Le regard des autres et ses conséquences

Neville savait que les sorciers étaient avides de ragots mais au point d'oublier de scruter les moindres faits et gestes du Survivant qui était censé les sauver du grand méchant Voldemort, c'était le comble.

Mais pourtant, c'était ce qui se passait.

Depuis l'Annonce de Cour arrivée le 14 février, le courrier d'Hermione était scruté tous les matins. Mis à part Harry et lui, personne ne savait ce que contenait les lettres qu'Hermione recevait tous les trois jours avec les cadeaux de son prétendant. Lesdits cadeaux n'étaient ouverts que dans le secret des appartements de Loki qui les gardait à la demande de la jeune fille. Toutefois, elle était la seule à connaître l'identité de son mystérieux correspondant et même le directeur s'était cassé les dents à essayer de lui tirer les vers du nez.

Neville étant le seul à en connaître les tenants et aboutissants, il se faisait un plaisir d'enseigner les non-dits des traditions sorcières. Hermione et Harry avaient une éducation sorcière depuis moins de deux ans, ils étaient reconnaissants que leur ami accepte de transmettre son savoir. Ainsi, de son point de vue, Neville pouvait assurer qu'Hermione appréciait d'être courtisée. La brune était bien plus épanouie et surtout, bien plus détendue. Même si elle ne le montrait pas, elle attendait avec impatience le nouveau cadeau de son prétendant et son regard était toujours émerveillé à chaque fois qu'elle en ouvrait un.

La Cour étant une coutume essentiellement utilisée par des sangs purs, Neville avait imaginé que les cadeaux seraient plus riches les uns que les autres mais ce n'était pas le cas. Le premier cadeau suivant l'Annonce de Cour avait été certes une rose dont chaque pétale avait été recouvert d'or ou d'argent mais le coût des autres n'avait pas été aussi outrageusement élevé. Elle recevait certes des livres qui n'étaient pas publiés en Grande Bretagne mais également des bijoux très simples ou, plus étonnant, des photos moldues ou sorcières d'elle à des moments où elle était certaine qu'il n'y avait pas d'appareil photos dans les parages.

-Il existe une technique qui permet d'extraire des souvenirs pour les mettre sur papier glacé, sourit Neville au bout de la troisième fois, quand Hermione se déclara enfin vaincue. Comme tu t'en doutes, elle est catégorisée « magie noire » parce qu'il faut utiliser l'occlumencie pour sélectionner le souvenir en question et la légilimencie pour le copier et le sortir de l'esprit.

-Si c'est interdit, comment il a fait ça ? s'étonna Hermione

-C'est interdit en Grande Bretagne, précisa Neville. Heureusement, la loi est bien faite et tu peux détenir un tel objet sans être inquiétée tant qu'il ne blesse personne.

-Ce n'est qu'une photo ! s'exclama Hermione, incrédule

-Et c'est un journal totalement moldu qui a possédé Ginny pour qu'elle réveille le basilic de Salazar Serpentard, rappela Harry.

Hermione marmonna, reconnaissant la justesse de cet exemple.

Tandis que les deux garçons discutaient des coutumes sorcières concernant les fiançailles voire le mariage, la brune s'enfonça dans ses pensées. En laissant traîner ses oreilles, elle avait compris que beaucoup s'interrogeaient sur l'identité de son courtisan. Comme Neville lui avait expliqué, tous savaient qu'elle devait le connaître personnellement pour qu'il – ou elle – ait pu se permettre cette forme de cour. Hermione était une née de moldus donc le seul endroit qu'elle fréquentait et où elle aurait pu rencontrer les seuls sorciers susceptibles d'appliquer cette coutume était à Poudlard. Or, il y avait peu d'adultes et les élèves majeurs attendaient généralement d'être hors de l'école pour envisager un tel engagement. Les paris allaient bon train et certaines hypothèses étaient tout simplement hilarantes. Certains avaient même imaginé que c'étaient Harry ou Neville mais comme elle n'était pas sensée voir son prétendant les trois premiers mois, ils avaient abandonné l'idée.

