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UNE BELLE VIE
La journée d'automne était fraîche. Quand la brise bruissa dans ses cheveux, Edward transféra les rênes de la voiture dans une main pour pouvoir ajuster les couvertures autour de sa fille de quatre mois. Il sourit en voyant qu'elle était réveillée et la laissa prendre fermement l'un de ses doigts.
"Bonjour mon ange."
De sa place dans le panier à côté de lui, Angelica Rachel Masen lui fit un sourire de bébé édenté. Elle gargouilla, essayant de guider son doigt à sa bouche. Elle grogna d'effort, agitant ses jambes si fort que les couvertures tombèrent à nouveau.
"Rien de tout ça," l'avertit-il, repliant à nouveau les couvertures autour d'elle. "Nous ne voudrions pas que tu attrapes froid."
Une vrille de peur s'enroula autour de l'estomac d'Edward et le serra. Il était heureux d'avoir été trop occupé à aider son beau-père à récupérer quelques affaires qui s'étaient détachées et il n'avait pas beaucoup mangé de son repas de midi. Il dut ravaler la boule douloureuse dans la gorge alors qu'il essayait de ne pas penser à la fragilité de la vie des bébés.
Angel roucoula puis gloussa - ce son de bébé joyeux qui pouvait réchauffer les coques même des cœurs les plus froids. Le nœud de peur se dissipa et Edward sourit en retour à sa fille. C'était un gros bébé, en bonne santé et heureux avec des joues roses et des yeux brillants. "Ton papa est un idiot," dit-il. "Maman me dit toujours que ça n'a pas beaucoup de sens de s'inquiéter des choses qui ne se sont pas encore produites et qui pourraient ne jamais arriver. Elle dit que je pourrais aussi bien profiter de toi pendant que tu es encore notre petite mouche. Après tout, tu n'étais qu'un moucheron hier, semble-t-il et regarde-toi maintenant - un grand bébé de quatre mois entiers. Maman a raison. Je devrais profiter de mon bébé avant qu'elle ne devienne ma petite fille."
Il se rassit, jetant un coup d'œil à la piste avant de regarder sa fille à nouveau. "Je sais que tu as aimé rester avec grand-père mais je pense que tu aimeras avoir notre propre espace. Tu seras la petite dame de la maison au lieu d'être sous la coupe de ton oncle Billy. Un jour tu auras une kyrielle de frères et sœurs à diriger."
Cette idée le fit retomber dans le silence alors qu'il envisageait cette jolie vision d'avenir. Une autre vrille d'inquiétude le traversa.
Il avait emmené Bella dans son lit quelques jours auparavant pour la première fois depuis la naissance d'Angelica. La pensée qu'elle puisse être enceinte de nouveau le rendait à la fois plein d'espoir et consterné. Il y aurait plus d'enfants pour eux, il le savait et l'idée d'ajouter à sa progéniture le rendait fier et heureux. Pourtant il n'était pas inconscient du fait que chaque grossesse était un risque.
"La vie est un risque," lui avait dit Bella quand il avait hésité à la prendre. Elle l'attira avec elle dans le lit, le caressant, le touchant et le tentant. "As-tu l'intention de me refuser le reste de nos vies ?"
Il ne pouvait pas, bien sûr. Il ne l'avait pas fait. Elle était bien trop envoûtante et il était trop amoureux d'elle. C'était le genre d'amour qu'il fallait exprimer physiquement, le garder enfermé en lui l'aurait tué.
"Tu m'as tellement manqué, ma sorcière dévergondée," dit-il, avant de s'enfoncer en elle.
"Edward ?"
En parlant du diable… Edward regarda par-dessus son épaule pour voir Bella se relever de l'endroit où elle avait fait la sieste à l'arrière du chariot. Il l'entendit tapoter le fond en bois puis elle eut le souffle coupé. "Le bébé !"
"Elle est là mon amour. Elle va bien. Angel a juste voulu monter devant avec son papa, n'est-ce pas chérie ?"
Angel poussa un cri bruyant, balançant ses poings en boule et donnant des coups de pied pour se joindre à la conversation. Edward prêta sa main à Bella, la gardant stable pendant qu'elle grimpait sur le siège. Quand elle fut installée, elle sortit le bébé du panier. Angel accueillit sa mère avec des bruits joyeux et Edward se réchauffa, regardant ses précieuses filles avec un sourire.
