Yo ! Cet OS est écrit pour la Nuit du FoF sur le thème Aube.
Bonne lecture !
Tomorrow comes today
« On est vraiment obligées ?
— Oui ma puce. T'es jeune, arrête de te plaindre ! »
Elles n'ont pas dormi de la nuit, et Xion a les yeux qui vacillent. Il fait froid, et son sac est lourd sur ses épaules. Elle ne sait pas comment sa mère fait. Depuis Noël, elle a retrouvé de sa vivacité habituelle, petit à petit. Et maintenant, sans la moindre raison, elle empêche sa fille de dormir le premier jour de l'an. Elles sont parties en voiture de chez elles à huit heures du matin, et maintenant elles marchent le long d'une pente, sacs sur le dos et lampes torches en mains. Les oiseaux commencent à chanter. Il est beaucoup trop tard pour qu'on parle encore d'une heure à laquelle se coucher. Il y a des gens qui se lèvent bien plus tôt que ça.
« Où est-ce qu'on va ?
— On est presque arrivées ! Un dernier petit effort ! »
Xion grogne, elle sait qu'elle ne s'en tirera pas. Alors elle obéit, elle avance, et bientôt le bras de sa mère est tendu devant elle. Le ciel est un peu plus clair. C'est d'un indigo qui gagne en nuances à chaque seconde qui passe. Xion peut jurer qu'il faisait plus sombre que ça quand elles ont commencé à marcher.
« Attention à tes pieds. »
Yuffie fait jouer sa lampe pour montrer, quelques pas plus loin, le rebord de la falaise. Elle la prend dans sa bouche pour éclairer son sac qu'elle pose par terre. Elle en sort un genre de bâche qu'elle étend au sol. Et puis une couverture, deux masses rouges. Elle fait signe à Xion de lui donner son sac et sa fille abdique. Elle l'ouvre, y prend une autre couverture, un thermos et des tasses de camping, un paquet de cigarettes et un briquet. Elle ajoute une couverture sur la bâche et s'y assied, pose la deuxième sur ses épaules.
« Tu viens ? »
Xion sourit, un peu. Le poids dont elle s'est défaite en posant le sac l'a soulagée. Elle ne veut pas penser à ce qu'il faudra redescendre, seulement à ce qu'elle peut se reposer un moment, au chaud, sous une couverture avec sa mère. Elle ne rêve pas, le ciel s'éclaircit vraiment.
« Tu m'as emmenée pour le premier lever de soleil de l'année ?
— Exact. L'aube a déjà bien avancé. »
Elle se blottit dans les bras de sa mère, sent quelque chose de chaud, de plus chaud qu'un corps humain. Une des masses rouges.
« T'as pris des bouillottes ?
— On va pas non plus geler pour commencer l'année. Et … Un thé pour toi, un thé pour moi.
— T'es folle de faire ça à ton âge. »
La mère sourit. Elle vient planter un baiser sur le crâne de sa fille.
« Il n'y a pas d'âge pour la folie, jeune fille. Mais c'est d'une autre folie que je voulais te parler, aussi.
— Hm ? Quoi ? J'ai fait une bêtise ?
— Non, non, rien de ça. Mais j'ai pensé au déménagement.
— Oh. Tu … ne veux plus ?
— Xion. Je t'ai promis. Bien sûr qu'on déménage. Ce que je me demande c'est … Tu es forte en Anglais, pas vrai ?
— Quoi ? »
Xion n'est pas aveugle. Elle a vu sa mère embrasser Reno. Elle a surpris leurs regards, heureux d'être ensemble et triste de savoir la séparation inévitable. Elle se demande si elle comprend bien.
« Tu voudrais vivre à Boston ?
— Mais – Maman !
— C'est une idée, d'accord, c'est tout. C'est un changement énorme, je ne veux pas t'y forcer, mais quitte à changer d'air, j'ai pensé que ça pourrait peut-être te plaire. On trouverait une école Française pour toi.
— Et … mais t'auras pas de travail ! Tu veux … qu'on emménage avec Reno ?
— Non. C'est … Je préfère qu'on soit toutes les deux.
— Mais on n'a pas les moyens.
— Ça, ma petite, ce n'est pas ton problème. »
A son ton, Xion devine que sa mère lui cache quelque chose. Elle se permet un coup dans ses côtes, et quand ça mère glapit, outrée, elle rit. Elles rient.
« Maman ?
— Bon. Il est possible que j'aie appelé ton père. Après tout, il me doit quatorze ans de pensions alimentaires.
— J'arrive pas à croire que t'as fait ça.
— C'est temporaire. Jusqu'à ce que je trouve un travail. Si tu veux. Seulement si tu veux. Je sais que c'est loin, et tu peux prendre tout le temps que tu veux pour y réfléchir. Enfin, si tu pouvais savoir en août ce serait bien.
— Je veux. Je veux y aller.
— On n'est pas pressées, ma puce –
— J'ai peur. Mais j'ai envie. Tu sais, depuis le collège, ils … Ils ont toujours dit que j'étais lâche.
— C'est pas vrai, ma puce. Je te promets que c'est pas vrai. »
Xion hausse les épaules, un peu dépitée, elle renifle. Oh, elle ne veut pas commencer l'année en pleurant, pourtant elle sent que ça vient.
« Alors pourquoi j'ai rien fait ? Pourquoi je me suis pas battue ?
— Xion. Xion, regarde-moi. Personne ne peut te demander de te battre. Si quelqu'un te fait du mal, ce n'est pas, ce ne sera jamais de ta faute. C'est eux, les lâches.
— Je sais pas …
— Moi je sais. Et si tu demandes à Axel, ou à Roxas, ou à Nina, tu verras qu'ils te disent pareil.
— Tu sais pas ce qui s'est passé.
— Et alors ? Je t'ai vu grandir, Xion. Tu ne frapperais jamais quelqu'un sans raison valable.
— Mais tu disais qu'il n'y avait –
— Jamais de raison valable pour frapper quelqu'un. C'est ce que je pense. Et tu es ma fille, alors je pense que c'est ce que tu penses aussi. Tu ne l'as pas frappée raisonnablement. Tu n'as pas voulu la frapper. Ce n'était pas prévu. Je me trompe ?
— … Non …
— Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais d'une manière ou d'une autre, je crois qu'elle t'a poussé dans tes derniers retranchements, qu'eux tous, ils t'ont fait trop mal pour que tu puisses t'arrêter. Tu n'es pas obligée de me raconter pour que j'aie confiance en toi. Mais si, un jour, tu as envie de me raconter, je serai toujours là. Dans deux mois, dans dix ans. Et si dans dix ans tu veux porter plainte, je serai là aussi. Du début à la fin. Oh ! Oh ! Le soleil se lève ! Donne-moi les clopes ! »
Xion rit. Elle est soulagée. Elle veut tout oublier. Elle sait que ce ne sera que temporaire. Qu'elle devra y revenir à un moment. Pour l'instant elle a besoin de distance. Un océan entre elle est ses douleurs, oui, oui, ce sera bien.
« Maman. Pour mon anniversaire, tu crois qu'il y a un parc à Boston où on pourra regarder le lever de soleil ? »
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