Bonjour !
Je vous annonce que j'ai (enfin) bouclé l'écriture de cette histoire, qui comporte donc 25 chapitres et un épilogue. Souhaitez-vous que j'accélère le rythme de publication ou que je reste à un chapitre par semaine ? (pour certaines raisons que je détaillerai plus tard, je ne vais pas me lancer immédiatement dans l'écriture de la troisième partie.)
Elysium
Chapitre 23
"With mirth in funeral and with dirge in marriage."
"Avec gaieté aux funérailles et chant funèbre au mariage."
Hamlet, acte I, scène II
oOo
« Je reviens, » murmura Emma à Regina avec de s'éloigner à grand pas.
« Qu'est-ce que... » commença cette dernière, mais c'était trop tard : Emma avait disparu.
Regina se demanda pourquoi elle avait filé de la sorte avant de remarquer qu'Hadès avait lui aussi disparu. Elle songea à instant à lui courir après mais renonça : elle devait encore tirer plusieurs choses au clair, et plus particulièrement avec Rigel.
Héra formait un maigre bouclier protecteur entre Zeus, toujours assis la tête entre les mains, le corps agité de spasmes, et les autres dieux. Athéna en particulier était complètement retournée. C'était la première fois que Regina la voyait dans un état pareil, même si elle n'était pas vraiment étonnée. Apprendre qu'elle avait accusé son meilleur ami d'un crime qu'il n'avait pas commis pendant des années avait dû faire voler son monde de certitudes en éclat.
« Où est Hadès ? » demanda t-elle.
Zeus releva légèrement la tête et laissa échapper un petit rire amer.
« Probablement en train de savourer ses derniers instants. »
Cette remarque fit sursauter Zelena.
« Quoi ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
Mais elle avait compris, bien sûr. En fait, ils avaient tous compris, même si certains, Athéna en tête, refusaient de se l'avouer.
« Hadès a utilisé le Cristal Olympien quand il a crée Pandémonium, » expliqua Zeus, bien que c'était inutile. « Il s'est condamné en toute ignorance... exactement comme moi. »
Héra jeta un regard désolé à Zelena dont Regina peina à déterminer la véritable signification. Sa sœur baissa la tête et décampa à toute allure, sans doute pour pleurer là où personne ne la verrait.
Athéna vint se planter devant Zeus et bouscula Héra, les poings sur les hanches.
« Comment as-tu pu nous mentir à ce point pendant toutes ces années ? » rugit-elle.
Ses cheveux bouclés étaient en pétard et ses yeux verts lançaient des éclairs. Visiblement, faire preuve de sagesse et de calme ne faisait plus partie de ses priorités.
« Athéna... » tenta de la calmer Apollon, avec cependant peu de conviction.
« Quelle importance ? » soupira Zeus. « Je vais mourir. Ce n'est plus qu'une question d'heures... »
« Alors c'est tout ? Tu ne cherches même pas à te justifier ? Tu as tué ton père et tu as fait porter le chapeau à Hadès ! Tu... »
« Je ne suis pas quelqu'un de bien, Athéna, je le reconnais, mais Hadès est loin d'être une simple victime innocente dans cette histoire. Oui, j'ai menti et j'ai manipulé, mais n'a t-il pas fait la même chose ? Il a cherché à me renverser, il a refusé la main que je lui tendais à plusieurs reprises... en fin de compte, c'est notre hybris qui nous a perdus. J'imagine que ce n'est que justice que nous le payions de notre vie... »
Cette fois, Athéna ne trouva rien à répondre. Regina croisa le regard de Zeus. Elle fixait celui-ci avec un mélange de dégoût, de pitié et de fascination. Elle peinait à croire qu'elle n'avait été qu'un simple pion sur un gigantesque échiquier dont il était le maître absolu. Ni elle, ni Emma, ni même Hadès n'avaient rien vu venir, rien deviné. S'il était parvenu à ses fins, Regina aurait qualifié Zeus de génie, tout simplement. Aucun de ses plans pour se débarrasser de Snow n'avait été aussi réfléchi et abouti. Il avait tout calculé, absolument tout, et n'avait fait aucune erreur. Comme il l'avait souhaité, Hadès avait complètement perdu les pédales. Comme il l'avait souhaité, Regina avait provoqué la destruction de Pandémonium. Comme il l'avait souhaité, Emma avait remporté toutes les épreuves qu'il lui avait imposées. Certes, il avait dû intervenir, mais ça aussi il l'avait prévu.
