur la terre plate, ma marche est incertaine, alors sur un voilier, cela tient de l'équilibrisme. Edward ne fait aucune remarque mais son regard est à la fois amusé et protecteur. J'arrive enfin à la barre, il s'écarte pour que je me mette au milieu. Mes mains se posent sur l'acier et je sens soudain la force qui émane du navire. Je suis maitre d'un voilier de plus de cinquante mètres. C'est grisant.
Nous continuons ainsi durant plus de deux heures puis nous accostons au large d'une petite île. Edward descend dans la cabine puis ressort quelques minutes plus tard avec un panier repas. Décidément, cet homme prévoit tout.
Nous nous installons à l'avant. Il me sert un verre de vin tandis que je sors la salade composée et les assiettes. Nous sommes vite sen train de manger. Je suis affamée. L'air marin creuse l'estomac et Edward semble apprécier mon coup de fourchette.
- Bien, communiquons, lança-t-il enfin.
- Je te rappelle que la dernière fois n'a pas été une franche réussite.
- J'apprends vite et je voudrais me rattraper.
Il se racle la gorge et semble chercher ses mots. Je fronce les sourcils. C'est pas bon.
Ca y est ! Il te largue ! Déjà ! Il va te trucider ici et jeter ton corps à la mer. Tu seras dévorer par les requins et personne ne saura jamais ce qui t'ai arrivé...
J'envoie la petite voix faire une nage forcée dans le Pacifique et j'essaye de me concentrer sur quelque chose qui, je le sens, est important.
- Je me rends bien compte que j'ai outrepassé mes droits en début de semaine quand j'ai découvert ta lettre d'inscription pour l'université, commence-t-il. L'université, c'est ton rêve et tu as travaillé dur pour arriver.
Tais-toi et laisse le s'auto culpabiliser, lance la petite voix qui remonte par l'échelle et s'essore le tee-shirt. Dans cinq minutes, il te propose le mariage et le quart de sa compagnie. Tu l'as dans la poche, ma vieille.
- Aussi j'ai une proposition à te faire.
Bon d'accord ! La moitié suffira !
- Je voudrai que tu m'écoutes attentivement sans m'interrompre jusqu'au bout !
75% ?
- Cette proposition me semble équitable pour nous deux et permettrait de résoudre tous nos problèmes.
90% ?
- Je voudrai que tu reviennes travailler avec moi.
100...Quoi ?
Il tend les deux mains vers moi en signe d'apaisement.
- Deux minutes, s'il te plaît !
Je respire un grand coup et tente de me calmer. La petite voix sort la tronçonneuse et met son masque de slasher.
- J'ai téléphoné ce matin à Eléazar Dénali et je lui ai demandé quand tu pouvais t'inscrire en première année.
La petite voix lâche la tronçonneuse et se coupe la jambe. Elle ne hurle même pas. Bah ça alors ! Je ne sais pas si je dois rire ou m'énerver qu'il se soit encore occuper de ma vie sans mon accord.
- Il y a une nouvelle session en septembre en littérature, si c'est bien la filière que tu veux prendre.
- Edward, je n'ai pas les moyens de suivre l'université à temps plein. Je pensais m'inscrire aux cours du soir.
- C'est pour cela que je te propose de continuer à être ma secrétaire. Tu pourras continuer à toucher un salaire les trois prochains mois...
- Ce ne sera pas suffisant !
- D'ici là, nous trouverons bien une solution.
La petite voix s'est vite remise de son amputation éphémère et se jette à mes pieds, les mains en prière, en me suppliant :
- C'est mieux que 100 pour cent de son entreprise ! C'est mieux qu'un contrat de baise. C'est des études à l'université ! S'il te plait ! Dis oui ! Dis oui !
