Chapitre 40 : Retour au Douze

Lors de mon escapade dans le douze, après des mois passés à tenter de me remettre sur pied, j'étais tellement sur excitée, que j'avais passé mon temps à hurler sur ma mère afin qu'elle se dépêche de se préparer pour qu'on puisse partir…alors qu'il nous restait trois heures avant que l'on vienne nous chercher.

J'étais intenable. Mais il fallait comprendre qu'entre le mois passé à l'hôpital où je m'étais sentie devenir un vrai légume sur mon lit, épiée, sans aucune intimité, puis les quatre mois qui venaient de s'écouler dans le quatre, j'avais vraiment besoin de voir et de faire autre chose.

Maman avait insisté immédiatement pour m'accompagner quand l'on m'avait appelé. Je n'avais pas refusé qu'elle vienne.

De plus, c'était aussi enfin l'occasion pour moi, de partir en quête de ma future maison. J'avais harcelé Haymitch afin qu'il m'aide à distance, pour qu'il aille en éclaireur, visiter deux maisons que je n'avais pu voir que par le biais d'annonces que l'on m'avait faites parvenir, après que j'en eus fait la demande au nouveau dirigeant du District douze.

Sam Roberts, était le nouveau maire du District. Nous avions commencé à échanger par téléphone au sujet de mon futur poste et de la direction que je souhaiterais donner à la vie de l'école. Au début je ne m'étais pas sentie très à l'aise dans le rôle de la future directrice qui devait faire part de ses décisions. Déjà, parce que je suis encore très jeune et que lui est un vieux baroudeur, un natif du douze qui avait l'âge d'Haymitch, je crois d'ailleurs qu'ils avaient été à l'école en même temps ensemble et ensuite car j'avais malgré tout du mal à me sentir légitime pour assurer ces fonctions.

Avant la fin de la guerre, comme la plupart des hommes, il travaillait dans la mine. Il avait survécu au bombardement et avait fui avec les quelques maigres rescapés vers le treize. Il n'avait jamais été un porte-parole quelconque, c'était une personne lambda. Mais il avait été très présent pour aider le douze à se reconstruire, pour apporter des idées, et quand le moment des élections était arrivé, il n'y avait pas eu d'autres candidats que lui, plus désigné pour ce poste. C'était un homme simple et franc et cela me plaisait. Il me mit à l'aise rapidement, me proposant de l'appeler par son prénom et de nous tutoyer. Il ne me considérait pas comme une gamine arriviste et voulait que nous nous comportions d'égal à égal. Il ne tenait pas compte de mon ancien statu de meneuse de rébellion, il me considérait comme une collègue à part entière et voulait que l'on travaille ensemble main de la main. Il était même venu me voir, il y a deux semaines, dans le quatre, afin que nous fassions officiellement connaissance autrement que par téléphone. Ma mère le connaissait bien aussi. Il avait été un des rares mineur, à l'époque où mon père était mort, à avoir survécu, simplement car ce jour-là il était malade et n'avait pas été travailler. Il m'avait rassuré sur le fait qu'il serait à mes côtés pour m'aider à intégrer mon poste. Il avait eu plusieurs échanges avec Paylor à ce sujet et n'avait pas objecté quand elle lui avait dit qu'elle m'avait choisi pour remplir cette fonction. Nous étions tous les deux des novices en quelque sorte. Nous avions connu le douze avant et nous partagions les mêmes idées quant à son avenir.

Au fil de nos échanges, j'en avais profité pour lui faire part de mon envie de chercher une nouvelle maison. Il savait parfaitement que Peeta et moi étions ensemble, enfin avant. Il eut, la délicatesse de ne poser aucune question et avait promis de voir ce qu'il pourrait trouver et de me faire passer des informations à ce sujet dès qu'il en aurait. Quelques jours plus tard, après cette conversation, je recevais une enveloppe avec une dizaine d'annonces de maisons, anciennes qui avaient échappé au bombardement ou rénovées récemment. C'était le type de maison que nous n'aurions jamais pu nous permettre de nous offrir avant que je ne remporte les jeux. On passait parfois devant certaines, les regardant avec envie, se demandant ce que cela faisait de vivre dans un certain confort. Je parcourais les photos et deux retinrent mon attention.

