~ Noyau de la galaxie, Coruscant, capitale de l'Empire galactique
Territoire du palais impérial, quartier général des armées, temps présent ~
Arslan se réveilla en sursaut. Sa respiration était haletante, son cœur battait bien trop vite et tout son corps le faisait souffrir. J'ai l'impression d'être passé sous un TB-TT. Grimaçant, il se força à se redresser en position assise et analysa son environnement. Visiblement, il se trouvait dans sa chambre, allongé dans son lit. Les lumières de Coruscant filtraient à travers les rideaux mal fermés de ses fenêtres. Il faisait nuit. Le jeune homme grogna et se prit la tête entre les mains. Il avait la sensation d'être frappé à répétition par une dizaine de marteaux à l'intérieur de son crâne. Il faut que je boive quelque chose. Il repoussa les couvertures qui se trouvaient sur lui et posa ses jambes au sol. Il se leva difficilement et se dirigea vers son cabinet de toilette. Après avoir avalé l'équivalent d'un litre d'eau et s'être aspergé le visage, il s'observa dans le miroir. Des bandages lui barraient le torse et les avant-bras. Du sang avait filtré à travers mais il commençait déjà à sécher. Il était en sueur.
Arslan alluma les robinets d'eau chaude de sa douche, décolla les bandages en serrant les dents, jeta son pantalon dans un coin de la pièce et se précipita sous les jets bouillants. Après s'être frictionné pour faire disparaître toute trace de sang, il fit lentement rouler sa tête, puis ses épaules. Il sentit ses os craquer doucement et se remettre en place. Visiblement, certaines de ses côtes étaient encore fêlées et il devait en avoir une ou deux de cassées. Son système immunitaire et sa capacité à se régénérer étaient exceptionnels mais il allait lui falloir quelques jours de repos pour que tout revienne à la normale. Les Eclairs de Force de Palpatine et le métal de sa table de torture avaient laissé des ecchymoses violacées un peu partout sur son corps et elles se mêlaient aux courbes de ses tatouages. Charmant. Le jeune homme fit craquer ses os à plusieurs reprises et finit par sortir de la douche. Il attrapa une serviette et une boisson protéinée dans ses réserves avant de retourner dans sa chambre. D'un geste de la main, il fit ouvrir les rideaux et les fenêtres et il alla se poster à l'air libre. Ses quartiers donnaient sur la capitale et étaient localisés dans un coin reculé des bâtiments militaires. De cette façon, il n'était presque jamais dérangé. Il se pencha par la fenêtre et observa Coruscant qui s'étendait sous ses yeux. Il se sentait déjà mieux mais sa tête le lançait toujours et son esprit était encore embrumé. Que s'est-il passé exactement ? Je suis passé chez Stanford, qui m'a envoyé chez l'Empereur, qui m'a ensuite fait passer sur sa table de torture… Pourquoi est-ce-que je suis passé sur sa table de torture ? Ah. Les cristaux, les Archives, les Sentinels. Ça me revient, Ténébris qui est visiblement incapable de se taire et qui pense que Palpatine est un dieu vivant qu'elle doit vénérer à tout prix. Kro Var et les Modeleurs – complètement dingues ces gens – et… Cassiopea ?
Le jeune homme se massa les tempes. Ses souvenirs étaient encore embrumés mais les éléments commençaient à se remettre en place. Je suis passé en transe cosmique, c'est une vraie plaie ce truc, comment est-ce-que ça a pu m'arriver ? Encore une fois. Mais elle était vivante. Quand je me suis réveillé, elle était en vie. Par la Force, j'aurais pu la tuer. Mais qu'est-ce-qui m'a pris de la laisser seule là bas ? Je suis complètement inconscient ou quoi ? Déjà que personne n'est censé pouvoir survivre à ça et, en plus, les Modeleurs sont dans le coin. Pourquoi j'ai fait ça ? Il se frappa la tête de son poing. Réfléchis, il s'est passé quelque chose là bas. J'ai visiblement perdu le contrôle, autrement je ne serais pas passé en transe cosmique. Mais je me suis arrêté ? On ne peut pas stopper une transe, c'est supposé échapper à tout contrôle. Il me manque un élément. Je suis parti après l'appel de Stanford. Cependant, je n'aurais quand même pas dû la laisser seule là bas. Je ne voulais pas lui faire de mal, je n'ai jamais voulu lui faire de mal. Je voulais juste comprendre ce que signifient ces symptômes que j'expérimente en sa présence. Et je voulais comprendre… pourquoi déjà ? Par curiosité ? Parce que je n'avais encore jamais entendu parlé de ce genre de choses avant ? Non, ça, ça aurait été une réaction normale qui n'aurait jamais pu provoquer une transe cosmique. Ni une crise de panique d'ailleurs. J'ai fait une crise de panique ? Pourquoi j'ai fait une crise de panique ?
