Bonsoir,

Je vous présente le chapitre 28 de cette fanfiction. J'espère qu'il vous plaira.

Je vous remercie du fond du coeur pour les messages chaleureux que vous me laissez et qui sont une source d'encouragement pour moi. Je vous réponds par MP quand vous avez un compte FFnet, mais je remercie chaleureusement aussi les "anonymes" à qui je ne peux pas répondre et dont les messages me touchent beaucoup également.

Je peux d'ores et déjà vous annoncer que cette fic touche à sa fin. Si tout se déroule comme prévu, il reste 4 chapitres avant le point final de cette histoire... Et cela, si mes personnages ne se rebellent pas ^^' Je vous assure, Tom et Hermione (et pas que) ont aussi une vie propre, ce qui fait que je n'ai pas pu vous annoncer avant ce soir, le nombre de chapitres nécessaires pour terminer leur histoire.

Bonne lecture !


« Il y a une émotion encore plus forte que celle de tuer, c'est celle de laisser la vie. »
{Rudyard Kipling}


Elle n'avait rien dit. Il lui avait avoué la vérité à propos d'Anna et son silence était assourdissant. Tom aurait pu s'en satisfaire, se dire qu'il s'agissait d'une approbation implicite, mais il savait qu'il n'en était rien. La déception, qu'elle s'efforçait de lui cacher, était partout autour d'eux, étouffante. Encore une fois, il ressentit de la culpabilité. Cela ne lui plaisait pas. Pour Voldemort, il était normal d'éliminer ceux qui, selon lui, ne méritaient pas de vivre. Il en avait toujours été ainsi. Alors pourquoi culpabilisait-il ?

Elle n'avait rien dit. Et pourtant, Tom aurait préféré qu'elle s'énerve. Qu'elle lui hurle dessus. Qu'elle brise des objets. Oh bien sûr, ce souhait était paradoxal. N'avait-il pas eu peur de sa colère, du rejet, quelques instants plus tôt ? Mais maintenant qu'il se trouvait dans cette situation, il comprit à quel point il avait eu tort d'avoir pensé ainsi. Hermione ne l'avait pas rejeté. Elle était restée dans ses bras, à sa place. Pourtant, elle était déçue et ne le verbalisait pas. Avait-elle peur de lui ? Cette pensée lui parut absurde. Absurde, mais fondée, n'est-ce pas ?

Je t'avais prédit qu'elle t'affaiblirait. Regarde-toi maintenant. Regarde ce que tu deviens. Tu as tué pour elle, et elle t'en veut. Elle ne dit rien, mais elle t'en veut.

Depuis qu'il s'était ouvert à Hermione concernant le meurtre de la femme aux cheveux rouges, une voix pessimiste s'était invitée dans son esprit. Il n'en connaissait pas la raison. Etait-il en train de perdre la tête ? Ces pensées hantaient désormais Tom, maintenant qu'il était seul dans la bibliothèque où il attendait le retour de la jeune femme. Elle voulait voir Klaus, avait-elle dit.

Elle va lui dire la vérité et te livrer aux Aurors.

Non, elle ne ferait pas une chose pareille. Il connaissait son secret. Si elle le livrait, elle risquait gros. Elle ne ferait pas ça. Elle… Elle avait des sentiments pour lui.

Elle a peur de toi. Tu es un monstre à ses yeux. Et puis, qui te croirait si tu révélais son secret ? Tu n'as aucune preuve.

Qui le croirait en effet ? La voix marquait un point, mais il avait du mal à l'admettre. Non, elle ne dirait rien. Il était aussi important pour elle qu'elle l'était pour lui.

Ecoute-toi… elle te fait perdre la raison. Elimine-la, et tout ira mieux.

Non, il en était hors de question. Hermione était essentielle. Elle faisait partie de lui. Il était déterminé à le prouver.

Elle t'a menti. Et elle te ment encore et toujours.

