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L'ÉVASION
Il apparut que Kreacher s'était caché dans le grenier. Sirius raconta qu'il l'avait trouvé là-haut, couvert de poussière, à la recherche d'autres reliques de la famille Black à cacher dans son réduit. Étrangement cependant, l'elfe paraissait de meilleure humeur : ses marmonnements acerbes s'étaient un peu calmés et il obéissait aux ordres plus docilement qu'à l'ordinaire. Megan n'accorda cependant pas beaucoup d'importance à cet étrange changement d'attitude : la fin des vacances approchait et elle ne voulait pas gâcher une seule seconde du temps qui lui restait à passer au square Grimmaurd. Les membres de l'Ordre du Phénix continuaient de défiler dans le quartier général, parfois pressés de faire un compte rendu important, le plus souvent souriants et ravis de partager un repas avec la grande famille que constituaient les résidents de la maison. Megan avait tenté de mettre en application les recettes du livre offert par Cal. Molly n'osait pas quitter la cuisine dans ces moments-là, rattrapant souvent les catastrophes que la jeune fille causait aux aliments. Fred et George, qui avaient proposé leur aide, aggravaient souvent les choses en lançant des sorts à tort et à travers, et Tonks renversa plus d'une fois les plats et les ingrédients sous les éclats de rire des autres.
Malgré ces épisodes amusants, la joie de Sirius se dissipait à vue d'œil. À mesure que la date de leur retour à Poudlard approchait, il devenait de plus en plus enclin à ce que Molly appelait des « crises de grognerie » pendant lesquelles il devenait taciturne et grincheux et se retirait souvent pendant plusieurs heures d'affilée dans la chambre de Buck. Sa morosité imprégnait toute la maison, suintant sous les portes comme un gaz nocif qui finissait par contaminer tout le monde. Megan se sentait coupable à l'idée de le laisser à nouveau seul avec Kreacher, Remus s'absentant souvent pour le compte de l'Ordre, consacrant beaucoup de temps à Tonks également, une habitude que Megan surveillait du coin de l'œil, surprise par cette attirance réciproque qu'elle n'aurait pas soupçonnée. Elle se promit de revenir au square Grimmaurd dès la fin de l'année scolaire, et hésita à demander à Sirius l'autorisation d'y inviter Cal. Elle ignorait si un Moldu pouvait y pénétrer, compte tenu des sortilèges qu'avait jetés Orion de son vivant et des protections ajoutées par Dumbledore. Si cela n'était pas possible, elle trouverait un moyen de se consacrer aux deux hommes malgré tout, quitte à faire d'incessants allers-retours entre leurs deux cachettes au cours de l'été.
Arthur put quitter Ste Mangouste à la fin des vacances de Noël. Le samedi qui précédait leur retour à Poudlard, Molly et Bill partirent le chercher, l'aîné des Weasley ayant pour l'occasion loué une voiture moldue. Il arriva au square Grimmaurd peu de temps avant le dîner. Megan, qui vérifiait avec les jumeaux l'efficacité de leur dernière Plume à vérificateur d'orthographe, s'empressa de descendre avec eux lorsqu'elle entendit sa voix dans le hall. L'air fier et ravi, il était vêtu d'un pyjama sur lequel il avait passé un imperméable.
- Quel plaisir d'être enfin sorti de l'hôpital, annonça-t-il joyeusement sans parler trop fort pour ne pas réveiller Mrs Black. J'ai une faim de loup !
- Le dîner est presque prêt, mon chéri, annonça Molly d'un air radieux. Viens, allons-nous installer dans la cuisine. Harry est là-bas.
Les Weasley, Hermione et Megan la suivirent dans l'escalier qui menait au sous-sol en échangeant des sourires heureux.
- Guéri ! annonça Arthur d'une voix claironnante lorsqu'ils poussèrent la porte de la cuisine. Complètement guéri !
Il resta cependant cloué sur place, à l'instar de tous les autres, lorsqu'ils découvrirent dans la pièce Sirius et Snape qui pointaient chacun leur baguette sur l'autre d'un air menaçant, et Potter qui se dressait entre eux les bras tendus pour tenter de les séparer. Megan saisit sa baguette dans sa poche, prête à attaquer son professeur de potions s'il tentait de s'en prendre à Sirius.
- Par la barbe de Merlin, hoqueta Arthur, son sourire s'effaçant de son visage, qu'est-ce qui se passe ici ?
Sirius et Snape abaissèrent leurs baguettes en même temps. Tous deux affichaient une expression de profond mépris mais l'irruption inattendue de tant de témoins semblait les avoir dissuadés de s'entretuer. Snape remit sa baguette dans sa poche et traversa la cuisine à grandes enjambées en passant devant Megan, Hermione et les Weasley sans prononcer un mot. Arrivé devant la porte, il lança un coup d'œil derrière lui.
- Lundi soir, six heures, Potter.
Puis il disparut. Sirius continua de fixer la porte d'un regard furieux, sa baguette magique pendant au bout de son bras.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda à nouveau Arthur.
- Rien, répondit Sirius, la respiration haletante comme s'il venait de parcourir une longue distance au pas de course. Une simple petite conversation amicale entre deux anciens camarades d'école.
Au prix d'un effort qui paraissait considérable, il parvint à sourire.
- Alors... tu es guéri ? Ça, c'est une bonne nouvelle, une très bonne nouvelle.
- N'est-ce pas ? dit Molly en faisant asseoir son mari sur une chaise. Le guérisseur Smethwyck a finalement exercé sa magie, il a trouvé un antidote au venin de ce serpent et Arthur a appris qu'il ne fallait pas bricoler avec la médecine moldue, n'est-ce pas, chéri ? ajouta-t-elle d'un ton menaçant.