L'identité de son soupirant avait également alimenté la méfiance du personnel enseignant. La dernière fois qu'un élève avait été engagé dans une cour formelle remontait à plus d'un siècle et la dernière dans la communauté sorcière britannique peu avant que Dumbledore ne devienne directeur de Poudlard. Ce dernier avait de nombreuses fois convoqué la jeune femme dans son bureau pour la convaincre de lui donner le nom de son soupirant. Ses arguments étaient que cet inconnu pouvait parfaitement être un mangemort qui pourrait décider de la tuer parce qu'elle était une née de moldus. La brune avait retenu un reniflement de dédain en assurant que son prétendant était un véritable gentleman et qu'il n'adhérait nullement à l'idéologie de Voldemort. Ça n'avait pas arrêté le directeur qui avait retenté sa chance de nombreuses fois mais il repartait invariablement sans réponse.

-Salut les enfants ! fit Loki en entrant dans le salon

-Bonsoir Loki ! répondirent Hermione, Harry et Neville

Il passa une main taquine dans la chevelure en bataille de son pupille puis passa dans sa chambre. Une demi-heure plus tard, il en sortait, habillé de pied en cape.

-Tu sors ? s'étonna Harry

-Oui, je dois aller rejoindre Seth, répondit Loki.

-Tu sors avec lui ? taquina Harry

-Mais qu'est-ce que vous avez tous à vouloir me caser ? bougonna Loki. Je n'arrive pas à sortir cette idée de la tête de Lorean et de Sina …

Harry ouvrit la bouche pour le railler avant que la vérité ne le frappe.

-Harry ? s'inquiéta Neville en le voyant partir dans ses pensées

-Je peux te parler, Loki ? demanda Harry, un peu soucieux

-Bien sûr, sourit Loki. Suis-moi.

Les deux Potter se rendirent dans la chambre de l'aîné et le plus jeune les isola efficacement.

-Un problème ? demanda Loki

-Quand comptais-tu me dire que Seth Prince et Severus Snape étaient la même personne ? fit Harry

-Comment l'as-tu compris ? soupira Loki

-Sina et Lorean veulent te caser avec Severus depuis que tu l'as installé aux Abysses, rappela Harry. Pas avec Seth. Je pensais que tu aimais bien le fréquenter parce qu'ils avaient l'air de se ressembler mais si c'est la même personne …

-Disons qu'il voulait passer sous les radars de Dumbledore, déclara Loki. Tu devrais lui demander les détails la prochaine fois que tu le verras. Je n'ai pas à te dire que cela doit rester secret, non ?

-Jusqu'à ce que je puisse prononcer un serment de secret, fit Harry.

-Pourquoi ? s'étonna Loki

-Même si j'ai de très bons boucliers occlumens, ce n'est pas pour autant que Dumbledore ne tente pas régulièrement sa chance, répondit Harry. Ce secret n'est pas le mien et je ne tiens pas à le trahir.

-Soit, concéda Loki. Nous verrons cela samedi, après ta séance chez le psy. Je dois y aller, on en discutera plus tard.

-Ok, amuse-toi bien, sourit Harry en le serrant dans ses bras.

-Oh, tu sais, une soirée mondaine est loin d'être une sinécure, ronchonna Loki. Tu connaîtras ça dès l'été prochain, quand tu devras devenir officiellement lord Potter.

-Merci, bougonna Harry.

Ils finirent par se sourire et l'aîné partit rapidement. Ce fut Neville qui regarda distraitement partir le professeur.

-Eh, Neville ! interpella Hermione. Tu vas bien ?

-On va dire ça, fit Neville. Ça tombe bien qu'on soit seuls, on doit régler un problème avant la fin de l'année.

-Lequel ? demanda Harry

-La protection d'Hermione, avoua Neville.

-Comment ça ? fronça des sourcils Hermione

-Le fait que tu sois notre amie t'a mis sur le devant de la scène, expliqua Neville. La cour a changé la donne puisque c'est un sang pur qui veut visiblement t'épouser. Tu as été initiée à notre éducation en même temps qu'Harry mais il est temps que tu en saches plus et surtout, qu'on assure tes arrières.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Harry

-Tu sais que le statut de sang n'a aucune valeur pour toi comme pour moi, fit Neville. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde et notamment des familles sangs purs les plus traditionnalistes. Qu'Hermione soit une née de moldus qui vienne de nulle part va mal passer, peu importe que nous soyons amis avec elle.

