Disclaimer : Fairy Tail ne m'appartient pas.
NE RIEN VOIR VENIR - I
Sa mère l'a prévenue. Elle lui a pourtant dit que voyager seule, dans un pays étranger qui plus est, ressemble tout bonnement à un suicide. Mais, têtue et certaine d'être capable de s'en sortir, elle a décidé de prendre ce billet d'avion et de partir pour l'Espagne ; être aveugle ne l'empêchera pas de prendre de délicieuses vacances, au bord de la plage.
Sauf qu'Erza se dit qu'elle aurait peut-être dû l'écouter, au moins cette fois-ci. Après tout, c'est vrai que le malheur a l'air de pleuvoir sur elle, tant les situations désagréables s'enchainent. Elle a toujours su y faire face, compensant sa vue disparue avec ses autres sens et son intelligence ; il a été hors de question qu'elle soit démunie face à ce monde à cause de sa cécité, sa mère y a veille durant toute son éducation et même encore maintenant.
Donc lorsqu'elle se retrouve être kidnappée par une secte pour être utilisée comme un sacrifice humain, afin d'invoquer et lier un ancien démon qu'elle a compris comme étant le nouveau maitre incontesté des enfers, ou quelque chose comme ça, elle doit bien avouer qu'elle est complètement perdue et submergée par la peur. Ses ravisseurs parlent rapidement et ont l'air agités et elle, ligotée sur une chaise qui grince, et bien elle commence à paniquer. Une chaleur étouffante la fait transpirer à grosses gouttes et les pas précipités, tout autour d'elle, lui font tourner la tête. Sans parler de cette odeur de souffre…
Le bruit d'une lame sortant de son fourreau la fait sursauter et, la seconde qui suit, une vive douleur remonte le long de son avant-bras. Elle crie, se débat, puis se stoppe quand une paume s'abat violemment sur sa joue. La gifle est si forte qu'elle lui tourner la tête, collant quelques mèches écarlates sur son visage recouvert d'une fine couche de sueur. Erza respire bruyamment, le ventre totalement retourner ; est-ce qu'elle va mourir ici, comme ça, juste parce que des dérangés croient en une puissance supérieure capable de ravager le monde ?
Les membres de cette secte commencent à prononcer ce qu'elle pense être des incantations. Soudainement, la chaleur de la pièce augmente d'un coup. L'atmosphère devient étouffante. Erza respire bruyamment et cherche un moyen de défaire les liens qui lacèrent sa peau. Ça brûle, c'est désagréable, mais c'est mieux que de finir morte sans avoir tenter quelque chose. Des mains l'empêchent cependant, très rapidement, de remuer davantage.
Comprendre l'espagnol a ses avantages. C'est comme ça qu'elle vient d'apprendre qu'il compte l'égorger et lui ouvrir les poignets, histoire d'avoir plus de sang pour appâter le démon. Pourquoi est-ce qu'elle a choisi de ne pas écouter sa mère, déjà ? Ah oui, parce qu'elle est tout autant bornée qu'elle. Des ordres sont braillés, sans respect, pour indiquer qu'il est réellement temps de passer à la vitesse supérieure.
Mais si l'étrangeté fait bel et bien parti de sa vie, alors ça explique la suite. Ces fameux dégénérés ne sont pas réellement des dégénérés, puisqu'à priori, ça a marché. Sa gorge et ses poignets sont donc sauvés, pour le moment. La monstrueuse chaleur qui a baigné ce qu'elle pense être une cave a disparu, remplacée par le fameux démon qui peste. Elle qui s'est attendue à une voix rauque, déformée pour avoir des intonations à en donner la chair de poule, se voit davantage perdue sous la voix chaude et suave qui caresse ses tympans.
Il parle à ce qui est tout comme ses sbires pour avoir des explications, quant à ce rituel qui n'a pas l'air d'avoir été dans son agenda. Est-ce que c'est l'occasion de chercher un nouvel échappatoire ? La plaie sur son avant-bras la démange et la pique affreusement. Des explications bafouillées la renseignent davantage sur le plan des pratiquants ; une fois invoqué, le démon serait lié à ce monde est pourra le gouverner, en prime des enfers.
Le rire aux éclats du nouvel arrivant la fait sursauter, alors qu'elle est en train de réaliser qu'elle n'a aucun moyen de filer. Et ce n'est pas la peine d'espérer que ces psychopathes la relâchent. Des pas feutrés s'approchent d'elle. L'odeur de souffre est plus proche, mélangée à celle du musc. Elle halète quand des doigts brûlants effleurent la blessure béante de son bras.
« Tontos. »
Celui qu'elle a identifié comme le chef de groupe bégaie quelques mots incompréhensibles et Erza n'y prête pas attention ; elle cherche davantage à saisir le sens de ce qui est en train de se produire. Les liens qui ont serré si douloureusement ses poignets sont retirés, lentement, un à un, avec une douceur troublante. Les protestations s'atténuent alors brusquement, remplacées par des craquements d'os et des gémissements de souffrance. Elle halète, secouant la tête quand des doigts humides caressent sa joue. Ça sent la rouille et c'est chaud, comme le sang.
L'incompréhension se mêle définitivement à la peur quand elle ne sent plus la chaise sous ses fesses. À la place, deux bras puissants la soulèvent avec une facilité déconcertante ; un sous ses genoux, l'autre sous son dos. Si elle a parfaitement suivi, elle est actuellement étroitement pressée contre le corps apparemment nu du démon.
Est-ce que ces ravisseurs l'ont droguée ? C'est possible. Peut-être que tout ce qui est en train de se passer, c'est une énorme hallucination. Ou alors, elle est toujours dans l'avion et la voilà qu'elle est profondément endormie, en plein dans un songe. Ça aussi, c'est une hypothèse très plausible. Parce que sinon, comment expliquer tout ça ? Croire que ces idiots, comme l'a si bien dit le démon, ont foutu en l'air leur rituel de liaison ? Qu'au lieu de le lier aux terres, ils sont parvenus à le lier à lui, alors que lui-même ne comprend pas comment c'est possible ? Qu'aucun livre a traité jamais de ce sujet ? Que, maintenant, elle est une sorte d'ancre entre le royaume des humains et ceux des démons ? Ou, tiens, que ce démon semble extrêmement apprécier sa compagnie et qu'il compte rester à ses côtés, jusqu'à la fin, parce que de toute façon il n'a pas d'autre choix ?
Non.
Hors de question.
Tout ça n'a aucun sens.
Et de toute façon, elle vient de s'évanouir. Ça règle temporairement les choses, pas vrai ?