L'une était une maison en bois qui venait d'être restaurée. Elle était à la fois simple et moderne. Elle possédait de grandes baies vitrées donnant sur la forêt, avec un beau jardin et avec un cours d'eau qui passait juste à côté. Elle était composée de quatre chambres dont trois à l'étage, de deux salles de bain dont une qui était incorporée à l'une des chambres. Celle-ci avait une vue imprenable sur la forêt. Il y avait également une grande cuisine ouverte sur un salon / salle à manger vraiment spacieux qui donnait lui-même sur une grande véranda. Au rez-de-chaussée il y avait aussi un bureau. Il y avait une petite dépendance dans le jardin, également avec plein de baies vitrées. Je me disais que cette maison était peut-être un peu grande pour moi toute seule, mais que l'avantage c'est que je pourrais recevoir mes amis plus facilement.

La seconde était une maison bien plus petite mais qui me rappelait celle que nous avions, avant d'emménager au le village des vainqueurs. Elle était proche du centre-ville, il y avait une petite cour intérieure. Elle ne possédait que deux chambres, une salle de bain, une cuisine avec salle à manger et salon. C'était une maison qui avait également été restaurée. L'intérieur était plein de charme, avec des briques rouges, une petite cheminée dans le salon, et cette petite cour avec ces plantes grimpantes aux murs. Cela ressemblait à un petit cocon.

J'avais donc appelé Haymitch et l'avait presque menacé pour qu'il accepte d'aller les visiter pour moi, afin d'avoir son avis. Il avait beaucoup râlé mais il avait fini par le faire. Et il me dit qu'il les trouvait bien toutes les deux, mais que le mieux serait que je puisse les voir par moi-même. J'étais bien avancée ! Sam devait donc, après notre visite de l'école, m'emmener les voir. Je trépignais d'impatience !

Entre temps, j'avais décidé d'offrir mon ancienne maison à Sae Boui-boui, en remerciement de tout ce qu'elle avait fait pour moi. Je comptais la voir également aujourd'hui pour le lui dire.

Mes séances de rééducations avaient porté leurs fruits, puisque j'arrivais presque à tout faire toute seule. Bon, évidement j'avais une démarche encore un peu incertaine et pour mon plus grand plaisir, je devais me servir d'une canne pour m'aider à marcher. Ma jambe était raide comme un piquet et bien que j'eusse essayé depuis des semaines de retrouver un peu de souplesse, les progrès étaient maigres ce qui me mettait dans une rage folle. J'avais une énorme cicatrice sur celle-ci, une de plus, mais je devais avouer que les chirurgiens avaient vraiment fait du beau travail et que celle-ci, bien qu'encore rose, ne se verrait que très peu d'ici quelques mois.

Mon bras quant à lui, allait vraiment mieux et j'étais heureuse de retrouver ma liberté de mouvement à ce niveau-là.

Enfin concernant mes problèmes capillaires, c'était en cours d'amélioration. Eiffie m'avait à plusieurs reprises proposé de m'envoyer son équipe personnelle de coiffeurs pour m'aider, mais j'avais poliment décliné sa proposition de peur de me retrouver avec une coiffure encore plus absurde que celle que je devais déjà supporter au quotidien.

Les examens, que je passais régulièrement, donnaient eux aussi de bons résultats, les médecins semblaient satisfaits, ce qui me laissait à penser qu'ils allaient enfin me laisser tranquille d'ici peu.

Comme les séances de rééducations avaient été un peu réduites, je profitais de ce temps pour travailler d'arrache-pied, pour apprendre ce qu'il me faudrait savoir pour assumer mes futures fonctions.

A ce sujet j'avais pas mal avancé. Pas toute seule évidement, mais en grande partie.

