Une onde de choc traversa les murs, les vitres, les meubles et fit trembler la dizaine de corps qui se trouvait à cet instant au dernier étage de la tour centrale du complexe des Chevaliers Célestes. La secousse n'avait rien de naturelle et n'était pas provoquée par un phénomène sismique.

C'était une forme de magie bien particulière qui avait été à l'origine de cela !

– Monsieur ! Cette vibration, c'est…

Reiyan coupa le subordonné qui avait fait entendre sa voix d'un geste brusque de la main. Le silence se fit puis le chef des Chevaliers Célestes éclata d'un rire mauvais qui résonna dans la luxueuse pièce qui servait de lieu de travail indispensable à un dirigeant digne de ce nom.

Réunis autour du meuble en bois massif de leur commandant, en armure de combat pour la plupart, l'état-major de Reiyan Arlaurhys n'émit aucun bruit susceptible de venir interrompre l'euphorie malsaine de l'homme le plus respecté et craint de l'organisation. Qui oserait ? Tous ressentaient la caractéristique de la vibration émise par des épées maudites d'une autre dimension… Armes rares qu'une seule personne sur cette terre pouvait brandir ! Et cette dernière venait à l'instant de le faire ! Le signal était annonciateur d'une nouvelle phase d'action et même en étant préparé et en ayant travaillé des années dans cet optique, le ressentir pour de vrai eut pour effet de surprendre les esprits les plus aguerries… aussi étonnant que cela puisse paraître.

Mais pour autant et même si chacun savait rester professionnel face à leur chef, personne n'exprimant rien d'autre qu'une neutralité fausse même si l'envie de partager le sentiment de toute puissance de leur chef était vive. Eux aussi avaient attendus ce moment depuis le jour où Reiyan les avait entrainés dans ce plan incroyablement complexe et diabolique… et le terme n'était pas vraiment fort.

Mais la partie la plus dure dudit plan s'était achevé à l'instant et ils en retiraient tous une sombre satisfaction.

Tous avaient ressentis la rage immense et la bestialité sans commune mesure du prédateur qui venait de s'éveiller pour devenir une entité crainte des hommes. La surprise avait été d'une douceur traîtresse et il ne fallait pas oublier que, derrière la réussite de cette partie du plan, il y avait un danger sur l'accomplissement de la suivante… Mais ils étaient des « Chevaliers Célestes » et rien ne pouvait les arrêter dans leur entreprise… et qui plus est, certainement pas une gamine aux formes avantageuses qui pouvait se transformer en louve sur demande ! À part sa récente crise de folie à Aytema, elle n'avait fait aucun miracle de toute son existence alors à quoi bon s'inquiéter ?

Et ce genre de pensée circulait librement dans les esprits de chacun, rompant ainsi le possible sentiment d'effroi qu'engendrait le fait qu'une pauvre cinglée allait sous peu gambader dans le complexe, la gueule grande ouverte et les canines assurément éclatantes … Mais après tout, un chien qui aboie ne mord pas forcément…

D'ailleurs, l'éclat de rire de Reiyan se coupa brutalement et ce dernier regarda à présent ses hommes avec un regard glaciale. Quelqu'un prit enfin la parole.

– Cette gamine a des ressources inespérées ! Comment avait-t-elle bien pu faire pour sortir de son état léthargique aussi vite ? Ne devait-elle pas mariner encore un jour ou deux ? Fit une voix féminine ironique qui n'attendait pas spécialement de réponse.

Quelques ricanements lui répondirent toutefois.

– Tout se passe comme prévu Monsieur ! Compléta une forte voix masculine aux tonalités graves. Doit-on lancer l'étape quatre de l'opération ?

– Dès l'instant où nos troupes seront sous contrôle, la fuite des deux parasites risquera de s'avérer un poil compliqué ! Ajouta encore un autre gradé dans la foulé.

Reiyan laissa défiler quelques secondes en regardant un point précis de son bureau avec un air de confiance absolu puis il leva la tête et mit au défi ses subordonnés de prendre encore une fois la parole. Soudain, il se pencha pour attraper quelque chose se trouvant sous le meuble en bois massif. Sous les yeux de l'état-major, Reiyan brandit une petite boite noire striée de lignes bleutées et appuya sur un petit bouton.

S'en suivit alors un bourdonnement discret mais perceptible qui dura une vingtaine de secondes avant de s'évaporer dans l'ambiance sonore inexistante de cette réunion de guerre parfaitement préméditée. N'importe quels paysans des environs auraient pu sentir le changement brutal de température et la tension sadique qui enveloppait désormais un lieu rempli de soldats surentraînés. Guerriers qui, bientôt, allaient encercler sagement des intrus qui n'avaient plus rien à faire là !

Et ces soldats n'attendaient plus qu'à obéir à leur maître !

– Je crois, lieutenant, que vous avez la réponse à votre question, débuta Reiyan sur un ton cynique. Sentez -vous cette énergie dans l'air ? Sentez -vous cet appel à la chasse ?

Reiyan s'arrêta un cours instant, posa son menton sur le dos de ses mains puis planta ses yeux dans ceux de l'officier se tenant devant lui.

– Vous connaissez vos directives je crois…, reprit-il avec une voix sévère. Préparez les cellules ainsi que les chaînes renforcées ! N'oubliez pas le danger que représente une proie déterminée à échapper à ses prédateurs ! Le souvenir des évènements du pensionnat doit encore hanter votre esprit et j'ose espérer que cette vision soit encore un cauchemar dans votre tête ! Faites-en sorte que le matériel soit prêt pour ce soir lieutenant ! Suis-je clair ?!

L'officier en question cacha difficilement son envie de déglutir. Reiyan avait un charisme certain mais il pouvait se montrer sincèrement effrayant par moment. Toutefois, la question n'était pas là.

– Bien monsieur ! Tout sera fait selon vos ordres.

– Je n'en doute pas ! Répondit le dirigeant avant de se tourner vers le reste de son état-major. Quant à vous autres, lancez l'opération « Mur de Fer » ! Je veux que le complexe soit quadrillé de soldats dans les trente prochaines minutes magasins, clairières, rivières, bâtiments, chemins, remparts… je veux que tout y passe et tant qu'à faire, préparez la ceinture de défense du complexe et armez tous les canons, archéonique et classiques… Nous risquons d'avoir de la visite dans un peu moins de quarante-huit-heures messieurs…

– De la visite monsieur ? Questionna un autre officier au visage balafré sur un ton respectueux. Comment Sanglance pourrait savoir ce qui se trame ici même ? Ils sont encore trop loin pour nous attaquer.

– La gamine maîtrise son arme mais malheureusement, elle n'envoie pas le signal qu'à nous…, répondit alors une femme aux cheveux bordeaux et au visage ovale. Enfin bon, quoi qu'il se passe, Sanglance ne pourra rien faire avec le pauvre armement qui équipe leurs guerriers ! Nos tourelles élimineront toutes les menaces avant même qu'elles aient pu apparaître devant nos yeux.

Les regards et les expressions se figèrent en direction de celle qui avait pris la parole. L'audace qu'avait fait preuve cette femme alors qu'elle n'était arrivée que depuis très peu de temps marqua les esprits car, « officiellement », elle ne faisait pas partie de l'organisation. Cela dit, aucun n'eut l'envie de faire une quelconque remarque. Se méfier d'une quasi inconnue était légitime mais ils connaissaient cependant la réputation de cette femme car c'était elle qui avait été l'intermédiaire dans le processus de capture des enfants royaux huit ans auparavant. Qui plus est, elle était très estimée par Reiyan lui-même… et peu de personnes pouvaient prétendre à cet estime-là.

– Dame Laecia, qu'entendez-vous par « elle n'envoie pas le signal qu'à nous » ? Demanda l'homme balafré avec toute la courtoisie militaire qu'il était possible d'afficher dans cette situation.

La concernée ricana et d'un mouvement de retournement fluide et gracieux, elle prit la direction de la porte de sortie en ignorant superbement la question posée par l'officier de renseignement des Chevaliers Célestes.

– Dame Laecia ?! Insista l'homme sans pour autant hausser le ton. Il me semble vous avoir posé une question !

La femme soupira tout en affichant un sourire de façade.

– Il y a certaine chose qu'il vaut mieux garder sous silence monsieur Barri ! Lança Laecia sur un ton mordant. En l'occurrence, les secrets qui entourent Hystoria en font partie ! Et je suis bien placé pour le savoir… Maintenant, si vous me permettez, j'ai à faire…

– Avec tout le respect que je vous dois, ce n'est pas polie de votre part de vous absenter en pleine réunion stratégique madame !