Pourquoi ne pouvait-il pas faire taire cette voix ? C'était pourtant bien la sienne, pleine de cruauté et sans une once de pitié… Il aurait pu soupçonner un sortilège d'Imperium, mais non, il s'agissait bien de lui. Torturé, Tom se prit la tête entre les mains dans la bibliothèque fort heureusement vide. Les étudiants, partis pour les vacances, reviendraient le lendemain. Au moins, il n'y avait aucun témoin pour le voir perdre pied.

Oui, tu es seul. Et elle est avec Morovitch. Il est bien plus honorable que toi, avec son âme pure et son coeur vaillant. N'importe quelle femme tomberait amoureuse de lui… Pourquoi te choisirait-elle ?

Elle l'avait déjà choisi, n'est-ce pas ? C'était avec lui qu'elle avait partagé les moments les plus intimes…

Tu ne sais pas ce qu'il s'est passé entre eux.

Non. Hermione était son âme soeur. Elle était sa moitié. Il en avait eu la preuve, maintes et maintes fois. Il n'allait pas laisser son pessimisme tout gâcher. Cette voix devait se taire…

Tu es destiné à devenir le plus grand sorcier du monde. Et cette fille va tout remettre en question.

Que cette voix se taise…

Elle est venue du futur pour t'éliminer et tu es en train de te faire avoir comme un lapereau.

S'il ne l'écoutait pas, peut-être qu'elle disparaîtrait ? S'il se concentrait un peu plus sur sa lecture, peut-être…

Tu crois qu'elle t'acceptera, mais elle te verra toujours comme un vulgaire assassin et non comme le mage noir le plus puissant du monde.

Ce n'est une Sang-de-Bour…

« Tais-toi ! »

L'ordre s'était échappé de ses lèvres, involontaire et tranchant. Il était chanceux qu'il n'y ait personne pour le voir frapper la table du poing et se lever, pestant contre un ennemi imaginaire. Encore tremblant de désarroi, Tom prit une profonde inspiration et passa sa main dans ses cheveux. Il constata avec un certain soulagement que cette voix avait fini par le laisser tranquille après son coup de sang. Elle n'avait pas entièrement tort, se disait-il, car elle le mettait face à ses contradictions, mais il refusait d'en accepter les conclusions.

Il se replongea dans sa lecture. Le préfet-en-chef était déterminé à en apprendre le plus possible sur les voyages temporels. Il voulait comprendre comment Hermione avait pu se retrouver à cette époque et si elle pouvait être amenée à disparaître du jour au lendemain. Là se trouvait sa crainte, celle qu'il n'avait pas osé exprimer à voix haute, de peur qu'elle se concrétise.

Il avait aussi voulu lui demander si elle le connaissait, s'il avait atteint son but, si les Horcruxes avaient fonctionné. Mais là encore, il n'était pas sûr de vouloir connaître la réponse. Et si elle lui disait qu'elle ne connaissait pas de Voldemort ? Comment se sentirait-il ? Et si au contraire, - son coeur se serra à cette idée - elle le connaissait, sans savoir qu'il s'agissait de lui, Tom Jedusor, comment réagirait-elle ? Hermione était bien trop vertueuse pour supporter ses méfaits. Dans les deux cas, la réponse ne lui apporterait aucune satisfaction. Alors il avait préféré, pour le moment, se taire.

Il tourna les pages avec frustration. Il ne trouvait pas de réponse. La théorie était vaguement abordée dans certains livres, mais c'était un sujet finalement peu exploré, peut-être même tabou. Il grogna de frustration et se prit la tête entre les mains. Il avait tant de questions. De quelle époque venait-elle ? Etait-elle déjà née, quelque part dans ce monde, et si ce n'était pas le cas, son existence était-elle compromise ? Comment avait-elle réussi à manipuler le Temps ? Tom repensa à ce qu'elle lui avait avoué : « Je ne sais pas. C'est la vérité. Ma présence est un accident. » Mais le Serpentard était persuadé qu'il n'y avait pas de hasard. Il y avait une raison à sa présence et il était de plus en plus certain que cela le concernait… N'était-elle pas son âme soeur ?