-Tu veux dire qu'on doit montrer notre lien avec elle de manière plus … concrète ? demanda Harry

-Oui, confirma Neville. Même si cette cour ne va pas jusqu'au bout, Hermione a été mise sur le marché sang pur. Sans notre soutien, elle pourrait se faire imposer n'importe quoi, y compris un mariage désavantageux pour faire en sorte d'avoir de l'influence sur nous parce qu'elle est notre amie.

-Même pas en rêve, siffla Harry.

-Nous avons le choix entre un protectorat ou un patronat, fit Neville.

-Si on laisse de côté le fait que vous êtes en train de discuter de mon avenir, quel est la différence ? fit Hermione

-La grande différence est que le protectorat fera entrer Hermione dans la famille sang pur qui le lui accordera alors que le patronat est plus un contrat où on paiera ses études supérieures contre un temps de service envers la famille plus ou moins long, expliqua Neville. Je vous en parle pour qu'on y réfléchisse et qu'on voit avec grand-mère et Loki.

-D'accord, fit Hermione. Dis-en nous plus.

-Alors voilà …

§§§§§

Vincent avisa Gregory et le rejoignit tout en plaçant une bulle d'intimité autour d'eux.

-On a un problème, déclara Vincent.

-Pire que le fait qu'on veuille nous marquer comme du bétail dès cet été ? railla Gregory

-C'est lié, avoua Vincent. Mère m'a dit que Voldemort est en train de disséminer ses mangemorts dans différentes maisons sangs purs pour cacher sa force de frappe.

-Ils n'ont pas de maison ? grogna Gregory

-Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de ce fou et je n'ai pas envie de le savoir, ricana Vincent. Ce que je retiens, c'est que mes frères et sœurs vont être en contact permanent avec des mangemorts.

Gregory grimaça. Sa sœur avait déjà quitté le « foyer » familial depuis quelques années car elle avait refusé le mariage si « prestigieux » imposé par les collègues de son père et avait rapidement claqué la porte. Il n'avait donc pas le même problème que son meilleur ami dont les frères et sœurs étaient tous plus jeunes que lui.

-Il faut les sortir de là le plus rapidement possible, déclara Gregory. Malheureusement, tant que nous ne sommes pas majeurs, nous ne pouvons pas agir librement.

-Et si … se demanda Vincent.

-Et si quoi ? demanda Gregory

-Et si on faisait en sorte d'être majeur avant l'heure ? demanda Vincent

-La procédure sera bien trop longue et Voldemort aura largement le temps d'en entendre parler et de nous faire taire, rappela Gregory. Surtout si nous révélons que si nous voulons être majeurs, c'est parce que nous voulons échapper à nos pères qui sont mangemorts.

-Je ne pensais pas passer par l'administration sorcière, avoua Vincent.

-La magie familiale ? grimaça Gregory. On aurait plus de chance avec le ministère complètement corrompu.

-Je m'en doute, soupira Vincent. Mais je pense que nous n'avons plus le choix. Loki est d'une aide inestimable pour préparer notre avenir sans Voldemort mais il nous l'a lui-même avoué, il n'a eu pas d'éducation sang pur donc il ne connait pas les subtilités qui nous paraissent évidentes. Certes, il s'appuie sur d'autres sangs purs pour ces questions-là mais nous ne voulons mettre personne au courant donc ça réduit ses possibilités pour nous aider. La magie familiale est une option que nous n'avons jamais envisagée car nous connaissons les risques. Mais la menace se fait de plus en plus précise et il est hors de question que ma famille soit sacrifiée parce qu'un fou a décidé qu'il se foutait des conséquences de ses actes.

Gregory regarda Vincent droit dans les yeux. Son ami avait vraiment beaucoup à perdre ou plutôt, sa famille était en grand danger. Même si Théo était devenu le chef de sa famille et Draco avait été confirmé dans son rôle d'héritier de la sienne, leurs positions respectives restaient encore fragiles. Blaise aussi puisqu'il n'était pas britannique et le gouvernement étant ce qu'il était, cela ne les étonnerait pas qu'il accuse Blaise de kidnapping, créant sans vergogne un incident diplomatique, alors qu'il aurait simplement accueilli des amis chez lui en Italie. La situation était en train de dégénérer assez salement, ceux que Voldemort espérait avoir comme la tête de sa nouvelle génération s'étaient mis hors de portée et la figure de proue de Dumbledore refusait d'être une docile marionnette. De plus, la situation des Goyle était celle de nombreuses familles dites « sombres » qui n'adhéraient pas forcément à l'application pratique de la vision du monde de Voldemort.