L'école serait divisée en trois parties. Une première partie pour les petits âgés de trois à six ans. Nous avions finalement fait le choix de permettre aux enfants dès l'âge de trois ans d'intégrer un cycle d'éveil avec des activités ludiques. Ce cycle évoluerait chaque année jusqu'à leurs six ans. Puis de sept à onze ans, cela serait le cycle primaire, avec l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, des mathématiques, de l'histoire. Concernant cette matière j'avais insisté pour que l'histoire, et ceci dans l'ensemble des cycles, ne soit plus exclusivement concentrée sur Panem, mais sur l'ensemble du monde. Je m'étais montré intransigeante sur ce point, ce qui avait étonné tout le monde puisque pour eux c'était déjà une évidence. Nous prévoyons également de les initier aux sciences, qui seraient plus développées par la suite. Et enfin éducation musicale, artistique, sportive et manuelle. Le troisième et dernier cycle irait de leurs douze ans à leurs dix-huit ans, avec une étape charnière à seize ans, où les élèves pourraient choisir de se spécialiser sur un métier et d'alterner, s'ils le souhaitaient, des cours théoriques et des cours pratiques dans une entreprise par exemple.

Peeta était déjà entré en contact avec Sam pour demander à faire partie de l'équipe enseignante pour cette partie pratique. Sam avait évidemment accepté.

Nous voulions également un système scolaire qui permette aux élèves de tester plusieurs disciplines, afin découvrir différentes choses et de les aider à choisir ce qui leur correspondait le mieux. Le troisième cycle serait celui qui les emmèneraient soit vers un métier à la sortie et après obtention de leur diplôme, soit vers des études supérieures. Il comporterait des matières supplémentaires telles que, la technologie, la littérature et l'écriture, des sciences appliquées, un cours sur les rudiments de la médecine de campagne, un autre sur l'aspect militaire et défensif, un cours sur la communication et l'audiovisuel et nous avions même validé l'idée de proposer des cours de stylisme (et ses variantes), de théâtre, d'arts appliqués, et bien évidement de cuisine.

Pour ma part je n'avais pas encore décidé si je m'impliquerais personnellement dans l'enseignement à proprement parler. Je voulais avant tout m'occuper de la gestion de l'établissement, participer à la mise en place de projets pédagogiques, et surtout accompagner les élèves en difficultés. Nous avions à cet égard prévu d'avoir sur place, une équipe de soutiens scolaire et psychologique, en plus de l'équipe d'enseignants.

Concernant ces derniers je laissais le soin à Sam d'en choisir la plupart, car il connaissait mieux que moi les personnes aptes à remplir ces fonctions. Nous étions convenus qu'il s'occuperait de faire une sélection et que nous les rencontrions tous les deux pour des entretiens individuels afin de faire notre choix ensemble.

L'heure du départ arriva enfin, et il était temps car je ne tenais littéralement plus en place ! L'on vint nous chercher en voiture pour nous emmener à l'aérodrome. Le voyage ne dura pas trop longtemps heureusement.

En descendant nous vîmes Sam et Haymitch qui nous attendaient. Après nous être tous salués, une autre voiture nous emmena directement à l'école. Celle-ci était quasiment terminée. Il fallait encore installer tous les équipements nécessaires à l'enseignement. Certains endroits n'étaient pas encore peints, dans d'autres il y avait encore des câbles électriques qui pendaient ou courraient sur le sol, les cours de récréation devaient encore être aménagées ainsi que le gymnase. L'on m'emmena dans ce qui allait être mon futur bureau. C'était un endroit sobre, aseptisé, relativement impersonnel. Mais cela n'avait que peu d'importance à mes yeux. L'école était divisée en trois parties pour pouvoir, séparer, dans un sens, les trois cycles que nous avions décidés de mettre en place. La partie pour les plus petits comportait notamment un dortoir pour leur permettre de faire la sieste. Tout était en miniature, et très coloré, ça changeait vraiment de l'école sobre et sinistre que nous avions connue. Les deux autres, pour les plus grands, étaient presque semblables. L'école ne comportait pas de clôtures, nous n'en voulions pas, nous voulions une école libre et proche de la nature. Durant la visite nous passâmes devant les cuisines et le réfectoire des grands et Sam me dit :

- Nous avons demandé l'aide de Peeta pour l'aménagement de la cuisine car il sera amené à s'en servir pour dispenser certains cours, bien qu'il y ait également une classe équipée aussi à cet effet. Pour celle-ci aussi il nous a aidé.

Je ne relevai pas, me contentant simplement de valider les choix qui avaient été faits.

Après deux heures à déambuler dans l'école qui ouvrirait ses portes d'ici quatre mois, je me sentais épuisée. Je n'avais plus l'habitude de parler autant tout en marchant et mon cerveau tournait à toute vitesse mais c'était agréable de voir enfin les choses prendre forme et se concrétiser.