"Tu n'as pas dormi longtemps," dit Edward, tendant la main pour rentrer une mèche de cheveux sous le bonnet de Bella.
Elle bâilla et cligna des yeux, roulant son cou et provoquant une série de petits craquements. "Je vais bien. Il se fait tard et j'imagine que nous ne serons plus trop longtemps sur la piste."
"Non," acquiesça Edward. "Nous nous arrêterons bientôt. J'espérais arriver jusqu'à la ville voisine mais le chariot va plus lentement que dans me souvenirs." Il regarda derrière lui comme s'il apercevait le chariot plus grand conduit par Charlie et contenant la plupart de leurs possessions terrestres. "Nous devons camper ce soir, j'en suis désolé."
"De quoi diable dois-tu être désolé ?"
"Nous devrons probablement dormir dehors sur le sol. Eh bien tu pourrais t'allonger à l'arrière du chariot avec Angel, je suppose mais…"
Elle lui cogna l'épaule. "Chut espèce de fou. Je resterai avec toi." Elle posa sa tête sur son épaule. "Ce sera comme au bon vieux temps."
"Vieux temps," murmura-t-il en secouant la tête. Parcourir la piste ressemblait à une autre vie. Il supposait que c'était le cas.
Ils ne s'arrêtèrent que quelques heures plus tard. Bella et lui commencèrent à installer le camp en attendant que Charlie et Seth les rattrapent.
C'était incroyable de voir à quelle vitesse Edward avait oublié son ancienne vie. Avant ça aurait été une seconde nature pour lui de préparer un camp pour une nuit de repos. Avant il n'avait même pas besoin de réfléchir mais ils étaient plusieurs à se partager le travail. Maintenant il restait là dans la clairière, les mains sur les hanches à essayer de se souvenir quoi faire et dans quel ordre.
"C'est une bonne chose que tu aies pensé à mettre les provisions dans ce chariot," dit Bella en sortant des casseroles de l'arrière.
Feu. Bien sûr. Il faisait froid. Ils avaient besoin du feu pour se réchauffer et cuisiner.
Quand Edward revint de ramasser le bois il trouva Bella assise le dos contre un arbre. Elle avait une couverture sur l'épaule protégeant Angel du froid pendant qu'elle l'allaitait. Il s'arrêta au bord de la lisière pour observer. Il adorait l'expression sereine de Bella quand elle nourrissait leur fille. Elle baissa les yeux, son sourire si tendre et tapota le bébé en fredonnant et en se balançant.
Il s'accorda quelques instants supplémentaires, remerciant la providence et la démarche protectrice de Carlisle Cullen pour ce cadeau, cette vie. Ensuite il partit prendre soin de sa famille.
… Deux ans et demi plus tard ...
"Angel ! Miséricorde, ce prénom ne te va pas du tout, pas vrai ? Reviens ici, petit diable !"
Bella fit un dernier saut en essayant de rattraper sa fille de presque trois ans. Angel avait les jambes potelées et pas très bien coordonnées mais ces jours-ci, Bella n'était pas la grâce incarnée. Elle réussit à attraper un poignet et s'accrocha car l'enfant était couverte de la tête aux pieds d'eau savonneuse et était donc très glissante.
"Maman, non," gloussa Angel, tapant des pieds pour jouer joyeusement pendant que Bella la soulevait. "Je suis toute propre."
"Ha !" Bella plongea tout de même la petite protestataire dans la baignoire qui était posée au milieu de la cuisine. "Angelica Rachel, assieds-toi ou aide-moi sinon je change ton prénom pour le Fretin de Satan."
Angel éclaboussa et fixa Bella avec un sourire gagnant - une version miniature du sourire de son père - et tout aussi efficace, comme la petite coquine le savait sans doute. Bella soupira, sentant son irritation diminuer. Elle se laissa tomber sur le sol et ramassa le linge savonneux. "Allez petite. Nous allons avoir des invités. Tu ne veux pas être jolie pour nos invités ?"
Angel piétina plusieurs fois pour le plaisir de voir l'eau clapoter sauvagement mais elle se rassit finalement dans la baignoire, apaisant la peur de sa mère d'attraper la mort par le froid. "Je suis toujours jolie. Papa dit."
"Oui eh bien papa est partial." Bella sourit à l'expression pincée d'Angel alors qu'elle versait de l'eau sur sa tête. "Oui petite fille. Tu es très précieuse. Mais les gens peuvent ne pas le voir avec toute cette saleté sur toi."