- Oui, Molly chérie, répondit Arthur d'une voix penaude.
Mundungus, Fol Œil et Tonks se joignirent à eux pour fêter son retour. Le dîner aurait pourtant pu être plus joyeux. Sirius faisait des efforts en ce sens : il se forçait à rire bruyamment aux plaisanteries de Fred et de George ou veillait à remplir les assiettes des convives, mais dès qu'il cessait d'être occupé, il redevenait maussade, soucieux. Megan ignorait le sujet de leur dispute, mais elle craignait que Snape n'ait pas raté une occasion de retourner le couteau dans la plaie de son ancien camarade de classe au sujet de son interdiction de quitter la maison pour venir en aide à l'Ordre. Il se sentait lâche, comme il le lui avait confié. Megan n'avait eu de cesse de lui répéter qu'il n'aurait pas été courageux mais stupide de se promener hors de la sécurité des murs du quartier général et qu'il pourrait de nouveau participer activement à la lutte contre Voldemort lorsque le ministère aura enfin reconnu son innocence et cessé de le poursuivre, mais cette perspective lui paraissait trop lointaine et utopique. En son for intérieur, Sirius se sentait condamné à vivre et mourir dans cette maison qu'il détestait.
- Ne fais rien de stupide.
Le dîner était terminé. Mundungus, Fol Œil et Tonks étaient repartis, et Bill et Remus aidaient Molly à ranger et nettoyer la cuisine tout en discutant avec Arthur, tandis que les plus jeunes étaient remontés dans leurs chambres pour se doucher et se mettre au lit tôt en perspective de leur retour à l'école le lendemain matin. Megan avait cependant traîné dans l'escalier pour pouvoir discuter avec Sirius, en route pour aller nourrir Buck.
- Ce n'est qu'une question de temps avec que le ministère ne réalise enfin ce qu'il se passe vraiment, et à ce moment-là tu pourras sortir et te battre. D'ici-là, sois plus intelligent que Fudge ou Snape et reste ici.
- C'est ça, grogna Sirius, l'air furieux.
- Je suis sérieuse, Black ! Si tu mets le nez dehors, je viendrai personnellement te chercher pour te ramener ici, et tu sais bien que ce serait dangereux pour tout le monde si Voldemort avait une occasion de mettre la main sur moi, alors ne m'oblige pas à quitter Poudlard une nouvelle fois au nez et à la barbe de Dumbledore.
- C'est du chantage ?
- Tout à fait.
Sirius eut une exclamation de dédain et dépassa Megan dans les escaliers pour rejoindre la chambre de sa mère. La jeune fille espéra que sa menace serait suffisante pour garder l'homme en sécurité – il savait pertinemment qu'elle était capable de quitter la sécurité de Poudlard sur un coup de tête.
Dans la salle de bain, elle retrouva Ron, Hermione et Potter supposés se brosser les dents. Ils tournèrent la tête d'un air alerte lorsqu'elle poussa la porte, puis se détendirent en voyant qu'il ne s'agissait que d'elle.
- J'interromps quelque chose ? s'enquit-elle d'un air méfiant.
- J'allais leur raconter ce que Snape me voulait, expliqua Potter.
- Tiens, bonne question ça.
Megan referma la porte derrière elle et écouta Potter leur expliquer à mi-voix que Dumbledore avait confié à Snape la tâche de lui donner des cours d'occlumancie. Megan écarquilla les yeux.
- Dumbledore veut t'éviter de rêver à nouveau de Voldemort, dit aussitôt Hermione. J'imagine que ça ne te manquera pas ?
- Des cours particuliers avec Snape ? J'aimerais encore mieux faire des cauchemars ! commenta Ron, effaré.
- L'occlumancie est difficile, fit observer Megan d'un ton sec. Il faudrait déjà qu'il y arrive.
Potter lui jeta un regard agacé, mais elle n'y prêta pas attention. Dumbledore avait cessé de lui donner des cours particuliers car il estimait qu'elle n'en avait plus besoin, mais jamais il n'avait parlé de lui enseigner cet exercice délicat que peu de sorciers maîtrisaient. Elle en toucherait un mot au directeur.
Ils devaient retourner à Poudlard par le Magicobus, escortés de Tonks et de Remus. Ces derniers prenaient leur petit déjeuner lorsque Megan, Ron, Hermione et Potter descendirent dans la cuisine le lendemain matin. Les adultes présents semblaient absorbés dans une conversation à voix basse. Dès que Potter eut ouvert la porte, ils se tournèrent brusquement vers lui et se turent aussitôt.
Après avoir avalé un rapide petit déjeuner, ils s'habillèrent de blousons et d'écharpes pour affronter le froid grisâtre de cette matinée de janvier. Molly tenta sans succès de convaincre les jumeaux de mettre des moufles tricotées main sous le regard amusé de Megan. Tous firent leurs adieux à Sirius et aux parents Weasley.
- A bientôt, Harry, et continue à surveiller les serpents pour moi ! lança Arthur d'un ton cordial en serrant la main de Potter.
- Fais attention à toi, et ne quitte Poudlard sous aucun prétexte, glissa Sirius à Megan d'un ton très sérieux.
- Je te retourne la consigne, répondit nonchalamment la jeune fille. On se voit cet été.
- Ta cuisine me manque déjà, railla-t-il.
Un instant plus tard, elle était emportée dans l'atmosphère glacée de l'hiver. Tonks, déguisée ce jour-là en une grande femme aux cheveux gris fer, toute vêtue de tweed, les incita à se dépêcher de se regrouper sur le trottoir. La porte du numéro 12 claqua derrière eux, et en un clin d'œil, la maison avait disparu.
- Venez, plus vite on sera dans le bus, mieux ça vaudra, dit Tonks.