Le jeune homme poussa un grognement de frustration. Il retourna s'asseoir sur son lit, prit une grande inspiration, et recommença. Bon. J'ai fait une crise de panique en me réveillant parce que je venais de réaliser que j'étais passé en transe cosmique et que j'aurais pu la tuer. Comme je ne voulais pas lui faire de mal, c'est plutôt logique. Mais, je n'aurais pas dû pouvoir me mettre en transe, c'était impossible. Impossible. Pourquoi était-ce impossible ? Je n'arrive pas à réfléchir, j'ai l'impression que Palpatine est entrain de rire nerveusement dans mes oreilles. Ça aussi d'ailleurs. Il m'a torturé parce que je n'ai pas voulu coopérer. Encore heureux que je n'ai pas voulu coopérer. Ce type est complètement dingue. Il se prend pour le roi du monde, il manigance des choses qui vont à l'encontre de tous les préceptes de la Force, il est plus ou moins responsable de la mort de mon père, il a menacé toute ma planète de destruction… j'aurais dû coopérer ? Pourquoi est-ce-que je n'arrive pas à mettre le doigt sur l'élément qui me manque ? Je cherchais les Archives. J'ai appris des choses sur les cristaux. Je suis tombé sur les Sentinels, là j'ai découvert ces étranges symptômes provoqués par ou à cause de Cassiopea, je l'ai enlevée, – bravo Arslan, niveau galanterie, tu as fait très fort – nous nous sommes retrouvés chez les Modeleurs, je suis passé en transe cosmique, j'ai failli la tuer et j'ai paniqué, je l'ai abandonnée pour revenir sur Coruscant, Palpatine m'a torturé parce que j'ai refusé de lui dire où je me trouvais et ce que j'avais fait… il m'a torturé pour me punir de lui avoir désobéi. Me punir pour mon insolence ? Comme quand j'étais enfant et qu'il voulait me briser pour me forcer à lui obéir. Mais on ne peut pas briser un Sith. Nos mécanismes de défense sont bien trop puissants pour cela et… oh.
Le jeune homme ne s'était pas rendu compte qu'il avait fermé les yeux mais il les rouvrit brusquement. Oh. Les brumes de son esprit se dissipèrent les unes après les autres et tout finit par redevenir clair. Il bondit de son lit et alla se poster devant le miroir de son cabinet de toilette. Il posa ses mains à plat sur le lavabo et il se dévisagea dans la glace. Il avait l'impression qu'il se voyait pour la première fois en presque vingt ans. Par tous les dieux. Ma barrière émotionnelle. Elle a disparu. Le jeune homme sentit immédiatement un désagréable sentiment de panique se loger dans le creux de sa gorge. Il se força à respirer et essaya de se calmer. Il était engourdi émotionnellement depuis ses dix ans. Depuis sa première rencontre avec la table de torture de Palpatine. Si, jusqu'à présent, il se souvenait de chaque élément de son passé avant cette date fatidique, le blocage de son esprit l'avait empêché d'y associer la moindre émotion. Il dut se retenir de ne pas briser la glace dans un éclat de rage. À présent, plus rien ne l'empêchait de ressentir. La haine, la peur, le chagrin, la colère, la honte, toutes ses émotions se déversaient en lui.
Il était trop jeune. Il avait dit à sa mère que son corps et son esprit sauraient se défendre d'eux même si les Jedi Noirs tentaient de lui faire du mal. Il n'imaginait alors pas qu'il avait en lui des pouvoirs aussi immenses. La torture de Palpatine aurait dû le détruire mais son subconscient avait pris le relais. Il avait supplié qu'on lui vienne en aide. La première transe cosmique d'un Sith était toujours la plus violente. Trois hommes en étaient morts. Il avait voulu que la douleur cesse. Alors elle avait cessé. Le verrou émotionnel était supposé être un pouvoir conscient. Les Sith étaient capables de le manier à leur guise. De l'actionner ou de le faire tomber en fonction des situations. Mais il était trop jeune. Il ignorait comment faire fonctionner cette facette de ses capacités. Le verrou avait agit comme un bouclier et l'avait protégé de la folie de Palpatine en le rendant apathique et donc, obéissant. Il se souvenait qu'il lui avait fallu du temps pour comprendre ce qui lui était arrivé. Sidious l'avait encore torturé à de multiples reprises pour s'assurer qu'il restait docile et le blocage s'était sans doute renforcé à mesure que son psychique se trouvait menacé par les pouvoirs malsains du Jedi Noir. Son entraînement sur Mustafar avait commencé, il s'était vu attribuer à Darth Tyrannus, deux ou trois années avaient dû passer avant qu'il ne reprenne conscience de sa personne. Avant qu'il ne comprenne qu'il avait mis ses émotions sous scellés. À ce moment là, il était trop tard. Il était trop profondément engourdi pour ne serait-ce que penser à la possibilité de lever le verrou. De plus, quelque part au fond de lui, il s'était probablement raccroché à cet état second permanent dans lequel il se trouvait. Endormi de cette manière, plus rien ne pouvait l'atteindre. Il était indestructible. En un sens, il avait eu raison. Rien n'y personne ne pouvait le briser. Il s'était enfermé à l'intérieur de lui-même et s'était protégé contre les assauts répétés de l'homme qui avait détruit sa vie et celle de sa famille. Si seulement le verrou s'était contenté de le protéger. Il se serait satisfait de l'état apathique des premières années. Malheureusement, Palpatine avait eu raison sur un point. Fabriquer certains sentiments était loin d'être impossible. La haine et la colère avait été insinuées en lui, il ne les ressentait pas, pas vraiment, mais il était habité par ce qu'elles représentaient. Les Jedi Noirs avaient fait de lui un instrument de guerre. Aucune peur, aucun remord, une véritable machine à tuer.
Et le temps avait passé. Rien ne l'avait jamais poussé à vouloir lever son verrou. S'il avait conscience de ce que les Jedi Noirs lui avaient fait subir, il ne ressentait rien en se le représentant. Pourtant, le manque de discernement et l'apathie qui accompagnaient la mise en place du blocage émotionnel s'étaient émoussés au fil des ans. Il avait continué à obéir, un peu parce qu'il savait qu'il mourrait s'il ne le faisait pas, mais sa capacité à remettre en question les ordres qui lui étaient donnés avait refait surface. Il avait fini par se retrouver dans l'état traditionnel d'un Sith choisissant de bloquer momentanément ses émotions. Froid, calculateur et redoutable.
