Hello tout le monde ! Merci pour les retours que j'ai eu pour le dernier chapitre, ça m'a vraiment fait super plaisir, surtout sur un sujet aussi délicat qu'important !
Réponses aux reviews :
Majaix15 : ça me touche vraiment, ça me tenait vraiment à cœur d'aborder ce sujet, mais c'était compliqué de le faire justement, sans (trop) de maladresses, alors merci !
naruhina2 : merci mille fois pour ta review ! J'espère que le chapitre te plaira et je suis ravie que tu aies aimé le précédent :p
Krokmou du 13 : merci à toi ! Prends soin de toi aussi :)
Bonne lecture à tous !
— Qu'est-ce que tu veux faire ?
Marinette se recroquevilla contre le torse d'Adrien. Son nez collé contre lui humait son odeur qui calmait les battements de son cœur et ses bras passées autour de lui resserrèrent leur étreinte. Elle soupira longuement, ferma les yeux au contact des doigts d'Adrien qui couraient dans ses cheveux et haussa les épaules.
— Je pense qu'ils ont raison, murmura-t-elle.
— Probablement. Mais est-ce que tu veux le faire, toi ?
Elle réfléchit sérieusement à sa question. Le voulait-elle ? Voulait-elle tout révéler à ses parents ? Leur avouer sa double-vie qu'elle leur cachait depuis des années, leur confesser que l'héroïne de Paris connue dans le monde entier était leur fille de dix-sept ans et leur admettre du même coup tout ce qu'il lui était arrivé ces deniers mois, le voulait-elle ?
C'était bien plus compliqué que ça.
— Bien sûr que je veux tout leur dire, surtout maintenant.
Le Papillon connaissait leurs identités, c'était quasiment une certitude. Sinon, pourquoi son allié les aurait mis dans cette position aussi humiliante qu'affaiblissante et moi tout autant inattendue ? Chloé, celle qui était proche d'Adrien depuis son enfance et qui était devenue l'amie de Marinette avec le temps n'aurait jamais fait ça. Elle la connaissait, mieux qu'elle ne voulait l'admettre, et savait pertinemment qu'elle n'aurait jamais fait quelque chose d'aussi acerbe. Elle n'aurait jamais mis ces amis dans cette position inconfortable, n'aurait jamais mis une fille dans cette situation insoutenable.
C'était tout bonnement impossible. L'explication était donc toute trouvée : le Papillon savait qui ils étaient et avait chargé son alliée de les déstabiliser, de les séparer, de les perturber pour qu'ils deviennent des cibles faciles.
C'était astucieux.
Horrible, absolument immonde, à la limite du supportable, frôlant dangereusement la limite de l'éthique.
Mais intelligent.
— Mais, même si ça me soulagera moi, est-ce que ça les aidera eux ?
Tout déballer aux parents de Marinette, c'était l'idée d'Alya. La suggestion qu'elle avait faite quelques heures plus tôt avant de partir avec Nino, leur laissant le temps d'y réfléchir.
C'est ce que Marinette ne cessait de faire. De réfléchir.
Elle enfouit à nouveau son visage dans le torse d'Adrien en grognant.
— Mais quelle journée de merde ! bougonna-t-elle.
Il déposa ses lèvres derrière son oreille avant de poser son menton sur le sommet de sa tête. Appuyé contre la tête de lit, légèrement redressé, il serrait Marinette, positionnée entre ses jambes, contre sa poitrine, essayant de la réconforter du mieux qu'il le pouvait.
Lui aussi se sentait sali, trahi et humilié, mais ce n'était rien comparé au ressenti de Marinette, il le savait.
Lui aussi avait peur, mais là où il s'inquiétait exclusivement pour elle, Nino, Alya et Chloé, elle se faisait aussi un sang d'encre pour ses parents.
Lui aussi se sentait démasqué, inutile et percé à jour, mais il savait le point d'honneur qu'elle avait toujours mis au respect de leurs identités secrètes.
— Je pense qu'on devrait parler à Chloé avant de faire quoi que ce soit, proposa-t-elle en se redressant légèrement.
Elle plongea ses grands yeux bleus dans les siens et il hocha la tête. Sa peau était toujours plus pâle que d'habitude, mais ce n'était rien comparé à la frayeur qu'il lui avait fait quelques heures plus tôt. Sa voix était redevenue claire, bien que légèrement rauque, et sa respiration n'était plus aussi laborieuse qu'au début de l'après-midi.
