Chapitre 37 : Sortir du brouillard
Dans l'arène…Annie qui explosait, Finnick tuait Eiffie…
Et Peeta ! De nouveau ce regard plein de haine qui semblait dire qu'il me voyait telle que j'étais, comme je m'étais sentie dans le sous-sol de Tigris : Brutale, méfiante, manipulatrice, mortelle.
Nous avions rompu ce pacte, celui de toujours nous protéger l'un l'autre, depuis son enlèvement lors de l'expiation par le Capitole. Ce dernier avait enfin gagné et tentait d'obtenir le dénouement qu'il n'avait pas eu lors de nos premiers jeux, de faire en sorte de nous laisser nous entre tuer. Nous représentions l'un est l'autre une arme mortelle et seule la force, l'astuce, la ruse ou la chance de l'un de nous finirait par donner son gagnant au Capitole.
Puis un flash ! Un flash de Peeta et moi au bord du lac, ce jour-là, où nous nous étions donnés l'un à l'autre pour la première fois, où nous ne faisions qu'un, où l'amour nous avait emporté, durant quelques heures, hors de nous-même, hors du temps qui s'était figé et loin des douleurs silencieuses de chacun.
- Katniss ?
Katniss, vous voulez bien essayer de me faire partager vos pensées s'il vous plait ?
Le Docteur Aurélius s'occupait de moi depuis deux semaines maintenant. J'étais toujours à l'hôpital. Je devais rester alité. Le bandage autour de ma tête me faisait ressembler à un fakir. Un fakir, j'avais vu une image, une fois dans un livre d'histoire, un vieux livre, qui bien évidement n'était pas autorisé pour l'enseignement, étant donné que seule l'histoire de Panem comptait depuis la « terrible guerre et les jours obscurs ». Ils devaient estimer qu'il ne servait à rien de nous apprendre ce qu'était le reste du monde. Après tout pourquoi faire ?
- Katniss, si vous ne me parlez pas, je ne pourrais pas vous aider vous le savez.
Je vous ai toujours laissé une certaine liberté après l'exécution de Coin, en guise de respect, pour tout ce que vous aviez vécu et parce que je savais que nous n'étiez absolument pas folle à lier.
Mais là les choses sont différentes, plus graves.
- Toujours les mêmes rêves Docteur…depuis mon retour…
- Non Katniss, nous en avons déjà parlé ! Depuis votre réveil.
- Si vous voulez, peu importe.
Je ne savais pas si je pouvais lui faire confiance. J'étais toujours relativement confuse depuis ce qu'il s'évertuait d'appeler mon « réveil ». Moi je restais au fond, intimement persuadée qu'on nous avait sauvé, je ne sais trop comment, des griffes de notre bourreau, mais que celui-ci rodait toujours, à l'affut, n'en ayant pas terminé avec nous.
J'avais pu voir Gale, Johanna, Annie et Haymitch deux jours après mon « réveil », quand les médecins avaient estimé que j'étais dans une phase suffisamment calme pour le supporter. Gale et Johanna étaient blessées, mais m'avaient expliqué que c'était lié à l'explosion. Annie était égale à elle-même, douce et surtout heureuse de me savoir tirée d'affaire sur le plan médical, quant à Haymitch, il allait très bien ! Oui, lui aussi avait été blessé lors de l'explosion, mais il n'avait nullement été opéré, ni sur le point de passer l'arme à gauche. Ils semblaient tous contents de me voir en vie, mais leurs visages portaient une ombre. Ils disaient que c'était de l'inquiétude. Pour moi ça ne faisait que confirmer que, non, je n'avais pas tout imaginé. Ma mère restait constamment à mes côtés, s'absentant pour aller se reposer et Haymitch prenait le relais, ou Annie.
Je n'avais pas revu Peeta depuis et je m'en trouvais soulagée. Haymitch avec son tact habituel (le même que le mien), m'avait sermonné et tenté de me secouer en me disant que Peeta était dévasté par la situation, qu'il comprenait désormais ce que j'avais dû supporter, quand c'était lui qui était dans cet état et qu'il se demandait comment j'avais fait pour surmonter cela. Haymitch me disait que j'étais injuste de lui faire endurer ça, à lui, qui avait été tellement affecté et s'était tellement battu pour qu'enfin je l'autorise un jour à s'approcher de nouveau de moi. Il tenta par tous les moyens, de me faire comprendre que j'avais tout imaginé durant mon coma, mais je restais sur mes gardes. C'était, comment dire, viscéral. Une alarme était sans cesse allumée dans ma tête.