Peut-être que son verrou avait déjà commencé à se fragiliser sans qu'il ne s'en rende compte. Peut-être que le départ du processus se trouvait ailleurs mais il en doutait. Sa rencontre avec Cassiopea avait débloqué quelque chose en lui de la même manière qu'elle avait provoqué les étranges symptômes dont il avait été victime. Il n'arrivait pas à comprendre de quoi il pouvait s'agir, il n'avait jamais entendu parler de cas similaires auparavant, mais il fallait qu'il en apprenne plus. C'était ce qu'il avait l'intention de faire sur Kro Var, avant de perdre le contrôle de lui-même, une autre conséquence de la levée progressive de son verrou. Seulement, à cet instant, il avait l'intention d'utiliser ses informations pour replacer ses émotions sous son contrôle. À présent, il voyait la situation sous un autre angle.
Ce type a littéralement détruit ma vie. Hors de question que je me remette à son service. Je ne peux pas me permettre de replacer le verrou. Même si j'en ai très envie. Par la Force mais comment ai-je pu en arriver là ? Il faut que je me calme. Si j'ai fait tout ça, c'était pour protéger ma famille et mon peuple, pour m'assurer que les Jedi Noirs ne remettent plus jamais les pieds sur Korriban et j'ai réussi. Ils ont pu vivre en paix et à l'abri depuis presque vingt ans, le reste n'a pas d'importance. Maintenant, je dois me concentrer sur la suite.
Le jeune homme se détacha du lavabo et passa ses mains dans ses cheveux. Je m'appelle Arslan Tyuth. Se répéta-t-il pour le graver dans sa mémoire et pour tenter de supplanter le tourbillon émotionnel qui s'était emparé de lui. Je suis le fils de Mazhar et Zehra Tyuth, roi et reine des Sith. Scarlett… bon sang, Scarlett a déjà vingt-six ans aujourd'hui. J'espère qu'elle a pu suivre le chemin tracé par notre père à ma place. Arslan se retourna encore une fois pour regarder son reflet. Il contempla le tatouage qui couvrait la partie gauche de son torse ainsi que son épaule. Le tatouage de son clan. Il se l'était fait graver à l'âge de dix-huit ans, l'année où, s'il était resté sur Korriban, il serait monté sur le trône. Malgré son absence de sentiments, les traditions de son peuple avaient toujours conservé leur importance pour lui. Deux ans plus tard, il avait fait graver les symboles de guerre sur son visage. Depuis combien de temps est-ce-que je ressemble autant à mon père ? J'ai toujours cru que je resterai le portrait de ma mère. Que dirait-il s'il me voyait aujourd'hui, lui qui aurait à tout prix voulu éviter que je connaisse les horreurs de la guerre ? D'autres tatouages jalonnaient son corps, chacun ayant sa propre signification. Il les observa un à un et grava à nouveau dans sa mémoire tous ses plus précieux souvenirs d'enfance. Cette fois cependant, il y ajouta l'importance qu'ils avaient pour lui et les émotions qu'ils lui apportaient.
Il lui fallait aller de l'avant. Les choses avaient déjà commencé à changer avant le retour de ses émotions et ses priorités restaient les mêmes, il les voyait juste sous un autre angle. Les Archives, les cristaux et leurs secrets restaient très préoccupants. Ce que Palpatine cherchait à accomplir ne présageait rien de bon et Arslan n'avait pas l'intention de le regarder manipuler la Force pour satisfaire ses intérêts personnels plus longtemps. J'ai juré de lui faire payer pour tout le mal qu'il a fait à ma famille et je tiendrai parole. Je ne sais pas encore comment, mais je trouverai. J'ai déjà un avantage considérable sur lui. Le jeune homme savait où se trouvaient les Archives. Certes, il ne connaissait pas leur emplacement précis, mais il était évident qu'elles étaient en possession des Sentinels qui allaient sans aucun doute tout tenter pour se mettre en travers de la route de l'Empire. Il allait devoir trouver un moyen de se les procurer. Il fallait qu'il sache ce que Palpatine et ses sbires manigançaient et la réponse se trouvait dans les Archives. Une fois qu'il en saurait plus, il pourrait prendre une décision.
Le jeune homme n'était pas opposé à l'idée de l'Empire, il était opposé à son dirigeant. S'il parvenait à se débarrasser de Palpatine, il pourrait peut-être refonder le système à sa manière. Les Jedi Noirs s'étaient emparés de la politique des Sith. Sa race avait toujours fonctionné en Empire lorsqu'elle était au pouvoir et il était encore possible de rétablir cette grandeur. Les Jedi étaient morts – du moins presque tous – et la République n'avait donc plus lieu d'être. Il s'agissait là de leur mode de gouvernement. Son père lui avait dit un jour que le plus important était de protéger leur planète et de reconquérir leur héritage. Ils pouvaient y arriver. En détruisant les Jedi Noirs et en reprenant leur place dans l'univers. La place qui leur avait été volée et que les Jedi les avaient laissé prendre.