Il se remémora les recherches qu'il avait effectuées quelques semaines auparavant. A ce moment-là, il se documentait sur les Horcruxes et leurs effets sur l'âme. Et il était tombé sur la notion d'âme soeur… Que d'eau avait coulé sous les ponts depuis ! Dire qu'il était confus était un euphémisme.

Ce fut le moment choisi par Hermione pour le rejoindre. Elle jetait des coups d'oeil nerveux autour d'elle, visiblement préoccupée, et s'assit face à lui.

« Qu'est-ce que tu étudies en ce moment ? », lui demanda-t-elle, dans une tentative évidente de briser la glace.

Il poussa les livres vers elle. Ses sourcils se froncèrent légèrement alors qu'elle examinait les ouvrages d'un oeil expert.

« Est-ce que tu es déjà née, Hermione ? »

La jeune femme pâlit à ces mots. La question lui avait échappé. C'était la seule qu'il s'autorisait à lui poser.

« Tom…

- J'essaie de trouver des informations sur ce qu'il va se passer. J'ai réfléchi et… si ta naissance ne se passe pas comme prévu, alors tu… tu disparaîtras n'est-ce pas ? Comme si tu n'avais jamais existé ? »

Le Serpentard parlait d'un ton détaché, comme si la réponse à cette question n'avait aucune importance.

« Non », souffla-t-elle, déstabilisée. « Non, je ne suis pas encore née. »

Il s'en doutait. La jeune femme sembla réfléchir rapidement et se leva. Il la vit s'éloigner dans un rayon de la bibliothèque et revenir avec un livre à la reliure noire. Il s'intitulait Mémoires d'un Guérisseur de Ste Mangouste.

« Les seules informations pertinentes que j'ai trouvées sont là-dedans. Cela ne m'a pas beaucoup avancée. »

Hermione le posa devant lui. Alors qu'il feuilletait, il l'observa avec attention. Elle regardait en direction du lac, ses yeux chocolat emplis d'une infinie tristesse, les sourcils froncés, les lèvres attaquées par ses dents.

« Alors ? Comment allait-il ? », se força-t-il à demander. Il n'avait pas voulu parler de Morovitch, mais il était clair que quelque chose n'allait pas.

« Je ne sais pas. Il est parti. » A nouveau, elle regarda autour d'elle, mais ils étaient toujours seuls dans ce recoin. « Il a envoyé un hibou au professeur Dippet ce matin, disant qu'il devait retourner à Durmstrang de toute urgence. Le directeur n'est pas au courant de ce qu'il s'est passé au manoir…

- Il cherche sans doute à fuir les Aurors », suggéra le Serpentard.

« Je ne pense pas, Tom. La dernière fois que je l'ai vu, après notre retour, il n'arrêtait pas de répéter à quel point il s'en voulait et qu'il devait expier sa faute, qu'il devrait être jugé. J'ai peur qu'il se soit livré aux autorités ou… ou pire… »

Jamais la jeune femme ne le blâmait directement pour ce qui arrivait à Morovitch, mais elle n'avait pas besoin de lui hurler dessus. Comme précédemment, la culpabilité naquit dans ses entrailles, aussi vive qu'une pointe de fer.

Elle se joue de toi.

La petite voix narquoise était de retour. A nouveau, il s'efforça de l'ignorer.

« Je suis sûr que Morov… Klaus a simplement besoin d'être seul. »

Encore un peu, et tu la supplierais de te pardonner !

« Peut-être… », Hermione n'était pas convaincue. Elle avait coincé une boucle rebelle entre ses doigts et la triturait avec nervosité, les yeux dans le vague.

« Tu… Tu ne crois pas que... » Les mots de la jeune femme se perdirent dans sa gorge. Vraisemblablement, elle n'arrivait pas à partager le fond de sa pensée avec lui. Ses sens se mirent en alerte. « Il n'y avait aucun autre moyen, n'est-ce pas ? », chuchota-t-elle précipitamment.

