Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
Chapitre vingt-neuf
Bella
J'en avais marre d'attendre dans cet arbre qu'il se passe quelque chose. J'en avais marre de servir de festin aux insectes, et j'en avais marre d'avoir chaud et d'être en sueur. Je souhaitais que quelqu'un vienne briser la monotonie, mais dans ce cas, je serais forcée d'agir.
Bien sûr, c'était de ma faute si j'étais dans cette situation difficile et plus j'y pensais, plus je me sentais mal. En fait, j'avais honte de moi. J'avais tout foutu en l'air et tout ça pour une crise d'adolescence.
Maman et papa avaient été gentils avec moi, plus que je ne l'avais jamais imaginé, et qu'avais-je fait pour les remercier ? Je m'étais comportée en salope, stupide et égoïste. J'avais trouvé des raisons pour me disputer avec mes deux parents, refusant de voir qu'ils avaient des règles parce qu'ils tenaient à moi. C'est vrai, ils m'avaient menti sur mon vrai père, mais pourquoi ? Avais-je pris la peine de leur demander ? Avais-je pris les coupures de presse pour leur montrer ce que j'avais trouvé et leur demander une explication ? Non. Au lieu de cela, j'avais décidé de détruire leur relation avec leur ami, de ruiner la réputation de Jasper auprès d'eux et de faire de mon mieux pour gâcher le bonheur de notre famille.
Une fois sortie de cette situation insensée, Je savais ce que j'étais supposée faire, mais je ne le ferai pas. Je ne pourrai pas. Ce mensonge, il était là entre nous, une barrière à tout ce que je voulais tant.
Soudain, je me figeai. J'entendais quelqu'un s'approcher lentement et prudemment, c'était peut-être Luke ou, si la chance était vraiment de mon côté, Norah.
Je levai ma première lance de fortune à hauteur d'épaule et attendis, tendue, de repérer ma cible. J'avais déjà décidé que si c'était Luke, je viserais bas et en espérant le toucher à la jambe. Je ne voulais pas lui faire de mal. Mais Norah ? Eh bien, un tir à la tête était tentant, mais aussi très difficile, un tir au torse serait plus facile, c'était une cible beaucoup plus grande. Cependant, j'avais peur de toucher un organe vital. Mais, à regret, je dus reconnaître que j'aurais de la chance si j'arrivais à toucher quoi que ce soit. Il était plus que probable que la lance touche le sol et rebondisse dans le sous-bois, mais je pourrais avoir de la chance et causer une égratignure en cours de route.
Tout ce dont j'avais vraiment besoin était de les effrayer assez pour qu'ils me ramènent en ville ou qu'ils me donnent un téléphone pour que je puisse appeler papa. Je ne voulais pas qu'ils aient des ennuis, même pas cette folle de Norah. Tout ce que je voulais, c'était récupérer Ashley, si j'arrivais à la persuader de venir avec moi, et de rentrer à la maison.
Il y eût un bruissement dans le sous-bois et je distinguais une tache blanche parmi le vert et le brun environnant. Enfin ! Je commençais à avoir peur de me déshydrater ou de m'endormir avant d'avoir eu la chance de me défendre et, plus que tout, je voulais rendre mon père fier de moi en faisant quelque chose pour me sortir de là.
Je restais totalement immobile, comme il me l'avait aussi appris, en m'expliquant que le moindre mouvement, même la respiration, pouvait avertir votre proie que vous étiez là à l'affût.
Norah
J'aurais vraiment aimé que Daniel ne me demande pas de revenir ici et de finir le travail que j'avais commencé. Je pensais qu'abandonner cette petite salope dans les marais serait suffisant. La nature s'occuperait du reste. Après tout, je n'étais pas vraiment une tueuse de sang-froid, mais je ferais tout pour Daniel. L'homme qui m'aimait encore malgré le fait que je ne pouvais lui donner d'enfant, de fille, quelque chose dont nous avions parlé et que nous avions planifié depuis que nous avions créé la communauté ici, en Louisiane.