Quelques temps plus tard Angel était propre et habillée de son mieux comme le dimanche. Ses longs cheveux auburn étaient brillants et ornés d'un joli noeud. Elle était une belle enfant et le fait que Bella puisse voir ses propres traits mêlés à ceux d'Edward ne cesserait jamais de l'étonner. Mais au-delà de ça elle était vraiment resplendissante et Bella était satisfaite du travail qu'elle avait fait. Oh c'était assez vrai que l'enfant serait probablement froissée et couverte de boue cinq minutes après l'arrivée des invités mais ils auraient au moins eu un aperçu de son air aussi chérubin que possible.
Bella emmena Angel dans la chambre principale et l'assit au milieu de son lit avec quelque chose de propre pour jouer. Elle était débraillée à cause de sa bataille pour mettre Angel ainsi que la maison en état pour les invités. Une autre bataille s'ensuivit, celle-ci avec ses cheveux et ses vêtements. Bientôt Bella se regarda dans le miroir. Elle était ravie que le reflet qui la regardait ressemble au rôle qu'elle voulait jouer : une jolie mère et une épouse sûre d'elle.
Elle baissa les yeux et fronça les sourcils. Eh bien du cou à au-dessus elle était satisfaite.
Cela faisait environ un an qu'elle n'avait pas vu son père. Cette fois Charlie amenait non seulement sa famille mais aussi la plupart des membres du clan Cullen. Bella ne voulait rien de plus que paraître entièrement adulte - la matrone de la grande maison qui devenait rapidement le centre du quartier dans lequel ils vivaient.
Edward était aussi un homme intelligent et mieux éduqué que beaucoup des autres membres de leur communauté grandissante. Il était un leader naturel et réussissait dans ses relations d'affaires. Les hommes commençaient à l'admirer et cela donnait envie à leurs femmes d'être dans les bonnes grâces de Bella.
Mais les Cullen avaient connu Bella jeune et avaient connu Edward quand aucun d'eux, sauf peut-être Alice n'aurait cru qu'il pouvait être un bon mari. Carlisle et Esmée ne l'avaient pas vue depuis qu'elle était une jeune mère inexpérimentée qui faisait de son mieux pour ne pas pleurer pendant qu'ils s'éloignaient. Ils avaient leur propre famille vers laquelle retourner. Bien que Bella ne croit pas qu'ils la jugeaient, elle voulait toujours vraiment faire de son mieux.
Elle voulait qu'ils soient tous fiers d'Edward et d'elle.
Après avoir fini de s'apprêter Bella commença à jeter un dernier coup d'oeil à la maison. Elle abandonna rapidement sachant qu'elle se rendrait folle si elle s'arrêtait pour trouver toutes les imperfections de sa maison. Elle tira Angel sur ses pieds, la conduisant en bas et dehors. Elles s'installèrent sur la balancelle de la terrasse couverte, Angel s'appuyant contre elle pendant qu'elle lisait.
Bella s'arrêta au milieu d'une phrase, penchant la tête en pensant entendre le claquement des sabots d'un cheval. Elle se servit de la balustrade pour se lever. Appuyée contre le pilier, elle tendit le cou, regardant l'horizon. Angel vint se mettre près d'elle et Bella déplaça sa main libre sur l'épaule de sa fille, les gardant toutes les deux stables.
Une autre minute s'écoula avant qu'un cavalier n'apparaisse sur la crête de la colline. Le soulagement envahit Bella et elle sourit si largement que ses joues s'étirèrent sous l'effort.
Edward était parti depuis deux jours. C'était la première fois depuis qu'il l'avait laissée chez son père qu'il partait loin plus de douze heures. C'était une nécessité et elle n'était pas en état de voyager même jusqu'à la ville. La probabilité qu'il lui arrive quelque chose n'était pas très élevée. Pourtant quand elle le vit, Bella put admettre qu'elle avait eu peur pour lui. Même si la probabilité était petite, le voisinage avait été en proie à des conflits entre indigènes et colons. Ce n'était que l'une des possibilités de ce qui aurait pu arriver à son mari.