Le jeune homme allait donc devoir faire preuve de stratégie et de prudence. Il lui fallait enquêter, mais il ne pouvait pas se permettre de disparaître des radars encore une fois. Auquel cas, il serait définitivement classé dans la catégorie des déserteurs et sa tête serait mise à prix. De plus, il allait avoir besoin de toutes les ressources dont disposait l'Empire pour pouvoir mener son enquête à bien, autrement, il ne retrouverait jamais les Archives. Seulement, je ne peux pas continuer à prétendre que je me plie aux exigences de Palpatine comme un bon petit soldat. C'est au-dessus de mes forces et, en plus, je doute fort d'être crédible après le coup que je viens de lui faire. C'est déjà un miracle que je me sois réveillé ici et non en prison. À moins que… Le jeune homme se mit à réfléchir. L'Empereur n'avait aucune raison de lui faire confiance désormais. Alors, pourquoi se retrouvait-il si libre de ses mouvements ? Un léger coup d'oeil dans la Force lui confirma qu'aucun garde ne se trouvait devant sa porte et, en poussant la porte qui menait au bureau adjacent à sa chambre, il eut la surprise de trouver son sabre laser posé parmi ses dossiers. Tout cela n'a aucun sens. Il fait soigner mes blessures, il me ramène dans mes quartiers sans me faire surveiller et il me rend mon arme ? Pourquoi ferait-il ça ? C'est comme s'il était certain qu'il ne risquait rien. Comme s'il se sentait complètement en confiance.
Arslan fit tourner son sabre entre ses mains et son regard s'arrêta sur les marques laissées par les menottes contre ses poignets. Mais bien sûr. Le jeune homme esquissa un sourire carnassier. Il a compris que mon verrou commençait à se lever. Je lui ai clairement dit d'aller se faire voir et je ne lui avais plus parlé comme ça depuis mes dix ans. Il a voulu le remettre en place. C'est par la torture que j'ai tout verrouillé la première fois et il a voulu réitérer l'expérience. Comme il m'avait torturé à plusieurs reprises pour s'assurer que le blocage restait en place il a dû en déduire qu'il avait trouvé le moyen parfait pour me soumettre définitivement à sa volonté. Sauf que, cette fois, son stratagème a eu l'effet inverse et il ne s'en doute visiblement pas du tout. Je ne vais donc rien faire pour le contredire et je vais prétendre que tout est revenu à la normale. Du moins, selon ses standards.
Arslan sortit des vêtements de son armoire et commença à se préparer. Il lui fallait se mettre rapidement au travail, il était presque certain que l'Empereur allait tout de même confier la suite de la mission Archives à Stanford et il fallait qu'il conserve son avance. Après sa pseudo-trahison, Palpatine allait sans doute attendre un peu avant de lui redonner des missions d'importance, le temps pour lui de s'assurer de sa dévotion totale. En un sens, cela arrangeait le jeune homme. Il pourrait toujours enquêter en parallèle ce qui serait bien plus simple que de devoir retenir des informations. Il passa une veste, sangla son sabre à sa ceinture et quitta ses quartiers pour se rendre dans son hangar. Le jeune homme savait que les sbires de l'Empire avaient sans doute fouillé son vaisseau et il espérait que le cristal qu'il y avait dissimulé leur avait échappé. Il en avait besoin pour ses recherches.
Les couloirs du quartier général des armées étaient déserts. Arslan s'était attendu à des bataillons de troopers ou à des gardes rouges, à des soldats de Stanford même. Il pensait qu'il lui faudrait s'expliquer ou affronter quelques officiels avant d'avoir le droit de vaquer à ses occupations mais il s'était visiblement trompé. L'Empereur ne le faisait même pas surveiller de loin. Ce type se croit vraiment tout puissant. Le jeune homme avançait dans un silence complet tout en restant à l'affût et réfléchissant à la suite des évènements. Il allait prétendre être le bon petit soldat que Palpatine voulait qu'il soit. Ainsi, il espérait tout de même se voir confier une mission qui lui permettrait de quitter la capitale. En restant sur Coruscant, il ne pourrait pas faire grand chose. De plus, il avait malgré tout confiance en ses hommes. Chaque personne travaillant à bord de l'Interceptor avait été sélectionnée et formée par ses soins et il savait qu'elles feraient toujours passer ses ordres avant ceux de l'Empereur et du reste de la hiérarchie. Le fait que son escadron de deathtroopers ait révélé à Palpatine ce qu'il s'était passé sur Jedha n'avait pas d'importance. Arslan savait comment l'Empereur obtenait ses informations. Ses hommes n'avaient pas eu le choix et ils avaient Ténébris contre eux, jamais ils n'auraient pu mentir. Il allait lui falloir régler rapidement la question de son apprentie mais il s'y intéresserait en temps voulu.
Une fois reparti dans son vaisseau amiral avec ses troupes, il pourrait enquêter librement tout en conservant ses missions de façade. La première chose à faire était de localiser les Archives et donc, très certainement, la base des Sentinels. Personne n'avait encore réussi à la trouver jusqu'à présent et la tâche n'allait donc pas s'avérer facile. Arlsan essaya tant bien que mal de ne pas penser à Cassiopea mais rien n'y fit. Je n'aurais jamais dû la laisser là bas. Et maintenant, c'est terminé, je ne pourrai jamais y retourner. Ils vont me mettre des balises partout et il sera impossible d'échapper à leur surveillance sauf s'il s'agit de déserter complètement, ce que je ne peux pas faire. D'un autre côté, je ne pouvais pas non plus la ramener ici, elle serait définitivement morte à l'heure qu'il est. Palpatine lui aurait fait subir les pires horreurs. J'aurais pu la déposer en chemin, la laisser sur une planète choisie au hasard qui n'est pas soutien de l'Empire. Quelqu'un se serait occupé d'elle et se serait assuré qu'elle guérisse et se réveille. À présent, je ne sais même pas si elle est en vie. D'accord il semblerait que j'aie mis un terme à ma transe cosmique avant de commettre l'irréparable mais rien ne me dit qu'elle n'a pas succombé à ses blessures après. Jamais personne n'avait encore survécu aux attaques d'une transe cosmique et nous ignorons tout des dommages et autres traumatismes qu'elle peut causer. Elle ne se réveillera peut-être jamais. Ou alors, elle va très bien et elle a pu quitter Kro Var. Mon cargo était toujours là bas et c'est une Jedi, elle sait piloter. Elle a très bien pu retourner vers sa base.