L'affirmation la stoppa net au moment où elle passa le seuil de la porte. Laecia se retourna sans se presser et ignora une nouvelle fois la voix qui avait atteint ses oreilles.

– Chef, me concernant… quels sont mes ordres ? Demanda-t-elle de but en blanc.

Tous les regards se braquèrent vers Reiyan. Ce dernier n'était pas intervenu durant l'échange et il regardait Laecia avec intérêt. Le ton employé par Laecia était pourvu d'une assurance certaine avec malgré tout, un soupçon d'une pétillante folie bénigne qui la caractérisait tant. Reiyan oublia un instant que son état-major était présent.

– Vous avez eu tort de ne pas vous être engagez plus tôt ma chère ! Lança-t-il avec beaucoup de solennité et de distinction. Vos talents de magicienne sont un atout dont les Chevaliers Célestes ne peuvent se passer… Mais je divague, pardonnez mon égarement… Concernant vos directives, elles sont extrêmes simples ! Attirez Aram et Aurore dans le piège dont nous avons déjà discuté… disons dans la forêt nord du complexe. Libre à vous d'user de vos compétences en matière d'illusion mais je les veux frais et en un seul morceau lorsque nous procéderons à leurs captures.

Laecia eut un rire franc et ne prit même pas la peine de confirmer les propos de Reiyan.

– Il est dommage que votre vocabulaire n'ait pu avoir l'occasion de s'améliorer en ce lieu. Vous auriez beaucoup de succès lors d'une réception officielle vous savez…

– Dame Laecia vel Phylla ! Coupa net Reiyan en faisant disparaître toute trace de mielleux dans sa voix. Il est tout naturel de se montrer polie envers la dernière survivante d'une digne maison de la noblesse Lyrannienne… sans compter que vous êtes à ce jour la plus puissante magicienne de l'académie royale de Lyphalie encore en vie ! Votre diplôme acquis avec un score presque parfait en témoigne. Comment pourrai-je me montrer irrespectueux envers une telle personnalité ? J'ai besoin de gens comme vous Laecia, des personnes fortes et à même de faire la différence dans l'équation complexe de la guerre et du renouveau… Cela étant dit, il me semble que vous avez reçu vos ordres ! Avez-vous quelque chose à ajouter Dame Laecia ?

– Pas le moins du monde ! À vos ordres… j'imagine ?! Répondit Laecia sur un ton de défi parfaitement incompatible avec la rigueur militaire.

Mais cela n'offusqua pas vraiment Reiyan.

– C'est exactement cela, maintenant, je vous invite à mettre en œuvre votre tactique séance tenante ! Répliqua-t-il cependant avec un plus de fermeté.

– Bien !

Et sur ces mots, la silhouette de la mercenaire et magicienne disparu derrière la porte en bois qui se referma lentement.

Un silence de mort se répandit dans la pièce… silence qui ne dura heureusement – ou malheureusement selon la perception – que quelques secondes. Reiyan se leva de son siège et fixa son état-major avec un regard dangereusement dénué d'émotion.

– Si vous n'aviez pas compris le signal, j'ai donné l'ordre de nous mettre sur le pied de guerre alors messieurs, je vous suggère de vous mettre au boulot ! Comme vous pouvez le constater, il y a une machine qui fonctionne à plein régime juste à côté et il serait avisé que vous partiez de ce pas convoquer vos troupes et les guidez vers leur objectif… Bientôt, un monstre avide de sang déferlera sur notre territoire et il vaudra mieux pour vous que les gêneurs soient hors d'état de nuire avant ça. Est-ce bien compris ?!

Tout le monde acquiesça.

– Il y a des intrus dans notre maison et il serait temps de les rayer de la surface de la terre ! Vous comme moi, attendez ce jour avec beaucoup d'impatience alors félicitez-vous d'être encore en vie pour voir les aboutissant d'une aussi longue machination ! Vous allez bientôt pouvoir venger votre pays dévasté en faisant payer à Hyrule ce qu'ils nous ont infligés dans le passé ! Aujourd'hui, Aram et Aurore sont vos cibles ! Est-ce bien compris ?!

– Oui monsieur !

Quoi, c'était tout ? Ce n'est pas comme cela qu'on montrait son enthousiaste à son chef.

– Bande de larves, c'est tout ce que vous avez dans le ventre ?! Cria Reiyan d'une voix à faire vibrer les murs.

La réponse cette fois fut à la hauteur de sa demande.

– OUI MONSIEUR !

– Je préfère ça…

– À VOS ORDRES CHEF !

Les officiers des Chevaliers Célestes se mirent aussitôt en branle et quittèrent le bureau du chef de l'organisation avec fracas.

Détournant son attention de ses hommes, Reiyan se tourna vers la grande baie vitrée qui donnait vue sur l'ensemble de la partie sud du complexe derrière lui. Il y vit au loin les remparts équipés de leurs nouveaux canons à énergie archéonique capable de tirer trois fois plus vite que les gardiens d'Hyrule. Une supériorité telle ne laissait pas indifférent et Reiyan ressentit en cet instant un sentiment de triomphe qui le gonfla d'orgueil. Chose peu commune à une époque pareille mais les avancées technologiques de Lyrannyan étaient telles que même une quinzaine d'années n'allait pas suffire pour combler le retard entre eux et le reste du monde. Qui de toute façon, irait se frotter à un adversaire très largement supérieur en termes de compétence militaire ?

Personne !

Personne à part Sanglance… et sûrement Hyrule !

Ah oui, cela allait être inévitable. Quand les hyliens apprendront la menace réelle que représente les Chevaliers Célestes, nul doute que la guerre sera automatiquement déclarée… Et encore faudrait-il que cette chienne d'impératrice ait échouée dans son plan pour cela… Ce qui n'était pas impossible mais toutefois très peu probable. Sans leur roi et leur reine, ils ne pourront rien faire…

Quoique… Peut-être pourront-ils rivaliser avec leurs vieilles créatures divines poussiéreuses ?

Quelle blague !

Et quelle humiliation cela sera surtout ! Le seul avantage que les hyliens possèdent est leur nature d'hylien, les protégeant de son processus de contrôle mental par le simple fait que leur satanée Déesse, même disparue depuis des millénaires, leurs assurent une protection imbrisable ! C'était pour ça qu'il n'avait pas pu lui-même employer son système contre Aram et Aurore, confiant cette tâche à « sa fille ». Cette idiote s'était entichée de ses propres proies et l'ironie du sort avait voulu qu'elle les considère comme ses cousins chéries… C'était à vomir !

Car oui, Hystoria s'était mis elle-même en tête de considérer Aram et Aurore comme ses cousins et pour la crédibilité de ses paroles, Reiyan avait même eut la bonté d'avertir les personnes en contact avec Hystoria de jouer son jeu…

Et le plaisir avait été immense de constater que les enfants y avaient cru eux aussi, tout en ne cherchant pas à tenir tête à l'idiote qui lui servait de fille… alors qu'elle n'était pas sa fille. Elle n'était qu'une victime de sa vengeance. Un dégât collatéral qui ne lui faisait même pas ressentir à un soupçon de pitié.

Finalement, tout ce processus, couplé à la manipulation mentale initiée par Hystoria avec ses « armes » avait porté ses fruits au-delà de ses propres espérances. Quel sentiment d'euphorie sadique cela avait été de voir à quel point la subite disparition d'Aram et Aurore, pour « rencontre officiel », avait entrainé une incroyable descente aux abysses pour Hystoria. Ses blessures s'était rouverte d'un coup, prouvant au passage, que tout ce qu'elle avait cru construire ne tenait que sur un mince fil abimé.

Mais à travers elle, Reiyan cherchait à mortellement blesser quelqu'un d'autre en réalité…

Mais qu'importe après-tout, ce qui pouvait bien se passer dans la tête de cette abrutie finie qui ne lui avait servi qu'à manipuler les enfants de ces traîtres d'hyliens. Grâce, ironiquement, à tous ses efforts pour sortir de sa solitude, et avec l'aide certains de ces bâtards royaux, Hystoria était d'elle-même tomber dans la partie la plus sombre et la plus excitante de sa machination. Lui administrer cette foutu potion qui avait mis des années à se préparer, n'avait pas été chose aisée. Faire resurgir un pouvoir enterré depuis des siècles l'avait été encore moins. Hystoria ne s'en souvenait même pas. Elle avait oublié ce jour funeste où elle avait passé des heures entières à hurler de douleur suite à l'injection de ce liquide si particulier. Surtout qu'elle avait eu une très forte chance de succomber…

À présent qu'Aram et Aurore allaient bientôt être hors course et à présent qu'il avait brisé Hystoria comme il l'avait prévu, il pouvait enfin faire appel à son arme secrète. Une arme sans pareille mesure qui avait mis plus d'une décennie à être peaufinée ! Aram et Aurore avaient accomplis un boulot incroyable…

Quand sa création serait lâchée, rien ni personne ne pourra arrêter une arme aussi dangereuse. La tristesse, la violence et la rancœur d'Hystoria, métamorphosées en animal assoiffé de sang, allaient détruire tout ce qui se présentait devant son chemin et enfin, il allait pouvoir faire payer au centuple, les conspirations de cette foutue impératrice non légitime.