-Il nous reste une solution à laquelle on n'a pas pensé, songea Gregory. Le professeur Potter ne s'est jamais caché en savoir plus sur Voldemort. Si ses informations nous permettent de retourner la population …

-On n'arrivera pas à faire changer d'avis ceux qui ont pris la marque, fit remarquer Vincent.

-Ce n'est pas à eux que je pensais mais aux familles qui ne l'ont pas encore prise, avoua Gregory. Si on arrive à leur faire réaliser où il les emmène …

-Il faudrait des données irréfutables et même si le professeur Potter ne s'aligne pas derrière Dumbledore, on aura du mal à le croire, nota Vincent.

-On va en discuter avec lui, décida Gregory. Nous devons agir concrètement, nous avons trop attendu.

-J'ai plus de précautions à prendre que toi, rappela Vincent.

-Je sais, tempéra Gregory. Et nous allons les prendre. Viens, on y va.

Les deux amis convinrent d'une heure de rendez-vous avant de retourner se mêler aux élèves de leur maison pour jouer leur rôle habituel.

§§§§§

Loki s'était rendu dans le cachot où il avait entreposé les horcruxes de Voldemort, mis à part Nagini, qui était en attente du même rituel qu'Harry pour l'extraction de son propre morceau d'âme excédentaire. La question de la destruction des horcruxes devenait légitime et surtout, pressante. Avec la menace de Dumbledore, Loki voulait se débarrasser de toute situation parasite – comprendre Voldemort – avant de se concentrer sur ce qui menaçait le monde.

Les grimoires de Chaos lui avaient indiqué plusieurs possibilités, sans oublier le venin de basilic qui reposait dans un autre cachot des Abysses – en récupérant le serpent caché dans la Chambre des Secrets, le professeur en avait profité pour récupérer la dépouille du serpent légendaire tué quelques années plus tôt – en attendant qu'il exploite le cadavre. Il n'avait franchement pas envie d'utiliser une substance aussi précieuse pour détruire Voldemort – il n'en était clairement pas digne – mais une solution devait être arrêtée, et vite.

Une alarme magique le tira de ses pensées et tout en maugréant et en jurant dans sa barbe, Loki referma la pièce derrière lui et remonta vers l'entrée du manoir.

-Un souci ? s'étonna Sina en le voyant se diriger vers la sortie

-Quelque chose a fait réagir les protections de mes appartements à Poudlard, grogna Loki. Je doute que ce soit Dumbledore mais vu comme ça me vrille la tête, je préfère m'en assurer.

Pestant contre la soirée de perdue pour traiter les affaires du clan Potter – il comptait s'y atteler après sa pause-café auprès des horcruxes – Loki se rendit rapidement à l'école de magie et gagna ses appartements sans que qui que ce soit ne le repère. Mais à sa plus grande surprise, ce n'était pas le directeur fouineur qui avait déclenché les alarmes, ni même un ou une adolescente énamourée persuadée qu'il ou elle serait la personne de sa vie et deviendrait à court terme le beau-parent du Survivant – quand Loki n'était pas le moyen le plus direct d'atteindre et de séduire l'héritier Potter – mais autre chose qu'il n'identifiait pas. Intrigué et un peu inquiet, il commença à analyser ses enchantements et plus il avançait, sa surprise augmentait. En effet, il était en train de se rendre compte que les surfaces sur lesquelles reposaient ses alarmes et ses protections magiques devenaient de plus en plus magiques, reprenant lentement mais sûrement ses droits. Perdu, il s'empara de son exemplaire inédit de l'Histoire de Poudlard pour trouver une réponse. Malheureusement, le grimoire resta désespérément silencieux, ce qui le poussait à suivre le conseil de Magia et de fouiller en personne le château, le tout sans que Dumbledore ne se doute de quoi que ce soit.

