Bonjour/Bonsoir/Holà !

Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.

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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 5 « Enfant ». Il fait suite aux OS précédents. Margaery est toujours en rééducation après son accident, et squatte chez Jaime et Brienne.

Pour ceux qui ne liraient qu'un chapitre çà et là, Jaime, Brienne et Tyrion étaient étudiants en pension indépendante au cœur de Port-Réal, chacun dans ses études, et ont réussi à rester très soudés au fil des années. Ils sont maintenant adultes. Jaime et Brienne ont une maison où ils vivent en colocation avec leur chat, et Tyrion est marié à Shae.

Âges : Jaime (40 ans), Tyrion (36 ans), Brienne (32 ans), Margaery (31 ans), Shae (37 ans)

Cet OS a été écrit en un peu moins de deux heures.

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Et ainsi naquit la merveille du monde...

Un coup de téléphone en pleine nuit, cela pouvait vouloir dire deux choses : soit une très, très mauvaise nouvelle, soit une très, très bonne nouvelle. Quand Jaime émergea au son de Barbie Girl, il pensa deux choses : d'une part, il allait tuer Tyrion et Brienne, parce qu'il n'y avait qu'eux pour penser à changer sa sonnerie et qu'il n'avait pas le temps de savoir qui était le responsable, et d'autre part, il devait s'agir d'une bonne nouvelle. Sinon, il deviendrait tout à fait dingue.

- Allô ?

- Cette fois ça y est ! cria Tyrion, et sa voix était un mélange entre la joie la plus pure et la panique la plus brute. Dilatation à 5 centimètres, on l'a installée dans une chambre.

- Pas la peine de me donner les détails, le coupa Jaime en allumant la lampe de chevet. On sera là dans trois heures max. Moins si c'est Bri qui conduit.

- Tâchez d'arriver vivants. Je flippe déjà à l'idée de devoir être responsable d'un bébé qui n'a rien demandé, si je dois vivre avec votre mort sur la conscience, je suis foutu.

- T'en fais pas, on n'a pas l'intention de laisser notre neveu à un incompétent traumatisé.

Jaime raccrocha. D'une séries de coups secs contre a cloison qui séparait les deux chambres, il sonna le réveil des filles. Deux coups rapprochés lui répondirent. En cinq minutes, les trois colocataires étaient habillés de pied en cap, leurs sacs (déjà prêts depuis deux jours) chargés dans la voiture de location prise dans la journée, bébé-chat dans sa caisse de transport avec un plaid, et Jaime et Brienne se battaient à Pierre, Feuille, Papier, Ciseaux pour savoir qui allait conduire jusqu'à Port-Réal. Jaime l'emporta de peu, et moins de dix minutes après l'appel de Tyrion, ils étaient tous en route pour la capitale.

Margaery dormait sur la banquette arrière, bébé-chat sur les genoux, pendant que Jaime et Brienne se chamaillaient, autant par nervosité que par besoin vital de ne surtout pas s'endormir malgré les quelques trois heures du matin qui venaient de sonner.

Ils arrivèrent à Port-Réal à l'aube, se garèrent dans le parking de l'immeuble de luxe où vivaient Tyrion et Shae, utilisèrent le double des clefs pour installer leurs affaires, placer le plus délicatement possible bébé-chat dans un environnement vaguement familier avec tout le nécessaire, puis sautèrent dans le premier tram pour l'hôpital. Quand enfin ils atteignirent le service maternité, la fatigue rendait Margaery maladroite et sa canne blanche cognait dans les murs plus que nécessaire. Brienne et Jaime se postèrent de part et d'autre pour la guider. Eux-mêmes avançaient au radar, cheveux défaits, l'air hagard. Ils demandèrent leur chemin à l'accueil et enfin, enfin, ils atteignirent la bonne chambre. Jaime prévint son frère d'un SMS, et ils virent surgir le pauvre Tyrion, les cheveux en bataille, chemise de travers, yeux injectés de sang. Pendant une poignée de secondes, personne ne prononça un mot.

- Alors ? s'enquit Margaery, perdue. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Un cri de douleur lui répondit. Jaime grimaça.

