Chapitre 38 : Breaking...
*** Dans l'une des chambres du dortoir des Serdaigle...***
« Emma...? »
Cela faisait deux bonnes minutes que le réveil d'Emma venait de sonner en entamant l'Hiver de Vivaldi, grand sorcier s'étant également illustré dans la musique Moldue. Morag, ne percevant aucun mouvement derrière les rideaux clos du lit de sa camarade de chambre, s'inquiétait de savoir si Emma était bel et bien là.
- Bonjour, Morag, salua la jeune fille peu après avoir ouvert les tentures de son lit à baldaquin.
- Désolée, je ne voulais pas te réveiller. Ton réveil sonnait et comme je ne t'ai pas vue de la soirée je me demandais si tu avais passé la nuit ici.
- Je suis rentrée tôt hier soir, se contenta-t-elle de répondre en ramenant à elle ses jambes dans un soupir.
- Est-ce que ça va ?
- Je ne sais pas...
- Tu veux en parler ? proposa-t-elle en constatant que le regard d'Emma se perdait dans le vide.
- Non. Mais c'est gentil d'essayer de te sentir concernée, loua-t-elle en lui offrant un sourire étudié.
- Tu dis ça comme si je me forçais.
- Et ce n'est pas le cas ?
- Un peu, peut-être, c'est vrai... Mais je te l'ai déjà dit, tu n'es pas seule. Alors, n'hésite pas...
- Seule... Tu sais, c'est une chose d'être seule par choix, mais ça en est une autre lorsque l'on est seule parce que tous nous tournent le dos.
- Tu es une fille bien, Emma. Il faut avoir de la bouse de Dragon dans les yeux pour ne pas le comprendre, indiqua Morag, provoquant alors le faible rire de sa colocataire. Bon c'est pas tout, mais un charmant petit-déjeuner nous attend avant d'entamer la journée par le très attendu cours d'Art de la magie noire.
- Oui, je meurs de faim.
- On y va ensemble ? Je t'attends si tu veux.
- Non, vas-y. Je dois aller prendre une douche, refusa Emma en s'extirpant enfin de son lit.
- Ok, on se voit en cours alors !
Alors que la rousse quittait le dortoir, la brune se dirigea vers la salle de bain, non sans avoir préparé ses affaires du jour. Après un rapide passage sous ladite douche, elle s'habilla et se coiffa. Une nouvelle journée débutait, Emma se devait donc de prendre sa potion de relaxation. Avant d'ingurgiter le produit, la jeune fille se permit une dernière pensée pour ce qu'il s'était passé la veille. Drago était-il vraiment sérieux ? Sa colère et sa déception semblaient tellement profondes qu'elle ne pouvait s'empêcher d'apporter une réponse positive à cette interrogation. Mais alors, qu'allait-il se passer ? Comme la veille, Emma n'osa pas aller plus loin dans cette réflexion et c'est en ne quittant pas des yeux son reflet qu'elle engloutit le liquide que lui avait prescrit son grand-père. Elle ne ressentit pas de flagrant changement, mais à partir de ce moment, elle se força à ne penser qu'au moment présent et à adopter cette neutralité plus que nécessaire dans sa position.
Ainsi prête, elle alla rejoindre la Grande Salle afin de satisfaire son estomac, ce dernier n'ayant pas été rassasié au dernier diner. Après avoir quitté la salle des préfets, Emma avait en effet directement rejoint son dortoir et plus particulièrement son lit, non sans avoir pris la fameuse potion de relaxation qui lui avait permis de s'endormir plus ou moins rapidement. Après avoir rapidement guidé des premières années perdues dans les escaliers magiques, la jeune fille atteignit enfin la table des Serdaigle et put y contenter sa faim.
En posant son verre de jus de citrouille, elle remarqua qu'une chouette fonçait vers elle. L'animal ralentit et battit des ailes jusqu'à ce qu'il soit posé. Sans attendre, Emma s'empara du parchemin fixé à la patte du volatile qui prit son envol une fois libéré de sa mission. Le bout de papier était adressé à « Emma Oreiro, Préfète-en-chef ». Sans véritable surprise, elle constata que les auteurs de ce courrier n'étaient autre que les directeurs adjoints, à savoir Alecto et Amycus Carrow. Ces derniers souhaitaient rencontrer les deux préfets-en-chef, le soir même dans le bureau du professeur d'Art de la magie noire. Deux regards furent lancés par la jeune fille. Le premier en direction des Carrow qui discutaient, un sourire mauvais accroché sur leurs deux visages. Le second en direction de la table des Serpentard, à laquelle elle n'eut aucun mal à repérer la tête blonde du Préfet en chef. Ce dernier petit-déjeunait en compagnie d'Astoria, de Pansy et de Théodore. Drago lui tournant le dos, elle ne put ni croiser son regard, ni apprécier son expression du jour. Juste avant qu'elle ne concrétise sa volonté de détourner le regard, elle capta celui de Pansy Parkinson, dont les yeux noirs semblaient la sonder. Emma mit cette animosité sur le compte de sa nomination en tant que Préfète-en-chef. Après tout, jusqu'à maintenant elle n'avait pas encore eu l'occasion de croiser la Serpentard qui avait elle-même espéré acquérir ce poste. Sans plus s'en préoccuper, la jeune fille continua sa fringale matinale avant de rejoindre son premier cours.
*** A la table des Serpentard, quelques minutes plus tôt... ***
Drago Malefoy était attablé seul, tournant consciencieusement le dos au reste de la Grande Salle. Se servant d'œufs brouillés, il évinça d'un regard Crabbe et Goyle qui s'étaient avancés vers lui dans l'optique de s'assoir à ses côtés. Les deux garçons s'exécutèrent en baragouinant des palabres que Drago ne prit même pas la peine d'écouter. Puis ce fut au tour de Pansy d'entrer dans son champ de vision. La jeune fille n'osa pas tout de suite prendre place et resta debout, le scrutant d'un oeil inquisiteur.
- Tu comptes rester plantée là pendant encore longtemps, cingla-t-il, lassé de se faire ainsi dévisager.
Pansy s'installa alors face au jeune homme, sans pour autant cesser son observation minutieuse.
- Je ne t'ai pas vu dans la salle commune depuis qu'on est à Poudlard, fit-elle remarquer lorsqu'enfin il lui accorda un regard.
- Toujours aussi observatrice, ma chère Pansy, releva-t-il de sa voix trainante juste avant qu'un hibou ne vienne à lui.
- Bonnes nouvelles ? quémanda-t-elle d'un ton légèrement moqueur.
- Obligations de Préfet-en-chef, éluda-t-il en rangeant le parchemin dans sa poche.
- Hum ! sembla-t-elle soudainement vexée. Je n'arrive toujours pas à croire que Rogue ait nommé cette traitre à son sang plutôt que moi ! Elle n'était même pas préfète ! grogna-t-elle alors que Drago eut un rictus en entendant l'insulte de sa camarade. Quoi ? l'agressa-t-elle en repérant son sourire moqueur.
- Je préfèrerai que tu t'abstiennes de l'appeler comme ça, même si le qualificatif de « traitre » lui va comme un gant.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? s'étonna la jeune fille en fronçant les sourcils.
- Eh bien, il se trouve que cela pourrait nuire à ma réputation, déjà assez lésée comme ça...
- Par la barbe de Merlin, tu te fais cette fille !? J'y crois pas, Drago ! Ca se voit comme le nez au milieu de la figure qu'elle est louche ! T'as vu ses fréquentations ? Et puis je croyais que c'était avec le petite Greengrass que tu flirtais ! Tracey vous a vu au Dark Coffee quelques jours avant la rentrée. Je t'avouerais que ça m'avait choquée, car tu n'es pas sans savoir que les Greengrass ont été déclassés en Sang-Mêlé. Mais là tu fais pire avec Oreiro ! En six ans, cette fille nous a véritablement approché qu'une fois, à l'anniversaire de Daphné. Et puis, il me semble que c'est Théodore qui en avait pincé pour elle. Oh Merlin, c'est pour ça que vous vous envoyez balader depuis quelques temps ? Mais ça veut dire que ça fait plusieurs mois alors ? Arrête de jouer avec cette fourchette et réponds-moi, tu veux !
- C'est dur d'en placer une avec toi, Pansy. Ce qui m'arrange d'ailleurs en tant normal, se contenta de répondre Drago face à la litanie de sa camarade, chose à laquelle il avait été habitué toutes ces années.
- Non d'une gargouille, si ça se trouve c'est toi qui l'a fait faire nommer Préfète-en-chef. Tu te rends compte qu'à cause de tes conneries tu m'as privée d'être au sommet des élèves cette année ! Je ne suis rien, même plus préfète ! rouspéta-t-elle à nouveau, ne faisant cas de la réponse du jeune homme.
- Oreiro est ma fiancée, Pansy, déclara-t-il alors que celle qui lui faisait face en eut le souffle coupé, restant ainsi muette au plus grand soulagement de Drago qui en profita pour répondre aux différentes interrogations de la jeune fille. Oui, je me la suis faite. Oui, je suis très bien conscient de ses fréquentations plus que lamentables, mais heureusement pour moi, sa famille semble l'avoir largement recadrée cette année. Non, je ne flirte pas avec Astoria même s'il m'est déjà arrivé de le faire et même s'il n'est pas impossible que cela se reproduise. D'ailleurs, concernant son statut de sang, je te ferai remarquer que si les Parkinson se faisaient eux-aussi dénoncer, vous subiriez très certainement le même sort. Pour ce qui est de Nott, je me suis effectivement joué de son béguin pour Oreiro histoire de le faire enrager un peu. Et non, je t'assure que je n'y suis pour rien dans sa nomination, même si je n'exclue pas le fait que ça ait pu influencer le choix de Rogue sachant qu'il est malencontreusement au courant de ces fiançailles.
