Bonjour à tous, me revoilà (enfin) pour un nouveau chapitre. J'espère que les 6 derniers mois n'ont pas été trop compliqués pour vous, et que vous et vos proches vous portez bien !
Je m'excuse pour cette longue attente, j'ai vu dans vos reviews que certains pensaient que cette fiction était arrêtée. Comme je vous l'avais dit, je mettais un point d'honneur à finir cette fic. Eh bien, j'ai l'honneur de vous annoncer que c'est chose faite. Les Jardins de Mithridate sont officiellement terminés. En me remettant à l'écriture il y a quelques temps, je me suis rendue compte que j'étais beaucoup plus avancée dans l'histoire que ce que je pensais, alors j'ai mis les bouchées doubles pour écrire la fin avant ma rentrée. Et j'ai réussi !
La fiction comporte 32 chapitres, vous aurez donc une publication tous les vendredis sur les 5 ou 6 prochaines semaines normalement (l'un des chapitres restants est court, je pense donc que vous aurez deux chapitres à la fois durant le week end en question !). Je me permets quand même de prendre du retard dans les publications à un moment, car mes chapitres sont encore frais pour moi, et il est donc possible que je décide d'apporter quelques modifications aux derniers une fois que je les aurais laissés reposer :) Vous savez tous quels tragiques événements attendent Rogue et Hermione prochainement, et je peux vous dire que ce n'était pas drôle ni facile à écrire XD J'espère que vous apprécierez les choix que j'ai faits :)
Je tiens à vous remercier chaleureusement pour l'accueil que vous avez fait au dernier chapitre. Vous m'avez laissé 4 pages de reviews, j'ai halluciné ! Merci pour votre soutien sans faille, votre bienveillance, et surtout, SURTOUT, votre patience (clin d'oeil au titre du chapitre haha). Les Jardins n'auraient pas été aussi loin sans votre enthousiasme. J'ai vraiment le trac pour la suite, j'espère vraiment qu'elle sera à la hauteur de vos attentes !
Réponse à Carlie: oh mon dieu, j'espère que tu as arrêté de vérifier tous les jours depuis le temps, je suis vraiment désolée pour le retard ! Merci de ta review, ravie que ce chapitre t'ait plu !
Réponse à Audrey: Ravie que ça t'ait plu ! Oui, tu as totalement raison, les problèmes arrivent prochainement malheureusement (c'était douloureux à écrire d'ailleurs XD) Aah, happy ending or not, that is the question héhé. J'espère que la suite ne te décevra pas, merci pour ta review ! (Et même TES reviews, désolée pour le retard depuis le temps XD)
Réponse à Loumiss: Merciiiii ! J'espère que la suite te plaira !
Réponse à Cam: Ravie que ça t'ait plu, j'espère que la suite te plaira !
Réponse à Lucie: Ravie que tu aies aimé ! Après un passage à vide, me revoilà, j'espère que tu aimeras ! Merci de ta review ! (Et pour ta deuxième review: la voici hahaha, désolée pour l'attente)
Réponse à Juju: Vraiment désolée pour ce retard… Merci de ta review !
Réponse à Rosi: Here it is :p
Réponse à Ingrid: Je suis désolée pour ces publications erratiques, mais ça ne devrait plus être le cas à présent :) Merci de ta review !
Réponse à Anonyme: Désolée de t'avoir fait attendre au point que tu perdes l'espoir de lire la suite. J'avais promis que je n'abandonnais pas, je tiens parole :) Merci pour ta review !
Réponse à Guest: Hahaha merci beaucoup !
Plus on sait, plus on doute.
Pie II
Rogue contemplait la surface sombre du Lac Noir, seul, du haut de la Tour d'Astronomie. Son corps vibrait encore de ce qu'il avait osé faire quelques heures plus tôt. Il avait honte, honte d'avoir cédé comme un homme faible. Honte de ne pas avoir su tout arrêter alors qu'il en avait eu maintes fois l'occasion. Il avait cédé par désespoir.
Dumbledore avait refusé qu'il revienne sur sa parole. Il y aurait pu avoir un autre dénouement. Mais dans trois jours, il aurait achevé de sa main le seul homme sur Terre qui croyait en lui, en sa rédemption. Dans trois jours, il serait l'homme à abattre, encore plus qu'il ne l'était déjà.
