Hey !
Devinez qui a fini le dernier chapitre de cette histoire pendant le camp Nano ? Le 9 Avril, plus précisément. Donc voilà le dernier mot de cette histoire est posé. Elle est fini. Wow.
En vrai, il va encore falloir que je travaille tout ça, y en a pour un moment et je vais peut-être insérer des chapitres dans la quatrième partie, parce que je trouve qu'il en manque. Mais vous êtes désormais sûr-es d'avoir un jour la fin de cette fanfic. C'est quand même une chouette nouvelle ? De mon côté, ça fait bizarre de me dire que je suis arrivé au bout de ce monstre (on frôle les 200k mots, sérieux), mais j'ai hâte de vous faire lire tout ça, et d'avoir vos retours.
Bref ! Merci à Yu pour sa correction, et bonne lecture à vous !
Dites aux loups que je suis chez moi. Avec un titre pareil, Vanitas ne s'attendait pas au récit qui se trouve entre ses mains. Il tourne les pages une à une, s'empare de l'histoire de tous ces personnages qui portent chacun leur douleur. Il ne veut pas lâcher ce bouquin. Sa curiosité surpasse tout autre intérêt. Même les lèvres d'Axel dans son cou.
« - Allez … »
Cette voix, sortie du fond de sa gorge, c'est comme un ronronnement dans son oreille. Il murmure, susurre, glisse sa main le long de sa taille et cherche ces recoins qui feront frissonner son épiderme. Ceux qui détourneront l'attention du corbeau de son foutu bouquin.
Le louveteau grogne.
« - J'lis.
- Tu pourras finir plus tard.
- Nan, j'veux savoir maintenant.
- Savoir quoi ?
- Qui c'est Tobby, et qu'est-ce qu'il a fait pour que la mère des gamines le déteste tant.
- Et c'est qui, Tobby ?
- Bah le gars de l'oncle, je crois. »
Des dents sur son oreille. Ça, s'est traître. Axel sait très bien que ça le fait bander. Qu'il adore, et que son ventre se réchauffe doucement alors qu'il s'amuse avec le lobe de chair. Et sa voix mon dieu, évidemment qu'il a compris comme elle lui faisait de l'effet. Ce con.
« - Va jouer ailleurs.
- Nan, pas envie.
- C'est moi qu'ait pas envie.
- Genre. »
Sa main glisse entre ses jambes, là où son sexe commence à former une jolie bosse à travers son boxer. Il passe sa main dessus sans la moindre gêne et masse. Le corbeau se tend tout entier. Saloperie. C'est de la triche, ça.
« - J'suis occupé.
- Je te propose un truc encore plus intéressant que Tobby et son oncle.
- Alors non, c'est l'oncle des gamines, pas de Tobby.
- Ravi de l'apprendre. »
Des lèvres à la limite de sa cuisse. Putain. Sérieusement. Il ose.
Vanitas se mord la lèvre. Il sent son corps tout frissonnant qui appelle à plus, qui brûle, qui veut. Et, au creux de son ventre, un agacement profond face à l'insistance d'Axel. Mais bon, quitte à être lancé, il soupire et attrape son marque page pour le caler là où ses yeux se sont arrêtés.
xoxoxox
J 183
« - Moi, j'étais bourrée. »
Allongée dans l'herbe, Yuyu ne prend pas la peine de redresser la tête pour regarder ses deux amis. Iel zieute les nuages qui se chevauchent haut dans le ciel, perdus dans une mare bleue qui lui semble à la fois si proche et insaisissable. Ienzo connaît déjà l'histoire, mais Van tend une oreille attentive, curieux de la découvrir.
« - Pour mon orientation, je parle. J'ai pas encore dit, pour la transidentité. »
Iel joue avec les brins d'herbe. C'est étrange de la voir si détendue. Posée. Toute l'énergie qu'elle dégage habituellement semble s'être envolée.