La seule chose à laquelle il n'avait pas pensé était paradoxalement ce sur quoi reposait tout son plan, à savoir l'existence d'une force assez pure pour venir à bout de la magie destructrice du Cristal Olympien.
Athéna, qui ne décolérait toujours pas, s'en prit cette fois à Poséidon.
« Tu étais au courant ? » lança t-elle, venimeuse.
Poséidon, effrayé par la fureur qu'il lisait en elle, fit un pas en arrière.
« Pas question d'être un lâche, cette fois, Poséidon ! Par ton inaction, tu es en grande partie responsable de cette situation, alors pour la dernière fois : tu étais au courant ? »
« Je me doutais qu'Hadès n'avait pas tué Cronos, » révéla t-il. « Mais je n'avais aucune idée de ce qu'il en était réellement. »
Athéna renifla avec mépris.
« Comme toujours, tu as préféré te taire plutôt que de faire éclater la vérité... »
« Ne me mets pas tout sur le dos ! » rétorqua sèchement Poséidon. « Je l'admets, je suis un lâche. Je l'ai toujours été, et je le serai toujours. Je ne voulais pas risquer de me brouiller avec Zeus en soutenant Hadès, et inversement, alors je suis parti. Mais toi, Athéna, qui prétendais être sa meilleure amie, tu n'as pas hésité une seule seconde à lui jeter la pierre ! »
« Tu es son frère ! »
« Il a toujours été bien plus proche de toi que de moi ! »
« Je... »
« ASSEZ ! »
Regina sursauta. Séléné et Hélios, qui se faisaient habituellement très discrets, avaient élevé la voix. Les autres dieux leur jetaient des coups d'oeil coupables : ils regrettaient probablement de ne pas les avoir crus quand ils avaient clamé l'innocence d'Hadès.
« Toutes ces disputes sont futiles, à présent, » dit Séléné.
« Nous sommes sur le point de perdre deux membres de notre famille, » poursuivit Hélios. « Nous ne devrions pas nous quereller ainsi. »
Le visage d'Athéna perdit soudainement toutes ses couleurs. Comme si elle n'avait plus la force d'être furieuse, elle baissa la tête et s'éloigna de quelques pas, complètement désemparée. Sous le regard insistant de Séléné et Hélios, les dieux et héros consentirent à laisser Zeus tranquille. Héra, qui versait quelques larmes, s'assit à côté de son mari, passa un bras autour de lui et enfouit la tête dans son cou. Une expression d'intense regret était visible sur son visage. Il ferma les yeux et l'embrassa sur le front.
Quelque chose dans cet étrange spectacle serra le cœur de Regina. Tout comme Hadès, Zeus avait un nombre incalculable de défauts. Tout comme Hadès, il était responsable de sa mort et elle était bien évidemment furieuse contre lui pour cela. Pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir de la peine pour lui. Il avait l'air si faible, si impuissant... rien avoir avec l'image de puissance qu'il renvoyait encore quand elle était arrivée à Elysium. Elle était certaine que sous toutes ces couches d'hybris, il avait un cœur – encore un autre point commun avec Hadès. Lily était sans doute parvenue aux mêmes conclusions : serrée contre August, elle observait son père avec méfiance, comme si elle n'arrivait pas à déterminer ce qu'elle pensait exactement de lui.
Il y avait une autre personne qui était bien difficile à cerner, et c'est vers celle-ci que Regina se dirigea. Rigel s'était assis dans les gradins à l'écart du groupe, le regard tourné vers le ciel.
« Rigel ? »
Il braqua ses yeux d'opale sur elle.
« Tout va bien ? »
Il ne répondit pas et se contenta de tourner la tête dans la direction de Zeus.