Oui…

Reiyan leva la tête vers le ciel bleu et une pensée particulière traversa son esprit. Cela le fit dangereusement sourire. Sa vengeance allait bientôt balayer celle qui avait eu l'affront de le trahir, lui, celui qui aurait dû devenir l'empereur de Lyranyann par mariage arrangé !

Les années avaient passés mais son désir de vengeance, lui, ne s'était pas envolé !

OoOoO

– Quadrillez la base par patrouille de quinze ! La priorité est donnée en premier lieu aux remparts du complexe et aux portes d'accès pour des raisons évidentes ! En ce qui concerne la topographie de la base, il n'y a pas réellement d'endroits susceptibles d'abriter des fugitifs. À la limite, les deux petites forêts, celle à l'est et celle au nord, pourraient être un choix stratégique à la tombée du jour. C'est pour cela que je souhaite avoir au moins cinq groupes pour chacun de ces deux endroits. Je pense que cent-cinquante soldats devraient suffire pour couvrir ce qui est, à mon sens, la seule cachette potentielle de tout le complexe. En ce qui concerne la place centrale et les boutiques qu'elle comporte, donnez l'ordre de les fermer sur le champ et cette directive sera valable pour tous les autres bâtiments du complexe exceptés les locaux de maintenance et de création des objets archéoniques. Cela ne nous sera d'aucune utilité de surveiller un tel endroit. Il n'y a rien d'autre que des prototypes et des carcasses de matériels en tout genre… Rien de bien intéressant en soi. Personnellement, je m'occuperai de la défense de la tour centrale. Je suis largement en capacité de défendre les portes à moi toute seule et de toute manière, la probabilité que des ennemis arrivent jusqu'à moi est ridiculement faible. Pour le reste, vous êtes suffisamment formés je crois et je ne tiens pas à m'imposer alors que je ne suis ici que depuis vingt heures à peine. Des questions ?

Une main se leva et une voix dénuée de tout sentiment pu remplir l'espace sonore.

– Oui madame ! Nous avons été mis au courant d'une possible attaque de Sanglance dans la foulée de cette chasse à l'homme, devrons-nous obéir à une seconde stratégie de défense ?

Question pertinente mais Laecia s'y était attendue. Après tout, prévoir toutes les possibilités stratégiques qu'offrait l'évènement actuel faisait partie de son boulot.

– Pas le moins du monde lieutenant, répondit-elle en se tournant vers celui qui avait parlé tout en le considérant avec le plus de respect possible. Ce que je viens de vous expliquer sera aussi valable pour la défense contre Sanglance. Nous ne pouvons pas ignorer la possibilité que des espions parviennent à s'infiltrer dans le complexe et la surveillance continue des bois sera autant indispensable que pour la première phase. Encore une fois, je ne crains rien pour les locaux de maintenance et la tour je serai là pour accueillir tous ceux qui viendront à ma rencontre.

Pas de contestation.

– Tout sera fait selon vos désirs madame !

– Bien, alors si aucunes autres interrogations vous parcourent l'esprit, je vous suggère de vous mettre au travail dans la seconde !

À peine l'ordre fut-il énoncé que les différents gradés quittèrent cette pièce de la caserne du complexe où ils se trouvaient pour aller rejoindre leurs unités et mettre en action le plan de « bataille » de Laecia.

Le silence se fit alors et l'ancienne noble se laissa tomber dans son fauteuil en poussant un soupir de soulagement.

On lui faisait plus confiance qu'elle ne l'aurait cru de prime abord. Sa nature d'ancienne magicienne impériale jouait s'en doute un rôle, au même titre que sa noblesse… un concept bien inutile en ces temps orageux. Enfin, bon, tant que cela lui octroyait les privilèges qu'elle désirait, elle ne voyait aucun inconvénient à jouer avec ses titres et sa réputation, d'autant plus que personne n'avait osé les remettre en question.

Et cela était très important pour la suite des évènements. Elle était l'officier en charge de la tactique pour cette chasse à l'homme. À la différence près que, contrairement à ses pairs, elle connaissait très bien son sujet et peut-être même mieux. Si elle réussissait à capturer les fugitifs comme demandé, la confiance qu'on lui accorderai serait amplifiée et être du bon côté de la lame – c'est-à-dire, pas du côté tranchant – de Reiyan serait un plus non négligeable.

Et d'ailleurs, elle ne doutait pas un instant d'arriver à ses fins pour capturer les deux vagabonds… Toutefois, ce qu'il se passera ensuite ne la concernerait pas. Pas directement en tout cas. Son objectif était la capture, pas la détention.

Mais là aussi, elle avait tout prévu. De par son statut au sein de l'organisation et par sa bonne entente avec Reiyan, elle avait soigneusement, très soigneusement, choisie qui placer à quel endroit dans la partie la plus sombre et lugubre de la prison du complexe. Les personnes désignées étaient des personnes de confiance… en apparence. De ce fait, elle se retirait de toutes les responsabilités concernant ce qui pourrait se produire passer dans ces cellules froides et inhospitalières.

Il n'y avait aucune échappatoire pour Aram et Aurore !

Elle avait tout prévu pour contrer leurs efforts ! Ils étaient d'ores et déjà coincés. La partie venait à peine de commencer qu'elle savait déjà qui serait les vainqueurs… et cela ne sera pas la descendance d'Hylia au sens large du terme.

Tout allait être bouclé ! Chaque recoin de la base allait être truffé de soldats et les possibilités de replis allaient être annihilé. Reiyan sera satisfait sans l'ombre d'un doute.

Mais tout ceci n'était pas valable dans la seule partie du complexe où elle n'avait placé personne pour veiller à la sécurité des débris archéoniques en pagaille. Pourtant elle était très bien informée sur ses cibles, même beaucoup mieux informée que n'importe qui ici, excepté Reiyan. Elle connaissait la passion d'Aurore pour ces machines à l'énergie si particulière, de même qu'elle savait qu'un miroir archéonique se trouvait au sommet de la tour centrale du complexe. N'était-ce pas dangereux de laisser l'accès aussi dégagé ? Elle jugea que, dans l'immédiat, ce n'était pas le cas.

Laecia s'étira cette fois tranquillement dans son fauteuil en savourant le confort incroyable de son assise. Tout allait s'enchaîner vite à présent et elle espérait réussir à accomplir quelque chose et pour cela, elle faisait amplement confiance à Aram et Aurore… ainsi qu'à Line !

« Une sacrée furie cette fille-là » pensa Laecia dans sa tête.

Les informations que cette dernière avait rapportées étaient précieuses !

Tellement précieuses qu'elle ne doutait pas un instant de pouvoir justement prendre au piège Aram et sœur grâce à elles.

Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de Laecia et son expression se fit l'espace d'un instant très sournois avant de basculer dans une innocence absolument bouleversante.

La première tentative du prince et de la princesse allait être un échec… c'était sûr et certain ! Elle y veillait et sa crédibilité était en jeu

Mais, comme le hasard était connu pour faire parfois bien les choses, elle avait aussi soigneusement tout mis en place pour que la seconde tentative d'Aram et Aurore soit beaucoup plus facile… De par sa stratégie qu'elle venait d'expliquer à ses nouveaux subordonnés, elle laissait la porte grande ouverte à la fuite pour les deux individus venant tout juste d'être déclarés ennemi public de l'organisation. Ses propres propos avaient été à double sens… Et personne ne s'en était encore rendu compte !

Mais pourtant, elle avait bien dit qu'il n'y avait aucun danger à laisser les locaux des technologies archéoniques et la tour sans défense ou presque…

Et c'était vrai…

Dans l'immédiat du moins…

Et quand cela deviendra bel et bien dangereux de laisser de tels lieux sans surveillance, il sera déjà trop tard !

Qui plus est, elle avait un message à transmettre à Aram. L'occasion était unique et celle-ci ne se renouvellerait pas une seconde fois.