- Je me rends compte que cela fait une éternité qu'on n'a pas eu de réelle conversation, toi et moi, Drago. Avant on se disait tout.
- Je lui avais promis de ne rien dire à personne à l'époque et c'est vrai qu'il était préférable que cela reste secret. Et puis, il faut dire que tu me tapais vraiment sur le système. Je n'ai pas voulu empirer les choses en t'apprenant que j'avais été fiancé depuis ma naissance et que par conséquent tu n'avais aucune chance avec moi.
- En ce qui concerne mes chances avec toi, je n'ai pas eu besoin de savoir quoique soit pour m'en rendre compte, rétorqua-t-elle avant d'enfin se préparer un toast. Et pourquoi tu me dis tout ça maintenant ?
- Parce que maintenant, c'est elle qui me tape sur le système, énonça le jeune homme avec évidence.
- Ca veut dire que c'est moi que tu vas te faire maintenant ? suggéra-t-elle avec un semblant de séduction.
Face à la non-réaction de Drago qui se contentait de la fixer de son regard hautain, elle continua avec ironie.
- Oh, mais j'oubliais ! Il y a la petite Greengrass pour ça maintenant.
- Ca reste à voir... Mais je t'avouerais que le sexe est la dernière de mes préoccupations en ce moment.
- En tout cas, tu sais où me trouver... tenta-t-elle à nouveau de l'aguicher.
En vain, le jeune homme tourna la tête et aperçut Astoria et Théodore s'avancer vers la table des Serpentard.
- Ou pas... Railla-t-elle en remarquant vers qui le regard de son camarade était dirigé.
- Nott, Astoria, salua-t-il de manière à les obliger à s'installer près d'eux.
Ce que ne manqua pas de faire la jeune fille qui prit place à ses côtés et ce que fut contraint d'exécuter Théodore qui s'assit à côté d'Astoria. Voyant les trois personnes qui se tenaient face à elle, Pansy pouffa de rire.
- T'esclaffer de la sorte d'aussi bon matin ne te va pas du tout, Pansy. Tu devrais éviter, lança Théodore en se servant du jus de citrouille.
- Il est possible qu'elle se foute de ta gueule, Théo, indiqua Drago d'une manière qui sembla étonner les deux nouveaux arrivants.
- Pas que de la sienne, se permit sournoisement de préciser Pansy.
- Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de tant de familiarité ? fit le brun avant de boire une gorgée de son verre.
- Je dois être dans un de mes bons jours, ironisa le blond, rictus aux lèvres.
- Epargne-nous les détails, tu veux, maugréa Théodore en faisant des suppositions sur le comportement du jeune homme et sur l'absence d'Emma la veille au soir alors qu'il était prévu qu'ils se retrouvent.
- Je suppose qu'ils savent eux, s'adressa Pansy à Drago, de sa voix nasillarde.
- Tu supposes bien, contrairement à toi, Théodore, confirma-t-il alors qu'il recevait le regard soupçonneux de son camarade de maison.
- Et qu'est-ce qu'on est sensé savoir ? intervint pour la première fois, Astoria.
- Oh, mais c'est qu'elle parle, se moqua Pansy, s'attirant alors les yeux réprobateurs de Drago, ce qui fit sourire davantage la Serpentard.
- Et je peux mordre aussi, alors tu ferais mieux de me lâcher, répliqua tout de même Astoria, décidée à ne pas se laisser faire.
- T'entends ça, Drago, elle mord, répéta-t-elle en chuchotant et en lançant un clin d'œil exagéré à celui qui lui faisait face. Ca doit être le côté sauvage de ton arbre généalogique, Greengrass, lâcha-t-elle, sarcastique, en lui envoyant un regard tout aussi goguenard.
Ses yeux croisèrent alors ceux d'Emma Oreiro, assise à l'autre bout de la salle, à la table des Serdaigle. Les deux jeunes filles se toisèrent jusqu'à ce que la Serdaigle détourne son regard. Ce fut avec un sourire qu'elle reporta son attention sur Drago.
- C'est quand vous voulez pour nous dire ce qu'il se passe, ironisa Théodore, lassé par tant de mystère.
- Il se trouve que j'ai appris pour ta regrettable mésaventure, Théo, accentua Pansy, la pitié dans sa voix.
- Qu'est-ce que t'as encore raconté comme conneries, Drago ! s'emporta le jeune homme en laissant tomber son bras sur la table.
- Des conneries ? Oh, mais je crois que pour une fois, ce cher Drago n'a fait que dire la vérité, se réjouit la jeune fille de la situation.
- La vérité...? s'inquiéta soudain Théodore alors qu'Astoria lui lançait le même regard.
- « Emma » « Malefoy ». Qu'est-ce que ça m'écorche les oreilles, lâcha Pansy de manière plutôt théâtrale en créant le sourire de Drago.
- Tu lui as dit ! s'exclama Théodore en tournant vers lui un regard déconfit.
- Je ne crois pas qu'elle sera très contente, pensa à Emma, Astoria, interloquée par une telle révélation.
- Je m'en contrefous. C'est peut-être le but, d'ailleurs, répondit Drago, acerbe. Surtout sachant que tu vas t'empresser de tout lui raconter, n'est-ce pas, Théo ?
- Bon, ce n'est pas tout, mais on a des bottes à lécher au premier cours. On ferait mieux d'y aller, annonça Pansy en se levant, suivie de près par Drago qui lui indiqua qu'il l'accompagnait.
*** Dans le couloir menant à la salle d'Art de la magie noire...***
Emma attendait, le dos posé tout contre le mur, que leur professeur les fasse entrer dans la classe. La plupart des Poufsouffle et ses anciens amis étaient également là, ces derniers ne pouvant s'empêcher de lui lancer de mauvais regards. Les ignorants, elle se forçait à faire le vide dans son esprit. De nouveaux arrivants atteignirent le couloir et passèrent devant elle afin de se positionner devant la porte de la salle de cours. Il s'agissait de Drago, Blaise Zabini et de Pansy Parkinson. Lors de son passage, le premier ne lui accorda aucun regard, ni même aucune attention. Cependant, la Serpentard quant à elle, s'arrêta à son niveau et lui fit face.
- Félicitations Oreiro, l'aborda-t-elle à sa plus grande surprise, non sans être accompagnée de son plus beau rictus.
- Je ne t'aurais pas imaginé aussi fair-play, Parkinson. Sachant que tu semblais vraiment souhaiter être à cette place, se permit d'ironiser Emma en baissant d'un ton à sa dernière phrase.
- Tu ne sais pas à quel point, déclara Pansy avec une délectation certaine.
Après un sourire en coin et un regard appuyé qui intrigua la Serdaigle, Pansy Parkinson alla rejoindre les deux autres Serpentard.
- Ca t'amuse ? lui murmura Drago alors qu'enfin son regard croisait celui de sa fiancée.
- Follement ! lança sa camarade de maison.
- Moi aussi...
Les deux amis partagèrent alors le même sourire narquois lorsqu'ils virent au loin s'approcher Théodore.
Emma ne sut pas vraiment quoi penser du regard que lui avait lancé Drago. Impassible mais froid, c'était tout ce qui lui était parvenu. Elle concevait encore moins le petit numéro de Pansy et l'apparente complicité que les deux camarades de maison semblaient partager ce matin-là. Elle soupira légèrement d'exaspération lorsqu'elle entendit Michael et Padma commenter tout bas son prétendu échange de politesse avec l'élève de Serpentard. Puis, son regard tomba sur Théodore qui s'avançait vers elle. Une fois auprès de la Serdaigle, il appuya son épaule contre la paroi de pierre de manière à s'approcher au maximum de la jeune fille. Lorsqu'elle tourna la tête vers lui, elle dut se décaler légèrement pour ne pas que leurs deux visages se frôlent.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda sèchement le jeune homme, les yeux fixés vers la petite bande de Serpentard.
- Bonjour à toi aussi, Théodore, se contenta de répondre Emma, ne s'attendant pas à une telle entrée en matière.
- Il a tout balancé à Parkinson, déclara-t-il dans un murmure qui sembla pourtant retentir aux oreilles de la Serdaigle.
Figée, elle ne réagit pas tout de suite.
- Il sait que je suis en train de te le dire. Si tu voyais le malin plaisir qu'ils prennent à guetter ta réaction, siffla-t-il sur le même ton bas, ne cessant de regarder derrière la jeune fille.
- Eh bien il vont être déçus, assura-t-elle du plus sérieusement qu'elle put.