« Je pensais que je faisais le bon choix... » murmura t-il. « Je voulais tellement l'aider... vous aider vous aussi, d'une certaine manière. Je voulais que la malédiction soit brisée. Je pensais que je servais le plus grand bien... »
Elle posa la main sur son épaule pour le réconforter.
« Mais tu as eu des scrupules, n'est-ce pas ? Tu étais au courant du plan de Zeus... tu savais ce qui allait m'arriver, mais tu as douté. »
Une grimace amère étira ses lèvres.
« Tu as demandé à Morphée de m'envoyer ces rêves pour me prévenir de ce qui m'attendait, » poursuivit Regina. « Mais ça n'a pas marché... j'étais toujours déterminée à briser ce Cristal. Alors quand nous étions sur le point de nous introduire dans la Ruche, tu as essayé de m'arrêter. »
Elle se rappelait parfaitement de l'instant où le chat Pito s'était jeté devant elle avant de miauler avec force, la suppliant de ne pas faire un pas de plus... elle n'avait pas compris, bien sûr, comment l'aurait-elle pu ? »
« Je savais que vous deviez mourir pour le plus grand bien, » lâcha Rigel. « C'était ce que Zeus me répétait sans cesse... le plus grand bien... son expression favorite. Mais... une part de moi savait que ce n'était pas bien. Ça n'a servi à rien... vous êtes morte quand même, et j'ai tenté de me convaincre qu'il était trop tard pour regarder en arrière, que j'avais fait le bon choix. »
Une ombre passa sur son visage.
« Savez-vous quel est le pire dans cette histoire ? »
D'un léger mouvement de tête, elle lui fit signe que non, l'encourageant à continuer.
« Je n'arrive même pas à le détester. C'est exactement comme avec mon père... j'étais en colère, je savais que rien ne pourrait jamais redevenir comme avant tout en sachant que je ne pourrais jamais le haïr totalement... c'est mon père. Il n'a pas que des mauvais côtés, je suis bien placé pour le savoir. »
Regina plaignait sincèrement Rigel. Même s'il semblait bien plus vieux qu'il ne l'était réellement, il restait néanmoins un adolescent qui avait dû bien malgré lui se comporter en adulte.
« Je suis désolé, » offrit-il. « Pour ce qui vous est arrivé. Vous méritiez mieux. Beaucoup mieux. »
Il lui offrit un petit sourire triste, qu'elle lui rendit.
« Je devrais aller voir Lyra, » murmura t-il. « Ces prochaines heures n'auront rien de très joyeux... »
Regina le regarda s'éloigner le cœur lourd.
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Sonnée, Lyra s'était assise à même le sol et jouait avec une mèche de ses cheveux en fixant Zeus et Héra. Elle ne parvenait pas à détacher son regard des deux dieux qui semblaient unis dans leur chagrin. Héra avait-elle déjà commencé à faire son deuil ? Intérieurement, Lyra l'admirait encore un peu plus : malgré tout ce qu'il lui avait fait, elle n'avait jamais cessé de l'aimer et semblait décider à rester près de lui jusqu'à la fin.
Mais au fond, n'était-elle pas dans la même situation ? Hadès lui avait menti toute sa vie et il avait fait des choses terribles, pourtant elle savait qu'elle ne pourrait jamais cesser de le voir comme son père. Elle ne parvenait toujours pas à saisir la portée de ce que Zeus leur avait révélé.
Hadès était lui aussi mourant. Son père allait mourir. Tout ça ressemblait à un horrible cauchemar à côté duquel Pandémonium était un véritable paradis.
Henry, Grace et Violet étaient assis autour d'elle, lui offrant leur soutien silencieusement. Lyra leur en était reconnaissante : elle n'avait absolument pas envie de parler. Mettre des mots sur ce qui se passait ne ferait que rendre la situation encore plus réelle.
Pandore, qui était assise non loin de Zeus, s'approcha d'eux, la mine sombre.
« Vous saviez ? » fit Lyra en guise de salut.
Elle la suspectait depuis longtemps de savoir plus de choses qu'elle ne voulait bien l'avouer.