OoOoO

Il s'était éloigné un cours instant pour observer plus attentivement le secteur où son groupe se trouvait… c'était la version officielle, enfin c'était surtout l'excuse qu'il avait donné à ses camarades en une phrase prononcé aussi vite qu'un cheval lancé au galop.

La version officieuse quant à elle était bien plus bête et nul doute que son supérieur lui aurait passé un savon mémorable car s'arrêter pour un besoin pressant était contraire à toutes les procédures. Sans parler de la dangerosité qu'un tel acte représentait en territoire hostile…

En tout cas, nul ne saura jamais comment il s'était débrouillé avec sa cotte de mail, son armure et son attirail fait d'acier trempé mais au moins, son envie d'uriner était assouvie.

Cependant, juste avant de regagner les rangs en espérant que personnes n'aient eu l'idée géniale de rapporter au capitaine l a nature de la disparition, le soldat entendit un craquement non loin de sa position. Une branche d'un arbre venant de se casser supposa directement le soldat en attrapant rapidement son épée. Il se tourna vers la source du bruit mais seul le noir de la nuit s'offrait à sa vision.

Qui plus est, devant lui se dressait une forêt certes épaisse en apparence, mais qui ne conférait aucune cachette, aussi bien au sol qu'en l'air. L'obscurité régnante était une protection à elle seule mais pour autant, elle n'était pas parfaite et les ombres de la pleine lune rendaient la vision de l'endroit beaucoup plus claire…

Mais il n'y avait rien.

De toute manière, une patrouille avait déjà traversé la zone boisée une dizaine de minutes avant. Armés de leurs lanternes au combustible traditionnel ou à l'énergie archéonique, les gardes de la ronde précédentes avaient fait un tour du propriétaire plutôt convainquant et n'avaient rien déniché de suspect. Preuve en était que les fugitifs ne pouvaient se terrer dans le coin, ils auraient à coup sûr été découvert. Qui irait trouver refuge au milieu des arbres, encerclés par des patrouilles irrégulières ? Impossible d'échapper à des guerriers d'élites quand ceux-ci étaient au nombre approximatif de soixante quinze pour chacun des deux lieux les plus à même d'offrir une planque.

Le soldat solitaire ne prêta donc pas plus attention au bruit qui l'avait alerté et s'empressa de rejoindre son groupe d'affectation. Les ordres étaient très clairs ! En aucun cas, ils ne devaient se séparer de plus d'une vingtaine de mètres et l'homme qui s'était aventuré aussi près de la forêt pour une raison stupide le savait aussi bien que ses camarades et son supérieur qui, déjà, commençait à lui hurler à la tronche de revenir sécuriser la formation militaire. Il ignorait sûrement la véritable raison de cette micro fuite et tant mieux. Le soldat ne tenait pas à finir au cachot pour quelque chose d'aussi humiliant. Finir enfermer pour avoir satisfait un besoin pressant en pleine mission… il n'y avait certainement pas pire comme accusation et les Chevaliers Célestes, à défaut de se moquer, ne toléreraient jamais une telle bêtise !

Le soldat accourra presque vers son unité en priant tous les saints du monde des hommes que son acte puisse rester un mystère absolu aux yeux de son supérieur.

Mais à vrai dire, quoi qu'il se passe dans l'immédiat, la question n'était pas à punir qui que ce soit. L'heure était trop grave et l'ambiance trop particulière. C'était irréel car une telle situation n'était encore jamais arrivée en dix-huit ans de fonctionnement. L'organisation des Chevaliers Célestes n'avait encore jamais dû faire face à une pareille trahison.

Une tension pesante s'était installée dans l'air et cette dernière ne semblait pas vouloir disparaître. Elle avait élu domicile sur ce terrain sacré qu'était le complexe des Chevaliers Célestes et toutes et tous la ressentaient comme une amie qui avertissait d'un danger présent. Pour ne rien arranger, la nuit était tombée il y a de cela deux heures et les recherches ne donnaient toujours rien. Cela faisait maintenant plus de neuf heures que l'alerte avait été donné et aucune trace des rebelles à l'autorité de Reiyan Arlaurhys… à croire qu'ils s'étaient volatilisés d'un claquement de doigt. Chose impossible car les remparts du complexe étaient extrêmement bien gardés. Non, les fugitifs étaient quelques part… et ils étaient dangereux !

C'était ce qu'on leur avait dit et cette méfiance était profondément ancré dans leur subconscient… bien qu'ils ignorassent tous que cela venait en réalité de la machine de Reiyan Arlaurhys.

– En formation soldat ! Cria un homme recouvert d'une armure et d'un casque brillant sous la lueur des sources de lumière. Qu'est-ce qui vous a pris de vous éloigner bon sang ?! Tenez-vous à mourir comme une merde ? Nous réglerons ça quand tout ce bordel causé par ces deux imbéciles sera fini et j'espère pour vous que vous avez une bonne raison d'avoir agi ainsi !

Le soldat solitaire se plaça sur le côté gauche de la formation en balbutiant des excuses pour sa prise de risque. C'était idiot à bien y réfléchir mais cela faisait tellement de temps qu'il se retenait…

Autour de lui, ses semblables ne cherchèrent pas à le défendre car il était inutile de nier l'évidence. Cependant, certains lui demandèrent à voix basse s'il avait vu ou entendu quelque chose. Ce à quoi le soldat répondit par la négative.

Soudain, l'unité se stoppa net. Ce n'était pas prévu…

– Vous autres ! Beugla le capitaine de l'unité composé de soldats tendus comme jamais par le ton sévère de leur supérieur. Arrêtez de vous préoccupez de votre camarade et concentrez-vous sur votre mission nom d'un chien ! La forêt ne risque rien, elle a été passée au peigne fin une bonne vingtaine de fois ! J'ignore pourquoi l'autre con a fait cavalier seule mais n'entretenez aucune illusion. Rien n'y personne n'aurait pu élire domicile dans cette forêt alors qu'elle est si bien surveillée. Retenez le bien ! Les traîtres ne doivent pas être allés très loin et vous avez intérêt à avoir nettoyés vos yeux et vos oreilles ! Le moindre mouvement ou bruit suspect que vous percevez devra vous alerter plus vite que le fait de recevoir un compliment de votre hiérarchie ! Est-ce clair ?

Dans les rangs, en acquiesça vivement et rapidement. Les regards se firent plus dur, plus déterminé… plus froid. Le message était passé.

Finalement, entendre son chef l'engueuler publiquement le rassura presque car il n'y avait pas de rapport avec une découverte suspecte. Inutile d'exprimer l'angoisse qu'il ressentait à l'idée qu'un fou et une folle furieuse lui sautent dessus pour l'égorger à n'importe quel moment. Mais ce que pensait le soldat était un cas unique dans cette unité ! En réalité, une haine inexplicable possédait à présent les esprits des autres membres de l'escouade. Agressivité, ébullition… on voyait Aram et Aurore comme des dangereuses personnes et on y répondait par une effervescence de colère particulière.

Quelques ricanements discrets, mais néanmoins audible, se firent entendre…

Quels sombres idiots !

Les fous qui avaient osé retourner leurs vestes allaient le payer très cher ! On les avait recueillis, logé et nourri et c'était comme ça qu'ils remerciaient leur bienfaiteur ? Quelle ingratitude ! Les élites n'avaient jamais bien considéré l'unité « fantôme » dirigé par cette « Aurore » et dont faisait partie la bâtarde de Reiyan.

Et à travers leurs ressentiments, leurs expressions et l'agitation qui émanait des soldats de l'unité, cette pensée était représentée de la meilleure des façons.

– Bien ! Reprit de plus belle le capitaine du groupe avec une voix tonitruante. Messieurs, mesdames… reprenons la chasse !

OoOoO

Grâce à la lumière reflétée par la Lune, Aram pouvait légèrement voir le visage d'Aurore et si elle-même pouvait à son tour distinguer celui de son frère, il sut qu'elle aurait compris le message.

Aidé par son pouvoir, Aram vit que les soldats qui patrouillaient non loin s'étaient écarté de la zone et heureusement, celui qui s'était approché n'avait pas cherché à poursuivre son investigation nocturne, se contentant de rappliquer aussi vite que possible avant même que son chef ne vienne pousser la chansonnette de la gueulade hiérarchique.