Le jeune homme essaya de se convaincre de cette option. Il faut que je trouve un moyen de m'assurer qu'elle va bien. Émotions ou non, il faut que j'élucide le mystère de cette étrange connexion qui nous lie. Je n'avais encore jamais réagi à une signature de cette manière et, en plus, il semble que ce n'est pas permanent. Durant tout le temps que nous avons passé sur Kro Var, je n'ai rien ressenti du tout et elle était pourtant tout près de moi. D'ailleurs, je ne sentais rien non plus lorsque nous nous trouvions très éloignés. Il doit y avoir une explication et j'ai bien l'intention de la trouver. Ces symptômes ont provoqué la levée de ma barrière émotionnelle – la torture ayant été la goutte d'eau en trop – ils doivent donc avoir une signification importante. Je ne peux me permettre d'attendre de découvrir d'autres effets secondaires et de les subir, je dois me préparer. De plus, c'est une Jedi. Nous ne sommes pas censés être liés d'une manière ou d'une autre, il n'y a rien de plus opposé qu'un Jedi et un Sith. Il y aura toujours cette histoire de trahison lors de l'attaque des Jedi Noirs mais, même en mettant ça de côté, nos deux Ordres ne se sont jamais liés de quelque manière que ce soit. Certes, ils sont toujours parvenus à se supporter, lorsque l'un était au pouvoir, il laissait l'autre vivre, mais il n'y a jamais rien eu de plus. En tout cas, pas à ma connaissance. Il est vrai que les Anciens nous ont toujours enseigné la haine des Jedi en se basant sur notre histoire et sur le fait qu'ils nous avaient abandonnés, ils auraient pu omettre certaines choses ? Quoi qu'il en soit, je ne peux pas continuer sans savoir de quoi il s'agit. Cette chose a été assez puissante pour déverrouiller mon esprit, qui sait ce qu'elle pourrait accomplir d'autre. Arslan arriva dans le hangar sombre et désert et se dirigea vers son fighter. De toute manière, Archives et Sentinels sont liés. Si je trouve l'un, je trouverai l'autre. Je n'ai pas encore réussi à savoir si Cassiopea expérimentait les mêmes symptômes que moi mais je vais pouvoir m'y intéresser également. Une fois que je serai certain qu'elle va bien.
Le jeune homme descendit l'échelle de son vaisseau et grimpa sur l'aile gauche. Le cristal se trouvait toujours dans le compartiment caché sous les ailerons de direction. Il attrapa la pierre et redescendit aux pieds du fighter. À la faible lueur du hangar, le cristal brillait légèrement et renvoyait des reflets aux multiples couleurs. Il aurait dû devenir rouge à la seconde où il a touché ma main. D'accord, celui qui se trouve dans mon sabre n'a plus rien de naturel, mais le Kyber pur devrait tout de même virer au rouge en présence d'un Sith. On pourrait croire qu'il est en sommeil. Ou qu'il n'arrive pas à se décider ? Vraiment très étrange. Arslan rangea la pierre dans la poche interne de son blouson. Il allait avoir besoin de tous les équipements de son laboratoire pour lui faire subir une batterie de tests. Les équipements dont il disposait sur Coruscant étaient loin d'être aussi performants que ceux qu'il avait entreposés sur Kro Var au fil des ans mais il allait devoir s'en contenter. Étant donné que personne ne semblait le surveiller, il décida de s'y rendre sans tarder. Le plus vite il pourrait commencer son enquête, le plus efficace il pourrait être dès lors qu'il aurait l'occasion de quitter la capitale.
Son bureau et son laboratoire se trouvaient au dernier étage du quartier général des armées. Il croisa un petit groupe de troopers sur le chemin qui menait vers les ascenseurs mais ils ne semblèrent pas s'intéresser à lui. Arrivé en haut, il sortit son pass d'accès, déverrouilla la première porte, tourna le coin du couloir et s'arrêta net. Ténébris était adossée à l'entrée de son laboratoire et semblait très clairement l'attendre. Formidable. Moi qui voulait retarder l'échéance. Décidant de l'ignorer le plus longtemps possible, il passa à côté d'elle, ouvrit la porte et entra la pièce. Elle tenta de protester et de l'interpeller mais il se concentra sur la mise en marche de tous les systèmes. Le jeune homme prit place devant ses écrans de contrôle et commença par consulter ses messageries et les comptes-rendus des semaines passées. Il lui fallait se mettre à jour sur ce qu'il avait manqué. Vador avait visiblement attaqué quatre nouvelles planètes qu'il était parvenu à soumettre. Trois Sénateurs avaient été arrêtés pour propagande républicaine et deux autres avaient été déclarés disparus lors d'une mission diplomatique. Tiens, c'est étrange. Arslan se pencha sur le dernier compte-rendu à sa disposition. Le Général Vénusii-Arcadia était a priori retourné auprès de sa famille sur Corulag suite à l'enlèvement de sa fille par les Sentinels. Il avait soi-disant demandé du repos à l'Empereur afin de pouvoir passer du temps auprès des siens tandis que les officiels organisaient une mission de sauvetage. Cependant, aucun rapport ne parlait de cette opération.