- Mon empire pour un café et un antidouleur assez puissant pour elle, gémit Tyrion.

- Je gère le café, dit Brienne en s'éloignant.

- Elle est sous péridurale ? demanda Margaery.

- Je crois... je... peut-être... Je n'ai pas fermé l'oeil ! se récria Tyrion, parce que Jaime avait haussé un sourcil et que l'expression de Margaery était transparente. Je suis à bout, et la mère de Shae qui n'est toujours pas là...

- Je peux entrer lui tenir compagnie, si tu veux, proposa la jeune femme. Jaime et toi pourrez discuter deux minutes. Tu as l'air d'en avoir besoin. Ta voix est très fatiguée.

- Tu es une sainte, ironisa Tyrion.

Il guida Margaery jusqu'à la porte, et la regarda entrer dans la chambre où sa femme était en proie aux contractions de manière de plus en plus intense. Epuisé, il se laissa tomber à côté de Jaime.

- Depuis combien de temps tu veilles ? s'enquit celui-ci.

- Beaucoup trop longtemps. Je suis épuisé. Et Shae a de plus en plus mal. Et toi ? Comment ça se passe, à la maison ?

Jaime haussa un sourcil interrogateur.

- Comment veux-tu que ça se passe ? Non, oublie : pourquoi voudrais-tu que cela se passe mal ?

- Eh bien, c'est un sacré changement ce qui vous arrive...

- Tyrion, Bri a changé de chambre. Toi, tu t'apprêtes à avoir un enfant. En matière de sacré changement, ça se pose là.

Le nain poussa un profond soupir.

- D'accord, je l'admets.

- Tyrion Lannister, admettre quelque chose ? s'exclama Brienne en les rejoignant. Par tous les dieux, qu'est-ce que Jay est parvenu à t'extorquer ?

- Rien de très important, répondit Jaime tandis que son frère récupérait son café.

Pendant quelques secondes, ils restèrent là, tous les trois assis les uns à côté des autres, avec Tyrion au milieu. C'était une configuration inhabituelle. Jaime avait l'impression que la plupart du temps, ils s'étaient retrouvés autour de Bri, parce qu'elle était la cadette à protéger, ou bien autour de lui, parce qu'il était probablement le plus fragile. Mais Tyrion au milieu, c'était une première.

Brienne s'éclaircit la gorge.

- Je vais aller voir Shae, vous laisser un peu entre frères.

- Ne bouge pas, la stoppa Tyrion en la rattrapant par la manche. Maintenant, c'est sûrement la toute dernière fois qu'on sera simplement tous les trois. Entre vous qui rajoutez une fille un peu trop mignonne à notre groupe et moi qui n'ai rien trouvé de mieux à faire que de faire un gosse à ma femme, on n'aura peut-être plus jamais de moment à nous, juste tous les trois. Alors tu ne bouges pas de ce putain de siège en plastique et tu tiens compagnie à ton pauvre grand frère qui panique sérieusement, c'est compris ?

Brienne se rassit lentement, échangea un regard avec Jaime.

- Tu me vends du rêve, dit-elle.

Mais ils restèrent silencieux, tous les trois, et Jaime posa une main sur l'épaule de Tyrion, et Brienne en fit autant de son côté, et c'était... apaisant. Juste eux trois, comme au premier jour. Comme depuis dix-huit ans.

- Tu seras un super père, dit finalement Brienne. T'es un super grand frère.

- Encore heureux, parce que comme petit frère, il y a encore des progrès à faire, commenta Jaime. Je ne suis pas près d'oublier toutes les blagues débiles que tu as pu me faire. Toutes les fois où j'ai bien cru que vous alliez me tuer. Deux ans d'âge mental, à vous deux.

- Mes blagues soient-disant débiles étaient super, s'insurgea Tyrion. Elles le sont toujours, d'ailleurs.

- Et on a enfin dépassé les deux ans d'âge mental, dit Brienne.

- On est devenu des grandes personnes, youhou ! renchérit Jaime en repoussant ses cheveux en arrière. Bon sang, c'est effrayant.

- C'est moi, le futur père ! Vous êtes censés m'aider à ne pas paniquer !