Mais toutes les pensées noires qu'il ruminait n'étaient rien comparées à ce qu'il imaginait de la réaction d'Hermione lorsqu'elle apprendrait tout.
Pourquoi avait-il été incapable de l'éloigner de lui ? Peut-être avait-elle eu raison, finalement. L'un comme l'autre, ils n'avaient eu d'autre choix que de céder honteusement à l'appel du corps.
Il l'avait laissée s'attacher, il lui avait montré un bout de lui que personne ne pouvait plus apercevoir. Elle lui avait donné une chance, et il avait été trop faible pour refuser cette main qui se tendait, cette main dont il avait eu, au fond, tant besoin. Il s'était attaché, lui, à cette femme qu'il avait longtemps considérée comme étant complètement dénuée d'intérêt.
Mais cette nuit, cette nuit… Il n'aurait pas dû. Elle allait le prendre pour un profiteur, pour un homme vil. Vil, il l'était certainement. Mais pas comme cela. Certainement pas de cette façon.
Il se dégoûtait. Il se détourna de la balustrade et entreprit de redescendre dans les cachots. Encore deux soirs. Il devait avoir l'air normal. Ne pas faire comme s'il allait disparaître après avoir assassiné le plus grand sorcier du monde actuel. Ne pas faire comme s'il était un monstre. Oublier.
Oublier que bientôt, seule la haine brillerait dans les prunelles d'Hermione Granger lorsqu'elle poserait ses yeux sur lui.
oOo
Le malaise était palpable. Comment agir ? Comment se comporter correctement après une nuit pareille ?
Rogue était mutique. C'était à peine s'il osait regarder Hermione dans les yeux. La regarder tout court. Hermione se racla la gorge pour dissiper le silence lourd qui s'interposait de nouveau entre eux.
- Alors… C'est prêt ? C'est vraiment prêt ?
- Mmh, fit Rogue, penché sur le chaudron.
Hermione fronça les sourcils. Fallait-il ouvrir la discussion sur ce qui s'était passé entre eux presque vingt-quatre heures plus tôt ? Qu'y avait-il à dire ?
- C'est arrivé, c'est tout, lâcha-t-elle presque malgré elle.
Elle vit les phalanges de Rogue se contracter sur la table sur laquelle il s'appuyait, les mains posées de part et d'autre du chaudron. Elle l'entendit soupirer.
- Je ne veux pas en parler, marmonna Rogue.
- Très bien. Mais cessez donc de vous comporter ainsi.
Rogue se retourna lentement.
- Et comment voulez-vous que je me comporte ? répondit-il lentement. Comment pourrais-je me comporter normalement avec vous alors que…
Il renifla dédaigneusement. Cependant, Hermione comprit que le mépris qui sourdait dans ses mots ne lui était pas destiné.
- La potion, trancha Hermione. Je veux la goûter, il est temps. Vous ne croyez pas ?
Elle s'approcha de Rogue, et celui-ci fit un pas de côté pour éviter soigneusement tout contact. Hermione fit mine de n'avoir rien vu. Elle savait pourquoi il réagissait ainsi. Il avait honte de lui, honte de ce qu'il avait fait et laissé faire. Elle, non.
Rogue lui tendit un petit flacon rempli de la potion qu'ils avaient mis tant de temps à élaborer. Le cœur d'Hermione cognait fort. Et si cela ne fonctionnait pas ? Elle n'était pas sûre d'avoir le courage de s'y remettre. Elle avait mis tant d'espoir, depuis plusieurs jours, dans le liquide irisé qui emplissait la fiole levée devant ses yeux. Elle prit une profonde inspiration et saisit le récipient, en veillant à ne pas toucher Rogue. Le flacon en main, elle planta ses yeux dans ceux de son compagnon, et fit sauter le petit bouchon de liège. Elle haussa une épaule, sourit un peu.
- A la vôtre, souffla-t-elle.
Elle but une gorgée. Elle sentait Rogue se tendre devant elle, les sens aux aguets, prêt à intervenir si elle présentait le moindre signe suspect pouvant signifier une intoxication.