Détournant son regard de Théodore, Emma arborait un calme indéfectible qui lui permit de jeter un coup d'œil assuré à son fiancé. A nouveau, leurs yeux se croisèrent. S'il y avait eu sourires ou autres rictus un peu plus tôt, à ce moment-là il n'en était rien. La jeune fille rompit leur affront placide en lui offrant un authentique sourire. Ce qui fit froncer du nez le jeune homme dans un semblant de répugnance. Drago ne lui accorda plus aucun regard et se focalisa sur la conversation qu'avait entamée Blaise et Pansy. De son côté, Emma défia des yeux Michael qui avait l'air d'avoir suivi cet échange silencieux. Pour quelqu'un qui prétendait ne plus rien avoir à faire d'elle, Emma le trouvait un peu trop inquisiteur.
Arriva alors Amycus Carrow, leur professeur. Un lourd silence pesa dans ce couloir lorsque l'enseignant passa devant les élèves. L'homme massif au regard oblique et aux traits étrangement de travers ne pouvait qu'imposer, si ce n'était le respect de la méfiance. D'autant plus lorsque l'on prenait en compte la raison implicite de la présence des Carrow au sein de Poudlard. Alors qu'il passait la porte, signe que tous pouvaient à présent entrer, l'appréhension des élèves face à ce nouveau cours était palpable. Beaucoup semblaient considérer cette salle de cours comme l'arène dans laquelle ils allaient devoir faire leur entrée. Un défi pour certains, un supplice pour d'autre ou encore un devoir pour une poignée d'entre eux.
- Que tout le monde s'assoit, en silence et vite ! aboya-t-il en rejoignant son bureau sans que cela ne soit vraiment nécessaire vu qu'un parfait mutisme semblait s'être emparé des élèves.
Puis, l'enseignant se retourna et se frotta les mains de satisfaction avant d'entamer son cours.
- Bien ! Comme vous le savez, je suis Amycus Carrow et vais avoir le privilège de vous enseigner ce cours qui aurait dû vous être enseigné depuis le début, l'Art de la magie noire. En tant que septième année, je n'ai qu'un an pour vous éduquer dans cette matière. Vous avez intérêt à vous engager dans cet enseignement, si vous ne voulez pas rester de piètres sorciers. Je suppose qu'évidement, aucun de vos précédents professeurs ne vous a fait part de quoique ce soit à propos de magie noire ? Il n'y a sans doute que le professeur Rogue, votre directeur à présent, qui ait pu faire un portrait potable de ce que sont les forces du mal. Mais... Oui, Miss...
- Parkinson. Je voulais signaler et rappeler à tous, qu'un cours sur les sortilèges impardonnables nous a été donné en quatrième année par le professeur Fol-Oeil. Enfin, par celui qui s'était fait passer pour lui en tout cas.
- Bien. C'est justement par là que je voulais commencer ce cours. Vérifions si vous avez retenus quelque chose de tout cela. Quelqu'un peut-il me dire ce que sont et ce que l'on a appelé de manière totalement ridicule les « sortilèges impardonnables » ? demanda-t-il à la classe alors que personne ne semblait vraiment vouloir participer. Miss Parkinson ?
- Ils sont au nombre de trois. L'Imperium, le Doloris et l'Avada Kedavra, répondit-elle sans plus de précisions.
- Mais encore ? insista-t-il face au silence pesant de l'assemblée d'élève avant qu'Emma ne consentisse à lever la main. Miss Oreiro, je suppose, l'interrogea-t-il en apercevant son insigne de préfète-en-chef.
- Les trois sortilèges ont été déclarés pour la première fois comme impardonnables en 1717. C'est à cette époque qu'il a été décidé de sanctionner très sévèrement les sorciers qui en feraient usage. Considérés comme abominables une fois lancés sur une personne, ils ont été jusqu'à maintenant, passible de la prison à vie. L'Imperium permet un contrôle total et invisible de la personne touchée, le Doloris provoque une extrême douleur à quiconque le subit, et enfin, le dernier sortilège provoque... la mort.
- Tout ça reste encore assez théorique, mais je n'en attendais pas moins de la part d'une Serdaigle... 10 points pour Serpentard et Serdaigle pour vos interventions Mesdemoiselles. Il ne nous reste plus qu'à passer à la pratique ! annonça-t-il fièrement avec une impatience entendue. Évidement, il serait fâcheux de lancer des Avada Kedavra contre vos petits camarades, un peu moins en ce qui concerne le Doloris mais votre directeur a insisté que pour le moment ce sort soit utilisé sur vos cobayes, apprit-il avec une pointe de regret juste avant de faire apparaître devant chaque élève un hibou en cage. Ce ne sont pas ces volatiles qu'il manque à la volière, vous vous entrainerez sur eux pour ce qui est du Doloris et de l'Avada Kedavra. Mais d'abord, commençons par le premier des trois sortilèges, le plus simple et le plus basique : l'Imperium. Quelqu'un peut-il me dire à quoi correspond son incantation et son mouvement ? Personne ? Vraiment ?
Face au manque de réaction des élèves qui ne faisaient que le regarder de manière apeurée, outrageuse, ou encore tout simplement concentrée, Amycus Carrow dirigea soudainement sa baguette vers l'une des élèves, à savoir Lavande Brown. D'un geste rapide et circulaire, il lança l'incantation adéquate et prit ainsi le contrôle de la jeune fille.
- Comment vous appelez-vous, très chère ? quémanda-t-il avec un amusement certain.
- Lavande Brown, professeur, lui répondit-elle, ne cessant de le fixer, son regard vide de toute expression.
Emma put entendre des Gryffondor marmonner qu'il n'avait pas besoin de faire ça pour qu'elle réponde à ses questions.
- Bien, Miss Brown. Expliquez et répétez donc ce que je viens de faire sur votre voisine. Avec conviction et enthousiasme je vous prie, ordonna-t-il alors que Pavarti Patil semblait s'inquiéter des minutes à venir.
- Pour lancer un Imperium de manière correcte, il est nécessaire de lancer l'incantation au moyen d'un simple geste semi-circulaire tout en fixant et captant le regard de la personne visée. Comme ceci ! expliqua la jeune fille d'un air enjoué avant de se retourner vers sa voisine et amie qui eut un mouvement de recul. Impero !
- Le but simple et divertissant à la fois, est de créer une chaine. Chacun votre tour, sous les ordres de l'autre, vous utiliserez l'Imperium sur votre voisin.
- Vous n'avez pas le droit de faire ça ! s'exclama soudainement Neville Londubat en se levant.
- Je crois au contraire, Monsieur Londubat, que j'ai tous les droits dans cette classe. Si vous ne vous rasseyez pas en silence, ce n'est pas sur une chouette que vous exercerez votre Doloris mais sur votre voisin de table et vice versa.
- Jamais je ne ferai une telle chose !
- Alors c'est sous Imperium que cela se fera. Maintenant asseyez-vous et taisez-vous jusqu'à la fin du cours.
Après un coup d'oeil vers son voisin qui ne semblait pas très enclin à l'exécution de la menace du professeur, le jeune homme s'assit aussi brutalement qu'il s'était levé et ne cessa de regarder avec aversion, la chaine qui commençait ainsi à se créer. Cela, jusqu'au moment où ce fut au tour de son voisin de table, Seamus Finnigan, de lui lancer le fameux sortilège. Son expression changea du tout au tout et comme cela était le cas pour les élèves ensorcelés, il arbora un sourire euphorique lorsqu'il jeta l'Imperium sur la personne suivante.
Emma assistait à ce spectacle de la manière la plus neutre possible, mais elle n'en pensait pas moins. Ce premier cours ne présageait rien de bon sur l'année à venir. N'étant pas plus de vingt, la chaine d'Imperium arriva à elle un peu trop rapidement à son goût et c'est en inspirant profondément qu'elle vit Théodore, son voisin de table, se faire ensorceler à son tour. Après avoir fixé le regard et le sourire enjoué de celui-ci, c'est celui de Drago, avide de voir la future action, qu'elle capta juste avant de se faire atteindre de plein fouet par le sortilège.
Lorsque tous finirent par se faire ensorceler, ce fut avec une délectation certaine que le professeur demanda à la première de la chaine de faire des choses simplettes que tous durent effectuer, tel que se lever, s'assoir à terre, se relever, tenir sur une jambe, bousculer l'autre, ou encore hurler à plein poumon. Au bout de quelques minutes, il lança un Finite Incantatem général et tous purent reprendre le contrôle de eux-même. Gêné, bafoué, humilié, rarement amusé, dans l'ensemble les élèves n'avaient pas vraiment apprécié ce petit jeu. La suite du cours ne fut pas moins consternante. La deuxième étape était de travailler en binôme, toujours ce premier sortilège impardonnable. Cette fois-ci, les élèves avaient la possibilité de se défendre ou même d'user de sortilèges informulés, le but étant de réussir à atteindre son ennemi par tous et contre tous moyens.
La dernière partie du cours fut quant à elle consacré à l'exercice du Doloris sur les hiboux mis à leur disposition et pour finir par le sortilège qui fut fatal aux volatiles. Certains n'y arrivèrent pas, que ce soit par crainte ou par rébellion, ce qui enragea le professeur au point de leur faire faire l'exercice sous l'Imperium d'un autre élève. Les deux préfets-en-chef furent choisis pour lancer ledit sortilège, leur objectif étant, selon leur professeur, d'être garant de l'obéissance des élèves envers leurs professeurs. Emma se surprit à ne pas réfléchir sur ce qui lui était demandé de faire. De toute évidence, elle n'avait pas d'autre choix que d'obéir elle-même à son professeur et que de tenter de bien paraître...