- On panique rien qu'à l'idée de devoir devenir parrain et marraine ! Si tu voulais trouver des gens à même de te soutenir moralement, il fallait appeler ton pote Varys !

Ils éclatèrent brutalement de rire, incapables de se retenir.

C'était nerveux.

C'était magique.

C'était tout simplement terrifiant.

- Mes félicitations, au fait, dit Tyrion quand il eût repris un peu de son souffle.

- La ferme, rit Brienne. On n'est pas mariées.

- Question de temps.

- Parle pas de malheur, le supplia Jaime. Si elle doit faire sa demande, je sens qu'on va faire exploser la maison et que j'aurais le temps de me défenestrer de désespoir avant... lâche-moi ! siffla-t-il quand Brienne lui empoigna la capuche pour tirer dessus et lui claquer le front. C'est pas toi qui dors à côté, t'es effrayante quand tu t'y mets !

Tyrion se fit le plus petit possible, pour regarder le combat au-dessus de lui sans risquer de se prendre un coup. Ils n'entendirent pas la porte de la chambre s'ouvrir. Il fallut à Margaery s'éclaircir la gorge pour attirer leur attention. Aussitôt, le combat futile se stoppa en plein geste.

- Je crois que Shae voudrait voir Tyrion. Il est ici ?

- Il essaye désespérément de ne pas se prendre une baffe perdue, répondit-il en sautant du siège. Je te laisse ma chaise. Entre ces deux-là, c'est vraiment la place du mort.

- La ferme, Tyrion ! cinglèrent Jaime et Brienne d'une même voix.

Ils ne parvinrent pas à le frapper avant qu'il ne se glisse dans la chambre pour rejoindre sa femme. Brienne prit la place de Tyrion, laissa son siège à sa petite-amie. « Petite-amie » se répéta mentalement Jaime. C'était une perspective effrayante, ça aussi. Dans le bon sens du terme. Et c'était mieux que Bri soit entre au milieu. Histoire de se trouver à sa place, entre Jaime et Margaery. De serrer la main de l'un en accueillant la tête de l'autre sur son épaule.

- Shae a l'air de quelqu'un de bien, dit Margaery sur le ton de la conversation. Entre deux contractions, elle m'a juré qu'elle m'éviscérerait si je me montrais cruelle.

- Envers qui ? demanda innocemment Jaime.

- A ton avis ?

- Arrêtez de parler de moi comme si je n'étais pas là, marmonna Brienne, et un coup d'oeil apprit à Jaime que c'est bon, elle était en train de rougir.

Il ferma les yeux, désespéré.

- Vous me réveillez si ça hurle, d'accord ? dit-il en se calant contre l'épaule de Brienne.

- Je te frapperai avec ma canne, promit Margaery.

- Et je dors sur qui, moi ? protesta Brienne.

- Qui tu veux, marmonna Jaime. T'as le choix.

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Ce fut plus long que Jaime ne l'avait cru. A neuf heures et demie, pendant que Brienne était en pleine micro-sieste, un hurlement la fit sursauter et Jaime, qui lui servait à demi d'oreiller, se dressa sur ses pieds. Margaery se redressa à son tour. Tyrion était bien évidemment dans la chambre. Au bout de longues minutes, enfin, un autre cri résonna. Un cri de bébé.

Wylliam Lannister naquit à 9h54 du matin, le 13 Août.

A 10h21, Jaime, Brienne et Margaery pénétrèrent dans la chambre. Shae reposait contre les oreillers, visiblement épuisée mais heureuse. Tyrion était juché sur une chaise toute proche, les bras pleins d'un nouveau-né qui avait cessé de crier et avait fermé les yeux, indifférent à l'extase qu'il provoquait chez les visiteurs. Jaime ouvrit la bouche, mais se révéla bien incapable de dire un mot. Il n'avait jamais assisté aux premiers jours des enfants de Cersei – à peine leur envoyait-il un chèque pour leur anniversaire, sans les avoir vus plus d'une fois dans leur vie. Là, c'était très différent.