Après quoi nous nous rendîmes chez Sam pour déjeuner tous les quatre.

Ce fut un moment convivial et j'écoutais avec attention ma mère, Haymitch et lui échanger sur leurs histoires de jeunesse.

Cependant j'étais aussi et surtout impatiente d'entamer la seconde partie de ma journée qui consistait à aller visiter les deux maisons que j'avais sélectionné.

Là encore nous nous y rendîmes en voiture car il fallait que j'y aille malgré tout doucement avec ma jambe, ce qui avait le don de m'agacer.

Nous commençâmes par la petite maison avec la cour intérieure. Elle était vraiment mignonne, pas tape à l'œil et elle possédait tout ce dont j'avais besoin. Elle avait du charme et, je ne saurais pas comment décrire ce sentiment avec précision, mais cette maison semblait avoir une histoire et cela pouvait se sentir.

Après avoir fait le tour, nous ne rendîmes à la seconde, celle en bois près de la forêt. A peine arrivée, ce fut le coup de cœur. Bien que je me disai au fond de moi que je n'avais pas besoin d'avoir une maison de cette taille là pour moi toute seule, j'étais complétement sous le charme de ce côté si naturel, de l'environnement, de cette vue imprenable sur la forêt, ce cours d'eau qui chantait, et la lumière à l'intérieur. De plus elle était un peu en retrait de la ville, mais pas trop non plus, ce qui permettant cependant d'avoir une certaine intimité. Je m'y sentais simplement bien.

Je me voyais déjà aménager le jardin, passer du temps dehors à profiter du soleil, ou contempler la neige à travers toutes ces grandes fenêtres, assise près de la cheminée en pierres. Je ne cherchai pas midi à quatorze heures et dit à Sam que mon choix était fait et que j'allais acheter cette maison. Ma mère tenta bien de me suggérer de prendre le temps d'y réfléchir, mais vu le regard que je lui lançais elle n'insista pas. Sam me dit qu'il allait s'occuper me de me faire parvenir les documents nécessaires.

Si tout se passait bien je pourrais donc revenir au douze d'ici un mois.

Avant de repartir, je demandais à ce qu'on me dépose chez Sae Boui-boui pour lui annoncer ma décision de lui donner ma maison. Celle-ci commença par refuser catégoriquement, mais j'insista de manière tellement convaincante, qu'après avoir pleuré dans mes bras et m'avoir remercié je ne sais combien de fois, elle accepta.

Je lui demandai s'il lui serait possible de s'occuper d'emballer les quelques affaires qui restaient dans la maison et notamment celles de Prim à ma place, pour les faire suivre, le moment venu, dans la nouvelle, ce qu'elle accepta immédiatement. Je ne pouvais pas le faire par moi-même, c'était eu dessus de mes forces et de plus je ne voulais surtout pas passer à proximité de la maison de Peeta.

Après cette journée bien remplie, Maman et moi repartîmes comme nous étions venues. Durant le trajet, ma mère me confirma qu'elle allait me suivre dans le douze et passer les derniers mois de ma convalescence avec moi avant l'ouverture de l'école. Elle ne savait pas encore si elle resterait définitivement ou pas, en tous les cas j'accepta sa proposition, bien que je ne comprenai pas vraiment pourquoi elle ressentait le besoin de s'infliger encore quatre mois de tortures à devoir me supporter. Mais de cette manière elle pourrait passer plus de temps Haymitch ceci-dit.

Le mois suivant me sembla durer une éternité en attendant que nous puissions enfin retourner au douze et que je puisse enfin intégrer ma nouvelle maison.

Je ne pensais plus qu'à elle.

La semaine dernière ma mère avait reçu par le courrier un carton d'invitation de la part de Peeta pour l'inauguration de sa boutique qui devait avoir lieu dans deux semaines. Je calculais que nous serions donc déjà revenues au douze. Le carton était adressé à nos deux noms. Évidement Annie aussi avait eu le sien. Elle avait proposé de nous accompagner pour notre déménagement et resterait quelques semaines avec nous.

Elle avait été charmée par les photos de ma future maison que je m'étais empressée de lui montrer.