*** Dans le parc de Poudlard...***
Assise contre un arbre, un livre sur les genoux, Emma profitait tant que possible du coucher relativement tardif du soleil en cette fin d'été. Théodore et elle avaient convenu de se retrouver ici à la fin de leurs cours respectifs. Le jeune homme ne tarda pas trop et elle put apercevoir sa silhouette filiforme s'avancer vers elle à grandes enjambées.
- Ne me dit pas que tu t'y mets déjà ! s'exclama-t-il en désignant le livre qu'elle était en train d'étudier.
- Je te ferais remarquer que l'on a nos ASPIC à la fin de l'année tout de même.
- Et moi je te ferais remarquer que c'est le deuxième jour de l'année ! répliqua-t-il avant de fermer lui-même le bouquin une fois assis en tailleur face à la jeune fille. De l'Arithmancie en plus, cette matière ne me manque pas le moins du monde !
- Le professeur Vector semble voir en moi la remplaçante de Granger. Dès qu'il y a un blanc, elle me lance un regard presque suppliant pour que j'intervienne. Il va falloir que j'assure.
- Ce n'est pas ce que tu as toujours voulu, battre Granger ?
- Remplacer n'est pas battre.
- Évidement... Et sinon, que s'est-il passé pour que Drago en vienne à tout balancer à Pansy ? enchaina-t-il avec nonchalance.
- Ou il voit là dedans une vengeance, ou ça lui est désormais complètement égal, ou les deux.
- Ca ne répond pas vraiment à ma question... Mais pourquoi réagirait-il comme ça ?
- Il semble considérer que je l'ai trahi, avoua-t-elle avec ressentiment.
- Comment ça ? fut-il étonné. C'est à cause de moi ?
- Non... Il se trouve que l'année dernière... Enfin, tu sais, j'étais au courant de certaines choses le concernant. Eh bien, je lui ai avoué que je suis allée voir Dumbledore. C'était juste histoire de le prévenir que quelque chose se tramait dans le château. Comme je l'ai dit à Drago, Dumbledore ne semblait pas plus étonné que ça... Evidement tout ce qu'a retenu mon cher fiancé est le fait que je sois aller voir « l'ennemi ».
- Hum hum... Connaissant le personnage ça ne m'étonne pas qu'il le prenne mal. Mais ça va surement lui passer. Ou en tout cas, il serait vraiment idiot de se priver... de toi.
- Le truc c'est qu'il y a une deuxième chose qui a fait déborder le vase... J'ai consciemment gardé pour moi le fait que Potter ait été au courant de quelque chose le soir de la mort de Dumbledore, et qu'il soit allé prévenir ce dernier.
- Ah...
- Quoi, toi aussi tu penses que ça constitue là une trahison ! s'agita-t-elle face à la réaction de son ami.
- Non, mais... Tu sais, le sujet Potter est assez épineux pour Malefoy. Ca ne peut que multiplier sa colère par mille. Surtout depuis ce qui s'est passé dans les toilettes des garçons l'année dernière.
- Peut-être bien, mais comme je lui ai fait remarquer, l'année dernière, il n'y a pas eu que ces deux actions malencontreuses de ma part. J'ai quand même pris sur moi tout au long de l'année pour garder des choses auxquelles je n'adhérai pas, je l'ai soutenu, encouragé et peut-être même aidé dans sa tâche... Il ne peut quand même pas nier que si j'ai fait tout ça c'est parce que... je tiens à lui et que je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose... débita-t-elle perdant peu à peu le contrôle qu'elle s'était imposé jusque là alors que sa gorge commençait à se serrer.
- Malheureusement, Drago peut être facilement aveuglé par sa haine. Enfin, je ne veux pas dire qu'il te hait, mais il t'en veux certainement beaucoup, tenta d'intervenir Théodore, légèrement mal à l'aise face à l'attachement plus que visible de la jeune fille pour son fiancé.
- Non... Plus que de la colère, c'est de la déception que j'ai provoqué... Il a dit que j'avais trahi sa confiance et tout ce qui nous liait. Et venant de lui, je n'ai pas l'impression que ce soit des paroles en l'air. C'est vraiment la dernière personne me tournant le dos à qui j'aurai pensé, lâcha-t-elle en retenant les larmes qui lui montaient aux yeux.
- Pour ce que ça vaut, je ne te ferai jamais une chose pareille, Emma, assura-t-il en lui prenant la main et en la lui serrant.
- Ce n'est pas la même chose, Théodore. Lui... c'est mon avenir. Et la force qu'on avait tous les deux, c'était... de se soutenir, de se comprendre, d'être là, pour donner un but à tout ça. Mais si les choses ne s'améliorent pas et qu'il met à exécution ce qu'il m'a dit, alors à quoi bon ? Avec tout le chemin qu'on a parcouru jusqu'à maintenant, c'est comme si l'on se retrouvait à l'époque où ce mariage ne signifiait strictement rien pour nous, juste le devoir...
- Tu l'aimes ? demanda-t-il après lui avoir lâché la main d'une manière plutôt déclarative en la fixant intensément.
- Oh, je t'en prie ! C'est assez compliqué comme ça pour qu'on y vienne ajouter de l'amour, réfuta-t-elle aussitôt.
- Je suis désolé pour toi, Emma. Désolé, que cela te touche autant... déclara-t-il d'une voix emplie de retenue.
Emma comprit alors que ses confidences avaient d'une certaine manière affecté le jeune homme. Après tout, n'avait-t-elle pas clairement affiché son attachement pour son fiancé ?
- C'est moi qui suis désolée, Théodore. Je n'aurai pas dû te dire tout ça, se reprit-elle avant de se lever précipitamment.
- Non ne le sois pas. On est amis toi et moi, c'est fait pour ça un ami, tenta-t-il de la retenir en pensant la rassurer.
- Arrête ! gémit-elle alors qu'elle ne put retenir les larmes qui lui venaient face à ce qu'elle considérait comme des reproches de la part du jeune homme.
- Emma... la prit-il dans ses bras.
La jeune fille engouffra sa tête contre son torse et s'y blottit. Il la serrait et lui caressait les cheveux. Au bout de quelques secondes elle releva un peu la tête afin de reprendre un peu d'air et il en profita pour lui baiser la tempe avant de lui chuchoter à l'oreille.
- Je suis désolé si j'ai dit quoique ce soit qui ait pu te mettre dans cet état.
Elle tourna vers lui un regard se voulant rassurant, mais après quelques secondes d'échange visuel, elle détourna la tête. Elle ne semblait plus supporter la manière dont il la regardait. Comme si chaque parole, chaque geste, chaque regard étaient viciés par l'amour qu'il éprouvait et revendiquait pour elle. Elle n'était pas capable à l'heure actuelle et en ces moments de perte de contrôle, de gérer le tout. S'extirpant de son étreinte, elle évita de croiser son regard.
- Il faut que j'y aille. J'ai rendez-vous avec les directeurs adjoints. Bonne soirée...
Puis, sans attendre de réponse elle se dirigea vers l'entrée du château en essuyant ses yeux humides. Il fallait absolument qu'elle se reprenne. Respirant profondément plusieurs fois d'affilée, elle tenta de calmer, son corps et son esprit. Une fois arrivée dans le Grand Hall, elle se souvint qu'une fiole de potion de relaxation était rangée dans son sac, au cas où. Il ne fallait absolument pas que les Carrow ressentent sa détresse passagère, ni qu'ils s'introduisent dans son esprit. Elle s'empara de la potion et en but une gorgée. Continuant ses exercices de respirations, elle continua son chemin jusqu'au bureau, faisant le vide.
A quelques mètres de sa destination, elle ferma les yeux tout en s'étirant le cou. Lorsqu'elle les rouvrit, qu'elle ne fut sa surprise en constatant qu'un groupe d'élève semblait écouter à la porte du bureau au moyen d'oreilles à rallonge. Il s'agissait du même petit groupe de première année de Gryffondor qu'elle avait croisé la veille.
- Je peux savoir ce que vous faites ! les invectiva-t-elle d'une voix basse, ne voulant guère se faire entendre par les personnes à l'intérieur de la salle.
- Oh non, pas encore elle... grogna l'un d'entre eux.
- Donnez-moi ça et dégagez d'ici !
- Tu devrais écouter, cela pourrait t'intéresser de savoir à qui tu as à faire, intervint le même garçon qui lui avait tenu tête en lui tendant l'extrémité de l'objet espion.
- Je ne peux pas faire autrement que de vous marquer dans le registre, mais vous avez de la chance que ce soit moi qui vous ai pris la main dans le sac !
- Oui, on ne recommencera plus... s'excusa penaud, l'un d'entre eux.
- Ca c'est toi qui le dit... contredit le plus hardi du groupe.
- Il faut que vous me donniez vos noms.
- Adrian Ackerley, se présenta-t-il non sans fierté, comme s'il voulait démontrer son absence de peur.
- Tu es de la famille du jeune Stewart Ackerley ? demanda-t-elle en se souvenant qu'un troisième année de Serdaigle portait le même nom.
- Oui et alors ?
- C'est bon à savoir, laissa-t-elle en suspend, y voyant un potentiel moyen de prévenir les parents du jeune intrépide.