« - J'étais chez mon père et on avait liquidé une grosse partie de la bouteille de rouge qu'on lui avait offert pour sa promotion. J'avais un peu la tête qui tournait. Je sais pas trop pourquoi, on a commencé à parler militantisme et féminisme, et ça a dérivé sur tout ce qui est mouvements queer. Il connaissait pas le mot, du coup je lui ai expliqué la définition. »
Van essaie d'imaginer. Une maison banale, un grand salon, des tapis aux motifs orientaux couvrant le sol. Deux verres sur la table, un vide, l'autre à moitié plein. Les reflets écarlates du liquide, la bouteille vert sombre. Le parfum âpre qui flotte au dessus du récipient. Yuyu qui s'exclame, au plus haut de sa confiance, défenseuse de la pauvre et de l'opprimée, après avoir expliqué en long et en large à son géniteur non moins ivre qu'iel pourquoi il ne devait plus jamais commander un seul Mcdo pour le reste de son existence.
« - Il m'a demandé comment je connaissais tout ça. Et … je sais pas, j'ai jamais trop réfléchi à comment je pouvais le leur annoncer mais là, j'ai senti que c'était le moment ? Enfin, que j'avais une occasion, quoi. Qu'on me tendait une perche. Et que si je la prenais pas, peut-être qu'il faudrait que j'attende des années avant d'avoir une autre chance comme celle-là. » ses doigts s'étirent dans la verdure automnale. « Puis bon j'avais bu quoi, ça pouvait qu'aider. »
Iel inspire. Les souvenirs remontent.
« - Du coup je lui ai parlé de cette pote qui venait souvent à la maison quand j'étais au collège. En troisième. On faisait genre qu'on devait réviser le brevet, mais en vrai on passait la journée à regarder des films en nous papouillant.
- Et il a dit quoi ?
- En vrai ? Il se doutait grave. Il en avait même parlé avec mon frère quand j'étais pas là. J'étais sur le cul, je croyais qu'on avait été supers discrètes et tout ! »
Van sourit. De la bouche de Ienzo, c'est même un rire qui s'échappe. L'histoire l'amuse toujours beaucoup, aussi simple qu'elle soit.
« - Et il était ok ?
- Ouais ! En vrai il s'en foutait un peu. Il a jamais trop voulu être grand père et tout, puis il avait déjà pensé à ça. J'veux dire, il savait que ça pouvait tomber sur mon frère ou moi, quoi. Alors c'est passé crème.
- C'est cool.
- Trop. »
Iel sourit en y repensant. Ses bras reviennent autour de son ventre, comme si iel étreignait un corps invisible aux yeux des deux autres.
« - Et avec ta mère ? » Le noiraud demande en s'allumant une clope.
« - Facile, j'ai demandé à mon père de lui dire.
- Pourquoi ? Elle est pas cool ?
- Si, mais on en avait jamais vraiment causé. Puis tu peux pas être sûr avec les gens, genre si c'est le gosse à machin pour eux ça passe, mais quand c'est leur bébé le monde s'effondre. Mais au final je stressais pour rien, elle a été cool aussi. J'ai grave de chance, en vrai. »
Les deux garçons hochent la tête. Puis ils se tournent l'un vers l'autre, incertains. Sans en subir l'obligation, ils ressentent tout les deux le besoin de poursuivre. Poser là une pierre, près de celle que Yuyu vient de lâcher. Ils sont, par ailleurs, tout autant curieux de savoir ce que l'autre va dire. Le coming out, c'est quand même un sacré morceau.
Les mirettes se croisent et se séparent, jusqu'à ce que l'un des deux prenne enfin la parole.
« - Moi ça fait pas longtemps que ma mère sait. »
C'est Ienzo qui s'est décidé le premier.
« - Enfin, pour la transidentité. Je lui ai dit depuis longtemps que j'avais pas de préférence pour les genres, et ça l'a jamais embêtée. »
Ses yeux cherchent dans le vide des souvenirs qu'il est seul à voir. Sous le flux de ses pensées, les mots se suivent les un les autres, patiemment choisis.
« - Au début elle a pas trop compris pourquoi j'étais pan, et pas juste hétéro ou lesbienne. Elle avait du mal à comprendre qu'on puisse être attiré par plus d'un sexe. Enfin pas vraiment un sexe, mais voilà. Après comme elle s'en moquait, ça allait. Mais le reste, c'est plus compliqué. »
Il marque une pause. Ses bras glissent autour de ses jambes, alors que sa tête vient se poser sur ses genoux. Yuyu attrape des marguerites pour en tresser une couronne. Van attend.