Rien de surprenant, l'Empire a des choses bien plus importantes à faire que de se préoccuper d'une seule Sénatrice, quand bien même elle aurait été enlevée par les Sentinels. Vénusii-Arcadia est supposé savoir ce genre de choses. J'ai beau ne pas le connaître personnellement, je sais qu'il travaille pour Palpatine depuis bien longtemps maintenant et il devrait avoir compris comment ce dernier fonctionne. Alors pourquoi demander ces vacances ? Surtout si retrouver sa fille est aussi important pour lui. Il aurait mieux fait de partir lui-même à sa recherche, quand bien même l'Empire n'aurait pas approuvé. Qui sait, c'est peut-être ce qu'il a fait. En revanche, j'ai peur qu'il ne soit déçu. Si Sélène Vénusii-Arcadia est bien la personne que je crois, elle n'avait pas vraiment l'air d'une prisonnière lorsque je l'ai vue sur Jedha avec les Sentinels. Alors, soit c'est une excellente comédienne qui profite de la situation pour soutirer des informations à l'ennemi, soit nous sommes en présence d'une nouvelle rebelle. Arslan sourit. Vénusii-Arcadia allait adorer apprendre que sa fille avait rejoint les rangs des Sentinels. Lui qui rêvait de passer devant Stanford, il n'était pas près d'y arriver. Le jeune homme passa rapidement sur les comptes-rendus des séances du Sénat et chercha ce qui pouvait se rapporter au Kyber ou aux Archives dans les dernières données entrées par le gouvernement. Sans surprise, il ne trouva rien qui fut accessible sans se munir de codes spéciaux. Il allait falloir procéder différemment.
Arslan se leva et se dirigea vers ses équipements de laboratoire. Il dévissa son sabre laser, en sépara toutes les pièces et se saisit du cristal qui s'y trouvait. Délicatement, il plaça la pierre en forme d'étoile à huit branches sur un scanner et lança un programme de décodage. Derrière lui, son apprentie semblait bouillir d'impatience. Le jeune homme soupira, se laissa tomber dans un nouveau fauteuil, empoigna son holo-tablette et se mit à faire défiler des fichiers d'un air absent.
« Il y a quelque chose que je peux faire pour toi Ténébris ?, finit-il par demander. Tu n'es pas autorisée à venir ici sans mon accord.
- J'ai appris que vous étiez rentré hier, répondit son apprentie d'un ton pincé. Comme vous ne sembliez pas disposé à venir me voir, j'ai décidé de venir vous attendre ici. Je savais que vous finiriez par vous montrer.
- J'ai eu des choses très importantes à faire, tu m'excuseras d'avoir privilégié l'Empereur.
- Où étiez-vous passé ? Cela fait des semaines que je n'ai eu aucune nouvelle. Vous avez disparu après votre descente sur Jedha.
- L'Empereur m'avait confié une mission. J'avais des pistes et je devais donc les suivre.
- Sans moi ? Je ne vous crois pas. L'Empereur avait l'air furieux quand je lui ai expliqué tout ce que vous aviez fait depuis le début de la mission. Vous me cachez des choses et je ne peux l'accepter !
- Ténébris, Arslan poussa un soupir exaspéré en déposant sa tablette. Il faut que tu comprennes que le monde ne tourne pas autour de toi. C'est à moi que l'Empereur a confié cette mission et tu n'es même pas au courant de la moitié des choses qui se passent autour de nous. Tu es loin d'être assez expérimentée ni même assez réfléchie pour participer à ce genre d'opérations. Ton attitude des dernières semaines et tes échecs répétés lors de nos entraînements me l'ont prouvés. Tu es encore très loin d'avoir le niveau requis par l'Ordre et je n'aurais jamais dû t'emmener avec moi sur cette mission. J'aurais dû me douter que tout cela te dépasserait. Résultat, tu es allée raconter des choses que tu ne comprenais même pas à l'Empereur et j'aurais pu avoir des ennuis. Heureusement, j'ai pu rectifier ton erreur avant qu'il ne soit trop tard mais sache que je suis profondément déçu de ton attitude. Je te rappelle que je suis ton Maître et que tu es supposée m'obéir en toutes circonstances. En plus, tu as mis mes hommes dans une situation difficile en les faisant se confronter à l'Empereur. Ils n'avaient rien demandé et tu n'as aucune autorité sur eux. Tout ce qu'ils font, ils le font parce que je leur en ai donné l'ordre et, en l'occurrence, cette histoire sur Jedha ne te concernait en rien.