J'avais eu Johanna au téléphone qui m'avait dit qu'elle serait aussi à la soirée de Peeta et qu'elle viendrait donc passer quelques jours au douze, accompagnée de Gale. Johanna, pour la première fois se trouvait être moins bavarde que d'habitude au sujet de leur relation. Et je n'avais pu m'empêcher de la taquiner à ce sujet comme elle avait pu le faire avec Peeta et moi.

J'avais pu avoir Gale aussi qui, de son côté, me disait que Johanna allait très bien, qu'ils se sentaient bien ensemble et qu'elle semblait s'être apaisée, mais que par moment il la trouvait distante sans trop savoir pourquoi. Ils ne vivaient pas ensemble mais se voyaient très régulièrement se rendant dans le District de l'autre à tour de rôle. Cela me faisait bizarre de penser que deux de mes amis les plus proches formaient à présent un couple. Je n'étais pas du tout jalouse. J'étais simplement contente pour eux.

J'avais expliqué à tout le monde que je ne viendrais pas à l'inauguration de la boutique de Peeta, car je pensais que cela serait déplacé de ma part. Je savais qu'il y aurait également Beetee, Enobaria, Haymitch, Eiffie, le Docteur Aurélius et même Paylor. Et moi je resterais sagement chez moi à attendre le retour de Maman, d'Annie et du petit Finn ainsi que Johanna et Gale, qui logeraient tous à la maison.

J'avais hésité un jour à appeler Peeta pour prendre de ses nouvelles. Mais j'avais renoncé me disant que cela ne ferait du bien à aucun de nous. J'en avais parlé avec le Docteur Aurélius, qui essayait de venir me voir à peu près tous les deux mois pour voir comment je m'en sortais. Il n'avait pas été d'un grand secours, me demandant simplement pourquoi j'avais eu l'envie ou le besoin d'appeler Peeta et ce que cela pouvait signifier pour moi. Évidement j'avais fait un blocage et avait refusé de répondre à sa question.

Avec les mois qui s'étaient écoulés, il m'arrivait plus fréquemment de penser à lui, même si je refusais toujours qu'on m'en parle. Je me demandais où il en était, dans quel était d'esprit il se trouvait à l'approche de l'ouverture de son commerce pour lequel il avait tant travaillé…s'il avait rencontré quelqu'un ? Mais dès que ces questions m'assaillaient, je les refoulais le plus souvent et me plongeais de nouveau dans le travail pour m'occuper l'esprit.

Cela faisait maintenant une semaine que nous avions déménagé dans le douze.

Enfin le retour à la maison après tous ces évènements ! J'avais même récupéré ce vieux ronchon de Buttercup.

Les derniers jours avant le départ j'avais de nouveau été infernale avec tout le monde. J'étais nerveuse dans un sens car j'allais de nouveau être dans un environnement qui m'amènerait tôt ou tard à croiser Peeta et je redoutais ce moment.

Johanna et Gale étaient arrivés depuis hier. Ils étaient installés dans la troisième chambre à l'étage à côté de celle d'Annie et de son fils. Ma mère s'était installée dans la chambre du bas. Quant à moi, j'avais pris la chambre « parentale ».

Nous avions passé la soirée tous ensemble. Au début, cela me fit bizarre de voir Gale en couple. C'était la première fois que je le voyais ainsi. Johanna semblait effectivement aller bien, on aurait dit une adolescente qui minaudait à chaque fois que Gale lui disait quelque chose. C'était assez amusant à voir. Lui se montrait tendre et attentionné. Haymitch s'était joint à nous, en même temps il était fourré à la maison quasiment tous les jours. Je l'avais même autorisé à rester dormir, une fois ou deux…sur le canapé.

J'étais étonnée que Gale ait accepté d'aller à l'inauguration de la boulangerie de Peeta. Celui-ci l'avait officiellement invité. A la fin de la soirée alors que tout ce petit monde rejoignait ses quartiers, Gale m'aida à finir de ranger.

- Elle est vraiment bien cette maison. Elle te correspond vraiment plus que l'autre. Dit-il

- Oui je m'y sens vraiment bien.

- Je voudrais te demander, tu es sûre que tu ne veux pas nous accompagner demain soir ?

Je suis certain qu'au fond tu en as envie et que ça ferait vraiment plaisir à Peeta.

- Gale, je ne veux pas en parler.