Megan remarqua une lueur d'inquiétude dans ses yeux lorsqu'elle jeta un regard autour de la place. Remus tendit brusquement son bras droit. BANG ! L'autobus surgit de nulle part, évitant de peu le réverbère le plus proche qui fit un bond en arrière pour libérer le passage. Shunpike sauta à terre.
- Bienvenue à bord du..., commença-t-il.
- Oui, oui, c'est ça, on connaît, merci, l'interrompit Tonks. Allez, vite, montez...
Elle poussa Potter vers le marchepied, devant le contrôleur qui le regarda avec des yeux ronds.
- Oh mais... c'est Harry ! Et toi, ajouta-t-il en regardant Megan, tu es -
- Si jamais tu prononces leurs noms, je te jette un sort qui te plongera dans un oubli définitif, menaça Tonks en poussant à présent Ginny et Hermione à bord du bus.
Megan esquissa un sourire satisfait : elle s'apprêtait à menacer elle-même Shunpike pour s'assurer qu'il ne dévoilerait rien au sujet de sa récente escapade.
- J'ai toujours voulu monter dans ce truc-là, dit Ron d'un ton joyeux en regardant autour de lui d'un air ravi.
Aujourd'hui, les lits avaient fait place à un entassement de chaises et de fauteuils dépareillés disposés au hasard autour des fenêtres. Des sièges étaient tombés lorsque le bus s'était brutalement arrêté square Grimmaurd, précipitant sur le plancher des sorcières et des sorciers qui se relevaient en grommelant. Un sac à provisions avait glissé sur toute la longueur du bus, semant sur son passage un mélange peu ragoûtant d'œufs de grenouille, de cafards et de biscuits fourrés.
- Il va falloir qu'on se sépare en deux groupes, dit vivement Tonks qui cherchait des yeux des sièges inoccupés. Fred, George et Ginny, allez-vous asseoir là-bas, au fond... Remus restera avec vous.
Elle emmena ensuite Megan, Ron, Hermione et Potter tout en haut du bus où ils trouvèrent trois chaises vides à l'avant et deux autres à l'arrière. Shunpike suivit avidement Ron et Potter qui allèrent s'installer à l'arrière. Les autres passagers regardèrent tous passer le Survivant. Satisfaite de ne pas attirer l'attention, Megan s'installa confortablement dans son fauteuil tandis que le bus repartait en oscillant dangereusement. Dans un grondement, il tourna autour du square Grimmaurd, montant à plusieurs reprises sur le trottoir puis, avec un nouveau BANG ! impressionnant, ils furent tous projetés en arrière. La chaise de Ron bascula et Pigwidgeon, qui était sur ses genoux, s'échappa de sa cage en lançant de petits ululements frénétiques et voleta jusqu'à l'avant où il vint se poser sur l'épaule de Megan. Ils fonçaient à présent sur ce qui semblait une autoroute. Au fond du bus, Shunpike annonça qu'ils étaient tout près de Birmingham. Le Magicobus se pencha d'une manière alarmante en doublant une file de voitures du mauvais côté. Hermione se cacha les yeux sous le regard las de Megan, Pigwidgeon se balançant joyeusement sur son épaule. BANG ! Les sièges glissèrent à nouveau en arrière tandis que le Magicobus sautait de l'autoroute de Birmingham sur une petite route de campagne aux virages en épingle à cheveux. Des deux côtés de la chaussée, des haies s'écartaient précipitamment lorsque le bus montait sur le talus. Ils passèrent ensuite dans la rue principale d'une petite ville animée, puis sur un viaduc entouré de hautes collines avant de s'engager sur une route balayée par le vent, entre de hauts immeubles d'habitation. A chaque changement de décor, un BANG ! sonore retentissait.
- Je leur ai donné un pourboire pour qu'ils nous déposent en priorité, glissa Tonks à l'oreille des filles. On ne devrait pas tarder à arriver.
Hermione acquiesça en gémissant : elle avait visiblement hâte de descendre.
- On va simplement déposer Madame Marsh – à l'étage inférieur, on entendit un haut-le-corps suivi d'un horrible gargouillement –, elle est pas bien en forme, annonça la voix de Shunpike.
Quelques minutes plus tard, le Magicobus s'arrêta dans un crissement de pneus devant un petit pub qui se tassa un peu pour éviter la collision. Ils entendirent le contrôleur aider la malheureuse Madame Marsh à descendre sous les murmures de soulagement des autres passagers. Le bus repartit et... BANG ! Ils roulaient à présent dans la grand-rue enneigée de Pré-au-Lard. Megan aperçut l'enseigne de La Tête de Sanglier qui se balançait au vent. Des flocons de neige s'écrasaient contre l'immense pare-brise, à l'avant du bus. Enfin, ils s'arrêtèrent devant le portail de Poudlard.
Remus et Tonks les aidèrent à sortir leurs bagages avant de descendre leur dire au revoir. Aux trois étages du Magicobus, tous les passagers les observaient, le nez collé aux vitres.
- Vous serez en sécurité dès que vous aurez franchi l'enceinte de Poudlard, assura Tonks en scrutant la route déserte. Bon trimestre !
- Prenez bien soin de vous, dit Remus qui serra la main de tout le monde.
Megan, Hermione, Potter et les Weasley remontèrent à grand-peine l'allée glissante qui menait au château, traînant derrière eux leurs énormes valises. Hermione parlait déjà de tricoter quelques chapeaux d'elfes avant d'aller se coucher, la vie à Poudlard reprenait son cours.
Dès le lendemain, Kevan intercepta Megan lors de la récréation.
- Tu as passé de bonnes vacances ? s'enquit-il alors qu'elle le suivait à l'écart de Ron, Hermione et Potter pour discuter.