Mais rien ne se passa. Absolument rien. Rogue laissa passer trente secondes interminables durant lesquelles ils attendirent tous les signes possibles d'une réaction, bons comme mauvais. Le Maître des Potions arqua un sourcil interrogateur.
- Rien, dit Hermione en reposant la fiole.
Rogue se pencha alors sur le plan de travail et récupéra un petit bol, qu'il présenta à Hermione. Il était rempli de clous de girofle. La jeune femme se pencha dessus.
- Je ne sens rien, souffla-t-elle.
Une boule enfla dans sa gorge, et elle se fit violence pour ne pas envoyer valser le contenant. Rogue demeurait impassible.
- Dans ce cas, susurra-t-il, revenons aux classiques.
Et sur ces mots, il tendit une nouvelle fiole à Hermione.
- Cyanure, indiqua-t-il.
La jeune femme déboucha la fiole et respira.
- Je sens toujours le poison.
Ils testèrent ensuite le goût de la jeune femme, sur aliments comestibles et empoisonnés. Rien n'avait changé. Dépitée, Hermione se laissa tomber sur un tabouret.
- Merde, lâcha-t-elle.
- Restez polie.
- Non. Merde.
Rogue la fusilla du regard.
- Cessez ce comportement, Hermione. Vos huiles essentielles n'ont pas fonctionné en une prise, que je sache. Vous êtes trop impatiente, ce n'est pas un trait de caractère qui a sa place dans un laboratoire de recherche en potions. Vous n'avez pas été intoxiquée par la préparation, et cela représente une avancée monumentale en soi, croyez-le bien.
Hermione soupira, et fixa d'un œil morne le feu qui crépitait encore sous le chaudron. Elle sursauta quand Rogue posa une caisse en bois devant elle. Un tintement de verre accompagna le geste. Hermione jeta un œil à l'intérieur de la boîte et y découvrit une multitude de petits flacons.
- Qu'est-ce que…, commença-t-elle.
- Votre cure, la coupa Rogue. Une dose le matin, une dose le soir. Surveillez bien l'évolution.
Hermione leva lentement les yeux vers cet homme qui avait déjà tout prévu.
- Et si ça ne fonctionne pas ? demanda-t-elle.
- Alors nous recommencerons, dit Rogue.
L'ombre qui passa sur son visage et ses yeux fuyants à ces mots n'échappèrent pas à Hermione.
oOo
Hermione remonta dans la Salle Commune, chargée de sa boîte de cure, en prenant garde de ne pas casser de flacon. Elle se sentait étrange. Vide. Elle ne comprenait pas comment Rogue avait pu être si ardent la veille, et si froid aujourd'hui. Aucun geste vers elle. Aucune braise dans les yeux. Juste des ombres, rampantes. Des ombres partout. Autour de lui, sur son visage. Lui avait-il fallu un seul grand saut pour calmer le feu définitivement ? Hermione n'y croyait pas. Avait-elle espéré quelque chose en descendant dans les cachots ce soir ? Évidemment. Elle avait espéré l'homme. Elle n'avait eu que le Maître des Potions.
Patience.
Lui-même lui avait reproché de tout vouloir tout de suite. Mais elle attendrait. Le désir. Les rêves. La Résonance. On ne pouvait briser d'un claquement de doigts ce lien si étrange qui s'était tissé entre eux. On ne pouvait pas le rompre si facilement, elle en était certaine.
Il était bien trop tard pour risquer de croiser quiconque dans la Salle Commune. Pourtant, Hermione n'était pas seule lorsqu'elle y posa le pied. Elle reconnut immédiatement la silhouette avachie devant la cheminée.
- Harry ?
Son ami ne se retourna pas. Il jouait avec les braises mourantes de l'âtre de la pointe d'un tisonnier. Anxieuse, Hermione déposa son fardeau sur une table, puis s'approcha de son ami.
- Harry, tu vas bien ?
Elle ne put s'empêcher de reculer légèrement lorsque Harry se tourna enfin vers elle. Il avait les traits durcis de colère, et le vert si pur de ses yeux s'était soudain empli d'ombres. Hermione s'assit lentement à côté de lui, et attendit.