Je l'ai déjà dit, ce n'est pas une bonne idée. Il pourrait mal l'interpréter.

Et puis qu'est-ce que tu peux bien savoir de ce qui pourrait lui faire plaisir ou non ? Vous êtes copains maintenant ?

- Figure-toi que oui, en un sens.

Je suis même venu le voir à deux reprises ici et lui et venu au deux.

Il a vraiment traversé une salle période Kat.

- Mais je rêve !

Alors avant j'avais droit à tes crises de jalousie, au fait que tu n'acceptais pas notre relation et maintenant tu me dis que toi comme lui vous vous voyez, que vous parlez de moi, et en plus tu te permets de me donner des conseils ? C'est une blague !

- Kat…

- Gale ! Non ! Je suis assez grande pour savoir ce qui est bon pour moi ou pas et pour prendre mes propres décisions.

- Comme tu veux.

Mais je ne pense pas que tu aies vraiment tourné la page sur lui.

- Je pense que Johanna doit commencer à se demander ce que tu fabriques, tu devrais monter la rejoindre. Dis-je pour couper court à la conversation.

- Bonne nuit Catnip.

- Bonne nuit Gale.

HAYMITCH ! Hurlais-je, il est l'heure que vous rentriez chez vous !

Il sorti de la chambre de ma mère à moitié échevelé.

- Tu as vraiment le don pour casser l'ambiance Trésor ! Dit-il en maugréant.

A demain ma biche. Dit-il à l'attention de ma mère. « Ma biche » …Beurk !

Je finissais de ranger le salon, puis monta me coucher.

J'entendais des rires provenir de la chambre de Gale et Johanna en passant devant celle-ci, cela me fit sourire et me rappela cette période, qui me semblait si lointaine maintenant, où je riais comme ça avec Peeta. Une bouffée d'envie que je n'avais pas ressentie depuis très longtemps s'empara de moi. Je me dépêchai d'aller m'enfermer dans ma chambre et pris une douche froide avant d'aller me coucher.

La journée passa vite et le soir de l'inauguration arriva sans que j'ai le temps de m'en apercevoir. Je les voyais tous se mettre sur leur trente et un, l'air joyeux, ils étaient beaux à voir. Même Haymitch avait fait un sacré effort. Vers dix-sept heures, ils étaient fin prêts et n'allaient pas tarder à partir. Ma maison était située à environ dix minutes à pied du centre-ville et de la boutique de Peeta, l'inauguration débutait à dix-huit heures. Las de les voir si beaux et de si bonne humeur, je les flanquais à la porte vers dix-sept heure trente.

Je commençai alors à tourner en rond dans la maison. Mon cerveau s'était mis en marche le matin même, enfin non, pour tout dire il ne m'avait pas laissé en paix durant toute la nuit. Je ne sais pas ce qui me passa alors par la tête, et je mis ça sur le compte de mon accident, je montais dans ma chambre, aussi vite que ma jambe me le permettait, ouvris mon dressing pour y dénicher une des robes que Cinna m'avait dessiné. Je m'habillai et me maquilla, j'arriva même à me coiffer et à ce que cela ressemble à peu près à quelque chose puis je partis en direction du centre-ville.

Lorsque j'arriva à proximité du commerce, je me figeais. Il y avait foule, Peeta avait invité pas mal de monde apparemment et je n'en connaissais pas la moitié de ce que je pouvais voir. Je devais me trouver à une centaine de mètre de la boutique. Je me tapis alors dans l'ombre la nuit commençant à tomber, pour ne pas me faire remarquer. Je commençais à me dire que j'avais eu une très mauvaise idée. Je pouvais apercevoir la devanture. A l'endroit où le nom devait apparaitre il y avait un grand drap blanc cachant celui-ci. Il serait sans doute dévoilé plus tard. J'apercevais de loin, à travers les grandes ouvertures, les peintures de Peeta accrochées aux murs. Tout ce que je pouvais voir de là où j'étais, c'est qu'elles semblaient colorées.