Leurs regards se connectèrent, se perdirent, se noyèrent l'un dans l'autre. C'était une noyade agréable, un océan calme et paisible dans lequel elle s'engouffrait avec joie. Adrien rapprocha légèrement son visage du sien, replaça dans une tendresse infinie une de ses mèches de cheveux derrière son oreille.
Il sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine comme à chacun de leur baiser lorsqu'elle posa ses lèvres sur les siennes. Elle l'embrassait doucement, lentement, faisant passer toute sa reconnaissance à travers ce geste. Il lutta pour ne pas approfondir la prise de ses mains sur ses hanches, se débattit avec lui-même pour ne pas glisser sa langue entre ses lèvres et batailla contre son propre corps pour décoller sa bouche de la sienne.
Oh, comme il aurait aimé ne pas s'éloigner, comme il aurait aimé rester collé à elle pour l'éternité, comme il aurait aimé se perdre dans une de leurs étreintes débordantes d'amour, étincelantes de passion, brûlantes de désir.
Mais il s'écarta de son visage et déposa chastement ses lèvres contre son front avant de fermer les yeux.
Marinette sentit une bouffée d'angoisse l'envahir en entendant son réveil sonner. Sa main s'abattit sur l'objet un peu trop rudement pour ne refléter que de la fatigue. Bien sûr, elle voulait se rendormir, comme la plupart des lycéens qui entendaient leur alarme résonner à sept heures du matin.
Mais ce geste témoignait aussi et surtout d'une peur viscérale, d'une peur qui lui nouait l'estomac et lui bloquait la respiration. La peur de remettre un pas au lycée, parce qu'elle savait très bien ce qui l'attendait là-bas. Des moqueries, des sifflements, des remarques qui résonnaient encore dans son cerveau presque une journée après.
Alors, Marinette enfouit son visage dans son oreiller en grognant.
— Alors princesse, on sèche les cours ?
Cette phrase réveilla la jeune fille aussi sûrement qu'un sceau d'eau froide en pleine figure ou que cinq tasses de café par intraveineuse. Elle sursauta jusqu'au plafond, la main contre son cœur qui cognait contre sa cage thoracique.
— Qu'est-ce que tu fais là ? s'écria-t-elle en voyant Adrien se redresser à côté d'elle.
Ses cheveux décoiffés, son demi-sourire et ses yeux brillants faisaient qu'il ressemblait d'ailleurs beaucoup plus à son alter-ego.
— J'allais quand même pas te laisser toute seule hier soir, expliqua-t-il d'une voix à moitié endormie.
— Mais... et ton père ?
Il s'étira longuement avant d'hausser les épaules. Avec un sourire, Marinette pensa qu'il ressemblait vraiment à un chaton qui se réveillait de sa sieste.
— Si tu crois qu'il vient m'apporter le petit dej' au lit tous les matins... Je pourrais déménager ici qu'il le remarquerait même pas.
Il n'y avait aucune trace de tristesse dans sa voix, témoignant de son acceptation vis-à-vis de cette situation.
— Dommage, ajouta Plagg. Je cracherais pas sur du camembert !
Adrien le fit taire d'une petite pichenette sur la tête. Marinette secoua la tête en riant avant que ses démons ne la rattrape aussi sûrement que ses problèmes le faisaient en ce moment. Elle se laissa à nouveau tomber sur le lit en bougonnant.
— Je veux pas y aller, réussit-elle à articuler dans les coussins où son visage était enfoui.
La main d'Adrien se posa tendrement en bas de son dos alors qu'il pencha sa tête vers son oreille.
— N'oublie pas que tu es la plus talentueuse, la plus forte, la plus courageuse et la plus obstinée de toutes les super-héroïnes et tout devrait bien se passer.
Elle tourna légèrement son visage, laissant entrapercevoir le coin de son œil.
— Tu promets ?
Il se fendit d'un sourire.
— Je te le promets.
— Bon... d'accord, capitula-t-elle en se redressant.
Un dernier soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'elle regroupa ses cheveux en un chignon déstructuré.
— De toute façon, le premier qui l'ouvre, je te jure que je...
Elle posa son doigt sur ses lèvres, le coupant dans ses menaces.