Patience.
Le regard de Harry retourna aux braises. Leur rougeoiement accentuait les ombres de son visage, faisait ressortir les muscles tendus de sa mâchoire.
- Il a réussi, lâcha le jeune homme. Malefoy. Il a réussi.
- Réussi quoi ? tenta doucement Hermione.
- Quoiqu'il ait essayé de faire. Il a réussi.
Il ferma les yeux un instant et prit une profonde inspiration.
- C'est Trelawney. Elle a entendu quelqu'un crier de joie dans la Salle sur Demande.
Hermione garda le silence. Harry eut un rire sans joie. Un rire effrayant.
- Mais le pire, c'est que ce n'est pas la seule chose que j'ai apprise ce soir, continua-t-il. Elle m'a parlé de la prophétie. Elle m'a avoué qui a livré la prophétie à Voldemort, qui a condamné mes parents.
Sa voix trembla sur les derniers mots, et quand il tourna ses yeux vers Hermione, ils étaient brillants de larmes. Hermione sentit ses cheveux se hérisser dans sa nuque.
- Qui, Harry ? demanda-t-elle d'une voix sombre.
Harry renifla.
- En fait, je ne l'ai encore dit à personne, et c'est ironique que tu sois celle à m'avoir trouvé ce soir.
Il braqua ses grands yeux verts emplis des reflets du feu mourant dans ceux d'Hermione.
- La personne qui a tué mes parents est la même que celle qui t'aide à retrouver tes sens.
Hermione eut la sensation que son cœur s'écroulait dans sa poitrine, emportant avec lui ses côtes, son estomac et tous les organes qu'il trouvait sur son passage. Elle serra les dents si fort qu'elle se fit mal à la mâchoire. Elle tenta de garder son calme.
- C'est Voldemort qui a tué tes parents, Harry, dit-elle doucement.
- Il est autant coupable que lui, s'énerva Harry. Il les a livrés à la mort, il…
Il ne termina pas sa phrase, la gorge serrée par les sanglots. Hermione elle-même était à deux doigts de la rupture.
- Je suis… Je suis désolée, Harry… Vraiment désolée… Mais… Je veux dire, Dumbledore, il…
- Il est aveugle, comme les autres, comme vous tous. Aveugle. Rogue est dangereux. C'est un espion, un meurtrier. Un salaud. Et quoi que Malefoy ait réussi à faire, il l'a aidé dans son entreprise. Il a fermé les yeux sur le collier d'opale, sur l'empoisonnement. Malefoy n'est qu'une marionnette, j'en suis sûr. Une marionnette dont Rogue tire les ficelles.
Hermione sentait les larmes se multiplier au bord de ses paupières. Elle les chassa d'un mouvement rageur de l'avant-bras.
- Je n'arrive pas à croire que…, commença-t-elle, la gorge serrée.
- Moi si. Cet homme n'est qu'une ordure. Si je lui tombe dessus, j'utiliserai ce sort. J'attendrai. Je serai patient. « Contre l'ennemi », a dit le Prince. J'utiliserai Sectumsempra sur Rogue, et j'espère qu'il mourra dans la douleur.
Hermione tourna lentement les yeux vers son ami. Jamais elle ne l'avait entendu parler avec tant de haine, avec une telle soif de sang. Elle eut peur un instant, peur de constater ce que la vie avait fini par faire de lui. A force de subir des épreuves, Harry avait forgé sa carapace, et il était prêt à rendre à la même hauteur la souffrance qu'on l'avait forcé à endurer. Dans un élan de détresse, Hermione le prit dans ses bras. Ils laissèrent leurs larmes couler en silence, pour drainer la colère et le chagrin qui les engloutissaient. Ils restèrent longtemps ainsi, serrés l'un contre l'autre, à regarder mourir le feu, et à se regarder mourir avec lui.
oOo
Hermione passa une très mauvaise nuit. Une question, parmi tant d'autres, tournait sans répit dans son esprit. Qui est Severus Rogue ? Elle n'arrivait pas à croire qu'il était l'élément déclencheur de la mort des parents de Harry. Elle se sentait responsable. Responsable de l'intimité interdite qu'elle avait partagée avec lui. Et Malefoy ? Harry semblait avoir eu raison depuis le début. Il avait voulu accomplir quelque chose, et venait vraisemblablement de réussir. Quel avait été le rôle de Rogue ? A quoi et envers qui s'était-il engagé par le biais du Serment Inviolable ? A quoi avait rimé cette rencontre dans la Réserve ? Ce rejet de Drago ?
