Yo yo yo !
Du coup, cette fois, c'est la suite de l'OS 27, la suite directe en plus !
C'est écrit sur le thème Dendrochronologie, pour la Nuit du FoF. Le thème apparaît pas mais … Mais ça compte. Na.
5 sens : la vue, 6
Comme un arbre noirci
All For One, il ne ressemble plus vraiment à un être humain. Il ne ressemble plus à rien. Il se tient debout, pourtant, et ça se voit qu'il est vieux. C'est écrit sur ce qui a autrefois été sa peau. C'est rainuré, sous le noir, de traits blancs.
Si on les compte, on apprend le nombre de fois où il aurait dû mourir – un peu comme les cicatrices d'Izuku.
On peut deviner son âge comme ça, mais personne ne s'est jamais approché suffisamment, jamais suffisamment longtemps, alors personne ne sait. All For One, il est comme un arbre, un arbre parasite dont les racines aspirent la vie des autres arbres. Il a vieilli comme un arbre, il a été de plus en plus grand, on aurait cru qu'il n'allait pas s'arrêté.
Mais maintenant son image est figée. C'est la dernière fois qu'on peut le voir debout, la dernière fois avant qu'il tombe, et sous le regard d'une caméra amateur, Izuku donne le dernier coup de hache.
C'est noir, et pourtant il se sent ébloui par la puissance qui déferle quand le corps sans vie tombe au sol. C'est impressionnant. Immense. Il fait une ombre folle, et mouvante et inquiétante, et Izuku s'y glisse, se laisse entourer par la noirceur.
Il le bouffe du regard, et puis il le bouffe tout court. Assis là, au milieu de la mort de l'être le plus puissant de la terre, Izuku ne sait pas vraiment qui mange qui. Ce qui lui restait d'humanité est aspirée par les souvenirs d'All For One, les images qui entrent dans sa tête. Il se dit, dans dix-mille ans, quand je mourrai à mon tour, je laisserai à mon successeur les images de Kacchan. Il verra comme il était beau, et il tombera amoureux lui aussi.
Izuku ne savait pas que ça faisait ça, de voir l'éternité. Il se sent au-dessus de tout, et le monde a rétréci à ses yeux. Il a pris de la distance.
Il a grandi.
Et comme il a grandi, son ombre a grandi. Elle se jette sur le combat de Kacchan, là, dans le dôme. Il ne fait rien. Il ne bouge pas le petit doigt. Simplement, il regarde, il regarde et tout s'arrête. Il regarde, et tout le monde le regarde. Son être attire toutes les caméras et tous les yeux. Il veut être vu, il veut qu'on ne voie que lui. Il y a son sourire sur les écrans et dans les yeux rouges de Kacchan. Il s'avance lentement vers le dôme. Les vilains tombent à genoux devant lui. Kacchan baisse les yeux. Izuku ne sourit plus.
« Regarde-moi. »
Il voit la mâchoire de Kacchan se serrer. Il tape du pied.
« Je viens te sauver. Regarde-moi ! »
Kacchan tombe à genoux. Il est épuisé par le combat, il respire mal. Son sang tâche ses cheveux. Il pose la main au sol, pour se soutenir.
« Kacchan … »
La voix d'Izuku tremble. Il va pleurer, et à travers les larmes le monde devient un peu flou. Il gémit. Maintenant, Kacchan le regarde, mais ? Izuku n'arrive pas à croiser son regard. Les larmes gâchent tout. Il voudrait garder cette image en mémoire, Kacchan qui le regarde, une nouvelle première fois.
« Chiale pas. Put – »
Kacchan tousse, et Izuku essuie ses larmes. Il vient s'agenouiller en face de lui, léger à nouveau. Il joue avec ses mains.
« Je préfère quand Kacchan me regarde !
— T'es encore plus insupportable qu'avant, tu sais ça ?
— Kacchan, tu ne comprends pas. Je ne sens rien. Mon corps … Je ne sais pas si j'ai froid ou chaud, Kacchan. Tous mes sens … C'est comme si tout avait disparu. Plus rien ne peut me toucher. Kacchan, n'arrête jamais de me regarder. »
Kacchan fronce les sourcils. Il a l'air en colère. Izuku sait que c'est de l'inquiétude.
« Et quoi ? Sinon, quoi ? »
Izuku hausse les épaules. Il rit. Il voit, dans les yeux rouges, son visage amaigri par la fatigue d'avoir absorbé tant d'énergie.
« Sinon, je ne peux pas savoir si j'existe vraiment. Je me demande si je ne viens pas de mourir, encore une fois. »
Et soudain tout est noir. Il ne voit plus son reflet, il ne sent plus le sol ni le son de sa voix, pourtant il lui semble qu'il essaie de hurler, de se griffer le visage mais est-ce qu'il a encore des mains, est-ce qu'il a encore un visage ? Il n'entend pas ses cris, il ne sent plus l'odeur des explosions, il se tord comme un fou.
Katsuki ne comprend pas. Il ne sait pas quoi faire de ça, de Deku qui reste imperméable à tout, il essaie de le tenir mais l'abruti tombe, et il le serre contre lui, et les vilains qui l'attaquaient plus tôt le scrutent comme il murmure à l'oreille d'All For One, perdu dans un néant incompréhensible :
« Je te quitte pas des yeux Deku. Je te quitterai jamais des yeux. »
.
.
.