— Repos, soldat. Je peux gérer ça.
Ses doigts coururent le long de son poignet qui retomba sur le matelas.
— J'en doute pas une seconde, répondit-il dans un murmure.
Marinette se plongea une seconde de plus dans ses beaux yeux verts, y puisant l'énergie dont elle avait besoin pour se lever de son lit et affronter cette journée. Finalement, elle se leva, non sans peurs et insécurités, mais avec assez de détermination et résolution pour mettre un pied devant l'autre.
Après avoir attrapé quelques vêtements, Marinette se tourna vers Adrien qui farfouillait dans la pile d'affaires qui s'étaient entassées dans la chambre de la jeune fille au fil des mois. Les muscles de ses bras roulaient sous sa peau et les premiers rayons du soleil rendaient ses cheveux aussi dorés que l'astre.
— Je vais prendre ma douche... débuta-t-elle d'une petite voix. Tu viens ?
Adrien sentit son cœur se décrocher dans sa poitrine alors qu'il stoppa tout mouvement.
Oui.
Oui, bien sûr que oui.
— Euh... J'ai entraînement tout à l'heure, je prendrais une douche là-bas, de toute façon.
Il buttait sur ses mots, tout sauf sûr de lui. Les joues rouges, les lèvres pincées, il évitait le regard de Marinette.
— Oh... d'accord, répondit-elle finalement. On se voit en cours ?
Il déglutit péniblement à l'entente de la déception dans sa voix. Ses lèvres s'approchèrent doucement de sa joue, y déposant un baiser d'une tendresse qui n'avait d'égale que l'amour qui en découlait.
— Je te rejoins sur le chemin.
Quelques minutes plus tard, Adrien se laissa tomber sur le lit en entendant la porte de la salle de bain se fermer. Il enfouit sa tête entre ses mains, soupirant bruyamment.
— Qu'est-ce qui te prends ? intervint Plagg.
Il leva son regard vers son kwami en bougonnant.
— Oh, je sais ! Tu as besoin de ce truc, que les humains prennent quand ça va plus de ce côté là, dit-il en désignant furtivement son entrejambe.
Adrien fronça les sourcils avant de le rabrouer d'une énième pichenette.
— Tout va très bien de ce côté là, Plagg, répliqua-t-il d'une voix où l'agacement était palpable.
— Tu sais, poursuivit-il en s'approchant de son porteur, c'est pas grave, mais tu devrais lui dire au lieu de...
Il laissa à nouveau sa tête retomber entre ses mains, le coupant dans sa phrase par un grognement d'énervement.
— Je te dis tout que tout fonctionne très bien ! dit-il entre ses dents. Et d'ailleurs, ajouta-t-il en levant ses yeux, comment tu sais ça ?
— Tu serais surpris, répondit Plagg d'un ton mystérieux.
Adrien lui répondit par une grimace de dégoût.
— Si c'est pas ça, poursuivit Plagg d'une voix plus douce, qu'est-ce que c'est alors ?
Un soupir de lassitude s'échappa des lèvres du jeune homme qui se leva du lit.
— Tu comprendras quand tu seras plus grand, lui répondit-il en lui tapotant gentiment le sommet de la tête.
— J'ai cinq-mille ans, gamin !
Adrien leva les yeux au ciel, s'apprêtant à répondre avant d'être devancé par le kwami de sa coéquipière :
— Et il te reste encore beaucoup de choses à apprendre, lança Tikki qui avait écouté toute leur conversation.
Faire abstraction des regards.
Ignorer les chuchotements.
Ne pas prêter attention aux sifflements.
Négliger les sourires débordants de convoitise mal placée.
Oublier les rires.
Se détacher de l'instant présent.
Encore, encore et encore. Jusqu'à ce que le cours commence, jusqu'à ce qu'il se termine.
Mais, Marinette savait pertinemment qu'elle n'allait pas devoir user de cette fragile carapace qu'elle se créait juste aujourd'hui. Ça allait durer des jours, des semaines, des mois, peut-être. La vidéo était partout, tout le lycée l'avait reçu — merci à Chloé et ses contacts — et sa publication sur les réseaux sociaux avait suivi bien rapidement. Internet était effrayant, c'était un gouffre sans fond dans lequel elle pouvait attendre le fond mais pourtant continuer à dégringoler, Marinette en avait conscience.