Il fit venir Cressida. J'eu du mal à apprécier le plaisir de sa présence, compte tenu des circonstances, mais elle voulait me montrer et m'aider à décrypter les images qu'elle et Pollux avaient filmés lors de la cérémonie, afin de m'aider à comprendre ce qu'il s'était passé. Haymitch et les autres devaient certainement penser que cela serait bien, que quelqu'un de confiance comme elle se charge de cette tâche. Si j'acceptais l'idée de l'explosion, je n'acceptais en revanche toujours pas l'idée de ne pas être partie en mission avec l'escouade. Gale m'assura pourtant qu'il n'existait aucune Constance, ni aucun Flynn et pas plus de Clavius ou d'Angus qui comptaient parmi ses rangs. Qu'essayent t'ils de faire ? Faire en sorte de m'épargner, en me faisant croire que cela ne s'était jamais produit ?
Beetee et Paylor eux aussi étaient venus me voir. Ils m'expliquèrent encore une fois, que lorsque j'avais abattue ma masse sur l'endroit où je devais le faire, cela avait déclenché un piège qui servait de protection au palais, mais qu'ils n'avaient pas réussi à déterminer si cela était un accident ou un acte intentionnel.
Les commémorations avaient été suspendues évidement et reportées à une date ultérieure. Mais le palais, après avoir subi une inspection minutieuse, pour relever tous les indices possibles, avait quand même été détruit. Ils ne voulaient pas laisser ce symbole perdurer plus longtemps. Dans les Districts et malgré l'interruption subite des commémorations, les destructions avaient malgré tout commencé. Après tout, nous n'allions pas laisser le pays s'arrêter de vivre parce que j'étais sur un lit d'hôpital. Une fois encore, je trouvais cela un peu gros qu'une telle chose ait pu se produire, malgré la présence de la supposée sécurité renforcée autour de nous et que nous ne sachions rien de plus, compte tenu des technologies dont nous disposions. Et de devoir accepter le fait que nous ne soyons pas intervenus pour débusquer le ou les responsables, impensable !
Comme je continuais à m'entêter dans ma version des faits le Docteur Dernot décida de faire appel au Docteur Aurélius, là encore un visage familier pour m'aider à faire le tri dans mes pensées parasites et me faire revenir à la raison. Le Docteur Aurélius m'expliqua, qu'en quelque sorte les souvenirs que pensais avoir, alors que j'étais dans le coma, m'avaient conditionné, cependant de manière moins invasive que le conditionnement qu'avait subi Peeta, qui, lui, était bien réel. Il laissait entendre que ce n'était pas de ma faute, mais que le cerveau avait ses mystères et que l'hémorragie que j'avais subie, était surement à l'origine du désordre que je vivais à l'heure actuelle.
Tous les trois jours je devais passer un scanner de contrôle afin de voir si l'hémorragie continuait de bien se résorber, en plus d'autres examens plus poussés, pour voir, d'après mes médecins, qu'elles étaient les zones de mon cerveau qui étaient activées, au moment où je mettais en route le processus de souvenirs « non réels », que je disais avoir vécus. Des foutaises, voilà tout. Je sentais qu'on me cachait quelque chose.
- Pourquoi peu-importe Katniss ? Vous ne souhaitez pas que je vous aide ?
- Je n'en sais rien. Je veux que cela s'arrête et rentrer chez moi.
- Vous le pourrez, si vous me laisser faire mon travail.
- Et bien faites, puisque visiblement je n'ai pas le choix !
- Ce n'est pas comme ça que cela fonctionne et vous le savez.
Je ne peux faire mon travail, à savoir vous écouter, analyser et vous aider à démêler le vrai du faux si vous refusez de jouer le jeu, vous ne pouvez pas rester passive.
Ce mot m'énerva instantanément
- Passive ? Mais personne ne me laisse être passive depuis des années !
J'ai tout fait, tout subi, et quand je pensais avoir enfin un peu de répit, ça recommence !
Passive ? Mais j'aimerais l'être ! Je n'ai jamais demandé à vivre tout ce qui m'arrive, je n'ai jamais voulu devenir un symbole.
Je n'ai pas eu le choix.
L'ai-je vraiment eu une fois seulement ?
- Eh bien, oui, à mon sens, vous l'avez eu à plusieurs reprises :
Vous pouviez exécuter Snow, vous avez choisi de tuer Coin.