« - J'étais mort de trouille, en vrai. »
Il attrape le dos de son poignet entre les dents, mordillant la chair tendre soumise à ses angoisses.
« - Je sais depuis la fin du lycée, mais j'y pensais pas trop. Je me suis coupé les cheveux pour fêter le bac. J'espérais qu'elle comprendrait que quelque chose clochait. Que j'avais besoin de lui parler. Mais elle voyait pas. Où elle voulait pas voir, je sais pas. Elle continuait toujours à dire Elle. »
Il triture nerveusement les brins d'herbe sous ses pieds, les arrache férocement et les observe comme un crime qu'il pense avoir commis. Pour se faire pardonner, il les repose en douceur sur le sol.
« - J'avais tellement peur. Au début je voulais lui dire en face, mais j'ai compris que j'y arriverai jamais. Chaque fois que je me voyais aborder le sujet avec elle, ça me tordait le ventre, j'avais les jambes qui tremblaient. Du coup j'ai commencé à écrire une lettre, mais mes mains tenaient pas en place. Et même après l'avoir finie, j'ai pas pu la poser sur son lit comme je voulais. Je pouvais pas. A chaque fois, j'avais l'impression que j'allais vomir. »
Il noue ses bras autour de ses jambes.
« - Au final, j'ai suivi les conseils d'un pote et je lui ai envoyé un message facebook.
- Ça te stressait moins que la lettre ?
- Ouais. Et puis je pouvais mettre des liens avec des vidéos et des articles sur le sujet, comme ça elle était pas paumée. J'ai fait ça quand je suis allé passer les vacances chez un ami.
- Pour être sûr de pas être là quand elle lirait ?
- Oui.
- Et au final ?
- Au final, c'était genre … bizarre ? On a parlé par messages, elle a compris le truc et elle voulait pas m'empêcher de faire ce dont j'avais besoin. Elle fait des efforts sur les pronoms et le nom même si je vois bien qu'elle a du mal. Mais le problème, c'est tous les trucs physiques. Je crois qu'elle supporterait pas, si je prenais des hormones et que je faisais des opé. »
Et il y compte bien, Van le sait. Alors, tôt ou tard, ça va coincer.
« - Aie.
- Ouais. Aie.
- Elle a réagi comment, pour les visite chez les psychiatres ?
- Je lui ai pas dit. Elle sait pas que j'ai l'attestation.
- Ah.
- Dans ces moment-là, je suis content de pas avoir de père. Ça fait toujours un coming out en moins.
- Ouais. Pas faux. »
L'auditoire hoche la tête en signe d'approbation. Et puis, deux regards se tournent vers Van. Brièvement. Le temps de lui faire comprendre que c'est son tour, s'il le veut. Il hésite. Ça n'est pas son truc de parler, il faut dire. mais peut-être que, pour une fois, ça lui fera du bien.
« - Moi clairement, c'était naze. C'est pas bien passé, on s'est pas entendus là-dessus. J'ai coupé les ponts à cause de ça. »
Non, pas qu'à cause de ça. C'est plus compliqué, bien-sûr. Il y a eu Axel. Axel et ce don sacré qu'il avait, de l'éloigner toujours, le garder précieusement loin de tous ceux qui pouvaient compter. Axel qui savait jouer si habilement des mots.
« - Ils t'ont viré de chez toi ? »
Le timbre de Yuyu trahit son inquiétude. Ienzo se redresse immédiatement.
« - Nan, pas à ce point. Mais j'en avais juste marre de toujours les entendre avec leurs remarques à la con sur la fille de machin avec qui je m'entendais quand même vachement bien, et puis le coup des petits enfants qu'ils auraient jamais.
- Ils savent pas. Si ça se trouve elles va leur en faire dix des p'tits enfants ta sœur, il vont finir noyés sous la marmaille. »
Ouais. Si ça se trouve, ouais. Il pense à Xion. Il se demande si elle a déjà un amoureux, à son âge. Ou une amoureuse.