Hermione était perdue. Une fois encore, elle devait se rendre à l'évidence, cette évidence qu'elle détestait et qui la rappelait sans arrêt à l'ordre : elle ne connaissait pas Severus Rogue. L'avait-il abusée, finalement ? S'était-il joué d'elle pour avoir ce qu'il désirait : un corps jeune et naïf ? Était-il pervers à ce point ? Hermione ne pouvait pas le croire. Un pervers n'aurait pas pris le temps ni le risque de lui fabriquer un présent comme les Jardins de Mithridate. Un pervers n'aurait pas mis tant de fougue à la repousser, s'il avait pu avoir plus tôt ce qu'il désirait. Ou alors… Pouvait-il être manipulateur à ce point ? Elle devait bien l'admettre : les révélations de Harry avaient frappé un grand coup dans ce qu'elle avait cru être des certitudes. Alors, pour soulager sa conscience, pour panser la plaie béante dans son cœur et dans son corps, Hermione se rattachait à une phrase, une unique phrase qu'elle répétait dans sa tête, inlassablement : Dumbledore lui fait confiance.
On ne pouvait pas duper ainsi un sorcier comme Dumbledore. Harry ne pouvait pas tout savoir. Il avait beau passer du temps avec le grand sorcier, ce dernier avait beau avoir de l'affection pour son ami, il ne lui révélait pas tout. Après tout, Dumbledore avait même été jusqu'à cacher à Harry l'existence de l'Ordre du Phénix l'année précédente, alors même que Ron et elle-même avaient déjà mis un pied dedans.
Mais Rogue était diablement intelligent, elle était bien placée pour le savoir. Elle avait eu tout le loisir de l'observer à l'œuvre, dans son antre. Et si Dumbledore se trompait ? Et si elle-même s'était stupidement faite avoir, comme une adolescente aux émotions exacerbées ?
Qui es-tu, Severus Rogue ?
oOo
Hermione descendit lentement les escaliers des cachots, une main plaquée sur le mur de pierre froide. Elle avait besoin de ce soutien, du frottement doux de la roche lisse sur sa paume. Elle avait besoin de sentir qu'elle était bien là, ancrée dans la réalité. Elle s'inquiétait pour Harry. La colère bouillonnait en lui et lui dictait chacun de ses actes et de ses paroles. Il leur avait annoncé, à Ron, Ginny et elle-même, qu'il devait accompagner Dumbledore le lendemain pour une mission concernant les Horcruxes. Il leur avait dit pour Malefoy. Pour Rogue et la prophétie. Hermione, le cœur en miettes, avait cherché le regard de Ginny. Celle-ci avait gardé ses yeux baissés sur son porridge à peine entamé.
- Pendant que nous serons absents, avait continué Harry, l'air grave, des Mangemorts risquent d'assaillir le château. C'est ce que Dumbledore pense.
Il avait alors sorti de sa poche une petite fiole, qu'Hermione avait reconnue comme étant son reste de Felix Felicis.
- Je vous le donne, avait-il dit en regardant Ron et Hermione avec intensité. Partagez-le avec le Ginny.
Hermione s'était demandé comment elle avait pu être aveugle aux changements qui s'étaient opérés en Harry ces derniers mois. Il était résigné, prêt à tout. Il lui fallait, elle, choisir son camp. Harry avait continué :
- L'Ordre va venir demain soir, patrouiller dans le château. Je veux que vous réunissiez tous les membres de l'Armée de Dumbledore que vous pourrez convaincre, tous ceux qui veulent prendre part à la bataille. Vous devez surveiller la Salle sur Demande, et le bureau de Rogue.
Harry avait laissé, à ces mots, ses yeux posés longtemps sur Hermione. Une boule dans la gorge, elle avait hoché la tête. Elle suivrait Harry jusqu'au bout.
