Merci à Litya et Shadedwords pour leurs reviews.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
Discussion entre sœurs
Mélanie
Je ne me rappelais pas avoir déjà été aussi anxieuse.
Sauf peut-être pendant la période où Gaby m'hébergeait chez elle…
Lorsqu'enfin, j'entendis les gens hors de ma chambre, qui s'agitaient et parlaient du retour des gens pour le raid, je sentis une part de ma tension me quitter.
Je sortis de ma grotte et courus dans la cour. Tout le monde était là : Jared, Gaby, Ian et Kyle. Ils étaient tous rentrés sains et saufs !
Je m'approchai de Jared pour l'embrasser.
« Vous avez réussi ? »
« Oui, on est revenus avec tout ce qu'il nous fallait… et même plus, grâce à Gaby. »
La tension dans sa voix me surprit. De quoi parlait-il ? Je me tournai vers Gaby. Elle serrait gentiment Jamie contre elle, mais en croisant le regard de Jared puis le mien, elle baissa les yeux.
Ho-ho, ça ne présageait rien de bon. Elle avait l'air mal, comme si elle s'apprêtait à faire quelque chose de désagréable pour elle, mais qu'elle jugeait nécessaire.
Tandis que tout le monde s'occupait de décharger les courses pour les emmener dans la réserve, je la vis parler à Ian, puis s'éloigner seule.
« Ian, où est-ce qu'elle va ? » demandai-je.
« Livrer du matériel médical à Doc… »
Il avait l'air bizarre lui aussi, comme s'il redoutait quelque chose chez elle.
Je préférai ne pas l'interroger, j'allais plutôt me renseigner à la source.
Je suivis discrètement Gaby à travers les couloirs. Elle tenait son sac à main contre elle. Il avait l'air de peser sur son épaule, car elle tenait l'anse des deux mains.
Quand elle arriva à l'infirmerie, j'eus un temps d'arrêt. Rien de suspect, au fond. Elle semblait bien prête à délivrer du matériel médical à Doc, mais… pourquoi cette tristesse ?
Je m'approchai de l'entrée, en prenant soin de rester invisible, puis j'écoutai.
« J'ai ramené cinq caissons. Un seul suffira pour la Traqueuse, les autres seront pour d'autres personnes… plus tard. »
« Merci, Gaby », dit Doc.
Il avait une voix crispée, comme s'il avait avalé quelque chose d'amer. Mon mauvais pressentiment se renforça. À quoi jouaient-ils, tous les deux ?
« La Traqueuse va bien ? » demanda Gaby.
« Aussi bien que possible, surtout avec son sale caractère. J'ai expliqué ton… ta proposition à Jeb, il a fait le nécessaire pour qu'on ne lui fasse pas de mal jusqu'à votre retour. Mais tu sais… il va falloir en parler à d'autres, avant de… »
« Je sais. Jared et Ian se doutent déjà de quelque chose. Je crois que Mélanie aussi a des soupçons, depuis notre retour. Je veux d'abord voir Jeb, avant qu'on leur en parle. »
« Nous parler de quoi ? » demandai-je en sortant de ma cachette.
Dans un couinement effrayé, Gaby se tourna vers moi. Je la regardai avec méfiance.
« Qu'est-ce que tu nous caches ? » demandai-je d'un ton accusateur.
Mes yeux se focalisèrent sur des cylindres argentés, posés sur le bureau en face de Doc. Je les reconnus tout de suite : des caissons qui servaient à abriter des âmes sans hôte. Il me fallut quelques secondes pour saisir ce que ça impliquait, puis je regardai Doc et Gaby avec des yeux ronds.
« Tu… Gaby, c'est bien ce que je crois ? »
Mon amie resta impassible et silencieuse. Je compris qu'elle luttait entre l'envie de se confier tout de suite et le fait d'aller d'abord voir Jeb.
« On peut discuter ailleurs ? » me demanda Gaby.
J'acceptai sa demande et nous marchâmes ensemble jusqu'à la salle des vers luisants.
Là, elle regarda les murs scintillants avec émerveillement.
« C'est toujours aussi beau… Cette planète regorge de merveilles ! »
Je lui souris timidement, mais ne perdis pas de temps dans la contemplation.
« Gaby, qu'est-ce que tu as ? Tu es… différente, depuis que tu es revenue. Jared ne m'a pas dit grand-chose, et Ian non plus, mais ils sentent aussi que tu as un problème. Qu'est-ce que c'est ? »
L'air las, elle soupira.