- Euh oui, enfin comme tu dois le savoir le père de Ron s'est retrouvé à l'hôpital, donc ça n'était pas…
- Tu passes beaucoup de temps avec la famille de Ron, observa le garçon.
Son ton se voulait léger, mais Megan sentit la menace poindre.
- Oui, c'est une deuxième famille pour moi, trancha la jeune fille.
Ou troisième, ou quatrième, si l'on comptait les Malfoy et les Boyd.
- Je comprends…, mentit Kevan. Enfin, son père s'est bien remis, tout va bien ?
- Oui, tout va bien. Tout s'est arrangé.
- Super. Je voulais te donner ça…
Il sortit de sa robe un petit paquet enveloppé dans du kraft. Megan le prit avec un air effaré. Elle avait complètement oublié d'acheter un cadeau de Noël pour Kevan ! Mortifiée, elle tâcha de ne pas bégayer.
- Oh, merci beaucoup. Le tien est dans mon dortoir, je ne m'attendais pas à te voir ce matin…
- Pas de soucis, balaya Kevan, crédule. Ouvre-le !
Obéissante, Megan déballa le paquet. Elle découvrit un cadre finement ouvragé encadrant une photographie en noir et blanc où elle-même et Kevan riaient de bon cœur, enlacés dans le parc de Poudlard. Troublée, la jeune fille leva les yeux vers son petit ami.
- D'où vient cette photo ?
- C'est Colin Creevey qui l'a prise, un peu plus tôt dans l'année. Tu sais, ce petit Gryffondor un peu insupportable qui se balade toujours avec un appareil photo. Il avait été pétrifié il y a trois ans.
- Oui, je sais qui c'est. Il nous a pris en photos ?
- A priori, il a pris des photos d'une bonne partie des élèves de l'école. D'après ce qu'il m'a dit, il développe celles qu'il trouve meilleures et les donne à ceux qui y figurent, comme ça, gratuitement. Je crois que Sprout envisage de lui demander de réaliser un album, comme dans certains lycées moldus. Ça te plaît ?
Megan baissa les yeux sur le cliché animé. Elle avait l'air heureuse, et Kevan également. Mais cette tendresse avec laquelle il l'observait, ses doigts qu'elle voyait jouer dans ses cheveux et caresser sa joue… un malaise la saisit.
- Oui, oui beaucoup, mentit-elle. Je la mettrai sur ma table de chevet.
Kevan eut un sourire sincère et le malaise de Megan s'accentua.
- Qu'est-ce que tu as là ? s'enquit-il gentiment en caressant du bout des doigts les anneaux qu'elle portait à la main droite.
- Oh, c'est…
Elle prit une profonde inspiration.
- Les alliances de mes parents. Des amis les ont retrouvées et me les ont offertes pour Noël.
- Oh. C'est très beau comme cadeau.
Megan hocha la tête sans répondre.
- Tu sais si les réunions de l'A.D. vont reprendre bientôt ? l'interrogea Kevan pour changer de sujet.
- Je ne sais pas, ça dépendra de Potter, on vous le fera savoir avec les Gallions. En tout cas, ce ne sera pas ce soir : il a un cours de rattrapage en potions.
C'était l'excuse qu'il avait été convenu de servir lorsqu'on interrogerait le garçon ou ses proches au sujet des leçons privées qu'il prendrait désormais le soir auprès de Snape. La nouvelle se répandit relativement vite dans la journée, et Zacharias Smith sembla particulièrement amusé de l'apprendre. Agacé de devoir passer pour un incompétent, ce fut morose que Potter se rendit à son premier cours d'occlumancie ce soir-là. Megan était cependant trop préoccupée pour s'en amuser : elle devait à tout prix trouver un cadeau à offrir à Kevan le lendemain. Elle contempla d'un air navré la photo qu'elle avait installée, comme promis, à côté de son lit. Elle n'était pas à la hauteur, ce n'était pas nouveau.
Sa baguette tournoyait entre ses doigts si vite qu'elle en était floue. Que connaissait-elle des goûts de Kevan ? Il aimait la métamorphose. Megan poussa un soupir de frustration, ce n'était pas grâce à ça qu'elle allait trouver une idée de cadeau accessible dans les prochaines heures. Impossible de renoncer, de lui avouer qu'elle avait oublié, il serait furieux et blessé, et elle ne voulait pas affronter ses émotions. Elle devait à tout prix trouver une idée, même si elle ne devait pas dormir de la nuit pour cela.
Il aimait passer du temps avec elle. Il pouvait passer des heures à juste la regarder, l'embrasser ou la prendre dans ses bras. Après près d'une heure de réflexion, elle trouva enfin une solution. Satisfaite d'elle-même, elle rangea son cadeau dans le tiroir de sa table de chevet et se rendit à la bibliothèque. Ron et Hermione y travaillaient, attelés à la pile de devoirs qu'avait donnée Umbridge. D'autres élèves, presque tous des cinquième année, étaient assis à des tables éclairées par des lampes, le nez collé à leurs livres, dans un grattement de plumes fébrile tandis que, derrière les fenêtres à meneaux, le ciel devenait de plus en plus noir. Le seul autre bruit était le couinement que produisait l'une des chaussures de Madame Pince, la bibliothécaire, qui rôdait parmi les rayons d'un air menaçant. Quiconque s'avisait de toucher à ses précieux ouvrages ne tardait pas à sentir son souffle dans son cou. Megan se laissa tomber à la gauche de Ron, tira vers elle le manuel d'Adalbert Slinkhard pour qu'ils le partagent, et sortit une feuille de parchemin pour commencer à travailler également. Ses deux amis, trop épuisés par leurs devoirs, ne prirent pas la peine de lui demander pourquoi elle ne les rejoignait que maintenant.