Alors qu'elle continuait sa descente dans les profondeurs de Poudlard, Hermione s'inquiétait pour elle-même, pour son rendez-vous imminent avec Rogue. Comment pourrait-elle faire comme si de rien n'était ? Comment pourrait-elle ignorer sa connivence étrange avec Malefoy, sa responsabilité dans la mort de James et Lily Potter, son rôle à jouer dans les événements imminents ?
Comment pourrait-elle faire face, ce soir, aux abysses insondables des yeux de Severus Rogue ?
Elle entra d'un pas ferme dans le laboratoire, ne salua pas Rogue qui leva la tête à son entrée. Tout ce qu'elle ressentit en voyant ce visage anguleux ne fut qu'une colère sourde, qu'un immense sentiment de trahison.
Qui es-tu, Severus Rogue ?
Elle eut envie de partir en courant, d'oublier cet homme, d'oublier ses actes à lui, ses désirs à elle. Elle eut brutalement envie de n'avoir jamais connu Severus Rogue. Elle sentit le lourd regard de Rogue peser sur elle alors qu'elle s'avançait vers sa place de travail. Elle n'était pas aussi douée que lui en manipulation, et ne doutait donc pas que tout se lisait sur son visage comme dans un livre ouvert.
Elle s'installa mais ne bougea plus, laissant ses yeux flous vagabonder sur les articles de Dissociation, les doigts enfoncés dans la chair de ses cuisses, les phalanges blanchies et la gorge serrée.
La tourmente de ses émotions était telle que la plume trempée dans l'encrier se mit bientôt à trembler. Du coin de l'œil, elle vit Rogue s'avancer vers elle, lentement, comme un félin en chasse. Hermione pouvait encore choisir. Elle pouvait encore attraper un livre, faire semblant, désamorcer la bombe en elle qui menaçait d'exploser. La vérité était qu'elle n'en avait pas envie. Elle comprit à cet instant qu'elle n'était pas venue pour cela, elle n'était pas venue faire semblant. Elle était venue pour la confrontation. Résignée, elle leva brutalement la tête et braqua ses prunelles dans celles de Rogue. Les mots jaillirent de sa gorge, bas et mesurés, menaçants.
- Je suppose que vous êtes au courant pour Malefoy. Vous devez être ravi que votre protégé soit enfin parvenu à ses fins, n'est-ce pas ? gronda-t-elle.
- Je vous demande pardon ? fit Rogue d'une voix doucereuse.
C'était la voix qu'il employait en guise de dernier avertissement. Hermione passa outre.
- Vous savez tout, n'est-ce pas ? Vous savez que c'est lui qui a failli tuer Katie Bell avec le collier d'opale ensorcelé. C'est lui qui a empoisonné l'hydromel qui a failli tuer Ron. Vous le savez depuis le début et vous n'avez rien dit.
Rogue s'approcha dangereusement d'Hermione, d'un pas lent qui faisait chuinter sa cape sur le sol de pierre.
- M'accuseriez-vous d'une quelconque infamie ? fit-il.
Hermione dut mettre toute sa volonté en branle pour soutenir les yeux noirs qui étaient en train de l'avaler toute entière. Son souffle s'accéléra et elle ne put retenir plus longtemps les larmes de rage qu'elle gardait dans la gorge. Des torrents salés ne tardèrent pas à dévaler ses joues.
- Je vous ai entendu, ce soir-là à la Réserve, répondit la jeune femme en essayant de maîtriser les sanglots qui commençaient à imprégner sa voix. Vous avez rejoint Malefoy, vous saviez qu'il préparait quelque chose, vous vouliez l'aider. L'aider à quoi ?
Sa voix se brisa sur ses derniers mots. Alors, elle osa mentionner ce qui la tourmentait depuis si longtemps.
- Je sais que vous avez fait le Serment Inviolable pour lui, lâcha-t-elle.
Elle dut se retenir à la table quand elle vit le masque de Rogue se briser devant elle, quand elle vit son regard fuir le sien. Tremblante de tout son être, elle n'osa plus faire un geste. Elle s'était attendue à la rage, elle n'obtint qu'une résignation silencieuse qui la déchira encore un peu plus.