Et c'est justement parce qu'elle en avait conscience qu'elle était terrifiée. Parce qu'elle ne pensait pas juste au moment présent, pas juste à cette honte qui lui broyait l'estomac, lui nouait la gorge et lui brûlait la peau, mais au futur. Est-ce que cette armure qu'elle se bâtissait allait résister ? Est-ce qu'elle serait toujours elle-même dans deux mois ? Est-ce qu'elle allait vivre le reste de sa scolarité — qui, heureusement, touchait à sa fin — en sursis, dans l'attente terrifiée que cette vidéo ressorte, dans l'espoir fou qu'elle reste au fin fond d'Internet à tout jamais ?
Cette épée de Damoclès l'épuisait déjà, à peine vingt-quatre heures plus tard.
Un pied devant l'autre, un pas à la fois, une respiration après l'autre, se répétait-elle en boucle comme une incantation. Mais, les couloirs étaient bondés à cette heure de la journée, entre deux heures de cours, et Marinette sentit des dizaines de regards lui brûler, lui calciner, lui transpercer la peau. Elle repensa alors à ce super-vilain aux yeux rouges qui avait décimé l'épaule d'Adrien. Le souvenir de sa peau effroyablement blanche, de ses lèvres pâles, du sang, de la douleur, de la terreur qu'elle avait ressenti lui transperça le cœur d'un seul coup, réduisant à néant ses efforts pour se tranquilliser.
Ce n'était plus un pied devant l'autre ni un pas à la fois, c'était une course à travers les couloirs. Ce n'était plus une respiration après l'autre mais ses poumons qui lui brûlaient la poitrine, incapables de se gorger d'air.
Certains regards devinrent effrayés, comme si elle était soudainement folle, d'autres désolés et une poignée d'yeux ne se renforcèrent que davantage de cette lueur moqueuse, comme s'ils avaient réussi leur coup.
Mais, tout cela, Marinette ne le remarqua pas. Elle ouvra la première porte qui lui tomba sous la main, s'engouffrant dans une salle qui s'apparentait plus à un placard qu'à une réelle pièce. Elle plaqua sa main contre sa bouche, s'empêchant de hurler, de pleurer, elle ne savait pas vraiment, probablement les deux en même temps. Ses yeux lui brûlaient, sa gorge semblait soudain recouverte de lames de rasoir et ses muscles devinrent aussi mous que de la gelée, la laissant lâchement tomber sur le sol.
Marinette appuya son dos contre le mur, les paupières toujours closes, les dents pressées autour de sa peau, les ongles plantés dans ses paumes.
— Marinette ? demanda Tikki d'une voix inquiète.
Le kwami émergea de sa veste, ses immenses yeux bleus plongés sur le visage à moitié caché de sa porteuse. Marinette ouvrit doucement les paupières, retira la main de devant sa bouche un instant.
— Tu peux aller chercher Adrien, s'il-te-plaît ?
Bien sûr, c'était irresponsable.
Mais son regard était empli d'une telle détresse que le kwami n'hésita pas une seconde. Elle passa à travers la porte, fonça dans les casiers pour ne pas être vue, même s'il n'y avait presque plus personne dans les couloirs puisque la sonnerie annonçant le début du prochain cours venait de sonner, mieux valait ne pas prendre de risque inutile. Elle se servit de la présence de Plagg qu'elle pouvait ressentir pour localiser Adrien. Volant plus vite que jamais, Tikki réussit, se servant de moments d'inattention, de salles vides et d'une discrétion dont elle seule avait le secret, ce ne fut qu'une ou deux minutes plus tard qu'elle se retrouva dans le sac d'Adrien, à côté de Plagg.
— Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda-t-il en chuchotant.
— Marinette a besoin d'Adrien, expliqua-t-elle.
Sa voix était tellement anxieuse et ses yeux au bleu toujours plein d'espoir étaient aujourd'hui tellement inquiets que Plagg ne chercha pas plus loin.
— Je m'en occupe.
Le kwami se jeta contre la bordure du sac où ils se trouvaient, tellement fort que l'objet tomba sur le côté, attirant l'attention d'Adrien. Ce dernier se pencha, tombant nez à nez avec le regard implorant de Tikki. Il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour se redresser d'un mouvement vif.