Elle était arrivée depuis à peine quinze minutes lorsque Potter s'assit en face d'eux, pâle et tremblant.
- Comment ça s'est passé ? chuchota aussitôt Hermione.
Puis, soudain inquiète, elle ajouta :
- Ça va, Harry ?
- Oui...Très bien... enfin, je ne sais pas, répondit le garçon d'un ton impatient en faisant une grimace. Écoutez... Je viens de réaliser quelque chose... Quand Snape entre de force dans ma tête, pour m'apprendre l'occlumancie, j'ai des visions, par flashes, et là ça m'est revenu : depuis des mois je rêve de cette porte noire, lisse et verrouillée au fond d'un couloir sans fenêtres, et impossible de comprendre de quoi il s'agit. Mais maintenant je sais, cette porte est bien réelle ! Je l'ai vue au ministère de la magie cet été. Et si j'en rêve, c'est parce que Voldemort (Ron étouffa un gémissement) veut quelque chose qui se trouve derrière cette porte ! J'ai interrogé Snape à ce sujet mais il n'a rien voulu me dire…
- Tu... tu veux dire..., murmura Ron, alors que Madame Pince passait devant eux dans un léger couinement, que l'arme – celle que cherche Tu-Sais-Qui – se trouverait au ministère de la Magie ?
- Au Département des mystères, très certainement, chuchota Potter. J'ai vu cette porte quand ton père m'a emmené dans la salle du tribunal et c'est la même qu'il gardait quand le serpent l'a mordu.
Megan laissa échapper un long et profond soupir. Derrière cette porte, quelque part au Département des mystères, se trouvait quelque chose que Voldemort désirait. L'arme, ce n'était donc pas elle. Rapidement, des pièces de puzzle s'assemblèrent dans son esprit.
- Évidemment, souffla-t-elle, mécontente contre elle-même.
- Évidemment quoi ? dit Ron, agacé.
- Ronald, réfléchis : Sturgis Podmore a essayé de forcer une porte au ministère de la Magie. C'était sûrement celle-là, ça ne peut pas être une simple coïncidence.
- Comment se fait-il que Sturgis ait tenté de forcer la porte que mon père gardait alors qu'il est de notre côté ? fit remarquer Ron.
- Je n'en sais rien. Pour le moment.
Tant pis pour son année sans machinations, mystères et craintes : de toute manière, elle semblait attirer les problèmes comme un aimant. On ne pouvait pas avoir une adolescence normale lorsqu'on avait été dotée avant sa naissance d'une partie de la puissance de Voldemort puis projetée au milieu d'un enchevêtrement d'intrigues tendant à voir disparaître définitivement ou régner sans fin le plus grand mage noir de l'histoire du monde connu.
- C'est un peu étrange...,murmura Hermione.
- Peut-être qu'il a été soumis au sortilège de l'Imperium, proposa sombrement Megan.
- Qu'est-ce qu'il y a au Département des mystères ? demanda Potter à Ron. Est-ce que ton père t'en a déjà parlé ?
- Tout ce que je sais, c'est que les gens qui y travaillent sont surnommés les Langues-de-plomb, répondit Ron en fronçant les sourcils. Parce que personne ne semble savoir vraiment ce qu'ils font. C'est un endroit bizarre pour cacher une arme.
- Pas bizarre du tout, très logique, au contraire, objecta Hermione. Il doit s'agir de quelque chose de top secret sur lequel a travaillé le ministère... Harry, tu es sûr que ça va ?
Il venait de frotter sa cicatrice de ses deux mains d'un geste compulsif.
- Oui... Très bien..., dit-il en reposant sur la table ses mains tremblantes. Je me sens simplement un peu... Je n'aime pas beaucoup l'occlumancie.
- N'importe qui se sentirait secoué si quelqu'un essayait sans arrêt d'entrer dans sa tête, dit Hermione d'un ton compatissant. Venez, on va retourner dans la salle commune, on sera mieux installés.
Mais la salle commune était bondée et retentissait d'éclats de rire et de hurlements surexcités : Fred et George étaient en train de faire une démonstration.
- Le Chapeau-sans-Tête ! annonça George tandis que son frère jumeau agitait devant les élèves un chapeau pointu orné d'une grosse plume rose. Deux Gallions pièce. Regardez bien ce que va faire Fred. Vas-y !
Avec un grand sourire, Fred enfonça le chapeau sur sa tête. Pendant un instant, il eut l'air simplement stupide puis tout à coup le chapeau et sa tête disparurent en même temps. Tout le monde hurla de rire, à part quelques filles qui s'étaient mises à crier de terreur. Megan ne put réprimer un sourire : leurs efforts conjugués avaient porté leurs fruits.
- Et hop, on l'enlève ! s'exclama George.
Pendant un moment, la main de Fred tâtonna dans ce qui semblait être le vide, au-dessus de son épaule, puis sa tête réapparut lorsqu'il enleva d'un grand geste le couvre-chef à la plume rosé.
- Comment fonctionnent ces chapeaux ? se demanda Hermione à haute voix.
Distraite de ses devoirs, elle regardait les jumeaux.
- De toute évidence, il s'agit d'un sortilège d'Invisibilité mais c'est assez habile d'avoir réussi à en étendre le champ au-delà de l'objet ensorcelé... J'imagine que le sortilège ne doit pas durer très longtemps.
- Plus longtemps que tu l'imagines. Tu vois qu'ils sont doués, lui lança Megan avec une once de fierté dans la voix.
- Tu les as aidés, n'est-ce pas ?
- Seulement à améliorer l'efficacité de leur sortilège. C'est eux qui ont tout fait.
- Je ferai ça demain, marmonna Potter en remettant dans son sac les livres qu'il venait tout juste d'en sortir.