Nous y voilà ! Je t'avais bien dit qu'elle t'en voulait. Elle a peur de toi.

« Aucun autre moyen que quoi ? », se contenta-t-il de répondre, ignorant toujours ses pensées négatives.

« Tu sais… Il n'était pas possible de l'emprisonner ou…

- Elle n'aurait jamais cessé de te pourchasser, Hermione », répondit-il d'une voix basse. « Je pensais que tu serais soulagée.

- Oh. » Sa bouche s'arrondit, mais son désarroi transparaissait malgré ses efforts pour le cacher. « Est-ce pour cela que… que tu l'as… éliminée ?

- J'ai réglé un problème. »

Tom s'efforçait de conserver un ton neutre, mais il ne pouvait complètement masquer l'intonation légèrement suppliante de sa voix. Ses arguments devaient lui paraître tellement creux. Au moins, elle ne s'était pas enfuie.

Pas encore.

« Tom… » Encore une fois, elle cherchait ses mots avec application, ses sourcils froncés par la concentration, son regard perdu dans le vide. Elle se mordit la lèvre plus d'une fois. « Je comprends, mais… sache que je ne te demanderai jamais d'éliminer mes problèmes pour moi. Je pense que tu connais mon avis sur… sur cette méthode. »

Oui, il le connaissait. Ils n'avaient pas eu besoin d'en débattre directement, mais il ne doutait pas une seule seconde de son opinion sur le sujet.

« D'ailleurs, je ne t'ai pas demandé. Comment te sens-tu ?

- Comment ça ? », lui répondit-il, un peu surpris par la tournure de la conversation.

« Eh bien… Ce n'est pas rien de… de prendre une vie. Il y a des conséquences et… » Visiblement, Hermione n'était pas à l'aise dans cette discussion. Lui non plus. « Enfin… Tu sais que tu peux m'en parler si tu en as besoin. »

Sur le coup, Tom se sentit confus. Pourquoi désirait-elle qu'il lui parle ? Et de quoi exactement ? Puis, il comprit. Hermione ne savait pas que ce n'était pas la première fois. Elle pensait qu'il se briserait, comme Morovitch, mais ne le montrerait pas. Après tout, n'était-ce pas logique de sa part ? Il était déjà surpris qu'elle ne se soit pas détournée de lui. Devait-il lui dire ce qu'il avait le coeur ?

« Merci. »

Il n'ajouta rien, un peu gêné. Un long silence, épais, inconfortable, s'insinua sournoisement entre les deux amants. Chacun s'efforçait d'éviter le regard de l'autre, comme si de rien n'était, tous deux plongés dans une profonde réflexion.

« Par rapport à Klaus... »

Hermione se mordit la lèvre et se tut. Son désarroi était visible, mais il lui était difficile d'exprimer le fond de sa pensée. Cependant, Tom était loin d'être stupide et finit par comprendre ce qu'elle ne parvenait pas à lui dire. Il sentit la colère monter en lui.

« Je n'étais pas censé être là. Morovitch était de toute manière trop impliqué. Tu m'as demandé d'aller le sauver, j'ai fait ma part », se justifia-t-il. « Il n'aura pas d'ennui. Il était en état de légitime défense. »

Hermione ne répondit pas, les sourcils légèrement froncés. Ne comprenait-elle pas que c'était lui ou Morovitch ? Il considérait avoir fait une faveur à ce bellâtre, en lui laissant une chance de s'en sortir. Apparemment, il n'aurait pas dû se donner cette peine.

Elle l'aime plus que toi.

oO0OoO0Oo

Le visage de Tom s'était durci, ses yeux ne brillaient plus du tout, devenant à nouveau vides et froids. Hermione en était effrayée, mais ne pouvait le lui dire. Le fait qu'il lui ait avoué ce qu'il avait fait était une marque de confiance, elle le savait. Elle avait également compris qu'il n'avait pas tué Anna par sadisme et cela l'avait rassurée quelques secondes… avant de réaliser qu'elle était morte à cause d'elle. Hermione avait si froid, à l'intérieur d'elle-même. Les différentes révélations des dernières heures consumaient peu à peu son énergie.