— Je peux aller aux toilettes, s'il-vous-plaît ? demanda-t-il au professeur qui lui faisait face.
Sa voix était à la limite de l'imploration, ce qui lui valut quelques rires étouffés.
— Faites attention cette fois, entendit-il dans son dos.
Adrien se retourna, le regard aussi tranchant qu'un couteau. Tellement tranchant que l'auteur de cette remarque perdit automatiquement son sourire, dérivant ses yeux de ceux du jeune homme qui se précipita en dehors de la pièce dès que le professeur lui donna l'autorisation.
Le cours avait commencé depuis une petite dizaine de minutes maintenant, rendant les couloirs complètement vides, permettant ainsi à Tikki d'indiquer à Adrien la salle sans être détectée. Il posa sa main sur la poignée et entrouvrit doucement la porte.
— Mari ? demanda-t-il dans un murmure.
Sa seule réponse fut un souffle court et un sanglot qui suivit juste après. Il se jeta plus qu'il ne s'assit à ses côtés, posant précautionneusement ses mains sur ses épaules.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Aucune parole, juste une respiration douloureuse.
— Regarde-moi, chuchota-t-il d'une voix dont il tentait de maîtriser le tremblement.
Elle releva finalement ses yeux vers lui, les plantant dans les siens comme deux flèches. Rougi par les larmes, noirci par le mascara, assombri par l'obscurité de la pièce, son regard lui perfora le cœur tant il semblait inconsolable.
— Oh, Mari... réussit-il à articuler dans un filet de voix.
Sa main courut jusqu'à l'arrière de sa tête, la laissant aller doucement contre son torse. Il pouvait sentir les sanglots qui agitaient son corps, l'oxygène qu'elle recherchait désespérément, le rythme effréné de son cœur qui se jetait littéralement contre sa cage thoracique.
— Je suis désolée, murmura-t-elle d'une voix rêche.
— Shh... lui susurra-t-il au creux de l'oreille.
— Ça m'énerve de...
— Je sais, la coupa-t-il en posant son menton sur le sommet de son crâne.
Il savait exactement ce qu'elle pensait. Il savait que ça l'agaçait de se retrouver dans cette situation, dans cette vulnérabilité. Il savait que ça la mettait particulièrement en colère contre elle-même de ne pas pouvoir gérer cette partie d'elle-même toute seule. Mais il savait aussi tout un tas d'autres choses.
— Je sais que tu as du mal d'accepter mon aide. Je sais que ça n'a rien à voir avec moi mais avec la pression que tu te mets. Mais je sais que, même si je n'étais pas là, tu arriverais très bien à te débrouiller sans moi.
Il sentit qu'elle ouvrit la bouche pour le contredire.
— Je t'assure que si.
Elle s'éloigna légèrement de lui, la respiration bien plus apaisée qu'il y a quelques minutes.
— N'oublie jamais que c'est moi qui ne survivrais pas sans toi, et pas l'inverse.
Elle voulut à nouveau contester, mais un sourire se dessina sur le visage du jeune homme qu'il rapprocha du sien.
— N'oublie jamais à quel point tu es forte. Tu promets ?
Ses lèvres se redressèrent à leur tour en se rappelant de leur discussion du matin même.
— Je te le promets, murmura-t-elle avant de se réfugier à nouveau dans ses bras.
Le ciel bleu dénué de nuages laissait peu à peu place à un coucher de soleil aux mille nuances d'orange et de rouge. La brise légère et fraiche de la journée se substituait par un vent froid et vigoureux. Les rues bondées se vidaient au fil des heures, les lumières des maisons s'éteignaient, le sommeil s'installait.
Mais une silhouette rouge et noir s'élançait pourtant sur les toits de Paris. Une personne qui ne craignait ni la froideur du vent, ni la hauteur vertigineuse où elle se trouvait, ni l'obscurité dans laquelle la ville était plongée. Au contraire, ses muscles brûlaient sous sa peau, l'altitude lui donnait une douce sensation de contrôle et la noirceur l'apaisait, ralentissait les battements de son cœur qui avait bien besoin de repos.
Un sourire se dessina sur son visage lorsqu'elle aperçut une silhouette sombre se dessiner au loin. L'héroïne s'avança doucement, aussi habilement que l'animal auquel son coéquipier empruntait le nom avant d'atterrir juste en face de lui. Elle ne put empêcher ses lèvres de se redresser lorsqu'un sursaut parcourut le corps vêtu d'une combinaison en cuir.