Une fois que tout le monde fut entré, je commençai à m'approcher un peu plus, toute en me faisant la plus discrète possible. Peeta était sur la scène tenant un micro et il commença à remercier tout le monde de s'être déplacé pour cette soirée si spéciale. Son discours était à son image, tour à tour, drôle, émouvant, enthousiasmant. Une fois qu'il eut terminé, il passa le relais à Haymitch qui invita tout le monde à s'amuser et profiter de la nourriture et du bar qui était gratuit ce soir, car demain, les affaires commençaient pour de bon ! Cela fit rire l'assemblée. La musique démarra en suivant, la soirée était lancée.

Je me rapprochais, me tenant le plus loin possible de la devanture, de l'autre côté de la rue. Je les voyais tous souriants, heureux. Il y avait des accolades chaleureuses, des rires. Je me sentais de plus en plus attirée comme un aimant par cette ambiance festive et simple.

C'est alors que je vis Peeta, bras dessus bras dessous avec Delly, tout souriants, l'un comme l'autre. Je compris alors qu'il était vraiment passé à autre chose. Gale aurait quand même pu me le dire ! En même temps à quoi je m'attendais ? Il n'allait pas m'attendre toute la vie et surtout c'est moi qui lui avais demandé de passer à autre chose. Et quel meilleur choix pour lui que Delly qui était comme lui, d'un naturel positif et optimiste ? Je sentis cependant les larmes monter alors que je les regardais tous les deux, radieux.

C'est à ce moment-là que Peeta tourna la tête et que nos regards se croisèrent.

Je me sentis, d'un coup, démasquée et prise de panique. Et je commençai à vouloir m'échapper. C'était sans compter le fait que Peeta avait déjà traversé la foule comme un bulldozer et était en train de me courir après. Foutue jambe pensais-je alors !

Il ne mit pas très longtemps à me rattraper.

- Katniss ! Katniss, attends s'il te plait, ne part pas.

- Désolée Peeta, je ne voulais pas gâcher ta fête, c'était une mauvaise idée. Je n'aurais pas dû.

- Mais non voyons ! Je suis tellement content que tu sois venue, ça représente tellement pour moi. Je ne m'y attendais pas.

- Moi non plus à vrai dire. Dis-je évitant à tout prix de de le regarder.

Ça a l'air d'être un vrai succès. Je suis vraiment contente pour toi tu le mérites. Je suis fière de toi, sincèrement.

C'était simplement ce que j'étais venue te dire.

- Merci beaucoup. Dit-il, je pouvais sentir son regard fixé sur moi.

Tu ne veux pas venir ?

Tout le monde est là, ça serait vraiment sympa et ça me ferait très plaisir.

- Je pense qu'il est préférable que je rentre.

Ça ferait bizarre que je sois là, surtout maintenant que Delly et toi…

- Quoi Delly et moi ? Tu penses que… ? Dit-il l'air abasourdi avant d'éclater de rire

Vexée, je tournais les talons et m'apprêtais à repartir quand il m'attrapa par le bras

- Katniss attends, arrêtes…

Désolé. Dit-il. Je ne m'attendais tellement pas à ce que tu penses une chose pareille.

Delly et moi ne sommes pas du tout ensemble.

Elle est ma meilleure amie depuis des années et ces derniers mois, nous avons passé pas mal de temps ensemble c'est tout. Se justifiât-il

- Ça ne me regarde pas Peeta, tu fais bien ce que tu veux.

Et puis c'est moi qui t'ai demandé de tourner la page, donc je n'ai aucun reproche à te faire.

- Qui te dit que je l'ai fait, ou même que j'aurais envie de le faire ? Dit-il d'une petite voix.

- Encore une bonne raison pour que je m'en aille Peeta.

Je ne suis pas venue pour ça. Je voulais juste, enfin, je ne sais pas trop ce que je voulais en fait, ou ce que j'attendais.

Mais je ne suis pas venue pour qu'on se remette ensemble.

- D'accord, d'accord, j'ai compris.

Mais reste un peu quand même. Tout tes amis sont là.

Viens t'amuser un peu. Me dit-il avec un regard implorant. Qu'elle imbécile je suis, toujours autant incapable de lui résister.

- Très bien ! Je veux bien rester, mais pas longtemps.

- Merci. Dit-il. Si tu veux bien, restes au moins jusqu'à ce que je dévoile l'enseigne. Après tu seras libre de t'enfuir si tu le veux. En disant cela, il avait un petit sourire en coin.