Klaus était parti. Hermione se sentait affreusement coupable : Tom avait éliminé Anna pour la protéger et, pour se couvrir, il faisait porter le chapeau à Klaus. Il aurait été si simple de blâmer Voldemort pour cette situation, mais cela n'aurait pas été juste. Comment pouvait-elle lui en vouloir d'avoir voulu se préserver ? Son aversion pour Klaus n'avait jamais été un secret. Et s'il avait vraiment voulu lui nuire, le Suédois ne serait pas persuadé d'avoir tué en légitime défense, n'est-ce pas ? Mais malgré cela, Klaus s'en voulait et Hermione en était l'unique responsable. C'était impossible à expliquer à Tom. Le comprendrait-il ? Malheureusement, elle en doutait.

« Aurais-tu préféré que je sois expulsé de Poudlard et envoyé à Azkaban ?

- Bien sûr que non, Tom ! Je m'inquiète pour Klaus, c'est tout…

- J'ai quand même l'impression que tu t'inquiètes bien plus pour lui que pour moi. »

Encore une fois, Tom était jaloux. Pour une raison qu'elle ne comprenait pas, il se sentait constamment menacé par Klaus. Cela commençait d'ailleurs à l'agacer.

« Cela n'a rien à voir, Tom. Comme je te l'ai déjà dit, Klaus est mon ami…

- Et moi, que suis-je pour toi Hermione ? »

Par Merlin, elle ne voulait pas avoir cette conversation. Pas maintenant, pas avec lui. Après un instant d'hésitation, elle regarda droit dans ses yeux noirs. Ses boucles de jais, habituellement soigneusement peignées, étaient désordonnées et le rendaient plus humain. Ses yeux s'attardèrent quelques secondes supplémentaires sur ses lèvres, avant de les détourner, honteuse des pensées qui la traversaient. Ce n'était pas le moment.

« Je pense que tu le sais déjà, Tom.

- Je n'en suis pas si certain. Qu'est-ce qui me dit que tu ne préfères pas Morovitch ?

- Moi », répondit-elle, les joues empourprées à ces mots. « Moi, je te le dis. »

« Et pourquoi devrais-je te croire ? », lui demanda-t-il d'une voix cruelle qu'elle ne lui connaissait pas. « Pour le moment, il semblerait que tu n'aies pas été des plus honnêtes avec moi. De quelle époque viens-tu d'ailleurs ?

- Tu… Tu sais bien que je ne peux pas te le dire, Tom. Je pensais que…

- C'est bien le problème, Hermione. Tu penses, seule dans ton coin, sans rien me dire. »

Furieuse à son tour, Hermione tentait de pas s'énerver. Il était dangereux, se dit-elle, même s'il se comportait comme un enfant gâté en ce moment.

« Je ne sais pas à quel moment je t'ai donné l'impression que je t'appartenais », riposta-t-elle d'une voix courroucée.

Tom se ferma plus encore, les sourcils froncés, le regard rougeoyant. La rage était proche, mais Hermione en avait assez. Elle était déjà assez fatiguée pour gérer les sautes émotionnelles de Voldemort. Certes, il l'avait sauvée, certes, ils avaient partagé une nuit ensemble, certes, elle l'aimait. Mais cela ne lui donnait pas le droit de contrôler ses pensées et ses actes.

« En effet. Tu marques un point. Tu ne m'as jamais donné cette impression, tout en réclamant mon aide pour ton soi-disant ami, mon silence pour tes origines douteuses, mon…

- Mes origines douteuses ? », siffla Hermione, furieuse et blessée par ces mots. « Mon sang te gêne, Tom ? »

Il fut interloqué par sa réaction.

« Bien sûr que non. Je faisais référence à ton origine temporelle.

- Oh.

- Tu refuses de m'en dire plus alors que soit-disant tu me fais assez confiance pour garder le secret.