Après avoir récupéré l'objet illicite et les noms des autres élèves, Emma sortit le parchemin qu'elle avait créé et imposé aux préfets. Elle remarqua que deux infractions avait été commises durant la journée. La jeune fille décida de ne répertorier non pas ce qu'elle venait de voir mais une fausse récidive de ce qu'elle avait pu réprimander la veille au moyen d'un simple avertissement. Puis, constatant qu'elle avait assez de retard comme ça, elle enroula le filament couleur chair composant l'oreille à rallonge et se retrouva devant la porte du bureau du professeur d'Art de la magie noire. Emma fut soudainement tentée de relier l'objet à son oreille afin d'entendre ce qui pouvait se dire dans la pièce. Cédant à la tentation, elle reconnut la voix de celui qui leur avait fait cours le matin même.
- … Rogue n'ait pas permis l'exercice du Doloris sur les élèves. Il faut éviter une indignation potentielle et superflue des parents, selon lui. Foutaises ! J'ai quand même ma petite idée sur la question... prospecta la voix d'Amycus Carrow avec une avidité certaine.
- Estime-toi heureux ! Ce n'est pas toi qui est obligé de parler à longueur de journée de ces misérables moldus ! Qu'est-ce qu'il a à ricaner comme ça, l'incapable ! s'invectiva la voix cassante de celle qui semblait être Alecto Carrow.
- Tu ne devineras jamais ce dont a été capable le jeune Malefoy ce matin, Alecto ! Lancer un Avada Kedavra ! Il ne s'agissait que d'une lamentable chouette, mais que de progrès, n'est-ce pas ?
Se sentant brusquement fautive, Emma arracha l'objet de son oreille en entendant les insupportables rires narquois des deux directeurs adjoints. Ce n'était vraiment pas le moment d'entendre ce genre de choses à l'insu de celui qui lui imputait assez de fautes comme cela. Inspirant longuement, elle se décida enfin à frapper à la porte. Cette dernière s'ouvrit aussitôt, découvrant ainsi un Amycus Carrow assis derrière son bureau, ses pieds bottés croisés au dessus du meuble rempli de sombres objets, une Alecto Carrow baguette à la main, plantée à l'une des extrémités du bureau, et pour finir, un Drago Malefoy affalé sur l'un des sièges leurs faisant face, une main mollasse tenant sa tête qu'il ne prit pas la peine de tourner à l'arrivée de son homologue féminin.
- La ponctualité n'est pas votre fort, Miss Oreiro, constata le professeur d'Art de la magie noire sans lui laisser le temps de dire quoique ce soit.
- C'est une exigence que l'on attend de vous et qu'a su par miracle intégrer votre collègue, renchérit la petite femme trapue aux cheveux noirs.
- Veuillez excuser mon retard. Sur le chemin, j'ai dû faire face à une petite bande de première année s'amusant à reproduire des sortilèges dans les couloirs du château. Ce n'est pas la première fois que je les surprends alors je les ai sanctionné d'une perte de points comme le prévoit le règlement, justifia Emma son retard avec neutralité.
- Je t'avais dit que notre préfète-en-chef semblait consciencieuse.
- A défaut d'être ponctuelle, on s'en contentera pour le moment. Surtout n'hésitez pas à punir cette mauvaise graine, Miss Oreiro. Nous regorgeons d'idée pour d'éventuelles retenues, déclara-t-elle avec un sadisme ambiant.
- Asseyez-vous, ordonna Amycus Carrow en ôtant ses pieds du bureau avant que la jeune fille ne s'exécute, non sans un rapide regard vers Drago qui affichait un ennui extrême.
- Nous avons souhaité vous rencontrer pour nous assurer que vous aviez bel et bien compris le but de votre mission. Aucune tolérance ne sera admise et c'est à vous de faire en sorte que les préfets s'exécutent, quelques soit leurs maisons.
- J'ai pu constater dans mes cours que les Gryffondors sont les plus récalcitrants. Vous devez absolument mettre la pression sur les préfets de cette maison pour qu'il n'y ait aucune indulgence de leur part.
- Vous devrez absolument traquer ces récalcitrants qui doivent certainement l'être à l'extérieur des cours également. Toute opinion ouvertement clamée à l'encontre du régime se doit d'être très sévèrement punie.
- Ce cher directeur a cru bon de vous nommer Préfets-en-chef, nous assurant que vous seriez à même de poursuivre la mission qu'est la votre. Vous avez intérêt à lui donner raison, menaça Amycus Carrow en lançant un regard appuyé à Drago qui le défia des yeux.
- Bien, qu'avez-vous prévu pour mener à bien vos fonctions ?
Quelques secondes de flottements passèrent durant lesquelles Emma observa Drago qui ne semblait pas vouloir prendre la parole, reniflant d'indifférence face à l'interrogation visuelle de sa fiancée. Cette dernière répondit alors à la question du professeur d'Etude des Moldus, expliquant les différents mécanismes qu'ils avaient mis au point avec les préfets. Semblant satisfaits, les directeurs adjoints voulurent tout de même s'assurer une nouvelle fois de la tolérance zéro exigée, notamment au sujet des Gryffondor. Cette fois-ci ce fut Drago qui prit la parole, en affirmant qu'il savait parfaitement où attaquer et qui cibler. Non sans quelques sarcasmes face à ces engagements, les deux Carrow terminèrent leur entrevue et libérèrent les préfets-en-chef après leur avoir donné leurs dernières directives.
- Drago... appela la jeune fille, une fois hors du bureau, ce qui n'empêcha pas le préfet-en-chef de continuer son chemin sur un rythme relativement rapide . Drago ! haussa-t-elle le ton, l'interpellé s'arrêtant enfin.
- As-tu quelque chose à me dire en qualité de préfète-en-chef ? conditionna-t-il son écoute avant de tourner vers elle un regard âpre. De toute évidence, non, alors tu m'excuseras mais j'ai autre chose à faire que de perdre mon temps.
- Si « Drago » refuse d'écouter « Emma », le fiancé est-il prêt à entendre la fiancée ? répliqua-t-elle déjà agacée de la réaction du jeune homme.
- Je t'écoute, accepta-t-il avec un rictus, comme s'il pressentait le sujet de discussion.
- Qu'as-tu dit à Parkinson à notre sujet ?
- Ce que je dis à mon entourage ne te regarde absolument pas. Et si tu me reproches ici d'avoir dévoilé ce qui avait pu être un secret autrefois, sache que désormais je me contrefous de qui peut être au courant ou non de nos fiançailles.
- Alors vivement que cela arrive aux oreilles d'un certain Lord, ironisa-t-elle sans joie.
- Ce n'est pas ma situation qui pourrait tomber plus bas qu'elle ne l'est. Mais si je puis me permettre, je doute qu'il en ait quelque chose à foutre de minables petites fiançailles comme celles-ci.
- Je ne comprend pas... que tu ne fasses pas l'effort de comprendre, Drago... déclara-t-elle après quelques secondes de silence à se fixer, yeux dans les yeux.
- Je t'ai dit que je n'avais pas le temps pour ces jérémiades, Emma, conclut-il en amorçant un geste de départ. Mais s'il y a une chose que j'ai fini par comprendre, c'est que je ne pouvais pas te faire confiance. Et la confiance est quelque chose de déterminant pour établir mes relations.
- Je t'en prie, ne me laisse pas seule...
- Il vaut mieux savoir qu'on est seul plutôt que de croire aveuglément qu'on ne l'est pas.
- En parlant d'aveuglement, je crois que ta déception t'empêche de voir ce que j'ai pu faire pour toi !
- Ce que tu as pu faire pour moi ? Mais es-tu au moins sûre, Emma, que cela ait vraiment été fait pour moi ? Ou peut-être était-ce pour ta petite personne qu'il fallait protéger à tous niveau ? Que ce soit d'assurer les arrières d'un camp ou de l'autre.
- C'est vraiment ce que tu penses ? demanda-t-elle, amère.
- A vrai dire, il m'est devenu plus agréable d'éviter de penser à toi, Emma. Sur ce, je te laisse.
- J'ai entendu ce qu'ils ont dit avant que je n'entre dans la pièce. Ils ne sont pas tendre avec toi...
- Ce ne sont pas tes affaires, répondit-il abruptement en arrêtant une nouvelle fois sa marche, lui tournant le dos. Mais je salue ta « sincérité », articula-t-il pompeusement le dernier mot avant de s'en aller pour de bon.
Emma le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le dédale de couloirs et continua à fixer devant elle, réfrénant les tremblements qui la parcouraient à la remémoration de leurs récentes conversations. Désormais c'était elle qui lui en voulait d'être aussi obtus. Mais à peine fut-elle emprise de ce ressentiment, ce fut la tristesse et le manque de ce qu'ils avaient été qui la submergea.
*** Une semaine plus tard, dans la bibliothèque... ***
Emma profitait de terminer tôt cet après-midi là pour terminer les nombreux devoirs que les professeurs leur donnaient en cette importante et dernière année. La bibliothèque était sans surprise remplie de cinquième et de septième années, les enseignants mettant le plus de pression sur ces deux promotions. La pression, Emma ne la recevait pas que de la part des professeurs et elle remerciait l'initiative de son grand-père de lui fournir les fameuses potions de relaxation dans le but initial de protéger son esprit. Jusqu'à maintenant, elle avait repéré une tentative d'intrusion de la part d'Alecto Carrow lors du rapport hebdomadaire que se devait de présenter les préfets-en-chef face aux directeurs adjoints.