Elle posa doucement ses lèvres sur les siennes et passa tendrement son doigt sous son menton.
— Les murs ont des oreilles, et des yeux surtout, ma Lady, murmura-t-il avant de s'éloigner.
En effet, si le monde était au courant du couple que formaient désormais Adrien et Marinette, personne ne savait que, par conséquent, Ladybug et Chat Noir étaient également devenus plus qu'un duo de super-héros. C'était ce qui s'était logiquement imposé à eux : dévoiler leur relation faisait de l'autre une faiblesse dévoilée pour l'autre. C'était donc totalement hors de question de laisser paraître la vraie nature de leur relation.
Mais, est-ce que cela avait toujours du sens depuis que le Papillon connaissait leurs identités ?
— Depuis quand c'est toi le raisonnable des deux ?
Il haussa les épaules. Une lueur de tristesse s'empara de ses yeux assombris par la nuit. Rien qu'une seconde avant qu'il ne se ressaisisse, mais ce fut assez pour que Ladybug la voit, l'analyse et l'interprète.
Une question la tarauda alors : est-ce que Chat Noir était toujours Chat Noir ? Est-ce que son côté espiègle, fanfaron, et complètement irresponsable par moment, qu'elle aimait tant avait disparu à jamais, enseveli sous une couche étouffante de culpabilité et d'inquiétude ?
Le Papillon aurait-il, au final, déjà gagné ?
Ladybug secoua la tête, refoulant ses craintes un peu plus loin et posa tendrement sa main sur la joue de son partenaire. Elle pouvait sentir le mouvement presque imperceptible de son visage qui se laissait aller contre sa paume.
— Allez, viens, lui dit-elle.
Les deux super-héros continuèrent leur avancée sur les hauteurs de la ville avant de se poser juste en face du Grand Paris, l'hôtel le plus réputé de la ville. Leurs yeux sondèrent les horizons, vérifiant que celui-ci était dégagé de toute œillade indiscrète. Un regard et un hochement de tête plus tard, ils s'élancèrent jusqu'au balcon d'une des chambres. Pour la première fois depuis bien trop longtemps, la chance semblait être avec eux puisque la baie vitrée était légèrement ouverte. Ladybug passa ses doigts sur le verre immaculé et s'engouffra dans la chambre, suivie de prêt par son coéquipier.
La pièce baignait dans l'obscurité, seulement troublée par une légère lueur. Clarté vers laquelle ils se dirigèrent naturellement. Leurs pas étaient aussi silencieux que calculés, leurs regards aussi complices que sérieux et leurs gestes aussi précis qu'adroits. C'étaient des années à traquer des adversaires dans toute la ville, des instincts acquis au fil du temps et des mouvements imprimés dans leur cerveau qui ressortaient.
Ces années d'entraînement que celle qui habitait cette chambre n'avait pas. Un pas un peu trop grossier, pas suffisamment léger, suivit d'un grincement retentirent, attirant immédiatement les regards des deux super-héros.
Ils se regardaient tous les trois, les gestes en suspend, les yeux plissés.
— Je ferais pas ça, si j'étais toi, lança Chat Noir d'une voix aussi tranchante qu'un couteau lorsque Chloé posa sa main sur ce qui semblait être une alarme.
Ladybug savait à quoi il pensait. Elle le savait parce qu'elle y pensait aussi.
C'était elle.
C'était elle qui avait saccagé leur vie. Leurs deux vies, sous leurs deux identités, sous et derrière le masque.
Mais ce n'était elle qu'en apparence, ça, elle le savait aussi. Elle tourna son regard vers celui de Chat Noir, plongeant ses yeux dans les siens une seconde, à peine, le temps pour lui faire comprendre que ce n'était pas elle leur véritable ennemie. Un soupir et un hochement de tête à peine perceptible lui répondirent, et Ladybug reporta son attention sur Chloé.
— Ah oui ? répondit-elle. Pourquoi pas ?
Tout se déroula en cinq secondes, montre en main.
Chat Noir qui invoqua son Cataclysme. Ladybug qui s'élança vers la jeune fille. Chloé qui s'apprêta à appuyer sur l'alarme. Chat Noir qui posa sa main gantée à la place de la sienne. Ladybug qui l'attrapa par la taille, la plaquant sur le sol. Chloé qui heurta le plancher dans un bruit sourd.