À présent que la menace était écartée, Aram eut une envie folle d'étrangler sa sœur. Ce n'était pas faute de l'avoir incité à plusieurs reprises d'éviter au maximum les mouvements sur ces branches instables. Règle de base dans ce genre de contexte. Pourtant Aurore n'en avait fait qu'à sa tête et avait décidé que la position en tailleur qu'elle occupait jusqu'alors n'était plus à son goût. C'était comme ça qu'elle avait tapé dans une ranche qui s'était ainsi décroché pour aller rejoindre la terre ferme. Le silence n'aidant bien sûr pas pour couvrir un bruit pareil, il avait été entendu par ce soldat inconnu qui avait battu en retraite sans demander son reste.

Était-ce un coup de chance ? Il était trop tôt pour le dire et visiblement, l'unité en patrouille n'avait pas cherché à pousser son investigation. D'un côté, ce n'était pas comme s'il en passait une toutes les vingt minutes environ.

– Aurore…, commença Aram d'une voix faible mais suffisamment forte pour qu'Aurore puisse l'entendre.

– Je sais ce que tu vas me dire, tais-toi ! Répliqua-t-elle sur le même volume sonore alors que son visage s'empourpra.

Aram soupira et délicatement, il changea lui aussi de position… sans casser de branche toutefois.

Cela faisait depuis le coucher du soleil qu'ils étaient planqués là, Aurore et lui. Line était partie de son côté pour se rendre compte, de ce qu'elle avait affirmé, de l'état actuel des déplacements des Chevaliers Célestes.

Depuis le milieu d'après-midi, ils arrivaient à échapper à leurs poursuivant. L'exercice pour atteindre cette mini forêt avait été périlleux car ils avaient évolué à découvert mais maintenant qu'ils étaient perchés au sommet d'un arbre plus épais que les autres, ils ne pouvaient plus faire grand-chose… seulement attendre que la position de la lune dans le ciel leur indique l'heure exacte pour procéder à la suite… Pour autant qu'il puisse procéder à la suite… car sans les précisions de Line, c'était une chose impossible.

Mais en attendant son retour – tout en veillant à rester discret – Aram et Aurore avaient pu réfléchir… beaucoup réfléchir et leurs réflexions tournaient autour d'une pensée globale…

Ils avaient eu du mal à croire que tout ce qu'il se passait était réel.

Tout s'enchaînait pour eux, presque sans raison. Ils avaient naïvement cru que les propos de Line avaient été exagéré, par sécurité ou par volonté de ne pas envisager le pire, pourtant, c'était eux qui avaient sous-estimé l'ampleur de la situation. Ils s'en rendaient bien compte à présent. La petite forêt était dense mais les voix leurs parvenaient nettement dans le silence de la nuit. Haine, sentiment de trahison… On les prenait pour des parias, pour des voleurs, pour des intrus… pour des parasites à éliminer… Comme un simple insecte que l'on écrase pour la seule raison qu'il n'a rien à faire là. Et dans tout ce chaos nocturne, ni Aram ni Aurore ne comprenait exactement pourquoi on leur vouait un tel ressentiment…

Enfin si, ils savaient pourquoi mais il y avait un gouffre entre le fait de le savoir et le fait de l'accepter !

Ah oui, il savait tout ce que Line savait à propos d'Hystoria, mais pour le reste, c'était le flou intégral. Pour quelles raisons les Chevaliers Célestes se retournaient brusquement contre eux, dans le fond ça, c'était un mystère assez incroyable qui ne possédait qu'une seule et unique réponse et cette dernière était tellement stupéfiante qu'il était difficile de l'imaginer vraiment. Accepter que l'entièreté des Chevaliers Célestes obéissaient désormais à Reiyan par un procédé de contrôle mental très puissant était difficile… et pourtant, ils en avaient la preuve sous leurs yeux.

Ils ne doutaient pas de l'ébène, bien au contraire, car cette dernière avait pour l'instant fait un sans-faute dans ses prédictions, mais la soudaineté des évènements faisait qu'Aram et Aurore étaient quelque peu désorientés. D'abord les agissements d'Hystoria, ensuite les révélations de Line, suivit de l'étrange phénomène qui avait vu trois de leurs camarades s'en prendre violemment à eux et pour finir, le fait que toute l'organisation au grand complet les considère comme un danger pour leur propre intégrité.

La tension était montée ces dernières heures et l'absence prolongé de Line, partit depuis cent-soixante minutes – temps calculé à partir du nombre de patrouille et de l'intervalle les séparant – n'arrangeait rien. Étrangement, Aram et Aurore ne se sentait pas comme d'habitude. Eux qui étaient, de l'avis de tous, inébranlables et semblables à des statues de marbres dénués d'émotions dans ce genre de circonstance, ils étaient à présent mal à l'aise et très inquiets… bien qu'aucun des deux hyliens ne souhaitaient le montrer… surement par fierté.

Quoique la fierté n'avait pas sa place dans une pareille mission de survie.

– Une chance qu'il ne se soit pas aventuré plus loin ! Fit Aram en chuchotant. De ce que j'ai pu apercevoir, l'unité n'a pas semblé changer de chemin. Mais ça ne me rassure pas pour autant. Si le soldat parle, tout le monde rappliquera ici.

– Tant qu'on ne saura pas quels sont les différents schémas de mouvements des autres chevaliers, on ne pourra pas bouger d'ici de toute façon, ajouta Aurore gravement. En plus, à cause de la végétation, les rayons de la lune ne passent pas suffisamment pour alimenter nos armes en lumière. Impossibles d'utiliser leurs capacités pour faire diversion, nos armes ne sont que des lames basiques dans le contexte actuel.

– Ça ne changera pas beaucoup de d'habitude en fait, enchaîna Aram sans humour. Mais avec ton pouvoir, tu ne pourrais pas y remédier ? Demanda Aram.

Aurore soupira en posant sa tête sur son genou gauche.

– Quand il est apparu à la citadelle gérudo, commença-t-elle, j'étais heureuse mais… il ne s'est pas re-manifesté depuis et je n'ai pas eu le temps de chercher à m'entraîner en vue de l'utiliser. Cela aurait pu être utile mais en l'état, je ne sais pas ce qu'il pourrait se passer. Je n'ai pas envie de créer un accident qui pourrait compromettre notre avenir proche. Je sens ce pouvoir circuler dans mon corps et dans mes veines mais je ne veux pas oser le faire sortir sans le connaître et c'est justement le problème je ne le connais pas.

Aram n'eut pas besoin de répondre.

Aram avait posé cette question à sa sœur par principe mais lui-même se doutait que le pouvoir héréditaire d'Aurore ne leur serait d'aucune utilité. Il n'y avait plus que leurs dons respectifs mais ceux-ci deviendraient automatiquement inefficace à partir du moment où plusieurs adversaires se présenteraient en face d'eux.

Celui d'Aram permettait de visualiser l'environnement sans utiliser directement la vue. C'était pratique mais à part pour anticiper les déplacements de l'organisation – sachant qu'il n'arrivait pas à l'utiliser sur des longues distances – c'était un pouvoir qui ne servait concrètement à rien en combat rapproché. Quand au don d'Aurore, similaire à celui de leur père, et même s'il avait été efficace contre les gérudos pendant l'épreuve des étoiles pour la simple raison que le duel se terminait si la commandante des gérudos était vaincue, dans le cas d'un combat réel en infériorité numérique, ce pouvoir ne servirait également à rien.

– Ne te prends pas la tête avec ça, répondit finalement Aram après un moment. Oublie ça pour le moment et concentre toi sur ce que tu sais faire, ça suffira.

– Je l'espère Aram, je l'espère…

La voix de sa sœur trahissait de l'anxiété et Aram le remarqua.

– Ne sois pas aussi défaitiste Aurore, ça ne te ressemble pas.

Aurore ravala son envie d'éclater d'un rire sans joie.

– Comment ne peux-tu pas l'être en cet instant ? lança-t-elle avant de se retourner vers son frère. Tout va trop vite Aram ! Beaucoup trop vite. Je ne comprends plus rien à ce qu'il se passe… Il y a eu trop d'information d'un coup, je…

– Je sais Aurore…

Cette dernière le regarda fixement comme incapable de poursuivre plus loin ses affirmations.

– Mais à présent que nous sommes-là, perchés sur ces branches, nous n'avons plus le choix malheureusement, tenta Aram avec une argumentation qu'il savait bancale. Il faut se concentrer sur l'instant présent et rester fixé sur cet objectif qui est de sortir d'ici. Plus rien d'autre ne compte et notre priorité est de sauver notre peau, j'ajouterai même que ma priorité, c'est que toi, tu t'échappes… Si un choix doit s'imposer, je te garantis que tu passeras en première la tête par ce foutu portail.

Si Aram avait pu le voir, il aurait vu Aurore ouvrir en grand ses yeux turquoise.