- Note-le dans ton planning de devoirs ! lui conseilla Hermione. Comme ça, tu ne l'oublieras pas !
Potter échangea un regard avec Ron puis fouilla dans son sac et en sortit le planning que Hermione lui avait offert pour Noël. Il l'ouvrit timidement. « Ne remets pas à demain, espèce de bon à rien ! » lança le carnet d'un ton réprobateur pendant que le garçon notait le devoir à faire pour Umbridge. Hermione paraissait enchantée.
- Je crois que je vais aller me coucher, maugréa le garçon.
Il rangea le planning dans son sac, traversa la salle commune, évita George qui essaya de le coiffer d'un Chapeau-sans-Tête et disparut dans l'escalier de pierre. Hermione se mordit la lèvre.
- Il n'a vraiment pas l'air bien, murmura-t-elle, inquiète. C'est forcément à cause de l'occlumancie. A force d'entrer dans sa tête à répétition comme ça, Snape va affaiblir ses défenses !
- Dumbledore ne lui aurait pas demandé de le faire si ça n'était pas une bonne chose, non ? objecta timidement Ron. Ça va finir par être utile, il ne fait que débuter pour l'instant…
- Rien ne dit qu'il va réussir à maîtriser cette technique, lui fit remarquer Megan d'un ton distrait, penchée sur son devoir. Ce n'est pas donné à tout le monde d'être occlumens, et je ne pense pas que Snape y mette beaucoup de cœur.
Il y eut un silence uniquement ponctué des rires et des applaudissements qu'inspirait la sonore démonstration des jumeaux, qui faisaient maintenant tester leur modèle à des élèves enthousiastes. Megan avait presque terminé sa dissertation.
- Tu devrais monter voir comment il va, reprit Hermione, toujours soucieuse, à l'attention de Ron.
Ravi d'avoir une excuse pour mettre un terme à ses devoirs, le garçon rangea ses affaires, leur souhaita bonne nuit et gravit à son tour les escaliers qui menaient au dortoir des garçons. Megan entreprit de rédiger sa conclusion tandis que Hermione fixait son propre devoir, les sourcils froncés, visiblement préoccupée par l'état de son ami.
- Arrête de te ronger les sangs comme ça, finit par s'agacer Megan, ce n'est pas un garçon très solide, il n'a peut-être juste pas assez mangé à mi – aaah.
Étouffant de son mieux son cri de douleur mêlée de surprise, Megan plaqua la main sur son avant-bras gauche en se pliant en avant. Hermione jeta sa plume de côté pour se pencher vers son amie, les yeux écarquillés d'inquiétude. A l'autre bout de la salle commune, Fred et George, à qui rien n'échappait, délaissèrent leurs acheteurs potentiels pour se précipiter auprès de Megan.
- Ce n'est rien, c'est bon, c'est fini, grogna la jeune fille, mal à l'aise d'être ainsi au centre de l'attention pour une vulgaire douleur à laquelle elle ne s'attendait simplement pas.
Mais ses trois amis échangèrent un regard entendu.
- C'est la marque ? murmura Fred, prenant garde à ne pas être entendu par d'éventuelles oreilles indiscrètes.
Megan serra les lèvres. C'était la seconde fois qu'elle ressentait cette douleur cuisante depuis que Voldemort avait gravé son symbole de ralliement dans sa chair. La dernière fois, elle se trouvait dans le cimetière de Little Hangleton à quelques pas du cadavre de Cedric.
- Il a appelé les Mangemorts, murmura-t-elle en secouant sa cascade de cheveux noirs pour chasser tout signe de détresse de son visage. Je n'ai pas l'habitude, c'est tout. Ce n'est rien.
- Il ne le fait pas souvent ? s'enquit George.
- Non, il ne se sert pas de la marque d'habitude.
Elle n'avait pas envie de discuter de ça, et le regard dévorant d'inquiétude de Hermione lui était insupportable. Elle commença à ranger ses affaires dans son sac. Dans la salle commune, plusieurs élèves lui jetaient des regards méfiants ou inquiets, alarmés par le changement d'attitude si soudain des jumeaux.
- Pourquoi est-ce qu'il le fait ce soir, alors ? demanda Fred, toujours à voix basse. Il rassemble ses Mangemorts ? Est-ce que ça peut vouloir dire qu'il va attaquer ?
- Ça m'étonnerait.
Pourtant, Megan n'avait aucun élément lui permettant de faire une telle affirmation. Elle n'avait juste pas envie que Voldemort attaque pour le moment. Elle devait donner son cadeau à Kevan, rendre des devoirs, laisser encore aux membres de l'A.D. le temps de se préparer à l'affronter. Tout ne pouvait pas basculer ce soir, pas déjà. Plus furieuse que réellement inquiète, elle s'endormit pourtant en serrant contre elle la peluche que lui avait tricotée Hermione.
Les nouvelles du lendemain matin eurent heureusement pour effet d'apaiser ses craintes. Lorsque Hermione reçut son exemplaire de La Gazette du sorcier au cours du petit-déjeuner, elle le déplia, regarda la première page et laissa échapper un cri aigu qui fit tourner les têtes de tous ses voisins de table.
- Quoi ? s'exclamèrent Megan, Ron et Potter d'une même voix.
Pour toute réponse, elle étala le journal sur la table et leur montra quatorze photographies en noir et blanc qui occupaient la plus grande partie de la une. Onze d'entre elles représentaient des sorciers, les trois dernières des sorcières. Certains avaient une expression narquoise, comme s'ils se moquaient d'eux silencieusement, d'autres pianotaient d'un air insolent sur le bord de la photo. Chaque portrait s'accompagnait d'une légende précisant le nom du sorcier et le crime pour lequel il avait été envoyé à Azkaban.