- Tu… Tu ne me l'as pas demandé tout à l'heure alors… »

Elle avisa ses livres étalés devant lui, témoins de ses recherches infructueuses. Hermione connaissait chacun de ces ouvrages, pour les avoir consultés quelques mois auparavant. Toujours furieuse, elle sentit une pointe de tendresse à l'idée qu'il s'inquiète pour elle. Mais s'inquiétait-il vraiment ?

« Je ne peux pas, Tom », souffla-t-elle.

Il pâlit. Son expression ne changea pas, mais la jeune femme perçut sans mal le subtil changement sur ses joues. Il ne dit rien. Au lieu de cela, il se leva et quitta la bibliothèque sans un mot. Cette fois, elle le laissa partir. Cette conversation houleuse l'avait vidée.

La tête entre les mains, elle ferma les yeux. Elle aurait dû voir venir la frustration de Tom. Clairement, il avait suffisamment de sentiments pour elle pour se sentir mis à l'écart. Il ne pouvait pas comprendre qu'elle en savait bien trop sur lui pour s'ouvrir tout à fait. Hermione avait eu l'opportunité de lui dire ce qu'elle ressentait véritablement pour le jeune homme mais n'avait pu la saisir. Elle se trouvait bien lâche à présent.

Elle ressortit la lettre de Dumbledore de sa poche. Hermione était d'abord allée chercher le fameux courrier que lui avait laissé le professeur de métamorphose. Puis, le directeur lui avait annoncé son retour imminent, avant de lui avouer que Klaus était parti. Il n'avait pas eu un mot pour elle. Il devait tellement la détester à présent… De ses doigts tremblants, elle déplia à nouveau le papier.

Ma chère Hermione,

Je vous écris cette lettre avant de quitter l'école, vous n'êtes pas sans savoir pourquoi.

J'ai pris une décision qui vous concerne et j'espère que vous me pardonnerez. J'ai préféré tout oublier de vous. Votre pouvoir, si je puis l'appeler ainsi, ferait incontestablement l'objet de convoitises. J'oublie pour vous protéger d'adversaire connus, mais pour vous protéger aussi de moi-même.

Beaucoup tueraient pour ce pouvoir, malgré ses quelques insuffisances. Vous ignorez à quel point j'ai dû lutter pour ne pas en bénéficier moi-même. Malgré ma conviction en mes intentions bienveillantes, je ne me fais pas assez confiance. C'est mieux ainsi. Pardonnez-moi.

Hermione, s'il y a bien quelque chose dont je suis certain aujourd'hui, c'est que vous n'êtes pas là par hasard, que vous y croyiez ou non.

Mais n'oubliez pas. Vos choix sont essentiels, prenez garde à la facilité.

Albus.

Son intuition avait été la bonne. Dumbledore avait volontairement modifié sa propre mémoire avant son duel contre Grindelwald. Et le vieil homme avait raison. Sa connaissance était trop importante, trop dangereuse entre les mains d'hommes puissants. Elle culpabilisa en songeant que non seulement Grindelwald savait, mais aussi, et surtout, Voldem… Tom. Et Tom ne lui avait posé aucune véritable question, en tout cas, aucune concernant son futur à lui. Alors, malgré ses arguments rationnels l'invitant à se méfier, son instinct la poussait vers lui. Elle avait confiance en lui. Prenez garde à la facilité.

Hermione jeta un coup d'oeil à la fenêtre. Il était là. Il marchait d'un pas déterminé vers le lac, en direction de l'arbre. Leur arbre. Bientôt, il fut masqué à sa vue. Poussant un profond soupir, elle décida de le rejoindre.

La neige crissait sous ses pas, tandis qu'elle bravait l'air frais de janvier en direction de l'arbre derrière lequel s'était assis Tom. La jeune femme s'arrêta à quelques pas de lui, observant sa haute silhouette, appuyée contre le tronc. Il l'avait vue. Son regard la suivait, avec une indifférence blessante. A son doigt, la chevalière brillait sous l'éclat éphémère du soleil. Elle réprima un frisson qui n'avait rien à voir avec les températures hivernales.