Personne ne savait que Daniel et moi avions été le tout premier couple, que tout cela était notre rêve, notre création. Il devait être considéré comme un sauveur, comme l'homme bon qu'il était, comme un visionnaire, mais nous savions que bâtir une telle communauté exigeait du courage et de prendre des décisions difficiles, et j'étais celle qui avais un passé. Celle qui pouvait prendre ces décisions difficiles quand c'était nécessaire. Pauvre Daniel, qu'aurait-il fait sans moi ?
Alors, j'étais de retour dans les marais avec l'arme que je cachais à tout le monde au village. L'arme que je n'avais dû utiliser qu'une seule fois auparavant pour nous débarrasser d'une nuisance, un autre fauteur de troubles potentiel. Nous avions appris de cette expérience et nous étions beaucoup plus prudents maintenant.
En ce qui nous concernait, nous ne faisions rien de mal. Nous aidions des filles jeunes et malheureuses à trouver le bonheur et une place dans le monde. Elles voulaient rarement repartir une fois mariées et la plupart tombaient enceintes presque immédiatement, ce qui était presque inévitable avec trois maris ou plus. Les bébés étaient leur lien avec la communauté, elles savaient qu'elles n'auraient jamais le droit d'emmener les petits enfants de la colonie et qu'elles ne les abandonneraient jamais. En plus, où iraient-elles ? Si elles racontaient ce qu'elles avaient vécu à leurs parents, il y avait peu de chances qu'on les croit et beaucoup d'entre elles seraient jetées à la rue une fois que leurs parents sauraient le genre de vie qu'elles avaient menée. Notre communauté était une bien meilleure opportunité que l'existence misérable que la plupart d'entre elles avaient ou auraient endurée.
C'est ce qui différenciait Bella et la rendait plus dangereuse. Elle n'était pas vraiment une fugueuse ou une enfant issue d'une famille brisée ou violente. C'était une enfant très aimée et bien éduquée qui avait l'impression qu'elle méritait plus de ses parents dévoués que ce qu'ils pouvaient lui donner.
C'était essentiellement pour cette raison que je l'avais surveillée de près. J'avais le sentiment que cette salope égocentrique grandirait rapidement ici et qu'elle en devinerait beaucoup plus que les autres qui étaient venus nous rejoindre. Comme je m'en doutais, elle avait décidé qu'elle voulait rentrer à la maison retrouver papa et maman, mais cela n'arriverait pas, pas sous ma surveillance. Elle en savait beaucoup trop et il y en avait qui aimeraient bien mettre la main sur ses informations afin de s'en servir pour nous détruire.
Je savais qu'elle ne serait pas allée loin, c'était une citadine. Elle ne saurait pas comment survivre dans les marais et elle aurait trop peur des créatures contre lesquelles je l'avais mise en garde pour s'aventurer loin. Je doutais même qu'elle sache où aller, elle aurait peur de s'éloigner encore plus de la civilisation. Mais, comme Daniel l'avait dit, il y avait quand même une chance, même si elle était négligeable, que des chasseurs ou des pêcheurs la découvrent et qu'elle leur raconte qu'elle avait été abandonnée là. Il valait mieux finir le travail et avoir la certitude que la communauté était en sécurité.
Daniel m'avait même promis que si j'accomplissais cette mission et que je m'assurais de régler le problème définitivement, il m'emmènerait avec lui lors de sa prochaine mission. Je serais la seule femme, en dehors de sa fille Mary, à quitter le village et ça augmenterait l'estime de tout le monde. Daniel savait que j'en avais envie, aussi pécheresse que soit cette sensation.
Quand je l'atteignis, la cabane était vide, mais il était facile de voir que la jeune fille avait paniqué, allant d'un bout à l'autre de la petite clairière, cherchant probablement une issue ou un indice sur la direction qu'elle devait prendre.