Bella reconnut le poids des inquiétudes et le laissa s'échapper tout aussi rapidement. Même après quelques années de mariage, son souffle se bloquait encore chaque fois qu'elle le voyait. C'était un beau spectacle, bien sûr. Il y avait une raison pour laquelle elle avait plus d'une fois surpris ses amies - mariées ou non - essayant de le lorgner discrètement. Ses doigts tremblaient à ses côtés. Elle avait hâte de passer ses mains dans ses longues mèches de bronze, ébouriffées par le trajet.
Ses yeux balayèrent la terrasse, la trouvèrent et il sourit. Elle le vit donner un petit coup de talon au cheval, incitant la bête à aller plus vite, distançant facilement les chariots qui le suivaient.
"Papa !"
Angel se jeta à l'eau, descendant les quatre marches de la terrasse si vite que Bella glapit d'alarme. La fillette arriva en bas sans incident et courut à fond sur l'herbe vers son père.
Bella suivit à un rythme beaucoup plus fastidieux. Elle souhaitait pouvoir courir, elle le voulait mais elle était bien trop lourde pour tout cela. Elle pouvait attendre quelques minutes de plus pour qu'Edward l'atteigne.
Il arrêta le cheval et descendit. Il prit Angel dans ses bras et la lança en l'air. Quand elle redescendit, il la serra contre lui, l'embrassant sur la joue alors qu'il sprintait pour rejoindre Bella. Déplaçant sa fille rieuse sur sa hanche, Edward ne perdit pas de temps. Il mit son bras autour de la taille de Bella et la tira vers lui.
Son baiser n'était pas digne d'une compagnie polie. Le bruit des chariots qui s'approchaient aurait dû suffire à la faire protester - que dirait son père ? - mais Bella ne pouvait pas se soucier de choses aussi dérisoires que la bienséance à ce moment-là. Deux jours loin de lui avaient été beaucoup trop longs.
Tandis qu'il l'embrassait, la main d'Edward se mit à dériver vers le gonflement de son ventre. Il brisa leur baiser et caressa le renflement avec révérence. "J'avais tellement peur de te quitter," murmura-t-il, en posant sa main sur l'endroit le plus rond. "J'avais peur que quelque chose arrive."
Bella lui sourit, triste. Ils ne cessaient de s'inquiéter l'un pour l'autre, semblait-il. "Le médecin était ici ce matin. Il a dit un autre mois peut-être. Nous allons très bien."
Il fit un bruit d'appréciation et l'embrassa à nouveau. Ce baiser était beaucoup plus chaste, probablement parce que les chariots étaient presque sur eux. Trois d'entre eux s'arrêtèrent au moment où Edward laissait partir Bella à contrecœur.
En quelques secondes, Bella se retrouva encerclée, ne sachant qui étreindre en premier. Il lui fallut un moment pour se repérer puis elle s'esquiva des bras d'Emmett pour retrouver Alice.
Après quelques difficultés, Alice avait mis au monde son premier enfant cinq mois auparavant. Brandon Emery Hale avait était malade dès le début et était mort à l'âge de trois mois. Bella ne pouvait pas comprendre ce genre de douleur et donc quand elle trouva Alice, elle enroula ses bras autour de l'autre femme et s'y accrocha.
Elle aimait Alice comme une sœur et elle aurait souhaité être plus proche.
Alice s'enfonça dans l'étreinte comme si elle avait entendu les mots que Bella ne pouvait pas dire. Elle haleta et quand elle se retira, son sourire vacilla. Au début, elle ne dit rien mais elle mit sa main sur le ventre de Bella. "Regarde-toi. Oh, Bella." Elle renifla et hocha la tête comme si elle était résolue. "C'est un garçon cette fois, je pense."
Se souvenant qu'Alice avait correctement prophétisé la naissance d'Angel, Bella mit sa main sur celle d'Alice, sur son ventre. "C'est ce que j'ai dit à Edward..."
Jasper les rejoignit alors. Il prit sa femme sous un bras, lui réservant un baiser sur le front sachant qu'elle avait besoin de ce réconfort. Il attira Bella vers lui avec son autre bras et l'embrassa sa joue. "C'est bon de te voir, ma chérie. Félicitations !"
Les autres Cullen l'embrassèrent avant que l'attention ne se porte sur Angel.
Edward l'avait posée mais elle s'était mise derrière ses jambes, enfouissant son visage dans l'arrière de ses cuisses, se cachant timidement tandis que les Cullen essayaient de l'attirer.