D'ailleurs …

Quelqu'un frappa à la porte et il ne fallut pas beaucoup de temps à Loki pour se rendre compte qu'il s'agissait du directeur de l'école en personne. Depuis que le professeur avait découvert que son supérieur ne se gênait pas pour fouiller ses affaires dès qu'il ne se trouvait plus dans ses appartements, ces derniers étaient ensorcelés pour que rien ni personne n'y entre sans son autorisation préalable. Ces restrictions comprenaient les elfes de maison, les patronus mais également tout moyen de communication magique, comme le système interne et externe de cheminée ou encore les miroirs à double sens. Si quelqu'un voulait lui parler et qu'il n'était pas dans sa salle de classe ou son bureau, on devait soit attendre qu'il se trouver dans la Grande Salle, soit se rendre en personne devant ses appartements, quand on savait où ils se trouvaient.

-Directeur, salua Loki en ouvrant la porte.

-Professeur Potter, répondit Albus. J'aimerai que nous discutions quelques minutes, voulez-vous ? Nous serons plus à l'aise à l'intérieur.

-J'ai rendez-vous d'ici peu de temps mais je peux me permettre de vous accompagner à votre bureau, sourit malicieusement Loki.

D'un geste, il récupéra son manteau et ferma la porte derrière lui.

-Je vous suis, fit Loki.

Le jeune professeur se doutait que son supérieur hiérarchique devait être agacé de ne plus avoir accès à ses appartements. Mais maintenant qu'il rangeait dans un coin de sa tête tous ses problèmes et toutes ses interrogations, Loki se rendait compte qu'il était arrivé au moment de la confrontation avec le chef du camp dit de la Lumière. Il avait déjà rencontré Voldemort – et avait aimablement refusé sa « proposition » – et celle avec le ministère était déjà partie sur de très mauvaises bases et n'avait pas eu la fin heureuse que le ministre avait espéré.

Le directeur et le professeur prirent rapidement place dans le bureau du premier et le second refusa aimablement la proposition de collation. Le plus âgé savoura donc seul sa tasse de thé avant de planter son regard dans celui de son interlocuteur. Manque de chance, ce dernier était un occlumens des plus doués qui avait profité des leçons de son pupille pour s'améliorer.

-Loki, fit Albus en reposant sa tasse. J'aimerai que nous discutions un peu.

Loki refusa de reprendre son supérieur concernant les titres convenables à utiliser pour lui adresser la parole. Non, il était plus intéressé de savoir ce qu'on lui voulait.

-J'ai eu l'occasion de remarquer vos aptitudes, déclara Albus. Dès les premiers mois entre ces murs, vous avez su captiver l'attention des élèves et surtout, leur permettre d'avoir les meilleurs résultats en défense contre les forces du mal depuis des années.

Loki se retint de lever les yeux au ciel. Si les résultats dans cette matière avaient été si médiocres, c'était parce que le directeur s'était échiné à recruter des professeurs plus incompétents les uns que les autres et à décider unilatéralement de ce qui convenait d'être enseigné. Mais son renvoi sous le règne d'Ombrage et les mesures prises par le ministère pour étouffer les véritables conséquences du scandale qui en avait découlé avait libéré l'enseignement et permis aux nombreux maîtres employés par Poudlard d'enfin commencer à s'aligner sur le programme scolaire en cours dans le monde entier, le tout sans qu'Albus Dumbledore ait eu son mot à dire.

-Cependant, ce n'est pas votre vie professionnelle qui m'a poussé à avoir cet entretien mais votre vie privée, continua Albus.

Loki le regarda sans réagir.

-Par un procédé inconnu de ma part, vous êtes devenu le garant magique d'Harry Potter et vous en avez profité pour donner au clan Potter une place importante dans la société sorcière en devenant régent, reprit Albus. Vous avez su garder une neutralité surprenante en temps de guerre et je ne peux qu'en être admiratif.

Loki se retint de sourire. S'il faisait bien la traduction, Dumbledore ne comprenait pas comment il avait fait pour qu'en moins de deux ans, il ait pu amener le clan Potter à avoir une place de premier choix dans la société sorcière britannique et de se payer en plus le luxe de ne prendre aucun parti dans la guerre que se livraient Voldemort et lui, tout en arrachant à sa poigne le Survivant de manière des plus légales.