- Je crois que je dois te présenter un petit bout, souffla Tyrion en tendant délicatement le bébé à son frère.

Jaime n'avait jamais porté d'enfant si jeune – ou plus depuis que Tyrion lui-même était un bébé – et il déglutit, paniqué. Et s'il le tenait mal ? Il avait toujours entendu dire qu'il fallait faire très attention avec la tête d'un nouveau-né. S'il le faisait tomber ? S'il le serrait trop ?

- Il ne va pas te mordre, dit gentiment Shae.

- J'aimerais tellement me moquer de toi, dit Tyrion.

- Mais tu n'es pas mieux, rétorqua Jaime.

- Ok, je gère, intervint Brienne.

Elle prit tout doucement l'enfant des bras de Jaime, pour l'y reposer un instant plus tard, dans une position plus adaptée.

- Mets ta main derrière sa tête, comme une coupe. Il ne sait pas la tenir. Il est magnifique, ajouta-t-elle en se tournant vers Shae.

L'espace d'une seconde, Jaime parvint à se souvenir que Bri n'avait pas toujours été fille unique. Mais cette idée disparut aussi vite qu'elle était arrivée. Il n'arrivait plus à penser. Il ne pouvait que regarder bêtement le petit être qui dormait paisiblement dans ses bras.

- A quoi ressemble-t-il ? demanda doucement Margaery. Et que personne ne me dise « à un bébé ».

- A un bébé, répondit Tyrion. Un minuscule et magnifique bébé.

A une vie dont tu seras responsable de ce jour et jusqu'à ton dernier, pensa Jaime. Et quand il regardait son frère, il doutait que celui-ci s'en remette un jour. Jamais il n'avait vu Tyrion sans voix aussi longtemps, avec l'air aussi béat. A part peut-être le jour de son mariage.

- Tu veux le prendre, Margaery ?

La jeune femme hésita une seconde de trop. Brienne lui prit sa canne des mains et Shae approuva, la voix faible, le regard doux. Tyrion s'était rapproché d'elle et lui murmurait des mots dont Jaime ne comprenait pas le sens. Margaery plaça ses bras dans la position qu'elle espérait la meilleure, laissa Brienne rectifier l'angle d'un coude, et Jaime déposa délicatement Wylliam dans ses bras. Lentement, du bout des doigts, il vit Margaery prendre connaissance du visage du bébé, de son crâne couvert d'un mince duvet.

- De quelle couleur est-il ?

- Noir, répondit Jaime. Il n'a pas hérité de la blondeur des Lannister, visiblement.

- Pas plus mal, dit Tyrion avec toujours cet air sonné. Comme ça au moins, Tywin ne pourra pas lui mettre la main dessus aussi facilement que les autres.

- C'est mon fils, lui fit remarquer Shae. Il ne s'approchera pas de mon fils.

- J'aimerais être une petite souris pour venir écouter le contenu de vos repas de famille, dit Margaery en souriant. Ça m'a l'air animé.

Jaime se tourna vers elle, le visage très sérieux.

- Je te donne jusqu'au 1er Décembre pour la larguer, déclara-t-il. Passé ce délai, aucune rétractation ne sera possible et tu devras venir affronter le repas de Noël avec nous. Tant pis pour toi.

- Quoi ?

- Il dit n'importe quoi, dit Brienne, et elle avait virée au cramoisi. Simplement, on a pour habitude d'accepter les invitations de mon père ou du leur pour Noël. L'an dernier, on a passé le 25 Décembre à Tarth, donc cette année, on sera de corvée chez les Lannister. Mais tu n'as pas à t'inquiéter de ça, ajouta-t-elle en foudroyant son colocataire du regard. Ce n'est pas un sujet de conversation approprié pour la naissance de ton neveu, compris ?

- Je dis ça, je ne dis rien, fit Jaime en haussant les épaules.

La suite se perdit dans des flots de mots. Personne ne s'en souvint réellement. Tout ce qui devait en rester, c'était un écrasant imbroglio de joie. La seule chose que Jaime retint réellement de tout ça, ce fut la formulation théâtrale de son frère.

« Ainsi naquit Wylliam Lannister, la merveille du monde. »