« Je réalise à quel point la situation est compliquée, Tom », dit-elle d'une voix incertaine, restant debout face à lui.

Il ricana. Pourtant, aucune joie, aucun humour, n'émanait de lui en cet instant précis.

« C'est une manière de le dire en effet. Dis-moi Hermione, à quel point as-tu peur de moi ? »

Prise au dépourvu, elle ne répondit pas immédiatement.

« C'est bien ce que je pensais », dit-il en se levant à son tour. Il s'approcha d'elle et elle lutta pour ne pas reculer. « Et quand je me suis glissé dans ton lit, est-ce que tu imaginais que c'était Morovitch pour ne pas avoir peur ? »

Des larmes de colère dans les yeux, Hermione leva la main et le coup partit tout seul. Horrifiée, elle recula. Cela ne lui ressemblait pas. Elle avait frappé Tom. Elle avait frappé Voldemort. Les yeux de Tom rougeoyèrent, mais elle s'efforça de ne pas prendre la fuite et le fixa avec défi.

« Comment oses-tu…

- Comment oses-tu, toi, faire de telles insinuations », le coupa-t-elle. « Je n'ai pas peur de toi, Tom ! J'ai peur de…

- De mes actes ? De ce que je pourrais te faire, maintenant que tu as levé la main sur moi ? »

La lueur rouge dans ses yeux était plus visible que jamais. D'un geste souple, il la saisit par les poignets et la plaqua contre le tronc de l'arbre. Ils étaient si proches l'un de l'autre, leurs souffles entremêlés. N'était-ce pas complètement aberrant de le vouloir, encore et toujours ?

« J'ai peur de la puissance de mes sentiments pour toi », souffla-t-elle.

L'éclat doré revint au fond de ses yeux noirs. Il l'examinait, la bouche légèrement entrouverte, comme s'il ne pouvait en croire ses oreilles.

« Est-ce que… Hermione…Est-ce que tu m'… »

Il ne sut continuer sa question, mais Hermione devina que le mot aimer était en suspens quelque part entre eux. Comment le savait-elle ? L'instinct. Elle n'avait aucun doute là-dessus. Alors elle prit une profonde inspiration.

« Oui », dit-elle d'une voix timide.

Elle n'eut pas le temps reprendre son souffle. Le Serpentard s'était penché vers elle avec une voracité surprenante et l'embrassait comme si sa vie en dépendait. Avec un sentiment d'abandon similaire, Hermione répondit à son baiser. Il lui avait manqué. Il était son oxygène et il lui avait manqué. Comment pouvait-elle imaginer se passer de lui ?

Puis, il se détacha, avec réticence. Il la regarda longuement. La lueur rouge revint progressivement au fond de ses yeux. Pourquoi ? Son visage se durcit, à la grande stupeur de la jeune femme. Il la bloqua contre l'arbre, un sourire narquois sur les lèvres, toujours rougies par le baiser.

« Et tu pensais que je te croirais ?

- Tom, que se passe-t-il ?

- Tu arrives dans ma vie et tu penses que tu vas me quitter quand bon te semble.

- Non… Je t'ai dit que je…

- Epargne ta salive. »

Il la regardait d'un air dégoûté à présent. C'était incompréhensible. Pourquoi réagissait-il… Son regard tomba sur la chevalière.

« Retire-la », ordonna-t-elle, d'une voix ferme.

oO0OoO0Oo

Oh, qu'elle est mignonne. Elle pense vraiment que tu vas retirer ta chevalière parce qu'elle te le demande.

Tom ricana à cette pensée. Pourquoi cette requête étrange d'ailleurs ?

Elle sait que c'est un Horcruxe. J'avais raison. C'est une menace. Elimine-la.