« Je me doutais que la version officielle de la mort de Cronos n'était pas la vérité, » admit-elle. « Je me doutais aussi que quelque chose clochait chez Zeus. »
« Vous auriez pu nous le dire, » répondit-elle avec mauvaise humeur.
Pandore ne cilla pas.
« J'aurais pu, » convint-elle. « Mais cela aurait-il changé l'issue de quoi que ce soit ? »
Elle avait raison, bien sûr. Il n'y avait pas de traitement à l'étrange mal qui rongeait Zeus et Hadès, tout comme rien n'avait su venir à bout de leur hybris – ni l'amour d'Héra, ni celui de Zelena, ni quoi que ce soit d'autre.
Pandore s'agenouilla face à la Lyra, qui peinait à retenir ses larmes.
« La connaissance est le plus grand des fardeaux, » soupira t-elle. « Je suis navrée, Lyra. »
Puis, elle se redressa et s'éloigna après avoir lancé un dernier regard à Zeus. Lyra laissa Henry la prendre dans ses bras.
« Je suis tellement désolé, Ly... »
Grace et Violet l'étreignirent à leur tour. Tout ça lui rappelait bien trop la prétendue mort de Rigel à Pandémonium. Alors qu'elle pensait à son frère, celui-ci se dirigeait vers elle d'un pas hésitant.
« Lyra ? »
Elle s'écarta de Grace. Leurs yeux se croisèrent, comme quatre petites étoiles brillantes. Lyra en voulait toujours à Rigel pour lui avoir fait croire qu'il était mort, pour s'être laissé séduire par les belles paroles de Zeus, pour avoir joué un double-jeu, pour ne pas lui avoir dit la vérité.
La connaissance est le plus grand des fardeaux, avait dit Pandore. Elle avait probablement raison, mais en cet instant, rien de tout ça n'importait plus. Rigel était son frère, et elle avait besoin de lui. C'était tout ce qui comptait.
Alors Lyra courut se jeter dans ses bras, et tous les deux pleurèrent ce père qui leur serait bientôt arraché.
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Lily observait Zeus grimacer de douleur sans savoir quoi faire. Elle ne parvenait tout simplement pas à le voir comme son père alors qu'à peine quelques heures plus tôt, il était seulement un dieu avide de pouvoir qui ne lui inspirait aucune confiance. Il murmura quelque chose à l'oreille d'Héra qui hocha la tête puis passa un bras autour de sa taille pour l'aider à se lever. Constatant qu'ils étaient en difficulté, Poséidon s'empressa d'aller aider son frère. Lily comprit qu'ils allaient rentrer au palais.
« Il serait plus sage de se téléporter... » fit remarquer Poséidon.
« Non, » coupa Zeus dans un grognement de douleur. « Je veux voir l'Olympe... une dernière fois. »
Ce que ça impliquait, à savoir qu'il n'en avait plus pour longtemps, la fit frissonner.
« Apollon, » appela t-il d'une voix faible.
Celui-ci s'approcha de lui en silence.
« J'aimerais que tu ailles à Elysium et que tu fasses passer le message... mes enfants... j'aimerais leur dire au revoir. »
Apollon écarquilla les yeux.
« A Elysium ? Mais... »
« Cette interdiction d'y entrer n'a plus lieu d'être... ça n'a plus aucune importance... »
Sur ces paroles, il se mit péniblement en route, toujours soutenu par Poséidon et Héra. Troublé, Apollon commença lui aussi à s'éloigner en direction d'Elysium.
« Attends ! » s'écria Athéna. « Je vais venir avec toi. »
Lily resta plantée là sans vraiment savoir quoi faire. Devait-elle rentrer à Elysium et faire comme si rien de grave n'était en train de se passer ? Elle détestait Hadès, elle se moquait bien qu'il soit en train de mourir.
Elle n'aimait pas Zeus, et elle savait qu'elle ne devrait pas se soucier de ce qui lui arrivait, mais voilà : il était son père, ce père qu'elle avait cherché désespérément.
Zeus était son père, et lui aussi allait mourir.
Sans réfléchir, elle se dirigea vers le palais, Maleficient et August sur les talons. Celui-ci lui attrapa le bras.
« Comment tu te sens ? » demanda t-il doucement.