« Antonin Dolohov », disait la légende sous la photo d'un sorcier au long visage pâle et tordu qui regardait les lecteurs d'un air sarcastique, « condamné pour les meurtres particulièrement brutaux de Gideon et Fabian Prewett. »
Megan leva les yeux vers Ron, mais il ne paraissait pas particulièrement troublé de se retrouver face à l'homme qui avait assassiné ses oncles. Elle eut une pensée pour Molly : cette femme avait déjà perdu deux membres de sa famille, elle devait être morte d'inquiétude à chaque jour qui passait à l'idée de subir une autre perte. Les Weasley étaient si nombreux…
« Augustus Rookwood », indiquait la légende sous la photo d'un sorcier au visage grêlé, les cheveux graisseux, qui avait l'air de s'ennuyer ferme, appuyé contre le bord de son cadre, « condamné pour avoir communiqué des secrets du ministère de la Magie à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. »
« Bellatrix Lestrange », disait encore la légende sous la photo d'une femme aux longs cheveux bruns négligés et aux lourdes paupières, « condamnée pour tortures ayant entraîné une incapacité permanente sur les personnes de Frank et Alice Longbottom. » Comme Sirius, elle conservait les vestiges d'une grande beauté, mais quelque chose – Azkaban, sans doute – lui avait ravi ses attraits.
Le titre expliquait la brûlure de la marque :
ÉVASION MASSIVE D'AZKABAN
LE MINISTÈRE CRAINT QUE BLACK SOIT LE « POINT DE RALLIEMENT » D'ANCIENS MANGEMORTS
- Black ? dit Potter à haute voix. Pas de...
- Chut ! murmura Hermione, l'air effaré. Pas si fort. Lis, c'est tout.
Le ministère de la Magie a annoncé tard dans la nuit qu'une évasion massive avait eu lieu à Azkaban. Recevant les reporters dans son bureau privé, Cornelius Fudge, ministre de la Magie, a confirmé que quatorze prisonniers sous haute surveillance s'étaient évadés hier en début de soirée et qu'il avait déjà informé le Premier Ministre Moldu du caractère dangereux de ces individus.
« Nous nous trouvons malheureusement dans la même situation qu'il y a deux ans et demi, au moment de l'évasion de Sirius Black, l'assassin bien connu, nous a déclaré Fudge. Nous pensons d'ailleurs que ces deux affaires ne sont pas sans rapport. Une évasion de cette ampleur laisse supposer l'existence d'un concours extérieur et il faut savoir que Black, qui est la première personne à s'être jamais échappée d'Azkaban, serait idéalement placé pour aider d'autres détenus à suivre ses traces. Il nous semble très probable que ces individus, parmi lesquels figure Bellatrix Lestrange, une cousine de Black, se sont rassemblés autour de Black lui-même qu'ils considèrent comme leur chef. Nous faisons cependant tout ce qui est en notre pouvoir pour retrouver les criminels et nous demandons instamment à l'ensemble de la communauté magique de rester prudente et de manifester la plus grande vigilance. En aucun cas ces individus ne doivent être approchés. »
Soulagée de comprendre que l'attaque de Voldemort n'aurait pas lieu dans les prochains jours, Megan se félicita tout de même d'avoir d'ores et déjà mis Cal à l'abri. Les choses allaient s'accélérer, et il n'était pas bon être Moldu par les temps qui courraient.
- Et voilà, Harry, dit Ron, horrifié, c'était pour ça qu'il était si heureux hier soir.
Au cours du repas, les garçons avaient raconté à Megan et Hermione que, la veille au soir, Potter avait ressenti la joie immense de Voldemort, jusqu'alors inexpliquée, quelques secondes avant que Megan ne ressente la brûlure de son appel.
- Fudge est vraiment une belle ordure de faire porter le chapeau à Sirius, gronda-t-elle.
- Il n'avait pas d'autre choix, commenta Hermione avec amertume. Il ne peut quand même pas dire : « Désolé, mesdames et messieurs, Dumbledore m'avait prévenu que ça pouvait arriver, les gardiens d'Azkaban se sont ralliés à Lord Voldemort – arrête de gémir, Ron – et voilà maintenant que les plus redoutables partisans de Voldemort se sont évadés, eux aussi. » Il a quand même passé six bons mois à raconter à tout le monde que Dumbledore et Harry étaient des menteurs.
Hermione ouvrit grand le journal et commença à lire le reportage en pages intérieures. Megan jeta un rapide coup d'œil aux autres portraits qui lui faisaient désormais face : Rodolphus et Rabastan Lestrange, Oberto Mulciber, Jerulem et Plantura Snyde, Adaloald et Olga Lee… des noms de Mangemorts bien connus, probablement des amis de ses parents. L'un d'eux était-il responsable de l'exécution de leur assassinat ? Elle leva les yeux pour chasser cette question de ses pensées. Autour d'elle, peu d'élèves semblaient avoir appris la cette sombre nouvelle. La plupart étaient absorbés dans leurs conversations au sujet de leurs devoirs, du prochain match de Quidditch ou des nouvelles robes qu'ils comptaient acheter, sans se soucier des rangs de Voldemort qui grossissaient au-delà des murs rassurants de Poudlard. Kevan était l'un d'eux, riant avec Bradley et l'horrible Ally Collins. À la table des Serpentard, en revanche, Draco commentait avec enthousiasme l'évasion, échangeant de larges sourires avec Crabbe, Goyle, Nott et Pansy Parkinson. Il ne comprenait pas que cet événement n'aurait rien de réjouissant pour lui non plus. Il ne savait pas à quoi il allait être mêlé, et Megan craignait de voir bien vite disparaître son sourire.