« Tu as ramené des caissons pour faire une extraction, c'est ça ? Tu veux sauver la Traqueuse », dis-je, frappée par l'évidence. « C'est pour ça qu'on ne l'a toujours pas tuée, hein ? Après votre départ, je pensais que ce serait vite fait, mais elle est toujours là parce que tu l'as exigé ? Tu t'entêtes à vouloir la sauver. »
« Pas juste sauver la Traqueuse… Je pense… que c'est la bonne chose à faire pour les deux camps. Il est temps d'agir, d'arrêter qu'il y ait des morts. »
Je fronçai des sourcils.
« Gaby, je ne comprends pas ! Depuis notre rencontre, tu as toujours scrupuleusement gardé ce secret. Que tu veuilles la sauver, d'accord, mais… où tu veux en venir ? Pourquoi ne pas avoir ramené juste un caisson ? »
Je pensais deviner pourquoi, je n'étais pas idiote, mais j'avais besoin d'une confirmation venant de sa bouche.
« C'est évident, non ? J'en ai déjà parlé à Doc. Je sais comment retirer une âme d'un corps. »
J'en fus un peu surprise. Je croyais que seuls les Soigneurs savaient faire ça.
« J'en ai déjà parlé à Doc, et il a juré qu'en échange de ce savoir, il ne ferait aucun mal aux miens. Je me servirai des caissons pour renvoyer les miens sur une autre planète. »
« Holà, attends une minute ! Tu sais combien d'âmes ont déjà envahi ce monde ? Sans parler de celles qui continuent d'arriver chaque jour ! D'ici qu'on ait libéré ne serait-ce que les humains d'un pays, les âmes extraites auront déjà prévenu les tiens dans d'autres mondes de ce qui se passe. »
« Non, aucun risque ! Je sais quelles sont les planètes les plus éloignées de la Terre. Le temps que ces âmes y parviennent, tes petits-enfants seront déjà morts de vieillesse. »
Un peu rassurée, je la fixai en silence. Quelque chose clochait, je le sentais. Pas seulement à cause de sa décision.
« Alors… c'est juste à cause de la Traqueuse que tu fais tout ça ? Tu aurais pu exiger une extraction en privé, tu aurais pu la retirer seule, non ? Pourquoi décider de nous révéler tout ça maintenant ? »
« Parce que je ne veux plus qu'il y ait de morts ! Jeb me l'a rappelé : nous sommes en guerre. Je veux vous aider, mais je veux aussi aider les miens. C'est la meilleure solution, la plus pacifique. »
Émue, je la regardai sans répondre.
Finalement, nous reprîmes notre observation des vers luisants en silence.
« Je me suis souvent demandé comment ce serait », avouai-je.
« Quoi donc ? »
« D'être… occupée. Je veux dire… par toi. »
Elle me regarda avec stupeur. Je regrettai mes aveux, je n'aimais pas me confier autant, mais maintenant que j'étais lancée, et vu les confidences de Gaby, je ne pouvais reculer.
« Quand on était chez toi, la Traqueuse disait qu'on t'avait choisie pour voler mon corps. Je me demande maintenant… enfin, je ne sais pas, mais… »
« Jamais je n'aurais accepté, Mel ! Même avant qu'on devienne vraiment amies, je ne voulais pas, parce que je te connaissais et qu'il y avait Espérance, et… »
« Je sais. Mais je me demande ce que mes souvenirs auraient eu comme impact sur toi. Est-ce que les choses auraient été différentes ? Ou bien tu n'en serais pas là, aujourd'hui ? »
Elle fit la moue.
« Vu ce que tu m'as raconté sur ta vie, je pense… que ça m'aurait affectée. Je n'avais presque pas de souvenirs quand on m'a mise dans le corps d'Emily, mais déjà, je m'interrogeais. Cette violence, les humains qui se battaient et mourraient pour éviter une Insertion… Ça me choquait. Jamais nous n'avions rencontré d'hôtes aussi individualistes. Et j'imagine que ton amour pour Jared et Jamie m'aurait affectée. »
Je haussai un sourcil. Quoi, Gaby aurait ressenti de l'amour pour Jared ? Je n'aimais pas ça, Jared était à moi et à moi seule. Mais Gaby reprit la parole, m'empêchant d'y penser davantage.
« Un amour aussi grand, une émotion aussi puissante… Grâce à Ian, je sais combien cela est fort. L'amour peut tout changer, y compris notre vision du monde. Je suis sûre que cela m'aurait poussée dans la même direction. Avec ou sans ton corps, je pense que ma décision aurait été la même : je veux vous aider parce que je vous aime. »
Touchée, je serrai sa main dans la mienne.
« Merci, Gaby… ma sœur. »
« Oui, ma sœur. »
Nous reprîmes notre contemplation du faux ciel étoilé dans un silence plus confortable, empli de confiance et d'espoir.