- Ce que vous dites n'a aucun sens !, la jeune fille devenait hystérique. Je suis votre apprentie et il est de votre devoir de me former au mieux en me confrontant à la réalité du terrain pour que je puisse un jour servir fidèlement notre grand Seigneur. Vous devez m'emmener sur toutes vos missions et me faire part de nos obligations. Vous y êtes obligé ! Là, vous m'avez caché notre véritable but, vous m'avez volontairement écartée de toutes vos investigations et, en plus, vous nous avez entraînés dans des lieux étranges qui, d'après l'Empereur, ne concernaient même pas notre opération ! Et, comme si cela ne suffisait pas, vous avez ensuite disparu durant des semaines sans me dire un mot pour aller faire je ne sais quoi ! Je suis persuadée que votre absence n'avait rien à voir avec notre mission, quelle qu'elle soit ! Vous êtes parti pour des raisons personnelles au lieu de poursuivre l'objectif que son Altesse impériale vous avait fixé. Vous avez désobéi à ses ordres et cela va à l'encontre de tout ce que vous êtes supposé m'apprendre ! Je suis loyale et fidèle à notre Seigneur et Maître et je serais prête à tout pour combler ses exigences et l'aider à étendre notre pouvoir à travers la galaxie. Il est mon guide et je lui dois respect et obéissance, je ne pouvais pas laisser passer votre attitude déplacée, il était de mon devoir de lui rapporter tous vos agissements et je suis très fière de l'avoir fait. À présent, l'Empereur me considère comme un élément fiable et digne de confiance et je ne pourrais en être plus heureuse. Vous m'avez laissée plantée là comme une imbécile !
- Et tu viens d'énoncer toutes les raisons qui me prouvent que j'ai pris la bonne décision, grommela Arslan en se pinçant l'arrête du nez. Je n'ai vraiment pas de temps à perdre avec tes crises, Ténébris. J'ai des choses bien plus importantes à faire.
- Comme quoi ? Je veux savoir ce que vous avez fait durant ces dernières semaines !
- Pour que tu ailles à nouveau tout raconter à ton Empereur adoré ?, Arslan commençait à s'énerver. C'est hors de question. Je n'ai plus aucune confiance en toi et, au risque de me répéter, cette histoire ne te concerne en rien. D'ailleurs, il semblerait que ton grand Seigneur et Maître se soit lui aussi abstenu de te donner les véritables termes de la mission qu'il m'avait confiée. Comme quoi, tu dois vraiment être loin d'atteindre ses standards.
- Il est de mon devoir de tout rapporter à son Altesse ! Et il en va de même pour vous ! Nous sommes ses sujets et nous lui devons notre allégeance totale !
- Je ne suis le sujet de personne, gronda Arslan en se levant. C'est même plutôt le contraire si tu veux tout savoir. Maintenant, ça suffit. Je t'ai assez vue et assez entendue pour la journée. Retourne dans tes quartiers, je déciderai plus tard si tu vaux la peine que je continue de m'intéresser à toi.
- Vous voulez arrêter ma formation ?, s'offusqua Ténébris. Vous n'en avez pas le droit ! L'Empereur a fait de vous mon Maître et vous devez me guider sur le chemin qui fera de moi un grand Seigneur Sith !
- Tu ne seras jamais un Seigneur Sith !, hurla Arslan, ses yeux d'or crépitant de foudre. Hors de ma vue. »
La jeune fille recula de plusieurs pas. Elle semblait terrifiée. Arslan se rassit dans son fauteuil et lui tourna le dos. Il n'avait pas prévu de s'emporter à ce point mais, avec le retour de ses émotions, il avait énormément de mal à se contrôler. Son apprentie lui posait problème depuis quelque temps déjà et sa loyauté envers l'Empereur ne faisait qu'augmenter. Le discours d'allégeance totale qu'elle venait de lui servir lui déplaisait au plus haut point et il ne pouvait pas se permettre de s'encombrer d'elle. Ténébris était humaine, elle n'avait rien d'une Sith. La jeune fille était une Jedi Noire dans la plus pure tradition voulue par Palpatine et il n'avait pas l'intention d'aider ce dernier plus longtemps en faisant d'elle un bon petit soldat. Bon, les composantes de ce cristal… Le jeune homme tenta de se reconcentrer sur le décodage de sa pierre. Il avait dans l'idée de percer les secrets des pratiques de Palpatine et de découvrir ce qu'il mijotait avec le Kyber. Le jeune homme sentait toujours la présence de son apprentie dans son dos mais il l'ignora. Il s'était montré très clair et elle allait sans doute tourner les talons une fois le choc passé. Sans doute pour courir droit vers l'Empereur et lui rapporter toute notre conversation. Je n'avais pas prévu de repasser par la table de torture dans les prochains jours, il va falloir que je me calme. Mes émotions sont complètement en vrac. Arslan se passa une main sur le visage. Entre Palpatine, les Archives, sa famille et Cassiopea, il avait bien trop de choses en tête et il était en proie à un tumulte d'émotions contradictoires. Visiblement, son apprentie n'avait aucunement conscience de son état. Elle finit par se ressaisir et reprit la parole.
« C'est à cause d'elle n'est-ce-pas ?, demanda-t-elle d'une voix tremblante de fureur.
- De quoi est-ce-que tu parles maintenant ?, répondit Arslan en soupirant. Je t'ai demandé de t'en aller.
- C'est à cause de cette rebelle si vous êtes comme ça ! Tout a commencé lorsque nous avons croisé leur route !
- Mais qu'est-ce-que… tu parles de Cassiopea ?
- Parce qu'en plus vous l'appelez par son prénom ! Ces gens sont des traîtres à la galaxie et nos ennemis les plus féroces ! Notre objectif premier est de les éliminer et vous, vous leur courez après !
- Tu dis vraiment n'importe quoi.
- Je sais que vous vous êtes battu en duel contre elle sur Jedha et ensuite vous avez disparu ! Et vous étiez très étrange à chaque fois que nous croisions la route des Sentinels et…
- Ténébris !, Arslan était à deux doigts de la jeter dehors. Tu pars en plein délire. Si je suis tellement préoccupé par les Sentinels, c'est parce qu'ils sont très probablement sur la même mission que moi et qu'ils me mettent des bâtons dans les roues. Quant à mon duel contre Cassiopea, les choses ne se sont pas passées comme prévu et j'ai dû y mettre fin prématurément. Quoi qu'il en soit, il me semble t'avoir dit de disparaître de ma vue.