La main appuyée contre la bouche de la lycéenne pour l'empêcher de crier, l'héroïne se tenait au-dessus d'elle. Elle se débattait, tentait de se défaire de l'étreinte de la gardienne de la capitale, lançait des coups de pieds, de coude, de n'importe quoi. Ladybug l'immobilisa avec ses genoux, plongeant son regard dans le sien.
— Ça ne sert à rien, lui dit-elle d'un ton plus mesuré que celui de Chat Noir. On ne te fera aucun mal.
Étaient-ce ses yeux bleus à la lueur rassurante, presque protectrice, qui la firent arrêter de se débattre ? Était-ce sa voix qui sonnait comme une promesse ? Était-ce l'amitié qui les avait un jour unies, ou l'admiration qu'elle avait un jour vouée à la jeune héroïne ?
En tout cas, Chloé arrêta de bouger, de frapper, de tenter de s'enfuir. Et, lorsque Ladybug retira sa main, elle ne cria pas, ne leur lança pas les pires insultes de la planète dont elle avait le secret, ne leur infligea pas ses larmes de crocodile qu'elle maîtrisait à la perfection.
Non, parce qu'elle savait que c'était inutile.
— On veut juste essayer de comprendre, Chloé, lui affirma la super-héroïne d'une voix douce. Tu veux bien ?
Contre toute attente, la jeune fille hocha doucement la tête, ses yeux bleus ancrés dans les siens.
— Bien, souffla Ladybug en se levant.
Chat Noir, de son côté, ne pouvait pas empêcher sa mâchoire de se contracter, ni ses yeux de lancer des éclairs, ni son cœur se gonfler de rage. Sa coéquipière posa une main sur son épaule avant de s'installer à côté de lui, le dos appuyé contre le mur, Chloé s'assit sur son lit, juste devant eux.
— Bon, par quoi commencer... murmura la super-héroïne.
— Oh, je sais pas, trancha Chat Noir d'une voix toujours débordante de rancœur. Pourquoi t'as pris les Miraculous ? Pourquoi tu nous a filmé ? Pourquoi tu t'es alliée avec le Papillon ?
— Chat... commença Ladybug d'une voix réprobatrice.
Mais il s'éloigna d'elle, plus crispé que jamais.
— Non ! Je peux pas jouer au gentil après tout ce qu'elle a fait, c'est au-dessus de mes forces ! Non mais t'as vu la merde dans laquelle on est à cause d'elle ! s'emporta-t-il en tendant son bras vers Chloé. Je croyais que tu étais mon amie !
L'intéressée baissa les yeux.
Visiblement elle était bel et bien au courant de leurs identités, ce qui était loin de rassurer Ladybug qui sentit son dernier espoir se désagréger.
— Tu te rends compte de ce que tu nous fait subir depuis des mois ou tu t'es trop occupée à t'intéresser qu'à toi ?
Elle était subjuguée par l'état de colère dans lequel se trouvait son coéquipier.
— Tu te rends compte de tout ce qu'on prend dans la gueule depuis tout ce temps ? Tu crois qu'on avait pas assez à faire pour qu'en plus t'envoies cette vidéo à tout le monde ? Tout le monde l'a vu, tout le monde, est-ce que t'as une petite idée de ce que ça fait ? Est-ce que t'as pensé aux conséquences, surtout pour elle, tu te rends compte de tout ce qu'elle doit supporter toute la journée ou ça aussi, ça te passe complètement au-dessus ?
— Ça suffit ! s'interposa Ladybug d'une voix sèche. J'ai pas besoin d'un porte-parole ! Tu crois que ça aide, sérieusement ?
Ses yeux se plongèrent enfin dans les siens, mais elle aurait vraiment préféré qu'ils ne le fassent pas. Son regard était noir de colère, débordant de rage. D'où toute cette rancœur pouvait-elle bien lui venir ? Parce que c'était bien plus profond que tout ce qu'il reprochait à Chloé, bien plus profond que cette maudite vidéo, bien plus profond que le Papillon, que tout.
— Comment tu peux... Comment tu peux t'en foutre à ce point là ?