Je ne dis rien et lui suivit. Il y eu un silence gênant quand j'entra dans la salle principale et je n'eus qu'une envie, celle de faire demie tour et m'enfuir. Heureusement, Eiffie vint à mon secours en courant vers moi les bras grands ouverts. Après cette démonstration d'affection, je me rendis compte que Peeta n'était plus à côté de moi. Je rejoignis donc mon petit groupe d'amis. Paylor et le Docteur Aurélius se trouvaient avec eux.

- Bonsoir Katniss, me dit-elle, cela me fait très plaisir de voir que vous semblez aller mieux.

- Oui j'ai fini par m'habituer à cette maudite canne. Dis-je en rigolant.

- Vous êtes vraiment ravissante ce soir ma chère. Me dit le Docteur Aurélius venant m'embrasser sur la joue.

- Vous aussi, dis-je, cela fait bizarre de vous voir sans votre costume de médecin.

- Eh oui, il faut bien de temps à autres que je sorte de mon armoire mes vêtements. Dit-il en souriant.

L'on nous apporta des coupes de champagne, j'en prenais une que je m'empressais de vider. Delly vint me saluer également. Elle aussi me dit qu'elle était ravie de me voir.

Après quoi je commençai à faire un tour des lieux. Tout était parfait, exactement comme je me l'étais imaginé avec toutes les explications que Peeta avait pu me donner. Le bar, la vitrine remplie de pâtisseries magnifiquement décorées, cet espace qui était vraiment grand au niveau de la salle principale. Je contemplais également les toiles que Peeta avait mises aux murs. Une retint particulièrement mon attention, elle représentait le lac, cet endroit où nous nous étions donnés l'un à l'autre pour la première fois. En me baladant dans la pièce, essayant le moins possible de me faire accaparer par qui que ce soit, je finis par tomber sur une peinture que je ne connaissais pas et qui me représentais en train de dormir ! Je pouvais sentir le regard tendre de Peeta à mon égard en la regardant, mais je me sentie également gênée de me voir ainsi exposée à la vue de tous.

- Il l'a peinte avant votre départ pour le Capitole. C'est la première qu'il a accroché ici. Me dit Haymitch qui se tenait derrière moi.

- Vous auriez pu lui dire de s'abstenir ! Dis-je sans amabilité

- Katniss, je pense que tu es à mille lieux de savoir ce que ce garçon a pu traverser depuis que tu l'as jeté comme une vielle chaussette.

Il a même fallu que je vienne dormir à plusieurs reprises chez lui.

Comme d'habitude tu penses qu'il n'y a que toi qui souffre, ça lui faisait du bien de se raccrocher au peu qui lui restait.

Essaye au moins de respecter ça. Me dit-il sur un ton sec.

Nous fûmes interrompus par Peeta qui de nouveau reprenait le micro

- J'espère que tout le monde passe une bonne soirée ? Demandât-il.

Tous répondirent un oui franc et massif. L'ambiance était vraiment festive.

- Je suis vraiment encore une fois ravi que vous soyez tous là ce soir, pour cette soirée si particulière pour moi.

Je ne vais pas faire durer plus longtemps le suspense et je vais vous inviter maintenant à vous rendre à l'extérieur afin que je puisse vous dévoiler l'enseigne.

Tout en gardant le micro il sorti et nous fit signe de le suivre. Je fus la dernière à sortir accompagnée d'Haymitch. Je me mettais un peu à l'écart des gens sur le côté. Des projecteurs avaient été allumés, braqués sur la façade.

- J'ai un peu le trac. Reprit Peeta.

C'est un peu bête, moi qui suis une personnalité connue dans tout le pays. Dit-il en rigolant ce qui amusa ses convives.

Mais blague à part. J'ai eu beaucoup de mal à trouver un nom pour cet endroit.

Je voulais quelque chose qui ai du sens, une signification personnelle.

Je n'aurais jamais pu réaliser tout ça tout seul, ni être avec vous aujourd'hui sans l'aide inestimable de certains d'entre vous.

Les personnes concernées se reconnaîtrons.

Le nom que j'ai choisi vous paraitra peut-être simple, mais pour moi, il représente ce qu'il y a de plus important dans ma vie.

Il s'écarta un peu et alla attraper un fil qui descendait de la toile et tira dessus révélant ainsi le nom de sa nouvelle boutique : « L'en K ».