Il y avait aussi une étrange pile de copeaux de bois et des bouts d'écorce. Je savais qu'elle ne possédait pas de couteau, alors je ne pouvais que supposer qu'elle avait essayé d'allumer un feu en utilisant des pierres pour écailler de petits morceaux de bois et ensuite essayer de les allumer avec une étincelle. Elle avait besoin de silex pour cela et, pour autant que je sache, elle n'en trouverait pas facilement, ni même du bois sec, ici dans les marais, d'où les signes de sa tentative avortée.
J'entendis ce qui ressemblait à un léger grognement, ce qui me fit me retourner quand quelque chose toucha le sol presque à mes pieds. Je sortis mon pistolet et l'armai, sans savoir ce qui venait de se passer. Était-ce une branche arrachée par le vent qui avait fait ce bruit alors qu'elle tombait au sol ?
Je me baissai et ramassai le bâton en remarquant qu'une de ses extrémités était aiguisée. A ce moment-là un autre me frappa au bras, me transperçant la chair et me faisant crier et trébucher. La petite salope n'avait pas essayé d'allumer un feu, elle s'était fabriqué des armes. Elle était plus intelligente et ingénieuse que je ne le pensais.
La lance était trop lourde et s'arracha de la blessure qu'elle avait causée, tombant au sol dans un bruit sourd. Heureusement qu'elle avait touché mon bras gauche et que j'étais droitière. Je levai alors mon arme et tentait d'apercevoir son poste d'observation dans les arbres.
Une autre lance fusa de sa main et je fis un écart pour éviter de perdre un pied, la petite chienne allait payer pour ça.
Je levai de nouveau le pistolet et la visai, voyant que ses mains étaient maintenant vides, mais quand j'appuyai sur la détente, quelque chose me fit tomber sur le côté et la balle se perdit.
Bella
Ma première lance la rata et je la vis fouiller dans sa poche et sortir une arme. Il fallait que je la touche, cette fois, sinon je risquais de me faire tirer dessus. Je priai en lâchant la deuxième lance puis souris quand elle pénétra dans son bras gauche. Mais elle n'était pas rentrée assez profondément et tomba par terre. Il y avait quand même une tache rouge sur la chemise blanche qu'elle portait, je l'avais au moins blessée.
La troisième lance était posée sur une branche au-dessus de ma tête et alors que j'essayais de la prendre, je vis une autre silhouette entrer dans la clairière à ma droite, puis une autre à ma gauche. Norah avait amené des renforts et je n'avais plus qu'une seule chance.
L'un des nouveaux venus se dirigeait vers elle, se déplaçant si vite que je pouvais à peine l'apercevoir. Je tournai donc mon attention vers l'autre, en espérant un coup de chance, car ce serait probablement le dernier. Je lançai de toutes mes forces et je souris en voyant ma lance voler vers ma cible. Mais la silhouette l'attrapa juste avant qu'elle ne puisse le frapper à la poitrine.
J'écarquillai les yeux, sous l'effet du choc et de la stupéfaction. Comment ? Ce n'était pas possible, personne ne pouvait attraper une lance en plein vol à moins qu'elle ne lui traverse la main. Mais la silhouette jeta simplement un coup d'œil sur la lance et la jeta de côté, puis leva les yeux vers l'endroit où j'avais reculé dans le feuillage, me cachant presque parfaitement à la vue depuis le sol.
D'une manière ou d'une autre, cependant, il semblait savoir exactement où j'étais et il tourna la tête pour me regarder droit dans les yeux. Je jetai un coup d'œil autour de moi, à la recherche d'un moyen de descendre, peut-être que je pourrais passer d'arbre en arbre, ils étaient assez près les uns des autres et certaines de leurs branches étaient entrelacées. Mais alors, j'entendis un bruit sourd et en me retournant, je faillit tomber de l'arbre, sous le choc. L'homme, qui était à terre à peine une seconde auparavant, se tenait maintenant à moins de trois mètres de moi, et se balançait facilement sur une branche tremblotante en me regardant droit dans les yeux.