– Non ! Fit-elle sèchement. Notre but est de nous en sortir en ensemble, pourquoi tu me parles que je serai la seule à fuir ? Il est hors de question que je parte sans toi enfin ! Qu'est-ce que tu me racontes ?

– Je ne fais qu'envisager les possibilités les plus pessimistes, ne put que répondre Aram, mais ne t'en fais pas, je ne compte pas laisser une pareille situation arriver !

–Y'a intérêt !

Une « idée » venait de lui passer par la tête mais elle ne serait applicable que dans une situation précise et il était très peu probable que celle-ci se présente à lui. Cependant, si elle se produisait belle et bien… Aram préféra ne pas avertir Aurore.

– Tu m'as foutu une de ces trouilles l'espace d'un instant…, reprit Aurore en lâchant un soupir de soulagement teinté malgré tout d'interrogation. Ceci-dit, tu as peut-être raison. Si Hystoria se réveille une nouvelle fois, elle serait bien capable de nous trouver en l'espace de…

Aurore se stoppa dans sa phrase, incrédule devant ce qu'on son esprit venait d'imaginer.

– Aurore, commença Aram d'une voix grave. Je ne vais pas te le cacher mais… j'ai l'impression qu'on est tombé dans un sacré piège en fait…

Aurore sentit son sang se geler… et ça ne lui arrivait vraiment pas souvent.

– Comment ça ? Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda-t-elle en portant instinctivement sa main à sa rapière.

Sans la toucher toutefois.

– L'ambiance, l'atmosphère, la nuit, les arbres, le silence presque totale, des soldats à nos trousses… ça ne te rappelle rien ? Lâcha Aram d'une voix tout sauf calme.

Et par « tout sauf calme », cela incluait le fait que sa voix tremblotait un peu.

Aurore mit quelques instants à comprendre le sous-entendu.

– Notre fuite d'il y a huit ans ? Fit-elle du tac au tac comme si c'était une évidence. Mais pourquoi… Quel rapport ?

– Line ne revient pas ! Annonça carrément Aram. C'est trop long. Son absence est beaucoup trop longue. Soit il lui est arrivé quelque chose, soit tout ce qu'il se passe découle d'un stratagème tordu, soit c'est moi qui m'inquiète pour rien. Mais pour être honnête, je penche pour la deuxième solution. Les chevaliers patrouillent Aurore, ils passent à travers cette forêt de temps à autres mais jamais ils ne nous ont trouvés alors que je suis sûr qu'on est visible pour quelqu'un qui s'attarderait un tant soit peu sur notre position.

– Ça ne veut rien dire ça Aram, fit de son côté Aurore pour tenter d'apaiser ses propres craintes. Peut-être qu'ils quadrillent la zone en attendant d'avoir la certitude qu'on ne se trouve pas ailleurs. Qui plus est, on a l'avantage de la surprise ici. Peut-être ne cherchent-ils pas à prendre de risque.

– Là-dessus, tu as raison Aurore mais… Si nous avons décidé de nous réfugier dans ses bois, c'était parce que cette solution nous a semblé être la meilleure. Il n'y a pas beaucoup de cachettes dans le complexe et celle-ci et l'une des deux seules. Ça fait un moment que j'y réfléchis en fait et je ne vois pas d'autre explications… Tu veux que je te dise le fond de ma pensée Aurore ?

– Dis toujours…

– Je ne vois qu'une seule possibilité au fait que personne n'ait encore daigné fouiller en profondeur cette forêt… Ils nous forcent, inconsciemment ou non, à rester ici… en attendant un geste de notre part, quelque chose qui les feraient s'activer plus franchement ou sinon…, Aram attendit quelques instants avant de prononcer ce qu'il redoutait le plus. Sinon, ils attendent qu'Hystoria se réveille parce qu'au moment où elle sera de nouveau sur pied, elle nous trouvera ! Où qu'on soit, quoi qu'on fasse, elle nous tombera dessus et si la moitié de ce que Line nous a dit est vrai, alors on peut être sûr qu'elle emploiera tous les moyens pour nous empêcher de la fuir, quitte à nous briser les os où nous couper les jambes !

Aurore se referma sur elle-même. Sa confiance commençait à la quitter et le ton de voix se fit plus rude. Plus acerbe.

– Alors on est foutu c'est ça ? Même si on arrive à échapper aux patrouilles, si Hystoria sort de son coma, on est cuit ? Joyeuse perspective… Alors que fait-on Aram ?

– Que veux-tu qu'on fasse ? Répondit Aram en regrettant après coup d'avoir été aussi tranchant. Si on s'en va, on est repéré et si on reste ici, à terme, on va l'être aussi. Notre seule chance réside dans le fait que Line revienne avec les informations nécessaires pour éviter un maximum de garde. Sans elle… oui on est cuit !

– Si on ne l'avait pas suivi… on n'en serai peut-être pas là ! Rétorqua Aurore sur un ton acide.

– Dit pas ça…

– Alors merde ! On va se faire avoir parce qu'on a décidé de suivre une presque inconnue ?! Ça te convient ?

– Dans la mesure où cette situation aurait pu très bien arriver même sans Line, je ne pense pas que rejeter la faute sur elle soit la meilleure chose à faire Aurore !

Aurore grogna.

– Penses ce que tu veux Aram…

Et sur ces paroles, elle se retourna pour présenter son dos à son frère.

Aram soupira et décida de laisser sa sœur tranquille un moment. Elle avait toujours été comme ça quand une personne ne lui revenait pas… Cela dit, elle choisissait mal son moment pour faire la tête. Aurore était une personne bien humaine dans sa personnalité et le fait de cracher sa colère sur ceux qui avaient abusé de sa confiance montrait surtout que cela la blessait d'avoir encore une fois cru qu'une confiance mutuelle était possible.

Cependant, dans ce cas de figure là, c'était surtout l'angoisse qui dictait sa façon de penser et bien qu'Aram la savait forte, elle pouvait craquer facilement… et lui-même n'était pas forcément mieux sur ce point.

Le temps défila, d'autres unités passèrent dans et non loin de la forêt, toujours sans remarquer la présence d'Aram et d'Aurore qui n'abordèrent plus le sujet alarmant durant plusieurs dizaines de minutes.

Ce fut difficile.

L'attente causé par l'absence prolongé de Line était devenue réellement inquiétante car cette dernière était partie depuis plus de deux-cent quatre-vingts minutes à présent. En plus de cela, Aurore eut la surprise de constater qu'elle luttait contre le sommeil. Depuis la fameuse nuit ou Hystoria avait pété les plombs, elle et son frère n'avait pas beaucoup dormi et avec tous les évènements de la journée plus l'attente très longue qu'ils subissaient, leur énergie n'était pas à un niveau optimal. Passer plus de quatre heures à attendre sans rien pouvoir faire et avec la peur au ventre que la situation leur échappe, cela n'aidait pas et même, cela les épuisait grandement.

Ils commençaient à tomber de fatigue alors que c'était pile poil le mauvais moment pour ça.

Aurore changea plusieurs fois de position, ne pouvait pas défouler ses jambes inactives depuis trop de temps. Aram, quant à lui, demeura silencieux. Il échangeait parfois avec sa sœur mais les phrases étaient courtes et n'avaient pour seul but que de faire un point sur le passage de tel ou tel patrouille. L'attente était interminable et bientôt, ils allaient devoir bouger d'ici. Ils ne pouvait pas envisager se rendre comme ça, sans avoir rien fait et il ne devait rester qu'une dizaine de minutes avant le passage de l'unité suivante. Le temps pressait !

Mais ils n'eurent pas besoin de patienter davantage…

Toujours équipé de son calme de façade, Aram ne cillait pas, refusant que le sommeil prenne le pas sur sa volonté et sa concentration mais soudain, son envie de fermer les yeux s'envola comme si elle n'avait jamais existé. Aram n'eut pas le temps de comprendre qu'une décharge d'adrénaline venait de rompre tout effet de somnolence qu'il vit Aurore commencer à s'agiter bizarrement. Brusquement haletante, Aurore abandonna tout souci de discrétion et tenta de se lever tout en commençant à respirer fortement. Elle porta une main à sa tête.

Elle se tourna vers Aram qui vit soudain une peur immense et un refus catégorique se dessiner dans les yeux de sa sœur.

– Aram…, fit-elle d'une voix distante en commençant à gémir.

Aram abandonna à son tour toute mesure de discrétion. Sa sœur avait abandonné toute expression de colère… à la place, elle flippait ! Franchement !