« - J'ai pas été hyper arrangeant aussi. J'ai balancé ça alors qu'on s'engueulait avec ma mère. J'crois … je sais pas, j'voulais lui montrer qu'elle avait pas d'emprise sur moi. Que j'étais comme j'voulais. Qu'ils y pourraient jamais rien. Je détestais comme ils voulaient contrôler ma vie, même si c'était pour le mieux.
- Pour le mieux selon eux. » Ienzo nuance.
- Ouais. Pour le mieux selon eux. »
Il se rappelle. L'air de sa mère, surpris et coupable. Le remord dans son ventre, qui n'avait fait que nourrir sa colère. Plus tard, la discussion avec son père. Tu es sûr ? Tu es jeune, ça te passera. Tu verras quand tu voudras une famille. Ecoute, tu fais comme tu veux, pour nous l'important c'est que tu sois heureux. Mais quand même.
« - Ils ont jamais été ouvertement fermé ou quoi, mais …'fin, j'ai toujours eu l'impression qu'ils attendaient que je devienne hétéro ? Parfois ils faisaient comme si, et j'étais obligé de leur rappeler que les chattes, bah … » il s'arrête brusquement en pensant à Ienzo. « Les meufs, j'veux dire, ça m'intéressait pas. »
Un bref coup d'œil vers son ami, comme pour dire pardon. L'autre lui sourit. Il a l'habitude. Il ne lui en veut pas.
« - Même mes mecs, ils les appelaient juste mes potes. Ça m'énervait. Et puis y a eut mon ex, le gars avec qui je vivais à Clermont.
- Axel ?
- Ouais. Ils pouvaient pas le voir. »
Et ils n'avaient pas tort. Pas pour les bonnes raisons, bien sûr. Eux, ils ne voulaient pas voir un parfait inconnu emmener loin d'eux leur petit bébé.
« - Chaud, ouais.
- Du coup j'ai fini par arrêter de leur parler. »
Et voilà, fin de l'histoire. Tellement conne d'ailleurs, l'histoire. Sur milles autres fins possibles, c'était la plus naze qui lui tombait au coin de la gueule. Quoique. En y réfléchissant bien, c'aurait pu être pire.
Mais, au-delà de ses parents, il y a Xion.
« - Et t'as déjà essayé de leur reparler, depuis que t'as quitté Axel ? » Ienzo demande.
« - Nan. Si c'est pour les entre me dire que j'aurais dû les écouter et que j'ai perdu mon temps en plus de mes études, c'est mort.
- T'as pas envie, parfois ?
- J'sais pas. »
La famille, chez les autres, c'est sacré. Chez lui, c'est un poids. Un poids qui lui a bien assez pesé sur les épaules. Et pourtant. Pourtant, il a passé plus de vingt ans de sa vie avec ces gens qui l'ont élevé. Pourtant, il revoit le sourire d'une gamine noiraude qui babille joyeusement, ses premiers pas, les van'tas qu'elle essayait de prononcer, et il regarde le numéro encore présent sur son téléphone. Il hésite. Et il renonce.
« - Un peu. Mais si c'est pour que ce soit la merde comme avant, sérieux ? »
Ienzo hausse les épaules.
« - Tu fais comme tu veux. Si t'es mieux comme ça, c'est bien aussi. »
Mais le problème, il est bien là. Vanitas ne sait pas non, s'il est mieux comme ça. Il réfléchit, parfois, et l'idée d'envoyer un mail, une lettre, un truc tout con, ça lui traverse l'esprit.
« - Vous feriez quoi, vous ? »
Un grand silence. Il sent l'épaule du littéraire qui s'appuie contre la sienne, en discret signe de soutien.
« - Je sais vraiment pas. » Yuyu déclare finalement.
« - Si ça se passait vraiment mal avec ma mère, je crois que je couperais les ponts aussi. Ça vaut mieux que de se faire du mal pour rien.
- Ouais. C'est sûr. »
Ils se regardent. Près d'eux, l'eau murmure en léchant la rive.
Et voilà ! Une petite conversation toute calme pour en apprendre un peu plus sur ces chatons. J'avais beaucoup aimé écrire ce chapitre, je me souviens. Il vous a plu ?
A la semaine prochaine !