-J'ai cru comprendre que Voldemort vous avait approché pour que vous rejoigniez ses rangs et que vous avez refusé, déclara Albus.

Le silence de Loki devenant angoissant et Albus n'ayant pas que ça à faire, il craqua.

-Vous ne répondez pas, fronça des sourcils Albus.

-Ce n'était pas une question, pointa Loki.

Albus pesta intérieurement.

-Est-ce la vérité ? demanda Albus

-Non, répondit Loki.

La surprise s'afficha sur le visage du vieux sorcier. Il avait pourtant bien traduit les éléments de réponse qu'avait pu lui transmettre Severus Snape à l'époque.

-Que voulez-vous dire ? demanda Albus

-J'ai bien eu l'occasion de rencontrer Voldemort mais à aucun moment, il ne m'a demandé de rejoindre ses rangs, comme vous le dites si bien, répondit Loki. Il en a simplement conclu qu'une « collaboration » entre nous ne sera pas possible.

-Pourquoi ? demanda Albus d'un air pensif

-Je ne suis pas dans sa tête, haussa des épaules Loki.

-Si je fais référence à cet événement, c'est parce que vous avez dû comprendre que la neutralité n'a aucun bénéfice à long terme dans la situation dans laquelle se trouve la Grande Bretagne, décréta Albus.

-Pourtant, ça nous réussit plutôt bien, sourit Loki. Du propre aveu d'Harry, depuis qu'il est sous ma responsabilité, il n'a jamais passé d'années aussi calmes depuis qu'il a mis les pieds dans le monde magique.

-Peut-être, balaya Albus. Mais vous ne pouvez pas ne pas prendre position.

-Pourquoi ? s'étonna faussement Loki. Ce n'est pas la guerre d'Harry, ce n'est pas la mienne, et du peu que j'ai pu comprendre, certaines revendications de Voldemort ne sont pas dénuées de fondements et ne se heurtent qu'à l'immobilisme du ministère.

-Vous vous méprenez … protesta Albus.

-Vous oubliez que je n'ai pas vécu toute ma vie ici et donc, j'ai une vision globale de la situation bien plus éclairée que vous ne semblez le penser, coupa Loki. Ce n'est pas aujourd'hui que je vais me fier aux élucubrations vomies par les journalistes qui ne sont même pas capables de récolter de véritables informations et qui préfèrent les inventer de toute pièce. Je déplore les manières dont s'y prend Voldemort pour mener à bien ses projets mais ce n'est pas pour autant que je nie qu'il ait raison sur les points à changer dans la société. C'est triste à dire mais des réformes doivent être faites pour que les sorciers ne soient pas anéantis et malheureusement, si le ministère ne compte rien faire, seul Voldemort œuvre pour que les choses changent.

-L'Ordre du Phénix fait tout pour que les massacres dont s'est rendu coupables Voldemort et ses mangemorts n'aient plus lieu, assura Albus.

-Et c'est tout à son honneur, s'inclina Loki. Mais c'est également ce que je lui reproche. Du peu de ce que je sais, cet ordre n'est qu'un groupe d'amateurs qui se proclame force armée, qui agit comme une milice et qui n'a aucun projet après-guerre.

-J'ai l'intention de … fit Albus.

-Je vais vous dire clairement une chose qui me paraissait évidente pour tout le monde quand cette guerre civile a éclaté, coupa Loki. Je n'ai pas l'intention de m'enrôler dans aucun des camps parce qu'aucun ne correspond à mes attentes et à mes aspirations. J'estime être assez réfléchi pour me rendre compte que cette guerre n'oppose pas le « bien » matérialisé par l'Ordre du Phénix ou le ministère contre le « mal » représenté par les troupes de mangemorts mais différents groupes qui veulent prendre le pouvoir sur ce pays.

Loki se leva.

-Comme je vous l'ai dit quand vous êtes venu me chercher, je suis attendu, fit Loki. Je vous souhaite donc une excellente journée. Et sachez que si vous tentez de me forcer la main, vous n'allez pas du tout apprécier ma réponse. Sur ce …

Sans se presser, Loki quitta une nouvelle fois le château.