Ses poings se serrèrent dans sa combinaison rouge tachetée de noir. Elle savait très bien à quoi il faisait allusion. Il pensait à la veille, où elle avait empêché son poing de s'écraser dans la mâchoire de ce garçon. Il pensait au matin-même, où elle lui avait proposé de venir sous la douche avec elle. Il pensait à quelques minutes auparavant, où elle l'embrassait. Et il pensait à cet instant précis, où elle n'attaquait pas Chloé comme il le faisait.
— Comment tu peux être con à ce point là ?
Ses lèvres n'avaient pas demandé à son cerveau avant de prononcer ces mots, et Ladybug le regretta immédiatement. Il hocha la tête, les yeux toujours plein de cette rage qu'elle ne lui reconnaissait pas, et s'approcha d'elle.
— Dans ce cas, je te laisse gérer ça toute seule, lui cracha-t-il au creux de l'oreille.
Ses paroles lui firent plus mal que jamais, surpassant l'invasion du Papillon dans son esprit, les blessures qu'elle avait subies, l'humiliation dont elle avait été la proie. Ces deux mots, toute seule, eurent un tel pouvoir qu'elle pouvait presque sentir son cœur se déchirer dans sa poitrine. Toutes ces fois où il s'était approché d'elle comme il l'avait fait à l'instant, toutes ces choses qu'il avait murmuré à son oreille comme il venait de le faire, tous ces frissons de désir qui s'étaient emparés d'elle contrastèrent avec celui d'amertume qui courait à présent le long de son corps. Toutes ces fois où il s'était ensuite rapproché, rapproché et rapproché d'elle jusqu'à ce que leur peau soit collée l'une à l'autre, que leurs lèvres soient liées les unes aux autres, que leur corps ne fasse qu'un, toutes ces fois furent balayées par sa peau qui s'éloigna, qui s'éloigna encore et encore, créant un trou béant entre leurs deux corps, entre leurs deux cœurs.
Ses deux yeux verts disparurent dans la nuit, la laissant toute seule.
Et voici le chapitre vingt-trois ! Bon, je vous l'accorde, la fin est vraiment horrible aha, mais plutôt réaliste d'après moi. Cette vidéo a évidemment un effet sur leur couple, ce n'est pas possible autrement. Ils ont beau être plus unis que n'importe qui, c'est une situation compliquée à vivre donc c'est normal qu'il y ai des non-dits... Des non-dits qui se sont accumulés et à un moment, bah ça explose. Mais ne vous inquiétez pas, tout s'arrangera au chapitre suivant :)
Concernant le prochain chapitre justement, j'ai presque terminé de l'écrire mais il me manque encore quelques modifications à apporter, quelques détails à rajouter, quelques passages à peaufiner et une scène particulière à écrire. Mais j'en suis déjà à plus de 8000 mots... c'est énorme. Ce chapitre fait un peu plus 5000 et celui d'avant un peu moins de 6000, donc poster un chapitre qui avoisinera probablement les 10 000 mots, ça me parait vraiment gigantesque ! Donc je ne sais pas encore ce que je vais faire, il y a plusieurs solutions :
— soit je le coupe en deux, ce qui donnera deux chapitres un peu plus courts que celui là, mais je ne sais pas si la coupure aura vraiment du sens entre les deux chapitres ;
— soit je ne poste que ce chapitre la semaine prochaine (pour le jour, ce sera probablement mercredi).
Je pense que vous préférez tous que je le poste tel quel, aussi énorme soit-il, mercredi prochain, suivi d'un autre chapitre samedi aha. C'est ce que je vais essayer de faire mais ça va être assez compliqué, étant donné que je reprends les cours lundi... Alors, dites-moi quand même ce que vous préférez parmi les deux propositions ci-dessus, et si ça vous dérangerait ou non d'avoir un chapitre aussi long pour que je sache comment m'organiser au cas où !
Concernant le nouveau pouvoir d'Adrien, il se précisera bientôt, mais pas tout de suite. Ne vous inquiétez pas, je ne l'ai pas oublié aha, les réponses arrivent ;)
En tout cas, au programme du prochain chapitre : du bla-bla. Beaucoup, beaucoup de discussions, beaucoup, beaucoup de révélations :p
J'ai beaucoup parlé aha, en tout cas j'espère que vous allez tous bien, ainsi que vos proches !
N'oubliez pas de laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, prenez soin de vous !