– Aram… appela Aurore en sentant des sueurs froides l'éteindre avec force. Aram…

Et Aurore se jeta sur son frère en retenant un hurlement strident.

Une vive douleur naquit instantanément dans la tête d'Aram et ce dernier dut lui aussi faire des efforts surhumains pour retenir un cri. Ses dents percèrent ses lèvres et les premières gouttes de sang commencèrent à perler pendant qu'Aurore se tortilla contre lui, les muscles crispés.

Dans un élan soudain, uniquement guidé par son instinct de survie de mercenaire. Aram porta presque sans s'en rendre compte, une main à la poignée de son épée gauche.

Surprise totale ! La douleur diminua abruptement à un niveau acceptable mais sans disparaître pour autant. Sonné, Aram mis quelques secondes à réaliser ce qu'il venait de se passer mais dans un sursaut de lucidité et en oubliant parfaitement la portée que son geste allait avoir, Aram dégaina la lame noire qui avait annihilé la douleur atroce. Dans un chant cristallin métallique, celle-ci quitta son fourreau dans l'optique d'aller se positionner sur le dos d'Aurore qui ne s'arrêtait pas de gémir. Mais le corps humain avait ses limites et Aurore lâcha soudain un cri en se contorsionnant une nouvelle fois. Voyant que sa première idée de poser son épée sur Aurore, tombait à l'eau Aram dirigea sa main libre vers celle d'Aurore, l'attrapa et l'amena ensuite sur la poignée de sa rapière.

Aurore stoppa tous ses hurlements dans la seconde qui suivit. À moitié avachi sur son frère, la princesse mit également quelques instants à reprendre ses esprits. Transpirante, au même titre qu'Aram qui inspirait et expirait bruyamment. Aurore se mis sur ses genoux en contemplant, incrédule, ce qu'elle tenait à présent en main.

Mais l'accalmie fut de courte durée.

Des cris jaillirent cette fois des alentours et plusieurs points de lumière commencèrent à se rapprocher. Avec difficulté, Aram relança son pouvoir et découvrit avec fatalité que quatre patrouilles, soit soixante soldats environ, se dirigeaient à présent vers leur position. Ils étaient beaucoup nombreux et ils allaient les encercler !

Dans la foulée, le duo entendit quelqu'un aboyer « Ils sont là ! » et alors qu'Aurore désigna Lyrae, Aram constata enfin avec horreur que sa lame brillait et émettait une lumière légère mais totalement visible.

Pour la première fois de sa vie de mercenaire, Aram sentit que la situation était catastrophique et que rien n'allait pouvoir y remédier. Aurore quant à elle paniqua. Elle tourna la tête dans toutes les directions, la peur au ventre. Elle dégaina sa rapière à son tour prête à tenter n'importe quoi.

– Aurore…

– Aram, il faut faire quelque chose ! Cria Aurore qui tremblait de façon perceptible. On peut encore s'échapper si…

– C'est fini Aurore, on a perdu, range ton arme…

Aram ne réalisa pas sur l'instant qu'il venait de prononcer ces paroles fatales. C'était terriblement difficile. Il abandonnait littéralement la partie sans avoir tenté un coup décisif.

– Quoi ! Mais Aram qu'est-ce qui te p…

Aurore ne termina pas sa phrase qu'un hurlement sombre et terrifiant résonna dans leurs oreilles et probablement dans tout le complexe si c'était possible.

Aram et Aurore, l'un comme l'autre, comprirent immédiatement ce qu'il venait de se produire. Le hurlement était celui d'une louve.

Hystoria s'était non seulement réveillé mais elle s'était aussi changée en louve.

Alors que les chevaliers célestes se dirigeaient à vive allure dans leur direction, Aram rangea son épée et empoigna la tête de sa sœur avec une expression grave sur le visage.

– Aurore, c'est terminé. Ne nous battons pas inutilement, nous ne pouvons rien faire…

Encore une fois, il n'en crut pas ses oreilles d'avoir dit ça.

– Mais Aram… s'ils nous capturent, on va…

Aram ferma les yeux un cours instant.

– Je doute qu'ils veuillent nous tuer Aurore et même s'ils tentent de tout faire pour nous remettre sous leur emprise, n'oublie pas qu'on a déjà réussi à s'échapper de cette prison mentale, dit-il pour tenter de soulager à la fois son appréhension et celle de sa sœur. Si nous avons réussi une fois, je suis sûr qu'on pourra le faire une seconde fois ! Nous sommes encerclés Aurore, ça ne sert à rien de tenter un mouvement suicidaire ! Range ton arme s'il te plait.

Effondré, Aurore planta ses yeux dans ceux de son frère pendant une interminable série de seconde. Elle replaça sa fidèle rapière qui n'avait même pas servi dans son fourreau d'un air dépité.

– Aram ! Aurore ! Gueula un officier arrivé au pied de l'arbre ou le duo se trouvait. Vous êtes en état d'arrestation pour trahison envers notre fidèle organisation et suspicion de complot envers l'intégrité et la sécurité du complexe. Vous avez trente secondes pour descendre et ne nous obligez pas devoir faire usage de nos armes ! Quittez votre planque, c'est un ordre !

– Aram, je…

Aram embrassa le front de sœur.

– Garde confiance Aurore, ce n'est pas encore fini, crois-moi… Rien n'est perdu et tu sais ce qu'il se passera si Riju ne nous voit pas revenir… Nous ne sommes pas seul Aurore alors acceptons de nous faire avoir pour cette fois… uniquement pour cette fois…

En réponse Aurore, enlaça son frère avec force et celui-ci put constater – même s'il le savait déjà –qu'Aurore était mortellement angoissé à l'idée de ce qui pourrait leur arriver.

Quelques instants plus tard, Aram et Aurore descendirent de l'arbre et furent assommés presque aussitôt, attachés et amenés à dos de cheval, venu exprès pour ce trajet, jusqu'aux geôles souterraines du complexe. Prison que l'on disait lugubre et impossible à fuir…

OoOoO

De loin, Laecia regarda avec attention le convoi transportant les deux fugitifs vers les cellules du complexe. Aucune émotion ne se lisait sur son visage. Elle tenait encore son rôle de stratège de l'opération avec minutie. Hors de question de baisser sa garde.

Sans compter qu'une entité très spéciale était apparu dans les brumes de cette nuit nocturne.

Elle avait senti Hystoria « renaître ». Elle en avait eu des frissons. L'aura maléfique qui l'entourait était d'un malsain… Reiyan avait vraiment fait des ravages sur la conscience d'Hystoria et le traumatisme devait être exceptionnellement fort pour provoquer une telle réaction de la part de cette dernière. Désespoir, douleur, solitude tout ce qui émanait d'Hystoria aspirait tout sentiment positif pour ne laisser que le négatif. Enfin, il était très probable que ce n'était que la part affreusement ténébreuse d'Hystoria qui contrôlait son corps. Était-elle consciente de ce qu'elle faisait ? Rien n'était moins sûr.

Fort heureusement, Aram et Aurore avait déjà été maîtrisé quand Hystoria était arrivé et cela n'avait pas été sans mal qu'il avait fallu maîtriser également une louve prête à se jeter sur ses « protégés ». Résultat des courses, un homme avait voulu l'assommer aussi, sûrement à cause de la peur de voir une « sauvage » libre de ses mouvements et il avait fini égorgé d'un coup de griffe très précis et dévastateur. La première victime de la « création » de Reiyan. Finalement, la louve dorée s'était arrêtée là dans sa crise de violence – ou de protection allez savoir – et restait à présent en retrait avec un œil toujours rivé sur les chevaux qui transportait Aram et Aurore.

Laecia prit une grande inspiration avant de se retourner vers celle qui l'accompagnait.

– Je suis sincèrement désolé Line ! Fit Laecia en se tournant vers la concernée, en retrait, quelques pas derrière. Je m'excuse d'avoir dû bousculer vos plans et contraint tes camarades à se faire attraper. J'espère que tu ne m'en voudra pas…

– Tant que vous maintenez vos engagements… ! Avertit Line d'une voix glaciale et tranchante, je ne vous en voudrai pas. Par contre ! Si ma mission foire à cause de vous, je vous tranche la gorge sans état d'âme, qu'importe si vous êtes une ancienne amie de ma famille !

Laecia ne se soucia guère des apparences et ria à cette remarque sordide.

– L'avertissement est clair et nette Line. Ne t'en fait, je ne prends pas ce risque pour m'amuser et la décision n'a pas été prise à la légère. Si tout se passe comme prévu, vous pourrez vous en sortir en un seul morceau.