La jeune fille n'avait pas eu de conversation avec Drago autre que celle concernant leurs fonctions de préfets. Elle avait décidé de ne pas insister pour le moment, évitant ainsi le risque d'être trop lésée par les éventuels rejets de son fiancé. D'ailleurs, pour tenir le coup face à tout ce qui lui était demandé, et tout ce qu'elle s'imposait, elle avait préféré passer ces derniers jours seule. Ne croisant Morag qu'au lever, au coucher et aux cours, elle tentait également de ne côtoyer Théodore que dans le cadre de ces derniers.
En ce qui concernait les premières punitions qu'elle avait été obligées de donner, elle tentait au maximum de les confier aux directeurs de maisons plutôt qu'aux directeurs adjoints qui s'octroyaient déjà personnellement de nombreuses retenues. Elle avait été intérieurement horrifiée de voir que leur professeur d'Art de la magie noire avait décidé de faire s'entrainer les élèves sur ceux en retenue. Ce début d'année n'annonçait vraiment rien de bon. D'autant plus que certains Gryffondor, tel que Néville Londubat ne semblaient pas prêts à se laisser aussi facilement commander par les nouvelles règles. Le cas du petit groupe de premières années était plus préoccupant, étant plus jeunes et inconscients. Quoiqu'il en soit, Emma prenait le soin de ne pas s'attarder sur ce genre de préoccupations au risque de s'y perdre. Plus qu'un masque, c'était bien souvent des œillères qu'elle se devait d'enfiler.
- Emma, l'aborda la voix de Théodore dont elle constata la présence en levant la tête.
- Tu ne sors pas tes affaires pour travailler ?
- Je ne suis pas ici pour travailler mais pour te parler.
- Eh bien c'est dommage car moi je suis ici pour terminer ce devoir et non pas pour discuter.
- Tu m'évites, pourquoi ? lança-t-il d'un ton accusateur en provoquant l'expiration bruyante de la jeune fille.
- Excuse-moi d'avoir un emploi du temps chargé entre les cours, les devoirs et mes fonctions de Préfete-en-chef.
- Ne me prend pas pour un idiot.
- Loin de moi cette idée, Théodore, vraiment.
- Sois honnête et dis moi pourquoi tu t'isoles.
- Mais qu'est-ce que vous avez tous avec cette fichue honnêteté, sincérité et autre franchise ! Le monde entier est empli de mensonges et d'illusions. La société sorcière elle-même est fondée sur la dissimulation. Laissez-moi donc me terrer dans mon trou si ça me chante, s'agita Emma, piquée au vif par cette réflexion sur l'honnêteté.
- Au moins tu avoues. Tu te rends compte qu'en une semaine Drago m'a adressé la parole plus de fois que tu ne l'as fait !
- Théodore... soupira-t-elle de lassitude.
- Si tu m'évites, c'est qu'il y a un malaise entre toi et moi. Cette histoire avec lui ne nous touche pas directement, alors dis-moi ce qu'il se passe.
- Ce n'est pas que... cette histoire. C'est le tout, Théodore. Tu ne sais pas combien je prends sur moi pour supporter tout ce qui se passe entre la démesure du comportement de Drago, l'insécurité ambiante causée par les Carrow, et le trop-plein d'émotions qui risque de m'envahir si je me laisse aller.
- Mais avec moi, un ami, n'es-tu pas censé mettre toutes ces préoccupations de côté pour justement pouvoir faire descendre la pression.
- Mais même notre amitié est viciée, Théodore... Et franchement, là, je ne me sens pas capable de continuer de jouer ou de faire semblant. Surtout que... Tu dis que notre relation n'est pas touchée par ce qui se passe avec Drago et moi, mais là aussi c'est lié ! En tout cas indirectement.
- Sois plus explicite, exigea-t-il, son visage se fermant un peu plus.
- Ecoute... J'avais ce très fragile équilibre que j'avais laborieusement réussi à construire. Je savais que cette année allait mettre cet équilibre à rude épreuve et j'ai tenté de m'y préparer. Mais là, tout est rompu. Non seulement tout est rompu mais en plus j'ai du mal à trouver des raisons de continuer à me battre. Bref, tout ça pour dire, que tant que je n'aurai pas rétabli un équilibre aussi mince soit-il, je ne serai pas capable de gérer les relations... « humaines ». C'est pourquoi je fais ce que j'ai toujours fait en période de déséquilibre total, à savoir m'isoler tant que possible.
- Tu n'as qu'à redevenir muette tant que tu es, se surprit à rétorquer le Serpentard à la suite de cette longue tirade.
- Une fois que tu auras fini de cracher ton venin, j'espère enfin pouvoir travailler tranquillement.
- Emma, je ne voulais pas te vexer, mais c'est plutôt lâche comme comportement et tout aussi ridicule que celui de ton cher fiancé.
- Si j'avais été courageuse, Théodore, je serai très certainement morte depuis longtemps ! Comme quoi, à chaque comportement son bienfait.
- T'es irrécupérable comme fille, Emma.
- Et toi tu penses bien trop à moi. Et c'est bien là le problème entre nous.
- Je ne l'ai pas vu venir, celle-là, déclara Théodore après un rire sans joie. Eh bien, bonne hibernation à toi, cher objet de mes pensées. Au plaisir de retrouver la Emma agréable et perspicace que j'ai connu, tu sais, celle que tu sembles manifestement prendre en otage, lança-t-il en se levant, les poings sur la table avant de quitter la bibliothèque.
Emma se força à ne pas tergiverser sur la conversation qui venait de se dérouler et se concentra à nouveau sur son devoir d'Histoire de la magie. Alors que les derniers cours venaient de se terminer, la bibliothèque fut peu à peu remplie de monde. La jeune fille décida qu'il était temps pour elle de s'en aller. De toute façon, c'était à son tour d'effectuer la prochaine ronde, un peu d'avance n'y changerait pas grand chose.
L'aile Est du château semblait calme et déserte au plus grand soulagement de la Préfète-en-chef. Les rares élèves qu'elle croisait étaient des cinquième année qui semblaient finir de travailler sur un projet commun. Ce qui pouvait peut-être expliquer le fait qu'Emma croisa Astoria au carrefour d'un couloir. Les deux jeunes filles s'observèrent et la Serdaigle s'autorisa à la saluer d'un signe de tête muni d'un sourire étudié. Un sourire timide, presque apeuré lui répondit juste avant qu'elle ne la dépasse et ne tourne au couloir annexe. Prise d'une mystérieuse intuition, Emma retourna sur ses pas au bout de quelques mètres parcourus. A l'angle dudit carrefour, elle jeta un coup d'œil discret dans la direction prise par la jeune Serpentard.
Son regard s'assombrit à la vue de cette dernière accompagnée de Drago, entrant dans une des salles vides du couloir. La porte se ferma et Emma s'avança vers ladite salle. Fallait-il qu'elle parte ? Fallait-il qu'elle entre ? Mais que dire ? La meilleure solution était de poursuivre sa ronde sans penser à ce qu'elle venait de voir, pourtant la jeune fille était rongée par la curiosité. Ce fut alors qu'elle se souvint d'avoir confisqué des oreilles à rallonge une semaine plus tôt. Après quelques secondes d'hésitation, elle fouilla le fond de son sac et les trouva. Collant les extrémités de l'objet à la porte et à son oreille elle put sur le champ satisfaire sa curiosité.
- … des Poufsouffle ce midi. L'un d'entre eux était Sang-Pur alors j'ai du attendre que Jones vienne le sanctionner lui-même. Ce règlement est vraiment débile !
- Râler ne te sert qu'à gaspiller ta salive, Astoria.
- Il faut bien pouvoir évacuer la pression quelques fois. D'ailleurs, c'est quoi ton remède ? Parfois tu sembles au bord de l'implosion alors qu'à d'autres moments tu es d'une relâche insolente !
- Toujours en train de m'épier à ce que je vois, ma chère.
- Tu ne m'auras pas cette fois-ci, Drago. On se voit presque tous les jours je signale. Ah non, autant pour moi, c'est bien tous les jours qu'on se voit, répliqua la voix de la Serpentard avec humour en provoquant le rire de son interlocuteur.
- Il va falloir que je sorte l'artillerie lourde si je veux continuer à m'amuser de tes gênes alors.
- Ou tu peux tout aussi bien arrêter ?
- Pas moyen.
- Il va falloir que je riposte alors.
- Toi, réussir à m'intimider ? Tu peux toujours rêver.
- Devine qui j'ai croisé à l'instant ? fit la voix joueuse d'Astoria.
- Ce n'est pas avec ce sujet que tu risques de m'intimider, mais me contrarier, m'agacer, m'irriter, ça c'est certain, claqua le ton froid du jeune homme.
- Comment sais-tu que c'est elle que j'ai croisé ?
- Parce que j'ai pris le soin de l'éviter sur le chemin. J'avais oublié que c'était à son tour de faire la ronde de l'aile Est aujourd'hui.
- Je sais que tu ne souhaites pas qu'on en parle, mais... quoiqu'elle t'ait fait je te trouve plutôt dur avec Emma.
- Dit celle qui ne lui a toujours pas pardonné.
- Je lui ai offert mon pardon, mais elle m'a gentiment fait comprendre qu'elle n'en voulait pas.
- Son sort ne devrait donc pas tant te préoccuper.