Vous avez eu le choix de vous laisser aller vis-à-vis de votre relation avec Peeta, de continuer à croire en lui quand il était au plus mal et de l'aider à revenir et de vous autoriser à avoir une vie sentimentale, ce que jusque-là, vous refusiez.
Et si nous devions aborder ce qui nous préoccupe maintenant : Vous aviez le choix de refuser cette mission avec votre « escouade ».
Vous pouviez rester en retrait, mais vous avez, enfin, vous pensez, avoir dû aller au-devant du danger, car c'est ce qui vous anime.
Vous avez cet instinct en vous.
- Non, c'est comme lorsque je me suis portée volontaire pour devenir tribut à la place de ma sœur.
Ils avaient fait du mal, encore. Haymitch était dans le coma, dans un état grave et je devais y aller, pour lui.
- Oui, pour protéger ceux que vous aimez, mais il n'en reste pas moins que c'est un choix.
Et aujourd'hui vous avez de nouveau un choix à faire : Soit celui de rester sur ce que vous pensez avoir vécu, soit de nous faire confiance et de croire en la vérité que nous tentons de vous montrer et quand je dis « nous », je parle à la fois des médecins mais aussi de vos proches.
Vous savez, je pense comprendre pourquoi vous vous enfermez dans ce rêve.
Vous avez perdu beaucoup lors de la guerre, mais, ni plus, ni moins que d'autres qui eux ont perdu leur famille entière, comme Peeta par exemple.
Vous avez tenté de vous reconstruire depuis un an dans le douze, en créant une sorte de famille.
Et puis ce terrible évènement est arrivé et a fait ressurgir vos peurs les plus primaires, que vous avez en vous depuis la mort de votre père.
Ce que vous m'avez décrit, des épreuves que vous pensez avoir subies, n'est pas anodin.
Première épreuve : Vous êtes confrontée à Rue et votre soi-disant incapacité à sauver ceux que vous aimez.
Vous n'avez pas pu sauver votre père, mais vous n'auriez rien pu faire.
Vous pensez ne pas avoir pu sauver votre sœur, mais là encore son destin n'était pas entre vos mains, et pour Rue en un sens c'est pareil.
Ce n'est pas vous qui avez choisi de la mettre dans cette arène.
Vous avez pris sur vous de vous occuper d'elle, mais vous ne pouviez pas, à ce moment-là des jeux, la protéger indéfiniment, vous le savez.
Seconde épreuve, Haymitch ! Un homme qui vous a protégé depuis des années et qui s'impose maintenant à vous comme une figure paternelle.
Vous choisissez de vous sacrifier avec lui, car, lors de la mort de votre père vous auriez aimé mourir avec lui plutôt que d'endurer la souffrance de vivre sans cet homme qui était tout pour vous.
La perte de votre père, a, par ailleurs, engendré votre refus de vous laisser aller sentimentalement, avec qui que ce soit, ou d'envisager un jour une vie de famille.
Troisième épreuve, l'interrogatoire. Une transposition de ce qu'a pu vivre Peeta, et le fait de vous être sentie impuissante face à ce qui lui arrivait.
Vous pensez avoir été confrontée à toutes les vérités qui vous faisaient peur : la peur d'être une personne calculatrice, dénuée de sentiments, distante et égoïste.
Et pourtant, d'après votre récit, vous n'auriez pas répondu ce qu'ils voulaient entendre, ce qui laisse à penser que vous cherchez à vous battre contre vos peurs et aller de l'avant.
Même si vous me dites avoir avoué à vos « tortionnaires », être jalouse de la condition de Johanna, tout en étant, toujours selon vos dires, à bout de forces, vous avez demandé à être tuée.
On en revient là, à votre peur viscérale d'être parent et de perdre Peeta à cause de cela.
Votre inconscient créé des contradictions : vous dites ne pas vouloir d'enfants, mais pour éviter d'être abandonnée à cause d'un choix, qui est pourtant susceptible d'évoluer, vous préférez mourir.
Enfin dernière épreuve, l'arène.
Tous vos proches, à l'exception de votre père, qui pour une raison étrange n'était pas dans votre « rêve », sont présents dans une arène pour vous tuer.
Je l'analyse comme étant le reflet de la peur que vous éprouvez à perdre, une fois encore, un bonheur que vous essayez de chercher, surtout vis-à-vis de Peeta, qui est le point culminant des épreuves que vous pensez avoir endurées.
Tout ceci pour dire Katniss, que lors de votre coma, votre subconscient a fait l'amalgame de tout ce que vous avez vécu, l'a associé au choc physique, que vous veniez une fois de plus de subir.