À la table des professeurs, Dumbledore et McGonagall, le visage grave, étaient en grande conversation. Le professeur Sprout avait appuyé son exemplaire de La Gazette contre une bouteille de ketchup et lisait la première page avec une telle concentration qu'elle tenait sa cuillère immobile et ne remarquait pas les gouttes de jaune d'œuf qui s'en écoulaient lentement en tombant sur ses genoux. Pendant ce temps, à l'autre bout de la table, Umbridge s'attaquait à un bol de porridge. Pour une fois, ses gros yeux de crapaud ne balayaient pas la salle à la recherche d'un élève en faute. Elle fronçait les sourcils en vidant son bol à grands coups de cuillère et lançait de temps à autre un regard malveillant en direction de Dumbledore et de McGonagall toujours absorbés dans leur conversation.
- Oh, ça alors..., dit Hermione, surprise, les yeux toujours fixés sur le journal.
- Qu'est-ce qui se passe, encore ? demanda précipitamment Potter.
- C'est... horrible, dit Hermione, visiblement ébranlée.
Elle plia le journal à la page 10 et le tendit à Megan, Ron et Potter.
MORT TRAGIQUE D'UN EMPLOYÉ DU MINISTÈRE DE LA MAGIE
L'hôpital Ste Mangouste a promis hier soir de mener une enquête approfondie à la suite de la mort de Broderick Moroz, employé au ministère de la Magie, découvert étranglé dans son lit par une plante en pot. Les guérisseurs appelés surplace n'ont pas pu réanimer Mr Moroz qui avait été blessé dans un accident du travail quelques semaines auparavant.
La guérisseuse Miriam Strout, responsable de la salle où était soigné Mr Moroz au moment des faits, a été aussitôt suspendue et n'a pas souhaité faire de déclaration. En revanche, un porte-parole de l'hôpital a publié le communiqué suivant :
« L'hôpital Ste Mangouste regrette profondément le décès de Mr Moroz dont l'état de santé s'améliorait de jour en jour avant ce tragique accident.
« Nous avons une réglementation très stricte en ce qui concerne les décorations autorisées dans nos salles, mais il est apparu que la guérisseuse Strout, surchargée de travail en cette période de Noël, n'avait pas mesuré le danger que représentait la plante posée sur la table de chevet de Mr Moroz. Voyant que sa mobilité et sa capacité à s'exprimer étaient en progrès, la guérisseuse Strout a encouragé Mr Moroz à s'occuper lui-même de la plante, sans se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un innocent Voltijlor mais d'une bouture de Filet du Diable qui a étranglé le convalescent dès qu'il l'a touchée.
« L'hôpital Ste Mangouste n'est pas en mesure d'expliquer pour le moment la présence de cette plante dans la salle et demande à toute sorcière ou sorcier qui pourrait lui fournir des informations à ce sujet de se faire connaître. »
- Moroz... murmura Ron. Moroz. Ça me dit quelque chose...
- On l'a vu à Ste Mangouste, vous vous souvenez ? rappela Hermione. Il était dans le lit en face de Lockhart. Il restait immobile à regarder le plafond. Et on a vu le Filet du Diable arriver. La guérisseuse a dit que c'était un cadeau de Noël.
Megan leur jeta un coup d'œil. Elle n'était pas avec eux lorsqu'ils avaient croisé le chemin de leur ancien professeur, et le nom de Moroz ne lui évoquait rien. Se pouvait-il que sa mort soit purement accidentelle, parfaitement déconnectée de leurs préoccupations actuelles ? Après tout, ils avaient suffisamment de soucis à régler sans s'inquiéter de toutes les morts survenant dans cet hôpital, aussi tragiques soient-elles. Pourtant, elle ne parvenait pas à s'en convaincre.
- Comment se fait-il qu'on n'ait pas reconnu le Filet du Diable ? demanda Potter d'un ton angoissé. On en a déjà vu, pourtant... Nous aurions pu empêcher ça.
- Qui irait imaginer qu'un Filet du Diable déguisé en plante d'agrément puisse atterrir dans un hôpital ? Dit vivement Ron. Ce n'est pas notre faute, c'est la personne qui l'a envoyé qui est responsable ! Il faut être un fameux crétin pour ne pas faire attention à ce qu'on achète !
- Réfléchis, Ronald ! Lança Megan. Personne n'arriverait à planter une bouture de Filet du Diable dans un pot sans se rendre compte qu'il essaye d'étrangler tous ceux qui le touchent. C'est un meurtre, et un meurtre très habile. Je suppose que la plante a été envoyée anonymement.
Hermione s'était mise à trembler. Megan se sentit soudain épuisée : elle n'aurait pas l'année détendue qu'elle s'était promise.
- J'ai rencontré Moroz, dit Potter avec lenteur. Je l'ai vu au ministère avec ton père.
Ron resta bouche bée.
- Je me rappelle, maintenant, j'ai entendu papa en parler à la maison ! C'était une Langue-de-plomb et il travaillait au Département des mystères !
Ils se regardèrent un moment, puis Hermione referma le journal et jeta un coup d'œil furieux aux photos des évadés d'Azkaban. Enfin, elle se leva d'un bond.
- Où tu vas ? s'étonna Ron.
- Envoyer une lettre, répondit Hermione en accrochant son sac à l'épaule, suivie par Megan d'un air las. C'est... Je ne sais pas si... mais ça vaut le coup d'essayer... et je suis la seule à pouvoir m'en charger.
- Je déteste quand elle fait ce genre de chose, entendirent-elles Ron grommeler alors qu'elles quittaient la Grande Salle.
Un super merci à Serdaigleman pour son review sur le dernier chapitre, ça me fait super super plaisir, ça nous a reboostées moi et beta lectrice ! J'espère que la suite sera aussi satisfaisante :)