- Je crois qu'au fond, ce qui me préoccupe, c'est que tu réitères ce que tu as déjà pu faire par le passé, à savoir te servir de moi pour te venger d'elle...
- C'est une interrogation légitime.
- J'abandonne. Il vaut peut-être mieux que je ne sache pas ce qu'il en est finalement.
- Ecoute, je sais que ça peut te paraître suspect mais ce qui se passe entre nous est bien différent de la bêtise que j'ai faite il y a plus d'un an maintenant.
- Parce qu'il se passe quelque chose entre nous ? lança-t-elle d'un ton séducteur.
- Belle tentative, mais c'est raté.
- Je réussirai à t'intimider un jour, tu verras. Donc, tu disais ? Qu'est-ce qui est différent ?
- C'est différent par rapport à toi, mais également par rapport à Emma.
- Commence par ce qu'il en est pour Emma.
- Et garder le meilleur pour la fin ? Tu as bien raison, relança-t-il le jeu de séduction auquel ils semblaient s'employer avant de poursuivre plus sérieusement. Je pourrai ne pas être en colère contre Emma, si je le souhaitais. Mais ça ne changerait rien à ce que je ressens. Déjà qu'elle a dû mal à comprendre avec la colère, alors sans ce serait pire. Au fond c'est simple, tout est une histoire de confiance. Et il se trouve que je n'ai plus confiance en elle. Rien n'est acquis dans la vie, elle devrait le savoir. Pour moi, c'est comme si elle avait détruit l'infime chose qu'on avait réussi à construire. Alors pour le moment je n'ai vraiment plus envie de tenter quoique ce soit avec elle. En fait, elle m'indiffère tout simplement. Et je t'avouerais, que la première personne que ça surprend c'est moi car je l'avais vraiment dans la peau ces derniers temps. C'est comme si je me sentais libéré de son emprise depuis l'aveu de sa trahison. Ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose d'ailleurs. Alors que toi...
- J'espère avoir une aussi longue tirade à mon sujet, l'interrompit-elle, taquine
- Depuis l'occasion que j'ai eu de m'expliquer sur ce que j'avais pu te faire j'ai bizarrement senti que je pouvais avoir confiance en toi. C'est étrange en ce que je n'accorde que très rarement ma confiance. En y réfléchissant, vous êtes les seules à qui j'ai pu réellement le faire, même s'il y eut Pansy et Théodore fut un temps. Et puis, en plus de ça, je te mentirais si je te disais que je n'aime pas m'amuser de tes sentiments pour moi, enfin, de ce que tu as pu avoir ressenti pour moi.
- Mais je les ai toujours ces sentiments, précisa-t-elle avec sérieux.
- Et vu que manifestement tu sembles plutôt bien le supporter, je m'autorise à laisser tomber le masque avec toi. Ce qui pourrait servir de réponse à ta question de tout à l'heure, sur comment je fais pour relâcher la pression.
- C'est donc grâce à moi ? Il faudrait que je me trouve quelqu'un comme moi alors...
- Peut-être n'as-tu pas à chercher bien loin, suggéra Drago avant que le rire claire d'Astoria n'éclate.
Emma ôta l'oreille à rallonge de la sienne. S'étant appuyée contre la parois de pierre bordant la porte, puis laissée glisser le long de cette dernière jusqu'à se retrouver inconfortablement assise, la jeune fille ne pouvait plus en entendre plus. Elle en avait d'ailleurs entendu trop. Se touchant la joue, elle constata que des larmes avaient coulé sans qu'elle n'en prenne véritablement conscience, tellement absorbée par son écoute intrusive. Le regard d'Emma tomba sur sa main invisible de toute cicatrice en cet instant, mais elle s'imagina l'apparition des lettres sanglantes. Puis, non loin de là, ses yeux se posèrent sur son sac. Lentement, elle se mit à l'ouvrir afin de s'emparer de ce qui lui permettrait de faire cesser cette agitation intérieure qui la rongeait. La jeune fille but la fiole d'un trait, la rangea, se leva, s'épousseta et repartit dans les dédales de couloirs de l'aile Est à la poursuite de tout contrevenant au règlement.
*** Sur le chemin menant au terrain de Quiddicht...***
Une nouvelle semaine s'était écoulée depuis cette conversation qu'Emma avait interceptée lors de sa ronde. Après avoir clairement intégré le ressentiment de Drago à son égard et plus précisément cette indifférence que lui-même ne faisait que constater, la jeune fille avait décidé de continuer l'isolation dans laquelle elle semblait s'installer. Théodore ne lui avait pas tenu rigueur de leur dernière réelle conversation et tentait de respecter la réaction d'Emma. Telle était également le cas avec Morag qui se contentait d'être sa colocataire et camarade de classe, n'insistant pas pour approfondir leur relation amicale. Pour ce qui était de Drago, elle se surprit à l'éviter au possible, ne le côtoyant donc vraiment que lors de leurs réunions hebdomadaires ou de rapides entrevues relatives à leurs fonctions de préfets.
Au fond, entendre la voix du jeune homme et subir son indifférence face à ce qu'ils avaient pu être auparavant faisaient souffrir la jeune fille plus qu'elle ne l'aurait voulu. Lorsqu'elle se laissait aller à ces pensées, Emma était submergée de nostalgie et de souvenirs. Le dernier lui revenant à l'esprit fut le plus marquant et l'avait poussé ce jour-là à tenter de faire à nouveau face à son fiancé. La veille, malgré la dose de potion qu'elle avait prise avant de se coucher, elle avait en effet revécu la fois où elle avait cru Drago mort. Cette sensation horrible d'avoir perdu quelqu'un de cher pour elle, lui faisait d'ailleurs se demander si la mort était la seule manière de perdre véritablement quelqu'un. Aujourd'hui, n'avait-elle pas perdu Drago d'une certaine manière ? Quoiqu'il en soit, Emma avait été hantée toute la journée par cette image d'elle, effondrée dans les escaliers, prise de larmes et de sanglots incontrôlables et meurtrissant sa cicatrice pour ne pas perdre la preuve physique du lien qui l'unissait à Drago.
Voilà pourquoi elle descendait les marches extérieurs menant au stade de Quidditch où s'entrainait l'équipe des Sepentard. Sur le moment, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle lui dirait de plus que ce qu'elle avait déjà pu lui faire part. Mais elle avait envie d'essayer, de tenter. Au loin, elle vit les silhouettes des joueurs évoluer au dessus du terrain en cette fin de journée plutôt lumineuse. En cette septième et dernière année, Drago avait été nommé capitaine de l'équipe des verts et argent. Les sélections rapidement faites la semaine passée, ils s'entrainaient déjà en cette troisième semaine de septembre.
Une fois arrivée au stade, elle s'installa discrètement dans les gradins les plus proches. Un coup d'œil alentour lui fit constater qu'un petit groupe de Serpentard était venu encourager leur équipe. Tracey Davies, Pansy Parkinson, Blaise Zabini, ainsi que Théodore et Astoria se trouvaient ainsi en hauteur des gradins d'en face. Le ressentiment s'empara d'elle en constatant la présence de la dernière nommée parmi ces élèves de septième année. De plus, n'était-elle pas censée être en froid avec Zabini, son ex petit-ami ? Détournant son attention, elle ne prit même pas la peine de jeter un coup d'œil aux joueurs plusieurs mètres au-dessus. L'appréhension de le voir, la quasi-peur de croiser son regard. Le cœur d'Emma se serra rien qu'à cette pensée. Elle allait très certainement une fois de plus se faire rabrouer, rejeter, à moins qu'il ne prenne même pas la peine de se confronter à elle. Mais il était trop tard, désormais. Patientant jusqu'à la fin de la séance d'entrainement, elle ramena ses jambes à elle, en tailleur, tentant si ce n'était de calmer son appréhension, de réguler sa respiration et ses battements de cœur qui se faisaient bien trop rapides ces derniers temps.
Les yeux fixés dans le vide, son regard tomba par hasard sur la rambarde contre laquelle la jeune fille avait aperçu le corps sans vie de Cédric Diggory deux ans plus tôt. Ce fut alors qu'elle se remémora les fois où elle avait attendu le joueur de Quiddicht de l'équipe de Poufsouffle. Ce temps là lui paraissait d'une autre vie. Sans réfléchir, elle lança finalement un coup d'œil à Drago qui semblait s'époumoner en dirigeant ses joueurs et volant habilement sur son balai. Un constat la frappa alors et fit naître sur ses lèvres un sourire triste. C'était si bête, si simple, mais surtout tellement douloureux...
Lorsqu'enfin la séance fut terminée, son attention fut à nouveau attirée par le groupe de Serpentard qui applaudissait et sifflait avec un engouement plutôt démesuré. Son regard croisa celui de Théodore avant qu'elle ne s'aperçoive de la brusque avancée de Drago vers elle. Au moins, il avait décidé de ne pas l'ignorer. Ne prenant pas la peine de descendre de son balai, il se plaça devant elle et brisa le premier le court silence.
- Un problème de préfets ? demanda-t-il abruptement, pour ne pas changer.
- Sans vouloir te faire perdre ton temps, il faut que je te parle... en privé si possible, déclara lentement Emma alors que les Serpentard qui descendaient vers le terrain semblaient les observer.
- Tu me fais déjà perdre mon temps, alors si tu as quelque chose à me dire d'important, abrège et fait vite.