« Franchement ? Je n'en sais rien. »
Elle ne mentait pas : elle était incapable d'y voir clair dans ce qu'elle ressentait, et ça ne s'arrangea pas quand elle parvint à destination. Tandis que Zeus, Héra et Poséidon entraient dans le palais, elle s'assit sur le rebord de la fontaine qui se trouvait devant celui-ci et croisa les mains sur ses genoux, pensive. Elle remarqua que les autres dieux et les héros qui avaient fait le déplacement firent eux aussi le choix de ne pas entrer, à l'exception de Persée et Héraclès. Elle se demanda pourquoi avant de se rappeler qu'ils étaient les enfants de Zeus.
« Est-ce que je devrais aussi entrer ? » demanda t-elle.
« C'est à toi de prendre cette décision, » répondit Maleficient d'une voix douce.
« Hmm... »
Retrouver son père... elle en avait tellement rêvé – la désillusion en avait été d'autant plus grande. Zeus n'avait rien du héros qu'elle s'était plue à imaginer.
« C'est cruel, » lâcha t-elle. « Peu importe ce que je pense de lui... presque au moment où je le retrouve, j'apprends qu'il va mourir. »
Elle n'aurait même pas le temps de décider si elle était prête à faire abstraction de la montagne de défauts qu'il avait, si elle avait envie de faire sa connaissance. C'était injuste, presque plus injuste que la façon stupide dont elle était morte.
Apollon et Athéna refirent leur apparition. Des dizaines de héros les suivaient, dont certains qu'elle n'avait jamais vus. Elle écarquilla les yeux. Zeus avait-il vraiment tant d'enfants ?
Au cours des deux ou trois heures qui suivirent, ils se rendirent par petit groupes de deux ou trois à l'intérieur du palais pour dire au revoir. Lily les regardait faire, toujours indécise. Elle le savait, il fallait qu'elle se décide rapidement. Il ne restait pas beaucoup de temps. Après les héros, ce fut au tour des dieux d'entrer pour faire leurs adieux. Elle avait les mains moites et le souffle court. Que pourrait-elle bien lui dire ? Et lui ? Mais si elle restait plantée là, ne finirait-elle pas par le regretter ?
Ni Maleficient, ni August ne pouvaient lui être d'aucun secours, exactement comme le jour où cette épée lui avait transpercé le ventre. Cette fois encore, elle était seule. Apollon et Athéna sortirent à leur tour du palais, le visage sombre. La trahison se disputait visiblement au chagrin.
Au bout du compte, ce fut l'apparition de Rigel qui la décida. Le Prince-Lumière, après avoir fait un petit signe de tête à Lyra, Grace et Violet, s'avança seul vers l'entrée.
« Rigel ! » lança Lily sans réfléchir.
Celui-ci se figea et lui lança un regard interrogateur.
« Je vais venir avec toi, » reprit-elle en le rejoignant.
Elle ne savait pas du tout ce qu'elle était en train de faire, elle agissait par instinct. Heureusement, Rigel ne posa aucune question et se contenta d'acquiescer, le visage de marbre. Lily déglutit difficilement alors qu'ils marchaient dans les couloirs sombres. Elle avait du mal à réaliser que l'adolescent à ses côtés était en réalité son cousin. La simple pensée qu'Hadès, la personne qu'elle exécrait le plus au monde, était son oncle la révulsait.
Après de longues minutes qui lui parurent pourtant trop courtes, tous deux arrivèrent devant la porte de la chambre de Zeus. Elle était entrouverte et Rigel la poussa doucement. Bien malgré elle, Lily ne put s'empêcher de ressentir de la tristesse face au spectacle qui se dessinait sous ses yeux.
Poséidon se tenait dans un coin de la pièce, la tête baissée, mais elle manqua de ne pas le voir : toute son attention fut captée par Héra. A genoux sur le sol près du lit, elle serrait la main de Zeus dans les siennes et ses yeux étaient noyés de larmes. Lily eut la désagréable impression d'interrompre quelque chose.
« Je suis désolé, » dit Zeus. « Je n'ai pas été un bon mari. »
Le fait qu'Héra ne le démente pas avait quelque chose de très déprimant.