- Je suis certaine que vous me mentez !, Ténébris redevenait hystérique. Je sais que vous avez fait des recherches sur elle durant notre voyage – j'ai consulté vos historiques après votre disparition – je ne sais pas ce que cette femme vous a fait mais j'ai bien l'intention de le découvrir.
- Et en plus elle fouille dans mes affaires, marmonna Arslan en se frottant les yeux. Cassiopea El-Solar ne m'a rien fait du tout.
- Alors pourquoi vous obsède-t-elle à ce point ? Il paraîtrait que vous l'avez laissée vivre alors que vous auriez très facilement pu la tuer !
- Ténébris. Stop.
- Non ! Je ne m'arrêterai pas ! Je ne vais pas supporter ça plus longtemps, j'exige de savoir ce qu'il se passe !
- Ton hystérie est entrain de virer à la crise de jalousie. Et avec ça, tu prétends être digne de l'Empereur ? Il remettrait ses choix en question s'il voyait dans quel état tu te mets pour des fables que tu t'inventes. Je pense que tu t'es assez ridiculisée, à présent, fiche-moi le camp avant que je ne te mette dehors par la force. Tu me donnes la migraine. »
Ténébris eut beau protester et crier encore pendant quelques minutes, Arslan finit par la pousser dans le couloir et par lui claquer la porte au visage. Bon sang, mais qu'est-ce-que j'ai fait pour mériter ça ? Au départ, je trouvais son béguin pour moi arrangeant mais là, ça commence à devenir problématique. Jalouse de Cassiopea ? N'importe quoi. Certes, il y a quelque chose entre nous qu'il va falloir que j'élucide mais ce sera déjà un miracle si j'arrive à m'approcher d'elle à moins de dix mètres. Avec ce qu'il s'est passé sur Kro Var, elle serait capable de me tuer à vue. Si elle est encore en vie.
Le jeune homme retourna s'appuyer sur le scanner qui analysait toujours son cristal. Il était possible que Ténébris se précipite vers l'Empereur pour tout lui raconter mais il y avait peu de chance pour que Palpatine la prenne au sérieux. Tout le monde savait que la jeune fille avait un faible pour son Maître et Arslan savait que Palpatine ne verrait rien d'autre qu'une simple crise de jalousie adolescente à la minute où elle mentionnerait Cassiopea. De plus, l'homme n'était pas du genre à apprécier l'acharnement. Après sa session de torture, il considérait sans aucun doute l'affaire comme étant réglée et il ne devait plus rien attendre de Ténébris qui avait d'ores et déjà joué son rôle à la perfection. Reste à espérer qu'elle réfléchisse un instant et se rende compte à quel point il serait puéril pour elle de retourner se plaindre auprès de Palpatine. Je n'ai vraiment pas envie d'attirer encore l'attention sur moi.
Son processeur finit par lui indiquer la fin du programme de décodage et il se pencha sur les résultats qui s'affichaient sur sa tablette. Les chiffres n'avaient aucun sens à ses yeux. Les cristaux étaient censés être des manifestations physiques de la Force et les seuls composants chimiques détectables au scanner auraient donc dû être les midi-chloriens. Or, son cristal semblait être composé d'une multitude de molécules et d'éléments qui n'auraient jamais dû s'y trouver. Mais qu'est-ce-qu'ils font subir à ces cristaux ? Arslan étudia les données de plus prêt et lança des procédures de recherche au sujet de certains composants qui lui étaient inconnus. Il semblerait que le cristal soit synthétique. Les midi-chloriens sont bien là mais ils sont quasiment masqués par toutes les particules qui gravitent autour. Des rayons gamma ? Et des rayons AT-B9d ? Je ne comprends rien à ces données. Pourtant, je suis plutôt doué avec ce genre de choses en temps normal. Qu'est-ce-que c'est que ça ? Le jeune homme projeta le résultat de sa dernière recherche sous la forme d'un hologramme et se leva pour en faire le tour. On dirait un mélange de souffre et de sable. Pourquoi y-aurait-il du souffre et du sable dans mon cristal ? Et sous forme atmosphérique en plus ? S'il venait de Korriban je comprendrais, l'atmosphère y est saturée de souffre et de sable, surtout près des mines, mais Palpatine n'y a plus jamais mis les pieds après m'avoir cherché et personne n'était venu depuis des siècles avant cela. En y regardant de plus près, c'est vrai que les composantes ressemblent très fortement à celles de l'atmosphère de ma planète. C'est vraiment étrange, tout cela a clairement été ajouté a posteriori. Étant donné qu'il contient des midi-chloriens, je peux supposer que ce cristal a été pur un jour. Le reste doit faire partie d'une étrange manipulation qui aurait été effectuée par la suite. Ce qui pourrait expliquer sa couleur grise et terne quand je l'ai vu pour la première fois.
Arslan récupéra son cristal. Sa couleur rouge était inchangée depuis des années. Aucune variation, aucun reflet, comme s'il avait été peint pour rester toujours uniforme. Le jeune homme remonta rapidement son sabre et réinitialisa son scanner. Il y plaça le cristal récupéré sur Ilum. Je comprendrais peut-être mieux en comparant. Si je vois de quoi sont faits les cristaux purs, je trouverais peut-être une explication. Il s'assit derrière ses écrans et programma un nouveau décodage. Il était sur le point de lancer le logiciel lorsque toutes les lumières s'éteignirent.
