Yo !

Et voilà un nouvel OS bonus, parce que je suis retombé dedans. Tout est de la faute de Noé, clairement.

C'est pour les 24h du FoF, sur le thème « C'est pas moi ! » donné par Misty.

On continue de suivre Kairi.

Bonne lecture !

Eté

L'été a pris sa place dans la maison, et il fait chaud au grenier où Kairi a installé son chevalet et ses toiles. Depuis qu'elle l'a fait la première fois, elle ne dessine et ne peint plus que le jardin. Elle a acheté un bloc d'aquarelles pour faire les fleurs de plus près, elle s'améliore visiblement et il lui semble que les fleurs elles-mêmes l'aident à mieux voir, à mieux comprendre les couleurs. Les myosotis bordent l'allée, et à côté de la porte des campanules à feuilles tondes font sonner leurs cloches.

Les courgettes sont en fleur, et le jardin aromatique sent bon la menthe. Le basilic n'a pas pris – Kairi réessaiera. Quand elle entend la voiture, elle se tient devant la porte d'entrée ouverte, les mains serrées et la caquette sur la tête. Elle prend une grande respiration. Elle veut qu'ils voient cet endroit comme elle a appris à le voir ces derniers mois. Elle veut continuer à l'aimer, et à les aimer et à s'aimer. Tout a été plus facile avec de la distance. Maintenant, Sora ouvre la portière passager et sort de la voiture d'un bond, fonce vers elle alors que Riku n'a pas encore coupé le contact.

Les bras de Sora sont brusques et fermes et elle hoquète en les sentant la serrer si fortement. Il sent bon, son cou a l'odeur de l'été, déjà, et sa chemise est chaude. Il attrape son visage des deux mains, la regarde.

« Tu as pris des couleurs. Ça te va bien. »

Il attend un peu, et dépose un baiser sur sa joue. Il picore, comme pour compenser sa brusquerie habituelle. Kairi lui tire une mèche de cheveux.

« Ils ont poussé. Tu m'as manqué. »

Et elle grimpe sur la pointe de ses pieds et elle l'embrasse. Elle rouvre les yeux et Riku est là derrière, à les regarder. Elle trouve ses bras, et puis ses lèvres, et elle ne pense plus à tout ce qui l'effrayait.

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La fenêtre ouverte laisse passer l'air vaguement frais du matin. Riku a retiré la couette de l'intérieur des draps. A trois dans le lit, il faisait trop chaud. Kairi est la première réveillée : elle entend le vent dans les arbres, elle a l'impression qu'il l'appelle. Elle se glisse entre les corps de ses amoureux, s'assied au bord du lit. Le ciel s'éclaire, et comme elle pense que la lumière va réveiller Riku, elle se lève, tire un des deux rideaux.

Le plancher grince sous ses pas quand elle descend l'escalier et elle enfile la robe de chambre de soie qu'elle laisse là, sur la rampe des escaliers. Elle fait chauffer l'eau pour le thé, et la journée commence.

Elle chantonne dans la cuisine, ouvre la porte et les fenêtres. Même ainsi, la maison reste fraîche, protégée de la chaleur par l'humidité de ses pierres nues, et quand, tasse de thé en mains, Kairi franchit le seuil de la porte elle sent l'air chargé de soleil l'accueillir. Elle s'avance dans le jardin, jusqu'au camélia qu'elle a été acheter quand le confinement a été levé, et dont quelques fleurs sont tombées. Elle en ramasse deux, les pose délicatement dans ses mains et alors qu'elle prépare deux tasses sur la table de la cuisine, le sucre, la théière encore chaude, coupe du pain, elle les dispose dans de jolies coupelles de céramique. Une pour Sora, une pour Riku.

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Elle a expliqué. Elle ne s'attendait pas à ce qu'ils comprennent aussi vite, aussi bien. Il faudra demander à la famille, appeler un conseil ou quelque chose de ce genre, bientôt. Fin juillet approche, et Kairi pense que toutes les cartes qu'elle a envoyées, aidée de Sora et Riku, ont été reçues. Il n'y a que Nina et Vanitas qu'elle n'a pas encore prévenus. Elle n'a pas leur adresse, et elle a repoussé jusqu'à maintenant d'appeler. Comme on fêtera dans moins d'une semaine l'anniversaire de la mort de Baba, tous et toutes sont conviés à un petit repas ici. Plutôt un festin, sans doute. Riku a commencé à élaborer un menu, Sora note tout ce qui lui passe par la tête. Kairi pense qu'elle aura de quoi cuisiner ce qu'il y a dans son potager, et la pensée la ravit.

Elle prend une gorgée de citronnade, colle le téléphone contre son oreille avant de trop y réfléchir. Une sonnerie, deux sonneries, et puis la voix de Vanitas.