L'homme en face d'elle poussa un long soupir, puis il l'observa à nouveau. Il semblait avoir vieilli en une poignée de secondes. Ils restèrent un instant muets, au milieu des reniflements d'Hermione et des gargouillis des potions sur le feu.
- Écoutez-moi…, commença Rogue entre ses dents.
- Non, vous, écoutez-moi ! le coupa Hermione en serrant les poings. Qui êtes-vous ? J'ai eu envie de croire que vous n'étiez pas celui que tout le monde dépeint, je vous ai défendu tant de fois devant mes amis, j'ai toujours pensé que Dumbledore avait sûrement de très bonnes raisons de vous garder à ses côtés, et maintenant…
- Et maintenant quoi, Hermione ? reprit Rogue de sa voix de basse faussement calme. Je t'avais prévenue, tu n'as pas écouté. Tu n'as cessé de revenir, quand je t'avais donné l'occasion de me fuir. Et maintenant tu doutes ? Ton ami Potter t'a enfin convaincue de mes penchants démoniaques ?
Aveuglée par la colère, Hermione ne se rendit pas compte qu'elle venait d'entailler profondément le cœur de Rogue. Les mots fusèrent hors de sa bouche sans qu'elle puisse les retenir. Elle voulait le mettre face à ses actes.
- Tu as tué ses parents…, dit-elle d'une voix aiguë noyée de larmes. Tu les as livrés à la mort…
- Je n'ai pas tué James et Lily Potter ! hurla Rogue, soudain hors de lui.
Il se précipita sur Hermione et lui agrippa fermement les épaules.
- Je ne les ai pas tués, tu entends ?
- Qui, de toi ou de moi, essaies-tu donc de convaincre ?
oOo
Rogue lâcha Hermione puis lui tourna le dos, fixant le mur avec intensité. Il ne supportait plus de voir la colère d'Hermione déformer ces traits qu'il avait appris par cœur. Elle avait raison, elle et son esprit vif avaient déjà tout compris.
Bien sûr que tu les as tués. Tu as tué Lily, ta Lily.
Lui qui avait pris le risque de faire entrer Hermione Granger dans sa vie, n'avait obtenu en retour que ce à quoi il s'était attendu, que ce qu'il méritait. La haine. Qu'aurait-elle pu éprouver d'autre après tout ? Il avait tué. Il allait tuer.
Rogue avait compris depuis longtemps qu'Hermione savait un certain nombre d'informations au sujet de Malefoy. Mais le Serment Inviolable… à quel moment avait-elle pu entendre parler de cela ? A quel moment avait-il commis une telle imprudence ?
Il fallait se rendre à l'évidence : il avait été un parfait idiot. Il aurait dû tenir Hermione Granger à l'écart de lui. Il craignait de voir, de comprendre quelle sorte de sentiments elle avait développés à son égard. Elle allait tomber de haut, de plus haut encore que maintenant. Il lui fallait agir. Il fallait qu'elle le déteste, pour de bon cette fois. Il fallait qu'il lui montre à quel point il avait pu être dangereux, à quel point il pouvait encore l'être. Il avait senti dans la voix d'Hermione, dans ses yeux, qu'elle n'était pas encore sûre. Elle s'accrochait encore. Il lui fallait remédier à cela. Qu'elle parte sans se retourner. Qu'elle ferme elle-même la porte béante entre eux. Qu'elle le haïsse pour de bon. Ce serait tellement plus simple ainsi. Pour elle, pour oublier. Pour lui, pour continuer.
oOo
Rogue la lâcha avec dédain et fit volte-face. Il passa lentement une main dans ses cheveux. Hermione l'entendit reprendre sa respiration plusieurs fois, en souffles profonds. Sa voix s'éleva alors, un peu plus rauque que d'habitude.
- J'ai été si faible de te laisser pénétrer ma vie, souffla-t-il. Si faible. Je ne pourrai jamais gagner face à un Potter. Nimbés de gloire, partout où ils passent. Adulés. Chacun y voit ce qu'il veut, personne ne voit ce qu'il faut. Moi, je les vois comme ils sont. Vantards, pédants, tricheurs…
Lentement, il se tourna vers Hermione, qui n'était plus que l'ombre d'elle-même. Essoufflée, les yeux gonflés, agrippée à la table, elle écoutait attentivement le Maître des Potions. Rogue s'approcha d'elle, le visage fermé, envahi d'une souffrance qu'Hermione n'avait jamais vue.