"Tu sais que tu aurais pu arracher l'œil de quelqu'un avec cette lance. Qui t'a montré comment lancer comme ça ? Peter, je suppose."
Je le regardai fixement. Peter ? Papa ? Cet homme connaissait papa ?
"Qui... qui êtes-vous ?"
Nous entendîmes alors un cri et en baissant les yeux, je perdis l'équilibre. Je savais que j'étais en train de tomber et que je me trouvais assez haut pour me faire sacrément mal, si je ne me tuais pas. Quand j'attrapai une branche mince, elle se brisa, me laissant des éclats dans la paume de la main et quelques feuilles serrées dans mon poing.
Je me contractai, m'attendant à souffrir d'une seconde à l'autre. Mais je me retrouvai en sécurité dans les bras de la deuxième personne, celle que j'avais vue attraper Norah et la jeter dans l'étendue d'eau au-delà du sous-bois. Comment était-ce humainement possible ? Personne ne pouvait soulever un autre adulte et le jeter si loin, n'est-ce pas ?
J'ouvris les yeux, que j'avais fermés à l'impact, et je me retrouvai face à un visage familier, c'était Jasper !
Je déglutis difficilement, essayant de trouver quelque chose à dire, mais les mots m'échappaient. J'étais tellement soulagée d'être en sécurité que je fondis en larmes et jetai mes bras autour de son cou en sanglotant sur son épaule.
"Bien attrapé, Major, mais fais attention, celle-là à du caractère. Tu as vu ce qu'elle a fait avec une lance de fortune ? On voit bien que c'est la fille de Peter."
"Oui, j'ai vu. Tu ferais mieux de les appeler, dis-leur qu'on a Bella et qu'elle est en sécurité, et ensuite il faudrait qu'on fasse le ménage."
"Pas de problème, Major."
Soudain, Jasper se tendit et se retourna alors que j'étais encore dans ses bras et j'entendis une voix familière.
"Qui diable êtes-vous ? Posez Bella tout de suite."
Je regardai par-dessus mon épaule et vis Luke qui se tenait là, tenant l'arme de Norah dans son poing serré et la pointant vers Jasper.
"Pose ça avant de te faire mal, trou du cul."
C'est le deuxième homme, le compagnon de Jasper, qui avait pris la parole et il n'avait pas l'air du tout inquiet que son ami se retrouve face à une arme.
"J'ai dit lâchez-la ou je tire."
Je pense qu'il n'avait pas vraiment l'intention d'appuyer sur la détente, mais ses mains tremblaient tellement que le coup parti par accident. Ensuite, tout devint flou. Jasper tourna le dos à Luke, pour me protéger, j'imagine, alors que l'autre gars se retrouvait soudainement là, agrippant Luke par la gorge et le soulevant à cinquante centimètres du sol en lui grognant dessus. Oui, il grognait littéralement.
"Ça va, Bella ?"
Je ne pouvais toujours pas parler, alors je hochai la tête et Jasper me posa par terre, me soutenant jusqu'à ce qu'il soit certain que je tiendrai sur mes pieds.
Quand il me tourna le dos pour regarder son ami et Luke, je remarquai le trou laissé par la balle dans le dos de sa veste et je criai. Il se tourna face à moi, un regard inquiet sur le visage.
"Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as dit que tu allais bien."
"Je... Je suis... Je... Regarde... On t'a tiré dessus."
Je lui attrapai l'épaule et tirai jusqu'à ce que je trouve le trou, puis je me figeai en fronçant les sourcils. Je sentais quelque chose de dur au bout de mes doigts et je tirai pour sortir le petit objet. C'était une balle, presque aplatie mais tout de même reconnaissable. Après tout, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?
On avait tiré sur Jasper et la balle s'était écrasée contre sa peau. C'était scientifiquement impossible, pas vrai ? Et pourtant, j'avais la preuve dans ma main et maintenant j'étais à nouveau effrayée et complètement déroutée.