« Tom, s'il te plaît. Fais-moi confiance. »

Hermione était là, perplexe. Ses beaux yeux chocolat étaient rivés aux siens. Cela lui donnait l'envie de s'y plonger. Pourquoi devrait-il l'éliminer ? Il aimait l'étreindre, l'embrasser. Et ce oui qui avait provoqué des papillons dans son estomac, cette sensation de légèreté… Peut-être qu'il devrait à nouveau lui faire confiance. Peut-être qu'il devrait retirer cette bague.

Ne lui obéis surtout pas. Es-tu un vulgaire chien de compagnie ?

Non bien sûr que non, mais…

C'est une intrigante et une menteuse.

« Pourquoi est-ce que je t'obéirais ? »

Hermione cligna rapidement des yeux, éberluée. L'air glacial faisait joliment rosir ses joues. Elle devait avoir froid. Elle n'avait pas pris la peine de se vêtir chaudement. Peut-être devrait-il lui proposer sa cape ?

« Eh bien, comme elle est métallique, elle doit être gelée et ce n'est pas bon pour ton doigt… », répondit-elle manifestement gênée.

Menteuse.

« Menteuse.

- Tom… », implora-t-elle.

Elimine-la. Maintenant !

« Pars. Je ne veux plus jamais te voir.

- Tom… »

ELIMINE-LA !

Il saisit Hermione par les épaules, la plaquant contre le tronc. La peine qui naquit dans ses yeux fut douloureuse pour lui. Mais il n'avait pas le choix. Elle devait s'éloigner de lui. Il ne voulait pas obéir à cette partie de lui qui devenait dangereuse pour elle.

« Non Hermione. Va-t-en. Tout de suite. »

Ses yeux chocolat s'emplirent de larmes. Elle refusa de bouger.

« Je ne t'abandonnerai pas, Tom. »

Ces mots l'ébranlèrent plus que de raison. Une boule se forma dans la gorge du Serpentard.

« Ne t'approche plus de moi, sinon je te tuerai. »

Elle le crut. Cela lui fit mal, si mal. Elle resta muette, le visage déformé par l'angoisse. Elle le voyait enfin tel qu'il était. Un assassin.

Tu vois, elle sait… Maintenant, tue-la.

Non. Il en était incapable. Il se détourna d'elle, incapable de supporter l'effroi qui la saisissait. Parce que lui aussi, il l'aimait. Et c'est parce qu'il l'aimait qu'il la quittait. Il ignora ses appels désespérés et marcha d'un pas raide vers le château. Il l'aimait et il la perdait. Jamais, il ne se le pardonnerait. Mais quel autre choix avait-il ?

Tu dois l'éliminer.

Il ignora cette injonction et avança plus rapidement. Au moins, elle ne le suivait pas. Ses joues accueillirent l'amertume salée qui coulait de ses yeux. Pour la première fois, Tom Jedusor pleurait.

Ridicule.

Quelques instants plus tard, Tom était assis sur son lit, pétrifié. Chaque fois qu'il pensait à Hermione, à son regard quand il l'avait rejetée, de violentes émotions contradictoires se battaient en lui, l'épuisant. Que lui arrivait-il ? Il baissa les yeux sur sa chevalière. Pouvait-elle avoir raison… ?

Ne vois-tu pas qu'elle tente de te manipuler ?

Au moins, elle n'était pas ici pour le voir. Il l'avait perdue. Définitivement. Avec un cri de rage, il retira sa chevalière et la jeta contre le mur. Elle retomba avec un clang. Et il se sentit soudainement beaucoup plus léger, beaucoup moins tiraillé intérieurement. Avec stupéfaction, il réalisa que son Horcruxe avait parasité ses pensées, pour se défendre.

Malgré ce soulagement, le manque d'elle persistait, auquel s'ajoutait un sentiment d'horreur.

Hermione sait pour les Horcruxes.


J'espère que vous ne me détesterez pas trop... Comment va réagir Hermione cette fois ? Où est passé Klaus ? Tom sera-t-il capable de faire un choix ?

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et partager vos hypothèses ! Cela me fait toujours grandement plaisir.

A très bientôt, je l'espère !