« Ouais ?

— Vanitas. C'est Kairi. Tu vas bien ?

— Ouais, ouais. Normal. Y a quelque chose ?

— Je me demandais si tu avais prévu quelque chose pour ce week-end. Comme, tu sais ?

— Oh. Euh, Demyx et moi on va chez ses potes quelques jours. Tu prévoyais un truc ?

— Plus ou moins. Enfin, je voudrais bien que tout le monde vienne à la maison. Pour Baba et puis aussi … J'ai quelque chose à demander à la famille.

— Ah. Merde.

— Nan, nan, c'est pas grave. Je préviens au dernier moment. Tu sais si Nina fait quelque chose ?

— J' crois pas. Elle a rien avant mi-août. Tu l'appelles ?

— Oui, je vais faire ça. Bon …

— Bon. Et toi ?

— Oui ?

— Tu vas bien ? Genre, le confinement et tout ?

— Ah ça. Oui. Je vais mieux. Merci de demander.

— C'est normal.

— Merci quand même. On se voit une autre fois ?

— C'est ça. C'est ça. Salut. »

Elle raccroche, et son cœur tambourine. Ça s'est bien passé. Elle respire lentement, s'autorise une gorgée avant d'appeler aussi Nina. Elle les aime. Alors elle sait qu'elle sera heureuse de les voir.

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« Vous êtes là. »

Vanitas porte du noir, ce qui n'est pas très rare, mais il a mis des boucles d'oreilles dorées, et du violet sur les yeux et des bracelets et un collier de perles noires, alors Kairi imagine qu'il a fait un effort. Demyx a les mains dans les poches d'un jean blanchi par le temps et un peu troué au genou, un T-shirt à manches courtes bleu vif, un collier de pâquerettes et une boucle d'oreille pendante, bronze avec une pierre bleu-vert. Sa tenue fait sourire Kairi. Vanitas hausse les épaules, allume sa cigarette.

« Ouais. On fait jamais rien pour l'occasion donc.

— Il est gêné parce qu'en vrai il était triste de pas pouvoir venir.

— Demyx, sérieux.

— Ça ne posera pas de problèmes, pour tes amis ?

— Du tout ! On les verra après, c'est pas un souci.

— Nina est arrivée ?

— Elle est au grenier, avec Xion et Naminé. Axel voulait te voir.

— Plus tard. J'ai besoin d'une douche, d'abord. »

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L'ambiance de banquet est à nouveau là, c'est très étrange. Reno n'a pas pu venir, et Ventus non plus – il aura sa fille en août, alors il n'a pas posé de congés pour le moment. Larxène est arrivée le jour-même, Cid pile le soir, mais Roxas est là et il tient la main de sa sœur. Elle lui a dit, expliqué. Il n'a rien dit. C'était parfait.

Naminé a dormi dans l'atelier, et elle a longuement regardé les toiles et les dessins de Kairi. Elle lui a fait des compliments, lui a donné des conseils. Kairi lui en est reconnaissante. Naminé a demandé si elle pouvait venir ici en août, deux ou trois semaines, pour qu'elles peignent ensemble, juste toutes les deux, ou si quelqu'un d'autre voulait venir. Kairi ne croyait pas que c'était à elle qu'il fallait poser la question : pourtant, c'est sa réponse que Naminé a attendue. Quand au repas, elle a annoncé qu'elle voulait vivre là, personne n'a été surpris. On a convenu, en effet, que ce serait compliqué. Pas pour eux, mais pour la génération d'après. Cette maison est à tout le monde. C'est chez eux, chez eux tous, et il faudra que leurs enfants comprennent ça. Mais personne n'a objecté. Vanitas a dit que de toute façon il ne voulait pas d'enfants. Demyx l'a fixé longtemps. Vanitas lui a rendu son regard. Il a juré.

Le soir, quand elle va se coucher, elle est épuisée. Elle est la première arrivée dans la chambre, et sur le lit, une fleur de camélia est délicatement posée. Elle la prend entre ses doigts, la porte à sa joue pour que les pétales viennent lui caresser la peau. La porte grince et des pas se font entendre. Elle sourit à ses amoureux.

« Merci. »

Elle montre la fleur, et ils se regardent. Sora dit en premier :

« Euh, c'est pas moi.

— C'est pas moi non plus. »

Et Kairi fronce les sourcils. Elle va jusqu'à la fenêtre, regarde de là où elle est le camélia, se demande si le vent aurait pu pousser une fleur si lourde jusqu'ici. Elle ne sait pas. Elle regarde le ciel, les nuages, les étoiles, les arbres et l'herbe. Elle ne sait pas à qui, mais à nouveau, elle dit Merci. Elle va bien dormir.

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Voilà ?

A très vite !