« Tu as fait de ton mieux... » répondit-elle en pressant sa main contre sa joue.
Zeus remarqua alors leur présence et se redressa difficilement. Lily ne savait pas où se mettre et fut reconnaissante à Rigel de s'avancer le premier. Son cousin s'assit sur le lit.
« Je suis désolé, » dit-il.
Cela eut l'air d'amuser Zeus.
« Tu ne tiens ni de ton père, ni de moi. Nous ne nous excusons jamais pour nos crimes, alors que tu t'excuses pour des événements dont tu n'es en aucun cas responsable. »
Lily s'était toujours méfiée de Rigel parce qu'il était le fils d'Hadès mais il était vrai que sur certains points, il n'avait vraiment rien à voir avec son père.
« Je n'aurais pas dû te mentir, » reprit Zeus.
Rigel soupira longuement.
« Ça n'a plus vraiment d'importance, pas vrai ? »
« Non, » lui accorda Zeus en souriant tristement. « Ça n'a plus d'importance. »
Il lui pressa brièvement le bras.
« J'ai été heureux de faire ta connaissance. »
« Moi aussi, mon oncle. »
Il se mordit la lèvre et s'écarta pour lui laisser la place. Lily s'assit à son tour sur le bord du lit et n'osait pas croiser le regard d'Héra. C'était particulièrement gênant d'avoir conscience de n'exister que parce que Zeus avait trompé sa femme, laquelle se trouvait présentement à moins d'un mètre d'elle.
Alors qu'elle observait Zeus, elle se rendit compte qu'elle ne le connaissait pas. Quand il venait passer un moment avec elle, c'était toujours lui qui posait les questions – elle se méfiait trop de lui pour avoir eu envie de lui en poser en retour.
« Vous auriez dû me le dire, » lui reprocha t-elle, brisant le silence. « Vous saviez que j'étais à la recherche de mon père... »
« J'aurais dû, » convint-il.
Elle l'observait attentivement, comme pour graver tous les traits de son visage dans sa mémoire. Tout ça lui laissait un goût de cendres dans la bouche. Elle avait retrouvé son père, et elle allait le perdre – la saveur du regret ne la quitterait jamais.
Zeus écarta légèrement les bras, hésitant, comme si il s'attendait à un rejet, et une part de Lily n'avait aucune envie de le laisser la toucher.
L'autre part lui rappela qu'il était son père, qu'il allait mourir et qu'elle ne le reverrait plus jamais, alors elle l'étreignit doucement.
« Je suis désolé, » lui murmura t-il.
Elle s'écarta de lui et hocha la tête, la gorge nouée.
Quelques minutes plus tard, elle retrouva Maleficient et August près de la fontaine. Elle les dévisagea en silence pendant une dizaine de secondes. Ses lèvres tremblaient.
Lily fondit en larmes et se jeta dans leurs bras.
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Depuis le toit du palais, Hadès observait les autres dieux et les héros présents en compagnie d'Emma. Cela faisait bien plusieurs heures qu'ils étaient assis là tous les deux, plusieurs heures passées dans un silence absolu. Et ça lui convenait très bien.
Il n'y avait rien à dire, après tout. Il était mourant. Toutes ces douleurs qu'il ressentait dans la poitrine avaient enfin pris un sens. Ses crises se rapprochaient, lui non plus n'en avait plus pour longtemps, il le sentait.
Il allait mourir. Il ne pourrait pas regagner la confiance de Zelena et de ses enfants, il n'en aurait pas le temps. Seraient-ils au moins prêts à le pardonner ? Il l'ignorait.
Il allait mourir. Comme Cronos et Zeus avant lui, il avait cédé à l'hybris. Il avait voulu un royaume où il serait tout puissant. Il l'avait eu.
Le prix à payer en serait mortellement élevé.
Hadès n'arrivait pas à trouver l'énergie nécessaire pour se lever, et pourtant il avait parfaitement conscience qu'il ne fallait pas qu'il gaspille les instants qu'il lui restaient. Il se sentait incroyablement vide.
Il était un dieu supposément immortel, et il allait mourir.