– Je vous tiens au mot ! Mais pour l'instant tachons de faire en sorte que notre coopération aboutisse dame Laecia.

– J'y compte bien !

Instant de silence.

–Dame Laecia, puis-je vous poser une question, questionna Line sur un ton neutre qui ne reflétait aucune froideur. Elle n'a pas de rapport avec les récents évènements et c'est surtout ma curiosité que je souhaite étancher.

– Allez-y, répondit simplement Laecia en haussant les épaules.

– Vous m'avez dit que vous aviez une fille et que tout ce que vous faisiez à cet instant était voué à la protéger, où qu'elle soit. Étrange pourtant de s'inquiéter du sort de son enfant alors que vous l'avez laissée livrée à elle-même… mais cela étant dit, puis-je savoir comment elle s'appelle ?

– Son prénom ne vous dira rien Line…

– Au contraire ! Rétorqua Line avec une habilité qui surprit son interlocutrice.

Une lueur furtive d'auto-défense traversa les yeux de Laecia.

– Si je vous pose la question, reprit Line, c'est parce que je crois connaître son prénom. Je me suis renseigné sur le passé d'Aram, sur celui d'Aurore, sur celui d'Hystoria… mais également sur le vôtre Laecia ! Vous étiez une ancienne magicienne de la cour impériale de Lyranyann, respectée et admirée par vos pairs. On vous décrivait comme un prodige des sorts, le mage aux multiples facettes maîtrisant l'eau, le feu, la terre, le vent, la lumière et les ténèbres ! Vous étiez la meilleure des meilleures et de surcroît, la grande amie de son Altesse Impériale ! Vous avez eu une fille que vous avez laissé à Hyrule pour, soi-disant, la protéger… Elle s'appelle Felicia si je ne m'abuse Felicia vel Phylla pour être exacte. Si Lyranyann n'avait pas été détruit, elle aurait pu prétendre au titre de comtesse par héritage.

Une bourrasque de vent vint fouetter les cheveux des deux femmes.

– Vous êtes bien renseignée à ce que je vois, répondit Laecia avec une expression mitigée car visiblement, elle ne s'attendait pas à ce que quelqu'un en sache autant. Mais je ne vois pas où vous voulez en venir. Ma fille, celle que j'ai mis au monde s'appelle bien Felicia mais en quoi le savoir peut vous être utile ?

– Parce que si on parle de la même personne, le fait de savoir son prénom et ce qu'elle est devenue après son abandon va m'arranger… Ne souhaitez-vous pas le savoir Dame Laecia ?

La magicienne détourna son visage de celui de Line.

– Il est vrai que j'ignore où elle se trouve et ce qu'elle fait et c'est justement comme ça que je veille à la laisser loin des tourments actuels. Je ne veux pas qu'elle se retrouve dans ce cercle vicieux où on joue sa vie à chaque instant… Je ne veux pas qu'elle me retrouve, cela la placerait dans une très mauvaise situation… mais allez-y, dites toujours, j'ignore effectivement ce qu'il lui est arrivé après Mysteny…, fit-elle sur un ton froidement désintéressé mais dans lequel demeurait un soupçon de curiosité.

– Ne pensez pas me tromper en me faisant croire que vous vous fichez… Line marqua une courte pause volontaire. Bref, après la destruction de Mysteny, la famille royale d'Hyule est intervenu et à décidé de prendre tous les enfants survivants avec eux pour leur offrir une vie au sein du château…

Line marqua une nouvelle pause en voyant que le visage de Laecia prenait une teinte livide bien malgré elle.

– Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui bien entendu, reprit l'ébène, mais à l'époque, j'ai cru comprendre que votre fille avait été nommée comme servante d'un certain prince au cheveux blond foncé ressemblant fortement à son père…

– Vous n'êtes pas sérieuse ?! Répondit Laecia dont le visage démontrait à présent une forme de soulagement mêlée à de la surprise car cette coïncidence était proprement stupéfiante.

Mais ce sentiment disparu d'un coup quand Laecia repensa à un certain évènement qui allait de pair.

– Mes informations sont fiables, reprit Line sans ciller devant la réaction de la mage. Votre fille Felicia, a été la servante unique d'Aram du temps où il était encore un prince. Curieuse coïncidence non ? Vous qui vouliez dire à Aram de retrouver Felicia et veiller à la détourner de tout ce qui pourrait l'amener vers vous en échange de votre aide pour les faire quitter le complexe… Un échange où tout le monde gagne et où personne ne perd… seulement, vous ignoriez qu'Aram ainsi qu'Aurore connaissaient déjà Felicia… D'ailleurs en parlant d'elle, Felicia était présente le soir de l'explosion mais…, Line interrompit la réaction de Laecia d'un geste de la main, rassurez-vous, elle ne fait pas partie de la liste des victimes.

Laecia balbutia quelques mots avant de répondre, satisfaisant Line au passage.

– Je n'arrive pas à y croire…

– Et pourtant ! Annonça Line. Maintenant, est-ce que vous comprenez pourquoi il y a intérêt à ce que votre plan réussisse ? Votre fille s'est retrouvée mêlée aux manigances qui anime le monde actuellement. Je doute qu'elle ne cherche pas un jour à vouloir en savoir plus sur ses parents. Le fait de réussir à faire sortir Aram et Aurore d'ici pourrait être un avantage si jamais ils la retrouvent.

Laecia ricana d'un rire sans joie.

– Je doute qu'elle me pardonne un jour pour ce que j'ai fait mais pour le reste, qu'est-ce que vous insinuez ?

Line écarta ses bras comme si la question lui semblait idiote.

– N'avez-vous pas envisagé cette possibilité ? Fit-elle d'une voix un peu hautaine. Si Felicia est votre fille, il est fort probable qu'elle ait hérité de vos dons fantastiques. Dans le cas où nous n'arrivons décidément pas à faire sortir Hystoria d'ici. Avoir une magicienne sans doute aussi puissante que vous voir plus pourrait être un atout non négligeable. Et ne venez pas me dire que vous refusez catégoriquement qu'elle devienne une cible, si ça se trouve, elle aura une grande envie d'aller botter le cul de Reiyan… Voilà pourquoi j'ai abordé le sujet Dame Laecia ! À présent, nous sommes sur un pied d'égalité. Moi je veux faire sortir Hystoria d'ici et vous, vous avez la perspective d'avoir une chance de revoir votre enfant. Dans les deux cas, notre alliance est profitable ! Mais il nous faut obligatoirement Aram et Aurore ! Mais parlons d'eux justement. Il serait peut-être temps de nous préparer pour la suite de l'opération ! À défaut de compter sur moi, Aram et Aurore comptent sans le savoir sur votre plan démentiel et il a intérêt, je me répète, à réussir…

Laecia regarda son interlocutrice à un instant avant de sourire ironiquement.

– Vous êtes une sacré tacticienne Line vel Arkant. J'avoue vous avoir sous-estimé. Bien entendu, je ne compte pas abandonner Aram et Aurore à ce fou furieux qu'est Reiyan. Je n'ai pas trahis Sa Majesté Nausicaa il y a huit ans pour voir le prince et la princesse d'Hyrule servir de cobaye ou je ne sais quoi. Stopper à la fois les Chevaliers et Sanglance ne va pas être une partie de plaisir et je me range à votre avis nous avons besoin d'Aram et d'Aurore. Cette perspective n'avoir l'occasion de porter un coup à mes ennemis m'excite au plus haut point…

Un sourire macabre se dessina sur les lèvres de Laecia.

– Sur ce Line, retrouvons-nous dans les geôles du complexe d'ici deux heures ! J'ai deux trois détails de la plus importance à régler… Nos chers gardiens vont avoir droit à une petite surprise qu'ils ne sont pas prêts d'oublier…


Bonjour ! Comment allez-vous ?

Cela va faire bientôt deux mois que je n'ai pas posté (vacance oblige) mais j'ai aussi eu du mal à écrire ce chapitre. Alors comme d'hab, j'ai fait beaucoup plus long que prévu mais il était important de bien définir certaines bases avant de conclure l'arc.

Car oui, l'arc n°2 : Ombres Nocturnes va bientôt se terminer. Je sais pas dans combien de chapitres encore mais on approche de la fin de cette longue partie.

Sinon qu'avez-vous pensez de ce chapitre et du retour de Laecia dans l'histoire ? J'espère que ça ne vous a pas trop fait mal de voir qu'Aram et Aurore n'ont strictement rien pu faire... Enfin bon, vous verrez bien ce qui se passera dans le prochain chapitre. ^^

Sur ce, à bientôt ;)