- En plus des yeux rivés sur nous, des oreilles pourraient malencontreusement se glisser par-ci par-là... J'en sais quelque chose, d'ailleurs.
- Pitié, Emma, épargne-moi tes complexités à deux noises sans queue ni tête, s'exaspéra le jeune homme en lui lançant un regard blasé.
- J'ai confisqué ça en début d'année. Et je les ai utilisées il y a une semaine exactement, lors de ma ronde... apprit Emma en sortant les fameuses oreilles à rallonge de son sac.
Plissant légèrement des yeux, il accéléra soudainement son balai et se dirigea vers ses camarades de Serpentard qui semblaient l'attendre. Il resta là à discuter plusieurs minutes avec eux. Sa position devenant inconfortable, Emma se leva et se promena le long de la plateforme en hauteur, leur tournant le dos.
- Tu n'as fait mention nulle part de la confiscation d'oreilles à rallonge ! Dois-je te rappeler la politique de tolérance zéro des Carrow ? fit la voix de Drago à ses oreilles avant qu'il ne vienne enfin se poser juste devant elle, stoppant alors la marche de la jeune fille.
- Je sais ce que je fais. Et tant que je le fais bien, je n'ai rien à me reprocher.
- Je ne te permets pas de prendre le risque de tout foutre en l'air, Emma !
- De foutre quoi en l'air exactement, Drago ? Notre avenir ? questionna-t-elle sur une note ironique.
- Voir à quel point tu t'accroches à ce double jeu est lamentable. Le jour où tu te feras prendre, ne compte pas sur moi pour te sauver la mise.
- J'ai très bien compris, Drago, que mon sort et ma personne t'indifférait désormais...
- Et il aura fallu une oreille à rallonge pour ça, ricana-t-il, soulagé de constater que sa fiancée avait enfin intégré la chose.
- A défaut d'avoir de réelles explications face à face.
- Je pensais avoir été pourtant clair.
- A croire que tu l'es bien plus avec Astoria plutôt qu'avec moi, la principale concernée tout de même.
- Quoiqu'il en soit c'est plutôt désagréable de se savoir ainsi espionné. Tu tombes vraiment bien bas, Emma.
- Je le sais... Et crois-moi, cela me tue de constater à quel point ton recul vis-à-vis de moi me touche et même... à quel point il me torture le corps et l'esprit.
- Tu exagères, lança le jeune homme, septique.
- Et pourtant, tu me manques. Et Merlin sait combien j'ai besoin de toi en ce moment, cette année, et toutes les autres.
- Sauf que là où ça ne marche pas, entre toi et moi, c'est que l'on n'a jamais eu la même vision des choses et cela même encore aujourd'hui. Trop de choses sont en jeu pour que je puisse prendre le risque de te faire à nouveau confiance.
- Et toutes ces belles paroles que tu as pu avoir à mon égard et à propos de notre futur ?
- Cela ne compte plus maintenant qu...
- Maintenant que quoi ! l'interrompit-elle. Encore cette histoire de confiance brisée ? Tu t'arrêtes un peu trop facilement sur ce prétexte. Parce que moi aussi je pourrai m'arrêter sur telle ou telle excuse faux-fuyante.
- Entre toi et moi, qui de nous deux n'a cessé de rompre ses promesses ? En dépit de mon détestable caractère, je le conçois, c'est toi Emma, qui a toujours été la première à abimer cette confiance qui a fini par se consumer.
- Qu'est-ce que tu racontes, je...
- La fois où je t'ai surprise à une de ces réunions de l'AD, je te le concède il n'y avait pas vraiment eu de promesse mais tu avais fortement baissé dans mon estime. La fois où tu t'es rapprochée de Théodore alors que tu m'avais clairement promis qu'il ne se passerait plus rien de similaire à ce qu'il s'était passé à cette fête. Tu te souviens, cette soirée où notre cicatrice s'est pour la première fois révélée, signe que le contrat de fiançailles avait été violé. Par la force des choses, tout est devenu un peu plus sérieux, que ce soit autour de nous ou entre nous. Mais ça ne t'a pas empêchée de réitérer avec Théodore juste après que j'ai non seulement failli y laisser ma vie, mais également mis de côté mon orgueil en te demandant une certaine aide. Evidement tout cela, ce n'était que des broutilles ne mettant au final en jeu que ma fierté, alors j'ai laissé passer. Mais ne faire que serait-ce que la démarche d'alerter l'ennemi, ou de lui laisser un coup d'avance, ça, c'est mettre comme je te l'ai déjà dit ma vie ainsi que celle de ma famille en jeu. Et comme tu le constates, je n'arrive pas à te le pardonner. Et toi, est-ce que tu as une telle liste à mon encontre ? Astoria ? Mais encore ?
- Moi je ne fais pas de liste, Drago. A partir du moment où j'ai accepté l'idée même de ces fiançailles, je t'ai pris comme tu étais y compris tes défauts, que ce soit notre conception différente des choses comme tu dis ou encore ton détestable caractère. A partir du moment où j'ai compris que je tenais à toi, c'était vraiment sans réelle importance. Et en parlant de ce jour où tu as failli y passer dans les toilettes des garçons, j'y ai justement repensé. C'était un horrible sentiment que de t'avoir pensé mort. Et j'ai cette impression qu'aujourd'hui je t'ai perdu sans que ne soit arrivé aucun décès.
- Tu es en train de me dire que tu préfères me perdre mort, plutôt que vivant ? Charmant.
- Ce que j'essaie vainement de te dire, Drago c'est que... Ces derniers jours passés loin de toi m'ont fait ressentir des choses d'une ampleur que je n'imaginais pas. Le besoin, le manque, la jalousie, l'envie... Tout ça, on se l'ait déjà dit sans vraiment chercher plus loin. Mais maintenant que tout a basculé..., je me rends compte que...
- Emma, ne...
- Je t'aime.
- … tombe pas plus bas que tu ne l'es déjà !
La jeune fille avait prononcé sa dernière tirade et ces derniers mots en fuyant le regard de son interlocuteur. Lorsqu'elle rencontra les yeux bleu-gris de Drago ce fut une seconde claque, la première étant celle provoquée par la phrase de son fiancé au moment même de sa révélation. Trop difficile à affronter, elle détourna à nouveau la tête et serra fort les dents, empêchant les larmes qui lui montèrent aux yeux de l'envahir.
- Trop tard, ajouta le jeune homme constatant que son avertissement fut vain. Tu m'excuseras, mais je n'ai pas envie d'assister à ce piètre spectacle.
Sans plus de cérémonie il enfourcha son balai et décolla presque aussitôt. Ainsi laissée seule, elle se permit enfin de prendre une grande bouffée d'air, les larmes coulant automatiquement, accompagnées d'un léger sanglot. Il fallait qu'elle quitte cet endroit, mais elle ne se sentait absolument pas prête à rentrer au château, pas dans un tel état. Elle eut la soudaine envie de s'envoler loin et de se sentir au dessus de tout. Son regard tomba alors sur le local à balais et autre matériel sportif. Courant, elle s'élança dans cette direction, traversant la plateforme du gradin, dévalant les escaliers et butant contre la poignée de porte évidement fermée. Sortant sa baguette, elle ouvrit sans difficulté le local et s'empara d'un des balais. Elle ne s'était jamais sentie vraiment très à l'aise en vol, mais cela fut la dernière de ses préoccupations lorsqu'elle décolla plutôt maladroitement, s'éloignant alors du stade. La nuit était quasiment tombée à cette heure-ci et le vent s'engouffrant dans son visage et ses cheveux s'était largement rafraichi en ce début d'automne. Le voyage ne dura pas bien longtemps et une fois arrivée à destination, elle se retourna et contempla la vue.
« Poudlard peut être assez spectaculaire de nuit. »
Ainsi résonnèrent dans son esprit les paroles de Cédric le soir où il lui avait fait découvrir ce point de vue de Poudlard illuminé. Oui, tout cela était magnifique, mais elle ne ressentit aucune joie, ni aucun émerveillement en cet instant. Emma se laissa tomber à terre, sans quitter le château de ses yeux tristes et douloureux. Elle ne se rendit pas tout de suite compte de ses tremblements. Mais ajoutés à son cœur serré plus que jamais et sa difficile respiration, la jeune fille eut cette furieuse envie de prendre cette potion de relaxation présente dans son sac. Elle avait déjà pris une dose conséquente avant de rejoindre le terrain de Quidditch, pour se donner du courage sans doute. Mais quoiqu'il en était, vu son état elle en avait non seulement envie, mais besoin. Une fois le liquide avalé, elle ferma les yeux et s'allongea sur l'herbe humide de fraicheur. Emma resta là, à fixer la vue, à pleurer et à se ressasser tout ce qui avait pu l'amener dans ce pitoyable état. Elle qui avait tant de fois fui et évité de se laisser envahir par ce sentiment, cette fois-ci elle avait mis les pieds en plein dedans. Et Merlin que cela faisait mal...
Bonjour,
Voici la première partie d'une suite de chapitres... Breaking... ...Down. La suite au prochain épisode !
J'ai hâte d'avoir votre avis sur le début de cette déchéance.
N'hésitez pas à me donner votre avis !
Je m'exprimerai un peu plus à la fin du prochain chapitre. D'ailleurs, si vous avez des pronostics ?
A bientôt !
Desea Oreiro