"Bonjour, ma chérie. Mon Dieu, quelle précieuse enfant tu es !" Esmée effleura les cheveux doux d'Angel. "Ton prénom te va vraiment bien, n'est-ce pas ? Tu es un ange tout juste descendu du ciel."
Toujours attirée par les gens qui la flattent, Angel leva la tête et se lança dans une tentative de bouger loin de la protection de son père. "Maman a dit qu'elle allait m'appeler le Fretin de Satan".
"Angelica !" s'écrièrent ensemble Edward et Bella. Les joues de Bella rougirent mais les autres se mirent à rire.
Emmett s'accroupit, se mettant à la hauteur d'Angel d'aussi près qu'il était capable de le faire. Au grand désarroi de Bella, il lui ébouriffa les cheveux.
Oh, pensa-t-elle. Le noeud était déjà de travers depuis qu'elle avait filé sur la pelouse.
"Ma maman, cette dame juste là..." - Emmett désigna Esmée - "a dit qu'elle aurait dû m'appeler comme Satan lui-même."
En roulant les yeux, Bella alla saluer son père. Elle le serra dans ses bras et quand elle se retira, elle haleta à la vue de l'enfant accroché à la main de Sue. Elle n'avait pas vu son frère depuis qu'ils avaient quitté la maison de Charlie deux ans et demi auparavant. C'était un garçon robuste de trois ans et quelques mois maintenant. Il était taillé plus finement, comme un enfant, au lieu d'être potelé comme un bébé.
Il ressemblait tellement à Charlie.
"Mon Dieu. Qui est ce jeune homme costaud ? Est-ce que tu m'as apporté une nouvelle main pour travailler dans les champs, papa ?"
Billy sourit et se redressa. "Je ne suis pas un travailleur. Maman a dit que tu es mon frère. Comme Seth".
"C'est ta sœur, Bécassine," dit Seth en secouant la tête. Il s'avança pour embrasser Bella.
"Heya, Sœur."
"Hey, petit frère," dit-elle, en levant les yeux au ciel.
Elle avait vu Seth la dernière fois que son père lui avait rendu visite. Partout où Charlie allait, Seth était généralement à ses côtés. Quoique trop peu instruit pour des chiffres du registre de Charlie - même à dix-sept ans, Seth était doué pour les aspects sociaux de l'entreprise.
Charlie lui avait écrit que le garçon et son charme affable avaient été d'une valeur inestimable pour aplanir les choses d'une transaction.
Quand Bella était plus jeune, elle s'inquiétait souvent de ne pas pouvoir s'occuper de son père, n'étant pas le fils que la plupart des hommes voulaient. Bien qu'elle soit assez grande maintenant pour comprendre qu'aucun fils ne l'avait remplacé dans son cœur, elle était heureuse pour Sue, Seth et Billy. Comme elle ne pouvait pas rester avec lui, elle était heureuse qu'il ne soit jamais seul.
Les salutations faites, le groupe se dirigea vers la maison, Bella au bras de Charlie et Edward escortant Esmée. Les enfants, Angel, Billy et Jacob, le fils d'Emmett et Rosalie, furent envoyés jouer.
Il incombait à Bella, en tant qu'hôtesse, d'accompagner les gens dans leur chambre et de faire visiter la maison en disant à tout le monde où se trouvaient les produits de première nécessité. Aussi ridiculement nerveuse qu'elle l'était, elle sentit que tout se passait bien car son état de grossesse avancé la laissait constamment essoufflée.
Esmée mit les bouchées doubles, insistant pour que Bella laisse toutes les femmes l'aider à préparer le dîner, la bienséance étant damnée. "Assieds-toi," dit-elle d'une voix autoritaire qui ne laissait aucune place à la discussion. "Pour l'amour du ciel. Personne ne s'attend à ce que tu nourrisses une couvée comme celle-ci par toi-même."
Bella se retrouva donc assise à la table de la cuisine avec peu de choses à faire, à part peler des pommes de terre pour le le souper du lendemain. Peut-être était-elle la maîtresse de maison mais personne ne surclassait Esmée Cullen, pour sûr.
Ce n'était pas mal. Alice, Rosalie et Esmée l'empêchèrent de se sentir inutile en lui racontant toutes les choses qu'elles avaient faites dernièrement.
Bella fut heureuse d'apprendre que Rosalie et Emmett avaient repensé l'idée de se diriger vers une ville plus grande. Comme Edward l'avait prédit, Carlisle ne pouvait pas être écarté du rôle de médecin et donc Emmett supervisait la plupart des terres de son père ainsi que les siennes. Entre cela et sa menuiserie, il devenait rapidement riche par lui-même.