- Tricheurs, répéta-t-il. Bons au Quidditch, mais s'accaparant le mérite des autres là où leur médiocrité ne leur permet pas de briller assez. Parfois…
Un sourire mauvais, sans aucune joie, se dessina sur ses lèvres. Il braqua les océans glaciaux de ses yeux sur Hermione.
- Parfois, il suffit de tomber sur le bon manuel, n'est-ce pas ? Un livre, un simple livre peut faire la différence quand il est bien rédigé, commenté, corrigé…
Le souffle d'Hermione s'emballa. Quelque chose de mesquin commençait à se frayer un chemin depuis le fond de sa pensée, quelque chose qu'elle chercha violemment à réfréner. Elle aurait voulu que Rogue se taise, qu'elle puisse oublier ce à quoi elle commençait à penser.
- Potter, tricheur, Potter, menteur, continua implacablement Rogue. On pense tout connaître de quelqu'un, on peut le haïr, mais passer outre lorsqu'il peut vous être utile. C'est facile. Les Potter le font très bien. Ils font alors confiance, car cela peut les aider à briller encore plus, c'est ce qu'ils veulent, à n'importe quel prix. Mais ce prix peut s'avérer élevé, il peut s'avérer dangereux, meurtrier même.
- Sectumsempra, souffla alors Hermione. C'est toi… C'est toi, n'est-ce pas ? Tu es le Prince de Sang-Mêlé.
Rogue ne réagit pas. Une étincelle prétentieuse vint un instant illuminer son regard, et cela écœura Hermione. Elle songea au dégoût qu'elle avait eu pour ce Prince. D'abord parce qu'il était bien meilleur qu'elle. Ensuite parce qu'il était dangereux. Dépassée par les événements, elle se laissa tomber sur un tabouret, puis se mit à rire doucement, alors que les larmes recommençaient à couler.
- Comment ai-je pu être aussi aveugle ? se questionna-t-elle à voix haute. Qui d'autre ?...
Ses mains tremblaient. Rogue l'effrayait de nouveau. Quel genre de personne invente, encore adolescent, un sort qui permet de couper quelqu'un en deux ? Lentement, elle leva la tête vers Rogue. Il la contemplait, presque narquois, attendant sûrement qu'elle se dérobe en hurlant, qu'elle se sauve en le traitant d'assassin. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Elle ferma un instant les yeux et reprit son souffle, laissant la colère redescendre un peu, juste assez pour qu'elle puisse révéler ce qu'elle était en train de comprendre.
- J'ai détesté ce Prince, dit Hermione. Je crois que je le déteste encore. J'ai découvert trop d'horreurs dernièrement autour de cette personne, et je me suis mise en colère. Et c'est là qu'est tout le problème. Si j'avais pensé comme Harry, si je t'avais détesté au plus profond de moi, alors… j'aurais trouvé que tout cela allait de soi, que cela collait. Mais pour moi cela ne colle pas, cela ne colle pas avec l'homme que j'ai fréquenté tous les soirs durant plusieurs mois. Cela ne colle pas à l'homme qui m'a offert les Jardins de Mithridate pour m'aider à me souvenir, à l'homme qui a créé un traitement contre ma perte de sens.
Le cœur au bord des lèvres, elle se leva lentement de son tabouret et s'approcha de Rogue, qui s'était assis à son tour. Arrivée devant lui, elle leva lentement une main et souleva délicatement le menton de cet homme si complexe qu'elle avait tant apprécié durant les derniers mois, tant détesté durant les dernières heures. Elle força l'homme à lever son visage vers elle, et plongea ses yeux dans la douleur qui nimbait le regard de Rogue.
- Qui es-tu donc, Severus Rogue ? murmura Hermione.
Voilà donc une première étape de franchie. Mais le pire est à venir pour nos deux énergumènes adorés... Merci de votre lecture, et à tout bientôt !