Il jeta un œil à la Sauveuse. Que pensait-elle en ce moment ? Elle ne l'aimait pas, il le savait, et à juste titre, pourtant elle avait choisi de rester avec lui, lui offrant un soutien silencieux. Emma était une héroïne, après tout. Peut-être pas aussi pure que Zeus l'aurait souhaité, mais c'était bien une héroïne qui trouverait sans nul doute sa place à Elysium quand l'heure serait venue.
« Hadès ? »
Il sursauta et se retourna. Héra le fixait, les yeux rouges.
« Il veut te voir. »
Il hésita. Avait-il vraiment envie de dire adieu à Zeus après tout ce qui s'était passé entre eux, après n'avoir été qu'une marionnette qu'il avait utilisée pour servir ses intérêts ? Emma lui fit un petit signe de tête encourageant et il consentit finalement à suivre Héra. Elle ne le suivit pas lorsqu'il pénétra dans la chambre de son frère.
Poséidon lui tournait le dos et regardait par la fenêtre. Zeus, allongé sur son lit, tremblait et transpirait à grosses gouttes. La douleur devait être insupportable.
Hadès vint s'asseoir sur le bord du lit et plongea son regard dans le sien, si différent, et pourtant si semblable. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais ne trouva rien. Il n'était plus temps d'écrire un nouveau chapitre de leur histoire – le livre était sur le point de se refermer.
Leur échange muet dura longtemps. Hadès y lut beaucoup de choses, mais par-dessus tout, il y vit le reflet d'une vie gâchée. Il se rappela l'époque où ils s'entendaient plutôt bien, avant que Cronos ne partage le monde, avant que la haine ne commence à le ronger, avant les mensonges, les trahisons, les complots.
Il n'aimait pas Zeus, plus maintenant, mais il se souvenait l'avoir aimé un jour. Sans doute en était-il de même pour le dieu agonisant.
« Mon frère, » parvint à articuler Zeus. « Resteras-tu avec moi ? »
Hadès recouvrit sa main de la sienne et acquiesça.
« Oui. »
Poséidon vint s'agenouiller sur le sol au bord du lit. Seul le bruit de trois cœurs qui battaient rompait le silence.
.
Un des cœurs s'arrêta de battre.
Le bruit qu'il faisait fut remplacé par celui de quelques larmes qui tombèrent sur le sol.
.
Hadès sortit du palais la tête basse, Poséidon et Héra sur les talons. Tout le monde se tut en le voyant arriver.
« C'est fini, » dit-il simplement.
Si c'était possible, il se sentait encore plus vide qu'avant. Ce frère qu'il avait tant haï, qu'il avait tant voulu détrôner... parti. Mort. Inexistant. Il vivait, et puis la seconde suivante, il avait disparu.
Le Cristal Olympien ne tuait pas. Il détruisait. Zeus n'était ni à Elysium, ni dans le pré de l'Asphodèle. Il n'était nulle part, il était maintenant tout et rien à la fois.
Et Hadès allait bientôt le rejoindre dans le néant. Par réflexe, il porta la main à son cœur.
« Tout sera bientôt fini pour moi aussi, » murmura t-il.
Quelqu'un se fraya alors un chemin à travers la foule et vint se planter devant lui. Il croisa le regard désemparé de Zelena.
« Tu ne peux pas mourir, » dit-elle, la voix tremblante.
« Zelena... »
« Tu ne peux pas... »
Il lui caressa doucement la joue.
« Je suis désolé, » répondit-il sincèrement. « J'aimerais qu'il y ait un moyen de... »
« Je suis enceinte, Hadès ! » le coupa t-elle.
Sous le choc, il vacilla légèrement.
« Quoi ? »
« C'est Héra qui me l'a dit. C'est la Déesse du mariage, elle ne peut pas se tromper... je suis enceinte. »
Ses jambes se dérobèrent sous lui et il tomba à genoux. Les mots se coincèrent dans sa gorge.
Des larmes coulèrent.
Au-delà du jeu de mots humoristique, Pito vient de Pytho, le nom archaïque de Delphes où siégeait la Pythie, l'oracle du temple d'Apollon.