Ce qui se passe maintenant, c'est que de vous enfermer dans cette fausse réalité vous permet rentrer de nouveau dans votre coquille, pour vous protéger du monde extérieur, car vous pensez que votre survie en dépend.
J'écoutais tout ce qu'il me disait. Par moment je ne voulais pas entendre, à d'autres je comprenais. Mes sentiments à l'égard de tout et de tout le monde, en particulier par rapport à Peeta, étaient sans dessus dessous. Et s'il avait raison ? Alors pourquoi sentais-je malgré tout cette alarme en moi qui me disait qu'on cherchait une fois de plus à me manipuler ?
Il se taisait maintenant, il avait les mains croisées sur son ventre, me regardant, guettant une réaction, analysant mes gestes. Je ne supportais pas qu'on me regarde sous toutes les coutures. J'avais une fois de plus l'impression de ne plus m'appartenir.
- Comment avez vu réussi à soigner Peeta ? Lui demandais-je
- Oh, ça m'a pris du temps, ça n'a pas été simple.
Son conditionnement avait été tellement violent, et ils avaient été tellement en profondeur dans son esprit, qu'il a fallu défaire les nœuds, les uns après les autres, progressivement, en douceur.
Mais vous, à la différence de lui, c'est que, même si vous êtes quelqu'un de très sensible, surement autant que lui, vous ne savez pas réagir à la douceur. Ce qui vous actionne, c'est lorsqu'on vous secoue.
- Je ne pense pas être aussi sensible que Peeta.
- Cela n'a rien d'étonnant, vous avez dépensé tellement d'énergie à vous construire une carapace, et passé tellement de temps à vous persuader que vous n'étiez pas une personne bien, aimante ou sensible qu'aujourd'hui, vous avez du mal à admettre ce que je vous dis.
Mais Katniss, il y a cependant une chose qui ne trompe pas, une chose que vous ne pouvez contrôler malgré vous, ce sont vos instincts.
L'instinct de protéger vos proches et de vous protéger vous-même, pour éviter une énième blessure, car vous vous savez sensible et vous faites tout pour gommer ce que vous considérez comme un défaut.
Et avec ce qui vient une fois de plus de se produire, il est normal que vous cherchiez à le faire et que cela soit si marqué, car vous avez gouté à une chose que vous n'aviez pas connu jusqu'à présent, aimer quelqu'un.
Aimer, au sens intime du terme.
Vous aimiez votre sœur, vos parents, vos amis, c'est un sentiment qui vient spontanément.
Le fait d'aimer Peeta, vous qui ne vouliez pas vous laisser aller à une telle faiblesse, et qui pourtant n'en est pas une, représente un danger.
Donc, quoi de plus facile que de penser que c'est Peeta LE danger, car en pensant cela, c'est plus simple pour vous de vous éloigner de lui et ainsi d'éviter de penser qu'un jour il risque de vous abandonner.
Et puis après tout, cela aurait pu être lui dans ce lit d'hôpital, encore du souci à se faire, encore peur de le perdre, lui, la première personne que vous laissez vous approcher comme personne auparavant.
Votre cerveau a transposé vos peurs en idées, notamment celle d'avoir vécu quelque chose qui pourrait sembler réel, simplement pour vous dire : Danger ! Il me faut de nouveau être impénétrable et me protéger de la moindre émotion.
Le choc reçu n'a été que le facteur déclencheur à tout cela.
- Ça ne répond pas à ma question Docteur, comment avez-vous soigné Peeta ? Dis-je agacée, car je ne voulais pas admettre qu'il avait touché des points sensibles avec son charabia de psy.
Il eut un sourire.
- En effet.
Avec Peeta, le principal problème venait des souvenirs qu'il avait de vous. Mais en même temps et grâce au travail effectué sur lui dans le treize, ainsi qu'à votre expédition avec l'escouade star lors de l'assaut final, il avait décidé de se battre, car il voulait, malgré sa peur, vous retrouver.
J'aurais voulu pouvoir travailler d'une autre façon, qui m'aurait permise d'aller sans doute plus vite avec lui, mais vous aviez été renvoyée dans le douze, en exile.
Donc nous avons travaillé à partir de photos, de vidéos, les mêmes que celles que le Capitole avait utilisé contre lui.
C'est pour ça, que pour vous, je voudrais faire ce que je n'ai pas pu faire avec Peeta, c'est-à-dire travailler sur des choses concrètes.
- C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire de vous mettre en présence de lui directement !