Jasper commençait lui aussi à monter une jeune exploitation avec son bétail. Il n'était pas aussi riche que son beau-père et son beau-frère mais il faisait son chemin. Et Alice s'occupait malgré son chagrin.
"J'aide Ma à organiser la scolarisation des enfants du secteur," dit-elle. "Nous avons levé de l'argent pour trois écoles jusqu'à présent."
Bella ne rata pas la note douce-amère à sa voix. Il était difficile, imaginait-elle, d'enseigner aux autres enfants alors que son propre enfant était bien au-delà de toute aide.
"Il n'y a rien de plus injuste qu'une mère sans enfant," déclara Esmée en toute tranquillité lorsqu'Alice s'excusa un instant. "Elle est toujours mère et je pense que c'est ce qui fait le plus mal. Oh, Brandon. C'était un bébé si précieux !" Elle posa sa main sur ses lèvres, submergée d'émotion pour un moment.
"Parfois, je ne sais pas comment lui dire de tenir bon. J'ai aussi perdu un enfant après Emmett. Cette douleur..." Elle secoua la tête, les yeux encore fermés. Même le souvenir de sa douleur était si forte, qu'elle frappa Bella comme un coup à l'estomac. Elle enroula son bras autour de son ventre comme si elle pouvait protéger son propre fils à mains nues.
Esmée prit une profonde respiration. "Mais je devais m'occuper de mon petit garçon. Mon doux et exubérant petit garçon. Il était la raison pour laquelle je pouvais respirer jusqu'à ce que j'aie Alice entière et saine dans mes bras."
"Maman."
Elles furent toutes effrayées de voir qu'Alice était apparue sur le seuil de la porte, les yeux larmoyants. Elle alla vers sa mère, l'empêchant de s'excuser et lui prit les mains. "Je serai à nouveau mère. Je ne vais pas bien maintenant mais je le ferais. Je le sais. Et c'est suffisant." Elle serra sa mère dans ses bras et ensuite regarda sa belle-sœur. "De plus. J'ai Jacob à gâter pour l'instant, n'est-ce pas ?"
Rosalie gloussa. "Oh, bonté divine, tu devrais le voir, Bella..." Elle secoua la tête, en se penchant pour chuchoter à l'oreille de Bella de manière conspiratrice. "Le garçon court directement vers sa tante chaque fois qu'il pense qu'Emmett et moi sommes trop sévères... ce qui est toujours le cas."
Quelques heures plus tard, ils s'installèrent tous pour le dîner. Bella assise sur sa chaise, regardant tout le monde profiter de sa nourriture et de son foyer.
A côté d'elle, Edward inclinait la tête vers le bas pour lui chuchoter à l'oreille. "Tu es loin, mon amour. A quoi penses tu ?"
Elle sourit, en regardant l'assemblée. "Je suis là. Je suis juste..." Elle leva les yeux vers son mari, en s'efforçant de trouver les bons mots. "Quand je t'ai rencontré il y a si longtemps..."
Il lui fit un clin d'oeil, en attrapant sa note de taquinerie. "Oh, si longtemps..."
"J'étais fille unique et tu étais orphelin. Maintenant, regarde ça. Regarde notre famille." Pas seulement amis. Ils étaient de la famille. Bien qu'ils aient été séparés par des années et des kilomètres, assis à cette table, elle faisait partie d'un collectif qui ne pouvait pas être brisé. "C'est juste agréable de savoir qu'il y aura plus de jours comme celui-ci chez nous ou chez eux."
Edward prit sa main sous la table et se pencha en avant pour l'embrasser - un baiser doux et tendre. "Bella, toi… et mes bébés sont tout ce dont je pourrais avoir besoin mais tu as raison. Nous sommes devenus une famille sur cette piste. Nous tous." Il mit la main sur son ventre et sourit. "Et maintenant, nous avons le reste de notre vie pour voir comment cette famille s'agrandit".
"C'est une belle vie," dit-elle.
"Oui, c'est une belle vie."
FIN
Note de l'auteur
Oh, et plus tard, ils ont appris que James était mort de dysenterie. Parce que vous ne pouvez pas avoir fait l'Oregon Trail sans que quelqu'un meure de dysenterie.
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